Evalyasyon pwogrè sou objektif rezolisyon 2653 (2022), S/2023/677
Rezime — Li evalye pwogrè Ayiti sou objektif rezolisyon 2653 (2022) pou jistis, rediksyon vyolans, trafik ak dwa moun. Evalyasyon an pa t jwenn pwogrè sou objektif sa yo nan mwa septanm 2023.
Dekouve Enpotan
- Pa t gen pwogrè sou kat objektif rezolisyon 2653 (2022) te tabli yo.
- Vyolans gang yo te depase kapasite enstitisyon jistis, polis ak prizon ki te deja fèb.
- Gwoup ame yo te kontwole oswa enfliyanse anviwon 80 pousan zòn metwopolitèn Pòtoprens.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Nations Unies S/2023/677
Conseil de sécurité Distr. générale
15 septembre 2023
Français
Original : anglais
Évaluation des progrès accomplis par rapport
aux principaux objectifs établis au paragraphe 25
de la résolution 2653 (2022)
Rapport du Secrétaire général
I. Introduction
1. Par sa résolution 2653 (2022), le Conseil de sécurité a imposé une interdiction
de voyager, un gel des avoirs et un embargo sur les armes ciblé aux personnes et
entités désignées comme étant responsables ou complices d’activités faisant peser une
menace sur la paix, la sécurité ou la stabilité en Haïti ou comme ayant pris part,
directement ou indirectement, à de telles activités. Le Conseil a également décidé
d’examiner si les mesures énoncées dans la résolution étaient opportunes compte tenu
des progrès accomplis par rapport aux principaux objectifs. À cet égard, il a demandé
au Secrétaire général, en étroite consultation avec le Groupe d’experts, de procéder,
au plus tard le 15 septembre 2023, à une évaluation des progrès accomplis concernant
les principaux objectifs.
2. Une équipe du Secrétariat, composée de membres du Département des affaires
politiques et de la consolidation de la paix et du Département des opérations de paix,
s’est rendue en Haïti du 10 au 14 juillet 2023 pour procéder à cette évaluation en
consultation avec le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti et l ’équipe de pays
des Nations Unies, ainsi qu’avec des représentants du Gouvernement haïtien,
notamment le Premier Ministre, le Ministre des affaires étrangères, le Ministre de la
justice et de la sécurité publique, le Ministre de la défense, le Président de la Cour de
cassation, le Directeur général de la Police nationale haïtienne, le Directeur général
de l’Administration générale des douanes, ainsi que la Présidente et le Secrétaire
général du Haut Conseil de la transition. L’équipe a consulté le Groupe d’experts sur
Haïti et rencontré des représentants de la société civile, notamment des groupes de
femmes et du secteur privé. Des consultations ont eu lieu à Ne w York avec des
membres du Comité des sanctions concernant Haïti et un représentant de la
Communauté des Caraïbes. Le présent rapport présente les résultats de cette
évaluation.
II. Contexte
3. Haïti doit faire face à une crise multidimensionnelle, marq uée avant tout par la
violence en bande organisée, qui sape les institutions publiques. Aujourd’hui, les
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bandes armées exercent leur contrôle ou leur influence sur environ 80 % de la zone
métropolitaine de Port-au-Prince, et la violence en bande organisée touche tous les
quartiers. La violence s’étend également aux départements hors de la capitale. Au
cours des derniers mois, une augmentation significative des crimes tels que les
homicides, les enlèvements et les viols a été signalée. Des attaques aveugles à grande
échelle contre des quartiers entiers et leurs habitants ont provoqué le déplacement de
près de 130 000 personnes.
4. L’intensification de la violence en bande organisée a provoqué des
manifestations populaires contre le Gouvernement et une multiplication des milices
d’autodéfense et de la violence associée, y compris les meurtres et les lynchages, ce
qui a encore plus érodé la cohésion sociale. En avril 2023, un mouvement
d’autodéfense contre les bandes organisées, connu sous le nom de « Bwa Kale », est
apparu à Port-au-Prince.
5. Le caractère généralisé de la violence armée a de graves répercussions sur les
activités socioéconomiques. Comme les bandes extorquent, détournent ou volent les
véhicules commerciaux et publics qui passent par les artères routières, la liberté de
circulation est entravée. Des écoles ont dû fermer en raison de l’escalade de la
violence, et les enfants courent le risque d’être recrutés par les bandes. Celles-ci ont
réussi à isoler des quartiers entiers, principalement à des fins mercantiles. Elles
intimident la population locale par des moyens violents, notamment en prenant pour
cible des infrastructures critiques.
III. Progrès accomplis par rapport aux principaux objectifs
établis au paragraphe 25 de la résolution 2653 (2022)
6. Les principaux objectifs établis au paragraphe 25 de la résolution 2653 (2022)
concernent la mise en place des capacités requises dans les domaines judiciaire et de
l’état de droit permettant de lutter contre les groupes armés et les activités
criminelles ; la réduction progressive des niveaux de la violence commise par les
groupes armés et les réseaux criminels ; la réduction progressive du nombre d’affaires
de trafic ; ainsi que le renforcement des capacités locales dans les domaines de la lutte
contre la violence de proximité et des droits humains. Aucun progrès n’a été enregistré
par rapport à ces objectifs.
Objectif a) : capacités requises dans les domaines judiciaire
et de l’état de droit permettant de lutter contre les groupes armés
et les activités criminelles
7. La prolifération des bandes armées, de plus en plus influentes, et l’augmentation
de la violence et de l’activité criminelle ont submergé des institutions nationales déjà
faibles, notamment le système judiciaire, la police nationale et la Direction de
l’administration pénitentiaire. Après des années de contraintes en matière de
ressources financières et humaines, d’infrastructures opérationnelles limitées et
d’absence d’obligation de rendre des comptes, ces institutions n’ont actuellement pas
la capacité de lutter contre des bandes de plus en plus puissantes et de faire respecter
l’état de droit dans le pays.
8. Le système judiciaire a toujours du mal à mener des procédures pénales sans
retard. En conséquence, 84 % des personnes incarcérées dans les prisons haïtiennes
sont en détention provisoire. Pour traiter ce problème, le Ministère de la justice et de
la sécurité publique a adopté un nouveau système national de quotas en décembre
2022 afin d’accélérer l’examen des affaires en cours et d’évaluer la performance du
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Ministère public. La mise en œuvre de ce système a toutefois été suspendue pendant
quatre mois en raison d’une grève des greffiers et des magistrats du parquet, qui a
duré de mars à juin 2023. Réduire le nombre important de dossiers en souffrance sera
extrêmement difficile dans le contexte actuel et nécessitera des ressources
supplémentaires importantes, une capacité accrue et une amélioration des conditions
de sécurité.
9. L’impunité demeure un problème généralisé et entame la confiance du peuple
haïtien dans l’État. Dans plusieurs affaires criminelles emblématiques, dont
l’assassinat de M. Moïse, les enquêtes n’ont guère progressé. Dans un contexte où les
bandes contrôlent une grande partie de Port-au-Prince, il est devenu extrêmement
difficile de poursuivre les crimes commis par des bandes armées. La sécurité des
juges, en particulier de ceux qui enquêtent sur des affaires très médiatisées, est une
préoccupation majeure. De plus, les locaux de plusieurs tribunaux, dont le tribunal de
première instance de Port-au-Prince, ont été occupés par des bandes ou fonctionnent
dans des conditions précaires dans des zones contrôlées par des bandes. Par ailleurs,
les déplacements des juges et des procureurs dans les différents départements sont
entravés par l’insécurité qui y règne.
10. L’instabilité politique a également pesé sur le fonctionnement du système
judiciaire et retardé la nomination de juges, notamment celle du nouveau Président de
la Cour de cassation après le décès de son prédécesseur en juin 2021. Un nouveau
président a été nommé en novembre 2022. L’intégrité du système judiciaire et
l’obligation pour les juges de répondre des jugements rendus demeurent un sujet de
préoccupation malgré les efforts récents du nouveau Président pour régler ces
questions. Moins de 20 % des 950 juges du pays ont fait l’objet d’une procédure de
vérification de leurs antécédents. À l’issue d’un récent exercice de vérification des
antécédents des magistrats, près d’un tiers n’a pas été certifié pour absence d’intégrité
morale, qualifications insuffisantes ou élargissement illicite de criminels.
11. La corruption demeure endémique. Selon l’Unité nationale de lutte contre la
corruption, la corruption touche tous les secteurs de l’État et prend diverses formes :
pots-de-vin, enrichissement illicite, blanchiment d’argent provenant de crimes et
délits économiques, abus de fonctions, trafic d’influence, détournement de fonds,
fraude fiscale, surfacturation de services à l’État et passation irrégulière de marchés
publics. De grosses affaires de corruption présumée dans lesquelles sont impliqués
des hommes politiques et des fonctionnaires de haut niveau attendent encore de faire
l’objet d’une enquête approfondie. L’Unité de lutte contre la corruption, par exemple,
a récemment demandé aux autorités judiciaires de poursuivre un ancien président du
Sénat pour entrave à la justice, et un autre ancien sénateur pour détournement de fonds
publics. L’ancien Directeur de l’Administration générale des douanes a été accusé
d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent et de fausse déclaration de
patrimoine et fait actuellement l’objet d’une enquête.
12. Les mesures prises pour renforcer le cadre juridique existant afin de lutter contre
la corruption et les bandes armées ont eu des résultats mitigés. L’élaboration d’un
nouveau code pénal et d’un nouveau code de procédure pénale en 2020 a constitué
une étape importante dans la modernisation du cadre pénal, non révisé depuis 1835.
Toutefois, ces projets de codes n’ont pas encore été adoptés. Parallèlement, la
promulgation, en juin 2023, du décret sanctionnant la lutte contre le blanchiment de
capitaux et le financement du terrorisme a marqué une première étape dans la lutte
contre la criminalité financière.
13. La police nationale fait face à des difficultés persistantes dans la lutte contre les
bandes armées et la protection de la population contre la violence. Les membres des
bandes armées sont plus nombreux et mieux armés que les membres de la police. Les
bandes utilisent des armes de plus gros calibre et du matériel plus sophistiqué. L’état
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des infrastructures et du matériel de la police demeure catastrophique. Les attaques
des bandes ont contraint des dizaines de policiers à abandonner les postes de police,
tandis que des quartiers entiers sont tombés sous le contrôle de bandes et sont
désormais inaccessibles à la police. Environ 10 % des 4 112 postes de police du pays
ne sont pas opérationnels en raison des activités des bande s. En outre, des rapports
faisant état de bandes qui auraient infiltré les rangs de la police nationale et d ’affaires
de corruption sont très préoccupants, portant un coup supplémentaire à la légitimité
et à l’autorité de la police.
14. Bien que le Gouvernement ait poursuivi l’augmentation de la part du budget
allouée à la police nationale au cours des cinq derniers cycles budgétaires, la police
est restée dans l’incapacité de résoudre le problème posé par des bandes puissantes et
influentes et de protéger la population. Pour l’exercice 2021/22, le budget de la police
a augmenté de 7,92 % par rapport à l’année précédente ; pour l’exercice 2022/23, il a
connu une nouvelle augmentation de 9,06 %.
15. La police est également aux prises avec une baisse constante d’effectifs due aux
démissions, aux licenciements, aux départs à la retraite et aux décès de policiers dans
l’exercice de leurs fonctions. Un certain nombre d’agents de police a choisi d’émigrer.
Malgré les efforts de recrutement déployés en décembre 2022, qui ont permis de
sélectionner 714 nouveaux agents de police, dont 174 femmes, 774 agents, soit plus
de 5 % des effectifs, ont quitté la police au cours des seuls six premiers mois de 2023.
Le nombre de policiers pour 1 000 habitants est actuellement de 1,2, bien en deçà du
ratio de 2,2 recommandé par l’Organisation des Nations Unies. Au 30 juin 2023,
l’effectif total de la police nationale s’élevait à 14 087 policiers, dont 1 663 femmes
(11,8 %).
16. Depuis l’adoption de la résolution 2653 (2022), la situation dans les prisons et
les lieux de détention en Haïti s’est encore détériorée. Selon l’administration
pénitentiaire, au 26 juillet 2023, 11 811 personnes étaient détenues dans les prisons
haïtiennes (dont 342 femmes, 261 garçons et 15 filles). Sur ce chiffre, 1 868 détenus
avaient été condamnés, tandis que 9 943 étaient en détention provisoire. Le taux
d’occupation des établissements pénitentiaires haïtiens a augmenté de plus de 331 % :
la superficie moyenne par détenu est désormais de 0,30 mètre carré. Depuis octobre
2022, 160 décès ont été signalés. La malnutrition et le manque de soins médicaux
adéquats sont les principales causes de décès en prison. En outre, les prisons n ’ont
pas été épargnées par la violence et les menaces des bandes. À titre d’exemple, les
détenues d’une prison pour femmes située dans le département de l’Ouest, qui avait
été attaquée en 2022 par des éléments armés cherchant à libérer certaines d’entre elles,
ont récemment dû être évacuées vers un établissement de Port-au-Prince en raison de
menaces persistantes liées à des bandes.
Objectif b) : réduction progressive des niveaux de la violence
commise par les groupes armés et les réseaux criminels
17. La violence liée aux bandes a continué de s’intensifier et de se répandre,
exposant la population haïtienne à une violence extrême et systématique. Les viols et
autres formes de violences sexuelles sont monnaie courante. Si 80 % des actes
délictueux ou criminels signalés à la police nationale ont été commis dans la région
de Port-au-Prince, les activités des bandes se sont étendues à d’autres régions, en
particulier la vallée de l’Artibonite, les Gonaïves et le Cap-Haïtien.
18. D’octobre 2022 à juin 2023, 2 768 homicides volontaires ont été enregistrés.
Parmi les victimes, on comptait 247 femmes et 78 mineurs (20 filles et 58 garçons).
Au cours de cette période, ce sont les mois d’avril et de mai 2023 qui ont été les plus
violents. La constante augmentation des homicides a été attribuée à l ’émergence du
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mouvement d’autodéfense « Bwa Kale », qui serait responsable de 249 assassinats et
lynchages publics sur cette période. Le nombre d’enlèvements contre rançon a
également augmenté, 1 472 cas ayant été enregistrés depuis octobre 2022 (1 068
hommes, 349 femmes et 55 mineurs, dont 20 filles et 35 garçons). Les chiffres réels
sont certainement plus élevés, car bien souvent les familles des personnes enlevées
ne signalent pas leur disparition aux autorités, par crainte pour la sécurité des
victimes, et négocient directement avec les ravisseurs.
19. Les bandes continuent de recourir aux violences sexuelles, y compris aux viols
collectifs, pour terroriser les populations qui sont sous le contrôle de bandes rivales.
D’octobre 2022 à juin 2023, 452 cas de viols ont été signalés. Parmi les victimes, on
comptait 252 femmes et 200 personnes mineures (199 filles et 1 garçon). Les données
existantes ne reflètent pas du tout l’ampleur et la gravité de ces crimes car, dans la
plupart des cas, les personnes rescapées ne s’adressent pas à la police par crainte de
représailles, par manque de confiance dans le système judiciaire ou en raison de la
stigmatisation sociale que subissent les victimes.
Objectif c) : progrès dans la réalisation des objectifs 2, 3 et 4
et des cibles connexes, tels que décrits dans le rapport
du Secrétaire général du 13 juin 2022 (S/2022/481)
20. Plusieurs objectifs et indicateurs figurant dans le rapport du 13 juin 2022
(S/2022/481) se superposent avec les objectifs a), b) et d) de la résolution
2653 (2022). Les paragraphes 22 à 27 du présent rapport présentent une évaluat ion
des questions qui n’ont pas déjà été abordées dans d’autres sections.
21. La situation des droits humains s’est encore détériorée l’an passé, la violence
armée et les attaques brutales des bandes contre la population s’étant intensifiées. Des
bandes ont placé des tireurs sur les toits pour abattre sans discernement des personnes
qui vaquaient à leurs activités quotidiennes. Dans certains cas, des m embres de bandes
ont attaqué des quartiers entiers, en tirant des coups de feu au hasard, en brûlant vives
des personnes et en exécutant des individus perçus comme s’opposant à eux. Les
attaques de ce type sont souvent accompagnées d’autres violations des droits humains,
telles que des pillages massifs et des incendies de maisons, et entraînent le
déplacement de milliers de personnes. Les violences sexuelles, y compris les viols
collectifs, continuent d’être utilisées par les bandes comme une arme servant à
terroriser et faire souffrir la population, en particulier les femmes et les filles. Les
bandes ont de plus en plus recours aux enlèvements pour en tirer un revenu leur
permettant d’acquérir des armes et de payer leurs membres. Les enlèvements visent
toutes sortes de personnes, notamment des soignants, des fonctionnaires, des
enseignants, des journalistes, des élèves et des parents à proximité des bâtiments
scolaires.
22. Dans ce contexte de violence, les institutions étatiques, les autorités locales et
la société civile se sont efforcées de coopérer pour réduire la violence de proximité et
mettre en œuvre la stratégie nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion.
Toutefois, compte tenu de l’ampleur des problèmes à résoudre, ces efforts n’ont pas
encore porté leurs fruits. Les mesures prises comprennent l’organisation de 74 forums
départementaux dans tout le pays, dont l’objectif est de permettre de comprendre les
causes de la violence de proximité et de trouver les solutions possibles. Ce s forums
ont accueilli 11 320 participants issus de divers secteurs de la société haïtienne, dont
409 femmes (3,6 %). Lors d’un forum national organisé en juin, les participants ont
validé des recommandations dans les domaines suivants : a) la sécurité ; b) la justice ;
c) le relèvement socioéconomique ; d) l’autonomisation des jeunes par la création
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d’emplois ; e) la capacité des autorités nationales et locales à protéger, contrôler et
prévenir la violence ; f) l’élimination de la violence sexuelle fondée sur le genre.
23. Le Comité interministériel des droits de la personne a continué de coordonner
et surveiller la situation des droits humains, ainsi que l’application des
recommandations approuvées par le Gouvernement lors du troisième examen
périodique universel en janvier 2022. Sur les 203 recommandations faites à Haïti, des
avancées ont été enregistrées concernant 31 (15 %), notamment concernant la mise
au point d’un outil d’auto-évaluation permettant de suivre le degré d’application des
recommandations.
24. En outre, la stratégie nationale de l’Office de la protection du citoyen pour la
période 2019-2024 est progressivement mise en œuvre. L’Office a régulièrement
visité des prisons et des postes de police afin de contrôler les conditions de détentio n,
publié des déclarations faisant état de ses préoccupations en matière de droits humains
et signé des protocoles avec des partenaires internationaux et nationaux travaillant
dans le domaine des droits humains.
25. Parallèlement, les organisations de la société civile nationales ont continué de
suivre la situation des droits humains en Haïti et publié plus de 20 rapports sur
diverses questions depuis l’adoption de la résolution 2653 (2022). Bien qu’elles soient
régulièrement la cible d’intimidations et d’attaques de la part de bandes, les
organisations de la société civile haïtienne ont publié plusieurs rapports sur la
situation des droits humains en Haïti. Ces organisations sont notamment le Réseau
national de défense des droits humains, l’Organisation des citoyens pour une nouvelle
Haïti et l’Institute for Justice and Democracy in Haiti.
26. L’Expert indépendant sur la situation des droits humains en Haïti, nommé en
avril 2023 par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a fait
sa première visite en Haïti du 19 au 29 juin.
Objectif d) : réduction progressive du nombre d’affaires de trafic
et de détournement d’armes ainsi que des flux financiers illicites
qui en découlent, notamment en augmentant le nombre
et le volume de saisies d’armes
27. Depuis l’adoption de la résolution 2653 (2022), et malgré l’imposition d’un
embargo sur les armes ciblé, les experts estiment que le trafic d ’armes et de munitions
s’est poursuivi sans relâche, en raison de l’insuffisance des contrôles aux frontières,
de la capacité limitée de saisie et de la faiblesse des systèmes de gestion des armes.
S’il est difficile d’estimer le nombre total d’armes présentes dans le pays, l’Office des
Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime que des armes à feu et
des munitions de plus en plus sophistiquées et de calibre de plus en plus gros sont
acheminées illégalement vers Haïti.
28. Haïti ne produit pas officiellement d’armes et la plupart d’entre elles
proviennent de l’étranger, principalement des États-Unis d’Amérique, et parviennent
aux membres des bandes et aux civils par des intermédiaires, souvent à travers des
ports publics et privés et des points de contrôle poreux. D ’octobre 2022 à juin 2023,
la police nationale et l’Administration générale des douanes ont saisi un total de 192
armes, parmi lesquelles des pistolets, des revolvers, des fusils, des fusils de chasse et
des armes à feu artisanales.
29. Un rapport de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et
de réinsertion, publié en 2020, estimait à 500 000 le nombre d’armes légères utilisées
dans le pays. La majorité des armes en circulation seraient illégales et aux mains de
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bandes criminelles et d’autres acteurs privés, notamment de sociétés de sécurité
privées. Bien que ces entreprises soient autorisées à acheter légalement certaines
catégories d’armes, le seul registre public disponible sur l’existence d’armes achetées
légalement date de 2012. À l’époque, 40 entreprises étaient enregistrées, employant
au total 12 000 personnes. L’ONUDC estime actuellement qu’une centaine de sociétés
de sécurité privées sont présentes en Haïti, pour un effectif total combiné de 75 000 à
90 000 employés.
30. Les mécanismes de comptabilité, de sécurité physique et de gestion des stocks
d’armes détenues par la police restent médiocres, et plusieurs cas de détournement
d’armes de service et de munitions ont été signalés. Avec l’appui du Bureau intégré
des Nations Unies en Haïti, la police nationale élabore actuellement un processus
visant à renforcer ses mécanismes de gestion et de contrôle des armes et des
munitions.
31. Les capacités de saisie d’armes et de munitions en Haïti restent limitée. Selon
les informations recueillies par l’ONUDC, les unités de police spécialisées dans le
contrôle aux frontières manquent de personnel qualifié. Par exemple, la patrouille de
police des frontières du pays compte 294 agents, tandis que la Garde côtière haïtienne
compte 181 agents et un seul navire opérationnel. De plus, la majorité de ces agents
spécialisés sont stationnés à Port-au-Prince ; leur présence est limitée dans les autres
départements et les zones frontalières.
32. Lors des échanges avec l’équipe d’évaluation, les autorités haïtiennes ont
souligné qu’il était nécessaire de renforcer l’Administration générale des douanes et
les capacités de la police spécialisée pour lutter contre le trafic et le détournement
d’armes et de munitions. Les installations douanières sont souvent situées dans des
quartiers contrôlés par des bandes et les agents des douanes travaillent dans u n
contexte d’insécurité extrême. Plusieurs bureaux de douane ont été attaqués et
contraints de fermer. L’Administration générale des douanes a par ailleurs fait l ’objet
d’enquêtes de corruption visant ses dirigeants. L’ancien Directeur général de
l’Administration générale des douanes, qui avait dirigé l’organisation de 2018 à 2022,
fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale et détournement de fonds.
33. Pour lutter contre les armes à feu illégales, le Gouvernement a adopté en 2022
un plan d’action national dans le cadre de son engagement à mettre en œuvre la Feuille
de route des Caraïbes sur les armes à feu signée en 2020, qui avait été élaborée avec
l’appui de l’ONU. L’ONUDC continue d’aider les autorités haïtiennes à lutter contre
les trafics.
34. Les flux financiers illicites demeurent un sujet de préoccupation. En 2021, le
Groupe d’action financière, qui dirige l’action mondiale contre le blanchiment de
capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération, a placé Haïti sur sa
liste des juridictions soumises à une surveillance renforcée afin d’aider le pays à
remédier à ses défaillances stratégiques dans la lutte contre le blanchiment de
capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Haïti s ’est
engagé à travailler avec les entités concernées pour renforcer l’efficacité de son
régime de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
35. Lors de la seconde revue de son programme de référence en juin 2023, le Fonds
monétaire international a constaté que les autorités haïtiennes avaient amélioré leur
cadre juridique de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme en publiant un décret sur ces questions visant à une plus grande conformité
aux normes internationales établies par le Groupe d’action financière. Les autorités
haïtiennes avaient également pris des mesures destinées à renforcer l ’obligation de
rendre compte de l’emploi des ressources publiques et amélioré la transparence des
marchés publics en ce qui concerne les ressources d’urgence. D’après le Fonds
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monétaire international, le récent achèvement de la révision des cadres juridiques de
la Banque centrale et de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement
du terrorisme ont joué un rôle essentiel dans l’amélioration de la gouvernance et de
la transparence.
IV. Observations
36. La crise multiforme que traverse Haïti, marquée avant tout par la violence en
bande organisée, s’est encore aggravée depuis la mise en place du régime de sanctions
visant Haïti. Il ressort de la présente évaluation que la situation en Haïti, mesurée à
l’aune des principaux objectifs et indicateurs, s’est détériorée. La violence liée aux
bandes est devenue encore plus intense et plus brutale, les bandes exerçant un contrôle
de plus en plus fort aussi bien à Port-au-Prince qu’en dehors. La violence est
alimentée par le trafic d’armes et de munitions et par les flux financiers illicites.
L’apparition de mouvements d’autodéfense rend encore plus complexe la situation de
sécurité, déjà très difficile et marquée par une extrême violence.
37. La propagation des activités des bandes armées et l’escalade de la violence ont
entraîné une augmentation alarmante du nombre de crimes tels que les meurtres, les
enlèvements et les viols. La situation des droits humains est marquée par des attaques
brutales, notamment des tueries aveugles visant la population civile. Par ailleurs, les
conditions de détention dans les prisons haïtiennes sont extrêmement préoccupantes.
38. Les institutions nationales, notamment le pouvoir judiciaire, la police nationale
et l’administration pénitentiaire, ont pris des mesures pour faire face à la situation sur
le terrain, mais restent mal équipées pour s’acquitter de leur mandat et rétablir l’état
de droit. La corruption et l’impunité continuent d’entamer la confiance des citoyens
dans les institutions publiques.
39. Comme je l’ai souligné dans mes précédents rapports, la police nationale doit
faire face à des problèmes redoutables et n’est pas en mesure d’affronter les bandes
armées. La stabilisation des conditions de sécurité en Haïti passera par un appui
international solide, non seulement à la police nationale pour rétablir la sécurité, mais
aussi aux services pénitentiaires, au système judiciaire, aux contrôles douaniers et à
la gestion des frontières. Cet appui doit s’accompagner d’une volonté politique tout
aussi solide et d’un engagement en faveur d’un financement adéquat, prévisible et
durable, de sorte que les acquis institutionnels puissent être préservés durablement. Il
sera également essentiel d’intensifier les interventions visant à réduire la violence.
40. Dans ce contexte, le régime de sanctions établi par la résolution 2653 (2022)
devrait continuer de faire partie intégrante d’une stratégie globale visant à stabiliser
Haïti en renforçant les institutions nationales et en luttant contre les bandes armées et
les autres acteurs criminels.
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