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LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
1
INSTITUT HAÏTIEN DE STATISTIQUE ET D’INFORMATIQUE (IHSI)
LES COMPTES ECONOMIQUES EN 2024
DIRECTION DES STATISTIQUES ÉCONOMIQUES (DSE)
Décembre 2024
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
2
SOMMAIRE
I-
RÉSUMÉ : LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT A ENCORE
CHUTÉ EN 2024 _______________________________________________________ 4
II-
ANALYSE SECTORIELLE DU PIB ________________________________________ 9
2.1.-
Chute de l’Agriculture (CITI 01 – 03) ______________________________________ 9
2.2-
Baisse continue des Industries Extractives (CITI 05 – 09) ______________ 11
2.3-
Contraction des Industries Manufacturières (CITI 10 – 33) _____________ 11
2.4-
Baisse continue des Services de Base ______________________________________ 12
2.4.1- Electricité (CITI 35) _____________________________________________________________ 12
2.4.2- Eau (CITI 36-39) __________________________________________________________________ 13
2.5-
Régression du secteur de la Construction (CITI 41-43) __________________ 13
2.6-
Contraction des branches Commerce (CITI 45–47), Transport et
Entreposage (CITI 49-53), Hébergement et Restauration (CITI 55-56) _ 14
2.7-
Hausse légère de la branche Communication (CITI 58-63) _______________ 17
2.8-
Croissance positive des activités financières et d’assurances (CITI 5466) ____________________________________________________________________________ 17
2.9-
Chute des activités immobilières (CITI 68) _______________________________ 17
2.10- Administration Publique et défense… (CITI 84-94) _______________________ 18
2.11- Chute des branches Education (CITI 85), Santé et Action Sociale (CITI
86-88) ________________________________________________________________________ 18
2.12- Chute légère des Autres Activités de Services (CITI 69-75; 77-82; 90-96;
97-98) ________________________________________________________________________ 19
III- OFFRE ET DEMANDE GLOBALES _______________________________________ 19
IV- PERSPECTIVES _________________________________________________________ 23
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
3
I-
RÉSUMÉ : LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT A ENCORE
CHUTÉ EN 2024
L’économie haïtienne a affiché en 2024 sa sixième année consécutive de
contraction. Le Produit Intérieur Brut (PIB), en valeur constante, est estimé à 568,0
Milliards de gourdes pour l’exercice fiscal 2023-2024, contre 592,7 Milliards pour
l’exercice fiscal antérieur, soit un repli de 4,2%. Cet abaissement constitue le plus fort
déclin de l’économie, jamais enregistré, depuis la chute de 5,7% du PIB en 2009-2010,
consécutive au séisme dévastateur du 12 janvier de la même année.
En effet, le pays a connu au cours de ces six dernières années un enchaînement
d’événements défavorables, impactant grandement l’économie haïtienne en particulier avec une décroissance en moyenne annuelle de 2,3% du PIB - et la vie politique et sociale
du pays en général. Parmi les événements qui sont à l’origine du fort affaiblissement de
l’économie et de la quasi paralysie de la vie sociale, au cours de ces dernières années, on
relève notamment la pandémie du Covid 19, les cataclysmes naturels, l’assassinat du
Président de la République - avec l’instabilité politique et sociale accrue qui s’en est suivie et surtout la crise sécuritaire sans précédent avec son lot de criminalité, de décapitalisation
et de destruction de richesses.
L’économie a été, encore une fois, victime des soubresauts politiques, jumelés avec
un fléau d’insécurité sans commune mesure dans l’histoire contemporaine du pays. Les
conséquences de cette situation, notamment en termes de contraintes dans la libre
circulation des gens et des biens, de ralentissement drastique des activités, de fermeture ou
de déplacement de certaines entreprises, de pertes d’emplois et de déplacés internes, ont
grandement contribué à anémier l’économie haïtienne, diminuant ainsi considérablement
sa capacité à créer de la richesse en 2024.
Outre les entraves liées à l’écoulement des marchandises à l’intérieur du pays, en
raison du blocage des routes nationales numéro 1 et 2 qui desservent pas moins de neuf
départements sur dix, la fermeture temporaire de l’aéroport international Toussaint
Louverture au cours des deuxième et troisième trimestres de l’année fiscale 2024, la
suspension des vols commerciaux pendant la même période, ainsi que le refus de certaines
compagnies maritimes de long cours de rentrer dans
le Port
International
de Port-au-Prince, se révèlent être un choc énorme pour l’offre de biens dans l’économie
nationale.
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
4
Toutes les branches d’activité ont subi les conséquences désastreuses desdits chocs.
Ainsi, la contre-performance du PIB en 2024 résulte de la chute combinée des trois grands
secteurs d’activité économique. Le Secteur primaire, avec environ 90,2 Milliards de
gourdes, en valeur constante, a régressé de 5,7% contre 5,6% en 2023. De leurs côtés, avec
seulement 130,8 et 304,0 Milliards de gourdes constantes, les valeurs ajoutées des secteurs
secondaire et tertiaire ont chuté respectivement de 5,0% et de 3,9%, comparativement à
l’année précédente.
SECTEURS D'ACTIVITE
VARIATION
2023-2024 ANNUELLE
EN 2024
2019-2020
2020-2021
2021-2022
2022-2023
SECTEUR PRIMAIRE
110,573
106,066
101,277
95,585
90,153
-5.7
SECTEUR SECONDAIRE
146,314
142,731
142,442
137,150
130,803
-4.6
SECTEUR TERTIAIRE
339,375
330,994
325,721
316,233
303,953
-3.9
SOURCE : DSE / IHSI
Graphique 1
Repartition du PIB Sectoriel
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
5
Hormis le déclin du PIB, représentant l’offre interne, la situation qui a prévalu dans
les ports et aéroports constituait également des goulots d’étranglement pour l’offre externe,
en l’occurrence, l’Importation de biens qui a chuté considérablement (16,2%). De leurs
côtés, toutes les composantes de la demande globale ont également souffert de la situation
générale délétère du pays en 2024. La Consommation Finale, la Formation Brute de
Capital Fixe et l’Exportation ont toutes affiché des tendances baissières avec des taux de
décroissance respective, relativement forts de 4,4%, 36.3% et de 31,9%. La diminution de la
Consommation finale aurait pu être beaucoup plus prononcée sans cette bouffée d’oxygène
qu’ont toujours représentée les envois de fonds des travailleurs de la diaspora. Ils ont
franchi la barre de quatre milliards de dollars cette année : 4111,00 millions contre
3753,25, soit une hausse significative de 9,5%.1
Par ailleurs, tout en restant excessivement élevées dans l’économie, les hausses des
prix ont affiché une certaine décélération par rapport à l’année fiscale 2023. L’Indice
Général des Prix à la Consommation (IPC), dont la variation mesure l’inflation, a terminé
l’année fiscale avec des hausses respectives en glissement et en moyenne annuels de 27.9%
et 25,8 % en 2024 contre 31,8% et 44,1% en 2023.
MOIS
Octobre
Novembre
Décembre
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Moyenne annuelle
2020-2021 2021-2022 2022-2023 2023-2024
157.7
158.5
160.1
162
163.7
165.5
167.0
168.7
170.8
174.3
177.9
180.5
167.2
188.7
197.5
199.5
200.8
204.9
208.3
211.6
215.6
220.4
227.5
234.9
250.2
213.3
277.7
287.4
295.8
299.7
303.6
308.8
312.9
315.7
317.1
317.9
322.4
329.9
307.4
341.1
351.1
358.6
362.5
373.6
391.3
398.2
404.9
408.9
413.3
416.9
421.8
386.8
Glissement Glissement
annuel
annuel
(%)
(%)
47.1
22.8
45.5
22.2
48.2
21.2
49.3
20.9
48.2
23.0
48.3
26.7
47.9
27.3
46.4
28.3
43.9
28.9
39.8
30.0
37.3
29.3
31.8
27.9
44.1
25.8
Source: Bureau des Prix / IHSI
1
Banque de la République d’Haïti (BRH) : Balance des paiements 2024
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
6
Graphique 2
Evolution de l'Indice des Prix a la Consommation
Variation en Glissement Annuel
60.0
50.0
En %
40.0
30.0
20.0
10.0
-
octobre novembre decembre janvier
février
mars
Variation en 2023
avril
mai
juin
juillet
août septembre
Variation en 2024
Parmi les facteurs qui ont contribué au ralentissement de l’inflation en 2024 on
peut mentionner notamment (i) une meilleure disponibilité du carburant par rapport à
l’année dernière (ii) une baisse et relative stabilité du taux de change sur le marché formel
qui est passé de 141 gourdes en moyenne pour un dollar américain en 2023 à 132.2
gourdes en 20242 (iii) la réduction du financement monétaire du déficit fiscal (iv) la baisse
relative des cours mondiaux par rapport à l’année précédente, telle que corroborée par
l’indice FAO des produits alimentaires qui s’est établi à 113,1 en 2024 contre 119,8 en
2023, enregistrant ainsi une baisse de 5,6%3.
MOIS
2020-2021 2021-2022 2022-2023 2023-2024
Octobre
Novembre
Décembre
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
64.0
64.3
71.3
72.5
74.1
78.1
82.7
88.1
91.2
93.7
96.2
97.4
99.8
98.7
100.1
101.2
102.1
104.4
106.2
109.1
112.6
113.6
121.3
116.5
122.1
135.1
143.1
147.1
149.3
152.6
153.3
143.1
138.1
137.0
135.9
134.7
133.6
132.6
132.0
131.6
131.8
132.6
132.3
132.5
132.3
131.8
131.5
131.6
Moyenne annuelle
81.1
107.1
141.0
132.2
Glissement Glissement
annuel
annuel
(%)
(%)
22.4
9.4
36.8
-1.8
43.0
-7.8
45.4
-10.6
46.2
-11.7
46.2
-13.1
44.4
-13.7
31.1
-7.4
22.7
-4.2
20.6
-3.9
12.0
-3.2
15.7
-2.3
32.1
31.6
1: Taux de référence BRH
SOURCE: IHSI/BRH
2
3
Banque de la République d’Haïti (BRH) : Taux de change en 2024
FAO : Indice des prix des produits alimentaires en 2024
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
7
50,0
Graphique 3
Evolution du taux de change
Varition en Glissement annuel
40,0
En %
30,0
20,0
10,0
-
- 10,0
- 20,0
Variation en 2023
Variation en 2024
Par contre, il existe toujours dans l’économie des facteurs à forte tendance
inflationniste qui continuent de tirer les prix à la consommation, notamment :
• le renchérissement de manière incontrôlée et imprévisible du prix de revient des
marchandises en raison du rançonnage des transporteurs de marchandises et de
passagers pratiqué par les gangs armés sur les principales routes nationales ;
• le déséquilibre sans cesse croissant entre l’offre et la demande de biens sur le
marché à cause de l’empêchement de la libre circulation des biens, de la baisse de la
production nationale et des importations ;
• l’incertitude généralisée qui a prévalu continue d’alimenter les anticipations des
agents économiques avec des effets induits sur les rebondissements des prix à la
consommation ;
La persistance de l’inflation à deux chiffres dans une économie en dépression est
très problématique. Elle érode énormément le pouvoir d’achat déjà précaire des ménages,
limitant ainsi davantage leur accès à la consommation des biens de première nécessité.
Ajoutée aux centaines de milliers de déplacés internes qui ne peuvent plus exercer leurs
petites activités informelles génératrices de revenus (quoique faibles), ce niveau élevé de
l’inflation est de nature à accroître la population en insécurité alimentaire et à aggraver la
détérioration de ses conditions de vie. A ce propos, selon le rapport du mois d’août 2024 de
la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) sur l’IPC (Integrated Phase
Classification), un total de 5,4 millions de personnes risquait déjà de se trouver en situation
d’insécurité alimentaire aiguë.
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
8
II-
ANALYSE SECTORIELLE DU PIB
2.1.- Chute de l’Agriculture (CITI 01 – 03)
La valeur ajoutée, en volume, de la macro-branche Agriculture, Sylviculture,
Elevage et Pêche qui se chiffrait à 89,7 milliards de gourdes en 2023 est tombée à 84,6
milliards en 2024, soit un recul de 5,6%. Même si l’Agriculture n’a plus la même importance
des années 80 en termes de participation au PIB, la chute vertigineuse enregistrée dans ce
secteur depuis ces six dernières années devient de plus en plus préoccupante dans la mesure
où, jusqu’à présent, cette branche d’activité représente l’une des principales occupations de la
population active du pays, avec une prédominance, certes, en milieu rural. En effet, que ce
soit l’agriculture commerciale ou de subsistance, c’est ce secteur d’activité qui emploie le
plus de gens dans l’arrière-pays, bien qu’on ait décelé depuis quelque temps un « déplacement
générationnel vers d’autres activités non-agricoles en milieu rural » 4.
Le secteur agricole représentant la principale source de revenus pour une forte
proportion de la population se trouve en de très grandes difficultés depuis plusieurs décennies.
Les échanges avec les experts du MARNDR et de la CNSA révèlent que les obstacles
auxquels font face le secteur sont, à la fois, d’ordre structurel, naturel et conjoncturel.
Sur le plan structurel, la chute de la production agricole est inhérente à la résurgence
des multiples défis et contraintes récurrents qu’on évoque avec lassitude et qui ne cessent de
saper les bases de ce secteur de manière continue. Il s’agit principalement :
▪ des contraintes liées à l’irrigation ;
▪ de l’insuffisance d’investissement ;
▪ de l’insécurité foncière ;
▪ de la défaillance des infrastructures agricoles ;
▪ de la dégradation des espaces cultivables ;
▪ de l’érosion ;
▪ du manque de crédits en faveur des exploitants agricoles ;
▪ de l’inexistence d’un système d’assurance en prévention des pertes et dommages suite
aux catastrophes naturelles ;
Sur le plan naturel, l’année fiscale 2024 a plutôt été marquée par une longue période
de sécheresse, s’étendant sur les trois premiers trimestres de l’année, mais avec beaucoup plus
d’intensité entre février et avril. Ce dérèglement climatique a impacté certaines cultures dont,
les légumineuses et les cultures maraichères. Il a aussi affecté la campagne de printemps qui
4
IHSI : Enquête Sur l’Emploi et l’Economie Informelle (EEEI) de 2007
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
9
est la plus importante du cycle végétatif. La rudesse de la sécheresse a fait tarir des puits
d’eau, brûler certaines cultures et empêcher certaines autres de germer et de se développer.
Le dernier trimestre qui coïncide avec la saison pluvieuse (cyclonique) a été plutôt
marqué par des chutes de pluie abondantes issues des séquelles des ouragans qui ont traversé
la région caraïbéenne, provoquant des inondations dans certaines parties du Grand Nord et du
Grand Sud du pays.
Certaines cultures climato résilientes ont pu, néanmoins, résister aux effets pervers de
ces aléas. C’est le cas, entre autres, du manioc, de l’igname et de la patate douce qui ont
enregistré des hausses respectives de 4.2%, 2.2% et 2.9%5, comparativement à l’exercice
antérieur.
Sur le plan conjoncturel, la chute de la valeur ajoutée du secteur agricole en 2024 peut
être attribuée directement ou indirectement aux conséquences néfastes des exactions des
gangs armés sur les activités du secteur depuis la semence jusqu’à la commercialisation en
passant par la récolte. En effet, l’augmentation du prix des engrais à cause de la situation
générale du pays, la chute de la main d’œuvre agricole dans certaines régions en raison de la
pression ambiante et l’obstruction des voies d’accès empêchant l’écoulement des denrées sont
parmi les facteurs conjoncturels qui ont mis à mal les activités de la filière agricole en 2024.
Les agriculteurs ont dû faire face à l’augmentation excessive des prix de l’engrais et
des semences. La situation demeure toutefois plus cruciale pour les cultivateurs de la GrandeAnse et du Sud car l’accès à ces zones est beaucoup plus difficile par rapport aux autres
régions du pays.
Outre la hausse des prix, le fléau de l’insécurité a constitué un énorme goulot
d’étranglement, obligeant une partie des paysans et cultivateurs surtout les plus jeunes, à
délaisser l’exploitation de la terre pour s’adonner à d’autres activités qu’ils jugent plus
rentables, question de s’assurer de leurs moyens de subsistance.
S’il est vrai que l’année 2024 a été rudement affectée par une longue période de
sécheresse, le principal obstacle a surtout résidé dans l’empêchement pour les cultivateurs de
pouvoir aisément se déplacer de leur lieu de production au lieu de vente de prédilection, en
l’occurrence, l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince, à cause de ce qu’il se passe sur les
routes nationales 1 et 2.
5
Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR)
Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA)
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
10
2.2-
Baisse continue des Industries Extractives (CITI 05 – 09)
Avec une valeur ajoutée estimée à 5,5 milliards de gourdes constantes, contre 5,9
l’année précédente, les industries extractives, la deuxième composante du secteur primaire,
se sont contractées de 6,8% en 2024.
Spécialisé dans l’exploitation des carrières et des marais salants pour l’extraction du
sable, du gravier, de roches et du sel marin, le secteur des industries extractives épouse
généralement la même tendance affichée par les secteurs connexes Bâtiments et Travaux
Publics et Minéraux Non Métalliques qui sont les principaux demandeurs de ses produits. Ce
secteur fait aussi continuellement face aux défis causés par l’insécurité généralisée, parce que
la majorité des sites de carrières se trouvent dans des zones qui sont sous l’influence des
gangs armés, surtout au niveau de la Région Métropolitaine de Port-au-Prince.
2.3- Contraction des Industries Manufacturières (CITI 10 – 33)
Le recul observé l’année dernière au niveau du secteur manufacturier persiste encore
cette année à un rythme beaucoup plus accéléré. Avec environ 102,2 milliards de gourdes de
valeur ajoutée, à prix constants, contre 106,5 milliards l’année dernière, cette macro branche
qui représente approximativement un cinquième de la valeur ajoutée brute totale de
l’économie, s’est repliée de 4,0% en 2024, alors que sa chute était seulement de 2,6% en
2023.
On retrouve à la base de cette déficience du secteur le déclin de ses deux branches
d’activité prédominantes, à savoir la branche des industries de fabrication de produits
alimentaires, boissons et tabac ainsi que celle relative aux fabrications de textiles,
d’articles d’habillement et de cuir qui pèsent conjointement 71,6% dans le secteur et qui ont
chuté respectivement de 3,9% et de 4,8% par rapport à l’année fiscale précédente.
La branche des industries de fabrication de produits alimentaires, boissons et
tabac qui vient en deuxième position dans le secteur manufacturier, a connu sa deuxième
année consécutive de régression après la légère hausse en 2022. Sa valeur ajoutée à prix
constants a décru en 2024 de 4,4%, accumulant 29,2 milliards de gourdes constantes contre
30,5 milliards en 2023. Le recul de cette branche d’activité provient, à la fois, des défis
structurels qui lui sont propres, mais aussi des mêmes contraintes conjoncturelles liées à la
crise sécuritaire auxquelles font face les autres secteurs de l’économie.
Les industries textiles qui représentent 43,2% du secteur manufacturier sont aussi en
butte à de multiples difficultés :
• problèmes liés à l’insécurité généralisée ;
• coût excessif de certains facteurs de production ;
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
11
• pénurie de cadres et de main d’œuvre qualifiée ;
• compétition par rapport aux autres pays de la région ;
• manque d’espaces industriels ainsi que leur coût élevé de location ;
• éviction de certains petits métiers, liés à l’industrie textile, par la commercialisation
des vêtements usagés.
La baisse des industries textiles découle de celle des exportations des industries
d’assemblage vers les Etats-Unis d’Amérique à base de matières premières importées qui ont
atteint 260,16 millions de dollars américains en 2024 contre 329,96 millions en 2023, soit une
contraction de 21.1%. Les problèmes rencontrés cette année au niveau des ports ouverts au
commerce extérieur n’ont pas été sans effet sur les industries du textile.
2.4-
Baisse continue des Services de Base
Avec une valeur ajoutée correspondant à 6,6 milliards de gourdes constantes, les
services de base, composés essentiellement de la production et de la distribution
d’électricité et d’eau ont régressé de 4,0% au terme de l’année fiscale 2024 contre -9,3%
enregistré pour l’exercice antérieur.
Le fléchissement des services de base découle de l’évolution différenciée des deux
composantes du secteur.
2.4.1- Electricité (CITI 35)
En difficulté de manière progressive, depuis près d’une décennie, en matière de
quantité d’énergie électrique produite, la situation parait de plus en plus compliquée pour ce
secteur d’activité aussi important que stratégique en dépit d’une modeste croissance résultant
surtout de l’acquisition d’énergie provenant d’opérateurs privés.
En effet, la valeur ajoutée de ce secteur d’activité qui avait atteint 2,2 milliards de
gourdes constantes en 2023, se chiffre à 2,3 milliards à la fin de l’exercice fiscal 2024, soit
une progression de 5,6%.
Selon les données recueillies, la hausse observée provient surtout du fort
accroissement de la production d’énergie électrique du secteur privé, fournisseur de l’ED’H,
et de la légère hausse enregistrée au niveau de la Centrale hydroélectrique de Péligre.
Totalisant 184,9 millions de KW en 2024, contre 144,7 millions en 2023, la production
d’électricité indépendante vendue à l’Ed’H a crû de 27,7%. Pour la composante hydraulique,
6
Banque de la République d’Haïti (BRH) : Exportations des industries d’assemblades vers les USA
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
12
la production de la Centrale de Péligre est passée de 158,9 millions de KW en 2023 à 161,4
millions en 2024, soit une augmentation de 1,6%7.
Outre les contraintes conjoncturelles relatives à la crise sécuritaire, impactant
particulièrement la production des centrales thermiques, le secteur de l’électricité fait face
depuis des années à des défis structurels chroniques tels que : (i) les problèmes d’endettement
et de recouvrement (ii) les difficultés d’approvisionnement en pièces de rechange et d’autres
accessoires nécessaires (iii) les défaillances au niveau des systèmes de production et de
distribution.
2.4.2- Eau (CITI 36-39)
A l’instar de la branche Electricité, le secteur de l’eau a enregistré une importante
baisse en 2024. Atteignant 4,2 milliards de gourdes de valeur ajoutée à prix constants, il s’est
replié de 8,6% par rapport à l’année 2023 où il avait atteint 4,6 milliards.
Plusieurs facteurs ont impacté le secteur de l’eau :
• Le manque d’infrastructures hydrauliques ;
• les défaillances enregistrées sur certaines infrastructures existantes ;
• les défis de rétention de cadres talentueux ;
• les contraintes posées par l’insalubrité ;
• l’impact des désastres naturels notamment la rude sécheresse de cette année ;
• les effets environnementaux et sociaux sur le secteur de l’eau ;
• les difficultés liées à l’acquisition de pièces de rechange et d’autres accessoires ;
• les problèmes liés à l’insécurité.
2.5- Régression du secteur de la Construction (CITI 41-43)
Après avoir enregistré des variations négatives durant les cinq dernières années, le
secteur de la Construction a de nouveau régressé en 2024. Ce secteur qui constitue l’un des
principaux piliers de l’économie haïtienne fait face depuis quelque temps à des difficultés
récurrentes.
Accumulant 22,1 milliards de gourdes constantes de valeur ajoutée pour l’année
fiscale 2024, la Construction s’est repliée de 7,5% par rapport à l’année 2023 où sa valeur
ajoutée se chiffrait à 23,9 milliards de gourdes.
Cette chute peut être attribuée d’une part à l’insuffisance des investissements publics
dans le secteur qui affecte l’exécution d’un ensemble d’ouvrages de constructions et de
7
Electricité d’Haïti (EDH) : Directions production et provinces
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
13
réhabilitation d’infrastructures. A noter que, comparé à l’exercice fiscal antérieur, le montant
des dépenses allouées aux Projets d’Investissements Publics a connu une importante réduction
de 56,1%8.
D’autre part, ce recul peut-être aussi imputé aux effets démotivants de la crise socio
politique et sécuritaire qui a provoqué une sorte d’attentisme chez les agents économiques du
secteur privé qui sont souvent victimes d’extorsions de la part des groupes armés.
2.6-
Contraction des branches Commerce (CITI 45–47), Transport et
Entreposage (CITI 49-53), Hébergement et Restauration (CITI 5556)
De manière cumulative, la valeur ajoutée de ces trois branches d’activité dont le poids
équivaut à 36,9% au sein du secteur des services a atteint en 2024 seulement 113,0 milliards
de gourdes, à prix constants, contre 124,9 milliards en 2023, soit une baisse de 9,6%.
La branche Commerce, la principale du groupe, compte, à elle seule, 100.8 milliards
de gourdes constantes de valeur ajoutée en 2024 contre 110,0 milliards en 2023, ce qui
constitue une décroissance de 8,3%.
Plusieurs facteurs se retrouvent à l’origine de la déficience de cette branche. On peut citer :
▪ la faiblesse de la production nationale ainsi que la baisse du niveau des importations ;
▪ le ralentissement des activités suite à la fermeture de l’Aéroport International et la
suspension des vols au cours de l’exercice ;
▪ les destructions d’institutions commerciales ainsi que des marchés publics au cours de
l’exercice ;
▪ L’insécurité généralisée.
La branche Transport et Entreposage qui dépend essentiellement des activités de
distribution (du Commerce) a également pâti des difficultés de toutes sortes qui ont affecté le
Commerce. En effet, établie à 7.2 milliards de gourdes, à prix constants, à la fin de l’exercice
8 Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) : Tableau des Opérations Financières de l’Etat (TOFE) 2024
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
14
fiscal 2023, la valeur ajoutée de cette branche est tombée à 6,2 milliards en 2024, soit une
baisse de 13,6%.
Parmi les facteurs qui sont à l’origine de cette fluctuation négative, on peut évoquer :
• le ralentissement général des activités dans le pays ;
• la diminution des zones de desserte par les transporteurs en raison de l’extension des
espaces contrôlés par les gangs armés ;
• l’augmentation des postes de rançonnage par des bandits armés ;
• la dégradation des routes et des voies de pénétration ;
• l’augmentation élevée des prix d’acquisition de pièces de rechange et accessoires ainsi
que les coûts d’entretien et de réparation.
De son côté, la branche Hébergement et Restauration qui a des ramifications avec
les activités commerciales et le transport continue de subir, de plein fouet, les impacts négatifs
de la crise sécuritaire. Avec une valeur ajoutée évaluée, en terme réel, à 7,0 milliards de
gourdes à la fin de l’année fiscale 2024, elle a connu une diminution significative de 9,5% par
rapport à l’exercice antérieur où elle avait atteint 7,7 milliards.
Hormis les défis structurels chroniques qui ont toujours entravé le développement de
la filière touristique en Haïti (Hôtels. Restaurants, Stations balnéaires, etc.), force est de
reconnaître que, durant ces six dernières années, ce sont, fondamentalement, les conséquences
désastreuses du fléau de l’insécurité qui ont plombé les activités dudit secteur. En effet, en
plus des visiteurs étrangers qui deviennent quasiment inexistants, le tourisme local est
presqu’impossible en raison notamment des risques encourus par les usagers des principales
routes nationales et de la fermeture ou cessation des activités de certaines stations balnéaires,
jadis très fréquentées par les touristes locaux et étrangers.
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
15
TABLEAU 4
VALEUR AJOUTEE PAR BRANCHES D'ACTIVITE
EN MILLIONS DE GOURDES CONSTANTES
DE 2019-2020 A 2023-2024
BASE 2011-2012
CODE
CITI
BRANCHES D'ACTIVITE
2019-2020 2020-2021 2021-2022 2022-2023 2023-2024
01-03
05-09
SECTEUR PRIMAIRE
Agriculture, sylviculture et pêche
Activités extractives
110,573
103,760
6,813
106,066
99,473
6,593
101,277
94,954
6,323
95,586
89,656
5,930
90,153
84,612
5,541
10-33
35
36-39
SECTEUR SECONDAIRE
Activités de fabrication
Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et climatisation
Distribution d’eau; réseau d’assainissement; gestion des déchets et remise en état
Construction
146,314
108,515
3,818
5,415
28,565
142,731
106,696
3,194
5,563
27,278
142,442
109,281
2,576
4,955
25,631
137,150
106,447
2,204
4,628
23,871
130,803
102,168
2,327
4,230
22,078
339,375
SECTEUR TERTIAIRE
45-47
Commerce de gros et de détail, réparation de véhicules automobiles et de motocycles 140,986
10,893
49-53
Transport et Entreposage
8,838
55 - 56
Activites d'Hebergement et de Restauration.
12,633
58-63
Information et Communication
19,016
64 - 66
Activités Financières et d'Assurances
26,512
68
Activites Immobilieres
34,477
84
Administation publique et défense; sécurité sociale et obligatoire
29,240
85
Education
23,597
86 - 88
Santé et Action Sociale
33,182
69-75; 77-82; 90-96; 97-98 Autres Activités de Services
330,994
129,597
9,048
8,608
12,896
19,485
26,820
35,366
30,157
25,207
33,810
325,721
119,541
8,263
8,418
13,463
20,190
27,097
35,800
31,325
26,573
35,050
316,233
109,993
7,193
7,741
13,750
21,119
25,536
37,247
32,043
26,952
34,659
303,953
100,849
6,216
7,004
13,955
21,791
23,945
38,542
31,394
25,721
34,534
VALEUR AJOUTEE
IMPOTS NETS DES SUBVENTIONS
PIB
596,261
29,297
625,558
579,791
34,518
614,309
569,440
34,537
603,977
548,968
43,751
592,719
524,908
43,097
568,005
TAUX DE CROISSANCE DU PIB
-3.3
-1.8
-1.7
-1.9
-4.2
SOURCE : DSE / IHSI
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
16
Graphique 4
Evolution du PIB
Taux de croissance annuel
30,0
29,1
25,0
27,6
20,0
En %
15,0
10,0
17,2
19,2
14,2
5,0
0,0
-5,0
2019-2020
-3,3
-1,8
-1,7
-1,9
2020-2021
2021-2022
2022-2023
2023-2024
-4,2
-10,0
Valeur
Volume
2.7- Hausse légère de la branche Communication (CITI 58-63)
Cette branche d’activité intègre les services de Télécommunications et services
connexes proprement dits ainsi que les services résultant de la production des activités
d’Edition et de Diffusion et Programmation. La valeur ajoutée à prix constant de cette
branche qui était évaluée à 13,7 milliards de gourdes en 2023, est estimée à 14.0 milliards en
2024, soit un accroissement en volume de 1,5%, contre 2,1% précédemment.
2.8- Croissance positive des activités financières et d’assurances (CITI
54-66)
Selon les estimations préliminaires, la valeur ajoutée constante de cette macro branche
a atteint 22,0 milliards de gourdes au terme de l’année fiscale 2024, contre 21,8 milliards
l’exercice précédent. Il en résulte une hausse de 3,2%, légèrement en baisse par rapport à celle
de l’année dernière qui était de 4,6%.
2.9-
Chute des activités immobilières (CITI 68)
Après avoir fléchi en 2023 (5,8%), la branche des activités immobilières a, de
nouveau, régressé au terme de l’exercice fiscal 2024. En effet, se chiffrant à 23,9 milliards de
gourdes constantes en 2024, contre 25,5 milliards précédemment, la valeur ajoutée de cette
branche s’est contractée, en volume, de 6,2%.
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
17
Les facteurs à la base de la chute du secteur immobilier, cette année encore, ne sont
pas différents de ceux qui l’avaient impacté l’année dernière. C’est la même situation qui a
prévalu, mais avec plus d’intensité, compte tenu de tous les évènements qui se sont produits
au cours de l’exercice fiscal 2024. Cette branche se révèle être l’une des principales victimes
directes des retombées de la crise sécuritaire notamment avec :
a) le déplacement massif des familles abandonnant leurs maisons qui sont situées
dans des zones envahies par des gangs ;
b) l’accaparement ou la destruction par les bandits de certains bâtiments
commerciaux ou résidentiels ;
c) la forte pression de la demande sur les bâtiments disponibles dans les quartiers
considérés comme étant moins à risque ;
d) la décapitalisation de certains agents économiques évoluant dans le secteur
Immobilier.
2.10- Administration Publique et défense… (CITI 84-94)
De 37,2 milliards de gourdes, en termes réels, réalisés en 2023, la valeur ajoutée de
cette branche est passée à 38,5 milliards en 2024, soit un accroissement de 3,5%, un peu
moindre que celui de 4,0% de l’année précédente.
La hausse des Services de l’Administration Publique est toutefois compatible à une
légère augmentation de 1,44%9 du montant total de la masse salariale enregistré dans
l’Administration Publique, passant de 73,8 milliards de gourdes en 2023 à 74,9 milliards en
2024.
2.11-
Chute des branches Education (CITI 85), Santé et Action Sociale
(CITI 86-88)
La valeur ajoutée de la macro branche Education, Santé et Action Sociale a
enregistré une chute de 3,2% passant de 59,0 milliards de gourdes constantes en 2023 à 57,1
milliards en 2024. Cette chute résulte de la contre-performance de chacune des deux branches.
Avec une valeur ajoutée équivalant à 31,3 milliards de gourdes, à prix constants, en
2024, la branche Education a régressé de 2,0% par rapport à l’exercice antérieur où elle avait
atteint 32,0 milliards.
Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) : Tableau des Opérations Financières de l’Etat (TOFE) 2024
9
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
18
Gravement affectée cette année par les problèmes liés à l’insécurité, la baisse de la
valeur ajoutée, en volume, de l’Éducation peut être attribuée à la fermeture de plusieurs
écoles publiques et privées limitant ainsi la fréquentation scolaire.
Toutefois, cette baisse a été partiellement compensée par l’augmentation, dans certains
cas, des frais de scolarité dans les écoles opérationnelles, entrainant ainsi une augmentation de
la valeur ajoutée du point de vue nominal.
En ce qui concerne la branche Santé et Action Sociale sa valeur ajoutée s’est chiffrée
à 25,7 milliards de gourdes constantes en 2024, contre 27,0 milliards en 2023, soit une
réduction de 4,6%.
Sévèrement affectée, également, par l’insécurité, la mauvaise performance enregistrée
par cette sous branche aurait été plus prononcée si elle n’était atténuée, à l’instar de la branche
Education, par la hausse des frais en soins de santé, conduisant à une certaine augmentation
de la valeur ajoutée en terme nominal.
2.12- Chute légère des Autres Activités de Services (CITI 69-75; 77-82;
90-96; 97-98)
Les Autres Activités de Services renferment toutes les autres branches d’activités
couvrant les codes (69-75 ; 77-82 ; 90-96 ; 97-98) de la Classification Internationale par Type
d’Industries (CITI). Elles font principalement référence aux institutions de services qui
viennent en appui à d’autres secteurs. A titre indicatif, on peut citer les producteurs de
Services juridiques et comptables, les producteurs de Services d’activité d’appui aux
entreprises, les producteurs de Services d’activités d’enquête et de sécurité, etc.
La valeur ajoutée à prix constant de cette macro branche qui se chiffrait à 34,7
milliards de gourdes en 2023 est passée à 34,5 milliards en 2024, soit une légère contraction,
en volume, de 0,4%.
III-
OFFRE ET DEMANDE GLOBALES
Le pays a subi plusieurs chocs qui ont agi directement ou indirectement sur l’Offre
Globale dans l’économie en 2024.
L’Offre interne a été fortement handicapée, en raison des voies d’accès obstruées par
les gangs armés, du rançonnage pratiqué par ces derniers et de l’inaccessibilité des plus
grands marchés publics de la ville de Port-au-Prince (Croix des Bossales, La Saline, Marché
Salomon, etc). Cet état de fait a rendu quasiment impossible les échanges entre le reste du
pays et sa capitale économique. Parmi les grandes victimes de cette situation rocambolesque
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
19
on retrouve nos valeureuses Madan Sara qui, dans l’histoire du pays, ont toujours été les
principales « fournisseuses » en denrées agricoles des grands marchés publics de l’Aire
Métropolitaine. Les « Madan Sara » constituent un pilier de l’économie informelle pour ne
pas dire de l’économie tout court, parce qu’on les retrouve à la fois du côté de l’offre et de la
demande. En effet, habituellement, quand elles viennent écouler leurs produits dans la
capitale, elles en profitent pour acheter des produits manufacturés fabriqués localement ou
importés. Elles représentent ainsi un grand marché pour le secteur formel de l’économie.
L’Offre externe, en l’occurrence l’Importation, a été également affectée par les
événements qui se sont produits en février 2024 et qui ont conduit à la fermeture de l’aéroport
international Toussaint Louverture et à la suspension des vols commerciaux pendant plusieurs
mois. Ajouté à cela, la paralysie temporaire des activités dans le Port international de Port-auPrince - suite à la décision de certaines compagnies maritimes de navigation au long cours de
ne plus rentrer à Port-au-Prince à cause des actions des gangs armés - a aussi impacté le
niveau des importations au cours de l’année fiscale 2024.
Finalement, l’Offre Globale, composée du PIB et de l’Importation, a été estimée à
776,0 milliards de gourdes constantes à la fin de l’année fiscale 2024, contre 840,9 milliards
en 2023, soit une décroissance, en volume, de 7,7%. Ainsi, en plus du PIB (offre interne) qui
a chuté de 4.2%, l’Importation aussi a fortement régressé de 16.2%, passant de 248,1 milliards
de gourdes constantes en 2023 pour tomber à, seulement, 208.0 milliards en 2024.
TABLEAU 5
OFFRE & DEMANDE GLOBALES
EN MILLIONS DE GOURDES COURANTES
De 2019-2020 A 2023-2024
BASE 2011-2012
AGREGATS
2019-2020
2022-2023
2023-2024
OFFRE GLOBALE
1,449,887
431,528
1,881,416
1,699,208
508,604
2,207,812
2,168,223
635,089
2,803,312
2,798,324
713,985
3,512,309
3,336,428
628,820
3,965,248
1,513,810
1,780,244
2,302,433
2,977,147
3,520,164
CONSOMMATION FINALE DES MENAGES
1,374,547
1,615,216
2,110,774
2,756,434
3,281,372
CONSOMMATION FINALE DES APU
106,017
126,575
149,698
173,966
189,706
CONSOMMATION FINALE DES ISBLM
33,246
38,453
41,962
46,747
49,086
FORMATION BRUTE DE CAPITAL FIXE (FBCF)
256,675
306,674
343,926
387,671
331,620
EXPORTATION
110,931
1,881,416
120,894
2,207,812
156,952
2,803,312
147,491
3,512,309
113,464
3,965,248
PIB
IMPORTATION
CONSOMMATION
DEMANDE GLOBALE
2020-2021
2021-2022
SOURCE : DSE / IHSI
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
20
AGREGATS
2019-2020
2020-2021
OFFRE GLOBALE
625,558
231,168
856,726
614,309
237,439
851,748
CONSOMMATION
CONSOMMATION FINALE DES MENAGES
CONSOMMATION FINALE DES APU
CONSOMMATION FINALE DES ISBLM
FORMATION BRUTE DE CAPITAL FIXE (FBCF)
EXPORTATION
DEMANDE GLOBALE
724,138
645,981
62,071
16,086
89,411
43,177
856,726
738,011
653,370
68,101
16,540
69,962
43,775
851,748
PIB
IMPORTATION
2021-2022
2022-2023
2023-2024
603,976
249,114
853,090
592,719
248,145
840,864
568,005
208,027
776,032
745,221
648,759
80,089
16,373
63,053
44,816
853,090
748,426
649,847
82,771
15,808
51,934
40,504
840,864
715,372
615,853
84,099
15,421
33,074
27,585
776,032
SOURCE : DSE / IHSI
30,0
Graphique 5
Evolution de l'Offre et de la Demande Globales
Taux de croissance annuel
25,0
20,0
En %
15,0
10,0
5,0
0,0
-5,0
2019-2020
2020-2021
2021-2022
2022-2023
2023-2024
-10,0
Valeur
Volume
En ce qui concerne la Demande Globale qui est égale à l’Offre Globale, hormis la
Consommation Finale de l’Administration Publique qui a crû de 1.6% en 2024, toutes les
autres composantes de la demande interne et externe ont affiché une tendance baissière. Ainsi,
la baisse de la Consommation Finale Totale résulte du comportement différencié des
différentes
consommations
finales,
puisqu’à
l’opposé
de
la
Consommation
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
de
21
l’Administration Publique, celle des deux autres secteurs institutionnels à savoir les Ménages
et les ISBLSM ont plutôt chuté.
L’autre composante de la demande interne, la Formation Brute de Capital Fixe
(FBCF), appelée couramment Investissement, a aussi énormément contracté en 2024 pour la
sixième année consécutive. Sauf que c’est la plus forte baisse, en volume, jamais enregistrée
depuis des années. La FBCF est passée de 51.9 milliards de gourdes constantes en 2023 à 33.1
milliards en 2024, enregistrant ainsi une chute vertigineuse de (36.3%). Ce sera difficile de
renverser cette tendance tant qu’on n’aura pas résorbé le problème de l’insécurité accrue qui
met presque tous les agents économiques dans une situation extrêmement difficile, quasiment
au bord de la faillite pour plusieurs d’entre eux.
Par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, avec la situation générale délétère du
pays et les problèmes spécifiques rencontrés au niveau du Port de la Capitale et de l’Aéroport
Toussaint Louverture, la demande externe (Exportation) a également diminué, passant de 40.5
milliards de gourdes constantes en 2023 à 27.6 milliards en 2024, accusant ainsi une baisse
considérable, en volume, de 31.9%. Depuis la hausse de 23,5% enregistrée en 2021,
l’exportation n’a fait que diminuer au cours des années postérieures. Cette forte diminution de
l’Exportation à prix constants en 2024, après celle de l’année dernière (9.6%), illustre bien,
s’il en était besoin, l’état anémique dans lequel est plongée l’économie haïtienne.
La structure des exportations révèle que les articles manufacturés, ou plus
précisément les produits des industries d’assemblage, représentant près de 34% de l’ensemble
des exportations, ont chuté de 21.1%. Ils sont passés de 329,96 millions de dollars américains
pour l’année fiscale 2023 à 260,21 millions en 202410. C’est le plus bas niveau de
l’exportation des articles manufacturés depuis plus d’une décennie. Il faut remonter jusqu’à
l’année 2012 pour trouver les articles manufacturés en dessous de 300 millions de dollars. Les
chiffres sur les pertes d’emplois démontrent clairement la situation extrêmement difficile que
traverse le secteur depuis plusieurs années à cause, entre autres défis, de la crise politique et
sécuritaire.
De septembre 2021 où le nombre d’emplois dans le secteur atteignait presque la
barre de soixante mille emplois (58461), on est tombé successivement à 53387 en septembre
2022, 42125 en septembre 2023 et, le plus bas niveau, 28272 en septembre 2024, soit une
perte de plus de trente mille emplois (30189)11. Autrement dit, sur les cinq dernières années le
secteur a perdu plus de trente mille emplois, soit 30189, dont 13853 durant seulement l’année
fiscale 2024.
10
Banque de la République d’Haïti (BRH) : Tableau Valeur des principaux produits exportés en 2024
11
Association des Industries d’Haïti (ADIH) : Employment Report 2008-to Date
LES COMPTES ECONOMIQUES 2024
22
Les autorités haïtiennes et les membres du secteur privé entreprennent actuellement
des démarches en vue du renouvellement, en faveur du pays, de la loi HOPE/HELP par le
Gouvernement américain. Cette loi offre à Haïti un avantage comparatif certain dans la
mesure où elle lui permet de bénéficier de l’exonération de droits de douane sur l’exportation
de toute une panoplie de produits textiles sur le marché américain. A cet égard, le
renouvellement de cette loi constituera indubitablement une bonne bouffée d’oxygène qui va
sans nul doute contribuer à booster le secteur textile. Toutefois, les entraves immédiates qui
sont liées à la crise sécuritaire doivent être aussi adressées afin de permettre le
fonctionnement normal et régulier des entreprises concernées.
IV- PERSPECTIVES
L’environnement général contraignant qui a plombé l’économie haïtienne en 2024
peut avoir les mêmes effets si elle perdure en 2025. Ainsi, les perspectives de croissance
demeurent encore relativement sombres à l’horizon du prochain exercice fiscal. Malgré tout,
certains signes avant-coureurs laissent augurer, quoique timide, une certaine croissance de
l’économie en 2025.
En effet, l’engagement pris par le Gouvernement dans le cadre de l’«Évaluation
Rapide de l’Impact de la Crise Sécuritaire en Haïti (RCIA) » peut amener l’économie
haïtienne à renouer avec la croissance en 2025. Dans le Plan d’investissements du RCIA, il est
prévu une enveloppe de 1,35 milliards de dollars pour répondre aux besoins immédiats durant
les deux prochaines années. De ce montant, 34,0% (450,19 millions) seront alloués à la
Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), notamment pour la remise en état des
infrastructures économiques et sociales. Il est prévu également, entre autres, un support au
secteur privé, l’objectif étant « la relance de l’économie via des appuis cibles à
l’investissement privé générateurs de richesses ».
Il existe au moins deux conditions sine qua non pour que les actions envisagées
puissent être réalisées et produire les résultats escomptés :
• les fonds qui ne sont pas encore disponibles doivent être mobilisés dans un délai
raisonnable afin de pouvoir respecter la temporalité qui est un paramètre tout aussi
important en économie. Si le financement du RCIA n’est pas assuré à temps, il risque
de ne pas avoir d’impacts réels sur la croissance de l’économie en 2025.
• Le rétablissement de la sécurité et de la libre circulation des gens et des biens reste un
passage obligé pour pouvoir recréer le climat propice aux affaires et à la reprise de la
vie nationale. On peut être animé de toutes les bonnes intentions, si la crise sécuritaire
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continue de perdurer ce sera extrêmement difficile pour l’économie de prendre son
envol.
D’autre part, en ce qui concerne le secteur textile - grand pourvoyeur d’emplois directs
dans l’économie formelle et d’emplois indirects dans l’économie informelle - il faut espérer
que les autorités haïtiennes et les membres du secteur privé vont continuer à poursuivre les
démarches en vue du renouvellement de la loi HOPE/HELP. Cette loi offre à Haïti un
avantage comparatif certain dans la mesure où elle lui permet de bénéficier de l’exonération
de droits de douane sur l’exportation de toute une série de produits textiles sur le marché
américain. A cet égard, le renouvellement de cette loi constituera indubitablement un atout
majeur qui pourra sans nul doute contribuer à booster le secteur textile. Par contre, les
entraves immédiates qui sont liées à la crise sécuritaire doivent être aussi adressées afin de
permettre le fonctionnement normal et régulier des entreprises concernées.
Toutefois, on doit toujours garder à l’esprit que l’économie haïtienne souffre
fondamentalement de déficits structurels chroniques. Les contraintes conjoncturelles
provoquées par la crise sécuritaire sont tellement imposantes qu’elles arrivent à éclipser les
causes structurelles de la précarité de l’économie, au point où, sans s’en rendre compte, on a
tendance, dans les analyses, à attribuer tout ce qui ne marche pas aux effets de l’insécurité. A
un moment donné, pour pouvoir définitivement placer le pays sur la voie de la relance
économique et du développement durables, il faudra penser à adresser sérieusement les
problèmes structurels de l’économie haïtienne.
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