Dépendance énergétique et chocs pétroliers : Une analyse empirique de la transmission macroéconomique en Haïti
- Le taux de change est le canal de transmission dominant et le plus robuste : un choc pétrolier déprécie durablement la gourde, contracte l'activité réelle et érode les réserves de change.
- La transmission aux prix intérieurs est atténuée à court terme par les prix administrés à la pompe, au prix de tensions budgétaires différées.
- Un scénario d'escalade du conflit Iran-États-Unis pourrait faire augmenter la facture pétrolière d'Haïti d'environ 50 % sur six mois.
- 54,5 % de la réponse contemporaine de l'inflation à un choc pétrolier transite par la dépréciation de la gourde.
- La réponse du taux de change aux chocs pétroliers s'est nettement renforcée après 2019, cohérente avec une vulnérabilité structurelle croissante (érosion des réserves, dépréciation accélérée, crises politiques).
Le document conduit deux exercices complémentaires. Le premier, fondé sur un modèle à correction d'erreur estimé sur des données mensuelles 2000-2024, établit une transmission quasi proportionnelle entre le prix du brut et les produits raffinés importés, et simule l'impact sur la facture pétrolière selon trois scénarios de prix : un scénario d'escalade calqué sur le conflit Iran-États-Unis pourrait générer une hausse de la facture pétrolière de l'ordre de 50 % sur six mois. Le second, cœur analytique de l'étude, applique la méthode des projections locales de Jordà avec une identification externe des surprises d'offre de l'OPEP (Känzig 2021) pour estimer les effets dynamiques sur l'inflation, le taux de change, la balance commerciale, le PIB réel et les réserves de change.
La réponse du taux de change est le résultat le plus robuste, résistant à l'ensemble des spécifications testées, y compris la pondération par la variance conditionnelle GARCH de l'inflation ; une décomposition montre que 54,5 % de la réponse contemporaine de l'inflation transite par la dépréciation de la gourde. La scission de l'échantillon montre que la réponse du taux de change aux chocs pétroliers était modérée, voire brièvement négative, sur 2014-2018, mais fortement positive et significative sur 2019-2025, cohérente avec une vulnérabilité structurellement accrue depuis 2019 (érosion des réserves, dépréciation accélérée, crises politiques).
Les auteurs recommandent de prioriser la surveillance du marché des changes plutôt que le seul ciblage de l'inflation face aux chocs pétroliers, de rendre l'ajustement des prix à la pompe plus graduel et prévisible, et d'intégrer des scénarios de stress énergétique dans la politique monétaire et la surveillance macroprudentielle.
Comment citer
Banque de la République d'Haïti (BRH), 2026, Dépendance énergétique et chocs pétroliers : Une analyse empirique de la transmission macroéconomique en Haïti, https://www.brh.ht/wp-content/uploads/DREF_Working-Paper-WP_2026_2_Dependance-energetique-et-chocs-petroliers_mai-2026.pdf