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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Séismes en Haïti :
La vulnérabilité des citoyens-nes doit constituer une priorité pour les autorités
12 janvier 2022
Sommaire
Pages
I.
Introduction
2
II.
Méthodologie
2
III.
Bilan des catastrophes
2
IV.
Situation dans le département de l’Ouest
3
V.
Situation dans les départements du Nord-Ouest et de l’Artibonite
6
VI.
Situation dans le département du Sud
6
VII.
Situation dans le département des Nippes
7
VIII.
Situation dans le département de la Grand’Anse
8
IX.
Interventions de l’Etat lors des catastrophes
9
X.
Commentaires et recommandations
9
Séismes en Haïti : La vulnérabilité des citoyens-nes doit constituer une priorité pour les autorités
RNDDH – Rapport/A22/No2
1
I.
Introduction
1.
12 janvier 2010 – 12 janvier 2022 : douze (12) années depuis qu’un tremblement de terre de
magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter a rudement frappé les départements de l’Ouest, du
Sud-est et des Nippes du pays. Les pertes humaines et matérielles qui en ont résulté sont
incommensurables. Mais plus encore, les séquelles très considérables, restent vivantes dans la
mémoire collective.
2.
Alors que la population haïtienne victime a été obligée de se relever par elle-même de ses
blessures sans aucun appui des autorités étatiques, au cours des années qui ont suivi ce grand
cataclysme, la terre a continué de trembler un peu partout dans le pays, occasionnant à chaque
fois des pertes humaines et matérielles.
3.
Aujourd’hui, à l’occasion de la douzième année de commémoration du séisme du 12
janvier 2010 et en mémoire de toutes les victimes en Haïti, le Réseau National de Défense des Droits
Humains (RNDDH) se fait le devoir de partager avec l’opinion publique ses considérations et
remarques sur le comportement des autorités étatiques vis-à-vis des victimes.
II.
Méthodologie
4.
Au cours de l’année 2021, le RNDDH a visité dix (10) camps d’hébergement et sites de
relocalisation dans le département de l’Ouest. Ils accueillent encore les victimes du séisme du
12 janvier 2010. Les responsables des institutions étatiques avoisinantes telles que les
commissariats de police ou leurs antennes, les mairies ou leurs annexes, etc., ont été rencontrés.
5.
De plus, des actions de monitoring ont été réalisées par le RNDDH et ses structures
régionales dans le Nord-Ouest, l’Artibonite, les Nippes, le Sud et la Grand’Anse et par la suite,
par les structures elles-mêmes.
6.
Les informations recueillies auprès des victimes ainsi que lors des rencontres
susmentionnées, sont utilisées pour l’élaboration de ce document.
III.
Bilan des catastrophes
7.
Le séisme du 12 janvier 2010 de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter a occasionné le
décès d’au moins deux cent vingt-deux mille cinq cent dix-sept (222.517) personnes et la disparition
de trois cent mille (300.000) autres. Des milliers d’autres personnes victimes sont restées avec un
handicap physique.
8.
Le séisme du 6 octobre 2018 de magnitude 5.9 sur l’échelle de Richter a occasionné le décès
de quinze (15) personnes dans la section communale Lapointe, Port-de-Paix, dans le département
du Nord-Ouest et à Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite. Au moins trois-cents (300)
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autres personnes en sont sorties blessées. Sept-mille-cent-vingt-quatre (7.124) maisons ont été
endommagées et mille-deux-cent-vingt-sept (1.227) autres maisons ont été totalement détruites.
9.
Le séisme du 14 août 2021 de son côté, de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter a
particulièrement frappé les départements des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse. Au moins
deux mille deux-cent-quarante-huit (2.248) personnes sont décédées. Douze mille sept-cent-soixantetrois (12.763) autres sont blessées. Trois-cent-vingt-neuf (329) autres personnes sont portées
disparues. Deux (2) personnes ont aussi été tuées à Bassin Bleu, dans le département du
Nord-Ouest. Et, environ six-cent-quatre-vingt-dix mille (690 000) personnes, représentant 40 % de
la population totale de la Grand’Anse, des Nippes et du Sud, ont été affectées par ce cataclysme.
10. Le 21 décembre 2021, un séisme de magnitude 4.6 sur la même échelle, a frappé de
nouveau la ville des Cayes. Cent-cinquante (150) personnes en sont sorties blessées.
IV.
Situation dans le département de l’Ouest
Douze (12) années après, des camps d’hébergement et sites de relocalisation, qui ont accueilli les
victimes du 12 janvier 2010, existent encore.
11. Sur les infrastructures : N’ayant pas été aménagés pour servir pendant toutes ces années,
les camps d’hébergement et sites de relocalisation, constitués pour la plupart d’abris de fortune
en très mauvais état, de maisons inachevées et de constructions finies en béton, présentent un
aspect hétéroclite. Ceci a été remarqué dans les camps Terrain Toto, Réfugiés, Bénédiction,
Carradeux, Jérusalem, Saint Etienne I et Saint Etienne II et le camp Canaan.
12. Dans la majorité des cas de constructions en béton, des murs d’enceinte et des barrières
de délimitation ont aussi été remarqués, ce qui dénote une forte propension à indiquer que les
espaces constituent en fait des propriétés privées. D’ailleurs en ce sens, des membres de comités
ont déjà entrepris des démarches auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI) pour porter
cette instance à les considérer comme étant des fermiers de l’Etat, ce qui tendrait à régulariser
leur situation.
13. Sur l’accès aux latrines : La question de latrines et/ ou de blocs sanitaires communautaires
dans les camps d’hébergement et sites de relocalisation reste aujourd’hui encore très
préoccupante. En effet, selon les informations recueillies sur le terrain, c’est seulement au Village
Lumane Casimir et à Corail Cesselesse que les citoyens-nes ont accès aux latrines. Au Village Lumane
Casimir, chaque maison dispose de sa propre toilette et au camp Corail Cesselesse, une (1) toilette
est disponible pour quatre (4) abris. Mis à part ces exemples, les latrines construites depuis douze
(12) ans sont toutes en mauvais état de dysfonctionnement. Elles débordent pour la plupart et
dégagent une odeur écœurante. Ceci a été dénoncé à Saint Etienne I, Saint Etienne II, Terrain Toto,
Réfugiés, Bénédiction, Carradeux, où les résidents-tes sont obligés de recourir à d’autres
alternatives pour se soulager.
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14. Sur l’accès aux soins de santé : Seul le camp Corail Cesselesse dispose de deux (2)
dispensaires où les résidents-tes paient cent (100) gourdes pour se faire ausculter. Quant aux
autres sites, les résidents-es doivent se rendre à l’extérieur, pour avoir accès à des services
médicaux.
15. En ce qui concerne la propagation de la maladie du CoronaVirus, aucun accompagnement
étatique n’a été enregistré. Aucun matériel de prévention n’a été distribué. Aucun dépistage n’a
été effectué non plus. Si les occupants-es de certains sites comme Terrain Toto, Réfugiés,
Bénédiction et Carradeux font de leur mieux pour se protéger, ils déplorent le fait qu’aucune
action de sensibilisation n’ait été réalisée par les autorités étatiques et qu’aucune station de
lavage des mains n’ait été installée.
16. Sur l’accès à l’eau : Au même titre que l’accès aux soins de santé, trouver de l’eau dans les
camps d’hébergement et sites de relocalisation relève du défi. Saint Etienne I et Saint Etienne II
disposent d’un point d’eau chacun pour les activités journalières. Le seau de cinq (5) gallons s’y
vend à cinquante (50) gourdes. Cependant, la situation n’est pas similaire dans les autres espaces
car de manière générale, les résidents-tes doivent se déplacer pour se procurer de l’eau. Ils
dépensent entre quinze (15) et vingt-cinq (25) gourdes pour le récipient de cinq (5) gallons d’eau
affectés aux services journaliers et quarante (40) à cinquante (50) gourdes pour le récipient de cinq
(5) gallons d’eau potable.
17. Sur l’accès au courant électrique : De manière générale, les sites ne sont pas électrifiés.
Certains résidents-tes sont réduits à voler le courant électrique et d’autres, à verser un total de
cinq mille (5.000) gourdes à des particuliers qui ont acquis des transformateurs à leurs frais.
18. Sur l’accès à l’éducation : Les écoliers-ères des camps d’hébergement et sites de
relocalisation fréquentent les établissements publics ou privés, en fonction des disponibilités de
ces établissements et des moyens de leurs parents. Par exemple, dans les parages du Camp Saint
Etienne, il y a deux (2) écoles privées alors que les écoles publiques sont localisées à la Croix-desMissions. Quant au Camp Corail, les enfants fréquentent l’Ecole nationale et un lycée qui se
trouvent à proximité. Ceux du Village Lumane Casimir ont accès à une école publique et une école
privée.
19. Sur la Présence de l’Etat et/ou d’une organisation humanitaire : De manière générale, les
commissariats et antennes de police représentent les seuls et rares symboles de représentativité
de l’Etat haïtien dans les camps d’hébergement et sites de relocalisation du département de
l’Ouest. Ceci favorise le pullulement des gangs armés.
20. Exceptionnellement, à Corail Cesselesse, la mairie de la Croix-des-Bouquets a installé une
annexe et vient en aide aux plus démunis. Par exemple, il a été rapporté au RNDDH qu’en 2021,
à Jérusalem des familles ont reçu dix-sept mille cinq cents (17.500) gourdes chacune pour s’adonner
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à des activités génératrices de revenus. Des fournitures scolaires ont été offertes à des enfants
qui ont aussi bénéficié du paiement d’une année scolaire.
21. Les services de voirie de la mairie de Tabarre ont de leur côté consenti des efforts pour
mieux gérer les camps qui dépendent de cette commune. En ce sens, les résidents-tes ont reçu
l’autorisation formelle de construire des maisons. C’est le cas de Village Eden et de Village
Caonabo.
22. Dans certains camps d’hébergement et sites de relocalisation, des ONG comme Terre des
Hommes et Solidarité, rendent visite aux victimes et leur viennent en aide parfois. Cependant, il
arrive que les résidents-tes soient victimes de groupes qui se font passer pour des membres
d’Organisations Non Gouvernementales (ONG), réclament de l’argent tout en leur promettant de
l’aide en retour.
23. Sur des tentatives d’expulsion enregistrées : Des manœuvres et tentatives d’expulsions
sont enregistrées dans certains camps d’hébergement et sites de relocalisation. Par exemple, en
2019, l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) avait proposé vingt-cinq mille (25.000)
gourdes aux résidents-tes de Saint Etienne I et Saint Etienne II pour louer une maison. De même,
des résidents-tes du camp Réfugiés, donnant sur la commune de Delmas, ont tous déclaré avoir
subi des actes de persécution de la part des autorités communales.
24. Sur la Sécurité dans les camps d’hébergement et sites de relocalisation : Certains
résidents-tes ont affirmé que, pour l’année 2021, ils n’ont eu à faire face à aucun problème
d’insécurité. Par exemple, au Village Lumane Casimir, la situation sécuritaire est calme, en dépit
de l’absence de l’institution policière. Le camp Saint Etienne qui par le passé, était en proie à
l’insécurité, offre un environnement relativement sécuritaire à ses résidents-tes en raison, selon
certains d’entre eux, du gang Chen mechan qui contrôle l’espace. Les occupants-tes de Corail
Cesselesse ont aussi affirmé qu’ils n’ont pas eu de problème d’insécurité tout au cours de l’année
2021.
25. Cependant, pour d’autres camps d’hébergement et sites de relocalisation, la situation reste
très précaire. Ceci a été avancé par les résidents-tes de Terrain Toto, Réfugiés, Bénédiction et
Carradeux. Dans ces deux (2) derniers espaces contrôlés par les gangs armés dirigés par Jean
Marie ainsi connu et Fred BAZILE, les occupants subissent régulièrement des attaques armées.
26. Au cours de l’année 2021, tous les résidents-tes de Tabarre-Issa ont été contraints
d’abandonner l’espace, après avoir passé plusieurs années à essuyer des attaques armées des
gangs opérant dans la zone. Certains d’entre eux ont été assassinés et leur maison ont été
saccagées ou incendiées, sous le regard impuissant des autorités policières.
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27. Des cas de violence domestique, voies de faits, viols, braquages, sont enregistrés tous les
jours dans ces camps en proie à l’insécurité. Et, même s’ils sont rares, des cas de meurtres et de
kidnapping ont aussi dénoncés.
28. Par ailleurs et selon ce qui a été relaté au RNDDH, le sous-commissariat de la Croix-desBouquets duquel dépendent le Village Lumane Casimir et le camp Corail Cesselesse, ainsi que
l’antenne de police installée au Camp Bénédiction font face à de grandes difficultés. Les policiers
sont en nombre très réduit. Les matériels de fonctionnement et matériels roulants sont
insuffisants ou inutilisables.
V.
Situation dans les départements du Nord-Ouest et de l’Artibonite
29. Dans les localités de Morne Blocos, Morne Cayo, Chalet ainsi qu’au centre-ville de
Port-de-Paix, les pertes matérielles subséquentes au séisme du 6 octobre 2018 sont énormes.
30. Le commissariat ainsi que la prison de Port-de-Paix, le complexe administratif de Port-dePaix, le commissariat de Gros-Morne, des établissements scolaires des deux (2) communes ainsi
que des hôpitaux et des centres de santé ont été gravement endommagés.
31. Trois (3) années après et malgré les promesses qui avaient été faites, les bâtiments publics
n’ont été ni réparés ni reconstruits. L’Hôpital Immaculée Conception de Port-de-Paix a repris du
service non parce qu’il a été réparé mais parce que les responsables se sont contentés d’utiliser
les espaces qui le peuvent, sans procéder au réaménagement du bâtiment.
32. Trois (3) ans après avoir été délaissées par les autorités étatiques, les victimes des
départements du Nord-Ouest et de l’Artibonite peinent à se relever. Des maisons dans certaines
localités ne sont toujours pas reconstruites. Et, malgré les nombreux appels aux secours de la
population, les autorités ne sont pas intervenues, sinon, pour mettre sur pied, une machine de
propagande, laissant croire que l’aide a été coordonnée de la plus juste manière qui soit et
qu’elle a atteint les victimes.
VI.
Situation dans le département du Sud
33. Dans le département du Sud, les victimes du séisme du 14 août 2021 sont déjà livrées à
elles-mêmes. Elles ont de grandes difficultés à répondre à leurs besoins. Nombreuses sont les
familles qui ne disposent pas d’abris. Elles vivent dans les camps spontanés qui se sont formés
notamment aux Cayes, sur le terrain de football communément appelé Gabion, à Fond Fred et à
Kay Jeannot – un espace utilisé aussi pour le marché du jeudi. Elles attendent pour la plupart, un
accompagnement étatique, tel que cela avait été promis.
34. Pourtant, les autorités étatiques ne sont pas présentes. Ce sont encore une fois des
organisations humanitaires qui, dans le Sud, viennent en aide à la population victime. Le Bureau
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de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)1 en a dénombré cent-vingt-deux (122). Le
RNDDH, par le biais de sa structure régionale, a pu s’entretenir avec certaines d’entre elles
comme Food for The Poor, l’International Medical Corps (IMC), le Programme Alimentaire Mondiale
(PAM) et la Fondation MENAEM, etc. Des églises comme la Mission Evangélique Baptiste du Sud
(MEBSH) ont aussi été recensées. Ces institutions non-étatiques interviennent sur différents
aspects : Elles distribuent des abris, prodiguent des soins de santé, forment sur la santé mentale
et la violence basée sur le genre après les catastrophes, distribuent du cash aux victimes, etc.
35. La plupart des écoles qui ont été détruites et/ou endommagées par le séisme du 14 août
2021 fonctionnent aujourd’hui sous des tentes et abris, à capacités réduites.
36. Aujourd’hui, les municipalités du Sud de concert avec la Fondation MENAEM, entendent
réaliser un recensement des familles dont les maisons ont été détruites, pour, selon toute
vraisemblance, un programme de reconstruction.
37. Il convient aussi de souligner que depuis le 14 août 2021, plusieurs secousses ainsi que
des séismes de moindre magnitude, ont été enregistrés, semant souvent la panique et portant la
population à sortir des maisons en béton.
VII.
Situation dans le département des Nippes
38. Les victimes du séisme vivent, dans le département des Nippes, dans des conditions très
difficiles même si certaines ont pu compter sur le support des membres de leur famille, en vue
d’améliorer leurs conditions générales. En ce sens, des maisons ont été reconstruites, rafistolées
ou réparées à l’aide de tôles usagées et des bâches.
39. Si les autorités centrales et locales sont absentes, au moins soixante-cinq (65) Organisations
Non Gouvernementales (ONG ont été recensées par OCHA, dont notamment de la Croix Rouge,
Compassion, Catholic Relief Services (CRS), etc.
40. Un point d’alimentation en eau courante a été installé sur la place publique de l’Azile, des
maisonnettes ont été reconstruites, des tôles ont été offertes aux victimes. Ces interventions ont
permis à ceux et celles qui se trouvaient sur la place publique de l’Azile, de s’établir à
l’emplacement où leur maison s’était effondrée.
41. A Arnaud, les victimes du séisme se relèvent elles-mêmes, sans l’aide des autorités
municipales et locales.
42. A Anse-à-Veau, le bâtiment du Lycée Boisrond Tonnerre ayant été sévèrement touché, une
tente a été dressée sur la cour de l’établissement. Une autre a été installée dans un espace situé
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en face du lycée. Les deux (2) vacations fonctionnement à capacités réduites. Et, l’administration
du lycée, installée dans une partie du bâtiment endommagée, tente de fournir les services
habituels, en attendant les travaux de réaménagement de l’espace.
VIII.
Situation dans le département de la Grand’Anse
43. La situation sécuritaire dans le département de la Grand’Anse, notamment après le séisme
du 14 août 2021, est inquiétante. Les cas de vols à mains armées ont exponentiellement
augmenté. Et, certaines zones telles que Fond-Cochon commune de Roseau, Julie commune de
Chambellan et Desormeaux commune de Dame-Marie, sont classées rouges, en raison de la
dégradation de la sécurité.
44. Soixante-quatre (64) ONG interviennent dans ce département où l’Etat haïtien est aussi
absent.
45. A Jérémie, la plupart des victimes qui avaient perdu leur maison ont abandonné la zone
pour aller vivre ailleurs, en fonction de leurs moyens financiers. Certaines autres dont les
maisons étaient fissurées, ont réalisé des travaux de réparation.
46. Les établissements scolaires qui ont subi des dommages, fonctionnent sous des bâches ou
sous des tonnelles construites pour la circonstance. Quelques-unes ont été relocalisées dans des
établissements qui avaient été peu affectés par le séisme, ou pas du tout. Les hôpitaux de Jérémie
dépourvus de tout et rudement endommagés le 14 août 2021 n’ont pu répondre aux besoins de
la population et les blessés du séisme ont dû se rendre aux Cayes, pour recevoir les soins que
nécessitaient leurs cas. Il s’agit d’une situation qui perdure aujourd’hui encore.
47. A Pestel, les autorités centrales et locales n’ont rien entrepris en vue d’accompagner les
victimes du séisme du 14 août 2021. Certaines ONG ont réalisé un recensement en vue de
construire de nouvelles maisons pour les victimes.
48. A Bonbon, aucune assistance n’a été offerte aux victimes, si l’on retire la promesse de
l’Eglise Episcopale de construire cinq (5) maisons au profit de cinq (5) parmi les familles les plus
vulnérables de la zone. Deux (2) de ces maisons sont actuellement en construction.
49. A Roseaux, la situation sécuritaire est précaire. Des gangs armés se sont formés et contrôle
la commune depuis un certain temps. Ils ont assis leur pouvoir surtout au lendemain du séisme
du 14 août 2021. Les bâtiments sont en très mauvais état.
50. A Corail, les citoyens-nes tentent timidement de se relever d’eux-mêmes. Certaines
personnes sont assistées par leurs proches de la diaspora, d’autres attendent encore l’aide de
l’Etat. Une ONG a organisé des séances de formation sur les méthodes de construction
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parasismique, au profit de certains ingénieurs. Aujourd’hui, selon ce qui a été rapporté au
RNDDH, plusieurs des bénéficiaires de cette formation sont en train de réparer le complexe
administratif de Corail, qui avait été endommagé.
IX.
Interventions de l’Etat lors des catastrophes
51. La gestion du séisme du 12 janvier 2010 était catastrophique. L’Etat haïtien alors décapité
et dépassé par les événements, n’a pas su comment réagir. Il avait donc laissé le champ livre aux
agences humanitaires et aux organisations non-gouvernementales. Cependant, en raison d’une
lutte acharnée de visibilité, certaines zones croulaient sous l’aide humanitaire alors que d’autres
n’en recevaient pas du tout. Des interventions réalisées dans l’irrespect des règles de
redevabilité humanitaire ont été faites. Et, à la fin de l’assistanat, les populations victimes étaient
restées plus vulnérables qu’elles ne l’avaient jamais été.
52. Le 25 septembre 2018, au sommet annuel du Concordia à New York, le président d’alors
de la République, Jovenel MOÏSE avait déclaré qu’Haïti, ayant beaucoup progressé dans la gestion des
désastres, le pays est devenu plus résilient et plus apte à faire face aux catastrophes naturelles qui le
guettent.
53. Moins d’un mois plus tard, le séisme qui avait frappé les départements du Nord-Ouest et
de l’Artibonite, a prouvé le contraire. En effet, la coordination de l’aide s’est faite dans la pagaille
la plus totale. Le ministère de l’Intérieur s’était rendu sur les lieux où il avait affirmé que toute
l’aide serait coordonnée par la Direction de la Protection Civile (DPC). Il a aussi été décidé que,
contrairement à Port-au-Prince, aucune cité de tentes ne serait créée. Au final, seules quelques
distributions de kits alimentaires ont été faites dans l’irrespect total de la dignité humaine et une
évaluation des maisons a été réalisée. La mention « DPC » a été gravée en rouge sur certains
murs mais, ni les propriétaires de maisons ni les autorités municipales rencontrées alors, ne
pouvaient l’interpréter.
54. Pour le séisme du 14 août 2021, les autorités étatiques ont encore une fois affirmé qu’elles
ne voulaient pas reproduire les erreurs de 2010, et promis de mieux organiser l’aide aux victimes
des départements du Sud, des Nippes et de la Grand’Anse. Cependant, aujourd’hui encore, ces
dernières attendent la concrétisation des promesses d’accompagnement qui leur avaient été
faites.
X.
Commentaires et Recommandations
55. De 2010 à 2021, trois (3) séismes de magnitude élevée ont frappé Haïti, occasionnant dans
sept (7) départements géographiques du pays – Ouest, Sud-est, Nippes, Sud, Grand’Anse,
Nord-Ouest et Artibonite – des pertes humaines et matérielles les unes plus énormes que les
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autres. Entre-temps, la terre n’a jamais cessé de trembler, un état de fait qui ne semble nullement
inquiéter les autorités étatiques.
56. Si pour le séisme du 12 janvier 2010, l’Etat haïtien pouvait avancer l’excuse de la surprise
et de l’absence de formation, de capacités et d’aptitude dans la gestion de catastrophes de cette
envergure, pour ceux survenus le 6 octobre 2018 et le 14 août 2021, l’échec cuisant essuyé dans
la coordination de l’aide humanitaire est inexcusable.
57. De manière plus particulière, la gestion jusqu’à date, de cette nouvelle catastrophe
enregistrée dans le grand Sud prouve, si besoin en était, que d’une part, aucune leçon n’a été
tirée du séisme du 12 janvier 2010 et que d’autre part, le pays n’est pas préparé à répondre aux
besoins des populations victimes. Et, le fait par l’Etat haïtien de toujours jouer la carte de la
politique de l’usure vis-à-vis de cette population qui n’attend rien de lui, ne permettra
certainement pas de réduire la vulnérabilité du pays face aux catastrophes naturelles.
58. Aujourd’hui, douze (12) années après le séisme du 12 janvier 2010, Haïti ne compte pas
plus d’hôpitaux ou de centres de santé qu’avant. Conséquemment, à chaque désastre, les
structures sanitaires existantes sont dépassées, puisque ne pouvant faire face aux demandes de
soins de santé qui en résultent. De plus, aucune politique de construction parasismique n’est
connue ni appliquée. Et, la population haïtienne en général n’est pas plus sensibilisée qu’avant,
pour adopter les comportements qu’il faut, en cas de tremblement de terre.
59. Dans le département de l’Ouest, il existe encore des camps d’hébergements et sites de
relocalisation qui ont été montés au lendemain du séisme du 12 janvier 2010 ou construits un
peu plus tard, avec l’aide des agences humanitaires. Et, en plus des difficultés quotidiennes liées
à la pauvreté extrême dans laquelle patauge la population qui vit dans ces espaces, s’ajoutent
les problèmes de sécurité, souvent insurmontables pour eux. En effet, ils sont nombreux les
gangs armés qui ont choisi d’opérer dans des camps d’hébergement et sites de relocalisation,
portant de nombreuses familles à s’exiler.
60. Le RNDDH estime qu’à ce stade, il ne suffit plus aux autorités étatiques d’affirmer que le
pays est plus apte à faire face aux catastrophes naturelles. Il faut encore que ces autorités soient
présentes pour accompagner effectivement les victimes, coordonner les interventions
humanitaires, et mettre en place des structures de communication accessibles aux victimes, en
vue de monitorer les interventions susmentionnées et d’éviter des violations de droits humains.
C’est à ce prix que les autorités haïtiennes prouveront que la vulnérabilité des citoyens-nes face
aux catastrophes naturelles constituent pour elles une priorité. C’est aussi à ce prix qu’elles
salueront de la meilleure façon qui soit, la mémoire des nombreuses victimes de tremblements
de terre enregistrés en Haïti depuis le 12 janvier 2010.
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