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BULLETIN
HUMANITAIRE
Numéro 1, Septembre 2024
Photo pour titre OIM
FAITS SAILLANTS
Plus de 702 000 déplacés
en septembre, soit une
augmentation de 22%
depuis juin
P 01
La moitié de la population
haïtienne confrontée à une
faim aiguë, un chiffre en
hausse
P 02
La protection, au cœur de la
crise humanitaire en Haïti
P 03
Renforcer la protection
contre l’exploitation
sexuelle et les abus en
formant des leaders locaux
en Haïti
P 04
Rencontre humanitaire :
entretien avec OCCEDH
P 06
Des exercices de simulation
pour la préparation aux
catastrophes dans la
Grand’Anse et dans les
Nippes
P 07
HRP - FINANCEMENTS
(en date du 4 octobre 2024)
$
271,6 millions
Total des fonds
reçus pour Haïti
HAÏTI
PLUS DE 702 000 DÉPLACÉS
EN SEPTEMBRE, SOIT UNE
AUGMENTATION DE 22% DEPUIS JUIN
Selon les derniers chiffres publiés
par l’Organisation internationale
pour les migrations (OIM) dans
sa Displacement Tracking Matrix,
plus de 702 000 personnes sont
désormais déplacées en Haïti début
septembre. Cette augmentation de
22 % du nombre de déplacés depuis
juin (et de 95 % depuis la vague
de violences armées de février et
mars 2024) reflète l’aggravation
continue de la situation sécuritaire
et humanitaire à travers le pays.
La majorité des mouvements de
population proviennent de la
Zone Métropolitaine de Port-auPrince (ZMPAP), où les groupes
armés continuent de terroriser de
nombreux quartiers. Les trois quarts
des déplacés se trouvent désormais
en province, dont 45 % dans le Sud,
principalement accueillis par des
communautés
locales. Environ un
$2.71 billion
Funding requirements for YHRP
quart des déplacés (soit plus de
173
000(41.6%)
personnes) sont restés1.58
dans
billion
1.12 billion
YHRP paid contributions
Unmet requirements
la ZMPAP, où plus de la moitié a
trouvé refuge dans des sites.
Environ 54 % des déplacés sont des
femmes et 52 % des enfants. Les
défis sont considérables, notamment
en matière de protection pour les
136 500 déplacés vivant dans des
sites, mais aussi pour soutenir
les familles d’accueil, dont les
ressources s’amenuisent face à cet
afflux massif.
Par ailleurs, la rentrée scolaire
prévue pour le 1er octobre a mis
en lumière la problématique des
déplacés accueillant 39 écoles à
travers le pays, dont 34 dans la
ZMPAP, qui abritent près de plus de
57 500 personnes. Le double enjeu
est d’assurer le retour des élèves
dans leurs établissements tout en
garantissant une relocalisation digne
pour celles et ceux qui ont perdu
leur foyer et n’ont pu emporter que
quelques effets personnels. Les
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partenaires humanitaires soutiennent les
autorités dans leurs efforts pour réhabiliter
les infrastructures, distribuer des fournitures
scolaires et reloger les familles déplacées.
Photo : OIM
LA MOITIÉ DE LA POPULATION HAÏTIENNE
CONFRONTÉE À UNE FAIM AIGUË, UN CHIFFRE
EN HAUSSE
Haïti connaît l’une des pires crises
alimentaires au monde, avec 5,4 millions
de personnes incapables de se procurer
suffisamment de nourriture, soit la moitié
de la population du pays, selon la dernière
analyse de l’IPC (Classification Intégrée de la
Sécurité Alimentaire). Les chiffres couvrant
la période d’août 2024 à février 2025,
publiés par la Coordination Nationale de la
Sécurité Alimentaire (CNSA), l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO) et le Programme
alimentaire mondial (PAM), révèlent une
aggravation alarmante de l’insécurité
alimentaire. Parmi les 5,4 millions de
personnes souffrant de faim aiguë, deux
millions sont en situation critique, luttant
contre une faim extrême, la malnutrition et
des maladies (Phase 4 de l’IPC). La situation
est particulièrement grave pour environ
6 000 déplacés sur sites Port-au-Prince,
confrontés à un niveau de sécurité alimentaire
catastrophique (Phase 5 de l’IPC), au bord de
la famine.
Les partenaires poursuivent leurs
activités dans des conditions d’accès et
d’approvisionnement difficiles. Bien que des
millions de repas chauds et de bons d’achat
ont été distribués pour permettre aux plus
vulnérables d’accéder à de la nourriture,
les lacunes de financement rendent la
distribution de l’aide de plus en plus ardue
dans les communautés les plus touchées.
Actuellement, 230 millions de dollars
manquent pour financer les programmes
jusqu’à la fin de l’année. « Haïti est dans une
course contre la montre face à la détérioration
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de la sécurité alimentaire.
Il est temps de saisir
l’opportunité de fournir autant
d’aide que possible pour
inverser la tendance », insiste
Wanja Kaaria, Représentante
et Directrice Pays du PAM en
Haïti.
Par ailleurs, après une visite
de haut niveau dans le pays en
septembre, la FAO a exhorté la
communauté internationale
à mobiliser 48 millions de
dollars dans le cadre du Plan
de Réponse Humanitaire 2024
pour aider 608 000 personnes
à travers des activités agricoles
Le lycée Marie-Jeanne à Cité Soleil, Port-au-Prince, 18 septembre 2024. Plus de 5 500 personnes vivent dans
d’urgence. La FAO a rappelé
cette école. Elles ont perdu leurs moyens de subsistance et ne sont plus en mesure de nourrir leurs familles.
que la production alimentaire PAM/Jonathan Dumont
locale et l’accès aux semences
d’urgence est une solution rentable qui leur
sont des solutions durables et essentielles
permet de produire rapidement leur propre
pour prévenir une crise alimentaire encore
nourriture et d’assurer leur autosuffisance »,
plus grave. « Fournir aux ménages touchés par
a rappelé Pierre Vauthier, Représentant de
la crise un appui à la production alimentaire
l’organisation en Haïti.
LA PROTECTION, AU CŒUR DE LA CRISE
HUMANITAIRE EN HAÏTI
Plus de 3 660 personnes ont été tuées en Haïti
depuis janvier, un chiffre qui dépasse déjà
celui de l’année 2023, selon le dernier rapport
du Haut-Commissariat des Nations Unies aux
droits de l’homme. À ce nombre s’ajoutent
plus de 1 300 personnes blessées, et plus de
900 victimes d’enlèvements contre rançon,
ainsi que les survivant(e)s de violences basées
sur le genre (VBG). Avec les attaques répétées
de groupes armés depuis le début de l’année,
le nombre de cas signalés de VBG a quintuplé
entre janvier-février et mars, passant de 250 à
1 543, pour atteindre près de 4 500 en juillet.
Parmi ces incidents, 75 % concernent des
violences sexuelles. Les femmes représentent
80 % des survivantes, et 16 % sont des filles.
« Dans de nombreux cas, les survivants et
survivantes sont arrivés dans nos installations
plus de 72 heures après l’agression, ce qui
limite leur accès à certains soins essentiels,
tels que la PrEP [prophylaxie pré-exposition,
un moyen de prévention des infections] », a
déclaré Benoît Vasseur, Chef de mission de
Médecins sans Frontières-Belgique. L’ONG
a pris en charge plus de 2 400 personnes
depuis janvier. « Nos équipes sont également
confrontées à la nécessité de trouver un abri
et d’autres services pour ces victimes, qui sont
largement insuffisants dans le pays », a-t-il
ajouté.
À travers les activités du secteur VBG, plus
de 15 006 survivant(e)s de violences basées
sur le genre ont eu accès à des services
psychosociaux, médicaux et d’hébergement
d’urgence depuis janvier. Par ailleurs, plus
de 13 185 personnes déplacées internes ont
bénéficié de services de santé sexuelle et
de prise en charge VBG grâce aux cliniques
mobiles. Les partenaires ont également
formé près de 200 membres du personnel
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médical à la gestion clinique des cas de viol
et au dispositif minimum d’urgence. Ils ont
également soutenu 24 structures de santé pour
la fourniture de services liés à la VBG et à la
santé sexuelle et reproductive. Cependant, le
secteur de la lutte contre les VBG reste l’un des
moins financés en Haïti, avec seulement 17 %
des fonds nécessaires couverts dans le Plan de
réponse humanitaire, ce qui complique encore
davantage la réponse à cette crise urgente.
RENFORCER LA PROTECTION CONTRE
L’EXPLOITATION SEXUELLE ET LES ABUS EN
FORMANT DES LEADERS LOCAUX EN HAÏTI :
ATELIER PSEA AVEC LA DGPC
Face aux crises multidimensionnelles que
traverse Haïti, marquées par des déplacements
massifs et la violence des groupes armés, la
prévention de l’exploitation et des abus sexuels
(PSEA) est devenue un enjeu central pour la
protection des populations vulnérables. La
Direction Générale de la Protection Civile
(DGPC), en collaboration avec le Programme
Alimentaire Mondial (PAM) et avec le soutien
de l’Union européenne via ECHO, a lancé une
série d’ateliers de formation des formateurs
sur la PSEA. Le premier de ces ateliers, qui s’est
tenu à Port-au-Prince les 17 et 18 septembre
2024, a réuni 15 participants. Au total, 45
personnes bénéficieront de cette formation, qui
se déroulera également dans les départements
du Sud et de l’Artibonite. Lara Chlela,
coordonnatrice PSEA, a souligné l’importance
de cette initiative, qui vise à « doter les cadres
de la DGPC des compétences nécessaires
pour répliquer ces formations au sein de leurs
communautés et renforcer les mécanismes
de protection contre les abus. » Elle rappelle
que « dans un contexte humanitaire aussi
complexe que celui d’Haïti, assurer la PSEA est
fondamental pour restaurer la confiance entre
les populations et les acteurs humanitaires. »
L’atelier a permis aux cadres de la DGPC de
recevoir des outils pratiques, tels que des
guides de formation et des stratégies de
sensibilisation communautaire, destinés
à renforcer la protection au sein de leurs
communautés. Le suivi de cette formation
sera assuré par des sessions régulières pour
évaluer l’impact sur le terrain et soutenir la
mise en œuvre de la feuille de route convenue.
Selon Lara Chlela, « l’intégration de la PSEA
dans tous les aspects du travail humanitaire
est indispensable pour protéger les plus
vulnérables et garantir que l’assistance est
dispensée de manière digne et respectueuse. »
Les participants à l’atelier PSEA des 17 & 18 septembre 2024. Photo : RCO/J. Belizaire
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RENCONTRE HUMANITAIRE : ENTRETIEN
AVEC CHRISLIE LUCA, DIRECTRICE D’OCCEDH
Les enfants haïtiens, victimes
silencieuses de la violence des groupes
armés
En Haïti, plusieurs quartiers sensibles de
Port-au-Prince sont sous l’emprise de groupes
armés, et les enfants en sont les victimes les
plus vulnérables. Déjà fragilisés par la précarité
de leurs conditions de vie, ils sont souvent
enrôlés de force ou exploités, ce qui les prive
non seulement de leur éducation, mais aussi
de leur avenir. Selon les estimations récentes
de l’UNICEF, entre 30 et 50 % des membres de
ces groupes armés sont des enfants, contraints
d’accomplir diverses tâches, allant du port
d’armes à la surveillance de territoires, et dans
certains cas, subissant des abus sexuels.
organisée à Henfrasa, un centre sportif de la
ville, leur offrant un rare moment de répit
dans leur quotidien difficile. « Ce jour-là, ils
ont retrouvé une vie presque normale », se
réjouit-elle. Cependant, elle avertit que sans
un soutien accru des autorités locales et de
la communauté internationale, ces efforts
resteront limités. Elle appelle à une action
urgente pour mettre en place des structures
d’accueil, des programmes d’éducation et pour
renforcer la protection de ces enfants, afin
de briser le cycle de violence et leur offrir un
avenir meilleur.
Chrislie Luca, directrice de l’Organisation
des Cœurs pour le Changement des Enfants
Démunis d’Haïti (OCCEDH), a fait du sort
de ces enfants une mission personnelle.
« Un grand nombre d’entre eux sont forcés
de rejoindre ces groupes sous la menace
ou par nécessité de survie. Ils manquent
souvent de nourriture et ne fréquentent pas
l’école », explique-t-elle, en soulignant que
la situation s’est aggravée depuis le début de
l’année. Chaque jour, des milliers d’enfants se
retrouvent pris dans cette spirale de violence.
L’OCCEDH, en partenariat avec l’UNICEF,
s’efforce de soutenir ces enfants à travers des
programmes de réinsertion, notamment des
formations professionnelles destinées à leur
offrir une alternative. « Le manque de soutien
structurel constitue un obstacle majeur »,
affirme Chrislie Luca. Les infrastructures
nécessaires pour accueillir ces jeunes ne sont
toujours pas opérationnelles, créant un vide
criant en matière de centres de réinsertion.
« Il est impératif de donner des perspectives
positives à ces enfants », insiste-t-elle.
Malgré la complexité de la situation, l’OCCEDH
poursuit son combat face à de nombreux défis.
Chrislie raconte que 1 700 enfants issus de
zones sensibles ont pu participer à des activités
éducatives à l’occasion d’une journée spéciale
Chrislie Luca, Directrice de l’Organisation des Cœurs pour le
Changement des Enfants Démunis d’Haïti (OCCEDH). Photo : OCCEDH
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DES EXERCICES DE SIMULATION POUR LA
PRÉPARATION AUX CATASTROPHES DANS LA
GRAND’ANSE ET DANS LES NIPPES
La Direction générale de la Protection civile
(DGPC), en partenariat avec l’ONG Mercy
Corps et grâce au support d’USAID-BHA, a
organisé des exercices de simulation dans
le sud du pays afin de tester et renforcer la
préparation des communautés locales face
aux risques de cyclones tropicaux, une menace
particulièrement préoccupante cette année,
avec des prévisions de trois à cinq ouragans
majeurs. Ces exercices, appelés « simex », ont
eu lieu dans les communes d’Anse-à-Veau,
Fonds-des-Nègres, L’Asile et Petite-Rivièredes-Nippes dans le département des Nippes
le 24 septembre, ainsi que dans les communes
de Beaumont, Corail et Pestel, situées dans
le département de la Grand’Anse, le 26
septembre.
Les exercices sur table, qui simulaient le
passage d’un ouragan de catégorie 4 sur la
côte sud du pays, consistaient en une série
d’activités visant à améliorer la coordination,
l’évacuation et la gestion des abris temporaires.
Des équipes des centres d’opérations d’urgence
communaux (COU) ont été mobilisées pour
gérer la réponse immédiate sur le terrain, en
collaboration avec les comités communaux
de gestion des risques de catastrophe.
Plusieurs centaines de personnes ont participé,
notamment dans les communautés qui ont
simulé une évacuation réelle.
Ces derniers temps, la préparation aux
Pour davantage d’informations, contacter :
Abdoulaye Sawadogo
Chef de bureau
E-mail : sawadogoa@un.org
Claire-Emmanuelle Pressoir
Chargée de communication
E-mail : claire.pressoir@un.org
urgences a bénéficié de l’appui de divers
partenaires internationaux, notamment
à travers la réhabilitation de structures
endommagées par le séisme d’août 2021
ou pendant les troubles sociopolitiques. La
Banque mondiale, via le Projet de Gestion des
Risques et de Résilience aux Aléas climatiques
(PGRAC), a financé la réhabilitation du Centre
d’Opérations d’Urgence Départemental du
Sud (COUD) ainsi que des centres d’opérations
d’urgence communaux (COUC) dans le
département du Sud. Elle soutient également
la redynamisation des comités communaux de
protection civile dans le Sud, la Grand’Anse et
les Nippes. De son côté, la Coopération suisse
a construit huit centres communautaires
multifonctionnels sur la côte sud d’Haïti,
avec pour principal objectif de servir d’abris
provisoires en cas d’urgence. L’OIM a, quant à
elle, réhabilité cinq écoles nationales désignées
comme abris temporaires en cas de catastrophe
dans le département du Sud.
Comité communal de la protection civile de Pestel pendant l’exercice
SIMEX. Photo : DGPC
Les produits d’information de OCHA Haïti se
trouvent sur :
https://response.reliefweb.int/
https://reliefweb.int/country/hti
https://www.unocha.org/haiti