(2011-03) Bulletin de l'ISPAN, No 22 : La Crête-à-Pierrot, site de hauts faits d'armes
Resume — Le fort de la Crête-à-Pierrot, que les spécialistes s'accordent à attribuer aux Anglais qui occupèrent Saint-Domingue de 1794 à 1798 : sa position, à portée de bouches à feu du bourg de la Petite-Rivière, le place d'emblée dans cette typologie. Le numéro traite aussi du sauvetage d'œuvres d'art.
Description Complete
Le fort de la Crête-à-Pierrot, que les spécialistes s'accordent à attribuer aux Anglais qui occupèrent Saint-Domingue de 1794 à 1798 : sa position, à portée de bouches à feu du bourg de la Petite-Rivière, le place d'emblée dans cette typologie. Le numéro traite aussi du sauvetage d'œuvres d'art. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Photo : ISPAN • 2010
numéro 22, 1er mars 2011
BULLETIN DE L’ISPAN
• Le bastion sud-ouest du fort de la Crête-à-Pierrot
La Crête-à-Pierrot,
site de hauts faits d’armes
logie des constructions militaires adoptées par les
Britanniques : des «fortifications d’occupation»
construite pour contrôler des villes desquelles, à
tout moment, pouvait partir une révolte. Le fort
La Loy et le fort Diamant de Saint-Marc ou le fort
National à Port-au-Prince illustrent ce type de fortification, qui correspond, en ce point, à la définition classique du terme de «citadelle».
La topographie singulière de la colline de la Crêteà-Pierrot, permettant de découvrir à quelque 24
m de surélévation une vue imprenable sur la vallée
et le fleuve de l’Artibonite coulant à ses pieds et
l’accès vers l’Est aux gorges des Cahos et à la région frontalière du Mirebalais, font d’elle une vigie
unique.
L’expédition
Au début du mois de février 1802, la flotte de l’expédition française, commandée par le CapitainePhoto : ISPAN • 2010
Rien n’indique, à première vue, que cette simple
muraille à embrasures posée au-dessus d’un monticule surplombant la plaine de l’Artibonite fut
témoin d’un fait d’armes exceptionnel durant la
guerre de l’Indépendance d’Haïti. Formé d’un parapet épais de 90 cm, en moyenne, 370 cm sur sa
plus haute élévation, le fort de la Crête-à-Pierrot,
trace sur le sol un quadrilatère irréguliers pourvu
de quatre bastions d’angles destinés à «battre ses
flancs».
Bien avant la guerre, cette position stratégique
avait été remarquée. Elle fut mis en valeur par des
aménagements militaires exécutés par Laplaine
Sterling et Guy L’Ainé, «hommes de couleurs» à
la suite de conflits internes entre les Affranchis de
l’Artibonite et des saliniers des Gonaïves. Ils donnèrent tout naturellement à leur ouvrage fortifié
le nom de la Crête-à-Pierrot, celui de la colline.
Cependant, plusieurs historiens s’accordent à penser que le fort de la Crête-à-Pierrot serait l’œuvre
des Anglais qui occupèrent la colonie de SaintDomingue de 1794 à 1798. En effet, sa position,
à portée de tirs de bouches à feu du bourg de
la Petite-Rivière, le place d’emblée dans la typo-
BULLETIN DE L’ISPAN, No 22, 12 pages
Sommaire
• La Crête-à-Pierrot, site de hauts faits d’armes
• Sauvetage d’œuvres d’art
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti
• Louis-Daure Lamartinière
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 •
Photo : ISPAN • 2011
La division Boudet, basée à Port-au-Prince, au Sud
de l’Artibonite, devra les rejoindre plus tard.
Après de violents affrontements à la Ravine-àCouleuvres, les troupes de Toussaint cédèrent non
sans résister farouchement face à la rapidité et l’intrépidité des troupes de Donatien Rochambeau.
Mais Toussaint parvient à se replier dans le réduit
des Cahos.
Le 1er mars, les divisions Rochambeau et Hardy
marchent vers les Cahos, par la plaine de l’Artibonite et le 4 mars, de retour de Port-de-Paix, la
division Debelle, imprudent et sans artillerie, poursuit les troupes sous les ordres de Jean-Jacques
Dessalines qu’elle rencontre en chemin. Celles-ci
se réfugient à la Crête-à-Pierrot et organise sa défense. Debelle est contré par une résistance farouche. Les assaillants essuient de lourdes pertes : 300
hommes restent sur le champ de bataille suite à un
engagement au corps à corps.
La Crête-à-Pierrot, constituant de fait un poste
avancé commandant l’entrée des Cahos, en une
position stratégique puissante, est organisé com-
me une base essentielle
de résistance. En effet,
Toussaint ayant rejoint Dessalines y fait, dans un coup
de génie, transporter 15 pièces
d’artillerie, des armes et des provisions. Il confie à Dessalines la moitié
de sa garde d’honneur, commandé par
Magny à laquelle s’était joint le chef d’escadron Louis-Daure Lamartinière et deux
escadrons dirigés par des officiers supérieurs.
Pour Toussaint, il fallait persuader coûte que coûte l’ennemi que toute son armée se trouvaient
confiné dans cette zone et que la Crête-à-Pierrot
représentait le dernier obstacle à conquérir. Cette
diversion lui permit, à la tête de six compagnies
de grenadiers de s’élancer vers le Nord frapper les lignes arrières de
l’armée française.
Leclerc pris au jeu concentra toutes les forces dont il disposait
sur la Crête-à-Pierrot, transformée en parfait leurre.
Les attaques frontales
Convaincu que Toussaint ne pouvait plus lui
échapper, Leclerc dévolue sur la Crête-à-Pierrot un rôle incommensurable. Il décide
• Perspective aérienne du fort de la Crête-à-Pierrot (état actuel)
Photo : ISPAN • 2011
Photo : ISPAN • 2011
Sud, la chaine des Matheux et celle du Trou-d‘Eau
se rétrécissant vers l’Est au quartier du Mirebalais.
Leclerc décide d’en finir avec les troupes de Toussaint et entreprend une vaste opération militaire
visant à prendre en tenaille à partir du Nord et du
Sud, les quelques 12 000 mille hommes de troupe
de l’armée de Toussaint-Louverture.
L’étau
Le 17 février 1802, les divisions françaises du Nord
débutent les opérations et marchent vers l’Artibonite. Leclerc. La division Hardy se dirige vers l’Artibonite par Marmelade puis Ennery. La division
Desfourneaux, franchissant le Limbé, rejoint celle
de Hardy à Ennery. La division Rochambeau, partant de Fort-Liberté, longeant la ligne frontalière
à la partie espagnole par le Trou-du-Nord, Vallières, Saint-Raphaël et Saint-Michel de l’Attalaye et
se dirige vers la Ravines-à-Couleuvres à la basse
plaine des Gonaïves, en plein coeur de la région
où se sont concentrés environ 10.000 hommes
sous le commandement de Toussaint, secondé par
Christophe.
• Le magasin à poudre
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011
• Le bastion nord-ouest et la coutine nord
BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 •
• La rue du Commerce à Jacmel
Document : ISPAN • 2011
• Vue panoramique de la place d’armes du fort de la Crête-à-Pierrot
général Victor-Emmanuel Leclerc, débarque dans
la colonie de Saint-Domingue avec pour mission
de rétablir l’esclavage et de faire revenir la colonie,
émancipée de sa métropole par la Constitution
autonomiste de Toussaint-Louverture (1801), sous
le contrôle de la France. Forte de 12.000 hommes de troupes, le corps expéditionnaire malgré
quelques résistances de l’Armée coloniale, rencontrée notamment à Fort-Liberté et surtout au
Cap-Français, parvient à contrôler toutes les villes
côtières qui tombèrent les unes après les autres, à
l’exception de Saint-Marc encore sous le contrôle
de Jean-Jacques Dessalines. Les lieutenants de
Toussaint se soumettent et passent au corps expéditionnaire. Ceux qui ne se sont pas rendues se
replient autour de leur chef dans les montagnes
des Cahos, celles des Gonaïves, à la vallée de l’Artibonite et au canton du Mirebalais, ou ils disposent d’importantes réserves d’armes «de guerre
et de bouches». Leur espace d’opération couvre
environ 2 500 kilomètres carrés. Un vaste périmètre borné au nord par les Montagnes Noires, au
Vers Saint-Marc
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Document : ISPAN • 2011
Vers Saint-Marc
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PLAN DU SIEGE DE LA CRETE-A-PIERROT
LEGENDE
1. Le fort de la Crête-à-Pierrot,
2. La division Boudet, commandée par P. Delacroix
3. La division Hardy
4. La division Bourke
5. La division Rochambeau
6. Le bourg de la Petite-Rivière de l’Artibonite
7. Ancien cours de l’Artibonite
8. Cours actuel de l’Artibonite
9. La colline de la Crête-à-Pierrot
10 Localisation actuelle du bourg de Liancourt
Document : Ambassade de France en Haïti
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Document : Bibliothèque Nationale, Paris, France
• Le siège de la Crêtre-à-Pierrot. : superposition d’une carte d’époque et une photographie aérienne actuelle
late dans ses Mémoires : «Il est évident que nous
n’inspirions plus de terreur morale, et c’est le plus
grand malheur qui puissent arriver à une armée».
Les assauts successifs de la Crête-à-Pierrot avait, à
date, déjà couté au Français plus de 1 500 morts,
alors que dans le fort ne résistaient que 1 000 à
1 200 soldats, bien aguerris par les guerres précédentes menées contre l’occupant britannique.
La Crête-à-Pierrot vérouillée
Face à tant d’échecs successifs, Leclerc, mettant à
la tâche ses talents poliorcétiques, décide alors le
siège de la place et fait appel à des renforts. «Dans
l’investissement général (mise en place du siège) de
la Crête-à-Pierrot, poursuit Pamphille Delacroix, je
me liais à gauche avec le général Hardy, et à droite
avec le général Rochambeau, par l’intermédiaire
du chef d’escadron Bourke, qui occupait, sur la rive
droite de l’Artibonite, le gué par où les ennemis,
en se précipitant des écores, s’étaient sauvés des
attaques précédentes». Rochambeau, en définitive,
• Toussaint-Louverture, par Baquois (1802 ?)
s’installe sur le pic de la Crête-à-Pierrot dominant
à l’Est le fort à une portée de tir de canon.
Le 22 mars, les divisions du corps expéditionnaires
terminent la mise en place du siège. La Crête-àPierrot est verrouillée. Dessalines tente désespérément une sortie. Il est repoussé par Hardy qui lui
fait perdre une centaine d’hommes. Il abandonne
la place et en confie le commandement à Lamartinière. Le même jour Rochambeau tente une
nouvelle attaque à partir du front est et essuie un
nouvel échec pour avoir sous-estimé la configuration des fossés profonds entourant la fortification
et les dispositifs mis en place par les assiégés : piques affûtées en bois de campêche, haies d’épines,
servant de chevaux de frises, etc.
Du 22 au 24, de jour comme de nuit, le fort de
la Crête-à-Pierrot subit un bombardement intense en règle, auquel s’illustra l’adjudant-général
Alexandre Pétion, artilleur de son état, rentré à
Saint-Domingue avec le corps expéditionnaire de
• Combat à Saint-Domingue, d’après un dessin de Raffet et gravé par Frillley (XIXème siècle)
• Le fort de la Crête-à-Pierrot, au début du XXème siècle
Leclerc en février 1802.
Le 24 mars vers les 8 heures du soir, profitant de
l’obscurité, la garnison de la Crête-à-Pierrot, par
une manœuvre habile, simule une attaque de la
division Boudet, basée dans le bourg et commandée par Delacroix, puis, bifurquant brusquement
sur sa gauche vers le fleuve exécute une percée
et force un passage entre les divisions Bourke et
Rochambeau avant de rejoindre les troupes de
Dessalines.
«La retraite qu’osa concevoir et exécuter le commandant de la Crête-à-Pierrot est un fait d’armes
remarquable. Nous entourions son poste au nombre de 12.000 hommes ; il se sauva, ne perdit pas la
moitié de sa garnison, et nous laissa que ses morts
et ses blessées. Cet homme était un quarteron à
qui la nature avait donné une âme de la plus forte
trempe ; c’était le chef de brigade Lamartinière.»
La Bataille de la Crête-à-Pierrot, qui dura 24 jours,
immobilisa pratiquement toutes les divisions du
Corps expéditionnaire français.
Etat actuel et bilan sanitaire
Aujourd’hui, le paysage de ce site historique de
bataille a bien changé. L’Artibonite a sensiblement
Photo : ISPAN • 2011
Document : Archives ISPAN
• Victor-Emmanuel Leclerc (1772-1802), par Bonneville
d’enlever la place, par des attaques successives
et frontales. La division Boudet qui occupe le
bourg de la Petite-Rivière tente une nouvelle
attaque de la Crête-à-Pierrot. Une résistance
farouche et un feu nourri de mousqueterie
l’accueillent. Boudet est blessé au pied et
perd 480 hommes. Le divisionnaire Dugau
tente une opération de diversion. Même
résultat. Il perd entre 200 à 300 hommes.
Le général Leclerc, rapporte dans une de
ses lettres au Consul général : «Le général
Dugau fut obligé de quitter le champ de bataille un moment avant la retraite, ayant été
blessé de deux balles. Cette journée nous a
couté 600 hommes tués ou blessés, dont 50
officiers au moins : c’est l’affaire la plus chaude
que j’aie vue de ma vie.». Leclerc, lui-même, présent au moment de l’escarmouche échappe de peu
à la mort. Le général Pamphille Delacroix, remplaçant
le général Boudet au commandement de sa division, re-
• Le fort de la Crête-à-Pierrot, par H. Clerget d’après Descoutilz
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011
• Le flanc du bastion nord-est de la Crête-à-Pierrot
BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 •
Photo : ISPAN • 2007
Vers le bourg de la Petite-Rivière
Cap-Haïtien
Fort de la Crête à Pierrot
• La poudrière, les remparts sud et, au fond, la vallée de l’Artibonite
Port-au-Prince
Les Cayes
Jacmel
modifié son cours. La vallée vers la fin de la colonie de Saint-Domingue, plantée en cannes à sucre,
est devenue rizicole. Le bourg de la Petite-Rivière,
dans son étalement, a rejoint la fortification, l’encerclant sur ses flancs nord et est. Une antenne
de transmission pour la téléphonie mobile a été
installée à quelques mètres de l’enceinte du fort
vers l’Est.
Quittant le centre bourg de la Petite-Rivière en direction Est et en contournant le Palais de la BelleRivière, dit Palais aux 365 Portes (voir BI-5, 1er
octobre 2009), on arrive aisément au fort de la
Crête-à-Pierrot en longeant une rampe qui se faufile à travers des maisonnettes pour mener rapidement à un plateau qui, telle une vigie, surplombe
la Vallée de l’Artibonite et le Bourg de la Petite-Rivière. Une vue simplement impressionnante s’offre
au visiteur. Le mur d’enceinte de la fortification se
signale par la blancheur de la couche de chaux qui
0
10
20 m
Le fort n’est pas sécurisé et ne bénéficie d’aucun
système de gardiennage, de service d’accueil ni de
signalisation. La plaque en métal posée le 6 décembre 2007 par l’ISPAN a disparue. Cette plaque
indiquait que le fort de la Crête-à-Pierrot a été
classé Patrimoine National par arrêté présidentiel
en date du 23 août 1995.
La fortification possède encore deux bouches
à feu. Il s’agit des canons de marine coulé dans
• La vue sur la vallée de l’Artibonite et la chaïne des Matheux au Sud de la fortification
• Relevé du fort de la Crête-à-Pierrot et de ses environs immédiats
• Croix voué au loa vodou Baron-Samedi, Maître des Carrefours
• Embrasures à canon du front nord
de la fonte. L’un deux, placé à une embrasure
de la courtine ouest sur un présentoir en béton,
constitue une curiosité. Il a été fabriqué en 1801
à la célèbre fonderie royale d’artillerie de Nevers
(France), comme l’indique l’inscription qu’il porte
sur sa plate-bande (« NEVERS • AN X »). Sur sa
volée, sont gravés en lettres majuscules «RF» (République française) et une ancre de navire. Il est
probable de cette pièce ait participé à la bataille.
La muraille fermant l’enceinte du fort est de
bonne maçonnerie de moellons liés au mortier de
la maçonnerie de ciment. Actuellement, le liant de
chaux de la courtine nord et du bastion placée à
l’angle nord-est souffre de désagrégation avancée.
Le fait est du à l’absence d’enduis protecteur ce
qui facilite les infiltrations d’eaux de pluie.
Le monument historique est entretenu tant bien
que mal par les riverains qui s’en occupent avec
grands soins en dépit de moyens très limités. Cet
entretien redouble à l’approche de du 24 mars.
Cela n’empêche cependant pas que des graffiti
sont apposés sur les murs d’enceinte.
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011
Photo : ISPAN • 2011
• Porte d’entrée de la résidence Dougé à Jacmel
Fort de la Crête à Pierrot
Coordonnées géospatiales :
Altitude : 107 m
Longitude : 19° 07’ 04,34’’ N
Latitude : 72° 28’ 27,08’’ O
Réf. : Googleart, 2011
Louis-Daure Lamartinière
Louis-Daure Lamartinière est né à Léogane. Il fait partie
des officier Fait partie des officiers sudistes qui rallient
Toussaint-Louverture après la Guerre du Sud. Colonel
au moment du débarquement des troupes de Leclerc à
Port-au-Prince, il commande un bataillon sous les ordres
de Dessalines à la bataille de la Crête-à-Pierrot. Avec sa
garnison et sa compagne, Marie-Jeanne, il se fraie un chemin au travers les troupes françaises après un mois de
siège et trois assauts. Ayant fait sa soumission à Leclerc, il
a la été assassiné en novembre 1802 en poursuivant des
insurgés dans les Matheux, au lieu-dit Cortade (Kòtad).
Dictionnaire de la Révolution et de l’Indépendance,
Michèle Oriol
Photo : ISPAN • 2011
Photo : ISPAN • 2011
y est appliqué à l’approche du 24 mars, anniversaire de la bataille que célèbre fidèlement, chaque
année, les Rivartibonitiens. On accède à l’esplanade
du fort par un portail simple situé dans l’axe de la
courtine ouest. Une vaste place d’armes s’étale où
ont poussé des arbres dispensant généreusement
de l’ombre aux promeneurs venus profiter de la
brise fraîche qui sans cesse balaye le fort.
Une poudrière en maçonnerie de moellons et de
briques est placée sur la cour. Son accès est interdit par une porte soigneusement fermée. Elle
refermerait des objets sacrés du culte vodou. En
effet, le fort de la Crête-à-Pierrot est également
un lieu du culte vodou comme en témoigne l’immense croix peinte en blanc, érigée sur la cour, les
deux tombes et les restes d’offrandes aux loas qui
s’alignent à ses pieds.
La poudrière restaurée en 1932 est relativement
en bon état de conservation. Ses aérations, à l’origine en barbacane, ont été remodelé en de simples ouvertures laissant filtrer le jour à l’intérieur
de la bâtisse. Une porte construite récemment en
barre l’unique accès.
Document : ISPAN
Photo : ISPAN • 2011
chaux. Les angles saillants des bastions sont renforcés de briques incurvées. Ces bastions auraient
été ajoutés, selon S. Rouzier, par Henry Christophe et ne seraient pas contemporain à la bataille.
Le fort en ruine fut partiellement réparé en1932
lors des travaux de restauration du Palais de la
Belle-Rivière et fut ainsi sauvé d’une disparition
probable. Une partie des murailles, particulièrement aux flancs est et sud, furent reprises avec de
La Crête-à-Pierrot à la fin du XIXème siècle
Sémexant Rouzier, en 1891, dans le premier tome
de son « Dictionnaire géographique et administratif universel d’Haïti », donnait du fort de la Crête
à Pierrot la description suivante :”Les fosses entourent toujours le fort, et, sauf les éboulements survenus en quelques places, ils sont tels qu’autrefois.
Le mur en bois d’épines existe encore, mais à demi
brûlé par le soleil et rongé par la pluie et les insectes. Les côtés bastionnés en belles et bonnes pierres
qu’on y voit sont postérieurs à l’événement. C’est
Christophe qui les y fit mettre. A l’entrée s’élève un
petit ajoupa servant d’abri aux soldats du poste de
garde du fort. Un vieux canon rouillé, quelques
piles de boulets et d’obus, inoffensifs désormais,
étalent sur le gazon leurs pyramides de parade. La
poudrière est la seule bien conservée des anciennes
constructions. Deux citernes jumelles et contigües,
dont l’intérieur est intact, ouvrent leurs flancs aux
eaux du ciel et servent de refuge aux lézards gris
ou couleur émeraude des environs. Le seul témoin
encore animé de la grande époque est un vieil arbre invalide centenaire, dont le branchage mutilé
raconte les prouesses de 1802. Il semble être place
là comme une sentinelle vigilante et fidèle, réservant à la garde d’un lieu sacré les restes d’une sève
qui s’épuise, ou bien encore comme un gardien mélancolique accomplissant chaque année une pieuse
tâche : celle de répandre son feuillage sur les tertres
qui l’entourent, dernier hommage rendu aux cendres de ceux qui, frappés à mort, tombèrent sous
son ombre.”
...
«Quant au général Leclerc, pour rendre hommage à la mémoire des Français morts à l’armée
de Saint-Domingue, il changea le nom du fort de
la Crête-à-Pierrot en celui de fort Hardy, du nom
d’un des généraux les plus distingués de son expédition.»
• Le canon en fonte à Nevers (France) et en médaillon la plate-bande portant l’instription “NEVERS • AN X”
Ce article a été publié grâce à la précieuse collaboration de l’historien haïtien Pierre Buteau, passionné
de la bataille de la Crête-à-Pierrot. Les informations
sur ce haut fait d’armes ont été puisées de la brillante
conférence qu’il prononca lors du festival littéraire SOS
Patrimoine qui s’est tenu à la rotonde du Palais aux
365 Portes de la Petie-Rivière de l’Artibonite le 24
mars 2008. La rédaction du BI le remercie.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 •
• Travaux de sauvetage par les techniciens du CSBC
personnel et d’équipements appropriés : le Centre
de Sauvetage de Biens Culturels (CSBC). Le Centre dispose de six suites de 150 m2 abritant laboratoires de traitement d’œuvres (papier, peinture,
objets 3D et médias), des espaces d’entreposage et
de bureaux, d’une cour d’une superficie d’environ
500 m2, pouvant recevoir une dizaine de containers de 20 pieds et des espaces de parking. Autant
d’atouts permettant au projet d’intervenir sur des
centaines d’œuvres en même temps. Placé sous la
direction de l’Architecte et Conservateur d’Edifices
Historiques et de Sites Archéologiques, Olsen Jean
Julien, le Centre travaille avec des institutions détentrices de collections et n’effectue aucune intervention sans l’autorisation des propriétaires ou gérants
Photo : CSBC • 2010
Photo : CSBC • 2010
Le Projet de Sauvetage du Patrimoine Culturel
Haïtien (PSPCH) a été lancé le 5 mai 2010 par la
Smithsonian Institution de concert avec le Gouvernement Haïtien. Visant à récupérer, sauvegarder et
restaurer des éléments du patrimoine culturel haïtien endommagés et mis en péril par les effets du
séisme du 12 janvier 2010, ce projet se propose de
conduire trois séries d’actions : sauvetage, conservation et formation. Pour atteindre son objectif, la
Smithsonian s’allie à des institutions culturelles américaines, internationales et haïtiennes, publiques et
privées, spécialisées en conservation ou en formation.
Dans cette perspective, il a été mis en place, au début du mois de juin 2010, une structure dotée d’un
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011
des collections. Ainsi, il établit tout un protocole
d’intervention incluant des formes de permission
communiquées aux concernés pour information et
signature le cas échéant.
Avec ce centre opérationnel, le CSBC a défini, avec
l’aide des techniciens et responsables des institutions concernées, une vingtaine de projets spéciaux
de sauvetage. Parmi ces projets spéciaux quatre
sont en cours d’implémentation.
La fresque de la Sainte-Trinité
Le projet spécial de sauvetage des murales de la
Cathédrale de la Sainte-Trinité. Après l’évaluation
des dégâts (études de conservation et de structure ), le Centre a sécurisé le site, récupéré les fragments des murales détruites et stabilisé les murales
• Empaquettage et mise en boite d’oeuvres sur papier
restantes au moyen d’échafaudages devant faciliter
la restauration. Des fragments ont été analysés au
cours du mois de novembre en vue de préparer la
phase de restauration. Depuis le 10 janvier 2011,
une équipe composée d’assistants (plasticiens et
de techniciens de structure) travaille sur les murales restantes, sous la direction des conservatrices
Rosa Lowinger et Viviana Dominguez. Le 12 mars
2011, un premier compte rendu des travaux a été
présenté à la presse, en présence des Ministres du
Tourisme et de la Culture, M. Delatour et Mme Lassègue, de Monseigneur Zaché Duracin de l’Église
Episcopale d’Haïti et du Dr. Richard Kurin, sous-secrétaire du Smithsonian Institute.
Au cours du mois d’août, le Centre de Sauvetage
a récupéré deux containers de 45 pieds où étaient
déposées les œuvres récupérées du bâtiment
détruit par le séisme qui logeait le Centre d’Art.
haïtien Et les 6 et 7 septembre 2010, le CSBC a
opéré le sauvetage de tableaux, de sculptures en
métal découpé, de documents sous ces décombres
avec le support logistique d’une équipe d’ingénieurs
militaires japonais de la Mission des Nations Unies
en Haïti, la MINUSTAH.
La collection du Centre d’Art
Depuis septembre 2010, plus de 5 000 œuvres
ainsi récupérées sont en traitement au centre de
sauvetage, grâce au travail d’une équipe dynamique
et formée à cette fin huit professionnels à temps
plein, sous la direction de la muséologue Marie-Lucie Vendryes. Les deux containers sont complètement libérés en décembre dernier et les œuvres
sont triées, nettoyées, documentées et rangées. Les
tableaux endommagés sont mis en quarantaine, en
attendant les travaux de restauration proprement
dits. Le 15 mars 2011, l’équipe a bouclé le sauvetage des tableaux et des œuvres sur papier.
Actuellement, après la priorisation des pièces les
Photo : CSBC • 2010
La collection du Musée National
Le projet spécial du Musée du Panthéon National d’Haïti (MUPANAH). Lancé au cours du mois
de février, ce projet spécial consiste à récupérer
les œuvres d’art endommagées de la collection
du musée pour les restaurer au CSBC, améliorer
les conditions de conservation des collections du
MUPANAH en réaménageant les espaces de ré-
• Entreposage de l’Acte de l’Indépendance du Parlement récupéré
par les techniciens de l’ISPAN
Photo : ISPAN • 2011
• Entreposage d’oeuvre d’art dans des containeurs
serve pour accueillir 500 tableaux et une centaine
de sculptures, mais aussi de réviser la politique de
gestion des collections à travers l’élaboration d’un
guide de conservation préventive et un plan d’urgence.
A présent, le Centre agit sur les deux fronts : d’un
côté, il récupère les œuvres endommagées (buste
de Pétion, la « Statue de l’esclave » et des tableaux
dont un signé par le peintre Max Pinchinat, etc.), de
l’autre il finalise la planification pour le réaménagement des réserves.
Photo : CSBC • 2010
Photo : ISPAN • 2010
Sauvetage d’oeuvres d’art,
dix mois plus tard, bilan du CSBC
plus importantes, le traitement des sculptures en fer
découpé s’effectue par une équipe composée de
plusieurs assistants et de deux conservatrices d’objets Stephanie Hornbeck et Anaïs Gailhbaud. Plusieurs dizaine d’œuvres (tableaux et art sur papier)
sévèrement endommagées sont en restauration
par les soins respectifs des conservateurs Kristin
Gísladottir (peinture) et Bernard Colla (œuvre sur
papier). Entre temps, le nettoyage des documents
administratifs se poursuit sous la supervision du
conservateur de papier B. Colla. L’étude architecturale des nouvelles réserves du Centre d’Art achevée, il reste maintenant à en organiser l’exécution
sur le site même de ladite institution.
Sauvetage des oeuvres d’art publics
Ce troisième projet spécial est lancé dès la fin du
mois de janvier dans le but de récupérer des éléments architecturaux et des sculptures, provenant
de places ou de bâtiments publics, sauvés par l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN)
à des fins de restauration. Parmi les œuvres concernées citons : les bas reliefs du Sculpteur cubain
Drabanet et une reproduction sculpturale de l’Acte
de l’indépendance récupérés des ruines du Palais
Législatif, des bustes et des plaques métalliques
sauvés du Palais National, la statue “Adam et Eve
s’enfuyant du Paradis” de la Place d’Italie au front
de mer, la murale de l’artiste haïtien Jean Claude
Garoute (Tiga), la statue de la Paix à la Place Geffrard, le Monument à l’Empereur du Pont-Rouge,
etc. D’autres opérations de ce type sont menées en
province, particulièrement à Jacmel et à Léogâne.
Les activités suivantes sont en cours de réalisation
: Récupération et transport des éléments identifiés
par l’ISPAN, acquisition, aménagement et conditionnement de containers en vue de l’entreposage des
objets récupérés selon les standards admis dans la
conservation des biens culturels, construction de
caisse en bois ou en métal et acquisition du matériel d’emballage approprié pour l’entreposage des
objets dans des conditions sécuritaires, nettoyage
et catalogage desdits éléments suivant le système
établi par le CSBC.
• La muséologue Marie-Lucie Vendryes effectuant les premiers nettoyages de documents sortis des décombres du Centre d’Art haïtien
BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 •
Photo : CSBC • 2010
Photo : CSBC • 2010
• Travaux de restauration d’une peinture de Bernard Séjourné au CSBC
• Travaux pratiques de stagiaires au CSBC
10 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 (Photographies prises un an avant le séisme du 12 janvier 2010)
Photo : CSBC • 2010
• Opération de mesurage et de prélèvement d’échantillon sur la fresque de l’église Sainte-Trinité
• Dépose d’un médaillon de lustre au Palais National par les techniciens de l’ISPAN
Photo : ISPAN • 2011
Treize autres projets définis, dont trois en faveur
d’institutions du Ministère de la Culture et de la
Communication, attendent d’être lancés et mis en
œuvre. A ce titre, des projets spéciaux sont définis
pour la Bibliothèque Nationale, les Archives Nationales, la Collection de Georges Corvington et la
collection d’objets vaudou de la Fondation pour la
Préservation, la Valorisation et la Production d’œuvres Culturelles Haïtiennes. D’autres projets spéciaux sont en cours de finalisation pour exécution
prochaine.
Traitement de conservation
Dans le cadre du projet, plus de cinquante conservateurs professionnels, provenant du Canada et des
Etats-Unis, ont réalisé des traitements de conservation sur des tableaux, des sculptures et des objets
archéologiques, des œuvres sur papier et des documents. Jusque là, la plupart de ces conservateurs
intervenaient dans le projet comme bénévoles.
En vue de systématiser les traitements, le Centre
a recruté trois conservateurs à plein temps, pour
une période six mois : Kristin Gísladottir (peinture),
Anaïs Gailhbaud (sculpture & objet 3D) et Bernard
Colla (œuvre sur papier et document). Ils sont assistés de techniciens haïtiens qui sont des plasticiens
ou chimistes de formation.
Suite à la mise en place du protocole de traitement
d’œuvres d’art (registrariat, formulaire d’entrée et
de sortie, modèles de rapport de traitement, formulaire de permission), les conservateurs ont procédé au traitement de conservation de la collection
du Centre d’Art. Dès le mois d’août 2010, les opérations de triage, de nettoyage, de documentation
et de rangement de 4 062 tableaux sur canevas ou
hard-board et 340 sculptures ont débuté. Ils s’achèveront au courrant du mois de mars. 165 tableaux
et œuvres sur papier ont été mis en quarantaine et
en traitement contre la moisissure. Près d’une cinquantaine de tableaux de la collection permanente
font l’objet d’une démarche de priorisation en vue
de leur restauration.
Le centre a également remis à leur propriétaire des
d’œuvres restaurées appartenant à la collection de
la Fondation Françoise Canez Auguste Ainsi quatre
objets précolombiens taïno et un document sur
l’état de service militaire d’Alexandre Pétion, restaurés ont été restitué officiellement aux représentants de la Fondation, le 16 octobre 2010.
Sauvetage de sons et d’images
Le CSBC a également lancé des travaux de conservation des collections de sons et d’images. Dans le
cadre de la mise en place de son laboratoire de
conservation d’œuvres et de documents sur support audiovisuel, le centre a organisé du 24 au 28
janvier 2011, la mission de l’ingénieur Pete Reiniger,
superviseur de production sonore au Smithsonian
Folkways Recordings.
Au cours de sa mission, Pete Reiniger a rencontré
une dizaine de personnalités et professionnels du
secteur et visité des collections de sons et d’images d’un échantillon de six stations de radio et de
télévision.
En fin de mission, M. Reiniger a présenté ses premières observations et recommandations qui ont
été chaleureusement discutées par les participants,
représentants de médias et collectionneurs privés).
Le centre dispose actuellement du rapport de Reiniger pour le suivi. Des démarches sont maintenant
entreprises en vue de la mise en œuvre des recommandations du rapport.
Formation en conservation de biens
culturels
Le CSBC a défini un programme-cadre de formation prévoyant plusieurs sessions. Une session de
type général portant sur la gestion des collections,
des sessions spécialisées sur la stabilisation et la
restauration d’œuvres d’art et des conférences
d’information et de sensibilisation. La formation se
réalise avec la collaboration d’institutions spécialisées, notamment l’ICCROM et l’Institut Canadien
de Conservation (ICC). En matière de formation,
plusieurs activités ont été menées successivement.
Un atelier de formation en restauration de peinture, du 19 au 21 juillet 2010, a été réalisé à l’intention
de sept professionnels haïtiens issus de trois institutions culturelles du pays : le Musée d’Art Haïtien,
les Atelier Jérôme et la Galerie Nader. Cet atelier
de quatre jours a été animé par la conservatrice
de peinture Viviana Dominguez. Les participants y
ont été initiés aux concepts, techniques et principes
de base en conservation de peintures sur canevas
et hard-board.
Puis le centre a organisé une session de formation
« Aide d’urgence pour le Patrimoine Culturel Haïtien. Former pour Conserver », du 23 août au 10
septembre 2010, avec le concours de l’ICCROM,
de l’institut Central de Conservation de Belgrade
et l’Institut Canadien de Conservation, le Centre de
Sauvetage a réalisé cette session de formation en
gestion de collection. A travers trois études de cas,
vingt-quatre professionnels haïtiens, provenant de
quatorze institutions culturelles d’Haïti, ont été introduits à la connaissance matérielle des collections
et des dangers les menaçant, à l’évaluation de leurs
conditions de conservation et de prise de décision
en matière de conservation. Au terme de la session,
les vingt-quatre certifiés ont produit quatorze plans
de gestion et de conservation en faveur des collections de leur institution.
Les 14 et 15 décembre 2010, le centre a accueilli
un atelier de conservation de sculpture en fer découpé, animé par trois conservateurs américains,
M. Paul Jett, Mme Jane Norman et Mme Stephanie
Hornbeck. Cet atelier, destiné à un groupe de neuf
participants, chimistes et plasticiens, dont sept néophytes a enseigné les concepts, les techniques et les
méthodes de base en conservation de sculpture
en fer découpé, à travers des exposés abondamment illustrés, des discussions et des exercices pratiques. Près de la moitié de ces participants sont
depuis janvier 2011 impliquées, à titre d’assistants,
dans des activités de sauvetage et de conservation
au Centre.
Enfin, un atelier de conservation d’œuvres d’art sur
papier et de photographies s’est déroulé du 7 au
9 février 2011et fut destiné à un groupe de seize
participants et animé par deux conservatrices Emily
Klayman Jacobson et Rosemary Fallon. Cet atelier
s’est concentré sur les concepts, les techniques et
les principes de base en conservation d’œuvres
sur papier et de photographies. Les instructrices
ont combiné exposés, échanges de point de vue
et des travaux pratiques en vue de permettre aux
participants, déjà initiés à la conservation, pour la
plupart, de reconnaitre les matériaux des œuvres
concernées, les différents types de dangers qu’elles encourent et d’apprendre à pratiquer les divers
soins qui leur sont appliqués. En cette occasion, l’attention, les yeux et les mains des participants ont
été constamment sollicités.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011 • 11
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
CIAT et sécurisation foncière
Dans le cadre d’un protocole d’accord et d’une
convention de subvention signés le 3 novembre
2010, entre les autorités françaises et le Comité
Interministériel pour l’Aménagement du Territoire
(CIAT) sur le thème «Cadastre et sécurisation foncière», un comité technique de pilotage a été mis
en place en vue d’accompagner la mise en œuvre de cette convention. Ce comité technique de
pilotage est formée des institutions et organismes
suivants : Le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère des Travaux Publics, Transports et
Communication, Office National du Cadastre, l’Institut National de la Réforme Agraire, l’association
Dwa pou Tout Moun, le Syndicat de l’Association
des Notaires de Port-au-Prince, le Centre National
d’Information Géo-Spatiale et l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National. Ce comité a tenu
sa première réunion au siège central du CIAT, le
28 janvier 2011.
Cette convention de subvention, passée entre
l’Ambassade de France, représenté par M. Alain
Sauval, conseiller et chef de la Coopération et
d’Actions Culturelles et le Secrétaire exécutif du
CIAT, M. Gérald Jean-Baptiste, a pour objet de financer entre autre l’élaboration progressive d’un
précadastre sur cinq zones pilotes en association
avec la sécurisation foncière en zone rurale et périurbaine.
Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers (PNH-CSSR), aire protégée de 25 km2,
situé dans le Nord d’Haïti, constitue l’une de ces
cinq zones, retenue par la convention et définie
en tant que « Zone d’intérêt spécial en voie d’ur-
Photos : ISPAN • 2011
• Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers
banisation et rurale ». Le PNH-CSSR, toujours
selon la convention, présente plusieurs intérêts
pour constituer une zone test. En premier lieu, le
PNH-CSSR est classé au Patrimoine Mondial de
l’UNESCO depuis 1982 et a fait l’objet d’un arrêté
de délimitation le 21 juillet 2010. Le classement
au Patrimoine Mondial implique des droits et des
obligations, parmi ces dernières, celle d’établir une
cartographie précise et de construire un cadastre.
Par ailleurs, l’intérêt de cette zone permet de travailler sur des secteurs en voie d’urbanisation dans
le Nord (Milot), caractérisé par l’existence de systèmes agraires humides.
L’application de cette convention constituera une
avancée particulièrement importante dans les
efforts de sauvegarde et de mise en valeur visant à garantir la protection des critères qui ont
permis le classement au Patrimoine Mondial de
l’UNESCO de ce bien culturel à valeur universelle
exceptionnelle qu’est le PNH-CSSR et ses monument historiques
• Planches de l’exposition “Jacmel... un autre regard”
• La rue du Commerce et l’exposition
12 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 22 • 1er mars 2011
Cette convention de subvention a été établie pour
un montant de un million d’Euros
Expo Jacmel 2011
À l’occasion du weekend du Carnaval national à
Jacmel l’Agence espagnole pour le développement
international (AECID), la Mairie de Jacmel et l’ISPAN ont organisé une exposition intitulée « Jacmel,
un autre regard », sur la richesse architecturale des
bâtiments du centre historique de la ville de Jacmel. Afin de toucher un maximum de gens et de
sensibiliser le plus de monde possible, aux valeurs
esthétiques de la ville, cette exposition a été réalisée en plein air, sur la rue du Commerce. L’exposition a été élaborée à partir de clichés réalisés lors
d’une campagne photographique effectuée par
l’ISPAN trois mois avant le tremblement de terre
du 12 janvier 2010 dans le but d’une publication.
Elle vise à attirer l’attention des jacméliens, mais
aussi des visiteurs, sur l’originalité de l’architecture
de la ville et faire voir certains aspects cachés ou
qui passent souvent inaperçus. En guise de complément d’informations, le BULLETIN de l’ISPAN No
23, consacré aux perspectives de préservation du
centre historique, a été imprimé en grand format
et intégré à l’exposition.
Une initiative similaire avait déjà été entreprise par
l’ISPAN en 2009 dans les ruines de la Vielle Prison
de Jacmel. La réédition de cette activité, cette année, s’inscrit désormais, nous l’espérons, dans la tradition des activités culturelles qui se tienne chaque
année à Jacmel à l’occasion du Carnaval.
Journée à La Vilette
Le samedi 19 février dernier, s’est tenue à la salle
Boris Vian, Parc de la Vilette à Paris, une rencontre
autour des initiatives jugées innovantes en Haïti.
Cet événement a été co-organisé par Mme Régine Estimé de l’ambassade d’Haïti en France et
par diverses organisations franco-haïtiennes. Dans
la délégation venant d’Haïti et composée de huit
représentants de diverses institutions haïtiennes
particulièrement des secteurs clés comme la culture, l’éducation, l’agriculture et l’environnement, on
pouvait compter O. Jean-Julien, directeur du Centre
de Sauvetage des Biens Culturels, D. Elie, Directeur
général de l’ISPAN, C. Perodin Armenta, Directrice
de la Fondation Culture-Création, E. Duval-Carrié,
artiste plasticien, R. Moïse, Directrice de Veterimed,
J. F. Perrin, président exécutif du Collectif de Développement de Camp-Perrin (Sud), M. Simon, président de l’association Fondation Verte, et G. Pierre,
coordonnateur du Groupe Médialternatif.
Il s’agissait selon les organisateurs, de présenter
au public français certains projets méconnus du
grand public, mais importants dans le cadre du
développement d’Haïti, l’objectif étant de faciliter
le dialogue avec les institutions internationales, de
développer la mise en réseau et d’articuler plus
efficacement les relations entre les Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur.
À cette occasion, le DG de l’ISPAN, présenta un
compte-rendu de la participation de l’ISPAN au
projet de réhabilitation du centre historique de
Port-au-Prince, sévèrement endommagé par le
séisme du 12 janvier 2010 (Voir BI-17, 1er octobre
2010 et le BI-21, 1er février 2011).