(2008-05) Ayiti, Dokiman estrateji nasyonal pou kwasans ak rediksyon povrete (DSNCRP) : etid aspè enstitisyonèl, sosyoedikatif ak kiltirèl
Rezime — Yon kòmantè sou DSNCRP ayisyen an ki egzamine dimansyon enstitisyonèl, sosyoedikatif ak kiltirèl li yo, pibliye nan La Chronique des Amériques, me 2008, nimewo 9.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Mai 2008 No 09
La Chronique des Amériques
Haïti, le Document de stratégie nationale pour la croissance et
la réduction de la pauvreté (DSNCRP)
Étude des aspects institutionnels, socioéducatifs et culturels
Louis-Naud Pierre*
Le DSNCRP1 s’inscrit dans la logique des
documents de stratégie pour la réduction de
la pauvreté (DSRP) exigés aux pays pauvres
par
les
institutions
financières
internationales, la Banque mondiale et le
fonds monétaire international, comme
condition de déblocage en leur faveur de
l’aide. Il fait suite au Cadre de coopération
intérimaire (CCI, 2004), qui avait repris
l’essentiel des dispositifs des deux Plans
d’ajustement structurel (PAS) de 1986-87 et
de 1996-97 – dont le Programme d'urgence
et de redressement économique de 1994-95
– imposés à Haïti par ces institutions,
concernant la politique monétaire et la
politique fiscale, l'amélioration de la gestion
des finances publiques, l'exécution du
budget, la transparence des finances
publiques et l'administration fiscale et
douanière. Il met en œuvre une approche
axée sur une vision à long terme,
caractérisée par l'accent mis sur le
développement et la rénovation des
structures organisationnelles allant dans le
* L’auteur est chercheur à la Chaire PEDC, UQAM.
RESHaïti, LAPSAC, Université Victor Segalen Bordeaux 2.
1
RÉPUBLIQUE D'HAITI, mars 2008, Le Document de
stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la
pauvreté, DSNCRP, (2008-2010). Pour réussir le saut
qualitatif, Ministère de la Planification et de la Coopération
Externe (MPCE).
Observatoire des Amériques
www.ameriques.uqam.ca
Courriel : oda@uqam.ca
Tél.: (514) 987-3000
p. 0382
sens d’une plus grande efficacité en termes
de mobilisation des ressources nationales
pour mettre le pays sur les rails du
développement durable. Ce Document
comporte deux aspects imbriqués l’un dans
l’autre : l’aspect économique et l’aspect
institutionnel.
L’aspect économique est centré sur un
certain nombre de dispositifs relatifs à
l’agriculture et au développement rural,
tourisme, modernisation des infrastructures,
science, technologie et innovation. Parmi les
objectifs fondamentaux visés figure – outre
le renforcement de la productivité et
l'encouragement de la consommation à
travers le relèvement du revenu moyen et du
niveau de vie des ménages les plus pauvres
– l’adaptation de l’économie haïtienne à
l’économie régionale. En effet, dans la liste
des mesures préconisées, on peut noter celle
de « se doter d’une économie moderne à
large base territoriale et compétitive pour
faire face à la modernisation accélérée des
économies de la Caraïbe qui rend impérieux
le rééquilibrage du rapport de compétitivité
régionale d’Haïti »2. Ces objectifs purement
économiques sont complétés par d’autres
axes stratégiques spécifiques et transversaux
2
Idem., p. 15.
Centre d’Études sur l’Intégration et la Mondialisation
Université du Québec à Montréal
Faculté de science politique et de droit
Case postale 8888, succ. Centre-ville
Montréal (Québec) Canada H3C 3P8
d’intervention tels que : la garantie des
services publics essentiels (santé, éducation,
sécurité, etc.), la protection des libertés et
des droits fondamentaux (propriété, sûreté,
citoyenneté, etc.) et de l’environnement, la
construction des solidarités sociales et
territoriales3.
Pour le Document, le succès de cette
stratégie
nationale
passe
par
l’institutionnalisation des activités dans tous
les
domaines,
c’est-à-dire
la
disciplinarisation
des
comportements
économiques et sociopolitiques, ainsi que
des logiques conflictuelles. Il s’agit donc
d’instaurer des mécanismes coercitifs et
cognitifs, c’est-à-dire des institutions
capables d’influencer positivement les
comportements et les choix individuels.
Dans ce processus, l’État est appelé à jouer
un rôle de premier plan. D’où la nécessité de
le renforcer « pour le mettre, une fois pour
toute, au service de tous les citoyens
exigeant que des efforts plus importants
soient entrepris pour moderniser et réadapter
le système de management public »4.
L’intérêt du Document est de considérer le
développement comme corrélatif de la
capacité de mobilisation nationale totale.
S’agissant d’Haïti, la faiblesse structurelle
de la société est perçue comme une
contrainte majeure. Celle-ci se caractérise
par la difficile coopération des individus
dans la durée au sein de structures
organisées ; ceci compte tenu du manque
d’emprise des normes objectives légitimes
de portée générale.
L’inefficacité de ces normes est fonction de
l’inachèvement de la société. Cet état a pour
caractéristique principale la faiblesse du lien
de solidarité entre les divers groupes
constitués sur la base de la consanguinité
et/ou d’autres facteurs intimes (amitié,
camaraderie,
alliance
matrimoniale,
croyances religieuses, etc.) : qu’il s’agisse
de la solidarité mécanique ou de la solidarité
organique. Chaque groupe forme l’horizon
indépassable de l’expérience humaine axée
sur l’entraide et la générosité : ce par quoi il
faut passer, ce en quoi il faut demeurer
même, afin de bénéficier de la bienveillance
et de la protection des autres membres. Audelà de celui-ci, chacun se trouve libéré de
toutes contraintes normatives exigeant de
sacrifier ses biens égoïstes au bien commun.
L’anomie (au sens durkheimien) qui
caractérise les relations à l’échelle de la
société globale permet à chacun de
promouvoir ses prétentions égoïstes,
ignorant, par là même, l’intérêt des autres
partenaires réduits à n’être pour lui que de
simples moyens. La disparition du principe
de réciprocité structurant les activités dans
tout ensemble social bien ordonné5 a pour
conséquence de transformer les échanges au
sein de la société haïtienne en outils
d’exploitation de la faiblesse d’autrui. Ainsi
en est-il du rapport gouvernant/gouverné,
patron/salarié,
marchand/client
qui
s’apparente à celui qui peut exister entre le
conquérant et le conquis, entre le maître et
l’esclavage, entre le fripon et la dupe ou le
bandit et la victime. Autrement dit, l’action
est guidée uniquement par la stratégie dans
laquelle chacun cherche à instrumentaliser à
son profit l’autre, la logique d’intégration
étant anéantie : les comportements et les
choix sont opportunistes et libres, les
exigences de rôle ne sont pas respectées car
la vie sociale est perçue comme un jeu à
issues multiples puisque son orientation est
normativement indéterminée.
L’anéantissement de la confiance résultant
de cet état social, qui relève de la guerre et
de la piraterie, entrave tout processus de
formation de la volonté nationale. Dès lors,
la mobilisation de l’ensemble des individus
et des groupes autour d’un projet de
développement du pays devient difficile. Il
en est des membres de la bourgeoisie
comme de ceux des autres classes sociales
qui se trouvent dans l’incapacité de
5
3
Idem., p. 85.
4
Idem., p. 15.
Voir Karl Polanyi 1983 (1944), La grande transformation.
Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris,
Gallimard.
2
s’associer pour développer des entreprises
capables de mettre en œuvre des projets
industriels sains dans tous les secteurs où les
besoins ne manquent pourtant pas. Dès lors,
chacun s’incline spontanément à se
soumettre à la domination du capital
étranger en échange du profit personnel,
donc se faire complice actif du pillage du
pays6.
Les réponses données à la faiblesse
structurelle de la société haïtienne par le
DSNCRP s’orientent dans trois directions :
la définition des standards et des normes de
comportements
légitimes
(I) ;
la
spécification
des
structures
organisationnelles (II) ; l’instauration de
mécanismes de socialisation devant assurer
la conformité des conduites relativement aux
objectifs définis. Il s’agit non seulement de
renforcer les mécanismes de contrôle
externe visant la discipline des acteurs à tous
les niveaux de responsabilité, mais encore
d’inculquer à ces derniers les normes
afférentes au rôle qu’ils doivent tenir (III).
Ces réponses participent toutes du processus
d’institutionnalisation.
I.- La définition de standards et de
normes légitimes
Le DSNCRP élève le développement au
rang de bien commun national dont la
réalisation requiert la mobilisation collective
à l’échelle de la nation. Une mobilisation
qui, elle-même, dépend autant de la
cohésion sociale nationale que de l’efficacité
de l’État dans sa fonction de coordination ou
d’intégration.
S’agissant de la cohésion sociale nationale,
elle doit permettre une meilleure emprise sur
les individus visant à amener chacun d’eux à
participer à la mobilisation collective autour
des objectifs du DSNCRP. Ce contrôle est
d’autant
plus
important
que
le
développement est davantage l’effort
6
Fred Doura, Économie d’Haïti : Dépendance, crises et
développement, tome 3, Montréal, Les éditions DAMI, p.
131 ; Alix Lamaute, (1966) 1999, La bourgeoisie nationale
une entité controversée, Québec, CIDIHCA.
collectif continu en faveur de l’extension de
la puissance économique, politique et
militaire de la nation que la jouissance
individuelle ou collective. En effet, il
implique un certain nombre de sacrifices tels
que : l’accroissement de la productivité
individuelle et collective, l’amélioration de
la qualité des biens et services produits,
l’augmentation de la pression fiscale, la
diminution des temps de loisirs, etc. Pour les
élites politico-économiques plus habituées
au gain facile que favorise le chaos, ces
sacrifices peuvent paraître inacceptables. La
finalité de ce contrôle est donc d’orienter les
acteurs vers les activités productives
susceptibles d’assurer une accumulation
nationale à long terme par le respect des
normes axées sur le bien commun et l’intérêt
général. Ce but implique donc de les
détourner des pratiques illicites et violentes
prédominantes actuellement, qui ne peuvent
que renforcer le processus de désagrégation
de la nation comme : « le crime organisé, le
trafic de drogue et d’armes, les enlèvements,
la violence des bandes armées »7 qui
favorisent l’enrichissement personnel rapide.
En vue d’une plus grande efficacité du
contrôle social, le DSNCRP réaffirme le rôle
prépondérant de l’État, en tant qu’instance
d’imposition des normes de conduites
juridiquement définies. Pour être légitime,
toute prétention se doit d’être conforme aux
normes juridiques fixant les éléments
essentiels du processus de développement.
D’où la priorité accordée aux organes
chargés de son application : la Justice, la
Police et l’Appareil administratif public.
La Stratégie nationale de croissance et de
réduction de la pauvreté implique plusieurs
formes
de
gouvernance,
notamment
politique, économique, sociale, culturelle,
environnementale. Compte tenu de la
situation actuelle dans le pays, le DSNCRP,
en matière de gouvernance, donne la priorité
à l’établissement d’un Etat de droit, plus
particulièrement à la Justice et à la Sécurité.
La mise en place d’un ordre juridique
7
DSNCRP, op. cit., p. 77.
3
équitable,
d’un
système
judiciaire
fonctionnel et d’un climat général de
sécurité sont des conditions essentielles pour
la croissance et la réduction de la pauvreté8.
1.- La Justice
La justice est perçue comme un vecteur
d’intégration, à titre d’organe d’application
du droit. Il en résulte la nécessité
d’entreprendre de la renforcer. L’idée qui
sous-tend cette démarche consiste à dire que
la reproduction de la société dépend d’un
état d’équilibre entre les intérêts individuels
et collectifs réalisés par le droit, qui définit
le contenu légitime ou non des prétentions
de chacun. Les conflits d’intérêts ou les
litiges interindividuels et inter-groupaux
menaçant cet état d’équilibre sont dès lors
considérés comme le signe de la déficience
du droit, donc la faillite de l’Administration
judiciaire.
La vertu intégratrice de la justice est
rattachée à sa finalité orientée vers le
maintien des valeurs cimentant les liens
sociaux et affirmant l’identité collective.
D’où la nécessité d’entreprendre un
véritable travail d’acculturation de cette
institution qui doit intégrer dans son
fonctionnement les valeurs culturelles
« fondatrices de la nation haïtienne ». Parmi
ces valeurs, il convient de souligner la
confiance, la bonne foi et le respect de la
parole donnée, principes sur lesquels
reposent les coutumes locales 9. L’autorité de
ces principes découle de la représentation
des membres de la communauté donnée
(comme le « Lakou » et les associations de
travail agricole10) que celle-ci existe et doit
exister sous la forme qu’ils définissent :
l’entraide mutuelle et le partage. C’est en
vertu de cette représentation partagée que les
8
Idem., p. 77.
Serge Henri Vieux, Le plaçage : droit coutumier et famille
en Haïti, Paris, Éditions Publisud, 1989, pp. 29-30 ; Jacquelin
Montalvo-Despeignes, Le droit informel haïtien (préface de
Jean Carbonnier), Paris, PUF, 1976.
10
Fritz Dorvilier, 2007, Apprentissage organisationnel et
dynamique de développement local en Haïti (Thèse de
doctorat en Sciences sociales), Université catholique de
Louvain, p. 263.
9
normes orientées dans ce sens deviennent
des évidences pour les intéressés, donc
obtiennent une valeur pour eux.
S’agissant du « nouvel ordre juridique »
autour duquel s’articulent les objectifs du
DSNCRP, il s’avère nécessaire de
l’enraciner dans le « tissu social » en faisant
en sorte que ses normes fusionnent avec les
normes sociales. Par ailleurs, le succès d’un
tel processus dépend de l’achèvement de la
construction sociale dans laquelle les
individus s’acceptent mutuellement en tant
que pairs et répondent les uns des autres,
donc se réconcilient les uns avec les autres.
Au regard de ce double objectif, le DSNCRP
s’attachera à jeter les bases d’un ordre
juridique haïtien en arrêtant des mesures
dont les résultats s’inscrivent dans le court,
le moyen et le long terme. Il s’agit de relever
le défi
de la restructuration
de
l’Administration judiciaire en assurant à
l’ensemble de la population l’accès à la
justice. Ce nouvel ordre juridique,
profondément immergé dans le tissu social
haïtien, est la résultante d’une construction
sociale axée sur : i/ une vision nouvelle de
l’histoire nationale et du lien social, qui
reconnaît les graves conséquences induites
par les injustices du passé et qui entrevoit de
réelles possibilités en vue d’aboutir à un
renouvellement des relations sociales et
d’échanges dans le pays ; ii/ l’acceptation
d’une adhésion à des valeurs fondatrices de
la nation haïtienne et qui sont d’ailleurs les
seuls atouts disponibles et efficaces pouvant
justifier l’appartenance à un même milieu et
capables de restaurer la convivialité sociale
et politique11.
Dès lors, la légitimité de la justice est
fonction de son accessibilité, sa crédibilité et
son indépendance. Cette exigence politique
nécessite de prendre en conséquence un
certain nombre de dispositions qui
consistent notamment en : la simplification
du langage juridique et des procédures
judiciaires, la réduction des coûts afférents,
11
DSNCRP, op. cit., pp. 78-79.
4
la résolution du problème de défaillance de
l’état civil, la diminution des délais de
traitement des dossiers, la promotion d’une
justice de proximité. Ces impératifs
impliquent également : l’égalité devant la
Loi et les Tribunaux qui est au fondement
même de l’État de droit, ayant pour
corollaire la fin de l’impunité sélective ;
l’abolition ou, tout au moins, la restriction
des interventions des tenants du pouvoir
politique dans les affaires judiciaires en
faveur de leurs amis ou acolytes.
leurs activités de maintien de l’ordre est
réaffirmée de façon solennelle : « La lutte
contre l’insécurité par la restauration de
l’institution policière est donc au coeur du
DSNCRP »13. Il s’agit de renforcer non
seulement la Police administrative prenant
en charge les fonctions régaliennes
classiques de l’État (circulation des
véhicules et la police routière, sûreté
publique et l’ordre public, protection civile,
contrôle du territoire, etc.), mais encore la
Police judiciaire.
En ce qui concerne la conformité des
magistrats
aux
nouvelles
exigences
fonctionnelles, le DSNCRP en appelle non
pas à la coercition, mais à la conscience de
chacun qui doit faire preuve du sens de
responsabilité et d’engagement personnel et
collectif ; il doit considérer le justiciable
comme son semblable, c’est-à-dire une
personne ayant une égale dignité.
S’agissant de la Police judiciaire, son rôle
est d’autant plus important qu’il contribue
directement au bon fonctionnement de la
justice. En effet, elle seconde les autorités
judiciaires (notamment les Commissaires de
gouvernement et de leurs substituts près les
Tribunaux de Première Instance, les Juges
de Paix et les Juges d’Instruction près de ces
Tribunaux) dans l’accomplissement de leurs
tâches. En outre, elle a une forte implication
dans la procédure judiciaire : constat
d’infractions
aux
lois
pénales
et
d’établissement des preuves y afférentes ;
recherche des auteurs des crimes, délits et
flagrants délits ; surveillance et recherche de
malfaiteurs opérant ou se réfugiant sur le
territoire national ; coopération avec les
organisations étrangères de police ; lutte
contre la contrebande, le trafic illicite des
stupéfiants ;
renseignement
politique,
économique et social.
La vision globale de la justice pour les dix à
vingt prochaines années repose sur quatre
attentes exprimées par la société : i/une
justice
accessible,
accueillante,
compréhensible pour tous; ii/une justice
crédible, reposant sur la compétence des
acteurs, faisant appel à la conscience de
chacun, résolvant les conflits dans un délai
raisonnable et cherchant la meilleure voie de
se prononcer; iii/une justice indépendante,
respectueuse et impartiale, protégeant et
garantissant les droits et la dignité de la
personne; iv/un état civil efficace qui
garantit le droit de chacun à la sécurité
juridique et à une identité personnelle12.
2.- La Police
Les objectifs du DSNCRP sont concentrés
sur les problèmes de définition de la mission
de la Police nationale d’Haïti et des règles
régissant
son
organisation
et
son
fonctionnement, aussi bien que sur la
déontologie propre à la fonction policière.
La mission de la Police nationale d’Haïti
axée sur l’appui aux Pouvoirs publics dans
Pour garantir l’efficacité de cette institution
dans l’accomplissement de sa mission, le
DSNCRP propose de consolider son
organisation : ceci en renforçant « la chaîne
de commandement par la formation de
cadres intermédiaires et supérieurs après un
concours de recrutement interne et/ou
externe des candidats titulaires de diplômes
L’instauration
d’un
universitaires »14.
système de concours doit résoudre le
problème de l’arbitraire politique et social,
en privilégiant les critères d’aptitudes
professionnelles et d’intégrité morale. Il
13
12
DSNRCP, op. cit., p. 79.
14
Idem., p. 80.
Idem., p. p. 81.
5
s’agit de rompre radicalement avec les
pratiques séculaires dans la police, comme
dans la justice, qui consistent à recruter son
haut personnel parmi les plus proches fidèles
du Président sans égard à leur qualification
professionnelle.
Il convient de noter l’accent mis sur la
déontologie professionnelle. Outre le rappel
de l’obligation du policier de respecter le
bien public, sont prévus des mécanismes
permettant la « prise de sanctions
administratives
sévères
pour
les
malversations constatées contre leurs
auteurs »15. En effet, il existe des contraintes
inhérentes au rôle des policiers qui, comme
les magistrats, doivent faire face à des
situations de détresse extrême (dans leurs
interventions) ou à des pressions de divers
ordres (notamment la corruption). En tant
que « garants » des mœurs et des valeurs de
la société, leur compétence purement
technique s’avère insuffisant, ils doivent
donc partager les « valeurs du civisme,
d’entraide, de solidarité et de tolérance » qui
sont à la base de l’identité collective
haïtienne. Comme le magistrat, le policier se
doit d’être un rempart contre la dérive de
cette société vers l’anarchie, dont la
« tendance marquée à la perte de l’identité
nationale » constitue l’un des principaux
aspects16. Cette préoccupation rejoint celle
déjà exprimée dans le Code pénal qui
sanctionne plus sévèrement les dépositaires
de l’autorité publique que les simples
citoyens coupables de la même infraction
(Code pénal, art. 159).
3.- L’Appareil administratif public
S’agissant de l’appareil administratif public,
le DSNCRP reprend et approfondit les
recommandations faites par la Commission
Nationale pour la Réforme Administrative
(CNRA), apportant des réponses aux
problèmes liés à la déficience des ressources
humaines et à la carence managériale qui
perturbent le fonctionnement de cet appareil.
15
16
Idem., p. 81.
DSNRCP, op. cit., p. 105.
Dix ans après la réalisation du dernier
diagnostic global de l’appareil administratif
public, il confronte encore les mêmes grands
maux identifiés antérieurement de sorte que
les recommandations faites par la
Commission Nationale pour la Réforme
Administrative (CNRA) demeurent valables
dans leur grande ligne. Compte tenu de la
gravité de la situation socio-économique de
la population et des opportunités que
représente la relance vigoureuse de la
coopération internationale, il est devenu
indispensable de rétablir rapidement la
capacité d’action de l’Etat et du secteur
public en général 17.
En réalité la fragilisation de la capacité
d’action de l’État haïtien est un problème
très ancien et le plus délicat à traiter. Il est
en effet lié à la crise chronique des finances
publiques, qui est elle-même en relation
avec la pauvreté générale. Des problèmes
qui surgissent dès le lendemain de
l’indépendance.
La guerre de l’indépendance s’accompagne
en effet de la ruine totale de l’économie,
tarissant d’autant les sources de recettes
fiscales. Dans une telle situation, le nouveau
centre politique n’a pas les moyens de
construire un appareil administratif en vue
de l’application des lois et des règlements
juridiques, en relation avec les politiques
publiques, notamment sociales, éducatives,
sanitaires, de sécurité intérieure et
extérieure. En l’absence de cet appareil, le
pouvoir central est contraint de s’appuyer
sur les grands propriétaires terriens,
partisans du maintien de l’ancien système
esclavagiste, en leur confiant des fonctions
politico-administratives,
militaires
et
policières. Faute de pouvoir assurer leurs
appointements en compensation de leurs
services, il leur concède des terres du
domaine public, leur assigne, par le biais des
dispositifs
juridiques
(appelés
communément le « caporalisme agraire »),
des agriculteurs, et leur octroie un pouvoir
absolu sur le plan local.
17
Idem., p. 96.
6
Certes, cette solution pragmatique permet de
réduire les frais d’administration du
territoire.
Mais
elle
contribue
au
renforcement de la puissance des GénérauxHabitants
qui,
de surcroît, vivent
essentiellement de la rente de la terre, des
prélèvements
multiformes
effectués
directement ou indirectement sur les revenus
des populations locales et de l’appropriation
privée des recettes des douanes de leur
circonscription18.
La banalisation de ces comportements a une
influence déterminante sur les imaginaires
politiques en Haïti, dans lesquels la fonction
politico-administrative apparaît comme un
instrument d’enrichissement au profit de son
titulaire et de ses proches entourages19. Une
telle conception est fondée en opposition et
en contre-modèle par rapport aux traditions
monarchiques occidentales, faisant du
service de l’État « un devoir reconnu et
assumé par les princes, les grands, les
aristocrates, les commis… » 20. Traditions
dans lesquelles s’inscrivent les élites
politiques
issues
des
conquêtes
démocratiques modernes, prenant la suite de
ces derniers. L’inexistence d’une culture
publique valorisant le dévouement à la chose
publique crée une situation défavorable au
développement d’habitus socioculturels en
Haïti susceptibles d’infléchir les élites
infailliblement vers l’intérêt général. Quant
à la masse des citoyens, leur refoulement
pendant deux siècles dans leur segment
d’appartenance immédiate ne les a pas
permis de s’élever à la conception du bien
public, la vie communale locale étant quasinulle.
La déficience des ressources humaines
qu’évoque le DSNRCP ne se rapporte donc
pas uniquement à la rareté des compétences.
Elle est liée aussi au manque d’agents
faisant de la défense du bien public un but
18
Leslie J. R. Péan, 2000, Economie politique de la
Corruption (De Saint-Domingue à Haïti, 1791-1870), Portau-Prince, Éditions Mémoire
19
Webster Pierre, 2004, Il faut que les choses changent,
Montréal, CIDIHCA.
20
Jean Baechler, 2002, Esquisse d'une Histoire universelle,
Paris, Fayard, 308.
professionnel ou, du moins, parvenant à
mettre les passions qui les poussent à
embrasser la carrière politico-administrative
– l’ambition, l’orgueil, la vanité, etc. – au
service du bien commun, et non l’inverse :
chercher à occuper des fonctions politicoadministratives pour servir leurs passions.
Dès lors, le DSNCRP oriente son action
dans deux directions : d’une part, le
« développement et la valorisation des
ressources humaines parce que ces
ressources sont le principal levier de
rétablissement de la capacité d’action du
secteur public »21 ; d’autre part, la mise en
place d’un nouveau cadre légal qui doit
préciser « les nouvelles modalités de gestion
stratégique en renforçant considérablement
le système de coordination stratégique et fait
de même pour la gestion opérationnelle dans
les institutions de services publics en
modernisant les structures et en prévoyant
des mécanismes destinés à rénover les
modes de gestion et les procédures »22. Dans
ce même ordre d’idée, « le Gouvernement
haïtien prévoit de réviser les procédures
d’élaboration et d’exécution du budget, de
consolider parallèlement les mécanismes de
contrôle interne et de renforcer les capacités
institutionnelles de la Cour Supérieure des
Comptes et du Contentieux Administratif
(CSCCA) » 23.
Comme pour les magistrats et les policiers,
le recrutement et la carrière des
fonctionnaires font l’objet d’une attention
toute particulière. Il en est de même de leurs
conduites visées par la modernisation « du
cadre réglementaire de la fonction
publique »24.
La justice, la police et l’Appareil
administratif public ont pour fonction
d’appliquer les normes juridiques fixant les
éléments essentiels du processus de
développement durable. Un développement
qui tend vers le renforcement des solidarités,
21
DSNRCP, op. cit., p. 6.
Idem., p. 97.
23
Idem., p. 114.
24
Idem., p. 97.
22
7
et qui assure aux individus le réconfort dans
les épreuves, les soins et l'aide dont ils ont
besoin. Il s’agit de faire en sorte que les
normes orientées vers le bien commun et
l’intérêt général deviennent des évidences
pour tous, donc le boussole de leurs actions.
Toutefois, il convient de noter le fait que,
concernant ces organes, le DSNCRP
contient
très
peu
d’innovations
institutionnelles relativement aux dispositifs
déjà énoncés dans d'autres documents du
Gouvernement
haïtien,
comme
par
exemple : Avant projet de réforme du
système judiciaire d’Haïti (préparé par le
Cabinet particulier du Président Aristide,
août 1994) ; Si m pa rele, 29 septembre 1991
– 14 octobre 1994 (Commission Nationale
Vérité Justice, CNVJ, 1995) ; Document de
Politique
générale
(Commission
Préparatoire à la Réforme du Droit et de la
Justice, CPRDJ, 1999) ; L’État de Droit
(Rapport final du Groupe Élargi de
Réflexion, GER, 2000). Sur le plan
institutionnel, le principal apport du
DSNCRP réside dans la spécification des
structures organisationnelles quant à la
nature de leurs nouvelles fonctions, les
modalités de leur fonctionnement réglées
conformément aux nouveaux objectifs
définis concernant la disciplinarisation des
conduites économiques et sociopolitiques.
II.- La spécification
organisationnelles
des
structures
Les structures organisationnelles non
seulement constituent des espaces de mise
en œuvre des standards et des normes
légitimes, mais encore assurent à chaque
intervenant
la
transmission
des
connaissances, la continuité de son action, le
respect de son autonomie et le libre choix,
l’implication réelle dans le processus
décisionnel et une participation active à
l’avancement des objectifs du DSNCRP.
Elles s’articulent autour de trois axes : la
réponse aux nouveaux enjeux de la
régulation (1) ; le renforcement des
institutions spécifiques du marché (2) ; et
l’instauration
des
mécanismes
de
coordination (2).
1.- Les nouveaux enjeux de la régulation
L’un des traits majeurs des ces dernières
années en Haïti est la complexification de la
conduite des politiques publiques. En effet,
les centres de décision se multiplient au
niveau
local
national,
régional
et
international. La production des règles se
décentralise. Une logique d’incitation et de
responsabilisation des acteurs nombreux
prévaut sur une logique d’imposition et de
coercition. Et les frontières du public et du
privé se brouillent25. Le DSNCRP en est un
bon exemple.
En premier lieu, les objectifs fondamentaux
sont fixés de concert avec les bailleurs de
fonds internationaux, et ceci en conformité
avec les Objectifs du Millénaire pour le
développement (OMD) élaborés par les
Nations unies, aussi bien qu’avec la
Déclaration de Paris fixant les principes
concernant
l’efficacité
de
l’aide
internationale.
En second lieu, intervient dans le processus
d’élaboration
dudit
Document,
une
multitude d’acteurs locaux, nationaux et
internationaux de statut tant public que
privé : « presse, syndicats, coopératives,
associations professionnelles, chambres de
commerce et d’industrie, droits humains,
femmes, jeunesse, etc…, le secteur formel et
informel des affaires, les administrations
centrales, déconcentrées et décentralisées de
l’État, les institutions indépendantes de
l’Etat, les universités, les ONG, les
parlementaires, les élus locaux (Maires et
Casec), les organisations et/ou associations
de base, les agences d’aide ou de
coopération multilatérale et bilatérale,
etc.…. »26
On est donc loin du schéma classique des
politiques publiques définies comme un
25
Ce phénomène est attesté depuis longtemps dans les
sociétés développées (Jacques Commaille et Bruno Jobert,
1998, « La régulation politique : l’émergence d’un nouveau
régime de connaissance », in Jacques Commaille et Bruno
Jobert (dir.), Les métamorphoses de la régulation politique,
Paris, L.G.D.J).
26
DSNCRP, op. cit., p. 24.
8
ensemble cohérent d’éléments de décision
ou d’allocation de ressources imposé par une
instance transcendante de façon plus ou
moins
autoritaire,
c’est-à-dire
le
gouvernement.
Le principal problème que pose cette
nouvelle configuration des politiques
publiques est celui de la coordination. Dans
le cas haïtien, d’aucuns font état de la
« cacophonie » 27, voire de l’émergence
d’une situation d’ « ingouvernabilité »28
compte tenu de la multiplicité et de
l’hétérogénéité des groupes de pression
intervenant dans ce processus, dont chacun
entend promouvoir ses intérêts particuliers :
ONG, Organisations de la société civile,
Pays bailleurs, milieux d’affaires nationaux
et
internationaux,
réseaux
d’experts
transnationaux, etc.
Le problème de coordination cache un
autre : celui de l’efficacité des institutions
dont la fonction première est d’encadrer les
activités individuelles et collectives. Cet
encadrement implique l’imposition à tous
les intervenants sans exception (locaux,
nationaux et internationaux de statut tant
public que privé) d’une discipline dont le
respect est garanti autant par la menace de
sanction prise en charge par les organes de
coercition (droit, justice, police, et autres
pouvoirs organisés ou diffus), que par le
langage commun axé sur les valeurs :
solidarité,
engagement,
bien-être,
démocratie, caractère sacré de la nature,
équité de genre, etc. Un langage qui non
seulement permet, sur le plan horizontal, la
communication entre les intéressés grâce à
l’établissement d’un univers de sens
commun, mais encore assure, sur le plan
27
Yves Duplan, « Le renforcement institutionnel pour la
gestion de l’environnement en Haïti : éléments d’orientation
pour la coopération Canada-Haïti », communication au
colloque : La coopération Canada-Haïti en contexte
d’intégration régionale, 23 novembre 2006, Université du
Québec à Montréal.
28
Arnousse Beaulière, « Haïti dans l’impasse économique et
sociale : une analyse en terme de gouvernabilité », in Louis
Naud Pierre, Haïti, les recherches en Sciences sociales et les
mutations sociopolitiques (direction), Paris, L’Harmattan,
2007.
vertical, l’efficacité du commandement par
le biais des symboles et signes partagés 29.
Dans le cas haïtien, le principal problème
enregistré au cours de ces dernières années
est celui de l’inefficacité des institutions
dans toutes les sphères de la vie sociale. La
faillite institutionnelle se traduit par
l’aggravation du phénomène de dispersion et
d’inconsistance des conduites, rendant
impossible la prédiction des stratégies
d’autrui permettant à chacun de maintenir la
sienne. Il en résulte le chaos de prétentions
contradictoires et les querelles des intérêts
sans fin, renforçant la méfiance, voire
l’hostilité réciproque qui caractérise déjà les
relations impersonnelles et anonymes. La
principale conséquence de ce phénomène est
la radicalisation des penchants égoïstes,
faisant en sorte qu’il s’avère impossible de
regrouper les forces et les énergies en vue
d’une plus grande productivité, donc
d’atteindre à l’efficacité socioéconomique30.
Les flux d’énergies qui devraient êtres
consacrées aux activités susceptibles de
stimuler le développement économique se
trouvent ainsi dispersés. D’où l’incapacité
de la société haïtienne de s’adapter aux
nouvelles exigences de l’économie de
marché, aussi bien que de celles du pilotage
des politiques publiques impliquant la
capacité d’action concertée, donc de
compromis.
Le
renforcement
des
institutions, notamment celles spécifiques du
marché, devient la première des priorités.
29
Un certain de travaux insistent sur le fait que l’institution
est un mécanisme de pouvoir ayant une double dimension :
coercitive et langagière. Dans cette perspective, l’accent est
mis sur les structures cognitives (symboles, signes, etc.),
directives (commandement, etc.) et prescriptives (normes
sociales et juridiques, règles de discipline) et en activités
(surveillance, punition, propagande, prestation de service).
Ces structures, imbriquées les unes dans les autres, sont
constitutives de l’institution telle que définie par Douglass C.
North (Douglass C. North, 1990, Institutions, Institutional
Change and Economic Performance, Cambridge University
Press, New York).
30
Louis Naud Pierre, 2007, « La juridicisation de la vie
économique et sociale en Haïti », in Réseau Européen Droit
& Société/European Network on Law and Society, No 65, p.
123-151.
9
2.- Le renforcement des institutions
spécifiques du marché
La régulation de l’économie de marché
instaurée par les plans d’ajustement
structurel de 1986-1987 et de 1996-199731
est au cœur de la préoccupation du
DSNCRP. La faillite des institutions
spécifiques de cette économie est considérée
comme la principale cause de la dérive des
mutations structurelles accompagnant sa
mise en place vers le chaos, dont l’évolution
de la pauvreté constitue l’un des principaux
aspects.
L’évolution de la pauvreté est liée aux
mutations structurelles qui ont accompagné
la dynamique de croissance/déclin et de
restructuration de l’économie haïtienne. La
faiblesse des politiques, leurs insuffisances
sont également en cause. Les réformes
structurelles entreprises depuis le début des
années 80 n’ont pas suffisamment pris la
mesure de leurs effets sur la répartition et les
contraintes structurelles de l’économie. Les
politiques
de
libéralisation
et
les
dérégulations mises en oeuvre ont été peu
suivies d’initiatives en matière de
renforcement de l’offre32.
La faillite des institutions spécifiques de
cette économie se traduit par l’incapacité des
organes spécialisés de réguler et de
discipliner les conduites, les orienter vers les
activités productives susceptibles de
favoriser une accumulation du capital
national dans la durée. Libérés de toutes
contraintes
institutionnelles,
les
entrepreneurs et investisseurs nationaux
peuvent dès lors donner libre cours à leur
fièvre
d’enrichissement.
Ainsi,
les
entreprises industrielles et financières qu’ils
acquièrent dans la foulée de l’application du
programme de privatisation sont mises au
service de ce penchant irrésistible. La
perspective d’assouvissement rapide de leur
31
Pour une anlyse approfondie de ses plans, on peut se
rapporter avec profit à l’article d’Arnousse Beaulière, « Haïti
dans l’impasse économique et sociale : une analyse en terme
de gouvernabilité », op. cit.
32
DSNCRP, op. cit., p. 41.
passion sans borne ouverte par la
libéralisation du commerce conduit même
les anciens industriels à fermer leurs usines
pour importer les biens qu’ils produisaient
eux-mêmes. De même, l’appât du gain les
amène tous à s’allier avec les capitalistes
internationaux,
par
le
biais
de
l’investissement en actions dans les « firmes
transnationales qui investissent en Haïti
[qui] ont pour boussole un seul et unique
but, celui de réaliser le maximum de profit
et non un quelconque développement
économique du pays »33. Et l’explosion de
l’égoïsme qui en résulte rend impossible leur
regroupement au sein d’entreprises de taille
suffisante pour développer des produits
complexes incorporant toujours plus de
technologies, et pour rivaliser avec les
multinationales tant sur le marché haïtien
que sur le marché régional et mondial.
Les tactiques économiques anarchiques tous
azimuts des couches dominantes marquées
par l’esprit spéculatif et inspirées par les
traditions rentières (celles des GénérauxHabitants et des commerçants du XIXe
siècle), aussi bien que des petites gens
habituées à la débrouille, génèrent une
situation de chaos total : la société se trouve
dès lors plongée dans une crise
multidimensionnelle, qui se caractérise par
l’incapacité de s’adapter collectivement aux
transformations structurelles induites autant
par l’explosion démographique et le
phénomène migratoire qu’elle entraîne, que
par l’introduction de l’économie de marché
et par les conquêtes démocratiques des
années 1980-1990. La défaillance des
mécanismes
endogènes
d’adaptation
collective
explique
non
seulement
l’expansion des stratégies individualistes
génératrices des conflits violents, mais
encore la mise du pays sous la tutelle
internationale.
Le DSNCRP traduit la prise de conscience
de cette crise multidimensionnelle et
33
Fred Doura, Économie d’Haïti : Dépendance, crises et
développement, tome 3, Montréal, DAMI, p. 131.
10
l’engagement des dirigeants en faveur de
son traitement efficace :
Cette
longue
crise
multidimensionnelle a vu Haïti se
faire dépasser rapidement et
largement par la plupart des petites
économies de l’Amérique latine et
de la Caraïbe si bien qu’elle est,
aujourd’hui,
la
seule
de
l’hémisphère occidental à faire
partie du groupe des PMA. En
même temps, un processus de
paupérisation
massive
s’est
progressivement imposé comme
une tendance forte et lourde
alimentée en premier lieu par le
déclin économique affectant tous
les sous-secteurs économiques
antérieurement en croissance dans
les années 70 tels que les industries
manufacturières,
le
tourisme,
l’agro-industrie et l’agriculture
d’exportation. Le déclin s’est
également manifesté par un
processus
parallèle
de
décapitalisation
des
autres
branches du monde économique
rural…34.
L’objectif central est de renforcer la
demande intérieure qui est considérée
comme le moteur de la croissance et de
dynamiser l'investissement productif. Il
s’agit donc de stabiliser le cadre macroéconomique grâce à une série de dispositifs
clés, notamment : le renforcement du régime
monétaire ; la garantie de la qualité des
biens et des services ; la consolidation du
pouvoir
de
négociation
sociale ;
l’instauration d’un système de surveillance
des prix.
Le renforcement du régime monétaire
Le renforcement du régime monétaire
consiste en un certain nombre de mesures
visant à garantir l’autorité des règles qui
régissent le système de paiements et de
crédits. Cet objectif s’articule sur deux axes
interdépendants.
Le premier axe concerne la « gestion saine
de l’économie avec des politiques
budgétaires et monétaires prudentes pour
résorber significativement les grands
déséquilibres conjoncturels internes et
externes » 35. Cela implique également la
« lutte efficace contre la corruption, le trafic
de stupéfiants, le crime organisé, les
activités des gangs, la criminalité
transnationale… » 36 ; des activités qui ont,
au cours de ces dernières années, des
répercussions notables sur la stabilité
financière compte tenu de la vulnérabilité
des institutions financières privées. Comme
en témoigne les malversations des dirigeants
ayant entraîné la faillite, en 2002, des
caisses coopératives et, en 2007, de la
SOCABANK, l’une des principales banques
commerciales. Tout cela renforce l’attitude
de défiance traditionnelle des ménages à
l’égard
des
institutions
financières
haïtiennes, rendant difficile la constitution
d’une épargne nationale pour financer la
reprise économique du pays. Outre la
justice, la police et les autres organes
spécialisés, la poursuite de cet objectif
requiert le rôle actif de « la Banque Centrale
[qui] devra clarifier et réaménager le cadre
d’exécution de la politique monétaire de
manière à renforcer les mécanismes de
transmission de la politique monétaire et à
accroître l’efficacité des instruments
utilisés »37.
L’enjeu est de rétablir la confiance dans le
système économique haïtien, en garantissant
la stabilité financière qui contribue à la
stabilité des prix, lequel doit contribuer à
son tour à renforcer la stabilité financière.
Sans quoi, outre l’intensification de la
spéculation sur les devises étrangères, les
investisseurs continueront à fuir le pays ou à
se réfugier dans les domaines offrant les
possibilités de gain rapide comme l’importexport.
35
DSNCRP, op. cit., p. 46.
Idem., p. 79.
37
Idem., p. 115.
36
34
DSNCRP, op. cit., p. 23.
11
Le deuxième axe porte sur la facilitation de
l’accès au crédit en faveur de la paysannerie.
Dans les zones à forte potentialités (plaines
irriguées et humides, montagnes humides),
des efforts soutenus seront déployés en vue
d’intensifier la production par l’octroi de
crédits pour la modernisation des
exploitations et des entreprises agricoles, et
pour le relèvement de leur productivité. Les
régions les plus défavorisées (plaines sèches
et semi-arides, mornes secs et semi-arides)
bénéficieront
d’un
encadrement
systématique et soutenu par des formes de
subvention décroissante, soit au niveau de la
production (prix des intrants tels que
semences,
fertilisants,
outillage
et
équipements), soit au niveau de la
commercialisation des extrants (récoltes ou
produits transformés pour les cantines
scolaires ou pour des mélanges avec des
produits stratégiques importés (farine de
blé)38.
L’accent mis par le DSNCRP sur
l'agriculture
comme
vecteur
de
développement représente une nouveauté.
Ce secteur a toujours été le parent pauvre
des politiques énoncées dans les diverses
documents susmentionnés. L’essentiel des
ressources financières qui y étaient prévues
est en effet alloué à des programmes macroéconomiques d’ajustement structurel dont
les objectifs principaux demeurent invariés,
à savoir : le renforcement de la capacité de
remboursement de la dette extérieure et la
création des conditions favorables à
l’investissement dominé par les capitaux
étrangers. En conséquence de quoi, la
myriade des petits producteurs agricoles, qui
représentaient jusque récemment près de 80
% de la population, se trouvait exclue de ces
crédits. Ainsi, s’appuyant sur les travaux de
McGowan, Arnousse Beaulière montre,
qu’entre octobre 1994 et octobre 1995,
seulement 1 % environ de l’aide déboursée
dans le cadre du Programme d'urgence et de
redressement économique a été consacré à
38
Idem., p. 54.
l’agriculture39. Les programmes de microcrédit ne concernaient globalement que les
« petites marchandes » du commerce
informel de rue.
La garantie de la qualité des biens et des
services
Le DSNCRP fait la promotion d’une
nouvelle stratégie de commercialisation dans
laquelle l’État se porte garant des
transactions. Devant garantir la qualité des
biens et des services, cette nouvelle stratégie
implique notamment : l’amélioration et la
« standardisation des produits de haut de
gamme » ainsi que le « développement d’un
système
de
communication
et
40
d’informations commerciales » . Il s’agit en
substance de garantir la transparence quant à
la formation des prix sur tous les marchés,
mettant ainsi fin aux abus actuels consistant
à vendre des biens et des services de qualité
médiocre à des prix le plus élevé possible.
Les exigences de bonne qualité des
biens et des services, concernent tous les
secteurs, y compris les secteurs de
l’éducation et la santé pour lesquels est
prévue la mise en œuvre d’un programme de
subvention. En effet « l’État poursuivra son
effort de modernisation des systèmes
éducatif et sanitaire, avec l’objectif
prioritaire de fournir des services plus
accessibles et de meilleure qualité à
l’ensemble de
la population, tout
particulièrement
aux
groupes
vulnérables »41.
La consolidation du pouvoir de
négociation sociale
Le DSNCRP établit un lien de cause à effet
entre « la pauvreté en Haïti » et le
« processus historique de construction du
pouvoir politique et de l’organisation
économique centré sur les intérêts d’une
39
Arnousse Beaulière, « Haïti dans l’impasse économique et
sociale : une analyse en terme de gouvernabilité », op. cit.,
pp. 76-77.
40
Idem., p. 57.
41
DSNCRP, op. cit., pp. 49-48.
12
minorité »42. La reproduction de cet état
dépend d’un déséquilibre en faveur de cette
minorité qui est favorable à l’économie de la
prédation génératrice de la pauvreté. Pour
rétablir l’équilibre au profit notamment des
groupes vulnérables, le DSNCRP oriente
l’action
dans
deux
directions
complémentaires : d’une part la création de
l’égalité des chances « en termes d’accès
aux ressources et aux facteurs tels que
crédit, infrastructures, capital social et
éducation »43 ; d’autre part le renforcement
des structures organisationnelles de base de
la société ou même, « pour les plus
pauvres », la création de réseaux de
participation sociale44.
Le raisonnement mise en œuvre par le
DSNCRP consiste à dire que la croissance et
la réduction de la pauvreté en Haïti n’est pas
possible sans l’établissement d’un équilibre
entre les groupes sociaux en lutte pour le
maintien ou le renversement du statu quo.
La capacité des groupes vulnérables à
exercer une pression crédible sur la minorité
possédante qui monopolise également la
représentation politique est susceptible de
conduire les membres de cette minorité à
renoncer à la logique prédatrice pour adhérer
à la logique de production et de partage de la
richesse. Des objectifs qui commandent la
réciprocité des échanges. Et cela est
considéré à la fois comme un préalable à la
réduction de la pauvreté et comme la clé
d’une dynamique économique endogène : la
création d’un marché reposant pour une
large part sur la demande intérieure de biens
de consommation et d’équipements.
de politiques visant à réduire les inégalités.
La lutte contre les inégalités de revenu et
contre l’exclusion sociale fait partie
intégrante de la stratégie »45.
L’instauration d’un système de
surveillance des prix
Le DSNCRP préconise l’instauration d’un
système de surveillance des prix articulé
autour d’un certain nombre de mécanismes
devant permettre de réduire les tensions
inflationnistes induites par les interactions
prix/salaire/prix : « Une faible inflation
limite l’érosion de la valeur réelle des
salaires et des actifs détenus par les agents
économiques et notamment par les
pauvres ». Parmi les mécanismes, le
principal est le contrôle des transactions sur
tous les marchés. Ce contrôle s’exerce
principalement à travers les dispositifs
fiscaux qui doivent contribuer :
« au renforcement des capacités
institutionnelles
des
administrations fiscales et à
l’amélioration de l’efficience de
leur action, à la rationalisation du
système d’exonérations fiscales, à
l’amélioration de la couverture des
activités rurales, à l’intégration des
opérateurs du secteur informel
dans le système fiscal, à la révision
et à la mise à jour de la législation
fiscale, au renforcement du
contrôle douanier sur tout le
territoire et notamment dans les
ports de province, à l’ajustement
des barèmes de taxes, notamment,
pour prendre en compte l’érosion
provoquée par l’inflation, à la
correction des distorsions induites
par certaines taxes (taxes sur les
produits pétroliers par exemple) et
au réaménagement de certains taux
jugés relativement faibles (taux de
la TCA par exemple) ou trop
élevés (pour l’enregistrement des
hypothèques, par exemple) » 46.
En définitive, la consolidation du pouvoir de
négociation sociale doit contribuer à garantir
l’application des règles qui régissent les
divers rapports économiques, notamment le
rapport salarial : « La réduction de la
pauvreté découlera non seulement de l’effet
mécanique de l’augmentation du revenu per
capita, mais également de la mise en oeuvre
42
Idem.
Idem., p. 41.
44
Idem.
43
45
46
Idem., p. 111.
DSNCRP, op. cit., pp. 112-113.
13
Le renforcement du régime monétaire, la
garantie de la qualité des biens et des
services, la consolidation du pouvoir de
négociation sociale et l’instauration d’un
système de surveillance des prix participent
d’un processus d’institutionnalisation des
activités économiques : c’est-à-dire leur
inscription
dans
des
procédures
décisionnelles contraignantes qui sont
définies à travers une codification juridique,
une
professionnalisation
et
une
instrumentation spécifique. L’instauration de
mécanismes de coordination couronne ces
efforts pour mettre au point un régime de
régulation efficace.
3.- Les mécanismes de coordination
Pour garantir l’efficacité de la Stratégie
nationale pour la croissance et la réduction
de la pauvreté, le Document institue une
structure hiérarchique articulée autour du
président de la République qui en constitue
le pivot central, et le Premier ministre :
« La structure de mise en oeuvre
comprend deux niveaux : l’un,
stratégique, sous le patronage du
Président de la République; l’autre,
opérationnel, présidé par le
Premier Ministre. Ces niveaux
intègrent les partenaires principaux
du développement, à savoir le
secteur privé, les collectivités
territoriales et le secteur de la
coopération, incluant les agences
internationales et les ONG. Dans
son ensemble, cette structure de
mise en oeuvre est sous le contrôle
ultime du président de la
République qui patronne, pour y
arriver, une Commission nationale
des investissements (CNI) dont le
but est de rechercher
la
compétitivité
des
ressources
haïtiennes ainsi que la performance
des investissements publics, dont
ceux concernant les Grands
chantiers. Au sein de cette
Commission, la Primature opère
un Comité d’arbitrage des priorités
dont la tâche centrale est de bien
orienter
les
investissements
publics. Le Secrétariat de la
Commission
Nationale
des
Investissements (CNI) sera assuré
par le Ministère de la Planification
et de la Coopération Externe » 47.
Cette structure doit permettre une meilleure
coordination des acteurs nombreux et au
statut divers impliqués dans la mise en
œuvre de la Stratégie, notamment : « les
structures pérennes de l’Administration, les
structures déconcentrées, les collectivités
publiques locales, le secteur privé, les
bailleurs de fonds et donateurs et les
populations
bénéficiaires »48.
Complémentarité des actions, proximité des
besoins, souplesse des structures et contrôle
démocratique sont des caractéristiques
fondamentales de ces structures, permettant
une forte synergie entre les divers acteurs au
service des objectifs de la Stratégie. Le suivi
de cette coordination sera assuré par les
diverses Directions du Ministère de la
Planification et de la Coopération externe,
jouant un rôle de premier plan dans
l’application du DSNCRP.
Le Ministère de la Planification et de la
Coopération Externe assure la coordination
et le suivi de la mise en oeuvre du DSNCRP.
Les différentes directions techniques du
MPCE se distribuent les charges de la
coordination de la mise en oeuvre, du suivi
et de l’évaluation du DSNCRP. Ces
directions seront appuyées non seulement
par l’Observatoire Nationale de la Pauvreté
et de l’Exclusion Sociale (ONPES), mais
également par les Unités d’Etudes et de
Programmation (UEP) des ministères
sectoriels49.
La
création
de
ces
structures
organisationnelles correspond à une volonté
claire de mener une action cohérente et
efficace. Elle se base sur une mise en
commun de ressources afin de diminuer
certains frais, et ce dans un cadre de partage
de valeurs, de convictions et d’intérêts
47
Idem., p.123.
Idem., p. 125.
49
DSNCRP, op. cit., p. 124.
48
14
propres à l’action collective autonome. Leur
efficacité repose sur la personnalité du
Président de la République, qui doit être en
mesure de contrôler en fonction des normes
orientée vers les objectifs du DSNCRP, la
conformité des activités des acteurs qui sont
placés immédiatement sous son autorité. Et
à ces derniers incombe la responsabilité de
procéder au même contrôle quant aux
activités de ceux placés directement audessous d’eux d’après les mêmes critères ; et
ceci ainsi de suite jusqu’à l’échelon
inférieur.
Pour assurer la conformité des acteurs aux
nouvelles exigences, le DSNCRP ne compte
pas uniquement sur l’efficacité des
mécanismes contraignants ou coercitifs. Il
en appelle à la conscience de chacun d’eux.
En conséquence, il prévoit des mécanismes
de socialisation devant préparer les
intéressés au rôle qu’ils devront assumer
dans le cadre de la poursuite des objectifs
définis.
III.- Les mécanismes de socialisation
1.- L’institution d’acteurs collectifs
Le projet fondamental du DSNCRP est
l’institution d’acteurs collectifs, c’est-à-dire
de groupes d’individus unis par des valeurs
communes et qui sont mobilisables dans le
cadre de la mise en œuvre de la Stratégie
nationale pour la croissance et la réduction
de la pauvreté. Certes, le Document vise à
améliorer la formation et l’information des
pauvres et leur capacité à exercer leurs
droits. Mais il insiste sur la nécessité de
renforcer les « capacités des organisations
de la société civile en vue d’obtenir leur
pleine participation au processus à travers
l’identification et l’évaluation continue des
groupes et/ou associations de base » 50. Le
processus de son élaboration est pris pour
modèle d’action à entreprendre pour
atteindre les objectifs visés. Processus qui
est marqué par la forte implication « des
intervenants, des populations et des
partenaires du développement », qui sont
très sensibilisés aux « thématiques de
croissance et de réduction de la pauvreté »51.
D’ailleurs, les mécanismes de crédit évoqués
plus
haut
sont
mis
en
place
« particulièrement
au
bénéfice
d’associations pour éviter toute dérive ou
déviation des fonds sollicités »52. Voilà que
l’on renoue avec la logique de l’action
collective orientée vers l’utilité collective,
reposant sur l’engagement personnel et la
participation active de chacun des membres
de la collectivité donnée.
Pour assurer son succès, le DSNCRP
compte en effet sur la mobilisation des
individus dans le cadre des « groupements »
constitués sur la base d’identité ou d’intérêts
communs : presse, syndicats, coopératives,
associations professionnelles, organismes
des droits humains, groupements de femmes
et de jeunesse, ONG, organisations d’élus
locaux et nationaux, et autres organisations
et/ou associations de base. Cette démarche
participative est, certes, imposée par les
bailleurs de fonds internationaux qui
souhaitent obtenir l’adhésion de larges
secteurs des populations à l’économie de
marché dont ils assurent la promotion, et qui
exige à ces dernières de durs sacrifices. Mais
elle puise au fond sa justification dans les
réalités
sociales
haïtiennes
(domination/exploitation/exlusion)
nécessitant la recherche de compromis sur
un projet de développement national entre
des groupes davantage habitués à
l’affrontement qu’à la concertation et à
l’action collective : ils tendent plus
spontanément à recourir à la violence pour
exprimer leurs frustrations qu’aux moyens
pacifiques juridiquement définis. Le
Document écarte donc l’idée selon laquelle
une société est uniquement constituée
d’individus liés par contrat. Il cherche
surtout à créer un sentiment collectif fondé
sur la participation à un effort commun
« pour sortir le pays de la spirale de la
pauvreté et de la misère »53. En effet, le
51
Idem.,p. 25
Idem., p. 57.
53
DSNCRP, op. cit., p. 12.
52
50
Idem., 26.
15
« relèvement de ces grands défis requiert
une mobilisation sans précédent de
ressources
sur
les
plans
humain,
organisationnel et financier. Il s’agira de
moduler les efforts à entreprendre en
fonction du temps et des nombreuses
contraintes auxquelles se heurte le
développement d’Haïti »54.
Des structures de représentation collective
sont donc nécessaires. D’où l’intérêt que
présentent « les groupes organisés de la
société civile »55, malgré leur caractère
imprécis et l’absence de liens clairs avec le
mouvement social. Plutôt que de s’enfermer
dans l’appel incantatoire à l’État qui doit
concevoir, planifier et appliquer un
programme de développement national, ils
pourraient jouer un rôle pour que soient
traités les besoins économiques et
sociopolitiques généraux, notamment ceux
qui sont associés à : l'évolution du travail,
l'émergence de nouveaux modes de vie et
d'activité, la vulnérabilité de la société face
aussi bien aux catastrophes naturelles
qu’aux crimes organisés et la mise en
concurrence de la nation haïtienne avec les
autres nations de la région. La prise en
charge de ces besoins nécessite de mettre en
œuvre certaines mesures consistant à
« impulser une dynamique forte de
rattrapage des Objectifs du Millénaire pour
le développement, doter le pays d’une
économie moderne, renforcer l’État dans
toutes ses composantes institutionnelles et
mettre notre créativité et notre patrimoine
culturel au service du développement du
pays ». Il paraît donc nécessaire d’inclure
ces groupes dans le processus participatif si
l’on veut qu’ils consentent à faire les
sacrifices nécessaires pour relever de tels
défis. Il y va du maintien de la dignité
nationale. D’où la nécessité d’entreprendre
une campagne de promotion du DSNCRP
visant à : « i/diffuser une conception du
développement en Haïti en tant que chemin
d’espérance et de construction d’une
nouvelle unité nationale; ii/mettre en place
54
55
Idem., p. 46.
Idem., p. 24.
un bloc hégémonique d’alliances autour de
la stratégie de développement retenue » 56. Il
s’agit d’obtenir l’engagement personnel de
chaque Haïtien à ce projet.
2.- L’institution du citoyen et du patriote
L’institution d’acteurs collectifs passe en
effet par l’institution de l’individu comme
citoyen et patriote, c’est-à-dire ayant une
orientation culturelle nationale. Cet objectif
est d’autant plus fondamental que le
DSNCRP, pour obtenir la participation de
tous à la poursuite des objectifs définis, en
appelle non pas à la coercition, mais au
civisme et au patriotisme de chaque Haïtien
qui doit considérer l’avilissement du pays
comme inacceptable, donc s’engager
personnellement à y remédier dans le cadre
de cette mobilisation nationale : « La
pauvreté endémique et massive de la
population interpelle toutes les consciences
haïtiennes à l’intérieur du pays comme dans
sa grande diaspora » 57. La formation d’une
conscience civique et patriotique haïtienne
est une tâche rude. Car aucun des organes,
comme l’église et l’école, n’est parvenu
jusque-là à remplir cette fonction.
Engagés dans une lutte sans merci contre le
vaudou, les clergés catholique et protestant
privilégient, s’agissant de Dieu, la figure
d'Amour centrée sur l’œuvre de la
Rédemption et la rémission des péchés 58. Il
s’agit d’accroître le contraste entre le Dieu
représentant la Bonté et la Justice d’un côté,
et, de l’autre côté, le Diable incarnant le Mal
absolu et l’iniquité ; ce dernier est identifié
au vaudou et à ses fidèles59. Le but est
56
Idem., p. 46.
DSNCRP, op. cit., p. 45.
58
Dès lors, la glorification de l’œuvre de Dieu unique,
notamment la rédemption des hommes devient les éléments
dominants de la prédication, ceci au détriment des impératifs
du vivre ensemble ici bas. Certes, le discours de la théologie
de la libération développé dans les années 1980 est axé sur la
contestation de l’ordre existant générateur de la misère et de
la violence socioéconomique. Mais, il n’a pas donné une
image tant soit peu précise de l’ordre nouveau qu’on veut
substituer à cet ordre, ni définit le rôle que chacun doit y
jouer à titre de citoyen responsable.
59
André Corten a bien pris la mesure de ce phénomène en
insistant sur les effets négatifs du mode d’évangélisation qui
a introduit dans la société haïtienne la « diabolisation »
57
16
davantage d’assurer la conversion des
individus, que de les intégrer dans la Cité
des hommes, donc les préparer à remplir
leur devoir de citoyen et de patriote.
Dans le vaudou lui-même, la solidarité et
l’engagement
réciproques
ne
sont
obligatoires que dans les limites de la
communauté unifiée autour du Lakou ou du
Hounfor (Temple vaudou), où les individus
sont liés par une sorte de pacte surnaturel.
En ce qui concerne les relations
extracommunautaires, il n’est nullement
postulé l’existence d’un accord originel qui
serait garanti par une autorité transcendante.
Dès lors, libre à chacun de se comporter
comme bon lui semble face aux membres
des autres groupes ou de tout inconnu. Enfin
de compte, comme la religion chrétienne –
telle que pratiquée dans le contexte haïtien
marqué par les tensions socioculturelles – le
vaudou n’a nullement contribué au
développement des symboles et des
représentations sous-jacents à la conscience
citoyenne nationale60.
Quant à l’école, avec le concordat de 1860,
l’orientation de la formation est totalement
laissée à l’initiative des congrégations de
l’Église catholique romaine. Loin d’élaborer
et de diffuser des valeurs communes axées
sur la solidarité et l’engagement à l’échelle
sociale nationale, cette institution inculque
aux jeunes les mêmes préjugés négatifs,
« contraignant, selon Jean Rosier Descardes,
tout un peuple à rougir de ses origines
africaines »61 : l’Afrique est assimilée au
règne des ténèbres. Pour Descardes, « le
bilan de l’Église catholique en Haïti, de la
signature du Concordat en 1860 à nos jours,
est plutôt mitigé. Le nombre élevé d’élèves
(Corten, André, Misère, religion et politique en Haïti, 2001,
Paris, Karthala, p. 44.).
60
Les références mobilisées sont situées dans un contexte,
s’agissant du vaudou, marqué par la nécessité de renforcer la
cohésion interne des communautés locales qui s’excluent
mutuellement. D’où l’importance accordée aux rapports
communautaires basés sur la parenté ou sur le lien mystique.
Pour les églises chrétiennes l’enjeu est de vaincre le vaudou
assimilé à un pur vestige de la barbarie, du satanisme.
61
Jean Rosier Descardes, Dynamique vodou et État de droit
en Haïti : droits de l’homme et diversité culturelle en Haïti
(Thèses de doctorat), Université Paris I – PanthéonSorbonne, 2001, p. 72.
alphabétisés ne peut nullement faire oublier
sa contribution, peut-être involontaire, dans
les problèmes du pays. Mentionnons
notamment le clivage villes/campagne,
français/créole ou catholicisme/vodou »62.
Cette contribution négative est d’autant plus
importante que les nouveaux préjugés
véhiculés se superposent à ceux hérités de
l’époque esclavagiste coloniale opposant les
groupes sociaux les uns aux autres63. Depuis
les années 1990, l’émergence et le
développement d’une logique mercantile
sous l’influence des investisseurs privés en
nombre croissant (phénomène de « lekòl
bòlèt ») éloignent cette institution des
perspectives de socialisation citoyenne et
patriotique.
Le DSNCRP décide de prendre ce problème
à bras le corps. Il décide de lier éducation et
formation qui doivent être mises en œuvre
dans toutes les sphères de la société. Cellesci sont conçues en termes d’imprégnation
des « valeurs fondatrices de la société
haïtienne » qui doit contribuer à ancrer les
individus dans une identité nationale, dans
laquelle chacun doit percevoir les autres
comme ses semblables. On retrouve là, la
conception durkheimienne de l’action
éducative, qui doit être orientée vers le
développement d’un « certain nombre d’état
physiques, intellectuels et moraux que
réclament de lui et la société politique dans
son ensemble et le milieu spécial auquel il
est particulièrement destiné » 64.
Une telle conception conduit à mettre
l’accent sur le contenu de la formation, qui
doit permettre de renverser « une tendance
marquée à la perte de l’identité nationale,
des valeurs du civisme, d’entraide, de
solidarité et de tolérance ; la pratique de
l’exclusion et de l’affrontement au sein de la
population haïtienne »65. Ce contenu ne doit
donc pas être axé uniquement sur la
62
Idem.
Gérard Barthélemy, Le pays en dehors. Essai sur l’univers
rural
haïtien,
Port-au-Prince/Montréal,
Henri
Deschamps/CIDIHCA, 1989.
64
Émile Durkheim, Éducation et sociologie, 1995, Paris,
PUF, Coll. Quadrige, p. 51.
65
DSNCRP, op. cit., p. 105.
63
17
transmission
des
compétences
professionnelles
ou
des
savoir-faire
particuliers permettant aux apprenants de
trouver un emploi sur le marché du travail
ou d’accroître leur efficacité dans leurs
propres activités. Ce contenu doit tendre
vers l’inculcation de la culturelle nationale
aux individus, faisant d’eux des citoyens
responsables et qui s’engagent envers la
nation haïtienne.
• « La culture doit être à la fois
un ciment entre les membres de
la communauté haïtienne sans
distinction de classe, de sexe,
d’age et de religion, la base des
solutions aux problèmes du
pays et l’un des principaux
facteurs du développement
national ;
• la culture doit permettre aux
Haïtiens de gagner la bataille
pour le développement durable,
de sauvegarder sa dignité de
peuple et de s’imposer face aux
autres nations ;
• les principales ressources
culturelles à exploiter sont les
arts et la littérature, les sites
archéologiques, historiques et
naturels,
mais
aussi
les
traditions
populaires
et
ancestrales ;
• l’action culturelle sera axée
sur une culture populaire
généralisée et décentralisée. »66
En fin de compte, les mécanismes de
socialisation
doivent
contribuer
à
l’institution de l’individu comme citoyen et
patriote, c’est-à-dire capable d’articuler ses
intérêts personnels avec l’intérêt du pays,
d’accéder à la notion du bien commun, de la
discipline, de la vie, de la propriété, ainsi
que de la liberté.
Conclusion
Le DSNCRP a fait l’objet de deux types de
critique : le premier, conservateur, est
hostile à l’avènement en Haïti de tout ordre
économique et socioculturel fondé en droit,
en justice ou en équité, c’est-à-dire un ordre
légitime ; le second, altermondialiste, rejette
en bloc les principes de l’économie de
marché inspirant ce Document. Toutefois,
cela n’empêche pas au DSNCRP de recevoir
un accueil très favorable des élites,
notamment les dirigeants des partis
politiques et des organisations de la société
civile.
La critique conservatrice dénonce la rigueur
de la politique économique axée sur la
stabilité macroéconomique, impliquant :
d’une part, un refus de l'inflation et de la
libre formation des prix en fonction de
l’offre et de la demande et, d’autre part, une
exigence d’ « augmentation des réserves
internationales à trois mois d'importation, la
limitation du déficit budgétaire à 2 ou 3 %
du PIB »67. Par ailleurs, elle dénonce son
esprit néolibéral qui impose l’ouverture de
l’économie aux entreprises étrangères,
introduisant ainsi la libre concurrence dans
des secteurs régis jusque-là par le monopole
des marchands nationaux.
Dans une interview accordée au quotidien
haïtien, Le Nouvelliste, dans sa livraison du
28 avril 2008, l’ex-premier ministre Marc
Bazin, fustige le DSNCRP qu’il estime être
« aussi raide, sinon plus que l'ajustement
quant
à
la
politique
classique »68
économique qu’il met en œuvre.
Selon les propos de Marc Bazin rapporté par
Dieudonné
Joachim,
cette
politique
manquerait donc de pertinence, dans la
mesure où elle ignore les causes réelles de la
pauvreté en Haïti. Parmi ces causes, la
principale est la défaillance de l’État qui
crée un climat d’incertitude défavorable aux
67
66
Idem., p. 105.
Dieudonné Joachim, 28 Avril 2008, « Le DSNCRP, un
type d'ajustement structurel », Le Nouvelliste.
68
Propos rapporté par Dieudonné Joachim, op. cit.
18
décisions du secteur privé relativement à
l'investissement, au commerce et à
l'innovation : « Cette politique ne marchera
pas sans les mesures d'accompagnement, tel
un secteur privé qui prend des risques. Le
secteur privé ne peut pas prendre des risques
dans les conditions de fonctionnement de
l'État tel qu'il est aujourd'hui ».
Il est à noter que la critique conservatrice
exprime les intérêts de la minorité visée par
le DSNCRP (cf. p. 13), qui se base sur la
défaillance de l’État pour justifier son esprit
spéculatif et sa logique rentière. Attitudes
qui s’avèrent incompatibles avec un
développement économique s’appuyant sur
la
recherche,
l’innovation,
des
investissements sur la longue durée et
nécessitant d’avoir des objectifs avec un
horizon à long terme. Nombre d’entreprises
publiques privatisées avec leurs salariés et
parfois leurs fournisseurs ont fait les frais de
décisions de fermeture hâtives, uniquement
motivées par la réalisation de gains rapides
et qui ont cassé des projets industriels
prometteurs.
Or, l’un des objectifs fondamentaux du
Document est non seulement de contrer cette
explosion de la fièvre d’enrichissement
conduisant au renoncement à de tels projets,
mais encore de renforcer l’efficacité de
l’État en vue de le rendre capable
d’accompagner la mobilisation nationale en
faveur de la croissance et de la réduction de
la pauvreté. Donc cette critique n’est pas
seulement infondée, elle est tendancieuse.
Quant à la critique altermondialiste, la
question clé est celle de savoir « qui
contrôle », « qui décide ». Dès le lancement
de sa préparation le 12 avril 2007, certains
protagonistes désignent les institutions
financières internationales comme les
véritables instigatrices du DSNCRP. Dans
un article posté le 20 avril 2007 sur
Alterpress, « Haïti : Quelle stratégie de
réduction de la pauvreté », Wooldy Edson
Louidor s’est fait l’écho de cette critique.
Selon lui, par ce Document, le
gouvernement haïtien ne vise qu’à satisfaire
aux exigences de la Banque Mondiale (BM)
et du Fonds Monétaire International (FMI)
qui conditionnent les prêts en faveur des
gouvernements des pays pauvres comme
Haïti par l’engagement dans un tel
processus. En juillet 2007, intervenant
autour
du
thème
:
« Politique
néolibérale/Economie
rurale »,
le
responsable de la Plate-forme haïtienne de
plaidoyer pour un développement alternatif
(PAPDA), Camille Chalmers dénonçait
l’orientation néolibérale de ce Document qui
fait la part belle aux projets intéressant le
grand capital transnational, comme ceux des
zone franche susceptibles de priver les
paysans des terres arables 69.
Orientée vers l’économie de marché, le
Document est d’emblée perçu comme le
vecteur de pillage des ressources naturelles
et de l’exploitation de la force de travail
haïtienne par des multinationales guidées
uniquement par le profit et par la recherche
de gain rapide, se souciant peu des intérêts
nationaux, tout comme de leurs salariés. Il
s’avère donc inefficace quant à la croissance
et la réduction de la pauvreté. Et dans une
note de presse en date du 20 mai 2008, la
PAPDA en appelle à son rejet pur et simple.
Car, selon ladite note, ce Document « ne fait
pas partie des solutions aux problèmes
confrontés par les haïtiens ».
La force de cette critique est d’exprimer
l’intérêt de la population haïtienne, et, plus
largement, celui des pays pauvres visés par
le DSRP des institutions financières
internationales : toute stratégie nationale
pour la croissance et la réduction de la
pauvreté demeurera inefficace tant qu’on n’a
pas supprimé les mécanismes de pillage des
ressources
naturelles
données
et
d’exploitation de la main d’œuvre sousrémunérée et sans protection sociale des
pays concernés.
Mais ses limites consistent dans le fait
d’occulter
les
aspects
institutionnel,
69
Propos rapporté par le quotidien le Nouvelliste, 23 Juillet
2007, « Cri d'alarme en faveur de la paysannerie » (Jean
Pharès Jérôme).
19
socioéducatifs et culturels du Document.
Ces aspects sont en effet axés sur l’effort
pour substituer un ordre légitime à l’ordre
violent et brutal existant, c’est-à-dire l’état
civil fondé sur la paix et la solidarité entre
tous à l’échelle de la société. Il s’agit donc
de rompre avec la logique prédatrice
générant un climat de « guerre de tous
contre tous »70 ou de sauve-qui-peut
général71 : c’en est là le saut qualitatif que le
DSNCRP entend réussir.
l’intérêt du pays 72. Le combat le plus
difficile à livrer sera de convaincre cette
population que la stratégie nationale pour la
croissance et la réduction de la pauvreté
n’est pas uniquement l’affaire des
gouvernants
ni
des
dirigeants
sociopolitiques, mais aussi sa propre
affaire : c’est-à-dire de forger la conscience
collective citoyenne et patriotique.
Orientées vers le renforcement des
institutions légitimes articulées sur les
impératifs d’intégration et d’efficience
collective, les mesures du DSNCRP
répondent à l’ordre violent et brutal en
place, où les individus se méprisent les uns
les autres, et où chacun ignore le bien
commun et l’intérêt général ou national.
Participant
au
processus
d’institutionnalisation, les standards et les
normes
légitimes,
les
structures
organisationnelles, les mécanismes de
socialisation, permettent de discipliner les
comportements ; discipline grâce à laquelle
l’efficacité économique et sociopolitique
nécessaire à la croissance et à la réduction
de la pauvreté puisse être atteinte. En
définitive, les garanties institutionnelles
effectives fournissent des moyens dans la
lutte pour en finir avec la situation
d’instabilité permanente ou le statu quo en
faveur des agents économiques puissants,
nationaux et internationaux.
En dépit des critiques susmentionnées ou
des demandes d'ajustements, le Document a
reçu un accueil très percutant au sein des
élites sociopolitiques. Mais cet appui ne
suffit pas pour assurer son appropriation par
la population qui est gagnée par le
scepticisme, témoignant d’une forte défiance
à l’égard de ces élites qui se montrent
traditionnellement indifférentes à l’égard de
70
Thomas Hobbes (1651), [première édition Sirey, 1971],
1996, Léviathan. Traité de la matière, de la forme et du
pouvoir de la république ecclésiastique et civile, Paris, Sirey
71
Laënnec Hurbon, 2001, Pour une sociologie d’Haïti au
XXIe siècle. La démocratie introuvable, Paris, l’Harmattan,
pp. 167-168.
72
Jean Price Mars, La Vocation de l’Élite, Port-au-Prince,
Presses Nationales d’Haïti (1919), 2001, pp. 33-34 ; JeanClaude Jean et Marc Maesschalck, Transition politique en
Haïti. Radiographie du pouvoir Lavalas, Paris l’Harmattan,
1999, p. 20 ; Leslie J.-R. Péan, Haïti : économie politique de
la corruption : L'ensauvagement macoute et ses
conséquences (1957-1990), Maisonneuve et Larose, 2007 ;
Jacques de Cauna, Haïti, l’éternelle Révolution, Port-auPrince, Éd. Henri Deschamps, 1997 ; Fred Doura, Économie
d’Haïti : dépendance, crises et développement, tome 3,
Montréal, Les éditions Dami, 2003.
20
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cette publication demeurent l'entière responsabilité de
l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Observatoire des Amériques ou des membres du Centre
d’Études sur l’intégration et la Mondialisation (CEIM).
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