(2024) Haïti : Note de plaidoyer conjoint, Décembre 2024 - Améliorer rapidement la sécurité alimentaire des personnes touchées par une crise humanitaire sans précédent
Resume — Note de plaidoyer conjointe FAO-PAM alertant sur le fait que la faim en Haïti a atteint un nouveau sommet historique, avec près d'un Haïtien sur deux en situation d'insécurité alimentaire aiguë, soit une hausse de plus de 1,3 million de personnes classées en Phase 3 ou plus de l'IPC depuis 2020. Elle attribue cette aggravation à la violence aveugle des groupes de criminalité organisée conjuguée aux chocs économiques et climatiques, et appelle à une augmentation substantielle des financements humanitaires pour la sécurité alimentaire.
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Haïti
Note de plaidoyer conjoint
Décembre 2024
Améliorer rapidement la sécurité alimentaire des personnes touchées par une
crise humanitaire sans précédent
Introduction
En Haïti, la faim vient d’atteindre un nouveau sommet historique. Près
d’un haïtien sur deux est en situation d’insécurité alimentaire aiguë, ce qui
représente une augmentation de plus d’1,3 million de personnes classées
en Phase 3 ou plus du Cadre intégré de classification de la sécurité
alimentaire (IPC) depuis 2020 (IPC, 2024).
La crise alimentaire s’est considérablement aggravée dans le pays en
particulier en raison de la violence aveugle perpétrée par des groupes de
criminalité organisée; mais également en raison des chocs économiques
et climatiques qui nuisent aux moyens de subsistance des communautés
les plus vulnérables.
Les populations haïtiennes les plus touchées se trouvent dans une
situation de vulnérabilité extrême. Elles ont urgemment besoin
d’assistance pour améliorer leur sécurité alimentaire et sauvegarder
leurs moyens d’existence, en particulier les personnes déplacées et leurs
communautés d’accueil. Cependant, les financements humanitaires
alloués au secteur de la sécurité alimentaire sont largement insuffisants
au vu des besoins de populations de plus en plus vulnérables. Ne pas agir
immédiatement ne fait qu’augmenter les besoins humanitaires et le coût
des interventions, et met en péril la survie et les moyens de subsistance de
milliers de personnes.
La présente note de plaidoyer conjoint entre l’Organisation des
Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme
alimentaire mondial (PAM) a pour objectif d’alerter la communauté
internationale et les bailleurs de fonds sur la gravité de cette crise
inédite et de ses répercussions sur les populations haïtiennes. La note
vise également à lancer un appel urgent à augmenter les financements
afin de soutenir les populations du pays sévèrement touchées par
la crise à réhabiliter leur moyens de subsistance et à améliorer leur
sécurité alimentaire.
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© PAM
Analyse du
contexte
L’aggravation de la crise alimentaire en Haïti est principalement dû aux
facteurs suivants:
• Les violences persistantes perpétrées par les groupes de criminalité
organisée perturbent depuis des dizaines d’années les moyens
de subsistance, limitent l’accès aux marchés et provoquent des
déplacements, notamment à Port-au-Prince et dans le Grand Sud.
• Les chocs économiques, notamment la dépréciation de la gourde,
l’inflation, le chômage, la baisse des transferts de fonds et le recul des
investissements agricoles accentuent la dépendance aux importations.
• La production agricole en Haïti souffre de multiples défis. La violence
perpétrée par des groupes de criminalité organisée contraint de
nombreux agriculteurs à abandonner leurs terres, ce qui réduit la
production alimentaire. Cette situation est d’autant plus aggravée par
le manque d’investissements publics dans des infrastructures agricoles
souvent contrôlées par des gangs qui imposent des paiements illégaux.
En outre, les risques naturels et aléas climatiques ont fortement contribué
à aggraver la crise alimentaire en 2024. Y étant particulièrement vulnérable,
Haïti est régulièrement touché par des catastrophes naturelles telles que des
séismes, cyclones, ouragans, inondations et sécheresses aux conséquences
dévastatrices pour la population
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Coût du panier alimentaire, août 2024 (HTG)
Océan At lant iq u e
25 313 – 25 999
Nord-Ouest
26 000 – 27 999
Nord
28 000 – 29 999
Nord-Est
≥ 30 000
Artibonite
Centre
Ouest
Me r d e s Caraïbe s
Grande-Anse
Ouest
Nippes
Sud
RÉP UBLIQUE
DOMINICAINE
Sud-Est
0
25 km
Note: Veuillez consulter la clause de non-responsabilité à la dernière page pour les noms et les frontières utilisés sur cette carte.
Source: PAM. 2024. Haiti: Suivi de marchés, septembre 2024. Port-au-Prince, Haïti.
https://reliefweb.int/report/haiti/haiti-suivi-de-marches-septembre-2024
Impact des violences perpétrées par des groupes
de criminalité organisée
85% de la zone métropolitaine
de Port-au-Prince contrôlée
par des groupes de criminalité
organisée
1 740 personnes tuées
Depuis le début de 2024, l’instabilité politique et les violences perpétrées
par des groupes de criminalité organisée ont gravement compromis la
sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en Haïti, réduisant les
revenus des ménages pauvres et très pauvres, limitant les importations
de produits alimentaires et perturbant les marchés ainsi que les chaînes
d’approvisionnement.
ou blessées entre juillet et
septembre 2024, +30% par
rapport au trimestre précédent
702 973 PDI, +22%
comparé à septembre 2024
La zone métropolitaine de Port-au-Prince reste l’épicentre des violences, avec
des groupes de criminalité organisée qui contrôlent désormais la majeure
partie du territoire. Leur influence s’étend vers le nord, centre et sud du pays
où ils continuent d’intensifier leurs actions. L’augmentation de la violence et
des attaques ont provoqué une hausse importante des victimes civiles, des
blessés et des personnes déplacées internes (PDI).
Défis économiques
Haïti classé au 158ème rang
sur 193 pays selon l’indice
de développement humain 2022
-40% de production
globale céréalière
+50% du prix du riz
sur trois ans
L’aggravation de l’insécurité et la détérioration du contexte politique et
économique de ces dernières années ont aggravé la situation dans le pays.
Haïti est le pays le plus pauvre d’Amérique latine et des Caraïbes et l’un des
plus pauvres au monde.
Largement conditionnée par l’instabilité politique et sécuritaire du pays,
l’économie haïtienne continue de se détériorer et la trajectoire de la
croissance reste très incertaine. Cette contraction économique persistante
s’est exacerbée avec un taux d’inflation annuel maintenu élevé, atteignant
38,1 pour cent en septembre 2024. L’année 2024 marque également une
nouvelle période de récession (-1,8 pour cent) en raison du contexte
sécuritaire toujours plus fragile. Dans sa lettre de cadrage du projet de budget
Analyse du contexte | 3
2024-2025, le Gouvernement haïtien (2024) prévoit un recul de -4 pour cent
sur le produit intérieur brut (PIB) pour l’année fiscale 2023-2024, qui s’est
terminée le 30 septembre 2024. Ceci marque une sixième année consécutive
de récession.
Le secteur agricole continue de jouer un rôle important dans l’économie
haïtienne malgré son déclin constant. En 2020, l’agriculture représentait
20,4 pour cent du PIB, contre 37,3 pour cent dans les années 1970 (FAO
et PAM, 2022). Elle reste une source non négligeable de revenu et
d’alimentation pour les ménages ruraux (contribuant entre 20 à 25 pour
cent), bien que le pays dépende fortement des importations de produits
alimentaires.
Cependant, gravement touchés par l’insécurité, de nombreux agriculteurs
ont été contraints d’abandonner leurs terres et de consommer leurs
semences pour se nourrir. Cela a exacerbé les déficits de la production
vivrière, en particulier dans l’Artibonite, grenier à riz du pays, ainsi que dans
le département de l’Ouest.
Sur les six dernières années (2018-2024), la production globale céréalière
(riz, maïs et sorgho) a significativement diminué, enregistrant une baisse
cumulative d’environ 40 pour cent en raison des impacts de l’insécurité sur la
production, son écoulement sur les marchés et du manque d’investissement
dans le secteur agricole. Parmi les produits alimentaires de base, le prix du
riz (qui représente l’aliment le plus consommé par les ménages) a augmenté
de plus de 50 pour cent sur les trois dernières années. Ceci continue de
constituer un frein à l’accès aux marchés et à la nourriture des ménages les
plus pauvres.
D’après l’enquête nationale de suivi de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle (CNSA, 2024), 30 pour cent des zones analysées ont connu
une diminution de la production, avec 5 pour cent ayant subi une baisse
significative (plus d’un quart) et 25 pour cent une baisse modérée (entre
10 et 25 pour cent). Les zones les plus touchées sont La Victoire dans le
Nord-Est, Croix-des-Bouquets et Grand-Goâve dans l’Ouest.
Par ailleurs, la fermeture officielle de la frontière entre Haïti et
la République dominicaine continue de perturber les échanges
transfrontaliers, limitant les revenus tirés de l’agriculture et des transactions
commerciales régulières. Par ailleurs, la fermeture officielle de la frontière
entre Haïti et la République dominicaine continue de perturber les échanges
transfrontaliers, limitant les revenus tirés de l’agriculture et des transactions
commerciales régulières. De plus, le Gouvernement de la République
dominicaine a annoncé le rapatriement de milliers d’Haïtiens, augmentant
considérablement le nombre de personnes de retour. Elles arrivent, pour
la plupart à la frontière dans un état de grande précarité et vulnérabilité,
épuisées après parfois jusqu’à quatre jours sans nourriture et très peu d’eau.
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Niveau de
sévérité de
l’insécurité
alimentaire
5,41 millions de
personnes en insécurité
alimentaire aiguë
(août 2024–février 2025)
125 046 enfants souffrent
L’ensemble des facteurs énumérés compromettent gravement la sécurité
alimentaire des personnes les plus vulnérables, en particulier les PDI. La
dernière analyse de l’IPC de septembre 2024 indique les pires résultats
enregistrés en Haïti depuis le tremblement de terre de 2010, avec près
de la moitié de la population en IPC Phase 3 ou plus (IPC, 2024). Cela
représente une nette augmentation de la prévalence de l’insécurité
alimentaire par rapport à la dernière analyse d’août 2024. En outre, sans
assistance humanitaire adéquate, 5,54 millions de personnes seront
en IPC Phase 3 ou plus en mars-juin 2025, soit une augmentation de
2,4 pour cent par rapport à la situation actuelle.
Plus alarmant encore, plus de 2 millions de personnes devraient être en
IPC Phase 4 (Urgence) et pire pour la période projetée
(mars-juin 2025). Ce chiffre inclut environ 6 000 personnes actuellement
en IPC Phase 5 (Catastrophe), principalement des PDI.
de malnutrition aiguë
Situation de l’insécurité alimentaire aiguë (août 2024-février 2025)
Phases du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire
1 – Minimale
2 – Stress
3 – Crise
4 – Urgence
5 – Famine
Zones avec preuves insuffisantes
Zones non analysées
Classification des zones d’installation urbaines
Classification des zones
d’installation de PDI/autres
Au moins 25% des ménages ont 25-50%
de leurs besoins caloriques couverts par
l’assistance alimentaire humanitaire
Note: Veuillez consulter la clause de non-responsabilité à la dernière page pour les noms et les frontières utilisés sur cette carte.
Source: IPC. 2024. Haïti: Analyse de l’insécurité alimentaire aiguë, août 2024-juin 2025. Port-au-Prince, Haïti.
https://www.ipcinfo.org/fileadmin/user_upload/ipcinfo/docs/IPC_Haiti_Acute_Food_Insecurity_Aug2024_Jun2025_Report_French.pdf
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© PAM
Réponse
conjointe
En réponse à cette crise sans précédent, la FAO et le PAM mettent l’accent
sur l’importance de fournir des réponses conjointes et complémentaires
afin d’améliorer rapidement la sécurité alimentaire des populations
touchées. Il s’agira de:
• Fournir une assistance alimentaire d’urgence: La gravité de la
situation alimentaire nécessite une intervention immédiate pour
sauver les vies, surtout dans les camps de déplacés. Cette assistance
doit inclure un soutien à la production alimentaire d’urgence pour
permettre à ces populations d’obtenir rapidement une production de
subsistance.
• Renforcer les programmes de protection sociale existants: Établir
un partenariat stratégique pour développer un programme de
protection sociale intégré, basé sur un registre commun, afin d’assurer
une réponse coordonnée et efficace aux besoins des populations
vulnérables.
• Rétablir les moyens de subsistance et protéger les filières
agricoles: Les chocs multiples entraînent une érosion progressive
des actifs productifs des ménages, limitant leurs capacités à subvenir
à leurs besoins alimentaires. Des interventions d’urgence, telles que
les activités stimulant la production agricole et alimentaire, sont
essentielles pour rétablir leurs moyens de subsistance et renforcer
leur résilience. D’autres interventions qui permettent de protéger
les chaînes de valeur alimentaires contre les chocs sécuritaires,
économiques et climatiques seront également cruciales. Une priorité
sera accordée aux PDI, aux personnes de retour et aux communautés
d’accueil.
• Prévenir et réduire l’enrôlement des jeunes dans les groupes
armés: Investir dans l’agriculture, l’élevage et les activités halieutiques
(pêche et pisciculture), en particulier dans les zones à potentiel
agricole, afin des créer des alternatives économiques et endiguer au
maximum la tentation des jeunes de rejoindre les groupes armés.
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Bibliographie
CNSA (Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire). 2024.
Enquête Nationale de Suivi de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle de la
CNSA (ENSSAN, Août 2024). Port-au-Prince, Haïti.
FAO et PAM. 2022. FAO–WFP analysis of the links between instability and
food insecurity in Haiti. https://www.fightfoodcrises.net/sites/default/
files/2024-02/Haiti_FAO_WFP_Study_links_Instability_FI_Executive_
Summary_EN.pdf
Gouvernement de la République d’Haïti. 2024. Lettre de cadrage du
Projet de budget 2024-2024. Port-au-Prince, Haïti. https://communication.
gouv.ht/dossiers/lettre-de-cadrage-du-projet-de-budget-2024-2025
IPC. 2024. Haïti: Analyse IPC de l’insécurité alimentaire aiguë
(août 2024‑juin 2025). Port-au-Prince, Haïti. https://www.ipcinfo.org/
fileadmin/user_upload/ipcinfo/docs/IPC_Haiti_Acute_Food_Insecurity_
Aug2024_Jun2025_Report_French.pdf
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Contact
Représentation du PAM en Haïti
wfp.haiti@wfp.org | @WFP_Haiti
Port-au-Prince, Haïti
Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation
des données qui y figurent n’impliquent de la part de la FAO et du PAM aucune
prise de position quant au statut juridique ou au stade de développement
des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de
leurs frontières ou limites. Les lignes pointillées sur les cartes représentent
des frontières approximatives dont le tracé peut ne pas avoir fait l’objet
d’un accord définitif.
Représentation de la FAO en Haïti
FAO-HT@fao.org | @FAOHaiti
Port-au-Prince, Haïti
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© FAO et WFP, 2024
CD3725FR/1/12.24
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