(2010-07) Bulletin de l'ISPAN, No 14 : La formidable artillerie de la Citadelle Henry
Resume — L'artillerie de la Citadelle, et ce que la restauration de 1980 à 1990 fit et laissa de côté : cette campagne consista essentiellement à mettre la structure hors d'eau, et l'artillerie découverte sur place était assez importante pour qu'une suite fût recommandée à la fin de cette première phase.
Description Complete
L'artillerie de la Citadelle, et ce que la restauration de 1980 à 1990 fit et laissa de côté : cette campagne consista essentiellement à mettre la structure hors d'eau, et l'artillerie découverte sur place était assez importante pour qu'une suite fût recommandée à la fin de cette première phase. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
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Texte extrait du document original pour l'indexation.
Photo : ISPAN 2009
numéro 14, 1er juillet 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
La formidable artillerie
de la Citadelle Henry
BULLETIN DE L’ISPAN, No 14, 12 pages
importante restauration de 1980 à 1990 qui
consista essentiellement à la mise hors d’eau
de toute sa structure. Compte tenu de l’importance de l’artillerie découverte à la Citadelle Henry, il fut recommandé, à la fin de cette
première phase de restauration, d’aménager
le monument historique pour en faire le plus
grand musée d’artillerie au monde.
Un patrimoine historique
pour notre histoire militaire
Quand arrivé au bas d’un escalier aux vastes
degrés donnant accès à la Galerie des Canons
de la Batterie Royale à la Citadelle Henry, le
visiteur qui découvre, dans la pénombre, cet
alignement de canons magnifiques, ressent une
Photo : ISPAN 2010
La Citadelle Henry est la plus importante fortification d’un réseau d’une trentaine d’ouvrages
de défense construits en Haïti au lendemain
de son Indépendance (1804) pour parer à un
éventuel retour des anciens colons Français.
Elle a été réalisée sous les ordres du commandant en chef Jean-Jacques Dessalines par Henry
Christophe, commandant du département du
Nord, puis roi d’Haïti de 1806 à 1820. Édifiée
sur un pic rocheux à 900 mètres d’altitude, elle
est la plus grande forteresse des Caraïbes. Elle
est située à 15 km au Sud du Cap-Haïtien, dans
le Nord du pays. 20 000 personnes participèrent aux travaux de construction qui durèrent
quatorze années.
La Citadelle Henry, le site fortifié de Ramiers
et le palais de Sans-Souci sont réunis dans un
parc national historique de 25 kilomètres carrés qui a été classé Patrimoine de l’Humanité
en 1982 par l’UNESCO. (Voir BULLETIN DE
L’ISPAN No 11).
Cette fortification exceptionnelle a subi une
• La Galerie des Canons à la Batterie Royale de la Citadelle Henry
Sommaire
• La formidable artillerie de la Citadelle
Henry
• Le mausolée du comte d’Ennery
• Chronique des monuments et sites
historiques d’Haïti
• Un canon de bronze devant son embrasure
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
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impression de puissance écrasante et il ne peut
prendre conscience du site exceptionnel où il
se trouve qu’en apercevant par les embrasures
perçant la forte muraille, le paysage de vallées,
de crêtes et de collines qui se succèdent jusqu’à la mer, au loin, brumeuse.
La vie quotidienne du personnel nombreux
qui devait actionner ces pièces à feu, désormais muettes, impose un développement architectural astronomique, des casernements,
des magasins et des réserves multiples, sans
oublier de très importantes citernes. Par la
simple satisfaction de ces nécessités, on est
vite conduit au gigantisme et c’est ce qui s’est
assurément produit à la Citadelle Henry.
res gisent épars sans qu’il soit possible de dire
s’ils sont venus échouer là par hasard.
L’armement de la Citadelle repose sur un parc
d’artillerie de plus de 163 pièces avec une majorité de pièces de calibre 24 livres de boulet
dont la masse est d’environ 2 tonnes et demi ;
18 pièces sont placées sur batteries à barbette
et 124 dans les chambres de tir casematées.
Certaines des pièces en bronze venues de
France, de Grande-Bretagne et d’Espagne sont
de véritables chefs-d’œuvre de l’art militaire
du XVIIIe siècle. Une dizaine d’entre elles, fait
unique au monde, sont encore en place sur
leurs affûts d’origine en bois massif. En 1820,
on comptait 86 embrasures équipées de pla-
Photos : ISPAN 2009
• Canons de fonte alignés sur la cour centrale de la forteresse
• Un des mortiers en fonte de la batterie des Ramiers, un mastodonte pesant 5 tonnes
A la mort du roi Henry 1er en 1820, le programme d’armement de la Citadelle n’était pas
achevé, comme on est à même de le constater aujourd’hui : certaines batteries semblent
n’avoir jamais accueilli de tubes. Cette apparence de chantier interrompu se rencontre
jusque dans les cours et sur les terrasses de la
Citadelle Henry , où des tubes de toutes natu-
teforme de pointage en maçonnerie.
L’artillerie de fonte
Dans ce véritable arsenal qui représente la
plus forte accumulation de pièces d’artillerie
connue, ce sont les pièces en fonte qui représentent le plus fort contingent avec près de
130 tubes la plupart d’origine française. La
majorité d’entre elles portent les marques
de la fonderie de La Ruelle, sous la direction
de Louis Baynaud qui dirigea cette fabrique
de 1762 à 1774. On trouve même parmi ces
tubes français quelques canons sévèrement
corrodés, qui présentent des marques évidentes d’un long séjour dans l’eau de mer. Il s’agit
peut-être de pièces provenant de navires coulés et qui, lors de leur transfert à la Citadelle
Henry, ne présentaient pas encore ces signes
irréversibles de corrosion qui se sont multipliés
et amplifiés depuis lors.
A part leurs marques de fabrique, les canons
de fonte ne portent pas d’éléments décoratifs.
On peut remarquer que quelques canons portent sur le premier renfort, à proximité de la
lumière, trois petites fleurs de lys disposées en
triangle comme celles figurant dans les armes
royales de la France.
D’exceptionnels mortiers de fonte
Il existe à la Citadelle Henry, deux ensembles
de mortiers de fonte du plus grand intérêt historique et technologique. Les éléments constituant le premier groupe sont alignés sur la
terrasse Est que surplombe la Batterie Royale
et semblent attendre encore leur destination
finale. Le second groupe, lui, est mis en position de tir sur affûts d’origine également en
fonte, à la Batterie de Ramiers. Ils menacent de
leurs feux les redoutes de Ramiers au Sud, la
passe du Grand-Boucan à l’Ouest et la passe
du Dondon à l’Est. Ces véritables mastodontes,
dont la portée pouvait atteindre 4000 mètres,
ne sont revêtus d’aucun décor sculpté ou gravé qui puisse flatter l’œil et attirer l’attention.
L’indication de la masse de ces mortiers, inscrit
dans le métal, les situe autour de 2,5 tonnes,
leur affût pareillement, soit un total de 5 tonnes. On imagine difficilement les obstacles que
durent surmonter les acteurs de ce transport
héroïque qui transforma toute cette artillerie
de côte en artillerie de montagne. Ils portent
tous la date de leur fabrication “1772”, fermement et très lisiblement gravée dans la masse.
Ces mortiers de fonte proviennent tous d’une
“série de 24 mortiers de 12 pouces qui avaient
été commandée pour le service des colonies”
françaises d’Amérique. Ils ont tous été fabriqués à la fonderie de la Ruelle en 1772. 13 de
ces mortiers ont été retrouvés à la Citadelle
Henry et au fort Magny du Cap-Haïtien, l’ancienne batterie du Gris-Gris, surplombant le
carénage du Cap-Français.
L’artillerie de bronze,
un véritable trésor...
Pour appuyer l’action de ses troupes sur le territoire de Saint-Domingue après son débarquement, le général Leclerc avait apporté une
importante artillerie adaptée au service de
terre, c’est-à-dire une artillerie de bronze. Ces
canons furent abandonnés sur l’île lors de la
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capitulation de l’armée française de 1803. C’est
cette artillerie de bronze, ainsi que d’autres
pièces, qui constituent, par leur rareté, un véritable trésor à la Citadelle Henry, d’autant plus
que très peu de tubes en bronze ont échappé
à la refonte à la fin de leur service ou lors des
changements technologiques de la balistique
survenus en 1820 les rendant obsolètes.
Il n’y avait probablement pas d’artillerie terrestre dans la colonie de Saint-Domingue, sauf,
peut-être, quelques petites pièces légères. Les
superbes pièces de bronze qui sont aujourd’hui
en batterie à la Citadelle Henry sont donc toutes, à priori, des dépouilles de champs de bataille de diverses origines.
Les pièces les plus nombreuses sont, bien entendu, celles d’origine française qui devaient
armer le corps expéditionnaire du général
Leclerc, et qui constituent un florilège presque complet des divers types de bouches à
feu en service au XVIIIe siècle. Il est aisé d’at-
• L’ornement de la culasse de “Le Superbe”
bes sont, sans doute, les trophées conquis lors
des combats menés par le général Toussaint
Louverture contre l’occupant anglais.
De même, les canons espagnols du XVIIIe siècle qui sont encore sur leurs affûts d’origine à
l’étage inférieur de la Batterie Royale, ont probablement été pris dans la partie espagnole
de Saint-Domingue après son occupation en
• Le “Mercure” à la Batterie Royale, ayant fait partie du parc d’artillerie du général Leclerc
tribuer ces canons à l’expédition de 1802, car
on constate que toutes les pièces antérieures
à 1794 ont subi la mutilation des emblèmes
royaux qui les ornaient. Cette opération iconoclaste fut pratiquée dans les arsenaux français à partir de 1792. C’est donc en France que
le superbe décor des grandes armes royales a
été bûché pour laisser l’écu des Bourbons sans
fleur de lys et sans couronne.
La présence de très belles pièces anglaises à la
Citadelle Henry ne doit pas non plus étonner.
Les Britanniques, qui avaient réussi à occuper
une partie de la colonie à la faveur des troubles révolutionnaires, en 1794, ont mis bas les
armes au Môle Saint-Nicolas en 1798. Ces tu1. La lumière est une ouverture pratiquée à la base du fût
d’une bouche à feu servant à enflammer la poudre et lancer les
projectiles. Pour se donner bonne conscience, lorsque l’on est
contraint d’abandonner une pesante artillerie, on avait la coutume de mettre les pièces hors d’usage en obturant la lumière
des canons par des pointes enfoncées ou par une coulée de
plomb. Ce sont ces pratiques qui sont connues sous le terme
d’enclouage. Mais ceci ne constitue qu’une mesure transitoire,
tout juste capable de rendre la pièce temporairement inutilisable, car il est relativement facile de repercer un nouveau trou
de lumière à proximité de l’ancien, le bronze se prêtant à cette
opération sans difficulté particulière. Nous trouvons à la Citadelle Henry plusieurs cas de tubes en bronze dont on a percé
une nouvelle lumière.
• Le pierrier de la Citadelle Henry
1795. Mais il ne saurait en être de même des
obusiers fondus en 1792 et dont on pense
qu’ils furent capturés en Espagne même, lors
des combats de la Seconde Coalition entre
1793 et 1795 et qu’ils ont été joints en 1802
au parc d’artillerie du général Leclerc.
De cette extraordinaire collection se détachent quelques exemplaires rares ou uniques
au monde.
« Le Mercure »
Il s’agit d’une superbe pièce en bronze, posée
sur son affût d’origine à la Galerie des Canons
de la Batterie Royale. Elle a été fondue à Strasbourg en 1744 par Maritz. Les armoiries des
rois de France en ont été limées. Elle porte
la devise latine «ULTIMA RATIO REGNUM»,
signifiant : “l’ultime argument des rois” . Ce canon est arrivé à Saint-Domingue avec l’expédition Leclerc. Sa lumière1 a été enclouée puis
repercée à 15 millimètres de celle d’origine. Il
pèse 2,67 tonnes.
« Le Défenseur » et « Le Superbe »
Ces deux pièces de la Batterie Royale ont été
également fondues à Strasbourg en 1758. “Le
Superbe” a appartenu au Duc de Penthièvre.
Sur sa culasse est portée l’inscription : «F . LE .
GROS . FECIT . A . ROCHEFORD. 1743» (fabriqué par Legros à Rochefort) et sur sa gueule : “No 7 3044”. Ses anses sont formées de
deux dauphins stylisés. La décoration de son
relief de culasse représente la tête d’un monstre aux yeux globuleux tenant dans sa gueule
une massue. “le Défenseur” porte sur sa volée
une nuée fulminante, un nuage d’orage d’où
jaillissent des éclairs, évoquant la puissance jupitérienne..
Le pierrier de la Citadelle Henry
Cette pièce d’artillerie est des plus curieuses :
elle présente la morphologie des toutes premières bombardes faites de métal forgé, assemblées en douves et cintrées de renforts annulaires, apparues pendant la Guerre de Cent
Ans (1337-1453) et qui lançaient des boulets
de pierre ou de la ferraille. De fait il s’agit bel et
bien d’un pierrier destiné, comme son nom l’indique, à projeter sur l’adversaire les gerbes de
pierraille ou de débris divers dont il est chargé,
l’âme étant recouverte d’un couvercle de bois
sur lequel repose l’espèce de panier contenant
la charge. C’est donc essentiellement une arme
contre le personnel d’armement de l’artillerie
ennemie et une arme de siège. L’axe de ses
tourillons est rejeté en arrière de la culasse,
tout comme pour les mortiers précédents.
Le pierrier de la Citadelle Henry a perdu ses
anses et son décor est très atteint, cependant
ses inscriptions nous indiquent qu’il a été fabriqué à Douai en 1756.
Il est actuellement exposé au petit musée du
Quartier des Officiers.
Les mortiers de Douai
Dans la catégorie des mortiers de la Citadelle
Henry, si magistralement représentée par la
grande série des pièces de fonte, on trouve
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Photos : ISPAN 2009
• De g. à d. : deux obusiers de calibre de 6 pouces et l’obusier de Napoléon 1er
• Le mortier français fondu à l’Arsenal de Paris
• Le premier mortier de Douay
• Le second mortier de Douay
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Photo : ISPAN 2009
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1. La terrasse de la Batterie Royale
2. La salle d’exposition du Quartier des Officiers
3. Alignement de mortiers au pied de la forteresse
4. La Citadelle Henry, vue du site de Ramiers
5. La terrasse de la Batterie Royale
6. La façade Ouest de la Citadelle Henry,
7. Détail de fixation d’un tourillon
de mortier sur son affût
8. Les armoiries ornant le canon
du Duc de Malbourough
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Photos : ISPAN 2010
deux exemplaires de calibre de 12 pouces en
bronze. Leur masse dépasse les 750 kilogrammes et leur calibre métrique est de 325 millimètres. Ils ont tous deux été fondus à Douai
en 1756. La caractéristique originale de ce
modèle de mortier est la position de l’axe des
tourillons, situé tout à l’arrière des tubes, sous
la culasse. Ils sont richement décorés d’intéressants masques de grotesque et de faune en
soutien de la coquille de lumière.
Ces pièces sont conservées à la salle d’exposition du Quartier des Officiers.
Deux obusiers français rarissimes
Ce premier obusier de bronze sort de la fonderie de Nantes. Réunissant à la fois une gravure révolutionnaire unique en son genre et la
• Le second mortier français fondu à Rochefort
signature d’une fonderie tout à fait éphémère,
cette pièce exceptionnelle est un témoin particulièrement émouvant de l’histoire. Le deuxième obusier, également de bronze et gravé des
lettres « A. N. » (Armes Nationales), est un
exemplaire rarissime portant la signature de
Brezin, fondeur de l’Arsenal de Paris, réanimé
précisément en 1793. Ces deux pièces peuvent être vues à la Batterie des Princesses.
L’obusier de Napoléon 1er
L’une des pièces les plus intrigantes que l’on
découvre à la Citadelle Henry est un autre
obusier, de la même famille que les précédents,
mais appartenant à un système assez éphémère, le système de l’an XI (1803) qui eut une vie
assez réduite. C’est un obusier de 24, fondu à
Metz en l’an XIII (1805). Il porte le chiffre de
Napoléon 1er, ceint des lauriers surmontés
d’une couronne. La présence de cette bouche
à feu à la Citadelle Henry demeure une énigme
quand on sait que Bonaparte a été couronné
empereur le 18 mai 1804 sous le nom de Napoléon 1er, cinq mois après la capitulation de
l’armée française à Saint-Domingue.
Il est exposé au petit musée du Quartier des
Officiers.
• Le “Géolier”, à gauche, et son jumeau républicain
Deux mortiers français
Ces mortiers de calibre de 12 pouces et demi
sont exposés au petit musée installé au Quartier des Officiers. Ils ont des structures très
différentes. En effet, l’un d’entre eux, fondu à
l’Arsenal de Paris en 1742, pèse environ 750
kilos et présente l’axe des tourillons rejeté à
l’arrière du tube. Ces tourillons, légèrement
fléchis, portent exceptionnellement l’inscription longitudinale de la date et du lieu de
fonte. La coquille de lumière est soutenue
par un masque de démon barbu aux grandes
oreilles. Les armes de France couronnées qui
ornent sa volée sont intactes, de même que
celles du Duc de Penthièvre, Amiral de France,
moulées sur le décrochement du renfort. Son
anse transversale est cassée mais l’anse axiale
est bien en place à la bouche, sous forme d’un
dauphin pâmé. On lit de part et d’autre de
cette anse :
“LOUIS JEAN MARIE DE BOURBON DUC
DE PENTHIÈVRE AMDL”. C’est une superbe pièce dont on ne connaît que très peu
d’exemplaires.
Le second mortier, du même calibre et exposé
également au Quartier des Officiers, a des for-
mes tout à fait différentes, apparentées à celles
des mortiers de fonte de 1772. Il fut cependant fondu à Rochefort en 1743. Les tourillons
sont bien détachés sur leurs embases, de part
et d’autre de la culasse ovoïde. Son renfort
est peu marqué. Les formes généreuses de
ce tube ont permis la mise en place d’un très
riche décor, qui nous est heureusement parvenu intact : masque grotesque à la coquille
de lumière, signature et localisation de la fonte dans un ruban en demi-cercle, Armes de
France laurées et couronnées et, sur le renfort,
les grandes armes aux ancres d’Amiral du Duc
de Penthièvre, ceintes des colliers des ordres
de Saint-Michel et du Saint-Esprit ornent cette
magnifique pièce de bronze qui unit les qualités techniques au charme de son décor baroque. Le seul exemplaire connu de ce type de
mortier, avant l’identification de celui-ci, était
dans un musée à Lisbonne au Portugal.
« Le Geôlier » royal
et son jumeau républicain
Sur une petite cour entre la poudrière intérieure et la batterie du Pont-Levis, on peut voir
deux tubes de campagne de 121,4 millimètres
posés sur des petits socles en béton, fabriqués
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• Le canon du duc de Marlbourough
• Le canon anglais aux armes du duc de Montagu
du Duc de Montague (ou Montagu), “Master
of Ordonance” de 1740 à 1749. Elles sont
ceintes des deux colliers des Ordres de la Jarretière et du Bain. Une d’entre elles est encore
placée sur son affût d’origine en fort mauvais
état de conservation. Seulement deux autres
exemplaires connus sont exposés à la Tour de
Londres, dont l’un fort endommagé.
Une quatrième pièce anglaise, identique aux
trois autres, est installée sans affût à la Galerie
des Canons de la Batterie Royale.
Le “Cayem” espagnol
Cet obusier espagnol de 6 pouces, dont l’aspect général est très proche de son homologue français, a été baptisé “Cayem”, du nom
d’une ville d’Arabie, et a été fondu à Barcelone
en octobre 1792 sous le règne de Charles
IV (1788-1803). Ses anses ont été brisées et,
d’après sa date de fonte, on peut penser qu’il
a été capturé en Catalogne par les Français
et confié en 1802 au général Leclerc. Il porte
l’inscription : « No. 2130 BARCELONA 11 DE
OCTUBRE DE 1792 ». Sur le tourillon gauche
est inscrite la provenance du cuivre entrant
dans la fabrication du bronze : COBRE DE
AMERICA » (Cuivre d’Amérique). Le “Cayem”
• Le “Cayem”
Photos : ISPAN 2008
pour les protéger lors des travaux de restauration de la Citadelle Henry, dans les années
1980. Les caractéristiques de leur tube sont
identiques mises à part quelques différences
insignifiantes. L’un, héritage de la technologie
avancée de l’artillerie royale française du XVIIe
siècle, porte le nom de “Le Geôlier” dont on
ne connaît ni la date ni le lieu de fonte.
Le second, par contre, porte des inscriptions
indiquant qu’il a été fondu à Paris en l’An 2 de
la République (1794-1795). Il porte à la place
du nom les initiales A. N. signifiant «Armes Nationales» et la devise «LIBERTE - EGALITE».
On ne connaît plus aujourd’hui que douze
de ces pièces dont huit seulement portent la
mention “Egalité-Fraternité”. Six sont conservées en France, quatre en Grande-Bretagne et
deux à la Citadelle Henry.
Le canon du Duc de Marlborough
Un témoignage éloquent de l’histoire tourmentée de la Révolution de Saint-Domingue est
offert par les quatre canons anglais de bronze
de 24 dont trois d’entre eux arment partiellement la face nord de la Citadelle Henry, au
dernier niveau de la batterie du Pont-Levis. Le
quatrième est placé à la Galerie des Canons de
la Batterie royale. Ces canons sont, sans doute,
des trophées conquis lors des combats menés par le général Toussaint-Louverture contre
l’Armée anglaise qui occupa partiellement la
colonie de Saint-Domingue de 1791 à 1796.
Ils ont tous été encloués avant leur capture et,
par la suite, remis en service par reperçage de
la lumière1.
Le plus ancien de ces canons a été fondu
aux alentours de 1719, sous le règne du roi
George 1er (1714-1727). Il porte les grandes
armes éclatées d’Angleterre réunissant les
fleurs de lys françaises, les léopards anglais, la
harpe irlandaise et les chevaux du Hanovre,
patrie d’origine du souverain. Sur la volée se
détachent les armes couronnées du “MASTER
OF ORDONANCE” chargé des fabrications
d’armement. Il s’agit en l’occurrence de John
Churchill, premier duc de Marlborough (16501722), qui a tenu ce poste de 1702 à 1711 et
de 1714 à 1722 (Voir BULLETIN DE L’ISPAN
No 3). Ces armes, ceintes du collier de l’Ordre de la Jarretière, sont portées par un aigle
bicéphale également couronné et portant la
devise “FIEL PERO DESDICHADO”. Il semble
que ce tube soit le seul connu portant de telles
armes. Ses anses sont formées de deux dauphins stylisés.
Les autres pièces anglaises
Plus tardives et légèrement plus courtes, les
deux autres pièces de bronze anglaises de la
Batterie du Pont-Levis sont identiques et ont
été fondues en 1742, sous le règne de Georges II (1727-1760). Elles présentent les armes
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est exposé au musée du Quartier des Officiers
à la Salle Albert Mangonès de la Citadelle
“L’Affettuoso” napolitain
Ce petit canon de campagne de calibre 4 a été
fabriqué le 21 mars 1795 à la Fonderie Royale
d’artillerie de Naples. Sur sa volée est inscrit
le chiffre 1, celui de Ferdinand 1er qui fut roi
de Naples de 1759 à 1816. Son premier renfort est orné d’un écu couronné et rayonnant
avec un F majuscule au centre, entouré de trois
fleurs de lys. Il est exposé au petit musée de
la Batterie Royale. Pièce extrêmement rare, le
seul autre exemplaire connu se trouve à Turin
en Italie. Il est exposé au petit musée du Quartier des Officiers.
La Citadelle-Musée
La plupart des pièces d’artillerie exposées à la
Citadelle et aux fortins de Ramiers proviennent de l’armée vaincue du Corps expéditionnaire du général Leclerc, mis en scène avec
soin, particulièrement à la Galerie des Canons
de la Batterie Royale. Un trophée de guerre
témoignant de la Victoire de 1803, acte fondateur d’un nouvel état créé dans les Amériques.
Un témoin concret de l’histoire militaire d’Haïti
et du nouveau continent.
Autant de dimensions qui confèrent à cette
collection, une portée majeure aussi bien sur
notre propre histoire que sur celle de l’Europe
et ses rapports avec l’Amérique. La valeur exceptionnelle de cette collection implique des
mesures de protection et de mise en valeur
tout aussi exceptionellles. Si durant les travaux
de restauration de la Citadelle Henry dans les
années 1980, la plupart de ces pièces ont été
inventoriées, nettoyées et placées sur des affûts
de présentation, l’aménagement de la Citadelle-Musée demeure encore un projet dont la
composante essentielle sera la présentation de
cette artillerie. La Citadelle-Musée est, désor-
mais, la vocation de cet édifice, plus que jamais
symbole d’une liberté chèrement acquise.
Cet article a éte adapté du texte “La grande batterie de
la Carabe” écrit par Marc Neuville et Michel Decker
au cours d’une mission réalisée en 1989 pour le compte
du projet ISPAN/PNUD/UNESCO.
Tulipe
Volée
Dessin allégorique de Marc Neuville
Anse
Tourillon
Renfort de culasse
Lumière
Plate-bande
Photo : ISPAN • 2009
Relief de culasse
Bouton de culasse
• L’”Affetuoso” napolitain
• L’anatomie d’un canon du XVIIIeme siècle
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• Elévation est du tombeau ornée du bas-relief des
armes du comte d’Ennery
• Dessin original du tombeau du comte d’Ennery à Port-au-Prince
retrouvé aux Archives de France - Section Outre-Mer
Sur la cour arrière de l’Eglise Saint-Anne du
Morne-à-Tuf, à Port-au-Prince, se dresse une
sépulture particulière tant par ses dimensions
que par son architecture, celle de Victor-Thérèse Charpentier, comte d’Ennery, ancien gouverneur de la Colonie de Saint-Domingue
et des « isle sous le Vent ». Ce monument
historique nous est parvenu dans un état de
conservation qui surprend. Il a reçu certes la
patine du temps mais tous – ou presque tous
- ces ornements ont traversé le temps avec
bonheur. Quand ont connaît les péripéties
que cette ville a connues depuis sa fondation en 1749, la plus récente étant le séisme
du 12 janvier dernier, cela étonne avec raison.
Cette tombe et quelques autres dont celle
de l’aide de camp de Jean-Jacques Dessalines,
Charlotin Macadieux, assassiné avec l’empereur au Pont-Rouge, se partagent cette partie du terrain. On peut remarquer aussi sur le
site une plaque de marbre blanc, située à l’intérieur de l’église de Sainte-Anne, qui signale,
plutôt modestement, qu’ici fut enterré Jean
Nicolas Billaud-Varennes1, Il s’agit de l’ancien
cimetière colonial de Port-au-Prince. Erigé sur
un terrain vague situé au sud de la ville coloniale, il reçut ses premiers ossements en 1775.
Moreau de Saint-Méry, dans sa Description ... de la Partie française de l’isle de
Saint-Domingue en a fait l’historique et
nous en a laissé une description fidèle.
«Dans une chapelle (aujourd’hui disparue) que
Photo : ISPAN • 2010
Illustration : Archives Nationales de France • Section Outremer
Le mausolée du comte d’Ennery,
monument historique
la paroisse a fait construire au milieu de ce cimetière, en 1786, est le monument érigé à la
mémoire de M. le comte d’Ennery, en vertu d’un
arrêt du Conseil supérieur de Port-au-Prince
du 16 décembre 1776, qui nomma en même
temps les commissaires pour recevoir les plans
du mausolée et dresser les inscriptions qui devaient y être placées. Sur le rapport de ces
commissaires, le conseil adopta, le 22 février
1777, les plans de M. Hesse, ingénieur. Dès le
2 Mars, cet officier fit exécuter un voussoir au
dessus du cercueil et y fit placer en pierres de
taille, les fondations pour recevoir le mausolée.
On donna des ordres au mois de Juillet (1777)
pour son exécution, et M. Jean-Baptiste Vence,
négociant de Marseille, en chargea M. Fossaty,
Italien, habile sculpteur en marbre, qui se trouvait
dans cette ville. Le travail étant fini au mois d’Avril
1778, on le mit en magasin à Marseille, pour attendre, suivant l’intention du conseil du Port-auBillaud-Varenne, Jean Nicolas (1756-1819)
Homme politique français. Avocat au Parlement de Paris
(France), Acquis aux idées révolutionnaires et inscrit au Club
des Jacobins, il avait fait paraître dès 1789 une violente critique
du Despotisme des Ministres de France, puis un pamphlet, Acéphaloctratie (1792), où il affirmait ces convictions républicaines.
Député montagnard à la Convention, puis membre du Comité
de Salut public (juin 1793), il contribua à faire adopter par
l’Assemblée les bases d’un gouvernement révolutionnaire. Il fut
déporté en Guyane en 1795 et refusa l’amnistie de Bonaparte.
Il se réfugia en Haïti en 1816 après le retour des Bourbons sur
le trône de France. Il meurt à Port-au-Prince en 1819, en prononçant ces paroles qui résument son caractère de républicain:
“ Mes ossements, du moins, reposeront sur une terre qui veut
la liberté ; mais j’entends la voix de la postérité qui m’accuse
d’avoir trop ménagé le sang des tyrans d’Europe”.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 14 • 1er juillet 2010 • 9
• Elévation sud du tombeau d’Ennery
Photos : ISPAN • 2010
Prince, que la paix fût publiée ; et au mois de
Janvier 1783, avant de la faire encaisser, M. Vence
l’exposa pendant 15 jours à la curiosité publique.
Ce mausolée, … est arrive à la fin du mois
de Mars 1784 (à Saint-Domingue), sur le
navire le Saint Xavier de Marseille, capitaine Damicis, et est resté ensuite au magasin du roi, jusqu’à ce qu’on ait pu le poser.»
Le monument est simple et élégant. Il repose
sur deux marches en marbre blanc. La première marche est actuellement enfouie sous
terre. Le monument proprement dit forme
un parallélépipède aux proportions trapues,
reposant sur un socle. Il est surmonté d’une
voûte terminée en ses extrémités par des
frontons cintrés, à l’origine ornés de marbre
noir et d’une tête de mort sculptée dans du
marbre blanc. Seule la tête de mort du fronton
Est subsiste, quelque peu abîmé. Les marbres
noirs revêtant les frontons ont disparu, remplacés par un enduit en ciment, probablement
apposé récemment. Sur les faces Nord et Sud
du tronc de l’ouvrage, sont apposées d’épaisses
plaques de bronze qui ont bien résisté aux méfaits du temps. Elles portent des inscriptions
latines, faites de lettres en relief. Celle du Nord
nous renseigne sur la vie du défunt et celle
du Sud, porte en épitaphe un éloge funéraire.
Construit en blocs massifs de pierre de taille,
arrêté par des pièces de fonte, le monument
est couvert de marbre blanc en provenance
de Carrare en Italie, excepté le socle, lui, qui
était revêtu de marbre noir, aujourd’hui disparu.
La face Est du monument funéraire porte les
armoiries du comte d’Ennery finement taillées
en bas-relief. Le monument mesure 175 cm de
large, 211 cm de long pour une hauteur de 267
cm. Il nous est parvenu en un état de conservation très satisfaisant. Ces armoiries d’Ennery,
étaient surmontées, nous rapporte Moreau de
Saint-Méry, d’une « guirlande en festons où l’on
a incrusté un morceau d’airain en forme de
ruban, portant la devise gravée : A TOUT PAR
LA GUERRE ET FERMETE, qui est celle des
armoiries ». Cette pièce de bronze a disparu.
Victor-Thérèse Charpentier nait à Paris en 1732
(: Cabon).Très tôt, il choisit le métier des armes
et est promu au rang de Maréchal de Camp à la
fin de la Guerre de 7 ans (1756 - 1763). Après
avoir gouverné la Martinique de 1765 à 1772,
Charpentier devint, en 1775, le « Gouverneur
Général de Saint-Domingue et des Isles sous
le vent ». De santé chancelante, il consentit un
effort surhumain à mettre de l’ordre dans la
colonie et à préparer une éventuelle attaque
des Anglais. Il mourut le 13 décembre 1776 à
Port-au-Prince et fut inhumé au cimetière de
la ville, où ce monument funéraire lui fut élevé.
Le coeur de Charpentier fut embaumé puis expédié à Ennery, en France. Sa veuve et sa soeur
• Le tombeau, la cour de récréation et, au fond, l’église Sainte-Anne du Morne-a-Tuf
lui firent ériger un second tombeau orné de
sculptures taillées dans du marbre blanc et portant la signature de J. A. Houdon. Ce monument
est exposé actuellement au Musée du Louvre.
En arrière des ruines de l’église Sainte-Anne,
effondrée lors du séisme du 12 janvier 2010,
le terrain de l’ancien cimetière de Port-auPrince sert de cour de récréation à l’école de
fortune érigée en bois pour remplacer l’an-
cienne école complètement démolie elle aussi.
Sans protection physique ou légale, ignoré
par beaucoup, aujourd’hui et encore plus
qu’hier, le mausolée du comte d’Ennery,
constitue un rare témoin concret de la Colonie de Saint-Domingue à Port-au-Prince.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 14 • 1er juillet 2010 • 10
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
Photo : ISPAN • 2010
Les Lions du Palais de Justice sauvés
Les services techniques de l’ISPAN ont procédé
au sauvetage des Lions du Palais de Justice, qui
étaient enfouis sous les décombres de la bâtisse effondrée lors du séisme du 12 janvier 2010. Lors de
l’opération de démolition et de déblayage au bulldozer entrepris par le Ministère de la Justice, ces statues, dont l’une a été sérieusement endommagées
étaient encore sous des masses de béton.
Après récupération des morceaux éparpillés sous
les gravas, ces statues pesantes ont été transportées
et entreposées dans les dépôts de l’ISPAN.
Suite à des démarches entreprises par la Direction générale de l’ISPAN auprès des Ateliers-Ecoles
• Un des “Lions” avant l’émbarquement pour les
Ateliers-Ecoles de Camp-Perrin
• Un des “Lions” du Palais de Justice, placé sur son socle près
du kiosque du Champ-de-Mars (fin du XVIIIe siècle)
Le BULLETIN DE L’ISPAN No 14 a été réalisé par :
• Daniel Elie et Philipe Châtelain pour la documentation et la rédaction des textes;
• Daniel Elie, Guerda Romain pour l’édition et
l’infographie;
• Pascale René et Guerda Romain, pour la relecture et
les corrections;
• Raphelle Castera, Daniel Elie, Karine Rocourt pour
les photographies.
La direction et la distribution du BULLETIN sont
assurées par le Service de la Promotion de l’ISPAN
de Camp-Perrin, réputés pour leur fonderie et la
qualité de leurs travaux, les statues y ont été transportées. Elles y subiront une restauration intégrale,
avant de retourner à la Capitale.
Ces deux superbes statues identiques, coulées
dans de la fonte, représentent des lions assis. Elles
ornaient le grand escalier d’entrée du Palais de Justice. Précédemment, elles décoraient un petit kiosque en fer et fonte érigé au Champ-de-Mars sous
la présidence de Lysius Félicité Salomon. De là, elles
furent transportées et installées dès l’achèvement
du chantier du Palais de Justice en 1934. Depuis, la
tradition populaire les a dénommées : « Lions du
Palais de Justice»
Une première analyse de la qualité de la fonte
de ces statues effectuée par les techniciens de
l’Ateliers-Ecoles de Camp-Perrin, révèle qu’elles dateraient de la seconde moitié du XIXe siècle. Ce
qui démentirait une fois pour toute la légende qui
ferait d’elles les « Lions du Palais de Sans-Souci »,
palais royal érigé dans le Nord d’Haïti par Henry
1er en 1811 et saccagé à la mort du roi en 1820.
Ces statues étaient d’ailleurs réputées coulées dans
du bronze.
Palais National
Le projet de restauration est lancé
Avec un financement de l’ordre de 20 millions de
Gourdes, le chantier de restauration du Palais National, sévèrement atteint par le séisme du 12 janvier, a
effectivement débuté le 20 juin dernier. Cette première phase consistera en ce que les restaurateurs
appellent les « mesures conservatoires » devant
précéder toutes interventions de restauration proprement dites. Ces mesures conservatoires, opération délicate, prépareront sous diverses formes les
interventions futures.
Mise à part la dépose des éléments dangereux et
jugés inutiles à la stabilité structurelle de l’ouvrage
et la stabilisation provisoire des parties saines de
l’ouvrage, l’ISPAN entreprendra la reconstitution
des plans du Palais, dans l’état où il était avant le
séisme. Des relevés architecturaux réalisés in situ,
sur les ruines et les documents déposés dans des archives publiques ou dans des collections particulières, des photographies anciennes, les plans originaux
dressés par Georges Baussan, l’architecte du Palais
(Voir BULLETIN DE L’ISPAN No 6) permettront de
reconstituer l’histoire de la construction, des modifications qu’elle a subies durant ses premières années
d’existence. Cette relation diachronique du bâtiment est essentielle pour sa compréhension globale,
l’établissement définitif du parti architectural de restauration à adopter et la définition de l’utilisation
future de l’ouvrage une fois restauré.
Des descriptions minutieuses et exhaustives de
tous les matériaux composant tant le gros œuvre
que la finition, au besoin étayé par des analyses en
laboratoire devront compléter la connaissance objective du monument historique.
Les mesures conservatoires s’accompagneront
également de la démolition d’ouvrages non historiques, annexes au Palais National, construits à une
époque récente et qui se sont révélés irrécupérables
suite aux tests de résistance. De plus, ces ajouts malheureux ont contribué à dénaturer l’environnement
immédiat du monument historique. En se référant
à la Charte de Venise (1964) [… toute construction nouvelle, toute destruction et tout aménagement qui pourrait altérer les rapports de volumes
et de couleurs seront proscrits ], seront démolis :
l’ancien mess des Officiers construit dans les années
70, le bâtiment dénommé Annexe II, partiellement
effondré et le local du corps de sécurité dit des Cat
Team.
L’usage futur du Palais national reconstruit à
l’identique, mais avec une structure allégée, suivra les
lignes directrices rédigées par une groupe d’architectes, d’ingénieurs et d’intellectuels haïtiens en mars
dernier : « Sa restauration ne devrait envisager que
les fonctions d’apparat et les activités officielles de la
Présidence (réception officielle, réunion du Conseil
des Ministres, etc.). La visite du monument historique devrait également être prise en compte ». Elle
intègrera du même coup l’article 5 de la Charte de
Venise qui recommande que : « La conservation des
monuments est toujours favorisée par l’affectation
de ceux-ci à une fonction utile à la société; une telle
affectation est donc souhaitable mais elle ne peut
altérer l’ordonnance ou le décor des édifices. C’est
dans ces limites qu’il faut concevoir et que l’on peut
autoriser les aménagements exigés par l’évolution
des usages et des coutumes ».
Il est fortement symbolique que la reconstruction officielle de Port-au-Prince, suite au séisme du
12 janvier 2010, démarre avec la réhabilitation du
Marché Hyppolite (Voir le BULLETIN DE L’ISPAN
No 13) et la restauration du Palais National, tous
deux monuments emblématiques de la Capitale
haïtienne.
Formation du CIC-Haïti à l’UNESCO
La Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina
Bokova, a invité par lettre en date du 17 juin écoulé,
M. Daniel Elie, Directeur général de l’ISPAN à faire
partie des dix experts internationaux désignés pour
former le comité international de coordination pour
la sauvegarde du patrimoine culturel haïtien (CIC).
Les statuts de ce Comité ont été approuvés par le
Conseil exécutif de l’UNESCO, lors de sa 184ème
session, en avril 2010.
Les membres de ce comité, en coopération avec
les organismes haïtiens, conseilleront la Directrice
générale de l’UNESCO sur les mesures propres à
améliorer et renforcer la coopération internationale
pour la sauvegarde du patrimoine culturel d’Haïti.
M. Daniel Elie participera les 7 et 8 juillet prochain
à la première session plénière du Comité, qui aura
lieu à la Salle XII, au siège de l’UNESCO à Paris.
Madame le Ministre de la Culture et de la Communication de la République d’Haïti, Marie-Laurence
Jocelyn-Lassègue aura le privilège d’inaugurer la
séance.
Sauvetage des bas-reliefs
du Pavillon de Cuba
L’ISPAN poursuite sa campagne de sauvetage des
biens culturels publics menacés de destruction par
des interventions de démolition et de déblayage des
bâtiments affectés par le séisme du 12 janvier 2010.
Ainsi, l’ISPAN a procédé le 22 juin dernier, à la dépose des bas-reliefs en granite qui ornaient l’entrée
de l’ancien Pavillon de Cuba de la Cité de l’Expo-
BULLETIN DE L’ISPAN • No 14 • 1er juillet 2010 • 11
Photo : Patrick Vliaire • 2010
• Le bas-relief du Pavillon de Cuba
barrage de la Centrale d’Outardes-3, en conditions
hivernales, dans le but de saisir l’interaction dynamique entre le barrage, l’eau de retenue, le couvert de
glace et la fondation. Ces études sur le terrain, très
complexes, ont permis de développer et valider des
modèles numériques innovateurs. Ainsi des barrages
de la Côte-Nord du Québec au barrage d’Emosson sur la frontière franco-suisse, ses travaux sur le
comportement dynamique des barrages en béton
par une approche numérique et expérimentale ont
mené à d’importants échanges avec la France, dont
une collaboration de recherche avec Électricité de
France et l’Office fédéral de l’économie des eaux
de Suisse. L’ingénieur Paultre est aussi reconnu pour
ses qualités de formateur. Du 17 au 27 mai, des
professionnels haïtiens de divers horizons ont pris
part, à un séminaire de conception parasismique,
organisé par le CUSM.
L’ingénieur Paultre a promis une collaboration
technique au projet de restauration du Palais National.
Photo : ISPAN • 2010
sition du Bicentenaire de Port-au-Prince. Ce bâtiment loge actuellement le Bureau de la Chambre
des Députés, après avoir longtemps servi de siège
au Tribunal du Travail. Le sculpteur Patrick Villaire fut
chargé de ces travaux de dépose qu’il exécuta sous
la supervision des techniciens de l’Institut. Alerté par
le secrétaire général de la Chambre des Députés,
l’ISPAN a pu réagir sans délai pour effectuer le sauvetage de cette importante œuvre d’art réalisée par
l’artiste cubain Drabanet.
• Visite de chantier du Palais National. De g. à d. : Bernard Millet, Architecte, Patrick Paultre, Ingénieur, Elsoit Colas, Ingénieur
et Daniel Elie, Architecte.
• L’opération de dépose du bas-relief
Visites de personnalités au chantier
du Palais National
L’ingenieur Patrick Paultre, de l’Université de
Sherbrooke a visité les chantiers du Palais National
ce samedi 26 juin 2010. Il était accompagné de M.
Bernard Millet, architecte-conseil du projet de retauration du Palais. L’ingénieur Elsoit Colas et l’Architecte Daniel Elie de l’ISPAN ont dirigé cette visite
de chantier.
L’ingenieur Patrick Paultre est un pionnier et un
spécialiste de réputation mondiale dans le domaine
des bétons à hautes performances et dans le comportement des structures sous charges dynamiques
et sismiques. Il travaille dans ce domaine depuis plus
de 20 ans dans le but d’améliorer la sécurité des
ouvrages de génie civil ainsi que leur durée de vie
et ce, dans un esprit de développement durable. Ses
travaux, ont conduit, entre autres, à des changements
dans les normes de construction canadiennes mais
aussi françaises. En 1995, pour une première mondiale, Patrick Paultre a réalisé des expériences sur le
Le dimanche 27 juin, les chantiers du Palais National ont reçu la visite du ministre de la Culture et
ce la Communication de France, M. Frédéric Mitterand. Cette visite du chantier fait suite à une mission
techniques organisée par le ministère de la Culture
francais et conduite par M. André Delpuech, du Musée des Arts Premier (Paris) qui a produit au mois
d’avril 2010, un excellent rapport sur l’importance
architecturale et symbolique du Palais National. Guidé par M. Daniel Elie, Directeur général de l’ISPAN,
M. Frédéric Mitterand s’est ensuite rendu au centre
historique de Port-au-Prince où il a pu visiter, entre
autres, les ruines du Palais des Ministère et celles de
la Cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince. Il a
pu ainsi se faire une idée plus précise de la destruction de la ville, suite au séisme de janvier 2010.
Arrivé samedi en Haïti pour une visite de 48
heures, M. Mitterrand a participé à plusieurs activités culturelles dont une exposition de peintures
intitulée “Malraux-Saint Soleil, 35 ans après” pour
marquer la rencontre en Haïti en 1975 du célèbre
écrivain français avec des peintres haïtiens du mouvement Saint-Soleil.
M. Mitterand a inauguré également l’atelier de
fortune installé sur la cour du MCC destinée a heberger les travaux de restauration du tableau de
Guillaume Guillon Lethière, le «Serment des Ancêtres» endommagé lors du séisme du 12 janvier dernier (Voir le BULLETIN DE L’ISPAN No 10)
Une réédition opportune
Les Editions Henri Deschamps ont publié
au courant du mois de juin 2010, une seconde édition du “Palais National de la République d’Haïti” de Georges Corvington
(136 pages, couverture cartonnée, 17,3 cm
x 24,9 cm). Cet ouvrage de l’historien de la
ville de Port-au-Prince retrace l’histoire de
tous les bâtiments qui ont hébergé à Port-auPrince, le siège du pouvoir exécutif : le palais
des Gouverneurs de la Colonie de Saint-Domingue, le palais construit en 1882 selon
les plans de Léon Laforestrie, l’actuel palais
national construit au début du XXème siècle
par Georges Baussan et également toutes les
résidences qui ont servi de siège provisoire à
la présidence de la République dans la capitale haïtienne. Richement illustré de photographies en couleur et abondamment documenté, le “Palais National d’Haïti” nous livre
de précieuses informations également sur ses
occupants successifs.
Licencié à la Faculté de Droit de Port-auPrince, sa ville natale, Georges Corvington
commence à cultiver l’histoire dès 1963. De
1970 à 1991, il publie sept tomes de la série historique «Port-au-Prince au cours des
Ans». Ces sept tomes ont fait également l’objet d’une nouvelle édition publiée par CIDIHCA, mais réduit à quatre tomes. Viceprésident de la Société Haïtienne d’Histoire
et de Géographie, membre de l’association
des Ecrivains de langue française, membre
de la société d’Histoire d’outre-mer, membre
du jury du prix littéraire Henri-Deschamps,
Georges Corvington continue à s’adonner
aux recherches historiques et assurer la rédaction de la revue de la Société Haïtienne
d’Histoire et de Géographie.
Cette réédition arrive à point : le Palais national s’est effondré lors du séisme du 12
janvier dernier. Sa restauration a débuté ce
mois-ci et la première édition était complètement épuisée.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 14 • 1er juillet 2010 • 12