(2026) Estabilite Sistèm Bankè ak Tès Estrès an Ayiti: Yon Apwòch Bayezyen ak Pa Quantile pou Risk Sistemik
Rezime — Papye rechèch DREF/BRH sa a (WP/2026/3) evalye rezistans sistèm bankè ayisyen an lè l itilize yon VAR Bayezyen konbine ak yon ekstansyon pa quantile sou done anyèl 2000-2024, yon kad ki fèt pou kaptire dinamik makwofinansye ki pa lineyè epi ki depann de rejim, bagay modèl lineyè estanda yo pa kapte. Li jwenn ke rannman sou byen reponn de fason asimetrik a kwasans (0,05 nan peryòd kriz kont 0,12 nan ekspansyon), yon pwobabilite defo sistemik 15,2% anba estrès politik, ak yon valè-a-risk sistemik ki ant 30,4 ak 32,1 milyon dola ameriken, pandan ratio kapital estime a (7,4%) rete pi wo pase seyi regilatè 5% la.
Dekouve Enpotan
- Rannman sou byen reponn a kwasans lan yon fason ki pa lineyè: elastisite 0,05 nan peryòd kriz kont 0,12 nan ekspansyon, sa ki rejte ipotèz lineyarite modèl estanda yo.
- Pwobabilite defo sistemik la rive 15,2% anba estrès politik.
- Ratio kapital estime a (7,4%) rete pi wo pase minimòm regilatè 5% la.
- Valè-a-risk sistemik la konvèje ant metòd BVAR ak quantile a 30,4-32,1 milyon dola (95% konfyans).
- Rekòmande yon kousin antisiklik adisyonèl 1 pwen anwo egzijans solvabilite 14,5% ki deja egziste a, plis endikatè alèt bonè ak yon jesyon risk chanj pi solid.
Deskripsyon Konple
Ak sèt varyab andojèn (kwasans PIB reyèl, to enterè reyèl, to chanj, enflasyon, ratio kapital, prè ki pa pèfòme, ak rannman sou byen), plis endikatè enstabilite politik ak katastwòf natirèl, VAR Bayezyen an estime ak priyò Minnesota atravè echantiyonaj Gibbs (25 obsèvasyon anyèl, 2000-2024), yon metòd ki adapte a seri tanporèl Ayiti yo ki kout e ki gen anpil bri. Yon ekstansyon quantile Bayezyen LASSO an de etap (quantile 0,05 rive 0,95, paske pa gen okenn pakè BQVAR entegre) kaptire asimetri nan ke distribisyon an. Rezilta kle: elastisite rannman sou byen a kwasans varye ant 0,05 nan peryòd kriz ak 0,12 nan ekspansyon, sa ki rejte ipotèz lineyarite a; pwobabilite defo sistemik la rive 15,2% anba estrès politik; ratio kapital estime a (7,4%) depase minimòm regilatè 5% la; epi mezi valè-a-risk sistemik yo konvèje ant apwòch BVAR ak quantile a 30,4-32,1 milyon dola (95% konfyans). Etid la konkli ke sistèm bankè ayisyen an gen baz rezistans ki satisfezan an jeneral men li rete ekspoze estriktirèlman, patikilyèman a chòk politik ak tansyon sou mache chanj la. Nan kad Sikilè No 88-1 BRH a, li rekòmande: (1) kenbe egzijans solvabilite jeneral 14,5% la (ki gen ladan l kousin konsèvasyon an), plis yon kousin antisiklik adisyonèl 1 pwen pou absòbe chòk politik yo idantifye; (2) devlope endikatè alèt bonè tankou pwobabilite defo sistemik la ak seyi ki kondisyone selon rejim ekonomik la; ak (3) ranfòse jesyon risk chanj la, etandone efè neyatif li demontre sou kalite byen yo ak rantabilite pandan kriz.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Stabilité du système bancaire et stress tests en
Haïti : une approche bayésienne et quantile des
risques systémiques
Jean Marie Cayemitte et Jean Sobocoeur Chrispin∗
Direction de la Recherche en Economie et Finance (DREF)
Banque de la Republique d’Haiti (BRH)
Juillet 2026
Résumé
Cet article examine la stabilité du système bancaire haïtien à l’aide d’un cadre
combinant un VAR Bayésien (BVAR) et une extension par quantiles, appliqué à des
données annuelles (2000-2024). Cette approche, conçue pour les petits échantillons,
permet de capturer les non-linéarités et les asymétries « régime-dépendantes » des
relations macrofinancières, dépassant ainsi les limites des modèles linéaires standard.
Les résultats révèlent une élasticité du rendement sur actifs à la croissance variant
de 0,05 (en période de crises) à 0,12 (durant l’expansion), rejetant l’hypothèse de
linéarité. La probabilité de défaut systémique atteint 15,2% sous stress politique,
avec un ratio de capital comptable établi à 7,4%, dépassant le seuil réglementaire de
5%. Les mesures de risque systémique convergent entre BVAR et approche quantile
(VaR systémique : 30,4-32,1M USD à 95%). L’étude propose un cadre applicable aux
petites économies ouvertes et recommande un renforcement prudentiel, incluant un
coussin anticyclique.
Mots clés : Stabilité bancaire, VAR bayésien, régression quantile, stress tests, risque
systémique.
Classification JEL : C11, C32, G21, G28, E44.
∗
Ce document reflète les opinions des auteurs et ne représente pas nécessairement la position officielle
de la Banque de la République d’Haïti (BRH).
Les auteurs remercient Monsieur Hancy Pierre Louis, Madame Graziella Lherisson, Monsieur Riphard
Sérent, Monsieur Jean Armand Mondelis (Directeur de la Supervision des Banques et Autres institutions
Financières), les collègues de la DREF pour leur relecture attentive et leurs précieux conseils ainsi que les
participants aux Vendredis de la BRH pour leurs commentaires éclairés.
1
DREF/BRH
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WP/2026/3
Introduction
La résilience des systèmes bancaires face aux chocs macroéconomiques constitue un
enjeu critique de stabilité financière, particulièrement dans les économies en développement
caractérisées par une volatilité structurelle élevée (Mishkin, 1996; Levine, 2005). Dans le
contexte haïtien, cette problématique revêt une acuité particulière au regard d’une triple
vulnérabilité : une instabilité macroéconomique chronique (croissance moyenne de 0,87%
sur 2000-2024 avec des fluctuations de -5,65% à +5,89%), une exposition récurrente aux
chocs politiques et une sensibilité accrue aux catastrophes naturelles. Pourtant, malgré
l’importance stratégique du secteur bancaire, très peu d’études ont à ce jour proposé, à
notre connaissance, une analyse quantitative systématique de la résilience bancaire en
Haïti à l’aide d’outils économétriques avancés.
La littérature existante s’est principalement concentrée sur les grandes économies ou les
marchés émergents (Bassett et al., 2021), laissant un vide analytique concernant les petites
économies ouvertes aux données limitées. Les approches conventionnelles, souvent linéaires
et strictement fréquentistes, peinent à capturer les non-linéarités et asymétries susceptibles
de caractériser les relations macro-financières dans des environnements volatiles (Caggiano
et al., 2017). Par ailleurs, l’application des modèles VAR standards se heurte à la «
malédiction de la dimensionnalité » dans des contextes d’échantillons réduits, limitant leur
utilité là où les séries temporelles longues et de haute fréquence font défaut.
Les avancées méthodologiques récentes en économétrie bayésienne (Giannone et al.,
2015; Koop, 2013; Korobilis, 2013) et en analyse quantile (Chavleishvili & Manganelli, 2024)
offrent des pistes prometteuses. Le modèle Vectoriel Autotégressif Bayésien (BVAR), avec
ses priors de Minnesota, permet de surmonter les problèmes de surparamétrisation inhérents
aux petits échantillons. Son extension quantile permet de quantifier les non-linéarités
dans les mécanismes de transmission, particulièrement importantes pour l’évaluation des
risques en queue de distribution. Dao & Nguyen (2025) démontrent comment les modèles
de régression quantile bayésienne avec a-priori de rétrécissement (shrinkage priors) sont
idéaux pour identifier les facteurs de risque clés prédisant les risques de queue des banques.
Leur approche permet de traiter des bases de données de grande dimension en une seule
étape, contrairement aux modèles factoriels, et offre une meilleure interprétabilité en
nommant des variables spécifiques plutôt que des facteurs composites. Ils montrent que
des indicateurs de levier, les prix d’actifs et des mesures du marché du travail sont les
meilleurs prédicteurs.
Cependant, trois lacunes principales subsistent :
1. Lacune méthodologique adaptative : Bien que les modèles BVAR et quantiles
soient documentés théoriquement (Koop, 2013; Chavleishvili & Manganelli, 2024),
leur application combinée et adaptée aux contraintes extrêmes des petites économies à
données limitées reste rarement explorée. L’absence de modules d’estimation BQVAR
spécialisés nécessite des approches créatives en deux étapes encore non documentées
pour ce type de contexte.
2. Lacune empirique contextuelle : Aucune étude n’a systématiquement appliqué
2
DREF/BRH
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ces outils avancés au système bancaire haïtien. Les rares travaux sur la stabilité
financière en Haïti se limitent généralement à des analyses descriptives ou à des
modèles univariés (FMI, 2008), échouant à capturer les interdépendances complexes
du système.
3. Lacune d’intégration théorico-empirique : La littérature néglige souvent la nécessaire adaptation des structures de variables (niveau vs. différences) pour conjuguer
stationnarité statistique et pertinence économique interprétable dans des contextes
de forte non-stationnarité comme celui d’Haïti. De plus, les cadres de stress tests
dérivés des quantiles extrêmes pour évaluer la résilience systémique restent peu
développés.
Notre recherche répond à ce triple déficit à travers trois contributions distinctes.
Premièrement, nous implémentons le premier cadre combiné BVAR-quantile spécifiquement
adapté aux contraintes de données haïtiennes. Cette approche duale permet d’estimer
simultanément les relations moyennes (BVAR) et leurs variations conditionnelles aux
régimes économiques (approche quantile). Deuxièmement, nous développons une structure
de variables mixte intégrant des séries en niveau (PIB, taux d’intérêt réel) et en différences
premières (taux de change, inflation, indicateurs bancaires), résolvant ainsi le dilemme
entre stationnarité statistique et pertinence économique. Troisièmement, nous élaborons un
cadre de stress testing fondé sur les quantiles extrêmes, offrant une évaluation probabiliste
des vulnérabilités systémiques avec des implications réglementaires directes.
Sur le plan empirique, cette étude répond à trois interrogations complémentaires :
(1) Quelle est la résilience du système bancaire haïtien face aux chocs macroéconomiques
typiques ?
(2) Comment les canaux de transmission varient-ils selon les régimes économiques ?
(3) Comment recalibrer les mesures conventionnelles de risque pour mieux refléter les
spécificités locales ?
Au-delà de son apport spécifique au cas haïtien, ce travail établit un cadre méthodologique reproductible pour l’analyse de la stabilité bancaire dans les petites économies
ouvertes aux données limitées.
Sur le plan réglementaire, il convient de souligner que le système bancaire haïtien a
connu une transition majeure avec l’entrée en vigueur de la Circulaire n° 88-1 le 1er avril
2021, remplaçant la Circulaire n° 88 de 1998. Cette nouvelle norme introduit une distinction
fondamentale entre le ratio de levier (Actif / Fonds propres) et le ratio de solvabilité
basé sur les risques (RAR). Afin d’assurer une continuité statistique rigoureuse sur la
période 2000-2024, la présente étude privilégie l’utilisation du ratio de capital comptable
(Avoir / Actif). Dans le cadre de la Circulaire 88-1, ce ratio correspond désormais au
ratio de levier, dont le multiple maximal autorisé est de 20 fois l’actif (soit un seuil de
conformité de 5%). Parallèlement, les exigences de fonds propres pondérés par les risques
(RAR) ont été relevées à un minimum de 12%, atteignant 14,5% en incluant le volant
de conservation(Banque de la République d’Haïti, 2021). Bien que la nature agrégée des
données historiques limite le calcul rétroactif du RAR sur 25 ans, nos simulations de stress
3
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tests intègrent ces nouveaux paliers pour évaluer la résilience structurelle du système face
aux chocs macroéconomiques.
La suite de l’article s’articule autour de cinq sections complémentaires. La section 2
présente le cadre méthodologique détaillé, incluant la sélection et la transformation des
variables, la spécification des modèles BVAR et quantile, et la procédure de validation. La
section 3 expose les résultats d’estimation du modèle BVAR, avec un accent particulier
sur les fonctions de réponse impulsionnelle et la décomposition de la variance. La section
4 analyse les non-linéarités à travers le modèle quantile et l’examen de la variabilité des
coefficients à travers les différents quantiles. La section 5 détaille les résultats des stress
tests bancaires basés sur des scénarios calibrés à partir des quantiles extrêmes. Enfin, la
section 6 conclut et discute les implications de politique économique.
2
Cadre méthodologique
2.1
Données et sélection des variables
L’étude utilise des données annuelles couvrant la période 2000-2024, soit 25 observations.
Bien que certaines séries soient disponibles sur une base trimestrielle, la fréquence annuelle
a été privilégiée pour garantir la cohérence temporelle de l’ensemble des variables, compte
tenu de la disponibilité limitée et de l’hétérogénéité des données macroéconomiques
et financières en Haïti. Cette contrainte est caractéristique des petites économies en
développement et justifie le recours à des méthodes économétriques adaptées aux petits
échantillons (Caggiano et al., 2017). Toutes les séries proviennent de sources officielles : la
Banque de la République d’Haïti (données économiques et financières), la Banque Mondiale
(indicateurs institutionnels), et la base EM-DAT (catastrophes naturelles).
Le modèle intègre sept variables endogènes structurées selon une approche mixte
pour conjuguer exigence de stationnarité et pertinence économique. Deux variables sont
maintenues en niveau : le taux de croissance du produit intérieur brut réel (PIBtx_niveau)
et le taux d’intérêt réel (IntReel_niveau) 1 . Le maintien du taux d’intérêt réel en niveau,
conjugué à l’inclusion de l’inflation en différence première, répond à une triple exigence :
(1) respecter les propriétés de stationnarité distinctes des séries (le taux réel est stationnaire en niveau alors que l’inflation nécessite différenciation),
(2) capturer séparément le coût effectif du crédit (via le taux réel) et l’effet d’érosion du
pouvoir d’achat (via l’inflation),
(3) éviter les problèmes de colinéarité et d’identification qui surviendraient avec une
spécification intégrée.
Cette approche permet notamment d’isoler l’impact spécifique du coût du financement
sur la solvabilité des emprunteurs dans un système financier à faible profondeur, tout en
respectant les contraintes économétriques imposées par la taille limitée de l’échantillon.
1. Le taux d’intérêt réel est défini ici comme le taux moyen des prêts bancaires ajusté de l’inflation.
4
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Cinq variables sont transformées en différences premières pour assurer leur stationnarité :
le taux de change gourde/dollar (d_TxCh), le taux d’inflation (d_Infl), le ratio de fonds
propres (d_RatioFA), les prêts non performants (d_Pretsitx) et le rendement sur actifs
(d_ROA).
Trois variables exogènes complètent le système pour isoler les chocs spécifiques :
les transferts de la diaspora en différence première (d_Transf), un indicateur binaire
d’instabilité politique (InstPol) prenant la valeur 1 lors des années de crises politiques
majeures, et un indicateur binaire de catastrophes naturelles (CatNatM) activé pour les
événements à impact systémique (séismes, ouragans).
2.2
Tests de stationnarité et spécification du modèle
Les propriétés de stationnarité des séries sont vérifiées via le test de Dickey-Fuller
augmenté (ADF), les tests de Phillips-Perron (PP) et de KPSS. Le critère d’information
bayésien (BIC) a été retenu pour la sélection du nombre optimal de retards. Les résultats
(Tableau 1) confirment la nécessité de transformer certaines variables.
Table 1 – Résultats des tests de stationnarité en niveau
Variable
ADF Stat
ADF p
PP p
KPSS stat
PIBtx
Infl
TxCh
IntReel
ROA
RatioFA
RatioDA
Pretsitx
Transf
-4.2927
-1.9251
0.4504
-5.1899
-2.9964
-1.1999
-0.1307
-1.4315
0.9487
0.01
0.487
0.8097
0.01
0.1826
0.3236
0.6035
0.8768
0.7109
0.01
0.5721
0.9021
0.041
0.2085
0.2818
0.1937
0.7788
0.8641
0.4176
0.3368
0.7761
0.2758
0.2085
0.8162
0.705
0.259
0.8875
Note : Fourni uniquement à titre indicatif, le ratio dépôts/actifs (RatioDA) a été exclu
par souci de parcimonie.
Source : Auteurs
Le modèle BVAR suit la spécification standard :
Yt = A0 +
p
X
i=1
Ai Yt−i +
q
X
Bj Xt−j + εt ,
εt ∼ N (0, Σ)
(1)
j=1
où Yt représente le vecteur des 7 variables endogènes, Xt le vecteur des 3 variables exogènes,
et εt ∼ N (0, Σ) (vecteur des termes d’erreur qui suit une loi normale).
L’ordre des retards p = 1 a été sélectionné sur la base du critère BIC afin de minimiser
la perte de degrés de liberté liée à la petite taille de l’échantillon (n = 25), tandis que
5
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l’ordre q pour les variables exogènes a été maintenu à 1 pour préserver la parcimonie du
modèle.
2.3
Estimation bayésienne et choix de priors
L’estimation repose sur une approche bayésienne avec priors de Minnesota, une méthode
dont la supériorité est établie pour les modèles VAR appliqués aux petits échantillons
(Koop, 2013). En imposant une structure de rétrécissement (shrinkage), cette approche
permet d’extraire des signaux significatifs tout en neutralisant le bruit statistique inhérent
aux 25 observations annuelles.
Les hyperparamètres sont calibrés comme suit :
— λ1 = 0, 2 pour les coefficients propres, reflétant une persistance attendue modérée ;
— λ2 = 0, 1 pour les coefficients croisés, traduisant l’hypothèse des interactions plus
faibles entre variables ;
— λ3 = 0, 5 pour la décroissance harmonique des coefficients en fonction des retards.
L’estimation est réalisée par échantillonnage de Gibbs sur 5 000 itérations, dont 1 000
sont rejetées en phase de burn-in. La convergence des chaînes est diagnostiquée à l’aide
des statistiques de Gelman-Rubin.
L’identification structurelle repose sur une décomposition de Cholesky avec l’ordre de
causalité prédictive suivant :
Variables exogènes → PIBtx → inflation → taux de change → taux d’intérêt réel →
indicateurs bancaires
Cet ordre reflète la structure typique des petites économies ouvertes où les chocs externes
et réels précèdent les ajustements monétaires et financiers domestiques (Ostry et al., 2012).
Cette séquence est cohérente avec la littérature sur les économies en développement
caractérisées par : (1) une forte sensibilité aux chocs externes, (2) une transmission rapide
des chocs réels aux prix domestiques, et (3) des ajustements monétaires et financiers qui
opèrent avec des retards institutionnels et de marché.
2.4
Extension quantile : Modèle de régressions quantiles bayésiennes avec pénalisation LASSO (Approche en deux étapes)
En raison de l’indisponibilité de packages spécialisés pour l’estimation BQVAR intégrée,
nous adoptons une approche en deux étapes.
Pour chaque quantile τ ∈ {0, 05; 0, 25; 0, 50; 0, 75; 0, 95}, le modèle suivant est estimé
séparément pour chaque variable endogène :
Qyi (τ |Ft−1 ) = αi (τ ) +
7
X
βi,j (τ )yj,t−1 +
j=1
3
X
γi,k (τ )xk,t + εi,t (τ )
(2)
k=1
où Qyi (τ |Ft−1 ) désigne le quantile τ conditionnel de la variable yi , compte tenu de l’ensemble
d’information Ft−1 disponible à t − 1.
6
DREF/BRH
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L’estimation repose sur la minimisation de la fonction de perte quantile « check function
» standard :
T
X
min
ρτ (yi,t − Xt′ θi (τ )) , où ρτ (u) = u(τ − 1u<0 )
(3)
θi (τ )
t=1
Un terme de pénalisation LASSO est introduit afin de limiter les problèmes de surparamétrisation, avec λ le paramètre de régularisation (norme L1 ). Cette approche est en
effet appliquée pour gérer les problèmes de dimensionnalité, avec sélection du paramètre λ
par validation croisée sur 3 blocs temporellement ordonnés (pour contrôler l’intensité de la
pénalisation) (Hyndman & Athanasopoulos, 2018).
2.5
Procédures de validation et tests de robustesse
La validation du modèle repose sur quatre procédures complémentaires :
1. Tests de diagnostic des résidus : Tests de Ljung-Box pour l’autocorrélation
(jusqu’au lag 4), tests ARCH pour l’hétéroscédasticité et tests de Jarque-Bera pour
la normalité.
2. Validation hors échantillon : Division des données en échantillon d’entraînement
(2000-2017) et de test (2018-2024), avec calcul du RMSE relatif pour chaque variable.
3. Analyses de sensibilité : Variations systématiques des hyperparamètres des priors
(λ1 ∈ [0, 1; 0, 3], λ2 ∈ [0, 05; 0, 15]) et de l’ordre des retards (p ∈ {1, 2}).
4. Tests de stabilité structurelle : Procédures CUSUM et tests de Chow pour
détecter d’éventuels bris structurels.
La performance prédictive est évaluée via le ratio RMSE relatif (RMSE du modèle
divisé par RMSE d’un modèle naïf de persistance), avec des valeurs inférieures à 1 indiquant
une performance supérieure.
2.6
Cadre de stress testing
Les stress tests bancaires sont construits à partir des quantiles extrêmes estimés à
partir du modèle BQVAR en deux étapes (modèle bayésien-quantile avec Lasso), ce qui
permet de simuler explicitement des trajectoires macrofinancières conditionnelles à des
états de stress sévère.
Trois scénarios de stress sont élaborés :
— Scénario 1 - Crise politique (τ = 0, 25) : Combinaison de contraction économique
(-5%), poussée inflationniste (+15%), et dépréciation de la monnaie (+25%).
— Scénario 2 - Catastrophe naturelle (τ = 0, 05) : Choc plus prononcé sur l’activité
(-8%) avec augmentation compensatoire des transferts (reflétant les mécanismes de
solidarité).
— Scénario 3 - Crise financière (τ = 0, 05, variante financière) : Focus sur la
détérioration rapide des conditions financières et bancaires.
7
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Deux indicateurs complémentaires de risque systémique sont mobilisés :
— La probabilité de défaut (PD) estimée à l’aide d’un modèle logistique, dans lequel
les variables explicatives sont issues des trajectoires simulées par les modèles BVAR
et quantile ;
— La Value-at-Risk systémique (VaR) au seuil de 95% calculée selon la formule :
VaR95% = EAD × PD × LGD × kV aR
(4)
avec EAD (Exposition at Default) fixé à 100 millions USD, LGD (Loss Given
Default) 2 fixé à 45% (correspondant à une valeur médiane observée pour les économies
en développement selon Demirguc-Kunt et al. (2013)) et kV aR fixé à 2,5.
Ce cadre méthodologique rigoureux mais pragmatique permet de surmonter les limitations des données haïtiennes (période restreinte 2000-2024, faible degré de granularité)
tout en produisant des résultats robustes et économiquement interprétables, comme le
démontreront les sections suivantes.
3
Résultats du modèle BVAR et analyse des dynamiques
macro-financières
3.1
Qualité d’ajustement et diagnostics du modèle
L’estimation du modèle BVAR produit des résultats robustes avec une convergence
satisfaisante des algorithmes MCMC, attestée par des statistiques de Gelman-Rubin inférieures à 1,05 pour l’ensemble des paramètres, ce qui atteste d’une exploration adéquate a
posteriori. Cette convergence est obtenue malgré la taille limitée de l’échantillon, confirmant
l’intérêt de l’approche bayésienne dans les contextes de données restreintes. Le R² ajusté
moyen s’établit à 0,72, variant de 0,65 pour la variable d’inflation à 0,81 pour le PIB,
indiquant une capacité explicative globalement raisonnable compte tenu de la complexité
des relations modélisées et de la taille limitée de l’échantillon.
Les diagnostics des résidus (Tableau 2) confirment l’adéquation de la spécification
dynamique. Les tests de Ljung-Box ne rejettent pas l’hypothèse nulle d’absence d’autocorrélation des résidus jusqu’au lag 4 (p-values > 0,10). De même, les tests ARCH
ne détectent pas d’hétéroscédasticité conditionnelle significative. En revanche, le test de
Jarque-Bera rejette l’hypothèse de normalité pour certaines équations, notamment celles
relatives au PIB, à l’inflation et à la rentabilité (ROA). Cette non-normalité, fréquente dans
les séries macrofinancières, constitue un argument en faveur du recours à une modélisation
conditionnelle par quantiles.
2. L’EAD est le montant total dû (et potentiellement exigible) au moment du défaut alors que le LGD
est le pourcentage de l’exposition définitivement perdu après recouvrement et liquidation des garanties.
8
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Table 2 – Tests de diagnostic des résidus du modèle BVAR
Variable
Ljung-Box (lag 4)
ARCH (lag 2)
Jarque-Bera
0,112
0,287
0,189
0,334
0,256
0,198
0,223
0,234
0,156
0,302
0,178
0,421
0,367
0,291
0,045*
0,118
0,063
0,027*
0,155
0,089
0,041*
PIBtx_niveau
d_TxCh
IntReel_niveau
d_Infl
d_RatioFA
d_Pretsitx
d_ROA
∗
3.2
p < 0,05 indiquant un rejet de la normalité.
Fonctions de réponse impulsionnelle
Les fonctions de réponse impulsionnelle (FRI), calculées sur un horizon de huit périodes,
à partir de la distribution a posteriori des paramètres et présentées avec des intervalles de
crédibilité à 95%, révèlent des dynamiques de transmission complexes et économiquement
cohérentes. Les réponses aux chocs les plus significatifs sont présentées de manière détaillée
en annexe (Figures 3 et 4), tandis que le tableau 3 synthétise les effets maximaux des
principaux chocs qui seront analysés ci-après.
3.2.1
Chocs de croissance économique
Un choc positif d’une déviation standard sur le PIB réel (≈ +2, 94 points) génère des
ajustements progressifs dans l’ensemble du système macrofinancier. Le taux de change
répond par une dépréciation maximale de 10,53 points observée après deux périodes
(intervalle de crédibilité : [8,21 ; 12,85]), suivie d’un retour progressif vers l’équilibre. Cette
réponse, conforme au modèle Mundell-Fleming, reflète l’effet combiné de l’augmentation
des importations et des sorties de capitaux.
L’inflation montre une réponse positive avec un pic de 5,99 points atteint à l’horizon
quatre périodes (IC95% : [4,12 ; 7,86]), illustrant les pressions de demande et les rigidités
structurelles de l’offre. Les indicateurs bancaires réagissent de manière différenciée : les prêts
non performants diminuent de 0,03 point avec une persistance sur six périodes (élasticité
à la croissance : -0,010), tandis que le ROA s’améliore de 0,02 point après trois périodes
(élasticité : +0,007). Le ratio de fonds propres enregistre une amélioration cumulative de
0,04 point, traduisant l’effet bénéfique de la croissance sur la solidité financière.
3.2.2
Chocs de taux de change
Les chocs de dépréciation du taux de change (+2,59 points) produisent des effets
macrofinanciers plus prononcés et moins favorables. Une dépréciation génère une réponse
inflationniste significative (pass-through) avec un pic de 2,17 points après quatre périodes
(IC95% : [1,45 ; 2,89]), confirmant l’importance du canal externe dans une économie
haïtienne fortement dépendante des importations.
9
DREF/BRH
WP/2026/3
Les effets sur le secteur bancaire sont négatifs et persistants. Le ROA subit une
détérioration immédiate de 0,02 point, s’accentuant à 0,04 point après trois périodes. Cette
réponse reflète l’effet double des dépréciations : augmentation des coûts d’exploitation
(importations de biens intermédiaires) et dégradation de la qualité des actifs (dollarisation
implicite des crédits). Les prêts non performants augmentent de 0,05 point avec un effet
persistant (élasticité au taux de change : +0,019), tandis que le ratio de fonds propres
enregistre une diminution cumulative de 0,03 point, signalant une érosion graduelle des
coussins de capital.
3.2.3
Chocs d’inflation
Les chocs inflationnistes (+11,2 points) ont des effets asymétriques et globalement
défavorables sur le système financier. Une poussée inflationniste génère une réponse
négative du ROA atteignant 0,03 point après deux périodes, résultat de l’érosion des
marges d’intermédiation et de l’augmentation des coûts opérationnels. Les prêts non
performants augmentent de 0,04 point, avec maximum atteint à l’horizon trois, reflétant
la détérioration de la capacité de remboursement des emprunteurs face à l’érosion de leur
pouvoir d’achat.
Le taux de change montre une dépréciation retardée de 0,03 point, suggérant des
effets de second tour dans la dynamique des prix relatifs. La croissance économique réagit
négativement avec un décalage, enregistrant une contraction de 0,02 point après trois
périodes, confirmant l’effet récessif des chocs inflationnistes dans un contexte de faible
indexation des salaires.
Table 3 – Effets maximaux dans les fonctions de réponse impulsionnelle
Choc → Variable
Effet Max
Horizon
Intervalle 95%
PIB → d_TxCh
PIB → d_Infl
d_TxCh → d_Infl
d_TxCh → d_ROA
d_Infl → d_Pretsitx
InstPol → d_Pretsitx
+10,53
+5,99
+2,17
-0,04
+0,04
+0,06
2
4
4
3
3
3
[8,21 ; 12,85]
[4,12 ; 7,86]
[1,45 ; 2,89]
[-0,06 ; -0,02]
[0,02 ; 0,06]
[0,04 ; 0,08]
Source : Auteurs
3.2.4
Impact des variables exogènes sur le système financier
Les effets des variables conditionnantes du modèle BVAR révèlent la sensibilité accrue
du système financier aux facteurs non macroéconomiques. Un épisode d’instabilité politique
(InstPol = 1) entraîne une augmentation immédiate des prêts non performants de 0,06
point (IC95% : [0,04 ; 0,08]), avec un pic observé après trois périodes. Le ROA montre une
détérioration progressive atteignant -0,03 point à moyen terme. L’analyse des coefficients
conditionnels révèle que ces effets sont d’une amplitude comparable à ceux associés à
10
DREF/BRH
WP/2026/3
une contraction conditionnelle des transferts de la diaspora d’environ 0,3 milliard USD,
soulignant le rôle stabilisateur implicite de ces flux dans l’atténuation des vulnérabilités
financières.
Les catastrophes naturelles génèrent des effets plus complexes : contraction initiale
de l’activité économique (-0,8 point) suivie d’une reprise progressive, et augmentation
temporaire des transferts (+0,2 milliard USD) liée à l’aide internationale. L’effet net sur
le ratio de fonds propre devient légèrement positif après quatre périodes, suggérant un
rôle partiellement stabilisateur des flux externes.
3.3
Décomposition de la variance
La décomposition de la variance de l’erreur de prévision (Tableau 4) fournit des
éclairages complémentaires sur la structure des chocs et leur persistance temporelle.
Table 4 – Décomposition de la variance (%) à différents horizons
Variable
Horizon
Choc propre
Inflation
PIB
TxCh
Autres
d_Pretsitx
d_Pretsitx
d_ROA
d_ROA
d_RatioFA
d_RatioFA
4
8
4
8
4
8
45,2
40,1
39,8
35,3
54,6
49,7
29,8
34,7
25,4
29,6
24,8
29,5
15,3
14,9
19,7
18,4
5,3
6,1
6,1
7,3
10,2
12,1
4,2
5,4
3,6
3,0
4,9
4,6
11,1
9,3
Source : Auteurs
3.3.1
Analyse par variable
À l’horizon de quatre périodes, la variance des prêts non performants s’explique à
45,2% par des facteurs idiosyncratiques, 29,8% par l’inflation, et 15,3% par la croissance
économique. Cette structure évolue significativement à l’horizon de huit périodes, avec une
diminution de la part des chocs sectoriels (40,1%) et une augmentation de la contribution
de l’inflation (34,7%).
Le rendement sur actifs présente une structure différente avec 39,8% de variance attribuable aux chocs sectoriels à l’horizon quatre, 25,4% aux facteurs macroéconomiques
(principalement inflation), et 10,2% au taux de change. Là encore, la contribution macroéconomique augmente avec l’horizon (29,6% à huit périodes).
Le ratio de fonds propres dépend majoritairement de facteurs propres (54,6% à quatre
périodes), avec des contributions notables de l’inflation (24,8%) et, de manière plus originale,
des transferts de la diaspora (8,9%, incluse dans "Autres"). Cette dernière contribution
atteint 9,8% à l’horizon huit, soulignant le rôle stabilisateur structurel des flux externes.
11
DREF/BRH
3.3.2
WP/2026/3
Contributions transversales
L’analyse transversale révèle que l’inflation apparaît comme la variable explicative
dominante du système, contribuant entre 25 et 35% de la variance des indicateurs financiers
selon l’horizon et la variable considérée. Cette prédominance reflète l’importance des canaux
de transmission nominale dans une économie faiblement indexée.
Les transferts de la diaspora expliquent une part significative de la variance du ratio de
fonds propres (8,9-9,8%), mais aussi du PIB (6,2-7,1%) et du taux de change (4,3-5,2%).
Cette contribution multifacette souligne la dépendance structurelle de l’économie haïtienne
aux flux financiers externes.
La variance résiduelle importante attribuée aux chocs spécifiques sectoriels (30-45%
selon les variables) indique que des facteurs non capturés par le modèle macroéconomique,
probablement liés à la gouvernance bancaire, à la régulation sectorielle, ou à des chocs de
liquidité, influencent substantiellement la dynamique du système financier haïtien.
3.4
Validations et robustesse
3.4.1
Stabilité structurelle
Les tests de stabilité structurelle (CUSUM et tests de Chow) ne détectent pas de bris
significatifs dans les coefficients sur la période 2000-2024, à l’exception d’un ajustement
mineur en 2010, possiblement lié au séisme qui a affecté l’économie haïtienne.
3.4.2
Performance prédictive hors échantillon
Les tests de robustesse hors échantillon (Tableau 5) révèlent que le modèle BVAR
surpasse systématiquement le modèle de référence naïf par persistance. Le ratio moyen des
RMSE, calculé comme la moyenne arithmétique des trois ratios RMSE (BVAR/modèle de
persistance) obtenus sur les trois blocs temporellement ordonnés de la validation croisée,
s’établit à 0,857, avec des performances particulièrement marquées pour le taux d’intérêt
réel (0,690) et le PIB (0,720), tandis que l’inflation (0,940) et le taux de change (0,910)
présentent des améliorations plus limitées. Ces résultats confirment la validité du modèle
pour la prévision des variables clés du système macro-financier haïtien.
Table 5 – Performance prédictive hors échantillon (2018-2024)
Variable
Taux d’intérêt réel
PIB
Ratio de fonds propres
Taux de change
Rendement sur actifs
Prêts non performants
Inflation
RMSE Moyen
Écart-type RMSE
MAE Moyen
RMSE Relatif
0,1423
5,7201
0,0126
11,0015
0,0140
0,0241
11,2003
0,0648
1,7302
0,0029
6,4403
0,0063
0,0030
3,0804
0,1351
5,3005
0,0112
8,6002
0,0119
0,0203
9,1801
0,690
0,720
0,890
0,910
0,920
0,930
0,940
12
DREF/BRH
WP/2026/3
Note : RMSE Relatif = RMSE (BVAR) / RMSE (Prévision naïve par persistance).
Valeur < 1 indique une performance supérieure du modèle BVAR par rapport au modèle
naïf de référence. MAE = Mean Absolute Error.
Source : Auteurs basés sur la validation croisée à 3 blocs (n = 25 observations, 2000-2024)
3.4.3
Sensibilité aux spécifications
Les analyses de sensibilité confirment la robustesse des résultats principaux. La variation des hyperparamètres des priors (λ1 ∈ [0, 1; 0, 3], λ2 ∈ [0, 05; 0, 15]) produit des
changements mineurs dans l’amplitude des coefficients mais préserve leur signe et significativité. L’augmentation de l’ordre des retards à p = 2 n’améliore pas significativement
la qualité d’ajustement (∆BIC = +3, 2) et complique l’interprétation économique sans
modifier substantiellement les relations identifiées.
3.5
Discussion et limites du cadre BVAR
Les résultats du modèle BVAR révèlent un système financier haïtien modérément
résilient mais structurellement vulnérable à certains canaux de transmission. La persistance
modérée des chocs (demi-vies de 3-5 périodes) suggère une capacité d’absorption à court
terme mais également une lenteur des mécanismes d’ajustement qui peut amplifier les
chocs prolongés.
La prédominance de l’inflation comme variable explicative, combinée à la sensibilité au taux de change, souligne l’importance cruciale de la stabilité macroéconomique
nominale pour la santé du système bancaire. Cette dépendance est particulièrement préoccupante dans un contexte de forte volatilité inflationniste et de tendance structurelle à la
dépréciation monétaire.
Le rôle stabilisateur des transferts, bien que modeste en amplitude, apparaît statistiquement significatif et économiquement pertinent. Ce résultat suggère que les politiques
visant à renforcer et canaliser ces flux pourraient constituer un levier complémentaire pour
la stabilité financière, au-delà de leurs effets macroéconomiques directs.
Enfin, l’importance des chocs idiosyncratiques (30-45% selon les variables) appelle à
un approfondissement des analyses microprudentielles et sectorielles, indiquant que les
vulnérabilités du système bancaire haïtien ne peuvent être pleinement comprises à travers
le seul prisme macroéconomique.
Ces résultats, bien que riches d’enseignements, reposent sur des effets moyens conditionnels et supposent des relations linéaires et symétriques. Or, les diagnostics de non-normalité
et l’importance des chocs extrêmes laissent présager que les mécanismes de transmission
peuvent différer significativement dans les queues de distribution. Cette limitation motive
l’introduction, dans la section suivante, de l’approche quantile, conçue pour capturer
explicitement les asymétries et les risques macrofinanciers extrêmes.
13
DREF/BRH
WP/2026/3
4
Analyse des non-linéarités par l’approche quantile
4.1
Méthodologie et validation de l’approche en deux étapes
L’analyse des non-linéarités repose sur une estimation du modèle quantile mise en
œuvre selon une approche en deux étapes, adaptée aux contraintes de taille de l’échantillon.
Le modèle est estimé sur cinq quantiles stratégiques (τ ∈ {0, 05; 0, 25; 0, 50; 0, 75; 0, 95}).
Au total, 175 coefficients conditionnels sont estimés (après sélection par le LASSO).
La validation de cette approche alternative est établie à partir de trois critères complémentaires. Premièrement, les tests de continuité des fonctions de coefficients entre quantiles
adjacents (test de Wald pour discontinuités locales, p > 0,10 pour 92% des relations).
Ensuite, la cohérence directionnelle avec le BVAR est élevée (concordance des signes à
87% pour le quantile médian), et enfin les intervalles de confiance obtenus par bootstrap
(500 réplications) présentent une stabilité satisfaisante.
La Figure 1 illustre l’évolution interquantile des coefficients clés, en mettant en évidence
les non-linéarités significatives pour certaines relations macro-financières, une dispersion
interquantile marquée. Les écarts-types transversaux atteignent 0,25 pour les élasticités
les plus sensibles au régime économique, contre seulement 0,10 pour les relations les plus
stables.
Figure 1 – Evolution des coefficients des principales variables macro-financières à travers
les quantiles
4.2
Relations croissance-rentabilité bancaire : élasticités dépendantes du régime
L’examen de la relation entre croissance économique et rentabilité bancaire (ROA)
met en évidence une élasticité croissante à travers les quantiles (Tableau 6). Au quantile
0,05 (situations de crise sévère), l’élasticité du ROA à la croissance n’est que de 0,05
(IC90% : [0,02 ; 0,08]), traduisant une capacité limitée du système bancaire à transformer
14
DREF/BRH
WP/2026/3
les gains de croissance en profitabilité en période de stress. Cette faible sensibilité reflète
les rigidités structurelles et inefficacités qui caractérisent le système bancaire durant les
épisodes de contraction économique : rationnement du crédit, augmentation des provisions
et compression des marges d’intermédiation.
Table 6 – Élasticités ROA à la croissance par quantile
Quantile
0,05
0,25
0,50
0,75
0,95
Élasticité
Intervalle 90%
Interprétation
0,05
0,07
0,08
0,10
0,12
[0,02 ; 0,08]
[0,04 ; 0,10]
[0,06 ; 0,10]
[0,07 ; 0,13]
[0,09 ; 0,15]
Crises sévères
Stress modéré
Régime médian
Croissance soutenue
Expansion forte
Source : Auteurs
Au quantile médian (0,50), cette élasticité atteint 0,08 (IC90% : [0,06 ; 0,10]), se rapprochant des estimations standards de la littérature pour les économies en développement
(Flamini et al., 2009). Dans le quantile 0,95 (périodes de forte expansion), l’élasticité s’élève
à 0,12 (IC90% : [0,09 ; 0,15]), démontrant une sensibilité accrue de 140% par rapport au
quantile de crise. Cette progression suggère que les établissements bancaires capturent plus
efficacement les bénéfices de la croissance durant les phases expansionnistes, possiblement
grâce à une meilleure allocation du crédit et à une gestion plus proactive des opportunités
de marché.
La pente de la relation (différence d’élasticité entre quantiles extrêmes = 0,07) est
statistiquement significative (test de pente = 3,42, p < 0,01), confirmant l’existence d’une
non-linéarité économique substantielle. Cette variation a des implications importantes
pour l’évaluation des risques : les modèles linéaires standards sous-estiment la vulnérabilité
du système en période de crise (-30% d’erreur relative) et surestiment la sensibilité en
expansion (+50%), avec des conséquences directes sur la calibration des stress tests.
4.3
Transmission inflation-prêts non performants : profil modérément concave
La transmission des chocs d’inflation vers les prêts non performants présente un profil
modérément concave. Au quantile 0,05, l’élasticité est de 0,15 (IC90% : [0,11 ; 0,19]),
soulignant la vulnérabilité accrue de la qualité du crédit aux pressions inflationnistes
durant les épisodes de contraction économique. Cette sensibilité élevée peut s’expliquer par
l’effet combiné de la détérioration du pouvoir d’achat des emprunteurs et de l’augmentation
des taux d’intérêt réels dans un contexte de rigidités nominales.
15
DREF/BRH
WP/2026/3
Table 7 – Élasticités prêts non performants à l’inflation par quantile
Quantile
0,05
0,25
0,50
0,75
0,95
Élasticité
Intervalle 90%
Interprétation
0,15
0,13
0,11
0,09
0,08
[0,11 ; 0,19]
[0,09 ; 0,16]
[0,08 ; 0,18]
[0,07 ; 0,13]
[0,05 ; 0,11]
Crises sévères
Stress modéré
Régime médian
Croissance soutenue
Expansion forte
Source : Auteurs
Cette élasticité décroît progressivement à travers les quantiles pour atteindre 0,08 au
quantile 0,95 (IC90% : [0,05 ; 0,11]), soit une réduction de 47% en période d’expansion.
Cette évolution suggère que, durant les phases de croissance robuste, les ménages et
entreprises disposent de plus grandes capacités d’absorption des chocs de prix, limitant
ainsi l’impact sur la qualité du crédit.
La forme concave de cette relation (coefficient de concavité = -0,023, p < 0,05) a
des implications pour la politique monétaire : les autorités doivent être particulièrement
vigilantes face à l’inflation durant les récessions, où ses effets sur la stabilité financière sont
amplifiés.
4.4
Pass-through taux de change-inflation : asymétrie limitée mais
significative
L’impact des variations de taux de change sur l’inflation montre une asymétrie en
U inversé (Tableau 8). Au quantile 0,05, l’élasticité est de 0,20 (IC90% : [0,15 ; 0,25]),
reflétant une transmission modérée en situation de crise. Cette élasticité augmente à 0,28
au quantile médian (IC90% : [0,23 ; 0,33]), avant de se stabiliser autour de 0,25 au quantile
0,95 (IC90% : [0,20 ; 0,30]).
Table 8 – Coefficient de pass-through taux de change → inflation
Quantile
0,05
0,25
0,50
0,75
0,95
Coefficient
IC 90%
Variation vs 0,50
0,20
0,24
0,28
0,26
0,25
[0,15 ; 0,25]
[0,19 ; 0,29]
[0,23 ; 0,33]
[0,21 ; 0,31]
[0,20 ; 0,30]
-28,6%
-14,3%
Référence
-7,1%
-10,7%
Source : Auteurs
Cette configuration suggère que les mécanismes de pass-through opèrent différemment
selon les régimes économiques. En période de stress, des mécanismes d’absorption, tels que
les contrôles des prix (via interventions administratives) ou la compression des marges,
pourraient atténuer la transmission. En régime médian, la transmission est plus complète,
16
DREF/BRH
WP/2026/3
reflétant le fonctionnement normal des mécanismes de marché. En période de forte expansion, des rigidités nominales ou des stratégies de tarification pourraient également modérer
la transmission.
La variabilité interquantile (écart-type = 0,028) est statistiquement significative (test
F = 2,89, p < 0,05), invalidant l’hypothèse d’une relation linéaire constante.
4.5
Variables institutionnelles : sensibilités différenciées
Les coefficients associés aux variables de contrôle institutionnelles présentent des
variations notables dépendantes des quantiles (Tableau 9). L’effet des transferts de la
diaspora sur le ratio de fonds propres augmente de manière monotone, passant de 0,15 au
quantile 0,05 à 0,35 au quantile 0,95 (∆ = +0, 20, p < 0,01), confirmant le rôle stabilisateur
croissant des flux externes en période favorable. Cette progression pourrait s’expliquer par
une utilisation plus efficiente des transferts durant les phases expansionnistes, possiblement
orientée vers l’investissement productif plutôt que vers la consommation courante.
Table 9 – Coefficients des variables institutionnelles par quantile
Relation
Transf → RatioFA
InstPol → NPL
CatNatM → PIB
InstPol → Transf
τ = 0, 05
τ = 0, 25
τ = 0, 50
τ = 0, 75
τ = 0, 95
∆(0, 95 − 0, 05)
0,15
0,12
-0,08
-0,25
0,22
0,10
-0,06
-0,20
0,28
0,09
-0,04
-0,18
0,32
0,08
-0,03
-0,15
0,35
0,07
-0,02
-0,12
+0,20**
-0,05*
+0,06*
+0,13**
Note : *p<0,05 ; ** p<0,01
Source : Auteurs
L’impact de l’instabilité politique sur les prêts non performants varie de 0,12 à 0,07
entre les quantiles extrêmes (∆ = −0, 05, p < 0,05), indiquant une sensibilité décroissante
aux chocs politiques en situation économique robuste. Cette réduction suggère qu’une
économie en expansion dispose de mécanismes de résilience plus importants face aux
turbulences politiques, possiblement grâce à des tampons de capital plus importants et à
une diversification accrue des portefeuilles.
Les catastrophes naturelles montrent un impact négatif sur le PIB à tous les quantiles,
mais d’intensité décroissante (de -0,08 à -0,02), suggérant une meilleure capacité de réponse
aux chocs exogènes durant les expansions économiques.
4.6
Persistance des chocs : variabilité modérée selon les régimes
La persistance des chocs, mesurée par les coefficients autorégressifs (Tableau 10),
montre une variabilité modérée mais systématique selon les régimes économiques.
17
DREF/BRH
WP/2026/3
Table 10 – Coefficients autorégressifs moyens par quantile
Variable
τ = 0, 05
τ = 0, 25
τ = 0, 50
τ = 0, 75
τ = 0, 95
PIB
Inflation
NPL
ROA
0,52
0,48
0,62
0,45
0,58
0,53
0,65
0,50
0,65
0,61
0,68
0,55
0,68
0,64
0,70
0,60
0,72
0,67
0,73
0,65
Moyenne
0,52
0,57
0,62
0,66
0,69
Source : Auteurs
Au quantile 0,05, la persistance moyenne est de 0,52 contre 0,69 au quantile 0,95,
suggérant une dynamique légèrement plus erratique en période de crise et plus lisse
en période d’expansion. Cette différence de 33% dans la persistance a des implications
importantes pour la conception des politiques de stabilisation : les chocs négatifs pourraient
nécessiter des interventions plus fréquentes mais de moindre ampleur, tandis que les chocs
positifs pourraient justifier des actions plus structurelles et durables.
4.7
Incertitude estimationnelle et tests de robustesse
L’analyse des intervalles de confiance révèle que l’incertitude estimationnelle est plus
élevée dans les queues de distribution, avec des intervalles 25% plus larges au quantile
0,05 qu’au quantile médian. Cette hétéroscédasticité est statistiquement significative (test
d’égalité des variances par bootstrap avec 500 réplications, p < 0,05), confirmant la
difficulté accrue d’estimation dans les régimes extrêmes avec un échantillon limité. Elle
suggère également la nécessité d’interpréter avec prudence les résultats relatifs aux quantiles
extrêmes, particulièrement dans le contexte haïtien caractérisé par un nombre restreint
d’observations de crise sévère.
Les tests de robustesse incluent :
1. La validation croisée : Les coefficients restent stables avec suppression de 20% des
observations aléatoirement (variation moyenne < 0,03) même si le nombre limité
d’observations nous appelle à la prudence.
2. La comparaison avec des méthodes alternatives : Approche à noyau 3 vs. régression
quantile (corrélation > 0,85).
3. Les tests de spécification : les tests de Ramsey RESET ne rejettent pas la forme
fonctionnelle (p > 0,10).
La cohérence des résultats à travers les quantiles a été vérifiée via l’examen de la
continuité des fonctions de coefficients. Pour 85% des relations, les coefficients évoluent
3. L’approche à noyau est une méthode non-paramétrique d’estimation par régression locale (NadarayaWatson) qui estime les quantiles conditionnels sans supposer de forme fonctionnelle spécifique. Elle est
utilisée ici comme test de robustesse, sa forte corrélation (>0,85) avec les résultats de la régression quantile
paramétrique valide la stabilité des relations identifiées malgré la taille limitée de l’échantillon (Li &
Racine, 2007).
18
DREF/BRH
WP/2026/3
de manière progressive entre les quantiles adjacents (test de discontinuité, p > 0,10),
supportant la robustesse des structures identifiées. Cependant, certaines discontinuités
mineures apparaissent pour les relations impliquant les transferts et l’instabilité politique,
suggérant des effets de seuil potentiels dans ces canaux de transmission.
4.8
Implications pour l’évaluation des risques
Les implications de ces non-linéarités pour l’évaluation des risques sont substantielles
et multiples :
4.8.1
Sous-estimation des vulnérabilités en crise
Les modèles linéaires standards sous-estiment systématiquement la vulnérabilité du
système bancaire durant les épisodes de stress. Par exemple, pour la relation croissanceROA, l’élasticité linéaire (0,08) sous-estime de 38% la sensibilité en crise (0,05 vs. projection
linéaire de 0,065) et surestime de 33% la sensibilité en expansion (0,12 vs. 0,095). Ce
biais a des conséquences directes pour le calibrage des stress tests et la détermination des
coussins de capital.
4.8.2
Nécessité d’approches conditionnelles
Les résultats plaident pour l’adoption d’approches conditionnelles dans l’évaluation des
risques, avec des scénarios de stress différenciés selon la position dans le cycle économique.
Un choc de même amplitude aura des effets significativement différents selon que l’économie
se trouve en expansion (élasticités élevées) ou en récession (élasticités faibles mais impacts
plus persistants).
4.8.3
Redéfinition des indicateurs d’alerte précoce
Les seuils d’alerte conventionnels devraient être ajustés pour tenir compte des nonlinéarités. Par exemple, un niveau d’inflation de 15% pourrait nécessiter des réactions
différentes selon le régime économique : intervention prudente en expansion (élasticité
Inflation→NPL faible) mais réponse vigoureuse en récession (élasticité élevée).
4.8.4
Implications pour la politique macroprudentielle
La variabilité des coefficients de pass-through suggère que l’efficacité des politiques
monétaires et de change varie selon le régime. En période de crise, la transmission plus faible
justifierait des interventions plus fortes pour obtenir le même effet, tandis qu’en expansion,
la moindre sensibilité aux chocs politiques plaide pour une plus grande autonomie des
politiques domestiques.
19
DREF/BRH
4.9
WP/2026/3
Limites et perspectives
Les principales limites de cette analyse quantile incluent la taille d’échantillon limitée (n=25) affectant la précision des estimations dans les queues, l’approche en deux
étapes plutôt qu’une estimation BQVAR intégrée et la fréquence annuelle masquant des
dynamiques intra-annuelles potentielles.
Les perspectives de recherche incluent l’utilisation de données trimestrielles disponibles,
l’estimation de modèles BQVAR multivariés pleinement intégrés et des comparaisons
régionales.
En fin de compte, cette analyse quantile révèle des non-linéarités économiquement et
statistiquement significatives dans les relations macro-financières haïtiennes. Ces résultats
justifient le recours à des cadres d’évaluation des risques financiers dépendants du régime,
qui seront exploités dans la section consacrée aux stress tests bancaires.
5
Analyse des stress tests bancaires et mesure du risque
systémique
5.1
Cadre conceptuel et méthodologique des stress tests
Les stress tests bancaires mis en œuvre dans cette étude s’appuient sur un cadre
intégré combinant les résultats des modèles BVAR et quantile, permettant d’évaluer la
vulnérabilité du système bancaire haïtien à des chocs macro-financiers sévères. Notre
approche dépasse les méthodologies conventionnelles en incorporant explicitement les
non-linéarités identifiées et l’hétérogénéité des réponses selon les régimes économiques,
telles qu’identifiées par l’estimation quantile.
Le cadre méthodologique repose sur trois piliers :
(1) l’utilisation des quantiles extrêmes du modèle bayésien-quantile pour calibrer les
scénarios de stress,
(2) la modélisation de la probabilité de défaut (PD) via une fonction logistique basée
sur les sorties des modèles,
(3) le calcul des mesures de risque systémique avec validation comparative entre approches
BVAR et quantile.
La probabilité de défaut systémique est définie par :
P Dt =
Avec Zt = α +
1
1 + exp(−Zt )
7
X
βi yi,t−1 +
i=1
3
X
(5)
γj Xj,t
(6)
j=1
où Zt représente le score de risque systémique, avec les coefficients (α, βi , γj ) calibrés sur
la base des résultats BVAR et de l’extension quantile et des données historiques de défaut
dans le système bancaire haïtien.
20
DREF/BRH
WP/2026/3
Les pertes attendues (Expected Loss - EL) sont calculées comme dans la section 2.6.
La Value-at-Risk (VaR) systémique est estimée selon :
VaR95% = EL × kV aR
(7)
où kV aR = 2, 5 (facteur prudentiel).
5.2
Scénarios de stress et calibration
Trois scénarios adverses sont élaborés, chacun correspondant à un régime quantile
spécifique du modèle bayésien-quantile et reflétant les principales sources de vulnérabilité
structurelle de l’économie haïtienne (Tableau 11). Ces scénarios permettent de tester la
robustesse du système bancaire sous différentes configurations de stress, tout en respectant
la cohérence empirique des relations estimées par l’approche quantile.
Table 11 – Paramétrisation des scénarios de stress
Paramètre
Scénario 1 : Crise
politique
Scénario 2 : Catas- Scénario 3 : Crise fitrophe naturelle
nancière
Quantile
PIB
Inflation
Taux de change
ROA
Prêts non performants
Transferts
Instabilité politique
Catastrophe naturelle
τ = 0, 25
-5,0%
+15,0 pts
+25,0%
-3,0 pts
+8,0 pts
τ = 0, 05
-8,0%
+8,0 pts
+15,0%
-2,0 pts
+6,0 pts
τ = 0, 05 (variante)
-4,5%
+12,0 pts
+35,0%
-5,2 pts
+15,0 pts
-0,5 Md USD
Activée (1)
Non (0)
+1,5 Md USD
Non (0)
Activée (1)
-0,8 Md USD
Non (0)
Non (0)
Source : Auteurs
Scénario 1 : Crise politique majeure - Aligné sur le quantile 0,25, ce scénario simule
une contraction économique modérée (-5,0%) combinée à une poussée inflationniste sévère
(+15,0 points) et une dépréciation monétaire importante (+25,0%). Il intègre également
une détérioration de la profitabilité bancaire (-3,0 points de ROA) et une augmentation
des prêts non performants (+8,0 points). Ce scénario correspond aux épisodes de tensions
politiques récurrents en Haïti (2004, 2019, 2022).
Scénario 2 : Catastrophe naturelle majeure - Calibré sur le quantile 0,05 (queue
inférieure), ce scénario représente un choc exogène plus prononcé sur l’activité économique (8,0%) mais avec des effets inflationnistes modérés (+8,0 points). La particularité réside dans
l’augmentation compensatoire des transferts (+1,5 Md USD), qui est souvent concomitante
aux afflux d’aide internationale typiquement observés suite aux catastrophes naturelles en
Haïti (séisme 2010, ouragan Matthew 2016).
21
DREF/BRH
WP/2026/3
Scénario 3 : Crise financière internationale - Également basé sur le quantile 0,05
mais avec focalisation sur les variables financières, ce scénario combine une détérioration
sévère de la profitabilité bancaire (-5,2 points de ROA) avec une augmentation dramatique
des prêts non performants (+15,0 points). Le taux de change subit une dépréciation
extrême (+35,0%), simulant les effets de contagion financière des crises internationales
(crise financière globale 2008, COVID-19 2020).
5.3
Résultats des stress tests
5.3.1
Conditions de base (cible/référence)
Le système bancaire haïtien présente des indicateurs de solvabilité globalement satisfaisants (Tableau 12). Quoiqu’inférieur à 8% dans plusieurs scénarios, le ratio de capital
comptable agrégé se situe nettement au-dessus du seuil réglementaire de 5,0%. La probabilité de défaut systémique est estimée à 8,0%, générant des pertes attendues de 3,6
millions USD pour le portefeuille de référence. Le ratio de liquidité se maintient à 78,0%,
indiquant une capacité d’absorption des chocs de financement adéquate.
Table 12 – Indicateurs de solvabilité sous différents scénarios
Indicateur
Conditions
normales
Crise politique
Catastrophe
naturelle
Crise financière
Ratio de capital (%)
∆ vs réglementaire
PD systémique (%)
∆ vs normal
Pertes attendues (M
USD)
∆%
Ratio de liquidité (%)
Déficit de capital (M
USD)
5
8,0
3,6
7,4
+2,4 pts
15,2
+7,2 pts
6,8
8,1
+3,1 pts
12,8
+4,8 pts
5,8
7,8
+2,8 pts
14,1
+6,1 pts
6,3
78,0
0,0
+89%
72,0
12,5
+61%
75,0
3,2
+75%
73,0
8,7
Note : Delta, variation par rapport aux conditions normales et/ou au seuil réglementaire
Source : Auteurs
5.3.2
Effets des scénarios de stress
Le scénario de crise politique produit une détérioration significative mais contenue des
indicateurs de solvabilité. Le ratio de capital décline à 7,4%, se situant néanmoins à 2,4
points au-dessus du minimum réglementaire haïtien. Cette diminution résulte principalement de la combinaison entre la contraction de l’activité économique, la dépréciation
monétaire et l’augmentation des prêts non performants. La probabilité de défaut systémique augmente à 15,2%, soit une progression de 7,2 points par rapport au scénario
de base (élasticité PD/PIB = -1,44). Les pertes attendues atteignent 6,8 millions USD,
22
DREF/BRH
WP/2026/3
représentant une augmentation de 89%. Le système présenterait un déficit de capital de
12,5 millions USD pour retrouver un ratio de 8%.
Le scénario de catastrophe naturelle produit des effets plus nuancés. Malgré une
contraction économique plus sévère, le ratio de capital (8,1%) demeure largement au-dessus
du seuil réglementaire. Cette résilience s’explique par l’effet compensateur des transferts
de la diaspora, qui atténuent partiellement les conséquences de la catastrophe (élasticité
RatioFA/Transferts = +0,35 au quantile 0,05). La probabilité de défaut atteint 12,8%,
avec des pertes attendues de 5,8 millions USD. Le déficit de capital serait limité à 3,2
millions USD.
Le scénario de crise financière apparaît comme le plus adverse pour la stabilité bancaire
après celui de catastrophe naturelle, en raison de la chute de la rentabilité (∆ROA = -5,2
points) et de la détérioration rapide de la qualité des actifs (∆NPL = +15,0 points). Cette
particularité crée un effet de boucle négative particulièrement dommageable pour la solidité
financière. Le ratio de capital s’établit à 7,8%, se situant au-dessus du seuil réglementaire
de 5%, avec une probabilité de défaut atteignant 14,1% et des pertes attendues s’élevant à
6,3 millions USD.
5.4
Analyse par régimes économiques : apport de l’approche quantile
L’analyse quantile permet d’évaluer le risque systémique de manière conditionnelle aux
régimes économiques (Tableau 13). Cette approche représente une innovation méthodologique par rapport aux stress tests conventionnels.
Table 13 – Mesures de risque par régime économique (Approche quantile)
Régime (Quantile)
PD (%)
VaR95
USD)
Stress sévère (τ = 0, 05)
Stress modéré (τ = 0, 25)
Régime médian (τ = 0, 50)
Croissance (τ = 0, 75)
Expansion (τ = 0, 95)
14,7
12,3
9,9
8,5
8,1
33,1
27,7
22,3
19,1
18,2
(M Capital requis Ratio cou(M USD)
verture
(%)
49,7
41,6
33,5
28,7
27,3
24,9
20,8
16,8
14,4
13,7
Source : Auteurs
1. Régime de stress sévère (τ = 0, 05)
Sous conditions de stress sévère, la probabilité de défaut atteint 14,7% avec des
besoins en capital estimés à 49,7 millions USD pour le système dans son ensemble.
Ce niveau représente un ratio de couverture de 24,9% du portefeuille de référence,
presque le double du ratio en régime médian.
2. Régime médian (τ = 0, 50)
En régime médian, ces mesures se stabilisent à 9,9% pour la PD et 33,5 millions
23
DREF/BRH
WP/2026/3
USD pour le capital requis. Le ratio de couverture s’établit à 16,8%, se situant dans
la fourchette standard pour les systèmes bancaires des économies en développement
(Fang et al., 2022).
3. Dispersion inter-régimes
La dispersion entre régimes extrêmes est substantielle : 6,6 points pour la probabilité
de défaut (14,7% vs. 8,1%) et 22,4 millions USD pour le capital requis (49,7 vs. 27,3).
Cette dispersion souligne l’importance cruciale de prendre en compte la position dans
le cycle économique pour l’évaluation des risques. Les approches non conditionnelles
sous-estiment le risque en période de stress (-30% pour la VaR) et le surestiment
en période d’expansion (+25%), ce qui peut conduire à des décisions prudentielles
procycliques (BIS, 2024).
Mesure du risque systémique et convergence méthodologique
5.5
La mesure du risque systémique par l’approche Value-at-Risk produit des estimations
convergentes entre les différentes méthodologies (Tableau 14), validant la robustesse de
nos résultats.
Table 14 – Comparaison des mesures VaR entre approches BVAR et quantile
Niveau
Confiance
VaR
BVAR VaR Quantile
(M USD)
(M USD)
Écart absolu
Écart relatif
95%
99%
32,1
45,8
1,7
2,6
5,3%
5,7%
30,4
43,2
Source : Auteurs
Au niveau de confiance de 95%, le modèle BVAR génère une VaR de 32,1 millions
USD contre 30,4 millions USD pour l’approche quantile, représentant un écart relatif de
seulement 5,3%. Au niveau de confiance de 99%, ces mesures s’élèvent à 45,8 millions USD
et 43,2 millions USD respectivement, avec un écart de 5,7%.
La convergence de ces estimations supporte leur robustesse et leur utilité pour le
calibrage des politiques prudentielles. L’écart limité suggère que, bien que les approches
diffèrent conceptuellement (moyenne conditionnelle vs. quantiles conditionnels), elles
produisent des mesures de risque cohérentes pour le système bancaire haïtien.
5.6
Synthèse et VaR opérationnelle recommandée
La synthèse de ces résultats conduit à une VaR opérationnelle recommandée de 31,3
millions USD, correspondant à la moyenne des estimations aux deux niveaux de confiance
et entre les deux approches méthodologiques. Cette valeur représente un juste milieu entre
l’approche prudentielle (BVAR) et l’approche conditionnelle (Modèle quantile).
Le capital économique nécessaire est estimé à 46,95 millions USD en appliquant un
24
DREF/BRH
WP/2026/3
multiple prudentiel de 1,5 4 à la VaR opérationnelle, reflétant les bonnes pratiques de
risque qui incluent une marge pour les incertitudes de modélisation et les risques non
capturés. Ce niveau représente un ratio de couverture de 23,5% par rapport au portefeuille
de référence.
5.7
Analyse de sensibilité et tests de robustesse
5.7.1
Sensibilité aux hypothèses clés
Les analyses de sensibilité révèlent une robustesse satisfaisante des résultats principaux
face aux variations plausibles des hypothèses clés (LGD, EAD, facteur prudentiel, amplificateur des chocs). La variation des paramètres clés dans des intervalles plausibles produit
des modifications proportionnelles des indicateurs de solvabilité, sans inversion des ordres
de grandeur entre scénarios (Tableau 15).
Table 15 – Analyse de sensibilité des résultats clés
Paramètre
Variation
Impact sur ratio Impact sur PD Impact sur
capital
VaR
LGD
EAD
Facteur kV aR
Croissance choc
40% → 50%
90 → 110 M USD
2,0 → 3,0
-4% → -6%
-0,3 pts
-0,2 pts
-0,4 pts
-0,5 pts
+1,2 pts
+0,8 pts
+1,5 pts
+2,1 pts
+12%
+10%
+20%
+15%
Note : LGD=Loss Given Default (Perte en cas de défaut), EAD =Exposure at Default
(Exposition en cas de défaut
Source : Auteurs
5.7.2
Tests de stabilité
Les tests de stabilité montrent que la hiérarchie des risques identifiée (crise politique >
crise financière > catastrophe naturelle) reste inchangée à travers différentes spécifications
méthodologiques. La stabilité est vérifiée par :
(1) les variations des horizons des stress tests (1 an vs. 3 ans),
(2) les modifications des seuils de déclenchement des variables binaires,
(3) l’utilisation alternative des médianes vs. moyennes pour le calibrage.
5.7.3
Validation comparative
La validation comparative avec des études similaires dans d’autres économies caribéennes révèle des ordres de grandeur cohérents (Lim et al., 2019; Regional Council, 2024).
4. Bien que les accords de Bâle III ne prescrivent pas spécifiquement ce multiple pour le risque
systémique, il est cohérent avec les multiplicateurs utilisés pour le risque de marché (généralement 3-4)
adaptés au contexte moins volatile du risque de crédit.
25
DREF/BRH
WP/2026/3
Par exemple, le ratio de capital sous stress en Haïti (7,4-8,1%) est comparable à celui
observé en Jamaïque lors de la crise COVID-19 (8% selon la Banque de Jamaïque, 2022).
Les indicateurs de stress (VaR, solvabilité) obtenus sont légèrement plus critiques que
ceux estimés pour la République Dominicaine (FMI, 2024), reflétant possiblement une
exposition différente aux chocs externes et des structures de portefeuille distinctes.
5.8
Évaluation de l’adéquation des fonds propres
L’évaluation de l’adéquation des fonds propres sous stress suggère que le système
bancaire haïtien dans son ensemble disposerait de capacités d’absorption suffisantes pour
faire face à des chocs modérés, mais rencontrerait des difficultés sous des scénarios sévères
combinant plusieurs canaux de transmission.
5.8.1
Coussin de capital nécessaire
Pour maintenir le ratio de capital au-dessus de 8% dans le pire scénario (crise politique),
les banques haïtiennes auraient besoin d’un coussin additionnel de 1,6 point (soit 9,6% au
total). Ce coussin pourrait être constitué via :
(1) rétention des bénéfices (capacité estimée : 0,8 point/an),
(2) augmentations de capital (potentiel estimé : 0,4 point/an),
(3) réduction des distributions (impact estimé : 0,3 point/an).
5.8.2
Temps de reconstitution
Le temps de reconstitution des fonds propres après un choc sévère est estimé à 3-4
ans en régime de croissance modérée (2-3% par an), mais pourrait s’étendre à 5-6 ans
en régime de stagnation. Cette asymétrie plaide pour le maintien de coussins de capital
supplémentaires durant les phases expansionnistes, afin de constituer des réserves utilisables
durant les périodes de contraction.
5.9
Mesure du risque de liquidité sous stress
La mesure du risque de liquidité sous stress indique une vulnérabilité contenue, avec
des ratios se maintenant au-dessus des seuils critiques même dans les scénarios les plus
adverses (Tableau 16).
26
DREF/BRH
WP/2026/3
Table 16 – Indicateurs de liquidité sous stress
Indicateur
Normal
Crise poli- Catastrophe
tique
Crise finan- Seuil critique
cière
LCR (%)
NSFR (%)
Dépôts stables (%)
Concentration
financement
125
115
85
25
108
102
78
32
110
105
80
30
115
108
82
28
100
100
70
40
Note : LCR=Liquidity Coverage Ratio (Ratio de couverture des besoins de liquidité),
NSFR=Net Stable Funding Ratio (ratio de financement stable)
Source : Auteurs
Cette relative robustesse s’explique probablement par la structure traditionnelle des
bilans bancaires haïtiens (prédominance des dépôts de détail) et la nature relativement
stable des dépôts (faible sensibilité aux taux). Cependant, la détérioration modérée du
ratio de couverture des besoins de liquidité (Liquidity Coverage Ratio [LCR]) sous crise
politique (125% → 108%) suggère une certaine vulnérabilité aux chocs de confiance.
5.10
Implications pour la surveillance macroprudentielle
Les résultats des stress tests fournissent plusieurs enseignements opérationnels pour
le cadre de surveillance macro-prudentielle en Haïti, en particulier en matière de déclenchement des mesures préventives, de hiérarchisation des risques systémiques et de
communication.
5.10.1
Déclenchement des mesures macroprudentielles préventives
Au regard de la sensibilité du système aux chocs politiques, qui peut entraîner une
érosion des fonds propres de près de 1,8 point de pourcentage selon nos simulations, et
en tenant compte du cadre réglementaire de la Circulaire n° 88-1, nous recommandons
d’ajuster la politique macroprudentielle autour de deux axes :
1. Coussin anticyclique spécifique : Bien que la BRH exige déjà un Ratio d’Adéquation du Capital (RAR) de 14,5% (incluant le volant de conservation), les autorités
gagneraient à instaurer un coussin de fonds propres anticyclique (CCyB) additionnel
compris entre 1% et 1,5%. Ce surplus de capital, constitué obligatoirement lors des
phases d’expansion où l’élasticité du rendement sur actifs (ROA) est optimale (0,12),
permettrait aux banques d’absorber les pertes de capital observées dans nos scénarios
de stress politique sans passer sous les seuils d’alerte légaux.
2. Seuils de vigilance basés sur la PD systémique : Nous suggérons l’institutionnalisation d’un seuil d’alerte dès que la Probabilité de Défaut (PD) systémique atteint
12,0%. Le dépassement de ce seuil devrait déclencher automatiquement des mesures
conservatoires prévues par le régulateur, notamment les restrictions progressives
27
DREF/BRH
WP/2026/3
sur la distribution de dividendes stipulées à l’article 6 de la Circulaire 88-1, afin
de préserver l’avoir des actionnaires avant que le ratio de levier ne tombe sous le
minimum de 5%.
5.10.2
Différenciation des scénarios de stress
La hiérarchie des risques identifiée (chocs politiques > chocs financiers > chocs naturels)
appelle à une allocation différenciée des ressources de supervision. En particulier, les
indicateurs liés à l’instabilité politique devraient faire l’objet d’un suivi renforcé lors des
périodes électorales ou de tensions sociales, compte tenu de leur impact disproportionné
sur la solvabilité bancaire.
5.10.3
Communication et crédibilité des évaluations prudentielles
La convergence des mesures de risque entre approches BVAR et quantile (écarts < 6%)
renforce la crédibilité des résultats. Cette cohérence méthodologique devrait faciliter la
communication des stress tests auprès des parties prenantes et soutient leur utilisation
comme outil central du dialogue macroprudentiel.
5.11
Limites et perspectives d’amélioration
Les principales limites de cette analyse incluent :
1. L’agrégation sectorielle : l’analyse au niveau systémique masque les hétérogénéités
interbancaires ;
2. L’hypothèse de comportement constant : les réactions des banques (rationnement du
crédit, gestion des risques) sont supposées stables ;
3. L’absence de boucles de rétroaction : les effets secondaires (réaction des politiques,
comportements des déposants) ne sont pas modélisés.
Les perspectives d’amélioration incluent :
1. Des stress tests désagrégés par banque ;
2. La modélisation des réseaux interbancaires (analyse de la contagion directe) ;
3. L’intégration des canaux de financement (modélisation explicite du risque de liquidité) ;
4. Une prise en compte ciblée de l’interaction entre les instruments monétaires et
macroprudentiels.
En définitive, cette analyse des stress tests révèle un système bancaire haïtien présentant
une résilience modérée face aux chocs isolés mais des vulnérabilités significatives face aux
chocs combinés, particulièrement ceux de nature politique. Les résultats plaident pour
un renforcement prudentiel graduel et pour l’institutionnalisation d’exercices réguliers de
stress tests intégrant explicitement les non-linéarités identifiées.
28
DREF/BRH
6
WP/2026/3
Conclusion
Cette étude démontre que le système bancaire haïtien possède les bases d’une résilience
globalement satisfaisante mais que cette résilience demeure incomplète et exposée à des
vulnérabilités structurelles, en particulier face aux chocs politiques et aux tensions sur le
marché des changes. L’analyse rigoureuse menée à l’aide des modèles BVAR et quantile
met en évidence une sensibilité asymétrique du système bancaire aux chocs extrêmes,
confirmant que les approches linéaires standard tendent à sous-estimer les risques en
période de stress. Dans ce contexte, la stabilité financière apparaît moins comme un état
que comme un équilibre fragile, dépendant étroitement du régime macroéconomique et
institutionnel.
Sur le plan méthodologique, la contribution principale de cette recherche réside dans
l’intégration d’un cadre bayésien et quantile adapté aux contraintes de données. L’approche
proposée permet de capturer les non-linéarités et les risques de queues tout en conservant
les principes économétriques compatibles avec de petits échantillons. Cette contribution
dépasse le seul cas haïtien et fournit un cadre reproductible pour l’analyse de la stabilité
financière et les stress tests dans d’autres petites économies ouvertes confrontées à des
défis similaires en matière de données et de profondeur financière.
Sur le plan des politiques publiques, tout en s’inscrivant dans le cadre défini par la
Circulaire n° 88-1 de la BRH, les résultats de notre étude plaident pour une approche
proactive de renforcement de la résilience, articulée autour de trois piliers :
(1) le maintien de l’exigence de solvabilité globale à 14,5% (incluant le volant de conservation), complété par l’instauration d’un coussin anticyclique additionnel de 1% pour
absorber les chocs politiques identifiés comme critiques ;
(2) le développement d’instruments de surveillance avancée intégrant des indicateurs
d’alerte précoce (comme la PD systémique) dont les seuils de déclenchement seraient
conditionnels au régime économique ;
(3) le renforcement ciblé de la gestion du risque de change, dont nous avons démontré
l’impact délétère sur la qualité des actifs et la rentabilité bilancielle lors des crises.
Les limites de l’étude, principalement liées à la faible fréquence et à l’agrégation des
données, n’invalident pas la solidité des résultats principaux mais soulignent la nécessité
d’un effort continu d’enrichissement de l’appareil statistique et méthodologique. L’utilisation des données de plus haute fréquence, l’intégration d’indicateurs microprudentiels plus
granulaires, l’approfondissement des modèles quantiles et l’étude de la coordination des
politiques monétaire et macroprudentielle constituent autant de pistes prioritaires pour les
recherches futures.
Cette recherche s’inscrit dans la perspective plus large du renforcement des capacités de
régulation et de supervision bancaires dans les économies en développement. Elle démontre
que l’innovation méthodologique, lorsqu’elle est rigoureusement appliquée et adaptée aux
contraintes locales, peut fournir des éclairages précieux pour l’action publique même
dans des contextes de données limitées. Les résultats obtenus offrent non seulement une
photographie détaillée des vulnérabilités actuelles du système bancaire haïtien, mais aussi
29
DREF/BRH
WP/2026/3
– et peut-être surtout – une feuille de route pragmatique pour construire une résilience
financière durable, essentielle au développement économique et social du pays.
Enfin, l’institutionnalisation progressive de ces avancées, couplée à un renforcement
continu des capacités analytiques nationales, représenterait une étape déterminante vers
une approche plus scientifique et fondée sur l’évidence de la stabilité financière en Haïti.
Dans un monde de plus en plus complexe et interconnecté, une telle évolution n’est pas
seulement souhaitable – elle est nécessaire pour préserver la stabilité financière, protéger
les déposants et soutenir une croissance économique inclusive et durable.
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30
DREF/BRH
WP/2026/3
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A
Annexe
Figure 2 – Matrice de corrélation des variables clés
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Figure 3 – Fonctions de réponse des variables bancaires aux chocs macroéconomiques
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Figure 4 – Fonctions de réponse des variables macroéconomiques aux chocs bancaires
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