(2011-02) Bulletin de l'ISPAN, No 21 : Centre historique de Jacmel, mise en place de sauvegarde
Resume — Les mesures de sauvegarde à Jacmel replacées dans les travaux d'urbanisme déjà réalisés : l'étude du schéma directeur de la ville menée dans le cadre du projet Appui aux Municipalités par la firme d'architecture et d'urbanisme Benjamin-Jadotte et financée par le PNUD, et une identification des bâtiments à haute valeur culturelle du centre historique.
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Les mesures de sauvegarde à Jacmel replacées dans les travaux d'urbanisme déjà réalisés : l'étude du schéma directeur de la ville menée dans le cadre du projet Appui aux Municipalités par la firme d'architecture et d'urbanisme Benjamin-Jadotte et financée par le PNUD, et une identification des bâtiments à haute valeur culturelle du centre historique. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
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Texte extrait du document original pour l'indexation.
Photo : ICOMOS-US • 2010
numéro 21, 1er février 2011
BULLETIN DE L’ISPAN
• Vue aérienne du centre historique de Jacmel
Centre historique de Jacmel,
mise en place de sauvegarde
Photo : ISPAN • 2010
Depuis la fin des années 70, l’architecture et l’histoire de la ville de Jacmel, chef-lieu du Sud-Est
d’Haïti, n’ont cessé de susciter, un intérêt particulier. Découverte par les touristes vers la fin de la
décennie 1970, Jacmel ne tarda pas à attirer l’attention des architectes-restaurateurs, sociologues
et urbanistes. Déjà à cette époque, des étudiants
de l’école d’Architecture de la Faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti dans le cadre de
leurs travaux de fin d’étude se sont penchés sur le
cas de Jacmel et ont tenté d’esquisser des pistes
de solutions pour sa protection et sa réhabilitation.
Une première identification des biens culturels immobiliers du centre historique - réalisés par les
techniciens du projet d’inventaire des ressources
touristiques de l’Office National du Tourisme et
des Relations Publiques (ONTRP) en 1980 - lança
le coup d’envoi d’une longue suite d’études et de
recherches sur l’architecture et l’urbanisme de la
ville de Jacmel, que réalisèrent divers organismes
et institutions. On peut citer parmis les plus remarquables : une Étude du Schéma Directeur de
la ville réalisé dans le cadre du projet Appui aux
Municipalités par la firme d’architecture et d’urba-
BULLETIN DE L’ISPAN, No 21, 12 pages
nisme Benjamin-Jadotte et financée par le PNUD
ou une identification des bâtiments à haute valeur
culturelle du centre historique de la ville de Jacmel
réalisée en guise de pré-inventaire, par l’ISPAN en
1992, dans le cadre de sa mission. Peu après, le
Projet du Ministère de la Culture «Route-2004»
entreprit des travaux visant une délimitation opérationnelle du Centre Historique de Jacmel et
l’établissement des recommandations en vue de la
sauvegarde de ce centre historique. Ce programme a donné lieu à des études et analyses parmi lesquels se détachent : les Paramètres Urbains pour
un Schéma Préservation, de l’architecte Didier
Dominique (1996) ; les Paramètres Sociologiques
pour un Schéma de Préservation, de la sociologue
Rachel Beauvoir-Dominique, réalisées la même
année. Le Projet «Route 2004» du Ministère de
la Culture apporta une importante contribution à
la connaissance concrète de la ville en effectuant
Sommaire
• Le centre historique de Jacmel,
stratégie de sauvegarde
• Jacmel, extérieurs et intérieurs
• Chroniques des monuments et sites
• Un des pavillons du Marché-en-Fer de Jacmel
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011 •
Documents : MCC • 2004
Document : PLU-Jacmel/DOPA • 2008
Documents : MT • 2007
• Relevé de la façade principale de la Douane de Jacmel
• Plan Local d’Urbanisme de Jacmel (2008)
Coopération Développement (IRCOD-Alsace) et
la Municiplalité de Jacmel, financées par la Mairie
de Strasbourg (France). Le Plan local d’Urbanisme
de Jacmel (PLU-Jacmel), approuvé par la Municipalité, peut être considéré comme la toute première
approche globale qui propose une stratégie de
développement durable s’appuyant sur trois axes
clairement définis qui sont : la maîtrise de l’eau en
provenance des bassins versants, la compétitivité
et le développement solidaire, la coordination des
actions au niveau départemental et au niveau de
la ville, en créant une véritable synergie entre les
différents projets gouvernementaux. Parmi les recommandations les plus importantes, le PLU de
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011
• Maisons restaurées de Jacmel
Jacmel propose une route de contournement
évitant la ville pour diminuer du même coup la
pression de la circulation automobile sur le centre
historique. Enfin, le Ministère du Tourisme, a également apporté un important élément de plus à
dans cette longue liste d’études en versant au dossier à travers le Plan Directeur du Tourisme (PDT)
diverses propositions d’aménagement du Centre
Historique de Jacmel, étayées par de sérieuses
études et enquêtes. Le PDT consacre, en outre,
Jacmel comme un des pôles du développement
du tourisme au niveau national.
Document : Mairie de Jacmel - IRCOD • 2010
Document : ISPAN • 2008
• Carte des zones inondables de Jacmel
Si, depuis la fin des années 1980, on a assisté à une
certaine reprise des activités économiques dans la
région de Jacmel, particulièrement liées aux secteur des services et du tourisme local, et dues, sans
doute, à la construction de la nouvelle Route de
l’Amitié en 1976 et reliant la RN 002 à Jacmel,
ce nouveau dynamisme, non contrôlé, se traduisit
rapidement en de sérieuses menaces pour la sauvegarde du centre historique.
En dépit de toutes les études et réflexions réalisées
sur la ville de Jacmel, aucun véritable programme
concret de protection du centre historique de la
ville n’a pu prendre naissance. Mis à part quelques
restaurations dues à des initiatives particulières, le
centre historique continue à subir une constante
et rapide dégradation favorisée par de nombreux
facteurs dont les plus importants sont la sous occupation ou l’abandon de nombreux bâtiments
anciens, les constructions agressives et atypiques,
dues par l’absence de normes d’intervention et de
construction, de plans et de mesures de protection.
La détérioration grandissante du centre historique
se retrouve aggravée par la faiblesse et le manque
d’entretien du système de drainage qui provoque
des inondations de plus en plus fréquentes et destructrices, particulièrement dans la basse-ville.
Ces études et investigations sur le centre historique ont toutefois donné l’occasion de formuler
une réflexion cohérente et compiler une assez
abondante documentation sur le centre historique
de Jacmel qui déboucha sur un argumentaire solide qui permit son inscription sur la liste indicative
du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2004.
Pour figurer sur cette liste d’attente préfigurant
l’inscription sur la liste définitive, il a fallu démontrer que le centre historique de Jacmel répond
positivement à deux critères établis par le Centre
du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Le premier
porte sur ses caractéristiques physiques, témoignant « d’un échange d’influences considérable
pendant une période donnée » et la seconde stipule que le bien culturel en question doit « offrir
un exemple éminent d’un type de construction ou
d’ensemble architectural … illustrant une ou des
périodes significative(s) de l’histoire humaine ».
• Intensité des dommages causés par le séisme à Jacmel
Si le bourg de Jacmel a été fondé à l’embouchure
d’un faisceau de cours d’eau par des marginaux
français sur le site d’un ancien établissement taino
au début du XVIIIème siècle et a finalement été
nommé ville coloniale par décision de la métropole en 1720, elle ne vécut que modestement
jusqu’à l’introduction du café dans cette partie de
Saint-Domingue vers 1770. Adossé aux puissants
contreforts du massif de la Selle, propices à la
culture de cette denrée, Jacmel se distingua par un
BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011 •
• La rue du Commerce à Jacmel
Document : MCC • 2004
• Système de paysage du centre historique de Jacmel (C. Corragio, 2008)
de nombreux relevés architecturaux de bâtiments
anciens. Plus récemment, en 2007, des études minutieuses, sur les formes urbaines et les éléments
architecturaux de la ville, furent réalisées par l’architecte italienne Cecilia Corragio. Deux importantes études ont articulé, sur des bases concrètes
et sur une méthodologie rigoureuse, l’avenir physique de la ville et de son centre historique. Il s’agit
du Plan Local d’Urbanisme de l’Unité Technique
d’Exécution (UTE) du Ministère de l’Économie
et des Finances et le Plan Directeur du Tourisme,
auquel il convient d’ajouter à ces efforts les études
menées conjointement par l’Institut Régional de
Photos : ISPAN • 2009, 2010
Document : MEF/UTE • 2007
• Enquête et proposition d’aménagement du Bord-de-Mer de Jacmel
• Plan de la ville de Jacmel levé
par Justin Bouzon, arpenteur-géomètre, en 1892
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011
çao, en bois de campêche ou de gaïac, auxquelles
s’ajoutèrent l’huile artisanale de palmachristi, les
peaux de chèvres, des cuirs de bœufs, du miel et
de la cire.
A partir du milieu du XIXème siècle, la bourgade
d’origine se transforma une véritable ville puis en
une capitale régionale. Jacmel se caractérisa dès
lors par «une abondante floraison de pierres et
de toitures rouge et verte» et devient de l’avis
d’un diplomate français de l’époque, «la ville la plus
florissante du pays».
Vers la fin du XIXème siècle on assiste à l’introduction de balcons, vérandas, escaliers métalliques
souvent richement ouvragés qui sont importés et
intégrés aux constructions. Ces détails ornementaux utilisés pour agrémenter les solides constructions en maçonnerie, bien adaptés aux conditions
climatiques locales, vont donner naissance à une
architecture d’une rare élégance. La maison-type
de Jacmel est conçue et aménagée principalement
autour de la pratique du commerce du café et
des autres denrées d’exportation. Ces édifices
répondent pour la plupart au même schéma de
fonctionnement, avec un rez-de-chaussée réservé
au commerce et un étage ou, plus rarement, deux,
servant de résidence du propriétaire. Un corridor
au rez-de-chaussée, dont l’entrée est souvent singularisée en façade par un appareillage de briques,
formant des détails architecturaux élaborés, donne
accès à une cour arrière ombragée, par laquelle
on peut accéder à l’étage sans passer par la partie
commerciale. Parfois pour y pratiquer une partie de la transformation des fèves de café pour
l’exportation, des glacis, surfaces planes exposées
plein soleil pour le séchage, y sont aménagés.
Le terrible incendie de 1896 qui détruisit une bonne partie de la ville, particulièrement les constructions en bois, va encourager, lors de la reconstruction, le choix de la maçonnerie de moellon et des
structures métalliques. La pratique de commander
des maisons préfabriquées sur mesure dans des
usines européennes se répand. C’est de cette
époque également que date l’utilisation des solides portes métalliques à l’épreuve du feu, - les fireproof - qui sont doublées à l’intérieur de portes à
persiennes en bois permettant la circulation d’air
tout en préservant l’intimité.
L’essentiel du patrimoine architectural et urbain de
ce centre historique se structure au cours de cette
période s’étalant sur un peu plus d’un demi siècle.
Ce laps de temps produisit une ville à forte unité
et une grande cohérence architecturale : “Toute
la ville de Jacmel est ainsi constituée de zones qui,
en maintenant leurs caractéristiques propres, sont
soudées par un lien spatial subtil et intrinsèque”
qui lui confère à la fois une expression humaine et
“une sensation de sérénité et d’équilibre” (: Jacmel
Temptative List, UNESCO, 2004).
Vers les années 1930, la centralisation vers Portau-Prince, la capitale, qui débute avec l’Occupation américaine d’Haïti (1915-1934) marque le
début du déclin de cette région autonome et de
son chef-lieu. La fermeture pure et simple de son
port et le drainage obligé de sa production agricole vers Port-au-Prince vide la ville de son sens.
La bourgeoisie jacmélienne, privée d’alternatives,
migra vers la capitale, laissant dernière elle une
Photographies tirées du Livre Bleu d’Haïti (1919)
• 1. La rue Issac-Pardo
• 2. La maison Vital
• 3. Les ouvrières, trieuses de café, de la maison Vital
• 4 La résidence Craft
ville éteinte, sans grande activité économique et
un important patrimoine à l’abandon.
Jacmel porte encore aujourd’hui les stigmates de
cette brusque rupture …
Patrimoine et développement
Le centre historique de Jacmel est relativement
bien documenté. Tant d’études et de recherches devaient mener, tôt ou tard, à une prise de
conscience de l’importance du centre historique
de Jacmel et de la nécessité de sa préservation
Collection : FIC
embarquer pour l’Europe. Cette richesse favorise
d’importants aménagements urbains et de nombreux travaux d’infrastructures sont réalisés. Elle
devint la première ville électrifiée du pays. Un réseau téléphonique fût installé qui compta bientôt
300 abonnés.
Pendant le XIXème siècle, jusqu’à son déclin, dans
les années 1930, de Jacmel partaient, sur des bateaux allemands, anglais, français et hollandais, en
plus de son fameux café, du cacao, du coton et du
safran. Les «cultures sauvages» y trouvèrent également leur part. Jacmel approvisionnait les marchés
internationaux en écorces d’oranges amères, qui
servaient à la fabrication du triple-sec et du cura-
• Photographie de l’incendie de 1896, prise de la rade
• La place d’Armes de Jacmel, aménagée en 1932
BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011 •
Photo : MTPTC • 1932
grâce au café, dont la demande devenait de plus
en plus importante sur les marchés internationaux.
Elle connut alors un véritable essor. Son port, unique accès en Haïti par la côte sud au commerce
national et international, attira un flot considérable de capitaux et parvint rapidement à canaliser
20% des exportations nationales de café. Entrepreneurs et investisseurs étrangers sont attirés par
son succès. Pendant une trentaine d’années, de
1850 à 1880 environ, c’est le seul port d’Haïti à
être desservi par une ligne régulière de bateaux à
vapeur, les paquebots de la Malle Royale Anglaise.
Jacmel est de ce fait le passage obligé de toute la
correspondance et de tous les passagers devant
Document : Archives ISPAN
commerce prometteur et en pleine croissance à la
veille de la Révolution.
Cette période de troubles et de changements radicaux fut particulièrement néfaste pour la ville et
ses habitants. Retorde et se positionnant à l’encontre des irréversibles modifications en cours dans la
Colonie de Saint-Domingue qui devaient conduire
à la création de l’Etat d’Haïti, Jacmel, paya durement ses prises de position conservatrices. Durant
la période de 1791 à 1803, elle essuya de nombreux sièges et vécu des massacres horribles.
¡Ojalá que llueva café!
La ville ne devait se remettre de cette période
tumultueuse que vers le milieu du XIXème siècle,
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011
vation du patrimoine. Suivant le modèle des fameuses écoles-ateliers crées en Espagne en 1985,
alors que ce pays traversait une sévère crise de
chômage particulièrement chez les jeunes, les
Écoles-Ateliers se sont par la suite développées
dans quarante villes réparties dans dix-sept pays.
Ce sont des centres de formation dans lesquels
des jeunes en situation de vulnérabilité, âgés de 16
à 25 ans reçoivent une formation professionnelle
en alternance. Cette formation se déroule sur une
période de deux années, suivant un curriculum
intégrant 25 % de cours théorique et 75% de
pratique. Elle a pour but de fournir aux étudiants
toutes les compétences nécessaires pour être
opérationnels sur le marché du travail dans des
métiers allant de la maçonnerie à la plomberie en
passant par la ferronnerie, la menuiserie, l’électricité, le jardinage, la cuisine ou l’artisanat. Les cours
prévoient également une remise à niveau dans les
matières fondamentales telles les mathématiques
et les langues étrangères auxquelles s’ajoutent des
cours d’informatique. D’autres matières transversales sont également abordées comme l’Histoire
Photo : Jean-Paul Faubert • 2009
Photo : ISPAN • 2011
connaissance de la spécificité haïtienne. Inventorier
les biens culturels est une démarche récente. En
Haïti, elle est nouvelle. L’inventaire des monuments
historiques du sud-est et du centre historique de
Jacmel visera la mise en place d’une méthodologie générale d’inventaire et la création d’une base
de données sur le modèle de la base Mérimée,
utilisée en France, qui tiennent compte de la spécificité haïtienne.
Conduite par Mme Mireille AIN, sous la supervision de l’ISPAN, l’équipe chargée de réaliser l’inventaire sera composée d’ingénieurs, d’architectes,
d’étudiants en architecture , de topographes et de
documentalistes. Mme Ain est spécialiste de programmes d’inventaire et a participé à l’élaboration
• Les étudiants et professeurs posant devant l’École-Atelier
du système de recensement des biens culturels
actuellement utilisé en France.
Un manuel de référence pour l’inventaire scientifique sera élaboré à l’occasion de ce chantier et
sera appelé à être utilisé sur l’ensemble du territoire de la République d’Haïti. Il servira dans des
écoles du patrimoine à la formation des enquêteurs de terrain ainsi qu’aux gestionnaires de base
de données patrimoniales.
École-Atelier de Jacmel
Le projet ISPAN-MCC/AECID a mis en place au
mois de Novembre 2009, une unité de formation
connue sous le nom d’École-Atelier de Jacmel,
dont le sigle est AEJ, dans le but de former des
jeunes aux métiers du bâtiment, liés à la préser-
• La reine Sofia d’Espagne dévoilant la plaque
d’inauguration de l’École-Atelier de Jacmel, le 26 janvier 2009
de l’Art et de l’Architecture, le dessin technique
et la géométrie, etc. La formation met également
l’accent sur l’auto-emploi et la création de micro
entreprises et sur la prévention des risques au
travail.
Photo : AEJ • 2010
la restauration du centre historique et un appui à
la Mairie de Jacmel et à l’ISPAN pour la réalisation
de campagnes d’information et de sensibilisation
concernant le patrimoine. Profitant de cette opportunité, l’ISPAN en collaboration avec l’Agence
Espagnole de Coopération International pour le
Développement (AECID), a défini un programme
d’intervention sur le patrimoine architectural du
Sud-Est en général et du centre historique de Jacmel en particulier, qui s’articule autour de quatre
axes principaux qui sont l’inventaire, la promotion
et la sensibilisation, la formation et enfin les interventions exemplaires de restauration et de mise
en valeur.
Les monuments et ensembles historiques dégradés à cause de la perte de signification ou de
fonction, de la spéculation ou de l’effritement des
connaissances et du savoir-faire lié au bâti doivent
faire l’objet d’intervention de restauration et de
mise en valeur savante et respectueuse, dans le
cadre d’une dynamique culturelle et économique
garantissant une dynamisation du sentiment de
propriété collective tout en garantissant à leurs
habitants des conditions de vie meilleures et durables. Il a été depuis longtemps démontré que le
patrimoine ne peut être protégé durablement que
par ceux qui y vivent et qui en vivent.
Le potentiel économique et culturel dont le patrimoine est porteur ne fait plus aucun doute, il
s’agit simplement de le valoriser et d’organiser son
exploitation pour lui permettre de jouer un rôle
majeur dans un développement basé sur l’amélioration durable des conditions de vie de l’homme.
C’est dans cette optique que doivent être comprises les différentes actions entreprises ou programmées dans le cadre du projet MCC-ISPANAECID de Renforcement Institutionnel en Matière
de Culture et de Conservation du Patrimoine
te étape une fois achevée, l’inventaire scientifique
pourra débuter, afin de créer une base de données
par fiches d’enquêtes. En plus des informations telles le nom, la localisation, la période historique, la
fiche comporte aussi des informations historiques
et une description complète et détaillée qui s’accompagne de relevés architecturaux et de photographies. Chaque fiche sera liée à un rapport
d’architecte établissant les mesures conservatoires
à prendre ainsi que des recommandations sur le
type d’intervention de sauvegarde à adopter selon
le cas.
Pour le centre historique dans son ensemble, ces
fiches permettront de consigner toutes les informations recueillies pour chaque composante de
la ville : bâtiments, espaces publics, rues, mobilier
urbain etc. Une fois cette abondante documentation recueillie tant in situ qu’en archives, elle sera
numérisée permettant un accès facile.
Ce puissant outil entrera notamment dans la planification en permettant d’alimenter et d’en affiner le plan de sauvegarde du centre historique
en définissant les actions concrètes à mener et à
développer. L’inventaire permettra de répondre
aux interrogations telles : Quels éléments déposer
? Quels travaux de consolidation sont prioritaires
? Quels éléments restaurer ? Quels éléments reconstruire à l’identique ?
L’inventaire servira également aux professionnels
du tourisme qui pourront à partir des informations recueillies, proposer des visites guidées thématiques, du centre historique et de la région. Ce
fonds documentaire alimentera aussi le travail des
chercheurs ou conférenciers et sera un témoin
non négligeable de l’histoire et du rôle de la ville
et de la région dans l’évolution sociale ou économique du pays au fil du temps. Parallèlement des
étudiants enquêteurs seront formés aux méthodes d’enquêtes patrimoniales, à la photographie
documentaire, à la logique des bases de données
ainsi qu’aux notions complexes de typologies et
de thesaurus.
L’importance de cette expérience d’inventaire
scientifique est primordiale pour une meilleure
• Une étudiante en ébénisterie de l’Ecole-Atelier de Jacmel
• Porte d’entrée de la résidence Dougé à Jacmel
Photo : ISPAN • 2010
• La résidence Dougé, siège du bureau régional de l’ISPAN et de
l’Ecole-Atelier
pour le Développement (RIMCCPD), projet dirigé
conjointement par l’architecte équatorienne Carolina Paredes Sanchez et l’architecte Patrick Durandis, Directeur technique de l’ISPAN, mis en détachement à cet effet. Ce projet d’appui à l’ISPAN a
déjà permis la création de Bureau régional sud-est
de l’institut et l’ouverture d’une école-atelier pour
la formation d’ouvriers du bâtiment, spécialisés en
interventions sur les bâtiments anciens. Il projette
pour bientôt la restauration de la Vieille Prison de
Jacmel qui sera aménagé en un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (CIAP)
de la ville de Jacmel, l’inventaire, la documentation
et la promotion du patrimoine immobilier à haute
valeur culturelle du Sud-Est.
L’ISPAN au Sud-Est
Afin d’assurer une présence permanente dans le
département et de développer efficacement les
missions de l’ISPAN qui sont l’inventaire, la promotion permanente, le classement, la formation et les
interventions sur les monuments les ensembles et
les sites historiques, un Bureau régional de l’ISPAN
a été mis sur pied. Ce bureau installé provisoirement dans les locaux de l’Atelier-Ecole de Jacmel
(AEJ) a commencé au mois de novembre 2010 à
faire l’acquisition du matériel et de l’équipement,
le recrutement du personnel et la formation des
techniciens locaux dans les procédures d’inventaire et dans la gestion et la du patrimoine matériel.
Outre la coordination des différentes activités du
projet MCC-ISPAN/AECID, l’ISPAN de Jacmel
fournira un appui au service de la Génie Municipal
et d’Urbanisme de la Mairie pour la gestion du
centre historique.
Inventaire et classement
Un monument historique est un bien immobilier
qui a acquis par reconnaissance un intérêt historique, artistique et architectural. Cet intérêt doit
être protégé par la loi. La reconnaissance de cet
intérêt public ne peut se faire que par la “connaissance” exacte de ces dits biens culturels. La documentation systématique, doit faire appel à diverses
spécialisations (architecture, urbanisme, géographie, histoire, sociologie, documentation, droit du
foncier, …) Elle vise la connaissance exhaustive du
bien culturel et s’organise sous forme d’un inventaire scientifique ayant pour objectif la description
la plus complète que possible du bien et de ses
composantes. La finalité principale de l’Inventaire
scientifique est de transmettre la connaissance acquise sur les biens culturels pour qu’elle se transforme en «reconnaissance» et acquière un intérêt
public. L’objectif de l’inventaire est donc double : il
cherche la reconnaissance du public et vise à doter
le bien d’un statut juridique de protection.
Si le centre historique de Jacmel au cours de ces
20 dernières années a fait l’objet d’une très riche
documentation, elle reste encore très incomplète,
inorganisée et, de ce fait, inaccessible au public.
Pour articuler l’inventaire des biens immobilier
à haute valeur culturelle de la région, une vaste
opération inter-displinaire est en train d’être mise
en place à Jacmel dans le cadre du projet ISPAN/
MCC-AECID.
La première étape consistera à réunir, organiser et
classer la somme des informations déjà produites
sur les bâtiments historiques de la région et sur le
centre historique de Jacmel et ses bâtiments. Cet-
Photo : ISPAN • 2009
Photo : ISPAN • 2011
pour déboucher, dès lors, sur la concrétisation de
moyens pour l’action.
Le 29 novembre 2006, la première Commission
Mixte Hispano-haïtienne est signée pour la période 2006-2010. Cette convention de coopération inclut le secteur Culture comme un des cinq
champs prioritaires d’intervention de la coopération espagnole en Haïti. Le renforcement des capacités institutionnelles et la conservation du patrimoine pour le développement y sont identifiés
comme des axes d’intervention dans le secteur.
Dans le cadre des actions à mener, les composantes principales sont : la mise en valeur du patrimoine historique et culturel du Sud-Est, le soutien à la
création d’une école-atelier à Jacmel pour appuyer
• Une salle de classe de l’Ecole-Atelier
Inauguré le 29 janvier 2009 par la reine Sofia
d’Espagne, l’EAJ a débuté la première phase pilote d’implémentation au mois de novembre
de la même année. Sous la direction de l’architecte Jean-Camille Etienne, l’EAJ vise à contribuer
à l’amélioration de la qualité de l’éducation et à
assurer une meilleure couverture locale de la formation professionnelle.
Selon M. Etienne, l’objectif premier du projet EAJ
est la promotion du développement humain dura-
BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011 •
Centre historique de Jacmel, extérieurs
Photo : ISPAN • 2010
• Plan d’exécution du projet de restauration de la Vieille Prison
• Détail de la façade sud
• Vue de la Vieille Prison de la rue Seymour-Pradel
• Section de l’immeuble restauré et converti en CIAP
(Photographies
prises un
du 12011
janvier •
2010)
BULLETIN DE L’ISPAN
• No
21an•avant
1erle séisme
février
Photos : ISPAN • 2009
• BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011
Photo : ISPAN • 2008
Malgré tous les problèmes auxquels il fait face et en
dépit des importants dégâts causés par le séisme
du 12 janvier 2010, le centre historique de Jacmel
conserve encore sa forte unité architecturale et
d’innombrables témoins retraçant son histoire qui
justifient tous les efforts en vue de sa protection
et sa réhabilitation.
Ce centre historique doit aujourd’hui encore
faire face à de nouveaux problèmes comme la
migration urbaine, les constructions anarchiques,
la spéculation foncière et l’obsolescence de ses
équipements municipaux qui remettent brutalement en question l’unité architecturale du centre
historique. La faiblesse des structures organisationnelles et des moyens de gestion de la ville laissent le champ libre à la débrouille, aux pulsions
individualistes ainsi qu’aux réflexes et habitudes
souvent incompatibles avec la vie en collectivité.
La nécessité de la prise en charge pleine et entière
du centre historique est devenue plus qu’urgente.
Cependant, le 12-Janvier n’a en rien affecté la capacité des jacméliens et des jacméliennes de rêver
de voir un jour leur ville réhabilité et jouant pleinement son rôle de moteur du développement de
toute la région du Sud-Est. Joignant la formation
théorique aux pratiques conservatoires, en misant
sur la connaissance scientifique de biens culturels,
en choisissant de jouer la carte «Patrimoine pour
le Développement», la coopération dynamique et
intelligente de l’AECID, les encourage et les accompagne dans cette quête.
Document : ISPAN/JBMillet• 2008
supplémentaires pour permettre la réalisation du
CIAP de Jacmel. La Vieille prison de Jacmel pourra
ainsi être restaurée et permettra l’aménagement
de 800 m2 qui seront ainsi répartis entre salles des
d’expositions permanentes ou temporaires, une
salle audio-visuelle, un centre de documentation
architectural, des ateliers pédagogiques et un espace administratif.
Suite aux désordres structurels causés au monument historique par le séisme du 12 janvier, les
études architecturales devront être révisées. Le
bureau spécialisé Patrimonio 48 de l’Espagne a déjà
été contacté pour accompagner la firme JB Millet
dans cette expertise. Cette mission d’experts espagnols arrivera à Jacmel au courant du mois de
février 2010.
Document : ISPAN/JBMillet• 2008
ble de Jacmel ainsi que celle de ses localités avoisinantes, par le biais de la participation active des
jeunes, l’un des piliers sur lequel repose le développement socio-économique et culturel du pays,
à travers la formation professionnelle comme main
d’œuvre qualifiée. 70 jeunes hommes et femmes
de 16-25 ans de la ville de Jacmel sont inscrits à
l’EAJ et jouissent de bourses de formation professionnelle dans les métiers liées au patrimoine. La
participation active des femmes est considérable.
22 femmes, soit 30% de l’effectif reçoivent une
formation dans les métiers de la construction et
l’artisanat. Les étudiants bénéficient de bourses
complètes, incluant l’alimentation quotidienne, une
gratification est prévue pour tous travaux réalisés
dans le cadre de leur apprentissage à l’école. Ils
profitent également de bénéfices sociaux, tels une
police d’assurance-santé et contre accidents de
travail. Chaque étudiant recevra à la fin de leur
apprentissage un jeu d’outils de base. L’EAJ assure
le paiement des honoraires du personnel le financement du matériel didactique, la machinerie, les
outils et les frais de fonctionnement.
Déjà les élèves de l’EAJ ont accompagné efficacement l’ingénieur Jean-Christophe Grosso dans
les travaux de relevé du Marché de Jacmel et ont
réalisé sous la supervision de l’architecte J. Jose
Plaza, professeur à l’EAJ, les relevés architecturaux
complets de la maison Dougé, sise à l’avenue de la
Liberté, logeant l’école. Ils ont également participé
aux travaux de sécurisation des ruines de la Vieille
Prison. Ils seront présents sur les chantiers-écoles
de la restauration du Marché-en-Fer et de la Vieille
Prison.
Un CIAP pour Jacmel
Un centre d’interprétation d’architecture et du patrimoine (CIAP) est défini comme un équipement
culturel de proximité dont le rôle est de mettre en
valeur les ressources architecturales et patrimoniales d’un territoire, de sensibiliser la population
aux enjeux de l’évolution architecturale, urbaine
et paysagère de la ville et, enfin, d’offrir un support pédagogique en fournissant à la population
les outils permettant d’analyser et de comprendre
la ville. Pour atteindre cet objectif, le CIAP développe plusieurs fonctions et propose au public une
exposition permanente didactique qui donne les
clefs de lecture de la ville tant du point de vue
de son patrimoine ancien que de son architecture
contemporaine. Dynamique, il organise des ateliers pédagogiques ouverts aux jeunes, particulièrement à l’intention des publics scolaires, qui sont
destinés à éduquer son regard et à l’initier à la
découverte de l’Architecture et du Patrimoine.
Cette expérience nouvelle en Haïti et initiée par
l’ISPAN à Jacmel, a reçu l’aval de la Municipalité
qui a fortement encouragé l’initiative. Grâce à un
financement de l’Unité Technique d’Exécution du
Ministère de l’Économie et des Finances, l’ISPAN a
pu faire procéder à l’étude de la restauration de
la Vieille Prison de Jacmel et sa reconversion en
CIAP. Cette étude fut confiée à la firme JB Millet
en octobre 2008. Cette étape achevée, le projet
du CIAP de Jacmel fut intégré au programme de
l’ISPN-MCC/AECID qui se chargea du financement de son exécution : l’enveloppe initiale de
200.000,00 Euros allouée à l’ensemble des activités
du projet a été augmentée de 200.000,00 Euros
Centre historique de Jacmel, intérieurs
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
à travers des investigations, tant sur le terrains qu’en
archives, le patrimoine historique de la ville. Ces recherches, ont déjà produit une première identification des
bâtiments historiques et d’intérêt patrimonial ainsi que
des recommandations portant sur le respect du tracé
historique et la protection de l’architecture traditionnelle de la capitale haïtienne.
Les urbanistes de la DPZ ont développé une méthodologie de planification et de conception architecturale
qui fonctionne à l’échelle métropolitaine avec diverses
consultations auprès des autorités et spécialistes locaux.
Cette méthodologie permet de fournir dans des délais
relativement courts un éventail de proposition d’aménagement qui ont été présenté à divers secteur, public
Photos : M. G. Dorimain • 2011
• L’édifice surnommé “Gros-Lycée” (Jérémie)
10 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011(Photographies prises un an avant le séisme du 12 janvier 2010)
Photos : ISPAN • 2009
Documents : DPZ • 2010
• L’incendie du 4 janvier 2011 à Jérémie
Incendie à Jérémie
Pendant que le BI distribuait à ses abonné(e)s une
exposition, sorte de cri d’alarme, sur les menaces auxquelles sont exposées les valeurs esthétiques et architecturales du centre historique de Jérémie, un violent
incendie a emporté en fumée l’un des beaux exemples
de construction typique de cette ville, chef-lieu du département de la Grande-Anse. Suivant les informations
qui nous ont été rapportées par Martin Guiton Dorimain, la maison communément désignée sous le nom
de “Gros-Lycée”, sise à l’angle des rues MonseigneurBauger et Nord-Alexis, a été complètement détruite
par un incendie le mardi 4 janvier 2011, vers 4 :00 P.M.
Ce bâtiment aurait hébergé les débuts du lycée NordAlexis qui sera installé plus tard dans un autre bâtiment
plus exsangue. D’où le surnom de «Gros-Lycée» que
la malice populaire ne tarda pas à affubler à cette imposante résidence. Ce drame illustre une fois de plus la
fragilité des bâtiments anciens des centres historiques
des villes haïtiennes qui en plus de l’abandon, du vandalisme et de la spéculation foncière, sont confrontés périodiquement à de terribles fléaux : Jérémie ne possède
toujours pas de corps de sapeurs-pompiers et ne peut
compter, en cas de sinistre, que sur la bonne volonté
d’amateurs dévoués.
Port-au-Prince reconstruite :
les premières images
La firme Duany Plater Zyberk (DPZ) et le Prince’s
Foundation for the Built Environment ont tenu à Portau-Prince du 19 au 25 janvier une charrette sur les premières conclusions de l’étude qu’ils sont en train de
réaliser sur le centre ville de Port-au-Prince, dont l’aire
a été défini par arrêté le 2 septembre 2010 (voir BI-17,
1er octobre 2010). Cette étude mandatée par le Comité de Facilitation pour la Reconstruction du CentreVille de Port-au-Prince a débuté au courant du mois de
septembre 2010 par une compilation de la documentation existante sur le sujet et une série de rencontre
avec des institutions et professionnels concernés. Des
visites préparatoires de la DPZ ont eut lieu au mois de
novembre et un premier «atelier de reconnaissance»
s’est tenue en décembre 2010.
Rappelons qu’en marge de cette étude, l’ISPAN a été
chargé par le Comité de Facilitation de documenter
• Une vue du Champ-de-Mars
• Vues en perspective et en coupe de la réorganisation d’un îlot-type du centre historique de Port-au-Prince
BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011 • 11
• Plan de localisation des immeubles administratifs
de concert, des galeries d’arts, … des écoles et des
espaces verts». Le Front-de-Mer sera reconstruit et
aménagé en espace d’agrément, tenant compte des
potentiels écologiques et paysagers de la mangrove
bordant le littoral.
Au niveau de la gouvernance, le plan propose une
gestion de type «sous-gouvernementales» à l’échelle
de l’îlot urbain. Chaque îlot, assimilé à un village urbain,
(urban village), fournirait ses propres services publics
(énergie, eau, stationnement automobile, etc.). L’îlot
serait ainsi «géré les résidents et les propriétaires, qui
ont tous un intérêt personnel, en matière de sécurité.
Les services publics et le stationnement seraient détenues et gérés sous la forme d’une coopérative ou d’un
condominium». Les dimensions généreuses des îlots
historiques de Port-au-Prince (env. 100 m par 100 m)
fournissent l’espace suffisant à toute cette infrastructuLe BI-21 a été réalisé par :
• Philipe Châtelain, Daniel Elie, Chenald Augustin pour
la documentation et la rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René, Monique Rocourt-Martinez et Guerda
Romain pour la relecture et les corrections;
La direction et la distribution du BI sont assurées par le
Service de la Promotion de l’ISPAN.
12 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 21 • 1er février 2011
national, rentre dans le cadre de la reconstruction, à
la veille de la commémoration du 1er anniversaire du
séisme. À cet effet, le maire de la capitale dédie cet
édifice «à la mémoire des victimes du tremblement de
terre du 12 janvier dernier.»
Pour le Directeur général de l’Institut de Sauvegarde
du Patrimoine National (ISPAN), la restauration du
Marché Hyppolite «est la première pierre de la reconstruction et de la sauvegarde du patrimoine historique
et culturel du pays». «Comme le Marché Hyppolite,
souhaite le propriétaire de la Digicel, Denis O’Brien,
des milliers d’édifices et maisons méritent d’être reconstruits». L’ancien président américain parle du Marché Hyppolite comme d’«un symbole de la culture, de
l’architecture d’Haïti, de son passé, mais aussi du futur ».
D’après le co-président de la Commission intérimaire
pour la reconstruction d’Haïti, ce patrimoine historique
«doit être un modèle, un exemple qui pousse à la réflexion sur l’avenir du pays».
Le Marché Hyppolite, le nerf des activités écono-
• Le Marché Hyppolite restauré
• Le Maire de Port-au-Prince, M. Jean-Yves Jason, M. William Jefferson Clinton, ancien président de Etats-Unis et M. Dennis O’Brien.
propriétaire de la DIGICEL innaugurant le marché restauré
miques de la capitale, à côté du marché de la Croixdes-Bossales, représente pour beaucoup de marchands
toute une histoire, une vie. Christophe Loge, l’un des
plus anciens vendeurs du marché témoigne : «Le marché Hyppolite est notre fierté, notre âme, notre vie.
C’est un espace où, nous, les marchands, nous vivons
comme des frères et sœurs, nous formons une famille».
L’inauguration du marché restauré est pour M. Loge
«un jour de joie», «un miracle». Comme de nombreux
marchands, il souhaite «que cet espace commercial soit
bien entretenu et bien géré tant par les occupants que
par les responsables».
Chenald Augustin
Photos : Rohan • 2010
re. La DPZ propose même d’aménager de petits parcs
(square) aux angles des îlots (voir illustration).
La DPZ prévoit la récupération des débris produits
par le séisme qui, suite à un traitement, serviront de
remblais destiné à surélever d’environ 80 cm les îlots
par rapport à la chaussée, «assez pour protéger des
grosses crues, de telle sorte que l’eau s’écoulera dans
les rues sans affecter les maisons ou les stationnements» a précisé Duany.
Cependant, faisant siennes les conclusions et les recommandations du rapport de l’ISPAN, communiqué à
la DPZ, et portant sur les valeurs culturelles du centre
historique de la capitale haïtienne (voir BI-17, 1er octobre 2010), la firme a bien compris qu’il intervenait dans
un milieu historique fortement emblématique. «La grille
des rues historiques sera conservée, explique Duany, et
les galleries-trottoirs restituées au maximum».
Cependant, la nouvelle proportion des galeries-trottoirs s’élevant sur une double hauteur ne correspond
pas à la typologie de l’architecture traditionnelle du
Bor-de-Mer et, à coup sûr, modifiera la forme et l’aspect des édifices. La problématique de la sauvegarde
des monuments historiques, tel que le recommande
les conclusions de l’identification de l’ISPAN, est posée
de façon particulièrement faible, sinon absente, de la
proposition de la DPZ. La surélévation des îlots de 80
cm par rapport à la chaussée ne considère en rien cet
aspect fondamental et suppose la démolition complète
de tous les bâtiments de l’aire du bas de la ville, y compris ceux identifiés par l’ISPAN comme «historique ou
d’intérêt culturel».
D’autre part, il n’est pas inutile de souligner de sérieuses lacunes au niveau de l’analyse fonctionnelle du
centre-ville historique et l’absence d’articulation avec
la région métropolitaine. Ses rapports avec son environnement naturel, à l’exception toutefois du front de
mer, ses quartiers périphériques comme les communes
avoisinantes, les flux de population gravitant autour de
ce centre ou la traversant quotidiennement du nord au
sud et vice et versa, les échanges économiques qui s’y
développent, ou y transitent, les espaces de commercialisation, les habitants et leurs revenus etc. Autant de
questions essentielles auxquelles des réponses doivent
être données pour établir une politique cohérente de
développement économique et social qui sera prise en
compte dans un plan d’urbanisme. Car quelle sera la
vocation de ce centre-ville historique, qui revient avec
un schéma d’occupation et un modèle que nous avons
bien connu autrefois et qui ne semble plus fonctionner
aujourd’hui ? Qui seront les habitants de cet oasis ceinturé d’un monde chaotique ?
Une importante étape à suivre…
Le Marché Hyppolite, restauré
Le Marché Hyppolite, fraîchement restauré, domine,
comme une œuvre gigantesque par son style mauresque, ses quatre tours garnies chacune de campaniles
placés à ses angles, qui flanquent le pavillon central. Il
rayonne de ses couleurs rouge et vert, au milieu d’un
champ de ruines, qu’il surplombe.
En effet, c’est dans un environnement délabré, d’édifices éventrés, fissurés, rasés qu’a eu lieu, ce mardi 11
janvier, l’inauguration du Marché Hyppolite, en présence, notamment, du maire de la capitale Jean-Yves Jason,
de la ministre de la Culture, Marie-Laurence Jocelyn
Lassègue, du Directeur général de l’ISPAN, Daniel Elie,
du propriétaire de la Digicel, Denis O’Brien, de l’ancien président américain Bill Clinton, co-président de la
Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti.
«La restauration du Marché Hyppolite, référence de la
capitale, est la preuve qu’une autre Port-au-Prince est
possible », déclare l’édile de la capitale, Jean-Yves Jason.
Selon lui, cette restauration signifie que «nous pouvons
changer notre ville».
L’inauguration de ce patrimoine culturel, historique et
architectural du pays, classé par l’État haïtien Patrimoine
Document : ISPAN • 2010
Documents : DPZ • 2010
et privé lors de ces réunions tenues à Port-au-Prince
sous le vocable de «charrette», que la DPZ définit
comme une «enquête par conception qui consiste en
des réunions intenses avec des membres du gouvernement, des opérateurs d’aménagement, des résidents
et d’autres personnes concernées». Ce processus de
participation s’est révélé intéressant et dynamique,
quoique limité vu le nombre peu important de participants aux ateliers et le manque de représentativité des
différentes couches de la société impliquée dans la vie
urbaine de la capitale.
Au cours de ces réunions, les premiers croquis du
Port-au-Prince reconstruit ont été soumis à la critique
des participants. Une gouvernance fortement décentralisée, la recherche d’une forme de continuité architecturale et des solution techniques modernes inscrites
dans un environnement durable et «prévisible», pour
reprendre le mot d’Andres Duany, en constituent les
principales caractéristiques.
Les plans présentés prévoient de constituer, autour
du Palais National (i.-e. l’aire de la place des Héros de
l’Indépendance), et de part et d’autre de la rue du
Champ-de-Mars, un «couloir administratif» rejoignant
en L les espaces publics autour de l’Hôtel de Ville à
la rue du Quai et du Bicentenaire. Le pourtour du
Champ-de-Mars accueillera également la zone «culturelle principale de la capitale avec des musées, des salles