(2018) Le processus d'appauvrissement des classes moyennes en Haïti et ses conséquences économiques et sociales
Resume — Communication soutenant que le mouvement social haïtien pâtit depuis plusieurs décennies de l'absence d'un acteur majeur, les classes moyennes, dont l'appauvrissement et le déclin engendrent d'importantes mutations sociales, économiques et politiques. Elle impute ce déclin à l'action combinée des politiques néolibérales appliquées en Haïti et à la récurrence des catastrophes naturelles.
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Texte extrait du document original pour l'indexation.
Le Processus d’appauvrissement
des Classes Moyennes en Haïti
et ses Conséquences Economiques
et Sociales
Alrich Nicolas
Université d’Etat d’Haïti
Haïti
Draft paper prepared for the UNRISD Conference
Overcoming Inequalities in a Fractured World:
Between Elite Power and Social Mobilization
8–9 November 2018, Geneva, Switzerland
The United Nations Research Institute for Social Development (UNRISD) is an
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Abstract
Le mouvement social en Haïti pâtit depuis plusieurs décennies de l’absence d’un acteur majeur,
les classes moyennes, dont l’appauvrissement et le déclin sont en train de donner naissance à
d’importantes mutations sociales, économiques et politiques dans ce pays. L’action combinée
des politiques néolibérales appliquées en Haïti et la récurrence des catastrophes naturelles ont
conduit à la décapitalisation et à l’appauvrissement des classes moyennes. Le déclin des classes
moyennes a facilité l’accès des élites économiques au contrôle des institutions étatiques. Ceci a
contribué à délégitimer l’Etat aux yeux des populations, à réduire considérablement l’influence
des classes moyennes dans la définition de politiques publiques et à faire reculer le mouvement
social.
Keywords
Classe moyenne; perte de légitimité de l’Etat; recul du mouvement social
Bio
Professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université d’Etat d’Haïti,
Directeur du CHERIES (Centre Haïtien d’Etudes et de Recherches Internationales.
Economiques et Sociales). Intérêt de recherche: Protection sociale, Transformations socioéconomique, Commerce international et Intégration régionale.
1
Introduction
Le mouvement social en Haïti pâtit depuis plusieurs décennies de l’absence d’un acteur majeur,
les classes moyennes, dont l’appauvrissement et le déclin sont en train de donner naissance à
d’importantes mutations sociales, économiques et politiques dans ce pays. La décapitalisation et
le déclassement social dont les classes moyennes en Haïti souffrent aujourd’hui remettent en
cause six décennies de luttes sociales et politiques et ferment une ère ouverte dès la fin de la
Deuxième Guerre mondiale, en 1946, et caractérisée par la formulation d’un double projet de
mobilité des couches moyennes de la population et de modernisation économique du pays. En
effet, les élites de classes moyennes étaient parties à la conquête du pouvoir politique en
investissant la bureaucratie sous contrôle de la bourgeoisie, en promouvant l'émergence d’une
nouvelle classe se déclarant plus proche des couches populaires et en se posant comme l’arbitre
des mécanismes de distribution et de redistribution des positions de rente et des exemptions
fiscales et douanières.
Le mouvement démocratique enclenché avant 1986 et après la chute de la dictature des Duvalier
a été nourri des revendications sociales, politiques et économiques des couches populaires mais
aussi des projets de réforme issus des couches moyennes et visant à changer l’Etat de manière à
le rendre plus efficace. Cependant, au cours de la dernière décennie, les secteurs porteurs de ces
projets ont été laminés à un point tel que la dominance des élites économiques, libérées des
pressions exercées jadis par des classes moyennes devenues totalement affaiblies, s’étend
ouvertement et sans médiation aucune aux institutions étatiques, les vidant de leur substance
institutionnelle et provoquant le recul du processus démocratique.
Mais si les manifestations du processus d’appauvrissement et de déclin des classes moyennes
sont de plus en plus évidentes, la recherche en sciences sociales en Haïti ne s’est pas vraiment
penchée sur ce phénomène afin d’en déceler les causes profondes et les dynamiques (sociales,
politiques et économiques) qui le sous-tendent. La recherche contemporaine s’est très peu
intéressée aux classes moyennes alors que ces dernières ont bénéficié dans le passé d’un vif
intérêt de la part des sociologues et des anthropologues. Signalons tout d’abord les études
consacrées par l’anthropologie américaine sur la formation sociale haïtienne (Leybrun 1941,
Lobb 1940) qui s’attachent à analyser les conséquences de l’héritage colonial sur le système de
stratification sociale en Haïti. Pour Leybrun, la société haïtienne serait marquée par une
structure institutionnelle rigide, formée de deux segments, l’élite et les masses. Cette structure
ne laisserait aucune place à la mobilité, la société haïtienne serait figée et ne ferait que
reproduire les castes héritées de la situation coloniale. Lobb situe les classes moyennes entre un
upper class et les classes ouvrières. Pour lui, l’héritage social des rapports coloniaux se
manifeste, comme chez Leybrun, en la présence de castes, mais contrairement à cet auteur, il
anticipe un certain déplacement du système des castes vers une société de classe.
Le texte de Maurice de Young, « Class Parameters in Haitian Society (1959) introduit dans le
débat sur la stratification sociale en Haïti de nouvelles perspectives. Au lieu d’opposer les
concepts de castes et de classes dans l’analyse de la structure sociale, de Young les combine
pour caractériser par exemple un upper class dont les pratiques rentières reflètent une
accumulation de richesses foncières héritées de plusieurs générations et qui structurent la
position de classe. De Young distingue d’un côté cette classe bourgeoise qui vit de son
patrimoine foncier et s’intègre très peu à la vie communautaire et de l’autre une masse
défavorisée, vagabonde, constituée de migrants agricoles, de travailleurs saisonniers installés
2
dans les villes et qui représentent la grande majorité de la population. Pour de Young il est
toutefois difficile de situer et de décrire la classe moyenne haïtienne parce qu’au moment où il
entreprenait son étude elle représentait d’après lui un groupe qui émergeait à peine1. Les
enquêtes menées auprès des personnes dont le statut économique paraissait indiquer qu’elles
pouvaient appartenir aux couches moyennes de la population ont révélé des modes d’autoidentification contrastés. 30% de ces personnes s’identifiaient à l’upper class et 20% aux
couches défavorisées. Parmi ceux qui ont affirmé leur appartenance à la classe moyenne, de
Young a retrouvé surtout des écrivains et des professeurs d’école, un fait qui contrasterait avec
la réalité dans les pays latino-américains ou l’appartenance à cette classe reposerait selon lui sur
des critères matériels tels que la propriété.
L’analyse des classes sociales en Haïti a été pour les penseurs haïtiens un terrain propice aux
luttes idéologiques et un instrument de luttes de positionnement social de la part des
intellectuels de la classe moyenne. On recense un grand nombre de travaux consacrés à cette
thématique, certains épousant les formes d’un discours doctrinaire comme le texte de Duvalier
et Denis (1965) sur « Le Problème des classes à travers l’Histoire d’Haïti », texte central du
Mouvement Les Griots pour qui les classes moyennes noires devaient conquérir l’hégémonie
politique et sociale afin de faire pendant à la domination de la bourgeoisie mulâtre.
Dans son livre, La Vocation de l’Elite (1919), écrit dans le contexte de l’occupation américaine
d’Haïti (1915-1934), Price Mars revient sur les filiations entre la société haïtienne et la société
coloniale non pas dans la seule intention d’analyser la prégnance de l’héritage colonial dans le
développement du système de stratification sociale mais pour opposer les élites aux masses
populaires. Pour Price Mars, l’Elite telle qu’il la définit a la vocation de façonner le présent et le
futur du pays mais aussi de mettre fin à la fracture sociale qui existe entre elle et les masses et
qui fait qu’évoluent en Haïti « deux nations dans la nation, chacune ayant ses intérêts, ses
tendances et ses fins propres (Price Mars 1919: 98).
D’autres travaux tels que ceux réalisés par Sylvain-Bouchereau (1951) situent la classe
moyenne entre une classe ouvrière urbaine composée d’artisans, d’ouvriers, d’employés de
maison et de petits commerçants et l’élite qui intègre des professionnels bien situés
économiquement et socialement tels que les médecins, avocats et ingénieurs. Les classes
moyennes seraient le produit d’un processus de déclassement de personnes ayant appartenu à
l’élite ou de mobilité de membres issus de la classe ouvrière. Dans la perspective d’une
connaissance empirique de la classe moyenne, les auteurs Jeanne et Suzanne Comhaire-Sylvain
(1959) ont tenté de la cerner à partir d’un ensemble d’indicateurs tels que l’habitat, l’éducation
et le revenu.
Alors que les travaux cités plus haut appartiennent à des courants plutôt orthodoxes de la
sociologie ou de l’anthropologie des classes moyennes, les approches plutôt hétérodoxes de la
classe moyenne haïtienne ont émergé à partir des années 70 avec la volonté chez certains
chercheurs d’analyser plus profondément la formation sociale haïtienne. Ces travaux
s’inscrivaient aussi dans un effort de transformation de la réalité sociale dans un contexte de
1
Les sociologues et anthropologues américains qui ont travaillé sur Haïti dans les années 40-50 tels Leybrun (1941)
font remonter l’émergence de classes moyennes à la période de l’occupation américaine du pays. Cette occupation
a plutôt révélé l’existence d’une classe moyenne urbaine porteuse d’un discours nationaliste et dont l’origine
remonte au XIXème siècle. Il faut reconnaitre toutefois que la conjoncture de l’après-guerre en Haïti a facilité le
développement, particulièrement en milieu urbain, des couches moyennes de la population.
3
consolidation du régime dictatorial des Duvalier. On peut citer en exemple le livre de
Manigat/Moise/Ollivier, « Haïti : Quel développement » (1975) ou le concept de classe
moyenne est rejetée au profit de la petite-bourgeoisie. Manigat/Moise/Ollivier distinguent deux
grands groupes dans la petite-bourgeoisie urbaine : une frange opprimée, besogneuse, composée
de petits fonctionnaires, de petits détaillants, d’artisans et de couches semi-prolétarisées des
villes et une frange privilégiée regroupant au haut de l’échelle les professionnels prospères tels
les médecins, les avocats, les ingénieurs, les intellectuels, les cadres de la haute fonction
publique, les employés supérieurs des entreprises privées, les petits commerçants et
entrepreneurs florissants, les officiers de l’armée et les membres des divers clergés. La petite
bourgeoisie opprimée est, selon les auteurs, très sensible aux fluctuations de la conjoncture
économique et politique, elle est porteuse de doléances proches des couches populaires, ce qui
explique son engagement pour la transformation sociale et sa participation active aux
mouvements sociaux comme il a été le cas en 1946 et dans la conjoncture qui a conduit à
l’avènement au pouvoir de Duvalier en 1957.
La revue de la littérature a montré comment la tache de définir les classes moyennes est une
entreprise particulièrement difficile à cause de la grande hétérogénéité qui caractérise cette
catégorie sociale mais surtout à cause des pièges inhérents à l’exercice. Mentionnons à la suite
de Franco/Hopenhayn/Leon (2011) les problèmes liés à la pluralité des définitions, la nécessité
de combiner les dimensions objectives et subjectives de la réalité des classes moyennes, les
questions «d’amalgamation » et celles relatives à l’appréciation des frontières entre les
différentes franges de cette catégorie sociale.
Cette étude s’interroge sur les causes de l’affaissement des classes moyennes et ses
conséquences sur la dynamique sociale et économique qui avait été enclenchée à la chute de la
dictature des Duvalier. Elle est structurée de la façon suivante. Dans un premier temps, nous
ferons un rappel historique du positionnement des classes moyennes sur l’échiquier politique,
économique en Haïti ainsi que de leurs stratégies d’inscription dans la dynamique de
stratification sociale. Dans un deuxième temps, nous aborderons la situation des classes
moyennes haïtiennes au cours de la période contemporaine. Cette période prolonge des
tendances lourdes de l’évolution de ce groupe social depuis l’indépendance du pays en 1804.
Dans un troisième temps, nous essayerons, à partir d’une enquête qualitative menée auprès de
ménages de la classe moyenne, de les caractériser, de les situer dans le système de stratification
sociale, d’évaluer leur résilience. Il s’agira non seulement d’appréhender les causes objectives
de l’affaissement des classes moyennes mais aussi de saisir les positions subjectives de cette
catégorie sociale ainsi que d’explorer la dimension symbolique de son positionnement sur
l’échiquier social et économique.
L’émergence d’une classe moyenne moderne: un projet jamais
achevé
La recherche sur les classes moyennes et leurs caractéristiques statistiques connait dans les pays
en développement ou en situation d’émergence un grand essor2. Deux principales approches
2
Voir à ce propos pour les pays africains, l’étude publiée par la Banque Africaine de Développement «The middle of the
pyramid: dynamics of the African Middle Class » (2011) qui caractérise l’essor des classes moyennes par la
présence future sur le continent d’en d’environ 300 millions de consommateurs dont le revenu en parité de pouvoir
d’achat se situerait autour de 2 à 20 dollars par jour. L’étude différencie entre une frange supérieure disposant en
parité de pouvoir d’achat de 10 à 20 dollars par jour, une frange intermédiaire avec un revenu situé entre 2 et 10
dollars par jour et une frange dite flottante qui disposerait d’un revenu de 2 à 4 dollars. L’étude prévoie qu’on
4
dominent cette recherche: l’approche basée sur le revenu3 qui sert de marqueur d’identification
de la classe moyenne et l’approche dite marketing qui s’attache à étudier les facteurs qui
déterminent les comportements de consommation des ménages de la classe moyenne et aident à
partir de l’analyse de ces comportements à identifier les perspectives de croissance économique
et d’évolution de la demande4.
Mais l’étude des classes moyennes s’avère aussi intéressante pour le champ politique en ce sens
qu’elle permet de détecter le niveau de leur influence sur la définition et la mise en œuvre des
politiques publiques ainsi que sur l’impact qu’ont ces politiques sur les conditions de vie et
stratégies de positionnement de ces catégories dans le système de stratification sociale. Cette
préoccupation est liée aux questions relatives à la stabilité d’un pays, à sa cohésion sociale et
aux attributs qu’on prête généralement au développement des classes moyennes, à savoir leur
contribution à la croissance, à la stabilité économique, à la confiance en une mobilité sociale
ascendante, à l’extension de la demande de consommation et à la mise en place de système de
protection sociale. Alors que la recherche actuelle sur les classes moyennes met beaucoup
l’accent sur les contributions attendues de ces catégories sociales dans des pays qui rêvent d’être
émergents, l’exemple haïtien montre une autre tendance, celle de l’affaissement des classes
moyennes et l’accumulation d’un retard difficilement rattrapable sur le niveau de vie compatible
avec la poursuite d’objectif de croissance et de développement durable.
Le cas haïtien montre des spécificités qui font de lui un paradigme à étudier en vue de
comprendre le faisceau de facteurs qui peuvent handicaper l’émergence et le développement de
classes moyennes modernes et dynamiques et les faire basculer dans le déclassement au lieu de
contribuer à leur consolidation ou à les hisser vers des tranches supérieures de la stratification
sociale. Les constats faits par la littérature sur l’essor des classes moyennes en Afrique ou en
Amérique Latine, à savoir l’existence dans les villes de temples de la consommation (les
shopping center) très fréquentés par les représentants des couches moyennes, l’explosion du
marché immobilier dans certaines métropoles africaines et latino-américaines, l’augmentation
du volume de vente de certains produits comme les automobiles, la diffusion de pratiques de
consommation mimétiques relèvent en Haïti de pratiques circonscrites à une très faible frange
des classes moyennes. Toutefois, il faut signaler que ce mode de vie est trouvé très attractif par
les jeunes issus des classes moyennes et même des couches populaires. La culture des marques
commerciales et la connaissance des artefacts de la société de consommation globalisée
exercent sur cette frange de la population une grande fascination même si son faible pouvoir
d’achat ne lui donne pas la possibilité de la matérialiser.
Dessiner le portrait statistique des classes moyennes haïtiennes
Il est difficile de dresser un portrait statistique des classes moyennes haïtiennes. Il n’existe pas
en Haïti à l’instar des pays latino-américains et de certains pays caribéens de données de panel
assistera à l’avenir à une très forte progression de ce dernier groupe et à une augmentation exponentielle de la
consommation à laquelle doivent se préparer les grandes chaines de distribution. Ces prévisions optimistes sont
corroborées par une étude du Boston Consulting Group (016) : « Africa Consumer Sentiment Survey 2016. The
Promise of New Market »
3
Voir les travaux de Ravaillon (2009), Easterly (2001), Banerjee et Duflo (2008). Pour l’Amérique Latine, le critère
d’appartenance aux couches moyennes retenu par l’OCDE et la CEPAL est un revenu situé entre 50 et 150% du
revenu médian.
4
Cette recherche s’applique à explorer, sur la base d’enquêtes de ménages, les opportunités que l’augmentation
considérable du nombre de consommateurs des classes moyennes peut offrir aux grandes chaines de distribution et
au développement de secteurs comme les banques et les télécommunications. Voir à ce propos les études de la
Banque Africaine de Développement (2011) et du Boston Consulting Group (2016) déjà citées.
5
permettant de déterminer les indicateurs du potentiel de mobilité ou de l’indice de résilience des
couches moyennes. Les travaux conduits par Ravaillon (2009), Birdsall (2010), Banerjee et
Duflo (2008) par exemple n’ont pas trouvé d’échos dans la recherche haïtienne. Les données
suivantes permettent cependant de se renseigner sur le profil statistique des classes moyennes en
Haïti. Le pays affiche un coefficient de Gini de 0,61, ce qui indique une répartition très inégale
des revenus. 1% de la tranche supérieure de la population dispose d’un budget 50 fois supérieurs
à celui des 10 pourcent de la tranche inférieure de la population (ONPES/Banque
Mondiale/MPCE 2014 : 53). Cela indique pourquoi Haïti est le pays le plus inégalitaire
d’Amérique Latine et l’un des plus inégalitaires au monde.
Ces données sont à mettre en perspective avec les statistiques sur la pauvreté. Haïti accuse un
taux de pauvreté de 58,5% et un seuil de pauvreté modérée de 81,7 HTG5 par jour par tête (soit
1.98$/jour en PPA de 2012). Le taux de pauvreté extrême est de 23,8% et le seuil de pauvreté
extrême de 41,6HTG/jour (soit l’équivalent de 1.00$/jour en PPA de 2012). Seulement 2% de la
population consomme l’équivalent d’au moins 10 $/jour (ONPES/Banque Mondiale/MPCE,
2014). Ce seuil de revenu est généralement retenu en Amérique Latine pour identifier
l’appartenance à la classe moyenne. Un tel profil statistique indique que la taille de la classe
moyenne est modeste en termes de revenu.
Les classes moyennes haïtiennes: une évolution paradoxale
Haïti présente la spécificité et le paradoxe d’avoir ‘les catégories moyennes les plus vieilles de
l’Amérique Latine et des Caraïbes sans qu’elles aient pu se consolider durant la longue
existence de l’Etat haïtien. Ce paradoxe a un fondement historique qui explique la trajectoire
particulière prise par les catégories moyennes dans ce pays. Il s’explique aussi par la nature des
régimes de croissance et des politiques économiques adoptées le long de son histoire.
En effet dès l’indépendance du pays, une opposition s’est développée entre une haute classe
moyenne, héritière des affranchis et des généraux de l’armée bénéficiaires de dotations de
patrimoine importantes d’une part et d’autre part des segments de classe moyenne (encore
embryonnaire) qui se sont constitués après l’indépendance et qui agitent depuis lors les
questions liées au déni de reconnaissance exercé par la bourgeoisie et les représentants de cette
haute classe moyenne.
Concernant les choix économiques, l’économiste Fritz Jean (2014) a montré comment
l’adoption d’un régime économique basé sur la captation de la rente agraire a contribué jusqu’à
nos jours à façonner un Etat foncièrement prédateur et à faciliter l’émergence d’une élite
économique oisive et incapable d’assurer la reproduction des citoyens et l’émergence d’une
masse critique de consommateurs avec des revenus au-dessus du seuil de pauvreté. Jean
dénonce la centralisation des fenêtres d’opportunités autour de réseaux de famille et la
limitation des forces créatrices et des potentialités. Les soubresauts de ce régime rentier, en lien
avec l’évolution des prix des produits d’exportation sur le marché mondial, ont déterminé
l’évolution de la stratification sociale et le positionnement des classes moyennes.
5
HGT : la monnaie haïtienne : le taux de change actuel est d’environ 72 gourdes pour 1 US dollar.
6
Le long combat des classes moyennes pour l’affirmation: une
histoire mouvementée
Deux grands moments ont marqué l’évolution des classes moyennes en Haïti dans leur
opposition à la bourgeoisie. A chaque fois, la montée des classes moyennes a été accompagnée
d’une contestation générale dont le fer de lance ont été les couches populaires issues soit de la
paysannerie, comme en 1843 soit des milieux populaires urbains, comme en 1946 et en 1986.
Le premier de ces grands mouvements remonte aux révoltes déclenchées par la paysannerie
contre la présidence de Boyer (1818-1843). Elles déboucheront plus tard, avec la récupération
qu’en ont faite des représentants de la bourgeoisie et des classes moyennes mais surtout de
l’oligarchie terrienne du Sud et de l’Ouest, à l’émergence en Haïti des premiers projets de nature
libérale et du mouvement nationaliste. Les propositions de réforme qui vont être formulées par
les libéraux représentent en effet une vraie rupture, du moins au sein du parlement, avec les
traditions autoritaires et la présence prépondérante des militaires dans la politique. Le projet
libéral prône la moralisation de la vie publique, l’assainissement des finances et une réforme
monétaire qui viendrait mettre fin au pouvoir exorbitant des spéculateurs et créanciers de l’Etat.
Bien que les libéraux aient attiré dans leur camp des segments importants de l’élite intellectuelle
du pays, leur clientèle était recrutée surtout parmi les milieux d’affaires, les commerçants et les
professionnels (Auguste 2009 ; Nicolas 2014).
De l’autre côté du spectre politique, le Parti national, surtout dominé par les représentants de la
classe moyenne, l’oligarchie terrienne et les militaires, faisait de sa lutte contre le déni de
reconnaissance des couches populaires un instrument de conquête du pouvoir, défendait le
principe d’une redistribution des terres aux paysans et se présentait comme le digne représentant
du peuple. Il est à remarquer que cette opposition entre les libéraux et les nationaux, reflètent
deux grandes tendances des luttes politiques en Haïti qu’on retrouvera, sous des formes
diverses, dans le contexte 1946 qui propulsera les nouvelles classes moyennes au pouvoir.
Il est à noter de plus que le Parti libéral a laissé, sous la plume de son chef de file Edmond Paul,
un projet économique et politique ambitieux qui prévoyait la réforme du système socioéconomique et du régime politico-administratif du pays (Auguste 2009). Salomon, de son coté,
président de 1878 à 1888 et le chef de file des Nationaux, entreprendra les premiers grands
travaux d’infrastructure et dotera le pays de mesures de sécurité foncière et de redressement
agricole. Pour plusieurs analystes, l’effort de modernisation opéré par les Libéraux et les
Nationaux, au-delà des marqueurs idéologiques qui les caractérisaient, a représenté une
occasion en or pour le pays d’enclencher une dynamique de développement propice à
l’extension des classes moyennes.
La révolution de 19466 et la montée des classes moyennes
La conjoncture d’après-guerre a représenté un autre moment de la construction d’une
hégémonie politique de la classe moyenne en Haïti. Les évènements que l’historiographie
haïtienne a baptisés de « révolution de 1946 » ont abouti à l’émergence de nouveaux leaders
politiques issus de la petite-bourgeoise privilégiée mais aussi des couches pauvres des classes
moyennes qui se sont sentis lésées par les pratiques d’exclusion du gouvernement Lescot (19416
Sur la « révolution de 1946 », voir Voltaire (1988) et Nicholls (1975).
7
1946) basées sur le préjugé de couleur et les immenses préférences économiques accordées à
certaines franges de la bourgeoisie.
On assiste aussi durant cette période à une multiplication de cénacles politiques et à la formation
des premiers partis socialiste (PSP) et communiste en Haïti (le PCH). Le pays connait aussi une
effervescence doctrinale qui posera les fondements de ce qu’on appellera le pouvoir noir,
représenté par les gouvernements de Dumarsais Estime (1946-1950) et de François Duvalier
(1957-1971) et à certains égards de Paul Magloire (1950-1956) tandis que s’inscrit dans le
paysage politique un mouvement de gauche qui sera laminé très tôt par le régime de Duvalier et
dont les représentants les plus actifs et les plus représentatifs seront expulsés du pays ou périront
dans ses geôles. Les classes moyennes qui ont été en quelque sorte au centre des affrontements
de 1946 se sont scindées en deux fractions franchement irréconciliables, une fraction porteuse
d’un discours essentialiste, principalement intéressée à conquérir l’administration publique
considérée historiquement comme le bastion des bourgeois et de la haute classe moyenne et une
autre tendance, portée par les idées communistes et socialistes dessinant pour Haïti un avenir de
profonde transformation de la société.
Le discours politique des essentialistes s’est axé autour d’une prétendue réhabilitation des
couches populaires face au déni de reconnaissance dont elles sont victimes depuis la fondation
de l’Etat haïtien et de la prétention à jouer le rôle de porte-parole des couches populaires.
L’analyse du discours des deux branches des classes moyennes et de la petite-bourgeoise
privilégiée révèle que certains éléments du débat qui a opposé dans la conjoncture de fin du
XIXème siècle les libéraux aux nationaux ont été repris en 1946 par les nouveaux mouvements
ou partis. Le discours du PSP socialiste reprenait des éléments du discours des libéraux tandis
que le mouvement d’essence essentialiste, Les Griots, mené par Duvalier, véhiculait les pensées
du Parti National.
Ce bref rappel historique a présenté les termes du combat livré par les classes moyennes soit
pour se positionner sur l’échiquier politique et social soit pour s’engager en faveur d’un
bouleversement total des rapports sociaux et économiques. La mise en place d’un pouvoir
dictatorial à partir de 1957, date de l’avènement de Duvalier au pouvoir jusqu’en 1986, date de
la chute du régime, aura contribué à réprimer non seulement cette partie des classes moyennes
mais d’autres franges de cette catégorie sociale qui, dans une perspective réformiste, luttaient
pour une modernisation de la société haïtienne et un bouleversement des rapports économiques
marqués par la féodalité.
Les classes moyennes et le mouvement démocratique de 19867
Le mouvement populaire qui a conduit à la chute du régime des Duvalier et engagé le pays sur
la voie d’un long processus démocratique, interrompu plusieurs fois par l’Armée, a bénéficié de
l’apport des segments réformistes des couches moyennes. Le retour des exilés dont une forte
majorité ont été des professionnels qui ont réussi dans leur pays d’accueil ainsi que celui des
leaders des anciens partis jetés en exil par le régime ont pesé sur les formes de militance
politique adoptées durant la transition qui a précédé l’élection du gouvernement démocratique
en 1990.
7
Voir à propos du mouvement démocratique de 1986 qui a emporté le régime des Duvalier, Hurbon (1996).
8
Le mouvement démocratique haïtien a été traversé durant ces années par des traditions de
militance diverses mais dont l’action conjuguait sur la nécessité de reformer l’Etat, d’empêcher
le retour de la dictature, de satisfaire aux revendications populaires les plus pressantes, à savoir
l’accès aux services sociaux de base, à la justice et à la reconnaissance des droits économiques
et sociaux et de donner au pays une nouvelle constitution. Cette frange des classes moyennes
engagées dans les luttes démocratiques a été confrontée à la militance d’autres branches de cette
catégorie sociale, accrochées aux privilèges octroyés par la dictature et associées aux coups
d’état contre le projet démocratique.
Trente ans après la chute du régime des Duvalier, la classe moyenne, atomisée, se retrouve dans
une situation de subordination totale aux élites économiques, ne disposant d’aucune autonomie
pour imposer des politiques d’intérêt général contre les intérêts particuliers, incapable de
participer à l’élaboration d’une vision de développement du pays, travaillée par la hantise du
déclassement économique et de la dégradation sociale et embrassant de plus en plus les
pratiques opportunistes.
Une situation économique et des politiques publiques qui pénalisent
les classes moyennes
La situation des classes moyennes et de leur positionnement sur l’échiquier social et
économique est liée à l’évolution globale de l’économie, à la nature des politiques publiques, à
leur impact sur leurs conditions de vie, impact qui peut être jugé à travers le prisme des
aspirations, des attentes spécifiques à cette catégorie sociale, de leur capacité à faire entendre
leurs revendications.
Dans cette partie de l’étude, nous étudierons les facteurs qui ont influencé l’évolution des
classes moyennes au cours des 20 dernières années et qui relèvent autant de la nature des
politiques publiques, aux mutations sociales et politiques qu’a connues le pays qu’au système de
valeur propre à cette catégorie sociale.
Une performance économique désastreuse pour les classes moyennes
De 1961 à 2011, l’économie haïtienne a enregistré l’un des plus faibles performances au monde
en termes de croissance économique (ONPES/Banque Mondiale, 2014). Le PIB réel par
habitant a connu sur cette période une baisse accumulée de 45%. Entre 2001 et 2009, la
croissance du PIB n’a été que de 0.8 % en moyenne. Avec le séisme du 12 janvier 2010, le pays
enregistrait une chute de 120 % de son PIB.
La mauvaise performance de l’économie haïtienne est due à des facteurs tels que l’instabilité
politique, une forte récurrence de catastrophes naturelles et la mauvaise gouvernance.
Cependant, l’analyse en profondeur de l’évolution de l’économie révèle que le facteur le plus
important a été le choix des régimes de croissance adopté au cours des 50 dernières années. Ces
choix ont été faits de manière erratique; ils n’ont pas permis au pays d’enclencher une
dynamique interne pouvant contribuer à la réduction de la pauvreté. Les rares périodes de
croissance qu’a connues le pays ont été, comme on le montre plus loin, galvaudées parce
qu’elles ont contribué plutôt à une plus grande concentration des richesses au lieu d’élargir la
gamme des opportunités et de repartir les gains de croissance sur une plus large proportion des
acteurs économiques.
9
En effet, la seule période de croissance continue qu’a connue le pays a été enregistrée entre
1968 et 1980 avec un taux de croissance situé autour de 4,2 % en moyenne. Plusieurs secteursclefs de l’économie affichaient des taux de croissance encore plus élevés, tels que le secteur
touristique (18,3 %), l’industrie manufacturière (6,5 %), le secteur des bâtiments et des travaux
publics (12,3 %). Le régime des Duvalier prétendait faire d’Haïti le Taiwan des Caraïbes et
comptait sur le développement de la sous-traitance industrielle pour résorber le chômage.
Bénéficiant d’une conjoncture économique internationale particulièrement favorable, Haïti a
connu une phase d’expansion de ses exportations qui sont passées de 40,2 millions de dollars en
1968 à 251,6 millions en 19808.
Une politique de substitution aux importations a été conduite à cette époque mais les entreprises
publiques créés sont venues renforcer les monopoles existant et les acteurs affiliés au régime
bien que cette politique ait permis l’éclosion d’un premier tissu micro-industriel dans le pays.
Toutefois, la stratégie de substitution aux importations n’a pas permis l’émergence
d’entrepreneurs issus de la classe moyenne capables de réduire la mainmise de l’élite
traditionnelle sur l’économie. Les montages financiers et de management ont été opérés sous
l’influence des représentants de cette élite qui a accédé à des fonds importants des bailleurs
internationaux.
Une politique agricole en faveur des oligopoles, renforçant la concentration des
richesses et l’appauvrissement de la paysannerie
Haïti s’est engagé durant les années 80 à promouvoir les exportations de produits agricoles
comme le café dans la perspective de développer des capacités d’exportations d’autres produits
tropicaux tels que le cacao. Des ressources financières relativement importantes ont été injectées
dans la création d’usines de transformation agricoles mais cette stratégie a servi surtout à
renforcer les positions des oligopolistes du secteur qui ont été les grands bénéficiaires des
crédits octroyés par les banques spécialisées, ceci au détriment des petits paysans fournisseurs
des matières premières (DeWind et Kinley III 1988).
DeWind et Kinley ont analysé pour le café par exemple les raisons de l’échec de la stratégie
adoptée pour promouvoir les exportations de ce produit à partir desquelles le gouvernement
espérait résoudre les problèmes de devise et du financement de l’importation des produits
alimentaires. La commercialisation du café a souffert de la dominance des oligopoles, de leur
contrôle sur la chaine de commercialisation et des taux élevés de la taxe appliquée par le
gouvernement aux exportations de café. En définitive, les paysans ont été les grands perdants de
cette politique agricole, leur part de recettes ayant chuté au profit des exportateurs et des
spéculateurs. La rente gagnée sur les exportations de café a été captée par l’Etat et les
exportateurs tandis que les charges fiscales ont été imputées aux paysans.
Cette situation a été à l’origine de la crise du café et de son remplacement progressif par les
cultures vivrières, dont les prix sur le marché interne étaient plus intéressants pour les paysans.
Le café ayant représenté dans l’histoire économique d’Haïti et jusque dans les années 80 la
principale exportation du pays, la baisse de sa production a considérablement réduit la rente
agraire captée par l’Etat haïtien. Des programmes de sécurité alimentaire seront développés par
la suite afin de promouvoir une culture de rente comme le café et de décourager la production
8
Voir Cadet (2013).
10
des vivres destinés à la satisfaction du marché intérieur. L’aide alimentaire massive octroyée par
les Etats Unis constituait un élément important de cette stratégie.
La courte embellie économique enregistrée durant la période 1968-1980 paraissait à première
vue favorable à un certain épanouissement des classes moyennes à travers l’extension de la
demande de consommation et un plus grand accès à l’emploi qualifié. Les limitations signalées
plus haut ont conduit à une forte migration des zones rurales vers les villes et des villes vers
l’étranger. Le pays a fait face cependant durant cette période à une forte migration des
professionnels et des techniciens qualifiés. On estime que près de 80 % des élèves-finissant en
baccalauréat issus des écoles fréquentées généralement par les enfants de familles de classes
moyennes ont quitté le pays. Le fonctionnement de l’économie a contribué à décourager les
couches moyennes, la constitution de grands monopoles de plus en plus puissants autour de
quelques familles traditionnelles a contribué à renforcer la concentration des revenus. L’état
s’est révélé incapable de fournir des services sociaux de qualité et de freiner la migration des
couches moyennes et pauvres.
L’ouverture commerciale tout azimut du pays et l’âge d’or de l’élite commerciale
traditionnelle
A partir du début des années 80, en réponse à la crise de l’endettement du pays et à sa profonde
crise économique, l’Etat haïtien adopte les préceptes du Consensus de Washington, à savoir la
libéralisation du commerce extérieur, l’adoption de mesures de stabilisation et d’assainissement
des finances publiques. Ces politiques vont impacter lourdement sur l’évolution des classes
moyennes. Les mesures d’assainissement des finances publiques visaient la fermeture des
entreprises publiques dans le secteur agricole. D’autres entreprises comme la Cimenterie
Nationale, la Minoterie et la Compagnie de téléphone TELECO ont été liquidés, asséchant ainsi
les secteurs pourvoyeurs d’emploi aux techniciens issus des classes moyennes. La fermeture des
usines agricoles a eu pour conséquence la déstabilisation de l’économie rurale.
Mais la mesure qui s’est révélée la plus désastreuse pour l’économie haïtienne a été la
libéralisation à outrance du commerce, libéralisation qui a été caractérisée par une réduction
drastique des tarifs appliqués aux produits agricoles. Les mesures de libéralisation commerciale
adoptées ont livré des pans entiers de l’économie à la concurrence extérieure sans que les
secteurs touchés par les reformes aient été préparés à y faire face en améliorant leur niveau de
productivité. La production nationale a été exposée à la concurrence de produits en provenance
des pays à plus forte productivité, en premier lieu les Etats-Unis et bénéficiant de subventions.
L’effondrement de la production nationale a provoqué une situation de dépendance alimentaire
au point que le pays consacre aujourd’hui près de 50 % de ses importations aux produits
alimentaires et accuse ainsi un déficit structurel de sa balance commerciale.
La politique commerciale au service de l’émergence d’une nouvelle élite?
L’ouverture commerciale d’Haïti a trouvé sa première justification dans un argumentaire sociopolitique selon lequel elle contribuerait à l’émergence de nouvelles couches moyennes plus
modernes et non impliqués dans les opérations de contrebande et de captation de rente. Cette
nouvelle élite, plus professionnelle, disposant de réseaux dans les grands centres commerciaux
internationaux, spécialisée en management serait appelée à remplacer les élites traditionnelles.
La nouvelle élite contribuerait à l’instauration de la démocratie et réclamerait de l’Etat qu’il
développe l’infrastructure nécessaire au développement économique du pays. La stratégie de
11
développement axée sur l’exportation des produits d’assemblage et agricoles devrait ainsi
renforcer des acteurs de la classe moyenne: les cadres techniques des secteurs privés et publics,
les entrepreneurs et les technocrates et ouvrir la voie à l’adoption de réformes démocratiques.
Les mesures adoptées par Haïti dans le cadre du consensus de Washington ont eu des effets bien
différents de ceux qui étaient attendus de l’ouverture commerciale du pays prônée au début des
années 80. Alors que l’accent était mis sur la nécessité pour le pays de développer sa capacité
d’exportation de produits d’assemblage et agricoles, les programmes d’ajustement structurel et
de stabilisation économique appliqués en Haïti prônaient une libéralisation du commerce axée
principalement sur le démantèlement du système tarifaire.
Les résultats attendus de la stratégie de développement orientée vers l’exportation, à savoir
l’émergence d’une nouvelle élite moderne et dynamique et la réalisation des conditions pour le
renforcement des couches moyennes de la population et leur intégration dans une dynamique de
développement, porteuse de plus de démocratie et d’opportunités pour les couches pauvres de la
population n’ont pas été atteints. Tout au contraire, la politique d’ouverture commerciale à
outrance a contribué à renforcer les pouvoirs de l’élite commerçante traditionnelle et la
concentration des richesses entre les mains des mêmes familles qui depuis toujours contrôlent
l’économie du pays
Les politiques néolibérales adoptées par Haïti ont eu pour conséquence la destruction du tissu
micro-industriel qui s’était développé à la faveur de la mise en œuvre de la stratégie de
substitution aux importations. Or l’existence de ces micro-industries constituait un important
facteur de diversification de l’économie et un secteur d’investissement des classes moyennes.
Une autre importante implication du mode de libéralisation commerciale adopté par Haïti est
l’envahissement du marché haïtien par des importations massives de produits de pacotille et de
friperies, avec pour effet la destruction des métiers traditionnels (cordonnerie, tailleurs et
couturières etc.) et des savoirs. Ces métiers ont joué un rôle prépondérant dans le système de
stratification sociale, ayant représenté traditionnellement la base de financement de la
scolarisation et de la mobilité sociale d’une proportion relativement importante des couches
moyennes.
Les politiques néolibérales n’ont pas facilité l’émergence d’une nouvelle élite porteuse de son
modèle, appliquée à le diffuser dans la société, dynamique et engagée vers la conquête de
marchés extérieurs, comme il a été le cas dans plusieurs pays latino-américains ou ont été
appliquées ces politiques. Puisque les conditionnalités imposées par les bailleurs internationaux
avaient leur plein impact dissuasif sur les gouvernements, il n’a pas été nécessaire pour eux
d’aider à la formation de ces nouveaux entrepreneurs libéraux, champions du marché et
générateurs de nouvelles richesses. Au contraire, ils se sont accommodés de l’existence des
monopoles et des oligopoles, en renforçant le pouvoir des élites traditionnelles et en
affaiblissant l’Etat et les classes moyennes. Le résultat en a été la formation d’un panorama
social dominé d’une part par la figure de l’élite économique traditionnelle et d’autre part par la
figure du pauvre, récepteur de l’aide humanitaire et bénéficiaire de l’action et de la compassion
des ONG.
12
La crise environnementale et la décapitalisation des classes
moyennes
La pression exercée sur un réseau d’infrastructures vétuste et très faiblement reparti sur le
territoire ainsi que la forte récurrence des catastrophes naturelles qu’a connues le pays au cours
des dix dernières années ont contribué à augmenter la vulnérabilité des couches pauvres de la
population mais aussi de franges de plus en plus importantes des classes moyennes. Haïti fait
partie en effet des 10 premiers pays les plus vulnérables aux catastrophes naturelles. Selon
l’index mondial sur le changement climatique, Haïti est le troisième pays le plus touché par les
évènements climatiques (Germanwatch 2016). Le séisme du 12 janvier 2010 avait causé la mort
d’environ 300.000 personnes et provoque une chute du PIB de l’ordre de 120 pourcent. Deux
ans avant le séisme, une série de trois grandes tempêtes faisait chuter le PIB de 15 pourcent. La
dernière catastrophe naturelle, seulement six ans après le séisme, le cyclone Matthew en 2016 a
causé une chute de 32 pourcent du PIB et des pertes évaluées seulement pour les secteurs
productifs, a plusieurs millions de dollars9.
Cette série de catastrophes naturelles a contribué à décapitaliser les ménages des classes
moyennes (perte de logement, perte d’emploi, destruction de petites et moyennes entreprises) et
à augmenter leur peur de connaitre le déclassement économique et social. Les pertes encourues
n’ont pas été compensées même en partie puisque le système d’assurance est très faiblement
implanté en Haïti et que l’Etat n’a pas disposé des ressources pour aider les victimes à se
recapitaliser.
Dans le discours post-séisme des classes moyennes, on retrouve ce sentiment d’être délaissés
non seulement des pouvoirs publics mais aussi de l’aide humanitaire internationale qui a ciblé
les victimes pauvres de ces catastrophes. Les rares tentatives de mise en place d’un système
d’aide à la recapitalisation comme le programme initié par la Banque Centrale relativement a
l’aménagement de lignes de crédit préférentiel, au profit des classes moyennes, pour la
construction ou la reconstruction de logement est trop limitée financièrement pour vraiment
aider les victimes.
Le désarroi causé par les pertes et la peur de nouvelles catastrophes constituent des facteurs qui
annihilent l’engagement social et facilitent l’émergence chez les couches moyennes de la
population d’une vision désillusionnée du futur du pays et d’un positionnement opportuniste
dans la sphère économique et politique. Cette situation est favorable au délitement des liens
sociaux et à un processus de désengagement civique.
Les politiques publiques et l’oubli des classes moyennes
Si les politiques néolibérales analysées plus haut ont contribué à désarticuler l’économie
haïtienne et à pleinement décevoir les attentes des classes moyennes en matière d’emploi, les
politiques sectorielles publiques élaborées et mises en œuvre depuis près de trente ans sont allés
franchement à l’encontre des intérêts de ces couches. Le fait par l’Etat haïtien et les bailleurs
internationaux de prôner la nécessité de mettre en œuvre des politiques de réduction de la
pauvreté ont fait écran à cet abandon des classes moyennes qui n’ont pas pu articuler leurs
intérêts particuliers face au choix noble de combattre la pauvreté. Pourtant, à l’heure du bilan,
force est de constater que les résultats des programmes de réduction de la pauvreté n’ont pas
9
Voir Gouvernement de la République d’Haïti (2017)
13
vraiment abouti à une vraie sortie de la pauvreté, que l’échelle de mobilité sociale n’a pas été
gravie par d’anciens pauvres et que s’est opéré, au contraire, un processus de paupérisation et de
déclassement des classes moyennes.
Le programme de politiques publiques visant à faire d’Haïti un pays émergent en 2030 ne
s’adresse pas aux classes moyennes et ne les mobilise pas à cet effet, comme on devait s’y
attendre s’agissant d’une stratégie devant induire une croissance robuste et durable. La mise en
œuvre de mesures d’incitation telles que l’ouverture au crédit, la facilitation d’investissements,
la politique d’emploi, le financement de la recherche, autant de programmes qui auraient pu
ouvrir des opportunités intéressantes à cette catégorie sociale, freiner sa peur du déclassement et
mettre le pays en chantier n’a pas constitué une vraie priorité.
Parallèlement, les couches moyennes ont été de grandes victimes des politiques publiques
sectorielles. La politique éducative n’a pas contenu la dynamique de déclassement et de
paupérisation des couches moyennes qui ont consacré à l’éducation de leurs enfants des parts
croissantes de leur budget alors que la qualité de l’enseignement se détériore de jour en jour et
que la mobilité sociale entre les générations est sérieusement compromise. L’allocation des
ressources budgétaires privilégie de plus en plus le secteur politique au détriment du secteur
économique, incitant à des transferts massifs vers des acteurs politiques corrompus alors que les
contribuables des classes moyennes sont particulièrement visés par le fisc dans sa stratégie
d’augmentation des recettes. Les politiques de santé sont un autre domaine de frustration des
classes moyennes. La mauvaise qualité des soins, le dysfonctionnement des hôpitaux, la cherté
des services alimentent chez les couches moyennes un sentiment d’insécurité qui renforce la
peur du déclassement social.
Les mêmes griefs concernent la politique monétaire et de change en vigueur qui n’arrive pas à
freiner la dévaluation de la monnaie nationale par rapport au dollar et contribue ainsi à la
décapitalisation des ménages des classes moyennes. La qualité des services publics, le rythme
irrégulier de leur desserte (électricité, eau potable) est un autre sujet de frustration pour les
classes moyennes. La peur de vieillir pauvre, due à l’absence d’un système efficace de
protection sociale et à la main basse exercée sur les fonds de l’Office National d’AssuranceVieillesse par des représentants de la classe politique et de l’élite économique est un sentiment
très partagé chez les ménages des couches moyennes.
L’accumulation de toutes ces frustrations dans un contexte de croissance molle, d’instabilité
politique et de forte vulnérabilité écologique du pays contribue à éloigner les classes moyennes
du contrat social déjà très faible, à miner toute confiance dans l’Etat et la classe politique, à
contester la légitimité des institutions et du système politique et enfin à alimenter leur déception
à l’égard du projet démocratique. Tout ceci contribue à rendre fragile cette catégorie sociale et à
la démobiliser socialement et politiquement.
Les classes moyennes, les transformations socio-spatiales et les
mutations de l’ordre politique
Les mutations socio-spatiales qu’a connues Haïti à travers son histoire et plus particulièrement à
partir des années 50 représentent un facteur important dans la compréhension du processus
d’inscription des classes moyennes dans l’espace. De la fondation de l’Etat haïtien jusqu’à
14
l’occupation américaine du pays (1915-1934), l’espace économique et politico-social est
dominé par une dualité entre Port-au-Prince, la capitale et les provinces ou sont installées les
oligarchies militaro-foncières, adossées aux plantations et aux réseaux de commerce importexport. Tout le XIXème siècle est dominé par les luttes entre l’oligarchie terrienne aidée des
classes moyennes de province, la bourgeoisie et les couches moyennes de Port-au-Prince pour le
contrôle du pouvoir central. L’opposition entre le rural et l’urbain constitue la toile de fond des
stratégies de positionnement et de pouvoir qui se sont déployées durant cette époque.
L’occupation américaine mettra fin à cet antagonisme et instituera l’hégémonie de Port-auPrince.
Anglade (1982) a analysé ce passage de la configuration régionale à la configuration centralisée
et ses conséquences sur la dynamique politique, sociale, culturelle et symbolique. Il retrace le
chemin parcouru par les oligarchies de province pour se positionner économiquement et
politiquement dans la centralité et « se refaire à Port-au-Prince. Leur alliance avec les couches
moyennes de la capitale pour conquérir la scène politique prendra un tournant décisif dans la
conjoncture de 1946, Mais la première génération des oligarques provinciaux qui s’est installée
à Port-au-Prince avant 1946 l’a fait sous un mode ostentatoire qui lui permettait de tenir la
concurrence avec la bourgeoisie de la capitale tandis que la deuxième génération, issue de
l’apres-1946, se nourrissait de deux affluents : la petite bourgeoisie de province et une fraction
plus modeste de la petite-bourgeoisie de Port-au-Prince.
Manigat (2003) et Dorsinvil (1986) ont étudié l’évolution de deux quartiers de Port-au-Prince, le
Bel Air et le Bas Peu de Chose, deux quartiers emblématiques qui ont contribué à forger les
figures dominantes de l’identité de la classe moyenne haïtienne. Cette identité est construite
autour des valeurs fortement liées à la discipline scolaire, à la construction de la notoriété et de
la notabilité, à une éthique du travail, à un fort désir de mobilité économique et sociale et à la
construction d’une carrière professionnelle reconnue. Certes, les classes moyennes qui ont vécu
dans les quartiers de Centre-ville ont émigré à la faveur de leur ascension sociale et économique
à partir des années 50 vers d’autres quartiers plus huppés et modernes. C’est parmi les
représentants de ces couches moyennes que s’est installée au cours des trois dernières décennies
une très forte nostalgie du passé proche haïtien, nostalgie alimentée par les mutations sociospatiales dans la ville qui ont eu lieu à partir des années 70 et par la transformation/détérioration
du cadre de vie de cette catégorie sociale.
L’émergence des Cités10 et les nouveaux concurrents des classes
moyennes dans le champ politique
La migration progressive des ruraux vers Port-au-Prince, renforcée avec l’installation d’usines
d’assemblage dans l’Aire Métropolitaine à partir des années 80, va changer la cartographie de la
ville. Le développement des Cités va bouleverser le paysage politique du pays. La population
qui s’installe dans les Cités est livrée à elle-même, exclue de la desserte des services sociaux de
base et vivant dans des conditions d’extrême insalubrité et d’extrême pauvreté. La présence
croissante de ces Cités va changer la donne politique à la faveur de la montée des revendications
populaires qui contribueront à mettre fin au régime des Duvalier.
10
Sur le concept des Cités, voir Anglade (1982) déjà cité.
15
Terrain de déploiement des populismes de droite comme de gauche, les Cités inscrivent dans le
champ politique une dynamique nouvelle qui va au-delà de l’ancien dualisme urbain/rural. Les
Cités dont le nombre est important dans l’espace métropolitain deviennent une force de
dissuasion et de pression face à la politique. Elles ne disposent certes pas d’une position de veto
dans les luttes politico-sociales et n’arrivent pas à imposer la satisfaction de leurs revendications
même minimales mais la classe politique comme certaines fractions de l’élite économique
cherchent à conquérir leur soutien tout en considérant les frontières entre les espaces classiques
de la ville et ces nouveaux quartiers comme une sorte de limex.
L’émergence de véritables entrepreneurs politiques au sein de ces Cités, médiateurs concurrents
des classes moyennes, figures hybrides entre le chef de gang et le leader communautaire
constitue aujourd’hui un facteur important du champ politico-social haïtien. Ces leaders des
Cités négocient directement la paix des rues avec les représentants de l’Etat et l’élite
économique, deviennent des interlocuteurs des parlementaires et contribuent à l’érosion de
l’autorité de l’Etat.
Conclusion: Figures et tendances actuelles des classes moyennes
La comparaison entre les classes moyennes haïtiennes et celles dont on salue l’essor dans les
métropoles africaines et latino-américaines montre qu’Haïti est très loin d’enclencher un
processus de croissance semblable à ce que décrit la littérature sur la question. Reflet de la
situation des classes moyennes haïtiennes marquée par un processus d’appauvrissement
croissant, seule une petite minorité affiche les comportements de consommation décrits par les
études de marketing réalisées ces dernières années dans les métropoles africaines et latinoaméricaines. Cette frange des classes moyennes voyage beaucoup, fait son shopping dans les
mall de Floride ou dans d’autres centres de consommation du continent (les supermarchés
locaux étant trop modestes et trop peu achalandés), organisent des manifestations festives qui
célèbrent une certaine culture de l’entre-soi. Les valeurs qui animent cette frange des classes
moyennes sont très éloignées des valeurs classiques attribuées généralement aux classes
moyennes.
La source de leurs revenus n’est pas toujours identifiable parce qu’elle est liée souvent à des
pratiques illicites. A côté de cette frange qui pratique l’Exit-option et adopte une stratégie de
l’évitement des couches pauvres de la population, on peut identifier deux autres franges des
classes moyennes: les couches de vieille souche faisant montre d’un sentiment d’appartenance
très fort à leur identité de classe moyenne et ce qu’on pourrait désigner comme des nouvelles
classes moyennes qui ont émergé ces vingt dernières années sur l’échiquier social et
économique.
La classe moyenne de vieille souche dispose d’un capital social et culturel important qu’elles
ont accumulé sur plus de six décennies; elle profite de l’héritage de notoriété légué par les
parents. Ses membres sont souvent des professionnels prestigieux dans des domaines qui ont
perdu au fil du temps de leur attrait de marqueur de notoriété sociale (médecins, avocats,
ingénieurs) parce que devenu, entre autres raisons, plus accessibles aux représentants des
franges plus pauvres des classes moyennes. Les représentants de cette couche ont connu
généralement l’exil et une carrière professionnelle, très souvent couronnée de succès, à
l’étranger. Comme on l’a indiqué plus haut, c’est cette frange des classes moyennes qui souffre
16
le plus des mutations socio-spatiales de la ville, causées par la disparition de quartiers de classe
moyenne11 et l’effondrement des espaces de convivialité qu’elle a connues jusqu’au début des
années 80. Les classes moyennes de vieille souche sont composées de personnalités disposant
parfois de longues expériences de militance politique, sociale ou culturelle mais aussi de
défenseurs d’une certaine tradition de distinction sociale à l’haïtienne, accrochés aux valeurs
conservatrices, réfractaires à tout engagement politique et entretenant le mépris des couches
défavorisées.
Les nouvelles classes moyennes se recrutent surtout dans le secteur des services qui a connu au
cours de ces dernières années un développement vertigineux au point de représenter le secteur
dominant de l’économie. Tandis que la frange supérieure de ces classes moyennes investissent
les secteurs de la finance, des banques, des télécommunications, les couches inférieures
s’engagent dans l’économie informelle et y développent des activités liés aux
télécommunications (cybercafé, centre d’appels, vente de cartes téléphone, vente et réparation
de téléphones mobiles), créent des petites entreprises de transport-moto, ouvrent des salons de
beauté, s’engagent dans la restauration populaire et la vente de friperies, développent des
réseaux de commercialisation transnationale ou entreprennent toute une panoplie d’activités de
débrouillardise. Ces classes moyennes s’installent dans les interstices du secteur formel et
exploitent toutes les opportunités que peut offrir l’économie informelle. Elles sont toutefois très
vulnérables et n’arrivent que rarement à faire le saut qualitatif vers un investissement plus, ceci
faute d’accompagnement. Les activités de ces nouvelles classes moyennes attirent de plus en
plus les jeunes universitaires confrontés aux problèmes de chômage et d’insertion sociale.
Les classes moyennes haïtiennes sont aujourd’hui fortement interpellées par un mouvement de
contestation qui prend chaque jour de l’ampleur et qui exprime le ras le bol d’une population
fatiguée des scandales de corruption, de la dérive des institutions et de la main-mise croissante
de l’élite économique traditionnelle sur les institutions étatiques. Les massives manifestations
populaires organisées au cours de l’année 2018 contre la dilapidation des Fonds Petrocaribe12,
contre la montée des prix du carburant et contre des options budgétaires qui encouragent la
corruption signent le réveil de la société contre la déliquescence des institutions.
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Banque Africaine de Dévelppement. 2011. The middle of the pyramid: dynamics of the African
middle class.
11
12
Voir Gouvernement de la République d’Haïti (2017)
Petrocaribe, nom du programme de coopération mise en place par le Venezuela dans le cadre de l’Alliance
Bolivarienne. Haïti a bénéficié des fonds de ce programme de l’ordre de 3 milliards de dollars et à des conditions de
paiement préférentielles. L’utilisation de ces fonds est aujourd’hui fortement contestée et fait l’objet d’une
mobilisation populaire intense réclamant de l’Etat haïtien qu’il fasse le procès de ceux qui ont participé à sa
dilapidation.
17
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