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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Rapport autour de la tragédie survenue à Cayes-Jacmel
le 23 septembre 2010
Octobre 2010
INTRODUCTION
Le jeudi 23 septembre 2010, un événement tragique est survenu au Commissariat
de Cayes-Jacmel au cours duquel un policier a trouvé la mort et un jeune homme a
été grièvement blessé par balles.
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et l’une de ses
structures départementales, le Réseau Sud-est de Défense des Droits Humains
(RESEDH/RNDDH), ont mené une enquête autour de cet événement qu’il convient
désormais de surnommer la tragédie du 23 septembre 2010. Ils se proposent de
partager avec tous les intéressés, les conclusions de leurs investigations.
I. PRESENTATION DE CAYES-JACMEL
Cayes-Jacmel est une commune du département du Sud-est qui dépend de
l’arrondissement de Jacmel ; elle est située à quinze (15) kilomètres de la ville de
Jacmel. Selon un recensement par estimation réalisé en 2009, la commune compte
environ trente six mille six cent quatre vingt treize (36.693) habitants et comprend
quatre (4) sections communales.
II. FAITS
Dans l’après-midi du jeudi 23 septembre 2010, le policier Guillioteau HUBERT, A 4 ,
affecté au Commissariat de Cayes-Jacmel, identifié par son matricule 95-05-01015-25, chef de poste du jour, faisait office de médiateur dans une affaire de payroll
impliquant deux (2) citoyens de la communauté. Au cours de l’audition, le nommé
Johnny JOSEPH, habitué du Commissariat, a fait irruption dans la salle. Le policier
lui a aussitôt intimé l’ordre de sortir. Offusqué, Johnny JOSEPH, en partant, a
proféré des propos malsonnants à l’encontre du policier. Après avoir tranché le
différend qui opposait les deux (2) citoyens de la communauté, le policier Guillioteau
HUBERT est sorti à la recherche du jeune Johnny JOSEPH.
Il était environ huit (8) heures du soir quand le policier ayant trouvé Johnny
JOSEPH, a tenté de l’arrêter. Un corps à corps s’en est suivi. Au cours de
l’altercation, le policier a dégainé son arme et a tiré sur Johnny JOSEPH avant de le
menotter. Les projectiles l’ont atteint à la cuisse gauche et à l’avant-bras droit.
Après son forfait, le policier a appelé ses supérieurs hiérarchiques les informant
avoir tiré sur un individu au moment de l’arrestation de ce dernier. Entre-temps, la
foule furieuse a commencé à se rassembler autour du Commissariat de CayesJacmel. Deux (2) autres policiers en poste, Joseph JACKSON, A 3 et Ansy AUGUSTIN,
A 3 , craignant pour leur sécurité, ont pris la fuite, abandonnant ainsi le policier au
Commissariat, face à la fureur de la foule, estimée à environ cinq cents (500)
personnes.
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De multiples appels en renfort lancés aux supérieurs de la PNH du département du
Sud-est tant par le policier Guillioteau HUBERT lui-même, le responsable du
Commissariat de Cayes-Jacmel que par certaines personnalités de la population,
sont restés sans effet.
Des bandits, ayant infiltré la foule, ont dirigé une attaque armée contre le
Commissariat, en lançant des pierres, des Cocktails Molotov et en faisant feu sur
le bâtiment. Tentant de se défendre et d’attendre les renforts, le policier Guillioteau
HUBERT a tiré en l’air. Mais, les bandits ont investi la cour du Commissariat,
défoncé les portes, incendié les matériels de fonctionnement et des documents. Ils
ont sauvagement molesté, à coups de pierres, de bâtons, de tessons de bouteille, de
pique, le policier Guillioteau HUBERT, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ils ont
également incendié des matériels roulants dont une voiture et au moins deux (2)
motocyclettes ; ils ont entreposé des pneus enflammés à l’intérieur et à l’extérieur
du Commissariat. Le cadavre a été tiré hors des locaux du Commissariat pour être
jeté au feu. Suite à ce forfait, la foule s’est dispersée.
Quelques minutes après le décès du policier Guillioteau HUBERT, des renforts,
composés d’agents de l’Unité Départementale pour le Maintien de l’Ordre
(UDMO), du Directeur Départemental du Sud-est et de son adjoint, sont arrivés sur
les lieux de la tragédie. Personne n’y a été trouvée.
En représailles, les policiers, sans la présence d’un Juge de Paix, ont fait irruption
dans les maisons situées non loin du Commissariat, bastonnant indistinctement des
citoyens, créant une psychose de peur dans la communauté en tirant en l’air et en
procédant à des interpellations. Des femmes et des enfants ont été battus puis
contraints de se coucher par terre, aux côtés du cadavre du défunt pour être,
quelques minutes plus tard, relâchés et invités à retourner chez eux, sur ordre du
Directeur Départemental du Sud-est. Plusieurs individus, tous des hommes, ont été
interpellés tant dans la soirée de l’évènement qu’au cours des jours suivants.
III. BILAN DES ARRESTATIONS
Le Parquet du Tribunal de Première Instance de Jacmel, saisi du dossier, a
accordé une délégation de pouvoir à la PNH pour une durée de vingt deux (22) jours
dans le but de procéder à l’enquête policière. Au total, trente (30) individus, tous des
hommes, ont été interpellés. Après audition, le Service Départemental de la
Police Judiciaire (SDPJ) du Département du Sud-est, a retenu quatorze (14)
d’entre eux qui ont, par la suite, été déférés au Parquet le 6 octobre 2010.
Il s’agit de :
1. Calixte MANIER
2. Junior MONDESIR
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3. Jean Wilner CHARLES
4. Jean Marat TOUTBON
5. Milot ANDRICE
6. Lionel GEORGES
7. Maxi PREVILON
8. Franck JULES
9. Leristène JULES
10. Sterlin PIERRE
11. Augustin ALEXIS
12. Mackenzy CAYEMITTE
13. Nickenson SAINT-LUC
14. Jean Rony CELESTIN
Parmi ces individus, six (6) ont été remis en liberté par le Parquet près le Tribunal
de Première Instance de Jacmel. Il s’agit de :
1. Calixte MANIER
2. Junior MONDESIR
3. Jean Wilner CHARLES
4. Jean Marat TOUTBON
5. Milot ANDRICE
6. Lionel GEORGES
Parallèlement, la PNH détient une liste de vingt-huit (28) personnes actuellement
recherchées qui auraient pris part à la tragédie du 23 septembre 2010. De plus, il
est aussi fait état de plusieurs bandits notoires qui auraient été impliqués dans
l’assassinat tragique du policier Guillioteau HUBERT. Il s’agit entre autres de :
1. Henry John Peter Rolls
2. Célestin Simon dit Guy Célestin
3. Jiji alias Américain
4. Harold Hyppolite
5. Jacques Pierre dit Jacques Prednor
6. Mackenson Bélizaire
7. Mackenson Henry
8. Elissoi Journeau alias Jackson
9. Kilsoi alias Boss Kèkè
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IV.
BILAN DES PERTES ENREGISTREES
Guillioteau HUBERT a été assassiné et Johnny JOSEPH a été grièvement
blessé par balles.
Au moins quatre (4) salles du Commissariat de Cayes-Jacmel ont été
incendiées.
L’arme du policier Guillioteau HUBERT ainsi que son ordinateur portable ont
été emportés.
Une voiture arrêtée par la PNH et deux (2) motocyclettes appartenant
respectivement au policier Guillioteau HUBERT et au Commissariat, ont été
incendiées.
Des traces d’effraction ont été remarquées sur au moins trois (3) portes et sur
les barreaux des fenêtres du Commissariat.
L’Office National de l’Identification (ONI) a aussi été victime de cette
tragédie. Son bureau qui se trouvait au local du Commissariat a été incendié.
Des documents et des matériels de travail ont été brûlés ou emportés.
V. FAITS SUBSEQUENTS
Le dimanche 3 octobre 2010, dans une tentative de pacification, la PNH, de concert
avec l’église catholique de la communauté, a organisé une rencontre avec la
population. Cette rencontre s’est achevée sur une note mitigée.
Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2010, le local du Commissariat de Cayes-Jacmel a
été cambriolé. Une pompe à eau, un inverter, des panneaux solaires ont été volés.
Le système électrique a été saboté et les fils électriques ont été emportés.
VI.
OBSERVATIONS GENERALES
1. Au lendemain des évènements du 23 septembre 2010, des agents de l’UDMO,
lourdement armés sont déployés au Commissariat de Cayes-Jacmel.
Nonobstant leur présence au Commissariat, celui-ci a été cambriolé dans la
nuit du 4 au 5 octobre 2010. Ce Cambriolage suspect, additionné à l’existence
d’une liste de vingt-huit (28) personnes recherchées par la PNH, nourrit chez
la population une psychose de peur constante d’une nouvelle descente
policière. Les membres de la population de Cayes-Jacmel, victimes des
brutalités policières en date du 23 septembre, en ressentent encore les
séquelles et ne font pas confiance à la PNH.
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2. Les autorités locales et les notables de la communauté n’ont pas pu
s’interposer pour ramener le calme et éviter l’irréparable.
3. Deux (2) policiers présents sur les lieux au début de l’évènement, ont préféré
s’enfuir plutôt que d’attendre, avec leur compagnon d’armes, l’arrivée des
renforts.
4. La PNH, faisant montre d’un laxisme et d’une indifférence aussi
inqualifiables que complices, a attendu plus de deux (2) heures de temps pour
voler au secours d’un policier en détresse alors que d’une part, les
responsables en étaient informés, d’autre part, le temps pour parcourir la
distance entre la ville de Jacmel et le Commissariat de Cayes-Jacmel est de
seulement vingt cinq (25) minutes.
5. Après les événements, la tendance qui se développe au sein de la PNH est de
considérer la commune de Cayes-Jacmel comme une zone de non-droit, un
repaire de bandits.
6. Les différentes personnalités rencontrées dans le cadre de cette enquête font
état d’une lutte d’hégémonie alimentée par des politiciens connus qui
utilisent des bandits notoires pour asseoir leur pouvoir et assurer leur
réélection. Conséquemment, ils n’hésitent pas à intervenir en leur faveur et à
les protéger en vue d’empêcher leur arrestation.
RECOMMANDATIONS
Tout en condamnant avec véhémence l’assassinat odieux du policier Guillioteau
HUBERT, l’agression perpétrée contre le jeune Johnny JOSEPH et l’intervention
musclée des agents de la PNH, le RNDDH et le RESEDH recommandent aux
autorités concernées :
De diligenter une enquête minutieuse dans le but d’appréhender tous les
auteurs et co-auteurs de la tragédie du 23 septembre 2010 ;
De sanctionner les policiers impliqués dans la commission des actes de
bastonnade et de mauvais traitements infligés aux membres de la
population ;
D’harmoniser les rapports entre la population de Cayes-Jacmel et la PNH ;
D’augmenter le nombre d’agents affectés au Commissariat de Cayes-Jacmel.
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Dans le cadre de cette enquête, le RNDDH et le RESEDH ont visité les institutions
suivantes :
Le Commissariat de Cayes-Jacmel ;
La Direction Départementale du Sud-est ;
Le Secrétariat Général de la Mairie de Cayes-Jacmel ;
Le Parquet Près le Tribunal de Première Instance de
Jacmel ;
La vice-délégation pour la commune de Cayes-Jacmel ;
Le RNDDH et le RESEDH se sont aussi entretenus avec des victimes de
bastonnades et de mauvais traitements.
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