(2009-09) Bulletin de l'ISPAN, No 4 : Le fort Drouet redécouvert
Resume — Le 3 août 2009, une équipe technique de l'ISPAN atteint la chaîne des Matheux sur les hauteurs de Délices, 5e section communale de l'Arcahaie, en profitant d'une route nouvellement construite, et documente le front bastionné du fort Drouet.
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Le 3 août 2009, une équipe technique de l'ISPAN atteint la chaîne des Matheux sur les hauteurs de Délices, 5e section communale de l'Arcahaie, en profitant d'une route nouvellement construite, et documente le front bastionné du fort Drouet. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
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Photo : ISPAN 2009
numéro 4, 1er septembre 2009
BULLETIN DE L’ISPAN
• Le front bastionné st du fort Drouet
Le fort Drouet
redécouvert
Le 3 août 2009, une équipe technique
de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine
National (ISPAN) s’est rendu en mission de
reconnaissance dans la chaîne des Matheux,
sur les hauteurs de Délices, 5e section
communale de l’Arcahaie.
Profitant de la construction de la nouvelle
route entreprise par le Centre National
d’Equipements (C.N.E.) qui reliera bientôt
Cabaret à La-Chapelle, dans l’Artibonite, et
qui permet déjà d’accéder facilement à une
région qui a été, vers la fin du XVIIIe siècle,
une zone importante de production caféière,
l’ISPAN a entrepris cette mission dans le but
d’investiguer, de découvrir et d’identifier, in
situ, les vestiges des nombreuses installations
agricoles et militaires qui ont été signalés
dans des textes et mémoires d’archives.
Cette route spectaculaire, qui conduit
à partir de Cazale à plus de 1300 mètres
d’altitude, offre des vues extraordinaires à la
La suite de l’article sur les fortifications de Marchand-Dessalines vous sera présentée au
prochain numéro de BULLETIN DE L’ISPAN. La récente visite de l’ISPAN au fort Drouet et
à l’habitation caféière coloniale de Dion dans les Matheux s’est révélée si fructueuse et si
importante que nous nous sommes empressés de vous en communiquer les résultats.
fois sur le golfe de la Gonâve et sur la vallée de
l’Artibonite que sillonne majestueusement le
fleuve du même nom. Cette route, quoique
non encore revêtue d’asphalte, permet déjà
d’accéder en moins d’une heure au sommet
des montagnes de la chaîne des Matheux.
À l’occasion de cette mission, les
techniciens de l’ISPAN ont pu identifier une
construction militaire et trois habitations
caféières. Il s’agit du fort Drouet, des ruines
de l’habitation caféière Dion et de celles de
deux autres habitations caféières dont les
noms d’origine et les parties constructives,
à la phase actuelle des recherches et de nos
connaissances, n’ont pas encore été établis
avec certitude.
Laissant le véhicule au lieu-dit Kotad,
on accède au fort Drouet par un chemin
de crête au bout d’une heure de marche.
Construit au lendemain de la proclamation
de l’Indépendance selon une ordonnance de
Jean-Jacques Dessalines datant de mars 1804,
ce fort fait partie de la vingtaine d’ouvrages
fortifiés conçus et réalisés sur tout le territoire
pour faire face à un éventuel retour offensif
des Français (Voir BULLETIN DE l’ISPAN
No 3). Il s’agit d’une imposante construction
constituée d’un épais mur d’enceinte, faisant
par endroits plus de cinq mètres de hauteur,
percé de nombreuses meurtrières pour le tir
au fusil et d’embrasures à canon. Ces murs
d’enceinte entourent une place d’armes sur
laquelle se trouvent une poudrière classique
faite de forte maçonnerie et deux citernes
destinées au stockage de l’eau. Deux canons
en fonte gisent côte à côte sur le sol, semblant
Sommaire
• Le fort Drouet
• L’habitation caféière coloniale de Dion
• Chronique des monuments et sites
historiques d’Haïti
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à informer
le public sur l’actualité de la protection et la mise en valeur des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de
la République d’Haïti. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour recevoir
régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 4 • 1er septembre 2009 • 1
Photo : ISPAN 2009
attendre encore leur position définitive. Un
troisième est placé à une embrasure de la
façade Est.
Positionnée sur une éminence, cette
fortification à cinq bastions, dont le plan
ressemble fortement à celui du fort
Madame à Marchand-Dessalines, contrôle
un très large périmètre et joue le rôle de
vigie portant ses vues à la fois sur le golfe
de la Gônave et la vallée de l’Artibonite. Le
fort Drouet établit, également, un contact
visuel avec le fort Delpêche (1804) situé
vers l’Ouest dans les mornes surplombant
Willliamson et Carriès.
Placé dans une importante zone de production de café, le fort a été construit juste
au-dessus d’une grande habitation caféière,
datant, de toute évidence, de la période coloniale française et dont les ruines imposantes permettent de distinguer deux immenses bâtiments. Le premier est caractérisé
par de vastes salles pourvues de multiples
cheminées. Ces salles pourraient avoir servi
d’ateliers de traitement ou de stockage des
fèves de café. Le second, placé en contrebas
et auquel on accède par un escalier monumental, domine le golfe de la Gônave et offre, au loin, une impressionnante vue de la
côte et de la plaine de l’Arcahaie.
• Le fort Drouet
Photos : ISPAN 2009
NOTE : Pendant que nous procédions au montage du
BULLETIN DE L’ISPAN No 4, le CNE, à la demande de
la DG de l’ISPAN, a ouvert, en moins de quinze jours,
la route menant de Kotad au fort Drouet et a procédé
à son nettoyage, selon les spécifications techniques de
l’Institut. Le monument historique est actuellement
accessible en voiture tout-terrain, depuis le 30 août.
• Les ruines de la caféterie que domine à l’Est le fort Drouet
À partir des informations recueillies
auprès des habitants des Délices (Section
communale de l’Arcahaie) et poursuivant la
route vers l’Est, en direction de La-Chapelle
pendant une dizaine de minutes, l’équipe de
l’ISPAN s’est ensuite rendu au lieu-dit KaDyon, où elle a pu découvrir les vestiges
de la plus importante installation caféière
coloniale identifiée jusqu’ici dans le pays. Son
importance en superficie dépasse celle de
l’habitation Séguineau, située près de FondBaptiste, et celle de Beaucher à Marmelade,
répertoriées en 2003 par la Fondation pour
le Développement Durable et Intégrée de
Marmalade (FONDDIM) et l’ISPAN.
Les ruines de l’habitation Dion s’articulent
autour d’immenses glacis couvrant une
superficie approximative de 4200 mètres
carrés. On y retrouve les ruines de la
Photos : ISPAN 2009
L’habitation caféière coloniale de Dion
et ses ruines de logements d’esclaves
• Les ruines de la caféterie de l’habitation Dion
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Par les couches d’utilisation qu’ils ont
créées en quelques dizaines d’années
d’existence, ces logements d’esclaves des
habitations caféières coloniales devraient
faire l’objet de recherches archéologiques
poussées qui permettraient de mettre à
jour des aspects entièrement méconnus
de l’esclavage à Saint-Domingue. Les
habitations caféières coloniales de la chaîne
des Matheux et particulièrement l’habitation
Dion constituent une extraordinaire mine
d’informations sur la vie quotidienne des
esclaves de Saint-Domingue.
NOTE : Cette mission exploratoire aux Matheux était
composée de P. Châtelain, Architecte, d’E. Colas, Ingénieur, et de D. Elie, Architecte. Elle fut réalisée grâce aux
précieuses informations communiquées par M. JeanMaurice Buteau et de l’Ingénieur Jude Célestin, DG du
C.N.E., concernant la localisation géographique exacte
de l’habitation Dion et du fort Drouet.
Photos : ISPAN 2009
ces infrastructures contre les incursions
ravageuses des révoltés par la construction
de vigies, de postes de surveillance, de
blockhaus et par la création de milices
armées, les colons démantelèrent finalement
leurs installations et migrèrent avec leurs
nombreux esclaves vers la Nouvelle-Orléans
et surtout dans la partie orientale de Cuba.
Dans la province d’Oriente à Cuba, les colons
français et leurs esclaves reproduisirent les
habitations caféières de Saint-Domingue sur
les pentes des sierras autour de Santiago
et transformèrent radicalement la région
tant au niveau économique qu’au niveau
culturel. Toute la collection des vestiges de
ces habitations caféières de Cuba a été
inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial
par l’UNESCO en l’an 2000 sous le nom de
Cafétales Franco-Haitianos.
• Une rangée de cellules d’esclaves à l’habitation Dion
• Orthophotographie de l’habitation Dion, repérée à 18˚ 52,507” N et à 78˚ 22,741” O
5
5
2
1
3
6
4
5
6
6
5
5
1. Caféterie
2. Enclos
3. Entrepôt (?)
4. Glacis
5. Cellules d’esclaves
6. Citernes
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Document Googlearth
caféterie proprement dite, des réservoirs
d’eau de pluie alimentés par des canalisations
et d’un bâtiment qui vraisemblablement
devait servir d’entrepôt.
Cependant, la découverte la plus
surprenante de cette visite de l’habitation
Dion a été localisée en contrebas des glacis,
en prolongation vers l’Est, où se trouvent
disposés, autour d’une vaste cour centrale,
trois édifices identiques construits en forte
maçonnerie mesurant environ 32 mètres de
long sur 5 mètres de large. Ils sont constitués
chacun de 7 cellules d’environ 4 mètres sur
4 mètres : il s’agit des logements des esclaves
de l’habitation. À ces trois édifices, il faut de
plus adjoindre deux autres corps de bâtiment
abritant des logements d’esclaves également
et constitués de quatre rangées de cellules
chacune. Ces deux bâtiments, eux, sont
situés à l’entrée Ouest de l’habitation.
Ces bâtisses en maçonnerie forment,
sans conteste, le plus important groupe
de logements d’esclaves identifiés jusqu’à
aujourd’hui en Haïti.
Il est important de rappeler que la
culture du café a fait son apparition à SaintDomingue vers les années 1740 et se
propagea à une vitesse fulgurante à travers
la colonie. Elle s’établit sur les contreforts
et les sommets des montagnes (en plein
territoire du marronnage) où elle trouva le
climat idéal pour son développement. À la
veille de la révolution, 50 ans plus tard, le
café arrivait même à concurrencer le sucre,
denrée par excellence de la colonie. Alors
qu’en 1750 on produisait 7 millions de livres
de café, en 1789, déjà, la production atteignit
le chiffre record de 77 millions de livres.
Les plus importantes zones de production
caféière de la colonie se situaient dans l’axe
Plaissance - Marmelade - Dondon dans le
Nord, dans la chaîne des Matheux, dans les
hauteurs de Cabaret jusqu’à Goyavier, près
de Saint-Marc, et sur le versant sud du massif
de la Selle.
Si dans les habitations sucrières des plaines,
les esclaves jouissaient du loisir d’édifier
leurs propres logements qu’ils finissaient
par réunir en de véritables petits villages,
dans les mornes, ils étaient traités comme
de véritables bagnards, enfermés dans une
prison et subissant le contrôle permanent
des commandeurs, sous le regard vigilant
du colon. C’est ce qui explique le caractère
carcéral de l’architecture des logements
d’esclaves des habitations caféières. Les
cellules de l’habitation Dion illustrent
parfaitement cette condition de servitude.
Le développement de l’exploitation du
café par les colons de Saint-Domingue
fut définitivement interrompu lors des
troubles de la Révolution. Après une brève
et infructueuse tentative de défendre
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
Exposition sur le centre historique
de Jérémie
Depuis le samedi 22 août 2009, l’ISPAN
présente au Centre Culturel Numa-Droin,
au Lycée des Jeunes Filles de Jérémie,
une exposition sur le thème : «Le centre
historique de Jérémie, un patrimoine en péril».
Cette exposition rentre dans le cadre d’une
campagne de sensibilisation entreprise par
l’ISPAN et la Mairie de Jérémie et a été conçue
pour souligner la richesse et les potentialités
des bâtiments anciens et des espaces urbains
du centre historique de la ville, ainsi que les
dangers, les menaces et les défis auxquels ils font
face aujourd’hui. Constituée de 40 panneaux
d’environ 90 x 120 cm abondamment illustrés
et s’appuyant sur une solide documentation,
cette importante exposition a pu être réalisée
grâce à l’appui financier du Bureau du Premier
Ministre et de la Fondasyon Konesans ak Libète
(FOKAL).
Cette exposition a reçu un accueil
enthousiaste, auprès des jeunes Jérémiens et
des visiteurs de passage à l’occasion de la SaintLouis, la fête patronale. Le public a manifesté
une très grande curiosité et démontré
un intérêt énorme ainsi qu’une profonde
préoccupation pour la préservation et la mise
en valeur du patrimoine de leur ville. Conçue
pour être aisément transportable, cette
exposition est appelée à voyager à travers les
principales villes de la Grande-Anse. L’ISPAN
souhaite ardemment pouvoir obtenir les fonds
nécessaires pour réaliser une seconde version
de cette exposition à Port-au-Prince, Le
Premier Ministre, Mme Michèle Pierre-Louis
lors de son passage le 25 août dernier dans
la ville a visité avec beaucoup d’intéret cette
exposition.
Difficile gestion des PNH*
Suite à une coupure de son budget
d’investissement survenu au mois de mai
2008, l’ISPAN a dû arrêter net tous ses projets
et activités en cours. On se souvient des
péripéties du chantier du mur de soutènement
de l’escalier monumental du Palais du Roi
à Sans-Souci (voir BULLETIN DE L’ISPAN
No 2). Les travaux d’aménagement du Parc
National Historique de Marchand-Dessalines
et la restauration des forts Culbuté et Décidé
furent également stoppé brusquement, sans
mesures conservatoires, pour les mêmes
raisons. Ainsi, le personnel de soutien du Parc
National Historique Citadelle Henry, Palais de
Sans-Souci et le Site fortifié de Ramiers n’ont
pu depuis recevoir leur salaire mensuel. Une
dette dépassant les douze mois de salaire s’est
accumulée entre temps ! Suite aux différentes
démarches entreprises par l’Institut, auquel
s’est associé le Ministère de la Culture, les
gardiens, les jardiniers et autres techniciens de
surface employés au Parc seront finalement
rémunérés, grâce à une donation du Ministère
de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
(MICT). Ce qui arrive à point en ces jours
difficiles précédant la rentrée des classes.
Leurs activités au Parc étant pérennes
et incontournables, la Direction générale
de l’ISPAN est entrée immédiatement en
pourparler avec le Ministre de la Culture afin
que ce personnel hautement indispensable
soit, enfin, pris en charge sur le budget de
fonctionnement de l’Institut. Une nouvelle
bataille pour la sauvegarde du Patrimoine
national est engagée.
La Direction générale de l’ISPAN a, par
correspondance officielle, remercié de leur
immense patience ces femmes et ces hommes
sur qui effectivement repose aujourd’hui
l’intégrité de ces Monuments historiques
classés Patrimoine Mondial par l’UNESCO en
1982.
Photos : ISPAN et Martin Guiton Dorimain 2009
* Parcs Nationaux Historiques
De g. à d. et de h. en b. :
• Le Premier Ministre, Mme Michèle Pierre-Louis signant le livre des invités
• M. Maurice Léonce, historien de la ville, admirant une des planches de l’exposition
• Une vue générale de l’exposition
Fort Jacques, nouvelle fissure
La Direction technique de l’ISPAN a effectué
le 22 juillet dernier une visite d’inspection au
Parc National Historique des forts Jacques et
Alexandre de Fermathe. Au cours de cette
visite, les techniciens ont pu observer une
nouvelle fissure horizontale longue de 20
mètres linéaires au niveau supérieur du bastion
circulaire (Nord-Ouest) de la fortification.
Selon l’ingénieur Brunache, Directeur régional
de l’ISPAN-Nord, qui faisait partie de la mission,
ce décollement du mur serait dû à l’eau de
pluie qui, s’infiltrant dans le parquet supérieur,
exerce une poussée considérable sur les murs
du bastion. Cette fissure profonde, occasionne
à son tour, de nouvelles infiltrations d’eau
à l’intérieur des murailles, affaiblissant ainsi
leur résistance. Le fort Jacques a fait l’objet
d’importants travaux de restauration au début
des années 80 par l’ISPAN. Il a été inscrit, avec
le fort Alexandre, sur la liste du Patrimoine
National en 1995 au titre de “Monument
historique de la République d’Haïti”.
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