(2010-08) Bulletin de l'ISPAN, No 15 : Le fort Saint-Louis à Saint-Louis-du-Sud
Resume — Le fort et la rivalité anglo-française pour la suprématie dans les Antilles qui le façonna, jusqu'au Conseil de Guerre qui cassa Buttet de son grade pour une défaite jugée « injurieuse » pour avoir sous-estimé la place qui lui avait été confiée. Le bulletin en tire que même bien conçue, une place forte ne vaut que par sa garnison.
Description Complete
Le fort et la rivalité anglo-française pour la suprématie dans les Antilles qui le façonna, jusqu'au Conseil de Guerre qui cassa Buttet de son grade pour une défaite jugée « injurieuse » pour avoir sous-estimé la place qui lui avait été confiée. Le bulletin en tire que même bien conçue, une place forte ne vaut que par sa garnison. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
• Photo : ISPAN 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
numéro 15, 1er août 2010
• La salle de garde du Fort Saint-Louis
Le fort Saint-Louis
à Saint-Louis-du-Sud
• Sc. : Internet Wikipédia
Le 19 mars 1748, à une heure de l’aprèsmidi, le vice-amiral anglais Charles Knowles,
à la tête d’une escadre composée de sept
vaisseaux, d’une frégate et de trois corvettes
effectua une percée par la grande passe de la
baie de Saint-Louis du Sud, affrontant directement la forteresse réputée inexpugnable de
l’île Saint-Louis, située sur la côte sud de SaintDomingue. L’escadre anglaise, après avoir placé ces navires tout autour de l’îlet, fit feu de
toute part. Après une heure et demie de tirs,
Knowles obtint la reddition de la place, commandée par Louis-Marin Buttet de la Rivière. Il
fit évacuer le fort et transporter son artillerie
à la Jamaïque. Le même jour, il fit exploser les
bastions et les courtines, créant un total de 13
brèches dans la muraille. La défaite de Buttet
fut qualifiée d’ «injurieuse pour avoir sous-estimé la place qui lui avait été confiée». Buttet
fut, en conséquence, cassé de son grade par
un Conseil de Guerre. Une place forte même
bien conçue ne vaut que par sa garnison.
BULLETIN DE L’ISPAN, No 15, 12 pages
• Le Vice-Amiral Charles Knowles (1704 - 1777)
Cet épisode de la rivalité anglo-française pour
la suprématie dans les Antilles, révéla le mal
profond dont souffrait la défense de la Colonie française de Saint-Domingue durant la
première moitié du XVIIIème siècle. La prise
du fort Saint-Louis par les Anglais, ainsi, marquera un tournant décisif dans la stratégie de
défense de Saint-Domingue.
Selon le système mercantiliste, dit de
l’«Exclusif», la Colonie ne produit en principe
que pour la Métropole. La campagne coloniale
se présente de ce fait comme un prolongement de celle-ci. Les villes quant à elles, ne
sont que des accessoires, des rotules indispensables situées sur la côte. Elles ne servent
Sommaire
• Le fort Saint-Louis à Saint-Louis du Sud
• Le CPM, mission importante en Haïti
• Le Centre historique de Port-au-Prince :
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 1
• © The Royal Collection of the United Kingdom
• “Sir Charles Knowles’s attack on Port Louis”. (huile sur toile, ca 1770 87.1 cm x 137,8 cm)
Renaud dressa les plans d’une forteresse sur
l’ilet commandant l’entrée de la baie au fond
de laquelle est située la ville. « Mr. Le Maréchal
de Vauban1, ... daigna même y faire quelques
corrections ».
Le chantier débuta vraisemblablement en
1702. Malgré les avatars et les erreurs de mise
en œuvre que connurent son édification, le
fort Saint-Louis resta sur le plan technique un
modèle appliquant savamment les règles de
• Document : Archivesde la Marine, Vincennes, France
essentiellement que de lieu de stockage et
d’embarquement des denrées produites. La
concentration en ces points de la production
coloniale attire la convoitise de flibustiers et
pirates de tous poils et aussi celle des puissances rivales de la France. Qui veut ruiner
la Colonie s’en prend à ses entrepôts. Leur
défense s’est vite révélée nécessaire…
Dès le début du XVIIIème siècle, les villes de
Léôgane, de Petit-Goâve et de Saint-Louis,
dans la Bande du Sud de Saint-Domingue
furent dotées de places fortes. A cause de
son importance stratégique comme siège de
la Compagnie Royale des Indes chargée du
commerce exclusif pour la partie Sud de la
Colonie, la ville de Saint-Louis reçut, dès 1697
la visite d’ingénieurs et d’officiers de la Marine
française. M. Renaud, Ingénieur du Roi, fut personnellement dépêché par Louis XIV à SaintDomingue pour «inspecter les fortifications et
projeter celles à construire». Créée en 1698
pour accélérer l’exploitation de la colonie de
Saint Domingue, la Compagnie Royale des Indes ou Compagnie de Saint Domingue, en plus
du monopole du commerce, reçut le don de
toutes les terres de la concession et l’engagement lui fut fait de lui assigner une escadre de
défense et une place forte pour la protection
de ses établissements. La Compagnie Royale
des Indes commence dès 1699 à implanter
ses bâtiments et entrepôts à Saint-Louis et M.
• Plan de l’attaque du fort Saint-Louis (mars 1748), dressé par de la Lance, Ingénieur du Roi de France
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 2
• Photo : ISPAN • 2010
• Photo : ISPAN / Daniel Elie • 2007
• L’île Saint-Louis dans la baie, vue du morne Saint-Georges
• Vue aérienne du fort Saint-Louis
• Photo : ISPAN • 1989
l’art de fortifier du XVIIème et du XVIIIème
siècles, dominés par la fortification permanente bastionnée, tel que mise au point par le
maréchal de Vauban, lui-même.
Les fortifications bastionnées sont les conséquences directes de la découverte de la poudre et de l’évolution de l’artillerie. Les anciennes murailles et tours médiévales offrant de
faciles cibles aux projectiles des bouches à
feux durent peu à peu, face aux progrès incessants de l’artillerie, céder la place à ce nouveau type de fortification plus adapté, et dont
les murs d’enceinte seraient bas et très épais.
Elles offraient ainsi moins de prises aux tirs
ennemis, rendaient difficile l’ouverture d’une
brèche dans leurs murailles et permettaient
de dégager de larges terre-pleins où s’installerait aisément une artillerie de défense. Ces
murs d’enceinte sont faits de terre retenue
par des parements de maçonnerie lourde et
épaisse - d’où leur nom de terre-plein -, tandis
que les tours disparaissent au profit de bastions placés aux angles de la construction. Ces
bastions sont des ouvrages saillants, placés
hors du corps de place et possédant «deux
flancs et une gorge, afin de battre les dehors,
de croiser les tirs et de flanquer les courtines
protégeant, de ce fait, l’escarpe de brèches
éventuelles, but final de l’assaut ennemi.»
Dans ces premier temps du développement
de la colonisation française à Saint-Domingue,
la défense terrestre ne fut pas jugée indispensable par la stratégie officielle. Les Français
préféraient reposer la défense de la Colonie
sur une flotte armée, plus mobile, à celle composée de fortifications. En effet, ces vaisseaux
marchands en route vers les ports de France
étaient soumis continuellement aux abordages des flibustiers ou à la saisie par les navires
des flottes portugaises, espagnoles, et, surtout,
anglaises. Pour y faire face, une défense maritime mobile couvrant les côtes de la Colonie
• La place d’armes du fort Saint-Louis (1989)
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E
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A
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La Petite Passe
A
M
La Grande Passe
J
G
D
K
C
B
• Plan du fort Saint-Louis
A. Bastion Saint-Philippe
B. Bastion Saint-Charles
C. Bastion Sainte-Jérôme
D. Bastion Sainte-Eléonore
E. Bastion Saint-Joseph
F. La poudrière
G. Les citernes
H. Logement du Gouverneur
I. La chapelle
J. Logement de l’Etat-major
K. Les casernes
L. Le dépôt de l’artilerie
M. La salle d’armes
• Document : Archives de la Marine, Vincennes, France
L
• Photo : ISPAN • 1989
fut assignée à des escadres de défense qui
s’abritaient en des bases fortifiées, comme,
par exemple, celle du Môle Saint Nicolas. Elles
accompagnaient les convois de navires-marchands jusqu’au débouquement des îles Turques et Caïques et se déplaçaient au gré des
besoins d’intervention. Pour la défense terrestre, l’usage à l’époque était de construire les
ouvrages de défense faits de simples mouvements de terre créant ainsi une tranchée ou
un chemin couvert en deçà d’un glacis incliné.
Leur armement ne se limitait qu’à quelques
pièces à feu plus aptes à sonner l’alarme qu’à
intimider un éventuel ennemi, tant soit peu
déterminé.
Le fort Saint-Louis fut, avec le fort Royal de
Petit-Goâve, une exception, justifié par l’importance du lieu à défendre.
Une place réputée inexpugnable
Couvrant une superficie d’environ un peu
moins d’un hectare, le fort Saint-Louis présente un plan pentagonal irrégulier, épousant
la forme de l’ilet. Il est pourvu ainsi de cinq
bastions d’angles, répondant tous au nom de
saints catholiques. Les deux bastions - SaintLouis et Saint Philippe - reliés par une courtine donnent face à la ville de Saint-Louis et
forment le front nord. Ils sont d’un tracé pur
et classique. Cette courtine abrite l’entrée
principale où l’on accède à la forteresse par
une vaste salle de garde couverte d’une croisée de voûtes en berceau, soutenue par des
pilastres en pierres de taille calcaire. Pour les
autres bastions, Saint-Charles, Saint-Jérôme et
Sainte-Eléonore, leur tracé a dû s’adapter à la
forme de l’ilet.
Forteresse très complète, ses murs délimitait
une vaste place d’armes où étaient logés tous
les édifices nécessaires à l’autonomie de la
garnison : une poudrière aux murs puissants,
logée à l’intérieur du bastion Saint-Philippe,
des casernes, une boulangerie, d’énormes citernes d’eau de pluie, le logement de l’EtatMajor, des dépôts d’artillerie, une salle d’armes,
une chapelle équipée d’un logement pour son
aumônier, etc.
Sa position sur l’île lui permettait de contrôler
efficacement la Grande et la Petite Passe, les
accès maritime à la ville. En 1748, le fort SaintLouis était lourdement armé de 72 canons et
de 4 mortiers. Après près d’un demi-siècle
sans histoire, cette forteresse, jugée inexpugnable par la qualité de sa conception, ne devait tomber aux mains de l’ennemi qu’à cause
de la négligence de sa garnison.
Le monument historique
La prise du fort Saint-Louis, unique défense
de la ville, par les Anglais révéla la faiblesse de
la stratégie reposant presqu’exclusivement sur
la défense mobile d’une escadre. Le territoire
• Le bastion Sainte-Eléonore et sa courtine démolie en 1748
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1. Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban 1633 1707), ingénieur, architecte, militaire et urbaniste français. Expert en poliorcétique, il dota la France d’un
réseau de fortifications resté inexpugnable jusqu’à la
fin du XVIIIème siècle. Grand théoricien de l’art de
fortifier, il perfectionna la fortification permanente bastionné du XVIIème siècle. Il fut nommé maréchal de
France par Louis XIV.
Douze ouvrages de Vauban ont été classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, en 2008.
• Photo : ISPAN • 2010
• Vue actuelle du bastion Saint-Philippe (bastion nord-est), couverte d’une épaisse végétation
• Document : ISPAN
se développant sur plus de 3 000 kilomètres
de côtes percées d’une interminable succession de criques, de baies et d’anses, la flotte
de défense couvrant simultanément divers
points s’est révélée inopérante. La prise facile
du fort Saint-Louis le prouva largement. La
prudence recommanda de fortifier plus systématiquement les villes, ports principaux d’expédition de denrées. Ainsi, la Métropole opta
radicalement vers le milieu du siècle, pour la
construction d’ouvrages de défense terrestre,
organisés en réseau, se protégeant les uns les
autres mais largement autonomes.
La baie de Saint-Louis, après cet épisode, ne
tarda pas à recevoir un plan de défense prévoyant des places fortes érigés tout autour de
la baie. Ainsi la batterie Saint-Eloi fut construite à la Pointe des Mangles en1753 et le fort
des Oliviers, à la Pointe de la Compagnie, fut
achevé en1754. L’exécution de ce plan de défense ne fut pas terminée : la ville de SaintLouis perdit de son importance au profit de
la ville côtière des Cayes-du-Fond (Les Cayes),
située plus à l’Ouest, et qui, adossée à une
riche plaine sucrière, ne cessa de gagner en
prospérité durant toute la seconde moitié du
XVIIIème siècle.
De nos jours, les ruines du fort Saint-Louis
sont encore imposantes et conservent toute
leur cohérence. Couvertes d’une épaisse végétation rendant sa visite ardue, les murailles
portent les traces du démantèlement de
Knowles : les murailles ébréchées ont épanché des éboulis sur le rivage. Si la végétation
constitue un danger pour la maçonnerie car
les racines qui se développent dans les joints
facilitent la désintégration du liant et favorisent les infiltrations d’eau, elle protège le
monument historique du vandalisme, le rendant plus difficile d’accès. Sa réhabilitation est
tout à fait envisageable. Il subsiste suffisamment d’éléments et d’indices pour permettre
aujourd’hui sa restauration proche de son état
d’origine. De plus, les Archives nationales de
France - Section Outre-Mer ont conservé une
extraordinaire collection de plans détaillés et
de mémoires sur la forteresse.
Le fort Saint-Louis a été inscrit sur la liste du
Patrimoine National d’Haïti par Arrêté présidentiel en date du 28 août 1995.
•••
• La baie de Saint-Louis et son nouveau réseau de fortification,
édifié après la prise du fort Saint-Louis en 1748
Remerciement spécial
La reproduction du tableau « Sir Charles
Knowles’s attack on Port Louis » a été rendu
possible grâce à une autorisation spéciale,
grâcieusement accordée à l’ISPAN par la
Royal Collection du Royaume-Uni.
La Direction générale de l’ISPAN remercie
tout spécialement Mme Karen Lawson, superviseure de la collection iconographique de
la Royal Collection pour la diligence avec
laquelle ces droits de reproduction ont été
octroyés pour le BULLETIN DE L’ISPAN
no 15.
La Direction générale de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National remercie la
ministre de la Culture et de la Communication, Mme Marie-Laurence Jocelyn Lassègue
qui mis à la disposition de l’Institut la somme
de 150.000,00 Gourdes pour les travaux de
nettoyage du fort Saint-Louis.
Cette opération aura lieu au courant du mois
d’août 2010, avant la patronale de la SaintLouis (23 août).
La fort Saint-Louis et le fort des Oliviers
accueillent depuis trois années un festival de
musique populaire drainant vers ces monuments historiques classés «Patrimoine National», des milliers de visiteurs, en particulier
des jeunes.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 5
• Photo : ISPAN • 2010
Le Centre du Patrimoine mondial,
une importante mission en Haïti
• Le Parc National Historique, dominé par la silouhette imposante de la Citadelle Henry
demande spéciale du Ministère de la Culture
et de la Communication d’Haïti. Le rapport, qui
porte spécifiquement sur l’état de conservation du Parc et de ses monuments historiques,
attire notamment l’attention sur les menaces,
anciennes ou nouvelles, qui affectent ou peuvent affecter la valeur universelle exceptionnelle du site. Il signalait entre autres, la menace
que fait peser sur le Parc la construction prochaine de la route nationale 003 (RN 003) qui
traversera le Parc sur près de 7 kilomètres. Il
notait également les conséquences des projets
touristiques prévus dans le Plan Directeur du
Tourisme dont les études d’impacts n’ont pas
été réalisées.
Outre l’évaluation de la conservation du Parc,
la mission de l’UNESCO avait également pour
objectif de développer avec Haïti, une ligne
stratégique afin de réaliser l’inventaire rétrospectif auquel ce bien culturel est soumis par
le Centre du Patrimoine Mondial pour la pé-
La mission des experts du CPM - UNESCO
• Lyne Fontaine, ingénieure-experte en conservation,
spécialiste en génie civile et géotechnique et activement impliquée et engagée avec les comités scientifiques de l’ICOMOS. Elle a amorcé et développe
actuellement, avec ISCARSAH et le comité de génie
civile de l’ISO, l’annexe de structure d’héritage du
standard ISO 13822 pour l’évaluation des structures
existantes.
• Nicolas Faucherre, professeur d’Histoire de l’art
médiévale à l’Université de Nantes et, depuis 2005,
membre représentatif français au Comité scientifique
international de fortifications et l’héritage militaire.
• Maria Letizia Conforto, architecte. Elle a géré de
nombreux projets de restauration architecturale, a
coopéré, par son activité didactique, avec diverses
institutions culturelles et a conduit des recherches
importantes sur la conservation et la protection des
centres historiques et des sites archéologiques.
• Constantino Meucci, expert en chimie industrielle,
il a travaillé comme consultant scientifique expert de
l’UNESCO dans de nombreux chantiers de restauration de sites du Patrimoine mondial.
• La mission a été dirigée par Nuria Sanz, Chef de
l’Unité d’Amérique Latine et les Caraïbes (LAC) au
Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Elle
est archéologue et anthropologue, spécialisée en coopération internationale multilatérale.
• Photo : ISPAN / K. Rocourt • 2010
Le Centre du Patrimoine Mondial (CPM ou
World Heritage Center WHC, en anglais) a
mené du 11 au 18 juillet 2010 une mission
technique au Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, dans le cadre de
l’assistance internationale d’urgence apportée
en Haïti suite au tremblement de terre du 12
janvier dernier.
La mission a été menée par l’Unité pour
l’Amérique latine et les Caraïbes (WHC/LAC)
du Centre pour le Patrimoine Mondiale en
collaboration avec l’Institut de Sauvegarde du
Patrimoine National (ISPAN).
L’évaluation de l’état de conservation du Parc
national historique a été effectuée par des experts internationaux en génie civil, en technique
de construction pour le patrimoine militaire
fortifiée et la restauration de sites archéologiques majeurs, ainsi qu’en biodégradation.
Cette mission fait suite au rapport présenté
par l’ISPAN au mois d’avril dernier et à une
1. La terrasse de la Batterie Royale
2. La salle d’exposition du Quartier des Officiers
3. Alignement de mortiers au pied de la forteresse
4. La Citadelle Henry, vue du site de Ramiers
5. La terrasse de la Batterie Royale
6. La façade Ouest de la Citadelle Henry,
7. Détail de fixation d’un tourillon
de mortier sur son affût
• Mme Michèle Oriol ISPAN/CIAT, présentant à la mission d’experts
l’enquête
socio-économique
8. Les
armoiries
ornant le canon
réalisée récemment pour le compte du CNIGS sur le du
ParcDuc
National
Historique
de Malbourough
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 6
dant une période donnée ou dans une aire
culturelle déterminée, sur le développement
de l’architecture et de la technologie, des arts
monumentaux, de la planification des villes ou
de la création des paysages.”), pour l’exceptionnelle collection de canons de mortiers et
d’obusiers datant du XVIIIème siècle se trouvant à la Citadelle Henry et voire peut-être le
critère (i), énoncé comme suit : « représenter
un chef-d’œuvre du génie créateur humain ».
Nous reproduisons in extenso les recommandations qui ont suivi ce rapport.
Les recommandations de la Mission
1. La mission recommande aux Autorités
haïtiennes d’interrompre le processus de
construction de la route RN003 à l’intérieur
du Parc jusqu’à ce que toutes les études d’impact social, économique et environnemental
nécessaires aient été produites, dès lors que
le tracé originalement prévu traverse le Parc
historique, lequel compte aujourd’hui avec des
conditions de qualité visuelle, environnementales et de paysage qui doivent être respectées.*
2. La mission recommande aux autorités haïtiennes de ne pas poursuivre le projet de tourisme dessiné par la compagnie de croisières
Royal Caribbean Cuise Line jusqu’à ce que le
site du Patrimoine mondial ne soit doté d’un
plan de conservation, dont les critères et objectifs doivent être respectés en tant que base
de l’usage publique du site. Des projets alternatifs de visite doivent être étudiés dans les
court, moyen et long termes, en accord avec
le développement des infrastructures prévues,
c’est-à-dire : des routes nationales, les entrées
en provenance de la République Dominicaine,
des améliorations au Port de Labadie et de la
construction du nouvel aéroport international
du Cap haïtien.
3. La mission recommande la prompte finalisation de l’étude socio-démographico-économi-
• MTPTC / 2007
riode allant de janvier 2010 à mai 2013. Cet
inventaire rétrospectif est un exercice auquel
le Centre du Patrimoine Mondial soumet périodiquement les biens classés sur la liste du
Patrimoine Mondial et qui a pour but de réévaluer la pertinence et la conservation des critères pour lesquels ce bien culturel a été inscrit
sur la liste du Patrimoine Mondial.
Dirigée par l’archéologue Nuria Sanz, responsable de l’Unité WHC-LAC, la mission d’experts
de l’UNESCO, durant son séjour, a pu rencontrer et s’entretenir avec Mme Magali Comeau
Denis, conseillère de la ministre haïtienne de
la Culture, M. Daniel Elie, Directeur général de
l’ISPAN, ainsi que le ministre du Tourisme, M.
Patrick Delatour et le représentant de la Commission Interministérielle pour l’Aménagement
du Territoire (CIAT), Mme Michèle Oriol.
La mission s’est rendu dans le Nord où elle a
travaillé dans le parc national historique et sur
ses monuments, rencontré diverses personnalités, du secteur tant public que privé, des
élus locaux, des investisseurs privés du secteur
touristique du Nord et des responsables d’associations de développement œuvrant dans le
Parc et ces environs.
La mission a produit un rapport détaillé sur
la situation du Parc et, notamment, émis d’importantes considérations sur les facteurs pouvant avoir une incidence certaine sur la Valeur
Universelle Exceptionnelle du Parc. Le rapport
a également posé les bases d’une politique
nationale pour la conservation et la gestion
du site, classé Patrimoine Mondial. Une nouvelle analyse historique et architecturale des
monuments menée par la mission, lui a permis de proposer deux nouveaux critères de
Valeur Universelle Exceptionnelle. Au-delà des
critères (iv) et (vi) pour lesquels l’ensemble
est inscrit au Patrimoine mondial, la mission
propose de rajouter le critère (ii) («témoigner
d’un échange d’influences considérables pen-
• Plan du maillage routier d’Haïti, dressé par le MTPTC en 2007 et l’alternative proposée par la mission
que, laquelle réunit les conditions de propriété
des terres dans le Parc National Historique
et aux alentours, en tant qu’information de
base pour établir la zone tampon du site du
Patrimoine Mondial et ces mesures régulatrices, dans le cadre de l’exercice de l’inventaire
rétrospectif.
4. La mission recommande l’établissement
d’un accord institutionnel entre le Ministère
de Culture et la CIAT afin d’initier les travaux
qui doivent conduire à la réalisation du plan de
gestion du site, dans le cadre d’une perspective
de gestion territoriale.
5. La mission recommande que les fonds en
provenance de la coopération internationale
dans le cadre de la reconstruction d’Haïti
soient dirigés en priorité vers la réalisation du
plan de conservation et de gestion du site du
Patrimoine mondial, y compris vers tous les aspects dérivés de la prévention et la gestion de
risques. Dans ce sens, les ressources financières doivent être consacrées au renforcement
de l’équipe technique de l’ISPAN, avec des
techniciens formés à la formulation de projets,
à l’organisation du développement des initiatives proposées par chaque plan et à mettre
en place les actions au niveau technique et
administratif.
6. La mission recommande que ce site du Patrimoine mondial soit transformé en un« chantier-école » d’intervention et de formation de
techniciens haïtiens. Cette expérience pourra
être utile pour fonder de manière solide une
politique nationale du Patrimoine mondial ainsi
que pour le développement d’un cadre normatif pour le patrimoine national.
7. La mission recommande que les valeurs et
les critères mentionnés dans l’analyse historique soient pris en compte au moment du
développement de la déclaration rétrospective
de Valeur Universelle Exceptionnelle.
*. Cette route qui devra relier Hinche au lieu-dit Barrière-Battant (74,10 km), sera financée sur le 10ème
Fonds Européen de Développement (FED) et par
Agence Française de Développement (AFD). Elle traversera les villes de Dondon et de Grande-Rivière du
Nord. Elle achèvera ainsi la réhabilitation de la route
nationale 003 Port-au-Prince – Cap-Haïtien, dont les
deux premiers tronçons sont déjà opérationnels La
RN 003 est considérée comme l’une des plus importantes voies de communication du pays. Elle donne accès à des sites touristiques et historiques et à de grands
marchés régionaux. Elle relie deux des plus importantes
villes du pays, Port-au-Prince et Cap Haïtien en passant
par Hinche. Ces deux grandes villes sont les seules à
disposer de ports modernes et d’aéroports ouverts sur
l’étranger.
Cependant la mission de l’UNESCO a identifié, dans le
plan du maillage routier d’Haïti dressé par le Ministère
des Travaux Publics, une alternative à cette traversée
risquée du Parc National Historique par la RN 003.
Cette route traverserait le massif du Nord peu après
Hinche, mènerait à Bahon avant de rejoindre le bourg
de la Grande-Rivière (voir carte ci-jointe)
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• Photos : ISPAN / K. Rocourt • 2010
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1. La mission du Centre du Patrimoine Mondial au PNH
2. Mme Line Fontaine sur le chemin de Ramiers
3. Mme Nuria Sanz, chef de la mission
4. M. Nicolas Faucherre
5. La mission en route pour le site de Ramiers
6. Réunion de travail à salle Albert Mangonès de la Citadelle Henry
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• Photo : ISPAN • 2010
Centre historique de Port-au-Prince :
démolitions radicales
• Démolition au bulldozer d’un paté de maison du centre historique de Port-au-Prince
Les techniciens de l’ISPAN ont constaté le
qu’un pâté entier, délimité par la rue des Miracles, la rue des Fronts-Forts, la rue du Centre et le boulevard Jean-Jacques Dessalines
(Grand-Rue) dans le centre historique de
Port-au-Prince, a été complètement rasé et les
débris évacués. Ces constructions avaient été
plus ou moins endommagées lors du tremblement de terre du 12 janvier dernier. Le Centre
National d’Equipements (CNE) a mené cette
opération vendredi 30 juillet 2010.
Cette opération de démolition s’est déroulée
alors que l’ISPAN, dans le cadre du projet de
restauration du Marché Hyppolite, situé à une
centaine de mètres du bloc rasé, procède à
une évaluation des valeurs et des potentialités
architecturales des bâtiments des quatre blocs
situés aux environs de ce monument historique, emblématique de la capitale haïtienne. Ce
travail pilote, non encore achevé, a déjà permis d’identifier un certain nombre d’édifices
à grande valeur patrimoniale. Des magasins à
structures en fer et fonte, datant de la fin du
XIXème siècle, de vastes halles en maçonnerie
de briques d’argile parfaitement conservées
ou aisément récupérables ont été listés.
Ces trouvailles, faites à partir de cet échantillonnage, confirment qu’il existe de nombreux autres spécimens du même genre dans
tout le centre ville de Port-au-Prince.
Ces démolitions aveugles qui feront, sans doute, place à de nouvelles constructions, obligent
à réfléchir sur des questions liminaires telles :
Que faut-il conserver ? Doit-on, ou peut-on
tout conserver ? Doit-on tout démolir ? Quel
apport l’ancien devra-t-il articuler dans le cadre de la reconstruction du centre historique
de Port-au-Prince ? Ou à la question-mère : A
qui appartient le Patrimoine ?
Dans divers pays et depuis fort longtemps, ces
questions se sont posées, à un moment ou à un
autre avec plus ou moins d’acuité. Les répon-
Pat
rim
ses apportées ont déterminé l’avenir des ces
biens culturels que sont les centres historiques,
tant du point de vue social qu’économique. Et
bien des villes ont eu à regretter les choix de
modernisation à-tout-va, ne prenant pas en
compte l’Histoire, la Culture et l’Esthétique.
Durant des périodes de crise et de remise en
question, le patrimoine s’est constitué en un
point de repère permettant d’orienter la réflexion sur l’avenir de la société. Faut-il rappeler
que la notion de conservation de monuments
historiques est, dans une large mesure, une
«création» de la Révolution française, à travers
laquelle les révolutionnaires de 1789 ont puisé
les éléments de rassemblement et de cohésion
de groupes éparts à traditions féodales dans
un effort de constitution d’une nation unie et
forte. Plus près de nous, à la faveur de la crise
du modernisme, dans de nombreux pays, dès
les années 1970, la défense du patrimoine s’est
transformée en locomotive d’une panoplie de
questions allant du sens de la continuité à la
préservation des valeurs régionales et nationales, en passant par le développement intégré.
La cause du patrimoine s’est ainsi démocratisée, devenant non plus la seule préoccupation
d’une élite, mais bien celle des diverses couches de la société.
En Haïti, le peu d’effort consenti jusqu’à présent
à la préservation du Patrimoine et la réserve
ou l’incohérence avec laquelle cette question
est abordée dénotent les lacunes permettant
d’appréhender justement ces notions et comprendre les avantages qui pourraient en être
tirés. Les églises, les bâtiments publics, les maisons gingerbread de Port-au-Prince, abimés
ou pas par le tremblement de terre, tombent
les unes après les autres. Le centre historique
du Cap-Haïtien disparaît. Ceux de Jacmel, de
Saint-Marc ou de Jérémie sont sévèrement
menacés. Les vestiges des habitations sucrières
ou caféières datant du XVIIIème siècle, comme
oine
les ouvrages militaires, témoins de la Guerre
de l’Indépendance succombent face à l’urbanisation sauvage. Cela constitue, à n’en point
douter, un appauvrissement culturel, mais tout
aussi économique pour un pays qui n’est déjà
pas doté de ressources suffisantes propres.
Conscience collective faible
Bien que la première loi sur la préservation
du patrimoine culturel en Haïti date de 1940,
ce sujet demeure encore circonscrit à la réflexion d’un groupe restreint de professionnels
spécialisés et de quelques intellectuels. Et si la
notion de la conservation des biens culturels
ne se retrouve pas la place qui lui est due au
cœur des débats et des combats actuels pour
exiger l’amélioration du cadre de vie, c’est sans
doute à cause de la quasi inexistence d’une
conscience collective d’appartenance à une
histoire commune et à un destin commun et
dont le Patrimoine constitue le repère spatial
et temporel.
Déjà avant le 12-Janvier, la capitale haïtienne
offrait, à tous les niveaux, l’image de la confusion, du désordre et de la pollution. Un large
effort de préservation du patrimoine offrirait
l’occasion de redécouvrir certaines valeurs, à
travers la redynamisation des espaces de mémoire et d’identité. Parce qu’il est porteur d’un
enseignement précieux sur une certaine manière de vivre et qu’il véhicule un savoir-faire
qui, à travers le temps, s’est enrichi de l’apport
de milliers d’actes individuels qui ont contribué
à l’acclimater à notre environnement antillais,
notre patrimoine peut jouer un rôle important dans la recherche de pistes de solutions
adaptées à notre environnement et à notre
culture.
Pour cela, il faudra se démarquer de la vision à
partir de laquelle le processus de dégradation
et de destruction du patrimoine serait perçu
de manière idéaliste comme le produit de
l’ignorance et de l’inculture et où les efforts
en p
éril
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 9
de préservation se transforment en une lutte
pour la civilisation et contre les intérêts économiques et spéculatifs.
La sauvegrade du patrimoine,
une activité productive
Il faudra aussi, prendre distance avec une certaine vision linéaire du progrès qui glorifie béatement tout ce qui est neuf et par conséquent
dévalorise ce qui est ancien. Il s’agit en fait de
retrouver à travers le patrimoine des points de
repère, une certaine qualité de vie, pour redécouvrir des valeurs traditionnelles pouvant
nous aider à inventer de nouveaux modes de
vivre, de construire et d’habiter, ceci vu non
dans une perspective nostalgique ou passéiste,
mais plutôt dans le cadre d’une recherche critique du vrai, de l’essentiel, du transcendant susceptible d’être adapté de manière dynamique
à la vie contemporaine. C’est pour cela que la
préservation du patrimoine ne doit pas être
considérée comme un luxe, une «fantaisie de
pays riches», mais plutôt comme une activité
productive, une action de transformation qui
permettra au patrimoine d’acquérir une plusvalue sociale. La préservation du patrimoine
devient dès lors une problématique politique
puisqu’elle interroge le fonctionnement de
la société, ses priorités, ses structures et ses
choix de développement; puisqu’elle exige le
respect de la population, de sa culture, de ses
exigences et de son droit à des conditions de
vie descentes.
D’autant plus que les fonds promis pour la Reconstruction d’Haïti, pour pour avoir des effets
durables, devra contribuer également à la réhabilitation de notre culture, à la sauvegarde de
notre patrimoine historique bâti, au renforcement des institutions nationales et, dans ce cas
précis, des institutions de sauvegarde du patrimoines, en leur permettant d’assumer pleinement leur rôle. Ce renforcement institutionnel
signifiera l’adoption d’un cadre légal adapté, la
formation d’un personnel spécialisé et la mise
à contribution de moyens proportionnels.
•••
port-au-prince
• Photos : ISPAN • 2010
Patrimoine en péril
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 10
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
• L’Acte de l’Indépendance du Parlement haïtien
L’UNESCO pose les jalons d’une
renaissance d’Haïti par la culture
Renforcer les capacités institutionnelles, réaliser
des inventaires d’urgence et élaborer des plans de
sauvegarde dans le domaine du patrimoine culturel
haïtien – ce sont quelques unes des actions prioritaires identifiées par le Comité International de Coordination pour la sauvegarde du patrimoine culturel
haïtien (CIC-Haïti), lors de sa première réunion qui
s’est tenue les 7 et 8 juillet au siège de l’UNESCO.
« Nous avons l’intention de multiplier et de diversifier les projets culturels, de la manière la plus
créative possible », a déclaré lors de l’ouverture
de la réunion la Directrice générale de l’UNESCO,
Irina Bokova, après avoir souligné « le pouvoir de
guérison de la culture, qui est de plus en plus reconnue par la communauté internationale comme
un élément essentiel à la reconstruction ». La Directrice générale a également annoncé la création
d’un comité international de donateurs en vue de
permettre la réalisation des recommandations du
CIC dans quatre domaines : le patrimoine mondial
(culturel et naturel), le patrimoine immatériel, le patrimoine mobilier (collection des musées, archives
et bibliothèques) et les industries culturelles. Ce
• Photo : ISPAN • 2010
nouveau comité de donateurs se réunira au début
2011 pour examiner les premières propositions de
projets. Le CIC, instance fondée par l’UNESCO et
présidée par la ministre haïtienne de la Culture et
de la Communication, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, est composé de dix experts haïtiens et internationaux, qui ont pour mission de coordonner
l’ensemble des interventions dans le domaine de la
culture en Haïti et de mobiliser des ressources à cet
• Le siège de l’UNESCO à Paris, France
effet. Il a établi aujourd’hui une « feuille de route
» identifiant les premières actions d’urgence et à
moyen terme. À titre d’exemples, dans le domaine
du patrimoine culturel et naturel, le CIC a recommandé de commencer en urgence l’inventaire de la
ville de Jacmel, candidate à l’inscription sur la liste du
patrimoine mondial, et de Port-au-Prince, la capitale,
en impliquant des techniciens haïtiens. Le Comité a
également proposé à l’UNESCO de constituer un
observatoire de la vitalité du patrimoine immatériel
et d’identifier les expressions les plus menacées de
disparition, notamment dans les zones les plus affectées par le séisme. Il a par ailleurs recommandé d’organiser la mise à l’abri des archives, livres et autres
biens culturels mobiliers et de former des conservateurs et restaurateurs locaux.
Enfin, le CIC a recommandé de procéder à la collecte de données et à l’élaboration d’outils méthodologiques dans le secteur des industries culturelles.
L’artisanat est notamment considéré comme source
de création et facteur de développement économique, social et culturel. À ce jour, de nombreux donateurs ont répondu à l’appel de l’UNESCO en faveur
d’Haïti. L’aide matérielle et financière concerne plus
particulièrement l’éducation « En revanche, en ce
qui concerne la culture, ce n’est que tout récemment que nous avons reçu la première contribution
», a précisé Irina Bokova. Il s’agit d’un don d’une institution bouddhiste en République de Corée, visant
à soutenir le projet de « Pièces de théâtre dans les
camps de déplacés à Port-au-Prince ». Irina Bokova
a également rappelé qu’à l’heure actuelle l’Organisation a investi quelque 450.000 dollars de son budget
régulier dans des actions relevant du domaine de
la culture en Haïti, dont le projet de sauvegarde du
Parc national historique dans le nord de l’île qui revêt une importance toute symbolique pour le pays.
Ce site du patrimoine mondial comprend, en effet, la
Citadelle, le palais de Sans Souci et le site fortifié de
Ramiers qui remontent au début du XIXème siècle,
époque à laquelle Haïti a proclamé son indépendance.
Source : UNESCOPRESS 08.07.2010
Les dix experts haïtiens et internationaux formant le CIC-Haïti : Magali Comeau-Denis (Haïti),
Daniel Elie (Haïti), Barbara Prezeau Stephenson
(Haïti), Luisa Vicioso Sánchez (République Dominicaine), Ali Radwan (Egypte), Angèle Aguigah (Togo),
Richard Kurin (USA), Maria Cecília Londres Fonseca (Brésil), Yim Dawnhee (République de Corée),
Gaël de Guichen (France).
34ème Session du Comité
du Patri moine mondial
Appuyé par la Convention du Patrimoine Mondial de 1972, le Comité du Patrimoine Mondial de
l’UNESCO s’est réuni en sa 34ème Session à Brasilia
(Brésil) le 25juillet dernier. Plus de 180 représentations nationales, dont celle d’Haïti, ont participé à
cette session.
La session du Comité du Patrimoine Mondial a
pour objectif principal d’identifier, sur la base des
propositions d’inscription soumises par les Etats parties, les biens culturels et naturels de valeur universelle exceptionnelle qui doivent être protégés dans
le cadre de la Convention du Patrimoine Mondial, et
d’inscrire ces biens sur la Liste du patrimoine mondial. Le Comité est également chargé de contrôler
l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste
du patrimoine mondial, en liaison avec les Etats par-
• La séance Haïti à 34ème Session du Patrimoine Mondial (Brasilia, Brésil)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 11
• Photo : ISPAN • 2010
• Photo : ISPAN • 2010
L’Acte de l’Indépendance
du Parlement sauvé
Poursuivant sa campagne de sauvetage d’œuvres
d’art public dans la capitale haïtienne, l’ISPAN a pu
récupérer la reproduction du texte de l’Acte de
l’Indépendance d’Haïti qui ornait les murs du Parlement haïtien détruit par le tremblement de terre
du 12 janvier 2010. Coulé dans du bronze, le lettrage du texte est apposé à une plaque enduis de
plâtre blanc. Il porte la signature d’Amerigo Marco
Montagutelli, sculpteur, franco-venézuélien établi en
Haïti dans les années 1940. Il fonda l’Académie des
Beaux-Arts et participa à la formation de nombreux
artistes haïtiens, dont Albert Mangonès, Rose-Marie
Desruisseau, Wilfrid Louis, Ludovic Booz...
Cette plaque est provisoirement gardée à l’ISPAN
espérant son éventuelle restauration.
ties et, enfin, de décider si un bien peut être supprimé ou non de la Liste du patrimoine mondial ;
En sa version 2010, la Session a reçu 41 nouvelles demandes d’inscription de biens culturels sur la
liste du patrimoine mondial. Le Comité a également
examiné la situation actuelle du Parc National historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers d’Haïti et a émis
d’importantes recommandations à l’Etat-partie, notamment en ce qui concerne « les nouveaux projets de développement et d’infrastructure destinés à
favoriser l’essor du tourisme (qui) pourraient avoir
un effet préjudiciable sur le bien (jugé) vulnérable ».
Nous reproduisons, ci-après, en encadré, le texte
intégral de ces recommandations.
La Convention du Patrimoine Mondial fut adoptée par l’UNESCO lors de sa 17ème session, tenue
à Paris en 1972. Haïti a ratifié ladite convention en
janvier 1980.
RECOMMANDATIONS ADOPTEES PAR LA
34eme SESSION DU PATRIMOINE MONDIAL
CONCERNANT LE PARC NATIONAL HISTORIQUE
CITADELLE, SANS-SOUCI, RAMIERS, HAITI
Le 29 juillet 2010, à Brasilia, Brésil
110. Parc national historique – Citadelle, Sans Souci, Ramiers (Haïti) (C 180)
Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial : 1982
Critères : (iv) (vi)
Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril : Néant
Décisions antérieures du Comité : 06 COM XII.41; 07 COM X.36
Assistance internationale
Montant total accordé au bien : 200 668 dollars EU pour des programmes de conservation et d’urgence
Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO : Néant
Missions de suivi antérieures : Septembre 2006 : visite technique du Bureau de l’UNESCO à la Havane.
Facteurs affectant la valeur universelle exceptionnelle du bien
a) absence de Plan de gestion ;
b) absence de Plan de conservation ;
c) dégâts causés par l’eau ;
d) vandalisme ;
e) activités sismiques ;
f) absence de Plan de prévention des risques.
• Photo : ISPAN • 2010
Matériel d’illustration : http://whc.unesco.org/fr/list/180
• L’Assemblée générale du Comité du Patrimoine
Mondial à Brasilia, Brésil
Le BULLETIN au Nouvelliste
Le Service de la Promotion de l’ISPAN remercie vivement le quotidien de la capitale haïtienne Le
Nouvelliste qui, dans son numéro du jeudi 29 juillet
2010, a reproduit intégralement l’article intitulé «La
formidable artillerie de la Citadelle Henry». Cette
publication dans les colonnes du Nouvelliste met
en application un accord établi entre la direction du
quotidien et la direction générale de l’ISPAN pour
la promotion et la vulgarisation de la connaissance
des richesses patrimoniales culturelles et historiques
d’Haïti.
Nous félicitons la rédaction du Nouvelliste pour
cette louable initiative.
Le BULLETIN DE L’ISPAN No 15 a été réalisé par :
• Daniel Elie et Philipe Châtelain pour la documentation et la rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René et Guerda Romain, pour la relecture et
les corrections;
• Daniel Elie et Karine Rocourt, pour les photographies.
La direction et la distribution du BULLETIN sont
assurées par le Service de la Promotion de l’ISPAN
Problèmes de conservation actuels
Le 27 novembre 2009, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation à l’occasion de l’“Atelier sur
la préparation de l’inventaire rétrospectif et des Déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle (des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial) et introduction au second cycle de soumission de
rapports périodiques pour la région Amérique latine et Caraïbes” qui a eu lieu à Buenos Aires, Argentine. Ce
rapport faisait état des mesures prises dans le cadre du suivi de la visite technique, en 2006, du Bureau de
l’UNESCO à la Havane et soulignait les points préoccupants devant être traités de manière urgente. L’État
partie était représenté par le directeur de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN).
Comme indiqué dans le rapport susmentionné, le Parc National Historique – Citadelle, Sans Souci, Ramiers
a souffert d’un certain nombre de problèmes, notamment pressions dues au développement concentrées sur
la ville de Milot, extraction de matériaux du site, nombres élevés de visiteurs, vandalisme, déforestation et
prolifération de la végétation. Le site est également sévèrement affecté par des catastrophes naturelles sous
la forme de séismes, inondations et dégâts provoqués par les ouragans lors de la saison qui court de juin à
novembre chaque année.
Le 12 janvier 2010, un terrible tremblement de terre a frappé l’État partie et a entraîné des dommages structurels sur le bien. Après la Réunion préparatoire pour la création d’un comité de coordination internationale
(ICC) pour la sauvegarde de la culture haïtienne le 16 février 2010 qui s’est tenue au siège de l’UNESCO
(Paris), des discussions ont été engagées avec le ministère de la Culture d’Haïti, le directeur de l’ISPAN et les
organisations consultatives pour identifier les actions urgentes suivantes devant être entreprises sur le site :
a) évaluation des dommages et risques structurels,
b) mise en oeuvre de travaux de conservation d’urgence,
c) finalisation des plans de conservation, de gestion et de prévention des risques.
L’État partie prépare une demande d’assistance internationale d’urgence pour le bien du patrimoine mondial
et une mission interinstitutionnelle est organisée par le Centre du patrimoine mondial en étroite coopération
avec les Organisations consultatives.
Projet de décision : 34 COM 7B.110
Le Comité du patrimoine mondial,
1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add,
2. Exprime son profond regret remercie face au désastre causé par le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti et
l’État partie d’avoir fourni tous les éléments et le soutien nécessaires pour mener à bien la mission d’urgence
malgré les difficultés extrêmes rencontrées ;
3. Reconnaît et apprécie les efforts de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN) pour instaurer
une étroite collaboration avec le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives et son grand
engagement envers la sauvegarde du patrimoine culturel haïtien ;
4. Reconnaît également les facteurs clés affectant le bien comme indiqué par le rapport soumis par l’État
partie en novembre 2009 ;
5. Reconnaît enfin l’efficace collaboration interinstitutionnelle mise en place entre le gouvernement haïtien,
le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives dans la préparation et réalisation de la
mission interinstitutionnelle sur le bien ;
6. Encourage le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives à établir un plan d’action
et des stratégies technique, institutionnelle et financière pour mettre en oeuvre toutes les actions urgentes
identifiées par la mission ;
7. Demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2011, un rapport
détaillé sur l’état de conservation du bien et les progrès accomplis en termes de planification de la conservation, de la gestion et de la prévention des risques, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa
35e session en 2011.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 15 • 1er août 2010 • 12