(2012) Guide de référence sur les pratiques de prévention et de lutte contre l'érosion dans le département du Sud d'Haïti
Resume — Ce guide documente les pratiques de prévention et de lutte contre l'érosion dans le département du Sud d'Haïti. Il sert de référence pratique aux acteurs agricoles, de bassin versant et de réduction des risques travaillant sur la conservation des sols.
Constats Cles
- Rassemble des pratiques de prévention et de lutte contre l'érosion dans le Sud.
- Appuie la conservation des sols et la gestion des bassins versants.
- Relie la résilience agricole à la réduction des risques de catastrophe.
- Mobilise l'expérience technique du MARNDR, de la FAO et d'ONG.
Description Complete
Préparé avec l'appui de partenaires humanitaires et agricoles, le document rassemble des techniques et orientations pour réduire l'érosion dans le Sud d'Haïti. Il est pertinent pour la gestion des bassins versants, la résilience agricole, la réduction des risques de catastrophe et les programmes environnementaux locaux.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Guide de
référence
sur les pratiques
de prévention
et de lutte
contre l’érosion
dans le
département
Sud d’Haïti
“Ce document a été réalisé avec l’aide financière de la Commission européenne.
Les opinions exprimées ne doivent pas être prises, en aucune façon, afin de refléter l’opinion
officielle de la Commission européenne.“
Remerciements
La “Guide de référence sur les pratiques de prévention et de lutte contre
l’érosion dans le département Sud d’Haïti” a été réalisé grâce au support
de la Table Sectorielle de l’Agriculture du Sud et j’exprime ma plus
sincère gratitude à:
Le Direction Départementale de l’Agriculture du Sud d’Haïti,
en particulier le directeur Jean Jeacques Debalio ses adjoints
et son staff;
CESVI: Stefania Cannavò (Desk Officer), Silvia Risi (Représentante
pays), Carolina Simoncini (Chef de projet), Emmanuel Gaetan de
Moussignac (Coordinateur de projet), Josué Candy (agronome)
et tout le staff en Haïti et en Italie;
Les participants à la formation en “Pratiques de prévention
et de lutte contre l’érosion dans le département Sud d’Haïti”;
Les intervenants aux sessions de formation:
Marie Lissa Milien (Ministère de l’Agriculture et des Ressources
Naturelles et du Développement Rural), Jean Ronald Louissant
(Direction Départementale de l’Agriculture du Sud), Gary Doliscar
(Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire) Roger Fankap
(FAO), Azzurra Lentini (Welthungerhilfe), Federico Borrelli (AVSI)
et Dina Birck (CRS).
La réalisation du Guide a été financée par l’office d’aide humanitaire
et de la protection civile de l’Union Européenne (ECHO).
Guide de référence sur les pratiques de prévention et de lutte contre l’érosion
Table des matières
INTRODUCTION ET CONTEXTE
6
CHAPITRE 1 : LE SOL ET L’EROSION
1.LE SOL ET LES CYCLES DES ELEMENTS NUTRITIONNELS
2.L’EROSION ET SES CONSEQUENCES
10
10
16
CHAPITRE 2 : L’AMENAGEMENT DES BASSINS VERSANTS ET L’ETUDE DE DIAGNOSTIC
1.LE CONCEPT ET L’APPROCHE BASSIN VERSANT
ÉVALUATION DE LA PENTE EN POURCENTAGE
2.ÉTUDE DIAGNOSTIQUE ET DU NIVEAU DE DEGRADATION D’UN BASSIN VERSANT
3.ENQUETE SUR L’EROSION HYDRIQUE DU BASSIN VERSANT
4.AGRONOME OU INGENIEUR?
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20
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28
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37
CHAPITRE 3 : TECHNIQUES DE CONSERVATION DE SOL
1.LES DIFFERENTS ASPECTS A PRENDRE EN COMPTE
2.TECHNIQUES TRADITIONNELLES POUR LA REDUCTION DE L’EROSION
LA PRATIQUE DE LA JACHÈRE
CONCENTRATION DE LA MATIÈRE ORGANIQUE DANS LES BUTTES
LE BRÛLIS
3.TECHNIQUES CULTURELLES CONSERVATIVES (MESURES AGRONOMIQUES)
LE NON-LABOUR (OU RÉDUCTION DE LABOUR)
LE PAILLAGE ET LE NON-DÉCHAUMAGE
LES CULTURES INTERMEDIAIRES/ENGRAIS VERT
LE TRAVAIL DU SOL
L’ENTRETIEN HUMIQUE ET CALCIQUE DES SOLS
LA ROTATION DES CULTURES
PARCELLAIRE ET ASSOLEMENT
4.TECHNIQUES DE CONSERVATION DU SOL (MESURES HYDRAULIQUES)
PIQUETAGE POUR L’IDENTIFICATION DES COURBES DE NIVEAU
ET PLACEMENT DES STRUCTURES ANTIÉROSIVES
BANDES VÉGÉTALES OU RAMPES VIVANTES
LES BANN MANJE
CLAYONNAGE ET FASCINAGE
LES CORDONS ET LES MURETTES EN PIERRES SÈCHES
LES TERRASSES
LES CANAUX DE CONTOUR
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38
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50
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CHAPITRE 4 : L’AGROFORESTERIE
1.L’AGROFORESTERIE: DEFINITION ET CLASSIFICATION
PRATIQUES EN ROTATION
PRATIQUES SPATIALES MIXTES
PRATIQUES ZONALES
2.AGROFORESTERIE ET CONSERVATION DE SOL
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CHAPITRE 5 : METHODOLOGIE DE MISE EN ŒUVRE DES PROJETS
DE CONSERVATION DE SOL EN HAÏTI
1.METHODOLOGIE DES PROJETS DE CONSERVATION DE SOL
APPROCHE DU MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE DES RESSOURCES NATURELLES
ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL
APPROCHE DE LA FAO EN HAÏTI
APPROCHE DES ONGS DU DÉPARTEMENT DU SUD (AVSI, CRS ET CESVI)
2.LA DURABILITE DES PROJETS DE CONSERVATION DE SOL
3.LES EXPERIENCES DU DEPARTEMENT DU SUD D’HAÏTI:
ANALYSE PARTICIPATIVE DES DIFFERENTES APPROCHES DE MISE EN ŒUVRE
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Guide de référence sur les pratiques de prévention et de lutte contre l’érosion
UTILISATION DES HAIES
FORESTERIE DE RESTAURATION ET GESTION DES BASSINS VERSANTS
SLOPING AGRICULTURAL LAND TECHNOLOGIES (SALT)
3.LE CHOIX DU SYSTEME D’AGROFORESTERIE
MISE EN PLACE D’UNE PÉPINIÈRE
LA PLANTATION
L’ÉLAGAGE
4.LE CHOIX DES ESPECES APPROPRIEES
FIXATION DE L’AZOTE
PROSOPIS JULIFLORA (BAYWONN)
COLUBRINA ABORESCENS (BWA PELE, GRI-GRI, BWA KAPAB)
CORDIA ALLIODORA (BWA SOUMI, BWA WOZ,
CHENN KAPAWO, CHENN FRAN, CHENN NWA)
CATALPA LONGISSIMA (CHENN, BWA CHENN, CHENN PEYI, CHENN NWA)
SIMAROUBA GLAUCA (FWENN, BWA FWENN, BWA BLAN, DOLIV)
SWIETENIA MAHAGONI/MACROPHYLLA (KAJOU, KAJOU PEYI/KAJOU ETRANJE,
CAJOU VENEZWELA)
ROYSTONEA BORINQUENA (PALMIS)
CEDRELA ODOREATA
(SÈD, KAJOU PLANCH, KAJOU FEMEL, SED BLAN, SED PANYOL)
COCOS NUCIFERA (KOKOYE, NWA KOKO)
MANGIFERA INDICA (MANGUE)
CITRUS (SITWOUS)
PERSEA AMERICANA (ZABOKA)
SENNA SIAMEA (KASYA)
LAUECENA LEUCOCEPHALA
(LISINA, BWA BOUWO, TCHA TCHA MAWON, DELEN, DELEN PEYI)
AZADIRACHTA INDICA (NIM)
GLIRICIDIA SEPIUM (PIYON, PIYONG, LILA ETRANJE, MOTEL)
AUTRES ESPÈCES INTÉRESSANTES (BAMBOU, BENZOLIV, POIS CONGO, VETIVER)
Introduction
et contexte
6
L’érosion du sol est un phénomène naturel qui se produit quand
des portions de sol se déplacent à cause de facteurs mécaniques et
chimiques généralement provoqués par les agents atmosphériques.
Tant que le sol enlevé par l’érosion est remplacé par la création
de nouveau sol depuis la roche mère, le processus est naturel et
durable. Quand la partie retirée est supérieure à celle qui est crée
et concerne les couches plus superficielles et fertiles, l’évolution de
la parcelle peut être très dangereuse et une perte de rendement va
se produire. Évidemment l’évolution de l’érosion, surtout pour les
terrains agricoles, est fortement liée aux techniques mises en œuvre
par l’homme à des fins productives.
En considérant que le territoire haïtien est composé principalement
par de montagnes et que la majorité des terrains haïtiens se
trouve sur des pentes (63% de la superficie est constituée par des
pentes supérieures au 20%), la dégradation des sols est facilitée et
l’érosion est un phénomène journalier. L’érosion accélérée en Haïti
est un des plus graves problèmes à résoudre et peut être la cause
de nombreux phénomènes: faibles rendements agricoles, insécurité
alimentaire, risques de glissements de terrain, désastres naturels.
Selon des recherches réalisées par USAID, un tiers des sols haïtiens
est sévèrement dégradé. L’aspect le plus effrayant du phénomène de
l’érosion est le fait que celle-ci peut rendre un terrain irréversiblement
infertile et instable.
Bien que dans le département du Sud, plusieurs projets ont été
mis en œuvre avec l’objectif d’améliorer la gestion des ressources
naturelles et en particulier le phénomène de l’érosion, très rarement
les résultats escomptés ont été achevés. La réalité a démontré que
très souvent les échecs auraient pu être évités avec un meilleur
encadrement technique des responsables ou simplement avec la
connaissance de l’historique et des leçons apprises des autres projets
dans le Département.
Le présent document a été élaboré dans le cadre du projet « projet de
lutte contre la malnutrition à travers une approche multisectorielle »
implémenté par l’ONG italienne CESVI et financé par le département
d’Aide Humanitaire et de la Protection Civile de la Commission
Européenne (ECHO).
Ce guide contient le matériel et les sujets présentés au cours du
renforcement des capacités des techniciens agricoles sur les pratiques de
prévention et de lutte contre l’érosion dans le Département Sud d’Haïti
réalisé du 8 mars au 13 avril 2012 en Les Cayes. Les objectifs de la
formation étaient:
- Renforcer les capacités des techniciens agricoles du département
du Sud sur les pratiques de prévention et de lutte contre l’érosion;
- Partager et récolter les leçons apprises dans le domaine de la
prévention et la lutte contre l’érosion dans le Département du Sud.
Le renforcement des capacités participatif a été constitué par des rencontres
guidées entre les principaux acteurs techniques du développement
agricole du Département Sud d’Haïti regroupés par “la Table Sectorielle de
l’Agriculture du Sud d’Haiti” coordonnée par la Direction Departementale
de l’Agriculture. Pendant les différentes rencontres, un sujet a été introduit
et présenté aux participants sous forme de formation technique et puis
une discussion sur les expériences positives et négatives a été lancée et
coordonnée. Sur la base des évolutions des différentes discussions, des
sujets ont été proposés par les participants, des spécialistes de certains
domaines spécifiques ont été invités aux débats et des visites sur le
terrain ont été organisées.
Ce guide n’a pas la prétention d’être exhaustif sur les techniques et
les pratiques existantes de prévention et de lutte contre l’érosion, mais
plutôt d’être un important outil de référence sur les options possibles et
les expériences positives et négatives déjà réalisées dans le cadre des
projets de lutte contre l’érosion dans le département.
1) “Haïti: Vers Une Gestion Intégrée des Bassins Versants” Comité Interministériel d’ Aménagement du Territoire (CIAT), 2011
2) “Agroforestry and Sustainable Resource Conservation in Haiti: a Case Study (USAID), 2007
3) www.cesvi.eu
4) http://ec.europa.eu/echo/index_en.htm
Guide de référence sur les pratiques de prévention et de lutte contre l’érosion
7
Au delà de la Direction Départementale de l’Agriculture les organisations
que ont contribué activement à la réalisation de la formation ont été:
ACLAM/World Concern Haiti, AVSI, CIAT, CRS, FAO, GRET, HEIFER, HPI
Haiti, KORAL, MLFM, OPPESH, OXFAM Italie, Welthungerhilfe
8
9
Chapitre 1 :
Le sol et l’érosion
10
1. Le sol et les cycles des éléments nutritionnels
Le sol représente la couche superficielle, meuble, de la croûte terrestre, résultant
de la transformation de la roche mère, enrichie par des apports organiques.
Au niveau agricole, le sol est considéré comme la partie superficielle homogénéisée
par les labours et explorée par les racines des plantes. Un sol fertile est constitué
d’une partie minérale et d’une partie organique.
Des processus physiques, chimiques et biologiques désagrègent et altèrent les
roches mères et les particules vont constituer la composante minérale du sol. Les
particules minérales qui forment un sol sont divisées en trois catégories selon leur
taille: les sables, les limons et l’argile.
- Sable : Particules de plus de 50 μm.
- Limon : Particules de 2 à 50 μm.
- Argile : Particules de moins de 2 μm.
La proportion des différentes tailles de particules dans un terrain donné caractérise
la texture du sol selon le diagramme à triangle qui suit (fig. 1).
Suite à la récolte d’un échantillon représentatif du terrain, l’évaluation de la
quantité des différentes particules peut être faite par sédimentation (fig. 2)
Figure_1
Figure_2
11
Pour évaluer la texture du sol, des tests à effectuer sur place sont aussi possibles.
Pour chacun des tests, le spécimen de sol doit être graduellement humecté,
entièrement refaçonné et pétri pour conférer au spécimen le maximum de «
plasticité » et pour en retirer les mottes sèches. Évitez d’ajouter trop d’eau pour
ne pas faire perdre au spécimen sa cohérence.
1. Sensation au toucher: Asséchez à fond et écrasez une petite quantité de sol
en le frottant avec l’index dans la paume de votre autre main. Frottez-en
une partie entre votre pouce et vos doigts pour mesurer sa teneur en sable.
Plus vous sentez le sol granuleux, plus il contient de sable.
2.Poignée de terre (fig. 3 a): Comprimez une petite quantité de sol dans votre
main. En ouvrant votre main, si le sol se tient (conserve sa forme), faites-le
passer d’une main à l’autre; plus le sol conserve sa forme longtemps, plus
il contient d’argile.
3.Ruban de terre (fig.3 b): Roulez une poignée de sol humide en forme de
cigarette et comprimez-la entre le pouce et l’index pour former un ruban le
plus long et le plus mince possible. Le sol à forte teneur en limon formera
des flocons ou laissera des empreintes de pouce plutôt qu’un ruban. Plus le
ruban est long et mince, plus la proportion d’argile est élevée.
A)
Figure_3
B)
Texture
Sensation
Poignée de
terre (3a)
Ruban de
terre (3b)
Sable
Granuleuse
Aucune
moule
Pas de ruban
Loam
Assez molle
et lisse mais
granuleuse
Bon moule,
se manipule
facilement
Épais mais
très court
(<2,5cm)
Limon
Très
farineuse
Faible moule, Forme des
se manipule
flocons plutôt
avec soin
qu’un ruban
Argile
Lisse
Moule très
robuste
Très fin et
très long
>7,5cm
Chapitre 1
De façon générale, un sol argileux retient beaucoup d’eau. Il se compacte facilement
ce qui le rend dur et difficile à pénétrer par les racines. Il peut se saturer d’eau ce qui
risque d’étouffer les racines qui manqueraient alors d’oxygène. Sa forte capillarité
peut nuire à la pénétration de l’eau dans les racines (la racine doit “attirer” l’eau plus
fortement pour vaincre la capillarité qui retient l’eau dans le sol).
Un sol sablonneux est friable mais il retient mal l’eau entre les pluies. Il se dessèche
rapidement et perd facilement ses engrais par lessivage.
12
Les végétaux et la faune qui se développent sur ces minéraux produisent de la
matière organique fraîche (feuilles, fruits, cadavres d’animaux, de végétaux et
excréments) qui est décomposée par une armée de bactéries et de champignons
microscopiques. Au cours de la transformation de la matière organique, des
minéraux solubles et gazeux sont libérés et réagissent avec d’autres molécules
organiques pour former l’humus, matière organique brune à l’état de colloïdes.
Le sol contient aussi des êtres vivants (bactéries, champignons, vers, protistes et
autres) qui y jouent un rôle important. Un sol fertile peut contenir de 1% à 30%
d’humus. Environ 0,1 % d’un sol fertile est fait d’organismes vivants. Un sol riche
en humus présente de nombreuses qualités pour la croissance des plantes:
- permet au sol d’être friable et aéré;
- permet au sol de bien retenir l’eau entre les pluies (100 fois plus que l’argile)
sans se compacter;
- fournit progressivement des éléments nutritifs (engrais) aux plantes;
- rend le sol favorable aux organismes du sol (l’humus, c’est de la matière
organique, c’est donc de la nourriture pour les êtres vivants).
Au milieu des espaces laissés par la composante minérale et celle organique va se
positionner l’oxygène (dans les espaces plus grands) et l’eau mélangée avec les
éléments nutritifs des plantes (fig. 4). Le sol fournit à la plante:
- Un support où s’enraciner
- Les éléments minéraux essentiels
- L’eau
- L’oxygène.
On considère qu’un bon sol agricole est constitué de 25 % d’eau, 25 % d’air, 45
% de matière minérale et de 5 % de matière organique.
Si vous pratiquez une coupe dans un sol fertile, vous verrez qu’il est formé de
couches superposées. La surface est recouverte de débris végétaux, c’est la litière
du sol. Sous la litière, le sol se divise en couches distinctes appelées horizons.
L’horizon supérieur est formé d’un mélange de matière minérale et d’humus. Sous
cette couche se retoruvent d’autres couches riches en minéraux lessivés à partir
de l’humus qui se décompose (fig. 5).
Figure_5
Figure_4
La façon dont les particules se positionnent entre elles et donnent de l’espace
à l’eau et à l’oxygène du sol constitue la structure du sol. La présence d’humus
et en général de substance organique dans le sol assure une bonne structure car
celui-ci travaille comme un collant entre les particules en laissant l’espace pour
l’eau et l’oxygène.
A)
Figure_6
B)
Chapitre 1 : Le sol et l’érosion
13
Chapitre 1
Si le terrain a une bonne structure, l’argile, le limon et la sable forment des petits
mottes agrégées par de l’humus. L’air et l’eau circulent dans les interstices et les
racines pénètrent bien dans le sol (fig. 6A). Si le terrain a une mauvaise structure,
les particules minérales forment des grandes mottes dures sans interstices et les
racines ont des difficultés à pénétrer le sol et à trouver assez d’eau et d’oxygène
pour la survie de la plante (fig. 6B).
L’apport de substance organique au sol est très important afin de libérer
lentement les éléments nutritifs nécessaires pour les plantes mais aussi pour la
formation de l’humus et la création d’une bonne structure. Le cycle de la substance
organique en figure 7 et 8.
14
Figure_7
Figure_8
La plus grande partie de la masse sèche d’un végétal se forme par photosynthèse,
une réaction au cours de laquelle le gaz carbonique de l’air se combine à l’eau
pour former du glucose (avec libération d’oxygène). L’énergie nécessaire à la
réaction est fournie par la lumière.
Le carbone du glucose vient du gaz carbonique (air), l’hydrogène et l’oxygène de l’eau.
On divise généralement les éléments nécessaires à une plante en:
- Éléments majeurs (besoins élevés): C, O, H, N, S, P, Ca, K, Mg, Mo
- Éléments mineurs (Besoins très faibles; < 100 mg par Kg de matière végétale
sèche): Fe, Cu, Cl, Mn, Mo, B, Ni, Zn
De tous les éléments majeurs essentiels à la plante, trois sont plus susceptibles de
manquer dans le sol:
Azote (N)
Phosphore (P)
Potassium (K)
Dans la nature, ces éléments proviennent surtout de la décomposition de la matière
organique. Le sol contient aussi du K et du P provenant de la dissolution par l’eau
de composés minéraux de la roche mère.
En agriculture, on ne peut évidemment pas compter sur la décomposition pour
fournir le sol en engrais. Les éléments minéraux du sol (les engrais) sont transformés
en matière organique (les plantes cultivées) qui est ensuite enlevée du milieu de
culture. Récolte après récolte, le sol s’appauvrit. On doit donc continuellement
y incorporer des engrais. Ces engrais peuvent être constitués de fumier, c’est à
dire de déchets végétaux et/ou animaux qu’on incorpore au sol pour qu’ils s’y
décomposent ou d’engrais commerciaux.
Les engrais commerciaux (engrais chimiques) sont surtout formés d’un mélange
de N, K et P sous des formes minérales assimilables par les plantes. Les trois
nombres indiqués sur l’emballage correspondent aux concentrations respectives
de N, de P et de K.
L’azote est sans doute l’élément le plus important car, à la différence du Phosphore
et du Potassium, il a plus de facilité a être perdu par lixiviation et érosion. En
figure 9 le cycle de l’azote.
Figure_9
-La matière végétale ou animale
exportée ne sera pas recyclée
en engrais azoté. C’est le cas de
l’agriculture ou lorsqu’on déboise une
forêt.
-Les plantes produisent de la matière
organique azotée à partir des sucres
fabriqués par photosynthèse et d’ions
NO3- dans le sol.
-Les animaux utilisent la matière
organique azotée des plantes pour
fabriquer leur propre matière organique
Chapitre 1 : Le sol et l’érosion
15
azotée (protéines).
-Les décomposeurs du sol (bactéries,
mycètes) transforment la matière
organique azotée provenant des
plantes ou des animaux morts en
CO2, H2O et ammoniac (NH3).
-D’autres bactéries du sol, les
bactéries nitrifiantes, transforment
le NH4+ en nitrate (NO3-) qui peut
être assimilé par les plantes.
-Les orages permettent la formation
d’oxydes d’azote qui retombent au
sol avec la pluie.
-Les bactéries et cyanobactéries
fixatrices d’azote du sol pouvant
transformer l’azote atmosphérique
en ammoniac. Plusieurs de ces
microorganismes
vivent
à
la
surface des racines des plantes
(un
environnement
appelé
la
rhizosphère) ou même dans les
tissus de certains végétaux.
-Les bactéries des nodules de
légumineuses sont des fixatrices
d’azote appartenant au genre
Rhizobium.
-Les bactéries dénitrifiantes peuvent
transformer l’azote minéral des sols
(NO3-) en azote atmosphérique (N2)
inutilisable par les plantes. Leur
activité dénitrifiante est inhibée par
l’oxygène.
-Lessivage de l’azote minéral Si le
sol retient mal l’eau, l’azote minéral
peut être entraîné en profondeur
vers les nappes d’eau souterraines
ou vers les cours d’eau avoisinants.
Chapitre 1
2. L’érosion et ses conséquences
L’érosion du sol est le phénomène qui se produit quand des portions de sol se
déplacent à cause des agents érosifs: comme l’eau, le vent et les êtres vivants.
L’érosion peut se définir naturelle si la partie de sol déplacée est inférieure ou
égale à la partie du sol créée à partir de la roche mère. Elle est considérée
accélérée si elle est supérieure. La forme la plus importante d’érosion (surtout en
Haïti) est celle causée par l’eau. L’érosion hydrique est composée d’un ensemble
de processus complexes et interdépendants qui provoque le détachement et le
transport des particules de sol. Elle se définit comme la perte de sol due à l’eau
qui arrache et transporte la terre vers un lieu de dépôt. Le processus d’érosion est
composé par 3 phases (fig. 10):
16
1. Détachement des particules de sol (effet « splash » concernant l’érosion
causée par l’eau en fig. 11 et fig. 12a)
2. Transport/ruissèlement des particules que peut avoir lieu: b) en forme
laminaire, c) en griffes ou en rigoles, d) en ravines (fig. 12)
3. Déposition et sédimentation des particules.
Figure_10
a)
b)
c)
d)
Figure_12
Figure_11
Les sols subissent un martèlement considérable causé par les gouttes de pluie.
Les premières gouttes s’infiltrent dans le sol d’autant plus aisément qu’il est
meuble et que sa porosité est élevée. Cette première phase s’accompagne d’un
déplacement des particules et d’un tassement du sol. Lorsque la couche superficielle
s’humidifie, trois processus se développent simultanément: la dégradation de
la structure, la formation d’une pellicule de battance, l’érosion par splash ou
érosion par rejaillissement. Comme les précipitations, le ruissellement agit sur
le sol par des actions de détachement et de transport. Selon la nature du sol, la
rugosité superficielle et la pente de terrain, l’une ou l’autre de ces actions est
prépondérante. D’une manière globale, il est admis que la vitesse de l’eau est le
paramètre prépondérant de l’action érosive du ruissellement superficiel.
Les particules arrachées aux terres se déposent entre le lieu d’origine et les mers
en fonction de la dimension et la densité et capacité de transport du ruissellement
ou de la rivière. Les particules se déposent en ordre de taille. Les argiles et l’humus
colloïdal sont généralement transportés jusqu’à l’embouchure du cours d’eau où ils
se déposent soit après évaporation de l’eau, soit après floculation.
L’érosion est fonction de 2 facteurs: érosivité et érodabilité. L’équation universelle
des pertes (Universal Soil Loss Equation: USLE) est un modèle mathématique utilisé
pour décrire les processus d’érosion des sols.
USLE : A = R x K x LS x P x C (ton/ha/an)
L’érosion est favorisée par: des fortes pluies, une texture fine du sol, une mauvaise
structure du sol, des fortes et longues pentes, des terrains non aménagé avec
des techniques de conservation, un sol laissé nu de végétation. Pour contrôler le
processus d’érosion, l’être humain peut intervenir au niveau de l’érodabilité et en
particulier:
kK L ..0- - ' *)) ,0'$/Ù +#4.$,0 0 .*' ¸ /-1 -. 'c++*-/ -/$*)'
substance organique (variation de 3:20);
kK LØ1$/ - 0'/$1 -). ./ --$). )+ )/ /-*+!*-/ //-*+'*)"0 K1-$/$*)
de 1:50);
kKL (Ù)" - ' . +- '' . 1 . / #)$,0 . *). -1/$*) .*'
appropriées (variation de 3:10);
kKLÙ- --/$*)) '' ( )/'#*$3 .0'/0- . /'-*//$*)+*0-Ù1$/ -
laisser le sol sans couverture végétale (variation de 1:1.000).
Cette équation empirique demande l’exploitation de nombreux résultats.
Il est donc nécessaire, pour fixer les valeurs des différents facteurs, de posséder
un grand nombre de résultats expérimentaux.
Tous les facteurs influençant l’érosion n’ont pas un poids égal. Étant donné qu’il
s’agit d’une fonction multiplicative, si l’un s’annule, l’érosion devient négligeable.
Le facteur le plus susceptible de varier est le facteur C. Entre une couverture
végétale parfaite (forêt) et un sol nu, les pertes par érosion varient dans un
rapport de 1 à 1000. Les travaux antiérosifs, visant à réduire la longueur de la
pente et parfois son inclinaison, sont souvent les plus lourds à mettre en place.
Ils peuvent cependant réduire l’érosion jusqu’à 50 fois. Les techniques simples
et peu coûteuses sont donc intéressantes. L’indice K varie plus difficilement et
plus faiblement, entre 3 et 20. Il est corrigé par la mesure élémentaire d’apport
de matière organique. Les pratiques antiérosives, P, sont moins efficaces et font
varier l’érosion d’un facteur de 3 à 10, mais elles restent assez faciles à appliquer:
culture en bandes, labour selon les courbes de niveau, paillis, etc.
17
Chapitre 1 : Le sol et l’érosion
Érosivité ➡ énergie des pluies (intensités de pluies mm/h) ➡ R
Érodabilité ➡ caractéristiques physiques du sol (texture, structure,
...........substance organique, etc.) ➡ K
➡ gestion des terres (longueur de la pente et gradient) ➡ LS
➡ aménagement de la parcelle ➡ P
➡ gestion des cultures (couverture du sol) ➡ C
Chapitre 1
Effets de l’érosion:
L’érosion en nappe et l’érosion en rigoles (fig. 12b,12c et 13): L’érosion en nappe
est le mouvement du sol éclaboussé résultant de la destruction de la structure du sol
suivi du ruissellement. Elle se produit assez uniformément sur la pente et peut passer
inaperçue jusqu’à ce que le sol arable ait été perdu. L’érosion en rigoles résulte de la
concentration du ruissellement, en petits canaux assez bien définis. Ces canaux sont
appelés des rigoles lorsqu’ils sont assez petits pour ne pas interférer avec les opérations
de labour. Ces mêmes canaux érodés sont appelés ravins lorsqu’ils s’étendent au point
de ne pouvoir être comblés par les opérations normales de travail du sol, ou lorsqu’ils
deviennent nuisibles au travail du sol.
18
Le ravinement (fig. 12d et 14): Le ruissellement, causant la formation ou
l’élargissement des ravins, est habituellement le résultat de la mauvaise conception des
exutoires des systèmes de drainage de surface et souterrain. L’instabilité des talus de
ravin est habituellement associée au ruissellement souterrain. Ceci provoque l’érosion
puis l’effondrement des talus. De tels effondrements surviennent généralement lorsque
le régime des eaux est le plus propice à l’érosion. La formation de ravins peut être
difficile à prévenir si les techniques pour y remédier ne sont pas correctement mises
au point et les ouvrages mal construits. Les mesures visant à remédier à l’érosion
doivent prendre en considération la cause de l’augmentation du débit de l’eau sur
le terrain. A la suite de quoi, on peut mettre en jeu une multitude de mesures de
conservation.
L’érosion des talus et du lit des fosses (fig. 15): L’érosion des berges et talus des
cours d’eau est due aux raisons suivantes : la construction déficiente ou l’entretien
inadéquat des systèmes de drainage, le libre accès des animaux ou le passage de
la machinerie trop près du cours d’eau.
Les conséquences directes de l’érosion des talus sont, entre autres:
- la perte de terre arable;
- le minage de structures telles que les ponts;
- la destruction de routes, chemins et clôtures.
En plus des dommages directs, d’autres dommages sont causés par le transport et
le dépôt de sédiments; cela inclut l’ensablement du cours d’eau, la sédimentation
dans les réservoirs et les sites de fraie et de nidification, etc.
Figure_13
Figure_14
Figure_15
Érosion en nappe
1 t/ha/an
Érosion en rigole
10 t/ha/an
Érosion ravine
100 t/ha/an
Érosion en badland
1000 t/ha/an
Sapement des berges
10.000 t/ha/an
Il faut signaler qu’une simple rigole de 2 cm de profondeur et de 5 cm de large ur correspond
à une perte de terre de 120 kg par 100 m de rigole.
La terre végétale, qui est la couche du sol la plus fertile, est la plus vulnérable à l’érosion
et c’est elle qui disparaît en premier; par ailleurs, les mécanismes d’érosion éliminent
de préférence la matière organique du sol, l’argile et les substances limoneuses fines.
L’association de perte de terre végétale et de fractions plus fines du sol peut avoir de
graves conséquences sur les rendements culturaux. Dans la plupart des cas, l’épandage
supplémentaire d’engrais peut neutraliser les conséquences de l’érosion sur la fertilité du
sol, mais cela représente une dépense supplémentaire pour l’agriculteur. Les sédiments
résultant de l’érosion hydrique provoquent la turbidité de l’eau dans les cours d’eau et les
lacs, et l’accumulation de sédiments dans le temps risque de réduire le volume des lacs
et des réservoirs.
Effets néfastes de l’érosion là où elle se produit: Les répercussions de l’érosion des sols
vont au-delà de la perte du sol de la couche arable. La levée des plantes, leur croissance
et leur rendement sont directement affectés par la perte d’éléments nutritifs du sol et
des engrais qui y sont appliqués. La semence et les plantes peuvent être dérangées ou
totalement transportées hors du lieu où se produit l’érosion. La matière organique du sol,
les résidus ainsi que le fumier épandu sont relativement légers et peuvent être facilement
transportés à l’extérieur du champ. La qualité du sol, sa structure, sa stabilité et sa texture
peuvent être affectées par l’érosion. Le morcellement des agrégats, le déplacement de
particules fines, de couches entières de sol ou de matière organique peuvent détériorer
la structure et même modifier la texture. Tout changement de texture peut à son tour
affecter la capacité de rétention d’eau du sol le rendant alors plus susceptible aux conditions
extrêmes telle que la sécheresse.
Effets néfastes de l’érosion hors du lieu où elle se produit: L’impact de l’érosion
des sols sur les sites plus éloignés n’est pas toujours aussi apparent que celui sur le site
même de l’érosion. Le sol érodé, déposé au bas des pentes, peut empêcher ou retarder
l’émergence de la semence, enterrer les jeunes pousses et nécessiter un deuxième semis
dans les endroits affectés. Les sédiments peuvent se déposer sur les propriétés en aval et
occasionner des dommages aux routes.
Les sédiments qui atteignent les cours d’eau peuvent accélérer l’érosion des talus, ensabler
les fossés de drainage et les cours d’eau, envaser les réservoirs, couvrir les zones de fraie
et réduire la qualité de l’eau. Les pesticides et engrais fréquemment transportés avec les
particules de sol peuvent contaminer ou polluer les sources d’eau et les sites récréatifs.
19
Chapitre 1 : Le sol et l’érosion
Les pertes de sol des terres agricoles peuvent avoir de graves répercussions sur la
productivité des sols. La baisse de productivité d’un sol attribuable à l’érosion peut être
importante. Cela peut découler tout simplement de l’amincissement de la couche de sol
sur la roche, ce qui réduit le volume disponible pour les racines des végétaux. Il est plus
courant que les rendements culturaux soient réduits par la perte d’éléments nutritifs des
végétaux et que les propriétés physiques du sol soient dégradées, notamment le croûtage
du sol et la réduction de la capacité de rétention de l’eau. Par ailleurs, cela augmente la
variabilité des sols, ce qui se traduit par des cultures éparses difficiles à gérer et qui n’ont
généralement pas un bon rendement.
Chapitre 2 :
L’aménagement des bassins
versants et l’étude de diagnostic
20
1. Le concept et l’approche bassin versant
Un bassin versant ou bassin hydrographique est une portion de territoire
délimitée par des lignes de crête (ou lignes de partage des eaux), irriguée par
un même réseau hydrographique (une rivière, avec tous ses affluents et tous les
cours d’eau qui alimentent ce territoire) et correspondant à la totalité de l’aire
de capture et de drainage des précipitations.
En d’autres mots, un bassin versant est l’ensemble d’une région ayant un exutoire
commun pour ses écoulements de surface.
A l’intérieur d’un même bassin, toutes les eaux reçues suivent, du fait du relief,
une pente naturelle et se concentrent vers un même point de sortie appelé exutoire
(fig. 16 et fig. 17).
Figure_16
Figure_17
21
Dans un bassin versant, l’eau se fraye des
chemins sur et dans les sols. Elle prend en
charge des particules : sédiments, matière
organique, produit chimiques, etc.
entièrement caractérisé par son exutoire,
à partir duquel nous pouvons tracer le
point de départ et d’arrivée de la ligne
de partage des eaux qui le délimite.
Aspects importants d’un bassin versant:
Toutefois, la délimitation topographique
nécessaire à la détermination en surface
du bassin versant naturel n’est pas
suffisante. Lorsqu’un sol perméable
recouvre un substratum imperméable,
la division des eaux selon la topographie
ne correspond pas toujours à la ligne de
partage effective des eaux souterraines
(fig. 18). Le bassin versant est alors
différent du bassin versant délimité
strictement par la topographie. Il est
appelé dans ce cas bassin versant réel.
1.L’occupation du sol, les activités
humaines et les aménagements
conditionnent les chemins de l’eau et
donc sa qualité à l’exutoire du bassin;
2.Les actions en amont se répercutent
en aval;
3.La
multiplication
de
petites
perturbations entraîne de grandes
dégradations sur l’ensemble du
bassin.
Le bassin versant représente, en principe,
l’unité géographique sur laquelle se base
l’analyse du cycle hydrologique et de
ses effets. Plus précisément, le bassin
versant qui peut être considéré comme
un “système“ est une surface élémentaire
hydrologiquement close, c’est-à-dire
qu’aucun écoulement n’y pénètre de
l’extérieur et que tous les excédents de
précipitations s’évaporent ou s’écoulent
par une seule section à l’exutoire.
Le bassin versant en une section droite
d’un cours d’eau, est donc défini comme
la totalité de la surface topographique
drainée par ce cours d’eau et ses
affluents à l’amont de cette section. Il est
Figure_18
Chapitre 2
L’extension d’un bassin versant topographique est déterminée en utilisant des
cartes topographiques 1:25.000, 1:50.000 ou 1:100.000 en relation à la taille du
bassin et à l’approximation nécessaire pour l’étude en question.
Des cartes photographiques, y compris celles obtenues gratuitement par Internet
(par exemple Google Earth) peuvent être utilisées si une approximation très
détaillée n’est pas nécessaire.
La délimitation du bassin versant topographique est conduite sur le support
topographique en considérant des lignes et des points bien précis (fig. 19)
22
1.Le point d’intérêt de passage des
eaux sur un fleuve ou une vallée doit
être choisi (exutoire) point A
2.Sur la base des altitudes mises en
évidence par les courbes de niveau
(ou isohypses) (fig. 20, fig. 21 et fig.
22) dans les cartes les lignes de crêtes
(points plus élevés) sont marquées et
cela constitue le périmètre du bassin
(fig. 23).
3.En figure 19 partant du point A,
tracez une droite perpendiculaire aux
courbes de niveau de chaque côté du
lit du cours d’eau, jusqu’aux points B
et C d’altitude maximale. Puis reliez
le point B au point D, suivant la même
méthode et continuez à partir des
points E, F ... I, jusqu’à ce que vous
ayez atteint le point C sur l’autre rive
du cours d’eau. La surface comprise à
l’intérieur de la ligne de partage ABD
... SCA constitue le bassin versant
relatif au point A du cours d’eau.
Autres indications dans l’identification
des
bassins
dans
les
cartes
topographiques:
Figure_19
- La direction des eaux est toujours
perpendiculaire aux courbes de
niveau;
- Les lignes de pente maximale sont
celles qui unissent deux courbes de
niveau contiguës dans le point de
distance minimale entre les deux.
Figure_20
En Haïti, la structure responsable de la création et la gestion des cartes
géographiques du pays est le CNIGS (Centre National Information Geospatiale)5.
Des cartes sont disponibles sur: http://www.haitidata.org/data/search et
des cartes topographiques georéférenciées d’Haïti peuvent être téléchargées
gratuitement sur le site de l’Université du Texas et Austin (University of Texas
and Austin http://www.lib.utexas.edu/maps/topo/haiti/).
Figure_21
Figure_22
Figure_23
Évaluation de la pente en pourcentage (%):
Le pourcentage de pente permet de décrire le relief en exprimant le rapport entre la
dénivellation et la distance horizontale. Par exemple, une pente de 3% correspond à
une dénivellation de 3 mètres sur une distance horizontale de 100 mètres.
Attention: une pente de 100% signifie que pour 100 m à l’horizontale on progresse de
100 m en verticale, ce qui correspond donc à un angle moyen de 45° (et non 90°).
Pour calculer la pente d’un trajet, il suffit d’appliquer la formule suivante:
(h) Dénivelé
Pente (%) =
X 100
(d) Longueur parcourue
Dénivelé = Hauteur totale entre
le point d’arrivée et le point de
départ.
5) Rue Faustin 1er, 4, Turgeau -Port-au-Prince Tél: (+509)22449980,
(+509)22449981/(+509)22449982/(+509)5107620 Email: cnigs.haiti@yahoo.com
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
23
Chapitre 2
Sur les cartes, la distance est à plat. Nous ne savons pas la vraie distance parcourue
lors de l’élévation (représentée ici par l’hypoténuse R). La tangente de l’angle peut
être utilisée pour trouver R. Tangente (α°) = h/L. À l’inverse, pour trouver l’angle
(α°) : arc tangente (h/L) =α°
La pente peut être calculée à travers:
- Cartes topographiques: à travers les courbes de niveau et un centimètre (à
proportionner à l’échelle de la carte), h et d sont identifiés sur la carte.
- Utilisation du niveau A (fig. 24): le niveau A est un instrument très simple et
facile à construire. Il permet de mesurer des pentes et en particulier les pentes
de 0% correspondant aux courbes de niveau d’un versant à aménager.
24
Construction:
Matériel nécessaire:
- 2 perches de 1,5m
- 1 perche de 0,8m
- 1 ficelle de 1m
- 1 petite pierre
- de la ficelle ou des clous.
Figure_24
Il s’agit de lier au sommet les 2 perches de 1,5m avec un bout de ficelle ou des
clous. Fixer très fort de façon transversale la perche de 0,8m. Il est impératif que
cette dernière soit placée à une même distance sur les deux autres.
Fixer une ficelle au sommet à l’extrémité de laquelle on fixe une petite pierre.
Pour le calibrage, placer le niveau A sur un terrain un peu pentu dans le sens
de la pente puis on plante un piquet à chaque pied. A l’aide d’un marquet ou
un couteau, on marque légèrement l’endroit où la corde se stabilise sur la barre
transversale. Ensuite on déplace le niveau A de façon que le droit remplace le pied
gauche puis on marque légèrement le point sur la barre transversale. A partir de
ces deux points, on marque le point O à leur milieu (fig. 25).
1/2
1
2
2
1/2
1
Figure_25
D’une part, le niveau A est utilisé pour la détermination de la pente; d’autre
part, il est utilisé pour le piquetage qui consiste à placer des piquets en
fonction des courbes de niveau avant la mise en place de toutes les structures
antiérosives en courbes de niveau (pente 0%).
Utilisation :
Le niveau A est l’instrument le plus simple et le plus facile à trouver pour
déterminer la pente d’un terrain. L’operateur pose le pied amont à terre et
soulève le pied aval jusqu’à ce que la ficelle se stabilise sur le point O. L’aide
operateur, muni d’un ruban métrique, mesure alors la distance entre le pied
aval du niveau A et le sol (fig. 26).
Figure_26
note
25
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
Pente%= Centimètres mesurés entre les niveaux des pieds X 100
Centimètres entre les perches du niveau A (150)
Chapitre 2
Un bassin versant remplit 3 fonctions principales:
Hydrologiques
- il recueille l’eau de pluie;
- il accumule des quantités variables d’eau pour des durées variables;
- il restitue cette eau sous forme de ruissellement.
26
Écologiques
Un bassin versant remplit au moins deux fonctions écologiques:
- il procure des sites d’échanges et des mécanismes essentiels pour le
bon développement des réactions chimiques nécessaires aux organismes
vivants;
- il procure un habitat à la faune et à la flore.
Socio-économiques
Chacun de nous vit dans un bassin versant; chacun de nous dépend de l’eau
et des autres ressources naturelles pour sa survie. Toute personne qui vit ou
qui travaille dans un bassin versant a un impact sur les conditions du bassin
et sur les ressources qu’il soutient. Par conséquent, nous avons tous intérêt
à collaborer à la préservation des conditions du bassin versant.
Haïti est composé par 30 bassins versants majeurs (fig.27 et fig. 28).
25 des 30 des bassins versants du pays sont fortement dégradés, provoquant
des fréquentes inondations dans le pays, entrainant un épuisement des sols
voire une disparition des facteurs de base de la production agricole et ayant des
effets néfastes sur les infrastructures de production en aval. Les sols, comme les
ressources ligneuses, se dégradent rapidement.
Le potentiel agricole exploitable est de 7.700 km2 (29%), la superficie effectivement
cultivée est cependant de l’ordre de 11.900 km2 (44%), 420.000 hectares de
terres marginales sont donc mises en culture. L’érosion des sols porterait donc sur
12.000 ha.
Les principaux facteurs à l’origine de cette dégradation sont la mauvaise gestion
de l’espace, la fragilité du milieu physique (fortes pentes, nature des matériaux),
la forte pression démographique, la faible productivité de l’agriculture, la violence
des phénomènes climatiques, les pratiques culturales érosives, la coupe intensive
de bois pour les besoins énergétiques et pour la construction. Les prélèvements des
ressources forestières sont de 3 à 4 fois supérieurs aux rendements des formations
forestières, les forêts ne couvrent plus que 1 à 2 % de la superficie du pays.
Figure_27
Le bassin versant est considéré comme une unité logique pour la planification
des projets d’aménagement et de gestion des ressources naturelles du fait
que dans cette unité toute activité et ressource est en interaction.
Dans un bassin versant, les terrains en amont et en aval sont physiquement
liés par le cycle hydrologique.
Une “approche bassin versant” utilise des zones hydrologiquement définies
pour coordonner la gestion des ressources (eau, sol, forêts, etc.).
L’approche est avantageuse car elle considère l’ensemble des activités au sein
d’un paysage qui affecte la santé des bassins versants.
Idéalement, une approche par bassin versant intégrera la biologie, la chimie,
l’économie, et les considérations sociales dans le processus décisionnel.
Il considère la participation des intervenants locaux, les objectifs nationaux
de l’État et des règlements. Il établit les priorités locales dans le cadre des
objectifs nationaux et coordonne les actions publiques et privées.
Dans le cas de la lutte et la prévention de l’érosion du sol, utiliser une
approche bassin versant signifie prendre en considération les causes et les
conséquences de l’amont sur l’aval et vice versa du territoire en examen.
Figure_28
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
27
Chapitre 2
2.Étude diagnostique et du niveau de dégradation d’un bassin versant
La dégradation des bassins versants correspond à leur perte de valeur avec
le temps, y compris en ce qui concerne le potentiel de production des terres
et de l’eau. Elle s’accompagne de nets changements du comportement
hydrologique du système fluvial, qui se traduisent par une diminution de la
qualité, de la quantité et da la régularité du débit. Elle résulte de l’interaction
de facteurs géographiques, climatiques et surtout anthropiques (déboisement
irrationnel, pratiques culturales inadéquates, etc.). Elle conduit à son tour
à une accélération de la dégénérescence écologique, à une restriction des
possibilités économiques et à une intensification des problèmes sociaux.
28
L’aménagement des bassins versants consiste à formuler et à adopter une
ligne de conduite impliquant la meilleure utilisation possible des ressources
des bassins, afin de fournir des biens et des services sans épuiser pour autant
les terres et l’eau disponibles. D’ordinaire, les responsables de l’aménagement
des bassins versants doivent tenir compte des facteurs sociaux, économiques
et institutionnels agissant à l’intérieur et à l’extérieur de ces bassins.
Tous les bassins versants disposent d’un large éventail de ressources naturelles
(sols, eau, forêt, pâturages, faune sauvage, minéraux, etc.). Dans le contexte
d’un même bassin, certaines ressources sont complémentaires, alors que
d’autres sont en concurrence. Par exemple le coup de bois des forêts a un
effet positif sur la source d’énergie et l’économie des populations mais des
effets néfastes sur l’érosion du sol et les rendements agricoles.
La ressource la plus en concurrence est généralement l’eau. La clé du succès
consiste à utiliser les ressources disponibles de façon aussi efficace et durable6
que possible, en perturbant le moins possible le bassin dans son ensemble. Bien
que les responsables de l’aménagement n’aient souvent aucun pouvoir décisionnel
en ce qui concerne l’utilisation des ressources, il leur incombe de planifier
et de mettre en œuvre des pratiques qui favorisent les formes d’exploitation
complémentaires ainsi que de suggérer des mesures préventives et protectrices
à l’égard des activités susceptibles de détériorer les bassins.
La maîtrise de l’eau pour usages domestiques, agricoles et industriels est
l’objectif premier de l’aménagement des bassins versants, contribuant ainsi
à l’amélioration des conditions socio-économiques générales. La gestion
des bassins versants vise la maîtrise des écoulements ainsi qu’une meilleure
gestion et valorisation des ressources en eau : favoriser l’infiltration de l’eau,
régulariser les débits, multiplier les points d’eau en milieu urbain et en milieu
rural pour les usages domestiques et productifs (agriculture et élevage),
améliorer la qualité de l’eau, augmenter les disponibilités pour la production
d’énergie, réduire les dégâts dus aux eaux de ruissellement, etc.
L’aménagement des bassins versants implique un processus décisionnel
concernant de nombreuses formes d’exploitation des ressources et nécessite
par conséquent une approche multidisciplinaire et participative surtout avec
les représentants des populations qui vivent dans le bassin en question.
6) En ce contexte la durabilité a comme objectif une utilisation de la ressource de façon que soit compatible avec les
besoins des générations futures.
L’aménagement des bassins est une entreprise permanente en considérant que
le bassin même est toujours en évolution à cause de l’intervention humaine,
l’érosion, les changements des climats, etc. Le plan initial d’aménagement doit
être remanié à chaque modification des enjeux. Il incombe aux responsables
de l’aménagement ou de la planification de faire un suivi rapproché et dans
le cas où certains facteurs sont changés, de revoir la planification.
Pour la nature même du bassin versant, l’aménagement ne peut se faire
qu’au travers d’un processus souple et continu.
L’étude et la planification des bassins versants sont les taches préparatoires
qui permettent d’effectuer une bonne intervention.
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
29
Chapitre 2
L’étude et la planification doivent être entreprises à quatre niveaux: national,
départemental, du bassin versant (ou sous bassin), de l’exploitation agricole
ou de la collectivité.
Les différents niveaux doivent évidemment se coordonner entre eux et fournir
des réponses adéquates aux bénéficiaires finaux que sont les populations
habitant dans le bassin versant. Il est suggéré d’impliquer des représentants
des populations à tous les niveaux.
Rôles et responsabilité des acteurs impliqués dans l’aménagement des bassins
versants:
30
Niveau
Responsables
Acteurs à
impliquer
Objectives
Actions
National
Gouvernement
(ministères impliqués:
environnement,
agriculture,
infrastructures, etc.)
Directions
départementales,
ONGs, centres de
recherche
Identification BV du
pays, identification
des BV prioritaires/
vulnérables/dégradés,
identification des
causes principales de
dégradation
Politiques favorables
à la protection des
BV, élaboration d’un
plan national et
sensibilisation auprès
des bailleurs de fonds
Départemental
Structures
déconcentrées de
l’État
Directions
départementales,
municipalités, ONGs,
écoles, centres de
recherche
Identification BV
du département,
identification des
BV prioritaires/
vulnérables/dégradés,
identification des
causes principales de
dégradation, respect
des plans nationaux
Plan d’action
départemental,
synergie des acteurs
vers BV prioritaires,
suivi/évaluation des
plans
Bassin versant
Organisations
communautaires au
niveau de BV
Directions
départementales,
municipalités, ONGs,
écoles, centres
de recherche,
représentants des
populations
Évaluation des
dégradations du BV,
identification des
causes, élaboration
d’un programme
d’aménagement,
implication des tous
les acteurs du BV
Création des
organismes de bassin
et des comités de
bassin versant, plan
d’aménagement,
suivi/évaluation
Exploitation agricole
Producteurs du BV
Directions
départementales,
municipalités, ONGs,
écoles, centres
de recherche,
représentants des
populations
Identification des
pratiques pour réduire
la dégradation du BV,
respect des lignes
directrices du plan
d’aménagement,
sensibilisation des
autres producteurs
Implémentation
des pratiques
conseillées par le plan
d’aménagement
Le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoir (CIAT) a élaboré un
guide méthodologique pour les études de diagnostic des bassins versants.
Dans le contexte haïtien, vu l’étendue des espaces agricoles, le diagnostic de
bassin versant accorde une place importante à l’étude des pratiques agricoles
et leurs incidences sur la dynamique de l’eau et les établissements urbains
souvent situés dans d’étroites plaines côtières en aval.
Le diagnostic est un processus itératif qui fait appel aux outils de la science
mais aussi aux connaissances et savoir-faire locaux. Il se déroule en étapes
successives permettant de l’affiner progressivement:
Le diagnostic permet de définir les potentialités, contraintes et dynamiques
existantes. La connaissance du milieu qui est produite est aussi un outil pour
les arbitrages et synergies à développer entre différents types d’usagers des
ressources de l’aire concernée afin d’arriver à une mise en œuvre harmonieuse
et efficace des interventions.
Le rapport de diagnostic a intérêt à être présenté dans un langage clair qui
permet aux différents publics (spécialistes et non-spécialistes) d’assimiler les
problèmes identifiés, les principaux enjeux de l’aménagement et les voies
d’interventions possibles.
31
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
- Définition des objectifs prioritaires de l’aménagement;
- Compilation de données existantes et analyse d’images satellite
...disponibles;
- Élaboration d’hypothèses sur la problématique de la gestion de l’eau dans
...le bassin versant;
- Définition de transects pour une première reconnaissance de terrain;
- Évaluation rapide de la situation à partir de parcours de terrain et
...d’interviews avec des personnes-ressource et parties prenantes sur place;
- Affinement des hypothèses;
- Définition des informations complémentaires à recueillir;
- Collecte, traitement de l’information et représentation cartographique;
- Définition des pistes d’intervention et priorisation ;
- Restitution de l’information aux parties prenantes pour analyse critique;
- Finalisation du diagnostic.
Chapitre 2
Contenu de l’étude de diagnostic:
Secteurs
Sujets
Sources d’information et des données secondaires
Caractérisation du
milieu biophysique
Aire de l’étude, divisions
administratives,
caractéristiques du bassin
versant;
Topographie, pente,
pédologie, géologie et
géomorphologie;
Types de milieux,
végétation, flore, faune,
caractéristiques de la
biodiversité
Bases de données CNIGS : http://www.cnigs.ht/ IHSI (recensement 2006).
Cartes BDPA-DATPE, 1987
USAID, 2007. Environmental vulnerability in Haiti. Findings and
recommendations: http://www.wilsoncenter.org/events/docs/
Haiti_Final.pdf
CIAT-LGL, 2011. Propositions pour le découpage des bassins
versants
Bureau des mines et de l’énergie (BME): http://www.bme.gouv.ht/
mines/woodring/index.htm , http://www.bme.gouv.ht/carte/index.html
Carte hydrogéologique PNUD, 1990
Butterlin,G. Géologie d’Haïti
MDE/CEPAL/PNUD,2009. Impact socioéconomique de la
dégradation des terres en Haïti : http://www.eclac.org/cgi-bin/
getProd.asp?xml=/publicaciones/xml/7/38487/P38487.xml&xsl=/
dmaah/tpl/p9f.xsl&base=/dmaah/tpl/top-bottom.xsl
Les ressources
en eau et leurs
utilisations
Données climatiques
Hydrologie & hydrogéologie
Inventaire des points d’eau;
Localisation et
caractéristiques des
périmètres irrigués (plaine
et montagne);
Autres utilisations de l’eau;
Qualité des eaux de surface
et souterraines
Service National des Ressources en Eau
Centre National Météorologique (CNM)
Bases de données CNIGS: http://www.cnigs.ht/
Relevés d’institutions religieuses
DINEPA
BME
Compagnies locales de forages
Cartes BDPA/Secrétariat d’État du Plan 1982
Carte Hydrogéologique de la République d’Haïti SNRE/PNUD 1990
OEA, 1972. Mission d’Assistance Technique Intégrée
ACDI, Bulletins Hydrographiques d’Haïti 1918-1929
PNUD, 2010. Géolocalisation des sources.
MARNDR/ Direction des ressources Naturelles (SIGR/ PAIFC), 2001.
Fichiers sur l’irrigation (CD ROM)
Études réalisées par LGL
US Army Corps of Engineers, 1999. Water Resources assessment
of Haiti: http://www.sam.usace.army.mil/en/wra/Haiti/Haiti%20
Water%20Resources%20Assessment%20English.pdf
MSPP
Emmanuel,E.; Lindskog, P., 2000. Regards sur la situation des
ressources en eau de la République d’Haïti: http://www.unesco.
org.uy/phi/biblioteca/bitstream/123456789/316/1/eauhaiti.pdf
32
Sujets
Sources d’information et des données secondaires
Caractérisation du
milieu
socio-économique
Démographie et distribution
de la population;
Caractéristiques foncières;
Activités économiques;
Infrastructures et services
de base
HSI: www.ihsi.ht
CNIGS: http://www.cnigs.ht/
OCHA: http://www.reliefweb.int/rw/dbc.nsf/
doc104?OpenForm&rc=2&cc=hti
MPCE . Carte de pauvreté
INARA
ONACA
IFPRI, 2000. Land tenure and the adoption of agricultural technology
in Haïti: http://ageconsearch.umn.edu/bitstream/50042/2/
capriwp06.pdf
MTPTC, Base de données routières
EDH: Direction de la planification
Classification du
territoire, système
de production et
vulnérabilités
Classification du territoire,
systèmes de production et
vulnérabilités;
Occupation des sols et
gestion des ressources
naturelles;
Systèmes de production et
stratégies de génération de
revenus;
Vulnérabilité
Cartes BDPA/Secrétariat d’État du Plan 1982
CNIGS
Nord, Nord-Est:
IRAM-ODN, 1984. Agricultures et Paysans du Nord et du Nord-Est
Wood, H., 1964. Northern Haiti: land, land use, and settlement. A
Geographical Investigation of the Département du Nord, University of
Toronto Press Guide méthodologique pour les études de diagnostic des
bassins versants 20
Ministère de la Culture (Haïti)/PNUD . Atlas côtier du Nord-Est d’Haïti.
Environnement et patrimoine culturel de la région de Fort-Liberté. Portau-Prince/Nantes. Ed. Projet “Route 2004”:
Étude Diagnostic de la situation agricole de la section rurale de
Mathador. Commune de Dondon-Haïti par Sophie Devienne, INA-PG/
CNEARC, 1997)
http://www.unesco.org/csi/pub/papers/papers211.htm
Nord-Ouest:
MARNDR/UNOPS, 1998.Diagnostic de la situation agricole du NordOuest.
Centre:
MARNDR/Ambassade de France, 2003. Mission d’appui à la
planification et la mise en oeuvre des interventions de la DDA-Centre
dans l’aire du Haut Plateau Central
MARNDR/PDR, 2004. Plan de Développement du secteur agricole du
Haut Plateau Central
OXFAM Québec-CRC Sogema, 2006. Projet binational de réhabilitation
du bassin versant du fleuve Artibonite – Rapport de l’étude
diagnostique.
Étude de cas: Les sytèmes de production agricole de Lakou Cadichon
(Plateau Central) de Nicolas Ferraton et Isabelle Thouzard, 2003,
FAMV-Montpellier SupAgro
Artibonite:
USAID, 2009. Etude des systèmes de production agricole et des
associations paysannes dans les bassins versants de la Rivière La Quinte
et de la Rivière Grise
Ouest:
AFD, 2002. Étude de faisabilité d’un projet d’appuis à l’agriculture
périurbaine de Port-au-Prince.
Les trois tomes Madian-Salagnac « Paysans, systèmes et crises »
Manuel d’Agronomie Tropicale appliquée à l’agriculture haïtienne,
FAMV-GRET, 1991
Grande-Anse:
MARNDR/PDR, 2005. Diagnostic agricole et perspective de
développement du secteur agricole dans la Grande Anse.
Sud:
PNUD, 1992. Étude sectorielle sur l’économie rurale. USD des Cayes.
Sud-Est:
FAC/CEE, 1991. Projet de Développement Rural Intégré. Rapport de
capitalisation.
Cellule de Risque et Vulnérabilité du CIAT (CRV)
CNIGS.
BME, Risque sismique : http://www.bme.gouv.ht/alea%20sismique/
Alea_sismique%20HAITI.pdf
33
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
Secteurs
Chapitre 2
Secteurs
Sujets
Sources d’information et des données secondaires
Les filières
potentiellement
porteuses
Filières agricoles;
Autres filières.
Cellule de Risque et Vulnérabilité du CIAT (CRV)
CNIGS.
BME, Risque sismique : http://www.bme.gouv.ht/alea%20
sismique/Alea_sismique%20HAITI.pdf
Cadre institutionnel
et parties prenantes
Les principaux acteurs;
Les capacités de
gouvernance locale en
rapport avec la gestion du
bassin versant;
Leçons apprises des
expériences passées
d’aménagement du bassin
versant.
MARNDR-BID, 2007. Mission d’analyse institutionnelle des parties
prenantes relative à la préparation du Programme National de
Gestion des Bassins Versants
BID/GEF, 2009. Description de montage institutionnel du Projet
GEF-IDB
PNUE/Initiative Régénération, 2010. Etude des leçons apprises
dans la gestion de projets environnementaux en Haïti : http://
oneresponse.info/Disasters/Haiti/Environment/publicdocuments/
Le%C3%A7ons%20apprises%20dans%20la%20gestion%20de%20
projets%20environnementaux%20en%20Haiti.pdf
CIAT/BID, 2010. Historique des interventions en matière
d’aménagement des bassins versants en Haïti et leçons apprises
34
Les interventions
possibles et leur
mise en œuvre
USAID/HAP, 2003. Do small farmers in Haiti invest in natural resources
management without external subsidy?A post-project review.
Les choix techniques pour le traitement des ravines : http://
charles.lilin.free.fr/Ha%EFti/Le_traitement_des_ravines.doc
USAID/PADF-PLUS, 2001. Farm to market. Conservation farming
in Haïti.End of project report.
USAID/SECID, 2001. SECID/Auburn University PLUS. Final report.
http://pdf.usaid.gov/pdf_docs/PDABT829.pdf
Banque Mondiale, 2008. Water management approaches,
policies and operations : lessons for scaling up.
http://siteresources.worldbank.org/TURKEYEXTN/
Resources/361711-1216301653427/5218036-1267432900822/
WatershedExperience-en.pdf
3.Enquête sur l’érosion hydrique du bassin versant
1.Examen des orthophotos ou des photos aériennes (si disponibles)
Des photos à échelle 1:15 000 sont normalement suffisantes pour un premier
repérage des problèmes d’érosion. Google Earth fournit aussi une opportunité
intéressante pour avoir des photos aériennes gratuites et géoréférencées.
On cherche sur ces photos des indices qui peuvent nous faire suspecter des
problèmes. Par exemple, la présence de cours d’eau allant en s’élargissant,
des fossés qui semblent larges ou des glissements de terrain en cours. Autre
indice, la présence de champs où la couleur du terrain sur la photo varie
beaucoup, passant de très claire (blanc) à gris pâle, gris foncé ou d’autres
signes caractéristiques.
2.Examen des cartes (si disponibles)
Topographiques, pédologiques, de cours d’eau, etc. Les cartes peuvent fournir
plusieurs informations importantes. A travers les cartes topographiques, le
bassin versant peut être tracé, les parcours de l’eau, la taille approximative
du bassin, la pente des terrains et les zones à majeur risque d’érosions
identifiées. Les cartes peuvent fournir d’autres informations saillantes, telles
que: texture du sol, utilisation des terrain, vulnérabilité à l’érosion, présence
de cours d’eau ou d’un drainage souterrain, etc.
3.Discussion avec les agriculteurs
La discussion avec l’agriculteur est une étape importante pour confirmer ou
invalider les informations obtenues précédemment et pour susciter son intérêt
à s’impliquer pour solutionner le problème. L’implication des exploitants et des
propriétaires des parcelles dans la définition des actions pour réduire l’érosion
du sol sera fondamentale et il est donc très important de les impliquer depuis
l’identification des problèmes et des causes. La visite de terrain (point 4),
quand elle est possible, sera réalisée avec l’agriculteur.
Demandes principales à poser:
- S’il a observé des signes d’érosion dans ses champs (petite rigoles, ravines,
dépôts de terre, etc.) ou au long des cours d’eau et des fosses qui les entourent
(talus, ravinement, approfondissement des lits dépôts de sol, etc.);
- S’il a observé des réductions de rendement des parcelles et s’il connaît la
raison;
- Quelles cultures et pratiques culturelles sont utilisées (cultures, rotations,
associations, labour, etc.);
- Quelles techniques antiérosives sont utilisées traditionnellement.
35
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
Dans le cadre de la lutte et de la prévention de l’érosion du sol, des enquêtes
spécifiques peuvent être amenées sans avoir recours au diagnostic entier du
bassin versant. Il s’agit d’identifier le niveau de dégradation érosive d’un
certain bassin versant et identifier des techniques pour réduire le phénomène.
La conception d’une opération d’aménagement à la parcelle n’est pas une
alternative à une opération d’aménagement du bassin versant.
Les deux concepts doivent être complémentaires ou, si cela n’est pas possible
du fait de coûts trop élevés, dans l’approche à la parcelle, les effets de l’amont
sur l’aval doivent être pris en compte. Les problèmes d’érosion s’observent au
champ. Toutefois, une étude préalable de certains documents est essentielle
pour orienter le travail et faciliter l’identification des problèmes sur le terrain.
Voici les principaux outils pour effectuer cet exercice:
Chapitre 2
36
4.Visite du terrain et observation des signes
La qualité des renseignements recueillis lors de la visite du terrain influence
grandement l’efficacité et la qualité de l’action qui sera réalisée. Le technicien
doit chercher à recueillir, dès la première visite, toutes les informations requises
pour pouvoir poser le diagnostic et identifier les solutions envisageables.
Dans les cas relativement simples, ceci évite d’avoir à effectuer une deuxième
visite pour recueillir des données importantes manquantes, ce qui permet de
gagner en efficacité. La tendance habituelle de l’agriculteur est d’amener le
technicien à voir directement, sur le site, le résultat du problème d’érosion.
Bien qu’il soit important de se rendre sur place pour voir le problème, nous
recommandons au conseiller de recueillir en amont les informations nécessaires
pour établir son diagnostic. Ceci peut permettre d’éviter d’avoir à revenir sur
ses pas. Il peut également être nécessaire, en se rendant voir le problème,
de faire certains détours, pour bien comprendre d’où vient l’eau qui cause le
problème. En fait, il faut être capable de comprendre, au niveau topographique
et sur le terrain, les limites du bassin versant qui fournit l’eau causant le
problème. Il faut aussi pouvoir indiquer les caractéristiques pertinentes de
ce bassin versant. Cela se fait en marchant vers le bassin versant, en allant
voir le sens d’écoulement des fossés et en posant les bonnes questions à
l’agriculteur, dont la présence devrait s’assurer lors de cette visite. Le meilleur
moment pour faire la visite au champ est après des fortes pluies.
Il est également possible de faire de bonnes visites au champ à d’autres
périodes, par exemple lorsque la culture commence à pousser. Les visites au
champ peuvent aussi être faites à d’autres moments mais, en général, il est
plus difficile de voir les détails une fois que la végétation est bien installée.
Le but de la visite au terrain est de caractériser le problème et d’amorcer une
recherche de solutions. Voici les principales étapes à suivre:
4.1 Caractériser le problème
a) Tracer les limites du bassin versant sur la photo aérienne ou sur la carte
topographique
Il est essentiel de tracer la limite du bassin versant qui fournit l’eau qui provoque
le problème et ce, afin de pouvoir calculer le débit d’eau.
La meilleure façon de faire est de poser les bonnes questions à l’agriculteur. En
général, les agriculteurs savent comment circule l’eau sur leur propriété et au
voisinage immédiat. Toutefois, dans certains cas, il peut être nécessaire d’aller
vérifier sur place la direction d’écoulement des fossés, les ponceaux sous les
routes, la présence ou non de fossés le long de boisés, la présence ou non de
fossés de lignes séparant le site étudié de la propriété voisine, etc.
b) Tracer le parcours de l’eau
Il faut également pouvoir tracer le parcours général de l’eau à partir du point
le plus éloigné jusqu’au site des problèmes à solutionner. Sur ce parcours,
il faut être en mesure d’identifier les cultures, les types de sol ainsi que les
rigoles, fossés et cours d’eau. Il faut se rendre sur place pour mesurer l’ordre
de grandeur des pentes sur le parcours général de l’eau (exemple : < 0,5 %,
0,5 - 1 %, 1 - 2 %, 2 - 5 %, > 5 %).
Une de parties les plus importantes de la visite et celle d’observer, caractériser,
localiser, mesurer les signes d’érosion (en ordre de volume d’érosion):
Concentration de particules grossières en surface par perte d’éléments fins et
fertiles (érosion laminaire),
- Griffes (1-20 cm de profondeur);
Effaçables avec le travail du sol
- Rigoles (20-60 cm de profondeur);
- Ravines (>60 cm);
- États des rives (glissement de terrain, talus, etc.);
- Dépôts de sédiments.
4.2 Amorcer la recherche de solutions
5. Analyses complexes
a) Utilisation d’algorithmes et de logiciels pour l’évaluation de l’érosion à
travers l’équation USLA;
b) Élaboration des cartes de l’érodabilité à travers des logiciels;
c) Évaluation des parcours et des volumes d’érosion avec des techniques
nucléaires de tracement des isotopes.
4. Agronome ou ingénieur?
Les interventions pour prévenir les problèmes d’érosion hydrique au champ
se situent à l’interface entre les champs de pratique de l’agronome et ceux
de l’ingénieur. Les recommandations concernant la culture des plantes et
l’aménagement général des sols font partie du champ de pratique de l’agronome.
Ceci inclut, à notre avis, l’évacuation normale de l’eau des champs en culture
par le profilage des champs et l’aménagement de fossés et de voies d’eau,
qui demeurent de petites envergures.
Les situations qui font partie du champ de pratique de l’ingénieur sont celles
qui demandent normalement des calculs particuliers pour estimer les débits
de pointe et la vitesse de l’eau ainsi que pour proposer des mesures de
protection des sols adaptées à chaque cas, capables d’évacuer les débits
estimés et capables de résister à la force d’arrachement de l’eau.
Compte tenu de cette zone grise qui existe entre les champs de pratique
des deux professions, nous recommandons que dans les cas d’une certaine
complexité, le conseiller agricole prudent s’assure que ses recommandations
s’appuient sur une recommandation d’agronome et également sur une
recommandation d’ingénieur.
37
Chapitre 2 : L’aménagement des bassins versants et l’étude de diagnostic
a) Demander à l’agriculteur son avis sur la cause du problème;
b) Identifier avec l’agriculteur une ou des solutions envisageables;
c) Caractériser la ou les solutions envisageables: pentes du terrain et
changement de pentes, types de sols, ouvrages à construire (fossés, voies
d’eau, empierrement, protection de talus, avaloirs, etc.).
Chapitre 3 :
Techniques de conservation de sol
38
1. Les différents aspects à prendre en compte
Définition de l’utilisation rationnelle des terres: Il s’agit d’obtenir le plus grand
profit pour la collectivité le plus longtemps possible tout en assurant le maintien de
l’équilibre naturel des facteurs de production.
Elle est basée sur: l’aménagement intégré du milieu et la classification des terres
selon des critères bien définis.
Conventionnellement on distingue:
- Terres de production livrées aux cultures
- Terres de protection généralement occupées par la végétation naturelle
(forêt + prairie permanentes).
Dans un bassin versant, l’équilibre entre ces 2 niveaux est primordial mais susceptible
d’être rompu par un changement de facteurs de production. Généralement, cette
répartition doit surtout tenir compte de la morphogenèse et de son action (érosion,
décapage, accumulation, etc.) d’où la définition d’un certain nombre de types de
région à partir de leur potentiel propre et des effets qu’elles ont sur d’autres.
39
La mise en place d’un programme anti-érosion est assez complexe et ne peut
se faire sans adhésion de nombreux partenaires (agriculteurs, ingénieurs, élus
locaux, techniciens, chercheurs, etc.). Les principes qui peuvent être retenus
pour limiter efficacement l’érosion sont:
- Identifier les différentes zones suivant les processus dominants, tant du point
de vue de la formation du ruissellement que de l’érosion elle-même à l’échelle
du bassin versant (fig. 29)
- Selon les zones et le processus courant, agir par spécificité:
- protéger le sol de l’impact de la pluie,
- retarder et réduire la formation d’un écoulement superficiel,
- réduire les capacités de détachements et de transport du ruissellement en
limitant sa vitesse et sa concentration.
Les différentes formes et degrés d’érosion sont en fonction de la pente, du
niveau dans le versant, du sol et de la zone agro-écologique (fig. 30).
Figure_29
Chapitre 3
Les solutions se situent donc à plusieurs niveaux. Dans les parcelles agricoles,
elles sont à mettre en œuvre par les agriculteurs eux-mêmes, conseillés par
les techniciens professionnels (ONGs, BAC, DDA, etc.).
Hors des parcelles agricoles, elles relèvent d’une gestion collective, mise
en œuvre avec l’aide des directions départementales de l’agriculture et de
l’environnement.
Deux types de mesures complémentaires pourront ainsi être mises en place:
des mesures agronomiques (préventives) et des mesures hydrauliques
(curatives).
40
Il convient d’agir en priorité sur les mesures agronomiques (techniques
culturales) et en particulier sur le choix des cultures et des rotations en fonction
des différents aspects et surtout du gradient de la pente. Il est prouvé que
l’exploitation des cultures annuelles sur des fortes pentes débouche fatalement
sur l’apparition de terres dégradées et infertiles à cause de l’érosion (couche
arable et fertile se déplace vers l’aval).
Dans des sols calcaires, la reconstitution du sol à partir de la roche mère
est beaucoup plus lente que sur des substrats basaltiques. Une attention
particulière au processus d’érosion dans les substrats calcaires doit être
accordée.
Figure_30
Choix des cultures en fonction des pentes:
Cultures recommandées
Pratiques recommandées
Très
fortes
>80%
Forêt (en défense pour régénération
naturelle)
Régénération naturelle
Fortes
50 : 80%
Arbres et cultures permanentes
Café, cacao, fruitiers
Moyennes
25 : 50%
Arbres, pâturage, cultures pluriannuelles
Systèmes d’agroforesterie (canne à sucre,
ananas, etc.)
Légères
<25%
Cultures annuelles
Pratiques de conservation de sol en fonction des
caractéristiques géomorphologiques de la parcelle
Ce schéma idéal, appliqué aussi dans d’autres iles des Caraïbes (Guadeloupe,
Martinique, Dominique) ne pourra être appliqué à grande échelle que s’il existe
une réelle volonté politique (par exemple des subventions pour les agriculteurs
comme en Europe et États Unis).
2.Techniques traditionnelles pour la réduction de l’érosion
Le système de gestion des espaces agricoles en Haïti se fait à travers de trois jardins
caractérisés par leur utilisation et distance vis-àvis de la maison et l’échange de
fertilité du sol entre eux rendu possible par l’intermédiaire du bétail (fig. 31)
Figure_31
41
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Pentes
Chapitre 3
Le jardin «devant-porte-kaye» ou «lakou», normalement de propriété et
avec une surface de 500 à 1.000 m2, entoure la maison avec une végétation
dense. Dans ce jardin, de nombreuses espèces pérennes ou annuelles sont
associées et forment plusieurs étages de végétation.
Les espèces arborescentes forment l’étage supérieur: avocatiers (Persea
amaricana), chadéquiers (Citrus maxima), sucrins (Inga vera), lauriers (Octea
leuvoxylon), orangers amers (Citrus aurantium).
Les espèces arbustives forment l’étage intermédiaire: bananiers, caféiers,
ricins.
42
Les espèces herbacées forment l’étage inférieur et sont adaptées à l’ombre:
«malanga» (Xanthosoma campestris), «mazonbelle» (Colocacia esculenta),
amarante (Maranta arundinacea). On y trouve aussi des cultures légumières
et des lianes: igname (Discorea SP.), cristophineou «mirliton» (Sechia edulis),
giraumon (Cucurbitamoschata), cive (Allium fostulosum).
Le jardin «près-kaye» (de 1 000 à 5 000 m2), non boisé, est délimité par
une haie vive d’arbustes afin de marquer la propriété, abriter les cultures
du vent et les protéger des animaux. On y cultive en association le haricot,
le maïs, l’igname, la patate douce (Zpomea batata) et le manioc (Manihot
utilissima).
Les jardins «loin-kaye», dont la surface totale est souvent supérieure à 5
000 m2, sont situés dans des zones très peu boisées et éloignées de l’habitat.
Ils sont en fermage, en métayage ou en indivision. Ils sont peu fertiles et
dégradés. Les paysans y pratiquent une association de haricot et de patate
douce pendant six mois, ensuite la parcelle est laissée en jachère pâturée.
Si les jardins sont vraiment dégradés et situés sur de fortes pentes, ils sont
laissés en jachère longue (plus de trois années) pour le pâturage des caprins
(zone de racks).
Il est important de noter que, pour gérer les réserves de matière organique,
les paysans réalisent des transferts de résidus de culture d’une parcelle à
l’autre (fig. 32). Si la fertilité de certains jardins (le plus souvent en propriété)
qui se trouvent près des habitations augmente, cela se fait au détriment des
autres, plus éloignés (le plus souvent en métayage ou en fermage) qui voient
leur fertilité baisser à cause des exportations régulières de résidus de culture
vers les autres parcelles à plus grande sécurité foncière.
Les paysans ont peu intérêt à les fertiliser, ne sachant pas s’ils pourront les
exploiter l’année suivante.
Le facteur «tenure foncière» joue un rôle très important dans la dégradation
des sols. Plus le jardin est proche de l’habitation et plus le taux de matière
organique est important (fig. 33).
Cette augmentation des stocks organiques s’accompagne de celle de la
capacité d’échange cationique, du pH et de la stabilité structurale.
Figure_32
Figure_33
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
43
Chapitre 3
La pratique de la jachère
44
La jachère était autrefois une pratique courante en Haïti. Malheureusement,
la diminution de la disponibilité en terre impose le raccourcissement des
temps de jachère et tend à faire disparaître cette pratique. Actuellement, la
durée d’une jachère sur le transect peut varier de trois mois à deux ou trois
ans selon les types de jardin et la disponibilité en terre du paysan.
D’une façon générale, lorsque les jachères sont longues (dix-huit mois à deux
ans), les animaux sont laissés au piquet sans apport de fourrage, d’abord pour
y manger les résidus de récolte sur place (paille de maïs, de sorgho, fanes de
patate), puis pour le pâturage. Il y a ainsi un recyclage direct de la matière
organique en déjections animales qui, non fermentées et exposées au soleil,
doivent subir de fortes pertes en azote. Cette technique provoque souvent un
tassement du sol sur forte pente, ce qui favorise le ruissellement.
En définitive, une jachère de longue durée, herbacée ou arbustive, permettrait
de rétablir les conditions d’une meilleure nutrition azotée. En revanche, il est
probable que les jachères courtes (six à dix-huit mois), souvent surpâturées, ne
produisent pas ces effets et qu’elles n’aient pour autre fonction que d’assurer
le maintien des animaux, éléments privilégiés de capitalisation ou au moins
d’épargne, sur l’exploitation.
Concentration de la matière organique dans les buttes
Cette pratique concerne tous les types de jardin: après une jachère, et un
mois avant les semis et plantations, les mauvaises herbes sont sarclées, puis
séchées et rassemblées en tas. Elles sont ensuite recouvertes de terre prise
dans l’horizon superficiel (15 cm), le plus riche en matière organique, pour
former des buttes d’un mètre de diamètre. Cette opération va favoriser le
développement racinaire par amélioration du drainage et aération. Elle permet
surtout une concentration de la matière organique dans la butte (fig. 34). Ainsi
le mais, plante la plus exigeante, est semé dans la situation la plus favorable
tandis que le pois congo, moins exigeant grâce à son système racinaire profond
et puissant, l’est dans une situation moins favorable.
Figure_34
Le brûlis
3.Techniques culturelles conservatives (mesures agronomiques)
La meilleure façon de protéger les sols de l’érosion est de maintenir une bonne
couverture végétale afin de protéger le sol de l’impact des gouttes de pluie,
favoriser l’infiltration, ralentir la vitesse des eaux de ruissèlement, maintenir le
sol en place.
Pour cette raison, les cultures permanentes sont les seules à avoir un effet
toujours positif pour réduire les taux d’érosion et la dégradation des bassins
versants. Les cultures permanentes à encourager sont celles avec un potentiel
économique plus intéressant comme le café, le cacao, les fruitiers et les praires
permanentes. La mise en place des systèmes d’agroforesterie (chapitre 5) a
des effets extrêmement positifs sur la prévention et la lutte contre l’érosion.
Dans la mise en place de cultures annuelles, au delà des techniques antiérosives
d’aménagement, la planification de la gestion des parcelles est capitale:
- Calendrier rational: bon développement de la culture avant la période des
pluies;
- Cultiver selon les courbes de niveau;
- Éviter de mettre en culture des grandes parcelles (plus longues de 25 mètres
dans le sens de la pente);
- Cultiver en bandes d’environ 25 m de large au maximum selon les courbes
de niveau et en alternant des bandes en jachère et des bandes en culture à
des degrés différents de développement;
- Si pour des raisons foncières, il n’est pas possible de cultiver en bandes
selon les courbes de niveau, gérer au mieux les parcelles pour qu’il y ait sur
un même versant une alternance de parcelles en jachère et des parcelles
cultivées;
- Encourager les cultures associées avec des cycles décalés.
45
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Cette pratique est surtout courante dans les unités où la matière végétale
résiduelle est très ligneuse : chaumes de sorgho, tiges de pois congo, tiges
de manioc. Elle est brûlée lorsqu’elle se trouve en quantité importante,
car sa décomposition serait trop lente. La brûlis permet une préparation
rapide des sols mais libère aussi une grande quantité d’éléments minéraux
disponibles rapidement en début de culture. Cette technique a cependant
certains désavantages: sur les sols pentus, elle favorise le ruissellement et le
décapage, et ne permet pas, par enfouissement, une meilleure rétention de
l’eau et un enrichissement en matière organique; si ces sols sont bien pourvus
en matière organique, la dégradation est moindre mais l’érosion diffuse est
importante.
Chapitre 3
Au niveau des techniques culturelles, il est important de:
- Rapprocher les périodes de préparation du sol et de semis ;
- Cultiver sur des billons en courbes de niveau (fig. 35), possiblement cloisonnés
tous les 10 mètres environ (fig. 36) ;
- Laisser de préférence les résidus de récolte sur le sol ;
- Apporter de la matière organique ;
- Fertiliser pour avoir un développement meilleur et plus rapide de la
végétation.
46
Figure_35
Figure_36
D’autres techniques antiérosives plus spécifiques sont possibles selon le contexte.
Afin de réduire l’érosion, les techniques peuvent être classifiées selon leurs influences
sur les facteurs qui caractérisent le processus de l’érosion :
- Diminution de l’impact des gouttes de pluie;
- Favorisation de l’infiltration de l’eau.
Techniques culturelles conservatives spécifiques pour diminuer l’impact des gouttes
de pluie:
Le non-labour (ou réduction de labour)
La suppression/réduction du labour peut permettre dans certains cas de limiter l’impact
des gouttes de pluie et de réduire très nettement le ruissellement.
La persistance de résidus végétaux en surface protège très bien la surface du sol
(effet de mulch). Cette pratique entraîne également la persistance du profil du sol de
zones continues, plus ou moins profondes, ce qui augmente la résistance du sol visà-vis de l’incision des couches superficielles. Cependant, cette pratique a parfois des
inconvénients. La quantité totale d’eaux ruisselées est parfois plus élevée en non travail
en raison d’une plus faible rugosité de surface qui entraîne une plus faible rétention
superficielle. Le non enfouissement des résidus de récolte empêche également la
restitution de la matière organique dans le profil du sol.
La suppression ou réduction du labour semble très efficace aujourd’hui contre l’érosion
hydrique avec des rigoles parallèles et peu espacées ; elle semble l’être un peu moins
dans un contexte où prévaut l’érosion par ruissellement concentré (rigoles et ravines
très espacées).
Le paillage et le non-déchaumage
Le paillage permet de lutter efficacement contre l’impact des gouttes de pluie
(effet splash). Il constitue un rideau protecteur et crée une rugosité de surface
qui divise et ralentit la lame d’eau de ruissellement; les pertes en terre sont
ainsi considérablement réduites (fig. 37). Elle consiste à étaler directement sur
le sol des écorces, des copeaux de bois ou de résidus végétaux (fig. 38 et fig.
39). Le paillage a des effets aussi dans la réduction de l’évaporation de l’eau,
dans la limitation de la pousse des mauvaises herbes et dans le développement
des micro-organismes nécessaires à la croissance des plantes.
T/ha de résidus
0
2,5
Ruissellement: hauteur totale (mm)
84
51
Vitesse (m/s*1000)
2,2
0,6
Concentration en sédiments (g/l)
38
7
Pertes en terre (t/ha)
33
4
Figure_37
Figure_38
Figure_39
47
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Le paillage peut être naturel ou artificiel. Il peut être mis en œuvre par la
technique du non déchaumage. Pendant l’interculture, il peut s’écouler une
longue période durant laquelle le sol reste parfois sans protection.
Le non déchaumage consiste alors à laisser le chantier de récolte en l’état et
reporter le labour. Le paillage est assuré par les pailles de la culture précédente.
Le non déchaumage est un excellent moyen de lutte pour les situations de
fortes pentes et de rupture de pente dans les secteurs de passage d’eaux
inévitables (fond de vallée sèche et zone de ravinement annuel).
Chapitre 3
Les cultures intermédiaires/engrais vert
Les cultures intermédiaires sont implantées après les cultures principales et
permettent d’assurer une protection des sols dénudés. Deux types de cultures
intermédiaires peuvent être utilisés :
- les cultures destinées à être récoltées, puis vendues ou autoconsommées;
- les engrais verts destinés à être enfouis pour améliorer les propriétés
physiques du sol (meilleure stabilité structurale).
48
Leur intérêt pour limiter l’érosion tient:
- à la protection qu’ils assurent au sol quand ils fournissent rapidement une
couverture suffisante pour limiter la battance;
- à la rugosité qu’ils peuvent créer en surface.
La technique des engrais verts consiste, entre deux mises en culture d’une
parcelle, à y installer des plantes fourragères ou légumineuses que l’on enfouira
dans le sol pour en fixer l’azote et le nourrir. Plusieurs plantes sont utilisées
dans le cadre de l’engrais vert. Le choix dépend de la nature du sol et des
besoins des cultures suivantes. Généralement, les semis les plus pratiqués
sont réalisés avec des plantes fourragères légumineuses comme le trèfle, la
luzerne, ou non légumineuses comme la moutarde, la phacélie ou la vesce.
L’effet protecteur est lié au développement de la masse végétale lors des
pluies. L’implantation d’un engrais vert peut donc être utile pour limiter
les risques de ruissellement et d’érosion si elle est réalisée assez tôt. Des
mesures sous simulation de pluies ont permis de démontrer l’intérêt d’une
telle pratique (fig. 40). Le sol nu restitue la quasi totalité de l’eau reçue (les
courbes de la pluie et du sol nu sont presque parallèles). En sol couvert,
on constate un retard important (environ 30 mn) de la mise en œuvre du
ruissellement, mais aussi une infiltration non négligeable qui se poursuit par
la suite.
Les engrais verts ont aussi d’autres avantages:
- ils contribuent au maintien des sols au niveau des ruptures de pente ou
des zones de concentration, à condition de choisir des variétés à système
racinaire puissant ;
- ils améliorent la décomposition des résidus de récolte en favorisant l’activité
microbienne et biologique du sol ;
- ils laissent le sol dans un état favorable pour la récolte suivante;
- ils demandent peu de temps de travail et peu de moyens financiers et
améliorent très nettement les rendements.
Le choix d’implantation est ensuite à raisonner en fonction des cultures
précédentes, des caractéristiques climatiques et de la concurrence avec les
autres activités (récoltes, ramassage des pailles). Le choix des espèces est
à faire en fonction de l’objectif recherché et de la date des semis. Les dates
limites d’implantation des différentes espèces dépendent du régime climatique
local.
Figure_40
49
Le travail du sol
Les différentes façons culturales induisent des états de surface qui conditionnent
la rugosité du sol, son système de porosité et l’état de tassement. Le travail
du sol intervient donc à la fois sur le stockage de l’eau en surface et le régime
d’infiltration. L’influence des opérations techniques sur la formation et le volume
du ruissellement mérite la plus grande attention.
La préparation des lits de semences
Conserver un maximum de rugosité à la surface du sol permet de retarder et
limiter l’apparition du ruissellement. Un sol très motteux réduit le ruissellement
de 50 à 75 % par rapport à un sol nu. Il y a lieu d’arbitrer entre la nécessité
d’avoir un affinement suffisant pour assurer une bonne levée et pas trop fine
pour limiter la vitesse d’apparition du ruissellement.
Si les pluies risquent de survenir rapidement après les semis, un travail grossier
permet de limiter le ruissellement. Il y a peu d’inconvénients sur le plan
agronomique car la pluie favorisera une bonne humectation malgré un contact
terre-graine médiocre. Par contre, plus la probabilité de temps sec après le
semis est forte, plus il faut affiner la ligne de semis. Une telle appréciation
prêche surtout pour une bonne connaissance des risques locaux et un arbitrage
en conséquence.
L’affinement nécessaire pour assurer un bon contact terre-graine doit être limité
aux lignes de semis. La rupture entre le lit de semence et le reste du profil doit
être aussi la moins marquée possible, quelque soit le type du sol: les obstacles
au drainage interne favorisent la dégradation de l’état de surface dans le cas
des sols fragiles et diminuent le temps d’apparition du ruissellement dans le
cas des sols plus résistants.
Le binage
Cette opération a pour principal objectif de lutter contre les adventices. Elle
permet de briser la croûte de battance et de restituer ainsi une certaine capacité
d’infiltration au sol. En même temps, le binage ameublit le sol et facilite
ainsi l’entraînement des particules par le ruissellement. Du point de vue de
l’érosion, l’effet du binage peut être bénéfique si la dégradation de surface est
importante et si les risques d’averses violentes sont faibles. Par contre, il est à
proscrire ou à envisager avec beaucoup de prudence dans les zones sensibles à
l’incision (zones de concentration et fortes pentes).
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Techniques culturelles conservatives spécifiques pour favoriser l’infiltration de
l’eau:
Chapitre 3
Le sens du travail du sol
Un travail en travers de la pente peut, dans une certaine mesure:
- retarder l’apparition du ruissellement en augmentant la rugosité dans le sens de la
plus grande pente;
- ralentir l’écoulement en diminuant la pente de son lit.
Cependant, il y a souvent plusieurs pentes du fait de l’existence de talwegs secondaires,
parfois très faiblement marqués. Dans ce cas, les lignes de travail perpendiculaires à la
pente générale ne seront pas rigoureusement de niveau: le « réservoir » créé par chacun
des sillons jouant en quelque sorte un rôle de « barrage », peut déborder en point
de concentration où l’écoulement, initialement retardé, pourra acquérir des capacités
de détachement et de transport nettement supérieures, causant alors des dégâts
importants au sein même de la parcelle où il se forme ou en aval.
50
L’entretien humique et calcique des sols
L’ensemble des éléments qui peuvent améliorer la stabilité structurale des sols est
susceptible de limiter leur sensibilité à l’érosion. Les amendements calcaires et
humifères peuvent améliorer la résistance des sols, lorsque leurs teneurs en matière
organique et en calcium sont particulièrement faibles. En améliorant la stabilité
structurale, ils limitent la battance et la prise en masse des couches labourées, ce
qui augmente les capacités d’infiltration du sol. Les sources de matières organiques
peuvent être variées.
La rotation des cultures
La rotation des cultures sur une même parcelle permet de réduire l’érosion. Elle agit
sur la résistance du sol par:
- les apports humifères;
- l’action des différents systèmes racinaires sur la structure du sol;
- le travail du sol.
Parcellaire et assolement
La taille et la répartition des parcelles peuvent permettre de réduire l’érosion. En
effet, un parcellaire morcelé permet une diversification des cultures le long d’un
même versant et favorise l’alternance entre les parcelles où l’eau pourra s’infiltrer
et être dispersée et celles où la situation sera plus critique. Une bonne organisation
du parcellaire doit permettre d’éviter que des surfaces importantes soient fortement
dégradées et génèrent du ruissellement lors de la préparation des semis dans les
parcelles en aval. Une telle organisation suppose une concertation entre agriculteurs
cultivant des parcelles voisines. Un parcellaire diversifié peut permettre de choisir
des assolements en fonction des caractéristiques des parcelles (sensibilité à l’érosion,
position sur le versant...). La prise en compte de tels critères impose des contraintes à
l’échelle de l’ensemble d’une exploitation. Il y a lieu de porter une attention particulière
au niveau des points critiques:
- les zones de concentration où peuvent se développer les ravines;
- les ruptures de pentes convexes en bordure de plateau;
- les fortes pentes;
- les pentes longues.
4.Techniques de conservation du sol (mesures hydrauliques)
Piquetage pour l’identification des courbes de niveau et placement des structures
antiérosives
Toute structure antiérosive doit être placée selon les courbes de niveau. Les courbes
de niveau sont des lignes que identifient tous les points à la même altitude (pente
0%). Pour matérialiser les courbes de niveau directement sur le versant et identifier
la localisation des ouvrages le piquetage est utilisé.
Étapes à suivre:
- Détermination des pentes du versant et de la pente moyenne;
- Préparation d’un lot de piquet de 60cm de long et d’environ 4cm de
diamètre, taillé en pointe à une extrémité;
- Détermination d’une ligne de base (ligne dans le sens de la pente) de
l’amont vers l’aval et tracer avec des piquets;
- L’écart des piquets (et des courbes de niveau) est fonction de la pente
moyenne du versant (fig. 41). Si les pentes du même versant sont très
différentes, il est conseillé d’utiliser les pentes moyennes des parties plus
uniformes;
Pente
Écartement conseillé
<10%
12-15m
10-25%
10-12m
25-40%
8-10m
40-60%
6-8m
>60%
<5m
51
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Le principe de l’aménagement des versants et des parcelles agricoles avec des
techniques de conservation de sol consiste à diviser un long versant en une succession
de tronçons plus courts séparés les uns des autres par des structures antiérosives,
placées en courbes de niveau. Ceci permet d’éviter que les eaux de ruissellement
dévalant le long du versant ne puissent atteindre une vitesse et une force érosive
dangereuses. Ces ouvrages ne pourront toutefois pas arrêter totalement le transport
solide et le ruissellement surtout sans l’utilisation intégrée d’autres techniques
culturelles et sur des pentes supérieures à 20%.
Il est important de souligner que les techniques de conservation de sol sont très
importantes pour réduire l’érosion mais qu’elles ne sont pas suffisantes pour inverser
la dynamique d’érosion. Toutes les techniques ici présentées sont à utiliser selon les
cas spécifiques toute seule ou en combinaison.
Chapitre 3
- Chaque piquet de la ligne de base identifie une courbe de niveau en horizontal ;
- Pour tracer les lignes des courbes, des instruments (niveau A ou clisimètre)
pour l’identification des pentes sont nécessaires afin de trouver les points au
même niveau du piquet de la ligne de base ;
- Avec le niveau A, le piquet successif de la courbe de niveau (en horizontal)
sera placé à l’endroit où la corde de l’instrument se positionnera sur le point
0 et ainsi de suite pour tous les piquets de en amont à l’aval (fig. 42 et fig.
43);
- Avec le clisimètre, le piquet successif de la courbe de niveau (en horizontal)
sera placé où l’observation des yeux de notre assistant montrera que le jalon
du clisimètre sera aligné avec le réticule (fig. 44).
52
Figure_41
Figure_42
Figure_43
Figure_44
note
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
53
Chapitre 3
Bandes végétales ou rampes vivantes
Les rampes vivantes sont des bandes relativement étroites (environ 30 cm)
de végétation pérenne (herbacée ou ligneuse) plantées en courbe de niveau.
Figure_45
54
Figure_46
Figure_47
Par leur présence, les bandes végétales forment des pièges à sédiments pour les
eaux de ruissèlement et contribuent à remodeler les mornes par la formation
de terrasses progressives. L’emploi des différentes typologies de bande se fait
en fonction du lieu d’aménagement et en particulier de la disponibilité de
semence, de l’utilisation de l’espace (pastorale, forestière, agricole) et de la
profondeur du sol.
Étapes de mise en place:
Figure_48
Figure_49
Entretien:
1. Désherbage;
2. Protection par le pâturage des animaux;
3. Replantation des semences ou boutures qui n’ont pas levé;
4. Coupe périodique (élagage):
a. Bandes enherbées : à 10cm du sol (fourrage tendre de qualité)
b. Haies vives : à 30cm du sol quand les plantes sont à 1-1,5m.
Avant la production et la dissémination des grains.
5. Comblé régulier des trous dans la bande. Si les trous ne sont pas comblés
avant les pluies, le ruissellement sera concentré et les effets érosifs pourront
être plus graves que sans bande;
6. Placer des résidus végétaux en amont de la structure pour accélérer
l’accumulation de sédiment et le formation du terrassement.
55
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau;
3. Construction d’une mini-terrasse (15-20cm de profondeur, 30-40cm de
large) en contrepente (10%) (fig. 48);
4. Plantation sur la mini-terrasse en 2 ou 3 rangées en quinconce à 10-15cm
(arbustives) ou 5-10cm (herbes) (fig. 49).
Chapitre 3
Typologie de
bande végétale
Caractéristiques
Espèces
conseillées
Avantages/
inconvénients
Potentialités
économiques
Bandes enherbées
Utilisation de
végétation herbacée
Herbe de Guinée,
herbe éléphant,
herbe sure
Intervention peu couteuse
et utilisable par métayers
ou exploitants
Pâturage : élevage
(animaux au piquet)
Vetiver
Pas appétible pour les
animaux, fort pouvoir
d’ancrage et de rétention
du sol/risqué si planté pour
exploiter les racines pour la
production d’huile
Couverture pour les
maisons, production huile
pas recommandée car
extraction des racines et
augmentation de l’érosion
Ananas
Produit consommable par
les exploitants
Fruits
Canne à sucre
Nécessité d’une
pluviométrie élevée
Production de jus, sucre,
rhum
Citronnelle
Manque de marché pour le
produit
Parfum, repussant contre
les moustiques
56
Haies vives
Utilisation de
végétation ligneuse:
arbustes ou arbres
à 50cm-1,50m de
hauteur
Bandes alternées
Association des
bandes enherbées
et d’haies vives
Leucena,
Calliandra, tchatcha, benzolive,
pois congo
Fixation d’azote, utilisation
du bois
Indications et contre-indications
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Entretien:
Sur des pentes <60% (ou associées avec agroforesterie)
Possible sur tous les sols
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Nécessaire sol de >25 cm profondeur (haies vives)
Pluie (>800mm)
Nécessité de protection par le pâturage des animaux,
comblé de trous
Potentialité:
Utilisation d’espèces productives (fourrage, fruits, etc.)
ou légumineuses (fixation d’azote)
Espèces conseillées: Grande production de biomasse, bonne capacité de reprise et
étalement, capacité à fixer l’azote
Leucaena, Calliendra, Gliricidia, Ananas, Canne à sucre, Herbes
éléphant
Comparaisons:
Haies vives avec une meilleure capacité antiérosive que les bandes
enherbées mais nécessité de sols plus profonds
Avantages
Inconvénients
Fixation d’azote (avec légumineuses)
Réduction de l’espace pour les cultures vivrières
Production (avec des espèces productives)
Compétition des plantes pour eau et éléments nutritifs
Amélioration de la structure du sol (pénétration des racines)
Effet brise vent (haies vives)
Peu d’entretien est nécessaire
Peu couteuse
Utilisation des matériaux locaux
57
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Possible pour métayer ou exploitants (pas gros investissement)
Chapitre 3
Les Bann manje
Association d’une bande végétale réalisée avec des espèces d’intérêt économique
et un canal d’infiltration.
Système traditionnel d’association de cultures établi en contour avec l’objectif
d’améliorer la conservation de l’eau et du sol.
58
A - Canal: Partie plus riche car il bénéficie de la couche arable de l’amont et de l’humidité apportée
B - Butte: terre qui provient du creusage et du nettoyage du canal. Production des cultures vivrières
C - Rampe Vivante: barrière pour protéger la butte.
Figure_50
Étapes de mise en place:
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau;
3. Creusage d’un canal de 40-50cm de large et 30-35cm de profondeur
pour capter l’eau et les sédiments;
4.Mise en place d’une butte de 30-50cm de hauteur et de 50cm de largeur
en aval du canal;
5.Mise en place d’une rampe de paille placée à la base de la butte pour
conserver le sol en attendant que la barrière végétale commence à jouer
son rôle;
6.À la première pluie, on place les cultures:
a.Dans le canal : cultures annuelles et pluriannuelles
(bananiers, mazombelles, papayers, malangas)
b.Dans la butte: cultures en tubercule (patate, igname, manioc)
c.Plantation des rampes vivantes
Entretien:
Indications et contre-indications
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Sur des pentes <40% mais idéal sur des parcelle <25%
Possible sur tous les sols
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Nécessaire sol de >30-40cm profondeur
Pente > 40%, profondeur du sol < 30cm, nécessité de beaucoup
d’entretien
Entretien:
Nécessité de protection des plantules des animaux,
entretien du canal et de la butte, comblé des trous
Potentialité:
Utilisation d’espèces productives (fourrage, fruits, etc.)
ou légumineuses (fixation d’azote)
Espèces conseillées: Espèces d’intérêts économiques avec des cycles végétatifs
différents
Leucaena, Calliendra, Gliricidia, Ananas, Canne à sucre, Herbes
éléphant
Comparaisons:
Par rapport aux autres bandes végétales, le Bann Manje demande
beaucoup plus d’entretien et d’attention dans la mise en place.
Surtout pour des parcelles de propriété.
Avantages
Inconvénients
Production étalée pour la présence de cultures à cycles
végétatifs différents
Réduction de l’espace pour les cultures vivrières
Diminution du niveau d’infestation de maladies
(diversité d’espèces)
Compétition des plantes
pour eau et éléments nutritifs
Amélioration de la structure du sol
(pénétration des racines)
Technique couteuse:
pour les propriétaires de la parcelle
Haut niveau d’entretien
59
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
1. Désherbage;
2. Protection par le pâturage des animaux;
3. Replantation des semences ou boutures qui n’ont pas levé;
4. Curage régulier du canal et de la butte;
5. Coupe périodique (élagage) :
a. Bandes enherbées : à 10cm du sol (fourrage tendre de qualité)
b. Haies vives : à 30cm du sol quand les plants sont à1-1,5m.
Avant la production et la dissémination des grains
6. Comblé régulier des trous dans la bande. Si les trous ne sont pas
comblés avant les pluies, le ruissellement sera concentré et les effets
érosifs pourront être plus graves que sans bande;
7. Placer des résidus végétaux en amont de la structure pour accélérer
l’accumulation de sédiment et le formation du terrassement.
Chapitre 3
Clayonnage et fascinage
Le clayonnage consiste à planter des courbes de niveau de piquets ou des pieds
d’espèce qui rejettent facilement, entre lesquels on entrelace horizontalement
des rameaux flexibles appelés clayons.
Le fascinage consiste à attacher des fagots de branchage derrière des lignes de
piquets disposées en courbes de niveau.
60
Figure_51
Figure_52
Le clayonnage et le fascinage sont utilisés
sur des pentes cultivées mais aussi comme
barrages vivants pour la correction des petites
ravines.
Étapes de mise en place:
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau: piquets
de 0,8-1m de hauteur et 5-10cm de diamètre
plantés chaque 50cm. Enfoncés 25-30cm sous
le sol et coupés à 30cm au dessus du sol (fig.
54);
3. Autour des piquets, des rameaux fins et
flexibles (Gliricidia, jeune bambou, roseau,
etc.) de 1-2m de longueur sont entrelacés et
bien serrés;
4. Pour le fascinage : une fois que les piquets
sont enfoncés, une tranchée est creusée
en amont (10cm de profondeur et 30cm de
largeur). Les fagots de 35cm de diamètre et
de 1,5-2m de longueur, constitués des dechets
de culture comme les tiges de mais et de petit
mil, y sont plantés (fig. 55).
Figure_53
Figure_54
Figure_55
Entretien:
1. Protection par le pâturage des animaux;
2. Replantation des piquets (boutures) qui n’ont pas levé;
3. Coupe : à 1m de hauteur couper à 50cm;
4. Comblé régulier des trous dans la bande. Si les trous ne sont pas comblés
avant les pluies, le ruissellement sera concentré et les effets érosifs
pourront être plus graves que sans bande;
5. Placer des résidus végétaux en amont de la structure pour accélérer
l’accumulation de sédiment et la formation du terrassement.
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
61
Chapitre 3
Indications et contre-indications
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Entretien:
62
Sur des pentes <60% (ou associées avec agroforesterie), fascinage <25%
Possible sur tous les sols
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Nécessaire sol de >20 cm profondeur
Pluie (>800mm) et profondeur du sol
Nécessité de protection par le pâturage des animaux,
comblé de trous
Potentialité:
Technique peu couteuse et facile à réaliser
Espèces conseillées: Espèces qui rejettent facilement (bwa repous):
gommier, mombin, calebassier, Cassia, bambou, etc.
Comparaisons:
Caractère temporaire et peu durable
Avantages
Inconvénients
Utilisation des matériaux locaux
Peu efficaces
Proche des pratiques traditionnelles
(barié pay ou ramp pay)
Caractère temporaire
Très sensible à qualité du matériel
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
note
63
Chapitre 3
Les cordons et les murettes en pierres sèches
Techniques constituées par l’utilisation de pierres empilées sans aucun liant
selon les courbes de niveau. Les cordons mesurent maximum 30cm de haut
alors que les murettes dépassent de 50cm le niveau du sol en amont. Les
murettes sont généralement constituées avec des pierres plus grandes.
Figure_56
64
Figure_57
Figure_58
Cette technique est recommandée pour les terrains avec grande disponibilité de
pierres en surface.
Étapes de mise en place:
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau;
3. Construction des mini-terrasses : profondeur variable selon la pente
(entre 10-45cm), largeur 35cm pour les cordons et 60cm pour les murettes,
contrepente de 10%;
Profondeur de la mini-terrasse
<15%
10cm
15%
15cm
30%
25cm
45%
35cm
60%
45cm
4. Installation des pierres:
a. Cordons : empiler sur la mini-terrasse des pierres de 10-15cm de
diamètre. Les pierres plus grosses seront placées en bas du cordon. La
hauteur du cordon varie de 20-30cm et elle doit être plus ou moins
égale à l’épaisseur de la base (fig. 59);
b.Murettes : les pierres doivent être empilées soigneusement. Le choix
des pierres est extrêmement important. Pierres plates, anguleuses et
grandes (20-25cm maximum). Les espaces entre les pierres doivent être
comblés avec des pierres plus petites (fig. 60);
5. Amorcer le processus d’atterrissement : placer la terre de la mini-terrasse
en amont;
6. Planter des rangées de plantes à l’aval des ouvrages (herbe éléphant,
citronnelle, herbe de Guinée, canne à sucre, etc.) (fig. 61)
Figure_59
Figure_61
Figure_60
65
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Pente du terrain
Chapitre 3
Entretien:
1. Protection par le pâturage des animaux
2. Comblé régulier des trous dans le cordon. Si les trous ne sont pas
comblés avant les pluies, le ruissellement sera concentré et les effets
érosifs pourront être plus graves que sans cordon.
3. Ajouter une nouvelle rangée de pierres dés que l’espace en amont est
rempli par les sédiments (hauteur maximale en aval: 1,5m)
Indications et contre-indications
66
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Entretien:
Potentialité:
Espèces conseillées:
Comparaisons:
Sur des pentes <60% (>60% structures trop étroites), cordons <25%
Possible sur tous les sols
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Toutes les profondeurs
Disponibilité de pierres
Nécessité de protection par le pâturage des animaux, comblé de trous
Epierrement des champs et lutte à l’érosion
Grande production de biomasse, bonne capacité de reprise et étalement,
capacité à fixer l’azote
Canne à sucre, Herbes éléphant, citronnelle, herbe de Guinée
Haute intensité de main d’œuvre mais bas niveau d’entretien
Avantages
Inconvénients
Facilement vulgarisé
Pour des parcelles cultivées par les propriétaires
(au moins 5 ans)
Épierrement des champs
Nécessité d’une haute intensité de main d’œuvre
Peu d’entretien
Très sensible à qualité des ouvrages
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
note
67
Chapitre 3
Les terrasses
Le principe du terrassement consiste à remodeler un terrain d’une pente donnée
en une succession de talus à forte pente et des plateformes à pente faible ou
nulle.
Figure_62
Figure_63
Figure_64
Figure_65
68
Si les terrasses sont construites, elles sont appelées terrasses mécaniques. Si
elles sont le résultat du dépôt successif des sédiments en amont de n’importe
quelle autre structure antiérosive, elle sont appelées terrasses progressives.
Le talus n’est pas cultivé et peut être réalisé en pierre sèche ou recouvert de
végétation herbacée.
Selon la pluviométrie, les terrasses peuvent être d’absorption ou de diversion.
Les terrasses d’absorption ont une plateforme horizontale délimitée par un
bourrelet sur le bord de l’aval avec l’objectif d’intercepter les eaux de ruissèlement
et de favoriser leur infiltration dans le sol (fig. 66). Cette technique s’applique
dans des climats dont la pluviométrie annuelle est inferieure à 1.000mm.
Dans les terrasses de diversion, les plateformes ont une contrepente de 10%
orientée vers l’amont. La contrepente permet d’orienter les eaux en excès vers
un canal de drainage sur le bord en amont de la plateforme (fig. 67). Cette
technique est recommandée pour une pluviométrie >1.000mm de pluie/an.
Figure_67
Il existe 4 types de terrasses mécaniques : terrasses intermittentes,
terrasses en escalier, terrasses arboricoles et individuelles.
Typologie de
terrasse
Caractéristiques
Particularités
techniques
Espèces
conseillées
Terrasses
intermittentes
Terrasses étroites
entre lesquelles des
inter-terrasses avec
des cultures vivrières
sont placées (fig. 67)
Largeur de la
plateforme <2m,
Pentes<50%,
Plantation « filtre »
en amont
Herbe éléphant
Terrasses en escalier
Succession
ininterrompue des
terrasses et de talus
(fig. 66)
Largeur de la
plateforme 2,5-6m,
Pentes<30%,
Plantation « filtre »
en amont
Herbe éléphant
Terrasses arboricoles
Terrasses étroites
intermittentes de
moins de 2m de
longueur pour la
plantation d’arbres sur
des terrains pentus
(fig. 68)
Herbe éléphant,
Largeur de la
plateforme <2m,
canne à sucre, vetiver
Pentes>50%,
Profondeur du
sol>30cm
Distance de plantation
des plantules en
ligne :
k*- ./$ -9(N
k$/-0.;N;T=N;(
k)"0$ -7@(
k1*/$ -=N;(
Plantation des herbes
en aval
Terrasse
individuelles
Petites terrasses
circulaires (1,5 m de
diamètre) disposées
selon les courbes de
niveau en quinconce
destinées à recevoir
une plante chacune
(fig. 69 et fig. 70)
Pentes>50%,
Pas de plantation
Profondeur du
annuelle pour éviter
sol<30cm
Distance de plantation compétition
des plantules en
ligne:
Forestier, cacao,
café:3m,
Citrus: 5,5-7,5m
Manguier: 10m
Avocatier: 7,5m
Plantation des herbes
en aval
Particularités
économiques
Investissement
initial extrêmement
important
Où les terrasses
linéaires sont difficiles
à construire (faible
profondeur du sol,
forte pierrosité)
69
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Figure_66
Chapitre 3
70
Figure_68
Figure_69
Figure_70
Étapes de mise en place:
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau;
3. Identification des terrasses selon les cas;
4. Creusage en amont et création de la terrasse en aval (10% de
contrepente);
5. Renforcement des talus avec des herbes, des arbres ou des pierres.
Entretien:
1. Protection par le pâturage des animaux;
2. Réhabilitation des terrasses au signe de glissement de terrain.
Indications et contre-indications
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Entretien:
Potentialité:
Espèces conseillées:
Comparaisons:
Sur des pentes <80%
Possible sur tous les sols
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Nécessaire sol de >20 cm profondeur
Exigence en travail, technicité et en entretien. Gros investissements
Nécessité de protection par le pâturage des animaux, comblé des trous
Réduction presque totale de l’érosion
Arbres : forestier, cacao, café, citrus, manguier, avocatier. Herbes de
protection : herbe éléphante, canne à sucre, vetiver
Trop exigeante en travail et technicité. Uniquement pour les cultures à
haute valeur ajouté.
Avantages
Inconvénients
Ouvrages durables
Trop exigeante en travail et technicité
Mise en surface de couches profondes des sols moins
fertiles : réduction de rendement
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
71
Chapitre 3
Les canaux de contour
Les canaux de contour sont des fosses cloisonnées creusées dans le sol à une
profondeur de 0,5 - 1 m. Ils sont réalisés pour forcer l’eau à s’infiltrer dans le
sol et collecter les sédiments provenant du haut de la parcelle.
72
Figure_71
Figure_72
Il est fortement déconseillé d’appliquer cette technique en Haïti en raison
d’inconvénients majeurs et surtout si cette technique n’est pas associée avec
d’autres techniques. L’utilisation irrationnelle des canaux de contour peut
engendrer de sérieux glissements de terrain.
Étapes de mise en place:
1. Identification des pentes;
2. Piquetage en courbes de niveau;
3. Creusage des fosses : 0,5-1m de largeur, 0,5-1m de profondeur;
4. Renforcement avec des herbes, des arbres ou des pierres en aval.
Entretien:
1. Protection par le pâturage des animaux;
2. Réhabilitation des fosses au signe de glissement de terrain.
Indications et contre-indications
Pente:
Sol:
Plantations:
Profondeur:
Facteur limitant:
Entretien:
Avantages
Inconvénients
Infiltration importante d’eau dans la nappe
Trop exigeante en travail
Mise en surface de couches profondes des sols moins
fertiles: réduction de rendement
Ils se bouchent trop rapidement
Risque de création de ravines et de
glissements de terrain
note
73
Chapitre 3 : Techniques de conservation de sol
Sur des pentes <25%
Sur des sols stables (pas sur des sols basaltiques)
Plantation entre les bandes en billions en courbes de niveau
Nécessaire sol de >50 cm profondeur
Risque de glissement de terrain
Nécessité de protection par le pâturage des animaux,
débouchage des fosses
Potentialité:
Facile à réaliser
Espèces conseillées: Herbes de protection: herbe éléphante, ananas, canne à sucre, vetiver
Comparaisons:
Trop exigeante en travail et risque de glissement de terrain.
Privilégier les bandes vegetales
Chapitre 4 :
L’agroforesterie
74
1. L’agroforesterie: définition et classification
Agroforesterie: Systèmes d’utilisation des terres dans lesquels des cultures ligneuses
sont cultivées en association avec des cultures agricoles ou des pâturages, selon un
arrangement spatial ou en rotation dans le temps, et dans lesquels se produisent
des interactions écologiques et économiques entre les éléments ligneux et les
autres éléments du système.
Les principales composantes des systèmes agroforestiers sont les ligneux, les
plantes cultivées, les pâturages et le bétail, ainsi que les facteurs environnementaux
comme le climat, les sols et la topographie. D’autres composantes (telles que les
abeilles ou les poissons) interviennent dans des systèmes spécialisés. Une pratique
agroforestière est un arrangement caractéristique de composantes dans l’espace
et dans le temps. Un système agroforestier est un exemple local spécifique
d’une pratique, caractérisé par l’environnement, les espèces et l’arrangement des
végétaux, le mode de gestion, et le fonctionnement économique et social. Il
existe des centaines, voire des milliers de systèmes agroforestiers, mais seulement
une vingtaine de pratiques distinctes.
Dans les systèmes d’agroforesterie, l’arbre est considéré comme un élément
multifonctionnel grâce à ses produits et ses influences sur les autres cultures.
Les fonctions d’un arbre peuvent être:
- Production de fruits;
- Production de bois et de charbon;
- Amélioration du sol;
- Contrôle de l’érosion hydrique et éolienne;
- Production de fourrage;
- Utilisation à des fins médicinales;
- Production d’huiles et de résines;
- Mise en place d’un microclimat favorable aux autres cultures et animaux;
75
- Influence sur les cycles des éléments nutritifs;
- Clôture.
Au plus haut niveau, la classification se fonde sur les composantes en présence:
arbres avec cultures, arbres avec pâturages, pratiques où la composante arborée
est dominante et pratiques comportant des composantes spéciales (fig. 73).
Le deuxième niveau de classification repose sur l’arrangement spatial et temporel
des composantes. Les pratiques en rotation sont celles où l’association entre
ligneux et plantes cultivées est fondée principalement sur une notion temporelle,
tandis que les pratiques spatiales sont celles où l’association est d’abord une
combinaison dans l’espace. Les systèmes spatiaux sont divisés en systèmes
mixtes et systèmes zonaux.
Dans les pratiques spatiales mixtes, plantes ligneux et plantes herbacées sont
cultivées en mélanges intimes, les ligneux étant répartis sur plus ou moins toute
la surface.
Dans les pratiques zonales, les ligneux sont soit plantés selon un arrangement
systématique, par exemple en rangées, soit pour remplir une fonction spécifique
dans l’exploitation agricole, par exemple pour la délimiter ou pour renforcer des
structures servant à la conservation des sols.
Le troisième niveau de classification utilise comme critères des arrangements
spatiaux et des fonctions détaillés.
Chapitre 4
Considérées du point de vue de la recherche, les pratiques sylvopastorales et
celles à composantes spéciales se distinguent clairement, car elles demandent
des équipements pour la recherche sur les pâturages et sur le bétail ou sur
d’autres aspects particuliers.
Les autres groupes diffèrent par la nature et l’étendue des interactions
ligneux/cultures ou ligneux/pâturages. Dans les systèmes de rotation pure,
c’est surtout par la transmission héréditaire des modifications pédologiques
que se font les interactions. Dans les systèmes spatiaux mixtes, l’interface
ligneux/cultures se répartit sur la totalité ou la presque totalité de l’unité
d’exploitation, alors que dans les systèmes zonaux, elle n’occupe que des
emplacements définis.
76
Figure_73
Classifications
En rotation
Spatiales mixtes
Zonales
Agrosylvicoles
(ligneux + cultures)
Cultures itinérantes
Jachère améliorée
Taungya
Ligneux sur des terres
cultivées
Combinaison de
plantations et des
cultures
Jardin ligneux multi
étagés
Cultures en couloirs
avec haies
Ligneux sur des
structures antiérosives
Plantations de lisière
et brise-vent
Sylvopastorales
(ligneux + pâturage/
animaux)
Cultures itinérantes
Jachère améliorée
Ligneux sur pâtures ou
sur terres à pâturage
Ligneux avec des
pâturages
Cultures en couloirs
avec haies
Parcelles fourragères
Plantations de lisière
et brise-vent
Agrosylvopastorales
ligneux + cultures +
pâturage/animaux)
Cultures itinérantes
Jachère améliorée
Jardin ligneux multi
étagés
Cultures en couloirs
avec haies
Ligneux sur des
structures antiérosives
Plantations de lisière
et brise-vent
Pratiques en rotation (fig. 74)
Jachère améliorée
C’est une jachère dans laquelle la végétation naturelle est remplacée ou
améliorée par l’introduction d’arbres et d’arbustes sélectionnés pour leur capacité
d’enrichissement du sol (fig. 75)
77
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Taungya
Implantation des cultures annuelles pendant les premières phases de reforestation
(fig. 76). Après avoir établi des plantations forestières, les agriculteurs ont la
possibilité de cultiver pendant trois ou quatre ans en associations diverses cultures
(maïs, pomme de terre, haricots) entre les jeunes arbres dans le but d’éviter la
concurrence par les adventices nocives.
Figure_74
Figure_75
Figure_76
Chapitre 4
Pratiques spatiales mixtes
Combinaisons de plantations et de cultures
Association des ligneux avec des cultures herbacées productives (fig. 77).
Une grande partie des systèmes agroforestiers combine des cultures, leur
point commun étant l’association de ligneux productifs avec d’autres plantes
telles que de plus grands arbres qui les dominent (arbres d’ombragé audessus du caféier ou du cacaoyer), une autre espèce ligneuse (par exemple, le
cocotier avec le cacao, ou le caféier avec le bananier) ou une culture herbacée.
L’agencement des composantes peut être aléatoire, comme il est courant
dans les systèmes indigènes, ou ordonné, comme dans les plantations.
78
Jardins ligneux multi étages
Ils sont composés par une grande variété de plantes ligneuses et herbacées
selon un schéma dense, à première vue désordonné, mais probablement géré
de façon minutieuse (fig. 78). Le concept principal du jardin multi étagés est
celui de cultiver des plantes de différentes hauteurs afin d’avoir la surface
photosynthétique (canopy) la plus grande et une couverture végétale optimale
pour la protection de la maison (fig. 79 et fig. 80). En Haïti ce système est
appelé « jardin lakou ».
Figure_77
Figure_79
Figure_78
Figure_80
Pratiques zonales
Culture en couloirs et barrages d’haies
Ils sont composés par tout système où les cultures annuelles sont cultivées en
alternance avec des haies ou des rangées de ligneux (fig. 81 et fig. 82).
Dans les terrains en pente, les cultures et les haies sont implantées selon les
courbes de niveau (fig. 83).
On appelle barrage d’haies, les haies alignées en courbes de niveau, dont le but
spécifique est de lutter contre l’érosion sur les pentes (fig. 84).
Figure_81
Figure_82
Figure_83
Figure_84
79
Chapitre 4 : L’agroforesterie
L’élément ligneux consiste le plus souvent en une haie vive dense, mais parfois
aussi en une seule ou plusieurs rangées d’arbres. La culture intercalaire avec haies
(également appelée culture en couloirs) a de multiples objectifs, dont l’entretien
de la fertilité du sol, et peut être pratiquée sur terrain plat ou en pente.
Chapitre 4
Plantations de lisière et brise-vent
Les arbres sont plantés rapprochés les uns des autres en bordure de champ en
délimitant une parcelle. Ce sont essentiellement les haies vives et les brise-vent.
Les haies vives (haie buissonnante, haie érigée et haie bouturée) sont
constituées d’arbustes très rapprochés les uns des autres dont le développement
ou la taille constitue un obstacle au passage des animaux domestiques et aux
personnes (fig. 85).
Les brise-vent (wind breaks) constituent un rideau d’arbres et d’arbustes
vivants de différentes hauteurs, disposé sur une ou plusieurs rangées. Ils sont
destinés à réduire la vitesse du vent au niveau des cultures, à permettre la
production agricole dans les régions ventées, à freiner les érosions hydrique
et éolienne (fig. 86).
80
Figure_85
Figure_86
Ligneux sur des structures antiérosives
Plantés sur les structures anti-érosives, les ligneux pérennes sont utilisés
comme auxiliaires de contrôle du ruissellement et de l’érosion, contrôle assuré
primitivement par d’autres moyens (fig. 87, fig. 88, fig. 89 et fig. 90).
Les arbres et arbustes servent d’abord à stabiliser les structures en terre grâce
à leurs systèmes racinaires, et ensuite à tirer partie du terrain, par exemple
par la production de fruits, de fourrage ou de bois de feu. A plus long terme,
leur présence sur les structures de conservation du sol tendra en outre à en
faire une partie intégrante et permanente du système d’exploitation agricole.
Arbres et arbustes peuvent être ajoutés à des ouvrages de conservation déjà
en place ou inclus lors de leur construction. Cette pratique nécessite moins de
recherches, du fait que son efficacité pour contrôler le ruissellement et l’érosion
est très proche de celle des mesures conventionnelles de conservation. Il est
plus important d’être inventif dans la sélection des arbres censés répondre
aux besoins des fermiers.
Il existe trois modèles pour cette pratique: arbres sur bandes enherbées,
arbres sur structures de talus et fossés et arbres sur terrasses.
Arbres sur barrages de bandes enherbées
Là où les bandes enherbées de barrage se sont révélées efficaces et acceptables
comme moyen de contrôle de l’érosion, la plantation additionnelle d’arbres
peut procurer des bénéfices supplémentaires par la production de bois de feu,
de fourrage ou de fruits, au gré du fermier, en plus du fourrage obtenu par
la coupe de l’herbe. Les bandes enherbées ont typiquement 2 m de large.
L’espacement doit être modérément large, par exemple 10 m, de manière
à éviter une réduction de la densité de l’herbe. La principale précaution à
prendre est d’éviter l’utilisation d’arbres qui provoquent une réduction de
la densité du tapis herbeux. Sur le plan de la gestion, il est important de
protéger les jeunes arbres en sarclant leur pourtour à nu pendant deux ou trois
ans, à défaut de quoi, la compétition de l’herbe risque de réduire fortement
leur taux de croissance, en particulier sous les climats secs.
Arbres sur structures de talus et fossés
Beaucoup d’ouvrages en terre construits pour contrôler l’érosion combinent un
fossé avec un remblai ou une diguette. Dans la méthode la plus commune, le
fossé est large et peu profond et est situé au-dessus du remblai. Classiquement,
ces ouvrages sont stabilisés par les herbes, mais se prêtent à la plantation
d’arbres ou de haies.
Cette technique semble convenir à beaucoup de régions où la construction de
terrasses est une pratique déjà établie. Elle peut être appliquée sur une terre
en pente modérée, mais elle est particulièrement utile là où la plus grande
partie des terres disponibles consiste en flancs de vallées en forte pente,
profondément découpés, déjà aménagés en terrasses (pluviales ou irriguées)
Figure_87
Figure_88
Figure_89
Figure_90
Chapitre 4 : L’agroforesterie
81
Arbres sur terrasses
Sur les terres en pente où des terrasses existent déjà, il peut être avantageux
de planter un dense couvert d’arbres sur les versants. Les arbres sont soit
élagués, soit recépés.
Chapitre 4
Pratiques sylvopastorales
Les pratiques sylvopastorales incluent les arbres dispersés sur pâturage, les
pâturages sous plantations (fig. 91 et fig. 92), les haies vives, les banques
fourragères, les brise-vent, les rideaux abris, et les cultures intercalaires avec
haies sur pâturages.
82
L’érosion du sol est souvent plus accentuée sur les pâturages que sur les terres
cultivées. De graves érosions en nappe et en ravines sont communément
observées. Le surpâturage en est la cause initiale: il conduit à la destruction
partielle ou totale du couvert végétal, laissant le sol exposé à l’érosion. Il
n’est pas rare que 10 cm de couche arable ou plus soient enlevés. Une érosion
pareille se produit dans les régions semi-arides principalement à pâturages, et
sur les terres utilisées pour le pâturage dans les régions d’agriculture mixte.
Les principes de base de la gestion des pâturages, tels que la restriction
du nombre des animaux et la rotation du pacage, sont des conditions
indispensables au contrôle de l’érosion comme à tout autre aspect des
systèmes sylvopastoraux.
Cependant, une fois assurée la gestion saine des pâturages, les arbres
peuvent contribuer à la lutte contre l’érosion de bien des manières. Des haies
vives permettent de contrôler les déplacements du bétail, ce qui facilite la
rotation du pacage. Le feuillage des arbres n’aura guère d’effet protecteur
contre l’impact des gouttes de pluie sur le sol. Cependant, le potentiel le
plus important se manifeste de manière indirecte. Une fonction connue des
ligneux dans les systèmes sylvopastoraux consiste à fournir du fourrage riche
en protéines à des époques de l’année où l’herbe manque ou est indigeste.
Les ovins, les caprins et les animaux sauvages peuvent brouter directement
les feuilles, mais le fourrage peut aussi être coupé et emporté. En réduisant
la pression sur le pâturage, de telles méthodes peuvent aider à améliorer la
couverture végétale et donc diminuer l’érosion à la période critique, au début
des pluies.
Figure_91
Figure_92
2. Agroforesterie et conservation de sol
Les interactions écologiques que les espèces ligneuses ont sur les autres cultures sont:
Entretien de la fertilité du sol (fig. 93 et fig. 94):
- En augmentant les apports (matière organique, fixation d’azote,
assimilation d’éléments nutritifs);
- En réduisant les pertes (matière organique, éléments nutritifs) en
favorisant le recyclage et en contrôlant l’érosion;
- En améliorant les propriétés physiques du sol, y compris la capacité de rétention d’eau;
- Par les effets bénéfiques sur les processus biologiques du sol.
En général, les arbres contrôlent l’érosion à travers:
- Couverture de litière en surface;
- Barrière contre le ruissellement;
- Apport de matière organique pour le maintien de la structure;
- Renforcement et stabilisation des structures de conservation;
- Réduction de l’érosion éolienne par des brise-vent et des rideaux abris;
- Rentabilisation du terrain occupé par les structures de conservation;
- Connexion des pratiques antiérosives à la production.
Figure_93
Figure_94
83
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Contrôle de l’érosion:
- Directe: les arbres contrôlent mécaniquement l’érosion ;
- Complémentaire: le contrôle est obtenu en premier lieu par d’autres
moyens (bandes enherbées, structures en talus et fossés, terrasses); les
ligneux servent à stabiliser les structures et à rentabiliser le terrain qu’ils
occupent.
Chapitre 4
Pratiques de rotation: La jachère arborée améliorée peut contrôler l’érosion
pendant la période de jachère, mais le contrôle global de l’érosion dépend
principalement des pratiques utilisées pendant la période de mise en culture.
Pour la pratique taungya, certaines preuves donnent à penser qu’il peut se
produire une certaine augmentation de l’érosion pendant la période de culture,
par comparaison avec les plantations ligneuses pures, mais l’effet néfaste
n’est probablement pas important.
84
Pratiques spatiales mixtes: Les combinaisons de cultures ainsi que les jardins
ligneux multiétagés, y compris les jardins de case, peuvent contrôler l’érosion
grâce à une couverture dense et régulièrement renouvelée de la surface du
sol. Dans le cas des jardins à plusieurs étages, ce contrôle est inhérent à la
nature de la pratique. Pour des combinaisons de cultures, le contrôle dépend
de la gestion, en particulier du maintien d’une couverture de litière.
Pratiques zonales: Pour la culture intercalaire avec haies (cultures en couloirs,
en allées, barrières de haies), il existe des preuves indirectes substantielles, mais
peu de preuves expérimentales, du contrôle potentiel de l’érosion par l’apport
d’une couverture de litière sur les allées et par l’effet de barrière produit par les
haies. Le contrôle efficace de l’érosion ne sera pas automatique, et variera en
fonction des détails de la conception et des pratiques de gestion. Étant donné
le potentiel apparemment élevé et le manque de données expérimentales,
il est nécessaire et urgent de prendre des mesures suivies du taux d’érosion
existant avec cette pratique. La pratique des ligneux sur structures antiérosives implique l’utilisation complémentaire de la composante ligneuse.
Planter des arbres peut rendre productif le terrain occupé, aider à stabiliser
les structures et, dans certains cas, augmenter leurs effets protecteurs. Cette
pratique joue aussi un rôle psychologique et augmente les chances que ces
structures soient perçues favorablement et donc, entretenues. Ceci s’applique
aux ligneux sur structures en talus et fossés, sur bandes enherbées et en
terrasses.
Pratiques sylvopastorales: Le contrôle de l’érosion sur les terres de pâturage
repose essentiellement sur les pratiques établies de gestion des pâturages,
notamment la limitation du nombre d’animaux et la rotation des pâturages.
Les méthodes sylvopastorales seules ne suffisent probablement pas, mais
elles peuvent jouer un rôle lorsqu’elles sont associées à d’autres mesures de
gestion des pâturages. Elles présentent un potentiel particulier pour réduire
la pression sur les pâturages grâce à l’apport de fourrage riche en protéines
aux périodes de l’année où l’herbe est rare.
Utilisation des haies
Dans les systèmes agroforestièrs de gestion des bassins versants est prévue
l’utilisation d’haies en courbe de niveau afin de limiter l’érosion.
Les fonctions des haies sont les suivantes:
- Lutte contre la perte de sol par l’effet de couverture, par dépôt des
résidus d’élagage à la surface du sol dans les couloirs cultivés;
- Réduction du ruissellement, augmentation de l’infiltration et diminution
de la perte de sol par l’effet de barrage;
- Maintien ou amélioration de la fertilité du sol par la décomposition des
résidus d’élagage et des racines;
- Formation progressive de terrasses par l’accumulation de la terre en
amont des haies ;
- Stabilisation des contremarches par les tiges et les racines.
Ces aspects doivent ensuite être conciliés avec des considérations autres que
le contrôle de l’érosion:
- Production (par exemple fourrage),
- Maintien de la fertilité du sol,
- Forme extérieure (tendance à s’étendre),
- Système racinaire et effets sur les ravageurs et les maladies.
Les plantes à l’intérieur des haies doivent être peu espacées. Dans les climats
humides et subhumides à tendance humide, le semis direct s’est révélé
fructueux.
Les plantules peuvent être éclaircies dans un deuxième temps pour obtenir
un espacement de l’ordre de 10 cm. L’espacement dans les rangées peut aller
jusqu’à 50 cm.
Le Leucaena est l’espèce la plus communément utilisée mais elle n’est pas
l’idéal pour le contrôle de l’érosion (ses feuilles se décomposent en une ou
deux semaines). Cassia siamea ou Gliricidia sepium sont préférables.
Il est important d’effectuer l’élagage périodique des haies et déposer les
résidus en amont des haies ou les répartir sur la surface des couloirs:
- Répartir les résidus à la surface des couloirs est préférable pour le
contrôle de l’érosion par couverture du sol ainsi que pour l’effet de la
décomposition de la litière sur la fertilité du sol ;
- Disposer les résidus le long des haies immédiatement après l’élagage sert
à consolider le barrage des couloirs.
L’utilisation des haies est un moyen acceptable de contrôler l’érosion surtout
sur des pentes douces à modérées, jusqu’à 17° (30%).
Les coûts d’établissement de tels systèmes sont très inférieurs à ceux de
la construction d’ouvrages classiques mais la main-d’œuvre nécessaire pour
assurer un élagage régulier peut ou non excéder celle exigée pour l’entretien
des structures en terre.
85
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Les variables à prendre en compte dans la conception de tels systèmes:
- Espèces ligneuses,
- L’espacement entre les plants à l’intérieur de la haie,
- La largeur des haies,
- L’espacement entre les haies (ou largeur des couloirs cultivés),
- Le traitement des résidus d’élagage.
Chapitre 4
Foresterie de restauration et gestion des bassins versants
Il est possible de concilier les avantages connus de l’agroforesterie et de
la foresterie de restauration. La période de restauration est suivie d’une
utilisation productive contrôlée, en maintenant une partie du couvert ligneux
pour poursuivre la conservation. L’agroforesterie peut constituer un élément,
à côté d’autres types importants d’utilisation des terres, de la gestion intégrée
des bassins versants.
Pratiques agroforestières
86
Contrôle de l’érosion
Maintien de la fertilité
Jachère améliorée
+
Ligneux sur des terres cultivées
+
Combinaison de plantations et de culture
++
++
Jardin ligneux multi étagés
++
++
Cultures en allées avec haies
++
++
Ligneux sur pâturage
+
++
Ligneux sur des structures antiérosives
++
Brise-vent et rideaux abris
++
Pratiques agroforestières
Contrôle de l’érosion
Maintien de la fertilité
Combinaisons de plantations et
de cultures
Climats humides à subhumides
mouilleux
Les combinaisons denses de cultures de
rapport avec arbres à usages multiples
semblent contrôler efficacement
l’érosion sur les pentes au moins modérées
Jardins ligneux, multiétagés,
jardins de case inclus
Surtout sous climats humides et
subhumides mouilleux, mais
envisageables dans régions plus
sèches
Possèdent une capacité inhérente de
contrôle de l’érosion par la combinaison
d’une couverture herbacée avec une
litière abondante
Culture en couloirs
Climats humides, subhumides et
peut-être semi-arides
Apparemment très prometteuses pour
combiner la lutte anti-érosion avec
l’utilisation agricole sur pentes douces à
modérées; potentiel plus hypothétique sur
fortes pentes; données expérimentales rares
Arbres sur ouvrages anti-érosion
Tous climats
Les arbres stabilisent les ouvrages en terre
et rentabilisent le terrain qu’ils occupent
Brise-vent et rideaux abris
Zone semi-aride
Potentiel démontré de réduction de l’érosion
éolienne
Pratiques sylvopastorales
Climats semi-arides et subhumides,
plus quelques climats humides (en
particulier en Amérique du Sud)
Possibilités d’introduction d’arbres et
arbustes dans les programmes globaux
d’amélioration des pâturages
Figure_95
L’essentiel dans l’agroforesterie pour la gestion des bassins versants est de
planifier correctement l’utilisation des terres pour le bassin tout entier, en se
préoccupant tout particulièrement du contrôle de l’érosion et de la gestion
de l’eau de l’amont à l’aval du versant. Il est indispensable de disposer de
mécanismes adéquats pour contrôler l’utilisation des terres et les pratiques
de gestion, et de s’assurer la coopération des utilisateurs. A ce jour, la
plupart des systèmes de ce genre est basée sur des combinaisons judicieuses
d’agriculture, de structures anti-érosives, et de foresterie de protection.
Inclure l’agroforesterie parmi les types d’utilisation des terres retenus pour
une telle planification présente un grand intérêt potentiel.
La construction de terrasses s’est révélée un moyen efficace de contrôle,
mais elle exige beaucoup de main-d’œuvre.
Un système de remplacement a été mis au point dans lequel les pentes sont
divisées en trois parties:
- Partie supérieure: Couvert forestier naturel
- Partie intermédiaire: Pâturage avec arbres fruitiers sur terrasses individuelles
en demi-lune
- Partie inférieure: Cultures en terrasses
Sloping Agricultural Land Technologies (SALT) ou Techniques Agricoles
pour les Terres en Pente (TATP)
SALT est un système d’aménagement des bassins versants né aux Philippines
dans les années 1970. Il s’agit essentiellement d’une technologie agroforestière
intégrée avec plusieurs pratiques antiérosives, développé pour soutenir la
production agricole sur les terres en pente. L’objectif du méthode est la mise
en place d’une agriculture diversifiée sur les terres en pente en visant à
soutenir le maximum d’avantages et de minimiser l’érosion des sols (fig. 96,
fig. 97, fig. 98 et fig. 99).
Les haies sont un élément important du système. Elles sont plantées le long
des contours de terrains en pente à des intervalles variables selon la pente (412 m) et les cultures de céréales et de plantes pérennes de rente sont cultivées
dans les couloirs. Les haies agissent comme des barrières contre l’érosion.
Les haies peuvent aussi être taillées plusieurs fois par an, et les feuilles
taillées peuvent être utilisés comme engrais vert ou pour le compostage.
L’inclusion de grandes quantités de biomasse fraîche prévoit une augmentation
substantielle de la teneur en matière organique du sol. Les plantes fixatrices
d’azote pweuvent être utilisées pour enrichir le sol.
87
Chapitre 4 : L’agroforesterie
L’agroforesterie devrait occuper les sites de pente intermédiaire, entre ceux
destinés à l’agriculture et ceux destinés à la foresterie.
Chapitre 4
Objectifs du système SALT:
– lutte contre l’érosion des sols;
– remise en état de la structure et de la fertilité des sols;
– efficacité de la production vivrière;
– facilité d’imitation par les agriculteurs à l’aide de ressources locales;
– régime de production atteint dans le délai le plus bref possible;
– faibles exigences en main-d’œuvre;
– faisabilité économique et respect de l’environnement.
88
Mise en place:
- Des plantes annuelles et permanentes sont cultivées en bandes entre des
rangées d’arbres et d’arbustes fixant l’azote, disposées selon les courbes de
niveau;
- Quand une haie arrive à la hauteur de 1,5 à 2 m, on la retaille à 40 cm;
- Les branches élaguées sont placées dans les allées situées entre les haies,
comme paillage préservant l’humidité et comme engrais organique (fumure
verte).
Figure_96
Figure_97
Résultats de la recherche sur les SALT:
- Les revenus nets par an et par hectare d’un agriculteur sont en moyenne
plus du triple des revenus d’un système traditionnel de monoculture;
- Fumure verte de leucaena (obtenue en taillant les haies disposées selon les
courbes de niveau) augmentent du double les rendements de maïs;
- Lors des premières années exige beaucoup plus de main d’œuvre qu’une
parcelle traditionnelle cultivée en mais. (définition des courbes de niveau,
préparation des lits de semences, plantation d’arbres et arbustes légumineux,
taille des haies, etc.);
- À long terme exige moins de main d’œuvre par an que le système traditionnel;
- Réduction de la main d’œuvre requise pour lutter contre les plantes
adventices, grâce au paillage organique;
- Toutefois, la main-d’œuvre nécessaire pour tailler les haies (de 3 à 10
fois par an) continue à absorber une part importante de la main d’œuvre
disponible dans le ménage.
Figure_98
Figure_99
3 types principaux de SALT selon les proportions entres les composantes:
SALT 1
Principalement cultures alimentaires. Ratio cultures/ligneux 3:1. Réduction de
l’érosion et augmentation des rendements. Simple et faible cout.
SALT 2
Modification du SALT par l’intégration du bétail : bovines, ovines, caprines.
Fumure utilisée comme fertilisante. Les caprines sont source potentielle de lait,
viande et peau.
SALT 3
Conversion des terres marginales en terre productive pour compléter la
production nécessaire des autres SALT. Il est composé par 3 composantes :
SALT1, SALT2 et parcelles séparées pour la production de bois de bonne qualité.
Pour des fermes de plus de 2 hectares.
SALT 4
Introduction de la composante horticole. Production maraichère pour la
commercialisation et production de nourriture de qualité nutritionnelle.
89
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Rotations et dispositions:
- Des arbres produisant des cultures permanentes (caféier, cacaoyer,
citronnier, bananier) sont plantés en file, ça et là dans la parcelle;
- Les allées qui ne sont pas occupées par des cultures permanentes sont
semées, en rotation, en céréales (maïs, riz, sorgho), en autres cultures
(patate douce, melon, ananas) et en légumineuses (haricot, soja,
arachide);
- Si le cultivateur ne s’occupe pas d’une parcelle pendant une ou deux
campagnes, les arbres et arbustes légumineux continueront à pousser, et
ils pourront par la suite être exploités pour la production de bois de feu et
de charbon de bois.
Chapitre 4
3. Le choix du système d’agroforesterie
L’agroforesterie, au delà d’être un système utilisé pour la conservation du
sol, dans certain cas peut devenir une véritable option pratique d’exploitation
surtout dans des conditions où le taux d’érosion empêche un rendement
durable et suffisant des cultures annuelles.
90
Les caractéristiques favorables à l’adoption d’un système agroforestier sont:
- Grande variété de pratiques: permet d’appliquer l’agroforesterie à une
grande diversité de conditions environnementales ;
- Approvisionnement en intrants: l’agroforesterie n’exige pas d’intrants
coûteux ou rares. C’est une forme relativement peu onéreuse de
valorisation de la terre;
- Technique: la technique utilisée, qui consiste en la gestion des arbres, est
généralement familière aux agriculteurs.
Les critères de base pour le choix du système agroforestier approprié sont :
- Écologiques: caractéristiques agro écologiques du bassin et des terrains à
aménager ;
- Économiques: calcul des couts et des bénéfices du changement de
système agricole.
Les questions à se poser avant de mettre en place un nouveau système
agroforestier sont:
Si les arbres sont cultivés avec des plantes herbacées (cultures ou pâturages),
le rendement des plantes herbacées est-il réduit? Si oui, le rendement des
arbres dépasse-t-il la différence de rendement des plantes herbacées?
Les deux composantes sont-elles complémentaires (la présence de l’une
augmente le rendement de l’autre), additionnelles (sans interaction mutuelle)
ou compétitives (la présence de l’une réduit le rendement de l’autre)?
Les contraintes inévitables de la mise en place d’un système agroforestier
sont la réduction de la superficie cultivable (perçue comme l’un des obstacles
majeurs à l’agroforesterie) et la baisse du rendement de la culture près de
l’interface arbre-culture.
La question revient alors à savoir si une augmentation de rendement par unité
de surface cultivée amenée grâce au contrôle de l’érosion et à l’amélioration
de la fertilité par les arbres fait plus que compenser la perte de surface
cultivable et une certaine réduction de la production près de l’interface.
Figure_100
Figure_101
CAS 1
CAS 2
CAS 3
Rendement
par
mètre
Production
Rendement
par
mètre
Production
Rendement
par
mètre
Production
100
800
100
800
100
800
Unité B
50
100
70
140
90
180
Unité C
100
400
140
560
180
720
MONOCOLTURE:
Unité A
AGROFORESTERIE:
500
700
900
Ligneux
200
200
200
Valeur
1 unité de culture = 1 unité monétaire
1 unité ligneuse = 0,75 unité monétaire
MONOCULTURE
800
800
800
AGROFORESTERIE
650
850
1050
CAS 1
Perte de production
CAS 2
Production réduite mais
compensation
économique
CAS 3
Rendement cultural et
production
totale accrus
Les figures 100 et 101 illustrent ce problème, en comparant la monoculture
avec un système agroforestier zonal dans lequel les arbres occupent jusqu’à
25% du terrain. On suppose une réduction de moitié du rendement de la
culture sur 2 m d’interface.
Dans le premier cas, le rendement de la culture éloignée de l’interface n’est
pas plus élevé que sur la surface témoin; la production totale est plus faible,
de même que le revenu économique.
Dans le deuxième cas, la présence d’arbres augmente le rendement de la
culture de 40% loin de l’interface; ce n’est pas suffisant pour compenser
les effets combinés du décalage et de la réduction dus à l’interface, et la
production est ici aussi plus faible, mais cette perte est un peu plus que
compensée financièrement par le revenu tiré des arbres.
Le troisième cas montre une augmentation de production de 80% par unité
de surface cultivée (réaliste étant donné le contrôle de l’érosion), conduisant
à une augmentation de 12,5% du rendement cultural pour la totalité de la
superficie cultivée.
Les cas décrits dans les figures 100 et 101 peuvent être mis en parallèle avec
les systèmes agroforestiers de rotation dans lesquels il y a pure alternance
d’arbres et de cultures, produisant un décalage dans le temps. Cela ne
s’applique pas au système taungya, car la production de la culture chevauche
la croissance des arbres. Dans les systèmes spatiaux mixtes, l’interface est
plus ou moins omniprésente et il y a souvent très peu de décalage spatial ou
de réduction de la surface cultivée: la question se résume alors à savoir si le
rendement cultural est plus élevé avec ou sans les arbres.
91
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Total Culture
Chapitre 4
Savoir lequel des trois cas est susceptible de prévaloir dans diverses
circonstances est fondamental pour la recherche agroforestière.
92
Les principaux intrants nécessaires à l’agroforesterie, en plus de ceux nécessaires
à l’agriculture, sont le matériel génétique et les plants. Bien que des pénuries
locales temporaires soient possibles, il n’existe pas de problème intrinsèque
d’approvisionnement. Les pépinières locales sont simples et relativement peu
onéreuses à mettre en place. Dans les projets de développement agroforestiers,
le montant des dépenses engagées n’est en rien comparable à celui, par
exemple, de la construction de barrages ou de routes. La contrainte liée à
l’approvisionnement en engrais est susceptible d’être réduite ou de se maintenir.
A l’heure actuelle, les coûts principaux liés à la mise au point de l’agroforesterie
concernent la recherche et la formation. Celles-ci demeureront nécessaires, mais
l’ampleur actuelle des besoins est un phénomène temporaire, né de la prise de
conscience croissante du potentiel de l’agroforesterie pour le développement.
En ce qui concerne les intrants et l’investissement, l’agroforesterie est donc
une forme de développement relativement peu exigeante, qui ne pose pas de
sérieux problèmes d’approvisionnement. L’agroforesterie est aussi une option
d’aménagement facilement réalisable au niveau de l’exploitation. Elle n’exige ni
investissement important ni machinerie, et les agriculteurs peu formés peuvent
aisément apprendre les techniques nécessaires pour s’occuper des arbres.
En ce qui concerne les trois contraintes à son application, l’agroforesterie se
situe comme suit:
- Type de terre: étant donné le nombre de pratiques, l’agroforesterie est
applicable à un large éventail de types de terre, avec un plus grand
potentiel pour certains d’entre eux;
- Étendue de terre: beaucoup de pratiques agroforestières impliquent, suite à
l’occupation par des arbres, une certaine réduction de la superficie cultivée.
Cette perte de surface cultivée peut être compensée soit par l’augmentation
de rendement par unité de surface cultivée, soit par une production ligneuse
qui compense la perte de production agricole. C’est à la recherché de
déterminer laquelle de ces situations s’applique aux différents cas;
- Approvisionnement: L’agroforesterie n’exige aucun intrant susceptible de
manquer ou qui doit être importé et payé en devises étrangères; c’est une
forme de développement relativement peu coûteuse pour le gouvernement
comme pour l’agriculteur.
L’agroforesterie est donc très largement applicable comme option pratique
d’exploitation, tant au niveau du gouvernement qu’à celui de l’agriculteur.
Les étapes à suivre pour l’adoption d’un nouveau système agroforestier sont:
1. Identifier les motivations claires des exploitants;
2. Évaluer les espèces et les systèmes plus appropriés par rapport à la zone
et les motivations des exploitants;
3. Planifier l’utilisation des espaces (Cartographie participative, Whole Farm
Planning, Property Management Planning) avec les exploitants.
Les étapes à suivre pour la mise en place d’un nouveau système agroforestier sont:
1. Définition des parcelles, des courbes de niveau et piquetage;
2. Plantation;
3. Entretien et protection des jeunes plantules.
Mise en place d’une pépinière
Si la plantation des arbres se fait par grain et l’espèce qui sera plantée
ne permet pas un ensemencement directe, l’installation d’une pépinière
est nécessaire. L’objectif d’une pépinière est celui de garder les jeunes et
délicates plantules d’arbre en un environnement protégé jusqu’à ce qu’elles
soient plus résistantes et prêtes à être transplantées dans le lieu choisi pour
la plantation.
Les étapes à suivre pour la mise en place d’une pépinière d’arbre sont les
suivantes:
1. Choix du site (abrité, proche de la maison, accès à l’eau, ombrage,
disponibilité de fumier et de terre de qualité);
2. Délimitation du site;
3. Installation des abris pour l’ombrage (fig. 85);
4. Semis des grains en plat de bande ou en sachet.
Figure_102
93
Chapitre 4 : L’agroforesterie
L’implantation de la pépinière se fera préférablement en un lieu où l’ombrage
et l’accès à l’eau d’arrosage ne sont pas une contrainte. Si la pépinière est
proche de la maison, il sera plus facile de suivre et entretenir les jeunes
plantules.
Chapitre 4
La plantation
Le repiquage des jeunes plantules est une opération plutôt délicate. La
plantule est assez sensible et peut être facilement endommagée à cause
des blessures mécaniques ou du manque d’humidité nécessaire au niveau
du système racinaire (fig. 103). Normalement, le repiquage se fait avant ou
pendant les saisons plus humides.
Figure_103
94
Les racines des plantules ne devraient jamais être laissées exposées à la
lumière du soleil ou laissées là où elles peuvent se dessècher.
La profondeur des trous doit être deux fois plus profonde que la longueur des
racines et une bonne quantité de composte et d’engrais doit être mélangée
avec la terre. Tout en maintenant la plante dans le milieu du trou, le trou sera
rempli avec de la terre et le composte.
Si la zone de plantation est humide, planter l’arbre dans un monticule de
terre supérieur à la surface du sol afin d’éviter la stagnation d’eau au niveau
des racines.
Si la zone est sèche, planter l’arbre dans un bassin, inférieur à celui du sol
environnant afin de faciliter le passage de l’eau au niveau de racines (fig.
104)
Figure_104
Les plantes doivent être repiquées avec assez d’espace entre elles pour eviter
la concurrence. Dans le choix des distances de plantation, il faut prévoir le
développement (en largeur et longueur) de l’arbre adulte afin d’estimer la
meilleure distance de plantation et éviter la compétition.
Par exemple si on sait que l’arbre aura un développement de 1,5 m de large,
la plantation des plantules doit être fait en prenant déjà en considération
cette largeur (fig. 105).
Dans le cas des plantes qui n’ont pas une grande valeur économique, la
distance de plantation peut se faire plus étroite et quand les arbres deviennent
trop proches, on peut couper les plantes en excès dans un deuxième temps.
Dans les cas de plantations d’arbre sur des terrains en pente, les distances
entre les lignes de plantation (en courbe de niveau) seront plus étroites si les
gradients de la pente sont plus forts (fig. 106).
Figure_106
Figure_107
Dans le cas de plantions d’haies en courbe de niveau, avant de réaliser les
trous pour le repiquage des plantules, la création des mini terrasse en contre
pente (10%) est nécessaire (fig. 107).
95
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Figure_105
Chapitre 4
L’élagage
Périodiquement, les arbres et les arbustes nécessitent d’être élagués.
96
Les objectifs de l’élagage sont:
- Éviter la formation et la diffusion de grains que peuvent rendre trop
agressive la croissance des nouvelles plantules en compétition avec les
autres cultures,
- Limiter la compétition entre plantes pour la lumière et les éléments
nutritifs,
- Contrôler le développement des plantes (largeur, longueur),
- Limiter la densité de végétation des arbres pour éviter la stagnation
d’humidité qui facilite le développement des maladies,
- Rendre plus constant la production de fruit,
- Avoir accès au bois sans tuer l’arbre,
- Avoir accès à de la substance organique.
Afin d’éviter le risque de maladies et de réduire le choc des arbres, la surface
de coupe doit être limitée au minimum. Cela signifie d’effectuer des coupes
nettes en limitant la lacération des tissus végétaux (fig. 108).
Figure_108
Les haies doivent être élaguées à 40
cm chaque année lorsque la hauteur
dépasse 1,5 m (fig. 109).
Figure_109
Les résidus végétaux des arbres (d’élagage ou naturels) ne doivent pas être
brouillés mais peuvent être utilisés pour le paillages des cultures ou des
arbres (fig. 110) ou pour renforcer ou créer des structures mécaniques de
conservation du sol (ramp pay).
Figure_110
note
Chapitre 4 : L’agroforesterie
97
Chapitre 4
4. Le choix des espèces appropriées
Les espèces intéressantes pour la mise en place d’un système agroforestier
sont celles de plantes ligneuses avec des potentialités de production/
exploitation.
En général, les fonctions des arbres à prendre en considération sont:
- Fixation d’azote;
- Production de fruits;
- Production de résidus;
- Production de bois;
- Complémentarité avec les autres cultures;
- Conservation de sol.
98
Fixation de l’azote
La fixation de l’azote atmosphérique au sol par les plantes peut se réaliser par
processus symbiotique ou non-symbiotique.
La fixation non symbiotique s’accomplit par des organismes vivant librement
dans le sol. Elle varie selon le contenu de la matière organique, et par
conséquent avec l’activité microbiologique du sol.
La fixation symbiotique se réalise à travers l’association de bactéries fixatrices
d’azote avec les racines de certaines espèces de plantes. Les légumineuses sont
associées à des Rhizobium, tandis que quelques espèces non légumineuses
sont associées à des Frankia. Ces symbioses se produisent en association
avec des champignons qui infectent les racines pour former des mycorhizes.
Typiquement, les quantités fixées par des légumineuses herbacées sont de
l’ordre de 40 à 200 kg N/ha/an.
Concernant les arbres:
- Fixation de l’azote par les légumineuses et autres espèces;
- Senna siamea : elle n’est pas fixateur d’azote, mais elle contient cependant
dans ses feuilles de grandes quantités d’azote et paraît capable d’améliorer
l’azote du sol;
- L’emploi de ligneux fixateurs d’azote peut réduire la compétition des racines
avec les cultures.
Fixation d’azote (kg/ha/an)
Acacia albida
Acacia mearnsii
Allocasuarina littoralis
Casuarina equisetifolia
Caféier + Inga sp.pl.
Coriaria arborea
Erythrina poeppigiana
Gliricida sepium
Inga jinicuil
Inga jinicuil
Inga jinicuil
Leucaena leucocephala
Leucaena leucocephala (en couloirs)
Leucaena leucocephala (six mois)
Prosopis glandulosa
Prosopis glandulosa
Prosopis tamarugo
Jachère en forêt dense humide
Forêt dense humide adulte
20
200
220
60-110
35
190
60
13
35-40
50
35
100-500
75-120
100-130
25-30
40-50
200
40-100
16
Elément
nutritif
% dans la
feuille
Teneur potentielle en éléments nutritifs dans la
litière de feuilles ou dans
l’émondage(kg/ha/an)
Azote
2,0
80 à 120
Phosphore
0,2 à 0,3
8 à 12
Potassium
1,0 à 3,0
40 à 120
Calcium
0,5 à 1,5
20 à 60
99
Chapitre 4 : L’agroforesterie
Arbres fixateurs d’azote
Chapitre 4
Prosopis juliflora
(Baywonn)
100
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Fixation N
Charbon
Pluviométrie
<1000mm
Grains (à scarifier
ou bouillir)
Résistance à la
sècheresse et aux
sols salins
Bois
Altitude < 400m
Méthodes
végétatives
Système racinaire
important
Tolérance au
pâturage libre
Rejet
Fourrage (gousses
jaunes)
Apiculture
Espèce forestière:
haies, éparpillée
sur les terrains de
pâturage, en files
Colubrina aborescens
(Bwa pele, gri-gri, bwa kapab)
101
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Bois pour la
construction des
maisons
Bois de
construction
Pluviométrie>
800 mm
Grains (en eau
bouillante, sous
ombrage)
Charbon
Sur sols peu
profonds et
pierreux
Occupation du
niveau haut de la
canopy (15-25m)
Médecine (boisson
avec l’écorce)
Croissance rapide
Fourrage (feuilles)
Ombrage pour le
café et cacao
Emondage
apical avant la
transplantation
Chapitre 4
Cordia alliodora
(Bwa Soumi, bwa woz, chenn kapawo, chenn fran, chenn nwa)
102
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Bois de
bonne qualité
(menuiserie)
Bois de
construction
Pluviométrie
1.000-4.500 mm
Bois pour la
menuiserie
0-4 mois de
sècheresse
Grains (perte
de pouvoir de
germination après
1 mois: stocker
en humidité<10%
à 4-5°C)
Médecine (grains
et feuilles)
Ombrage pour
le café avec
potentiel pour le
bois
Occupation du
niveau haut de la
canopy (10-20m)
Native en Haïti
Apiculture
Par bouture
Catalpa longissima
(Chenn, bwa chenn, chenn peyi, chenn nwa)
103
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Bois de
bonne qualité
(menuiserie et
barques)
Bois pour la
construction des
barques
Pluviométrie
1.000-2.000 mm
Grains (stocker à
5-7% d’humidité,
4-19°C)
Native en Haïti
Ombrage légèr
Bois de
construction
Bois pour la
menuiserie
Médecine
(feuilles)
Pas de terrain
peu profond et
pierreux
Repousse depuis
les gemmes
basales
Par bouture (pas
très utilisé)
Chapitre 4
Simarouba glauca
(Fwenn, bwa fwenn, bwa blan, doliv)
104
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Croissance rapide
Bois de
construction
Pluviométrie
1.200 mm
Bois pour la
menuiserie simple
Altitude: 0-800m
Grains (stocker à
<10% d’humidité)
à scarifier avant
le semis
Qualité moyenne
du bois
Adaptable à
conditions
différentes
Feuilles pas
mangées par les
animaux
Native en Haïti
Tous terrains
Médecine
(feuilles, écorce,
grains)
Huile
Swietenia mahagoni/macrophylla
(kajou, kajou peyi/kajou etranje, cajou venezwela)
105
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Qualité élevée
du bois
Bois pour la
menuiserie de
haute qualité et
sculptures
Mahogoni:
Pluviométrie
800-2.000 mm
Altitude: 100500m
Grains (stocker à
<3% d’humidité
et -20-2°C) à
scarifier avant le
semis
Adaptable à
conditions
différentes
Croissance lente
Native en Haïti
(mahogoni)
Médecine (écorce)
Macrophylla:
Pluviométrie>
1.800 mm
Altitude < 500m
Ombrage pour le
café
Chapitre 4
Roystonea borinquena
(palmis)
106
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Utilisation des
parties de la
plante pour
construction
Feuilles et
bois pour la
construction
Pluviométrie
1.00-2.000 mm
Généralement
naturelle
Altitude:
0-1.000m
Possible par semis
Ornemental
Fruits pour les
porcs
Native des
Caraïbes
Séchage des
grains
Cedrela odoreata
(sèd, kajou planch, kajou femel, sed blan, sed panyol)
107
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Bois aromatique
pour menuiserie
Bois pour la
menuiserie
(cercueils)
Pluviométrie
1.000-2.000 mm
Grains (à
stocker 6-7%
humidité,<4°C)
Adaptable
Médecine et
croyances
populaires
Altitude:
0-1.000m
Ombrage pour le
café, brise-vent,
cloture
Méthodes
végétatives
Chapitre 4
Cocos nucifera
(kokoye, nwa koko)
108
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Source
d’alimentation et
fibre
Fruit (cousine
traditionnelle)
Pluviométrie
>1.000 mm
Plantation du
fruit
Feuilles pour
construction et
artisanat
Altitude:
0-1.000m
Bois
Maladie en Haïti
(jaunissement
létale)
Mangifera indica
(Mangue)
109
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
L’espèce la plus
importante en
Haïti
Fruit (exporté et
transformé)
Pluviométrie
1.000-2.000 mm
Grain
Bois pour
construction et
charbon
Altitude: 0-400m
Utilisation du bois
pour construction
et charbon
Tolérante à la
sècheresse
Médecine
(feuilles, écorces
et fruits
Excès de fruit au
bétail
Par greffage
(meilleure qualité
et rentabilité)
Chapitre 4
Citrus
(sitwous)
Citrus aurantifolia
Sitwon
Citrus aurantium
Zoranj amer
Citrus maxima
Chadek
Citrus paradisi
Pamplemous
Citrus reticulata
Mandaren
Citrus sinensis
Zoranj dous
110
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Nutrition et santé
(vitamines)
Fruit (exporté et
consommé)
Pluviométrie
>1.000 mm
Grains (orange
amère)
Exportation des
fragrances
Jus
Altitude:
0-1.000m
Par greffage
Bois et ombrage
Bois pour
construction et
charbon
Médecine
Huile et
fragrances
0-500m
mandarin et
orange douce
Persea americana
(Zaboka)
111
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Nutrition et santé
(vitamines)
Fruit
Pluviométrie
>1.200 mm
Grains (orange
amère)
Altitude: 0-800m
Par greffage
Bois et ombrage
Pas tolérant à la
sècheresse
Bois pour
construction et
menuiserie
Médecine
Huile (77% acide
oléique)
Chapitre 4
Senna Siamea
(Kasya)
112
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Croissance rapide
Bois pour
construction et
charbon (9,5kg/
arbre après 3 ans)
Pluviométrie
1.000-2.000 mm
Grains
Adaptable
Fort rejet
Pas mangée par
les animaux
Bois pour charbon
Idéal pour haies
et délimitations
Mois adaptable
et agressive que
leucena
Fourrage (pas des
porcs)
Bouture
Altitude: 0-500m
Lauecena leucocephala
(Lisina, bwa bouwo, tcha tcha mawon, delen, delen peyi)
113
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Croissance rapide
Pluviométrie
>800mm
Grain
Adaptable
Bois pour charbon
(6kg/arbre après
3 ans)
Fixation N
Fourrage
Fort rejet
(infestant)
Médecine
Altitude: 0-600m
Bois pour charbon
Utilisé pour haies
vivantes
Chapitre 4
Azadirachta indica
(Nim)
114
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Fruit: insecticide
et fertilisant
(azadiracthine)
Insecticide et
fertilisant (3050kg fruits/arbre/
an)
Pluviométrie
>800mm
Grains
Bois et ombrage
Invasive
Plantation des
délimitation et
brise-vent
Bois (1-3 kg/
arbre/an) pour
menuiserie,
construction et
charbon
Médecine
Germination lente
Avec leucaena
Par bouture
Altitude: 0-600m
Gliricidia sepium
(Piyon, piyong, lila etranje, motel)
115
Caractéristiques
d’intérêt
agroforestier
Produits
Utilisation
Propagation
Croissance rapide
Pluviométrie
>1.000mm
Par bouture
Fixation N
Bois (0,6kg/
arbre/an) pour
menuiserie,
construction et
charbon
Bois et ombrage
Engrais vert
Fourrage et
engrais vert
Médecine
Fort rejet
Fourrage
Plantation des
délimitation et
brise-vent
Grains
Altitude: 0-600m
Chapitre 4
Autres espèces intéressantes
(Bambou, Benzoliv, Pois congo, Vetiver)
116
Espèces
Intérêt
Bambou
(Bambousoideae)
Croissance
rapide, bois pour
construction et
artisanat, contrôle
de l’érosion.
Contraintes
Figure
A
Idéal pour haies
vivantes
Benzoliv(Moringa
oleifera)
Nutrition et santé
des hommes
et des animaux
pour contenu
des feuilles en
éléments bases
>50% production
de lait des vaches
Pois
congo(Cajanus)
Fixation d’N,
source de
protéine,
fourrage, paillage.
Comme haie ou
brise-vent
Vetiver
(Chrysopogon
zizanioides)
Meilleure espèce
pour des haies
pour réduire
l’érosion
Compétition avec
mais et aubergine
B/C
D/E
Risquée si utilisée
pour la production
d’huile
F/G/H
A
B
C
117
D
E
G
H
F
Chapitre 5 :
Méthodologie de mise en œuvre
des projets de conservation de sol
en Haïti
118
1. Méthodologie des projets de conservation de sol
En termes généraux, les caractéristiques principales de la recherche et de la
politique de contrôle de l’érosion sont:
- Les principaux effets néfastes de l’érosion sont les pertes en matière
organique et en éléments nutritifs des plantes, mais surtout la diminution
importante des rendements agricoles;
- Les coûts ou les exigences en main d’œuvre pour le contrôle de l’érosion
par des structures mécaniques sont souvent jugés excessifs;
- La vulgarisation de la conservation des sols par des méthodes prohibitives
ne marche pas ;
- La nécessité de s’assurer la coopération des agriculteurs pour réussir la
conservation des sols s’accorde bien avec la méthode de diagnostic et de
conception de l’agroforesterie.
119
Approche du Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du
Développement Rural
Environ 85% des bassins versants du pays sont fortement dégradés ou en cours
de dégradation très rapide, causant de fréquentes inondations dans le pays, un
épuisement ou une disparition des facteurs de base de la production agricole
avec des effets néfastes sur les infrastructures de production en aval.
Du fait de son relief, de son climat et de son insularité, Haïti bénéficie d’une
écologie variée et de ressources naturelles diversifiées. Cependant, le pays est
entraîné depuis plusieurs décennies dans un processus de décapitalisation des
ménages ruraux et de désertification du milieu. En effet, face à l’augmentation
de la population, à la demande croissante de produits vivriers et aux superficies
agricoles limitées, les superficies en culture se sont accrues au point de dépasser
de 20 à 30% celles aptes à l’agriculture. La situation est similaire dans le
domaine des ressources forestières qui fournit la plus grande partie de l’énergie
et des matériaux de construction. Les prélèvements sont de 3 à 4 fois supérieurs
aux rendements des formations forestières, les forêts ne couvrent plus que 1
à 2 % de la superficie du pays, 25 des 30 bassins versants sont dénudés. La
diversité biologique des différents écosystèmes du pays est en voie de disparition
accélérée. L’extraction des roches destinées à la construction (2,5 millions de m3
par année) déstabilise le terrain et dégrade le paysage.
L’aménagement intégré des bassins versants constitue une des priorités majeures
du gouvernement. L’expérience a montré que ce volet, pour être performant,
doit être orienté vers des actions qui visent le développement local dans son
intégralité (économique et social).
Chapitre 5
Contraintes
Les principaux facteurs à l’origine de cette dégradation de l’environnement sont:
120
- La forte pression démographique entrainant la réduction voire la
diminution rapide de la taille de l’exploitation, la disparition de la jachère
dans les systèmes d’exploitation, la surexploitation des terres souvent
sans restitution organo-minérale;
- Les pratiques de cultures érosives sur les fortes pentes au détriment des
cultures protégeant le sol;
- La mise sous culture de terres à pentes excessivement élevées sans
mesure de lutte antiérosive;
- Le faible développement de l’agroforesterie, alors qu’elle peut être
adaptée à toutes les zones et à toute classe de pente;
- La fragilité du milieu physique (fortes pentes, sols développés sur des
matériaux calcaires en alternance avec des intrusions basaltiques);
- L’insécurité foncière qui freine les investissements productifs de long
terme;
- La pratique de l’élevage libre dans certaines zones;
- La violence des phénomènes climatiques (pluies à caractère torrentiel,
cyclones);
- La pression des besoins en énergie et pour la construction sur les
ressources en bois.
Potentialités
Les potentialités sont liées à un certain nombre de facteurs favorables : une
grande variabilité agro-écologique, une pluviométrie relativement abondante, des
ressources en eau peuvant être utilisées en irrigation collinaire.
Au cours des vingt dernières années, l’approche bassins versants a évolué vers
l’aménagement participatif et intégré dans un cadre de développement local.
Les aspects relevant dans cette nouvelle approche peuvent être résumés comme
suit:
(i)
la gestion des ressources naturelles ne peut pas se faire sans la participation des
utilisateurs de ces ressources;
(ii)
l’interaction entre l’amont et l’aval des bassins versants, en prenant en compte les
points de vue des populations des montagnes;
(iii)
les participants doivent avoir la capacité de décision et de responsabilité et
(iv)
la participation des différents acteurs (population, associations, services de l’Etat,
ONG, compagnies privées) demande du temps pour la mise en place d’un processus
de compréhension et d’appropriation.
Les grands axes de la stratégie retenus, pour l’aménagement des bassins
versants, dans la Politique de développement agricole 2010-2025 du MARNDR
sont les suivants:
- L’accélération de l’aménagement des bassins versants dans les montagnes
humides et semi – humides;
- L’intégration des techniques retenues aux systèmes de production;
- La sécurisation des activités économiques en milieu rural face aux risques
de catastrophes naturelles;
- La déconcentration et décentralisation de la gestion des bassins versants
dans une perspective de développement local durable;
- Le renforcement des capacités des pouvoirs locaux et des producteurs,
ainsi que leur responsabilisation dans le domaine de la gestion des
ressources;
- La dynamisation du comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT);
- La révision du cadre législatif et réglementaire en relation avec les
questions foncières.
121
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
Depuis quelques années, la décentralisation et le renforcement des collectivités
territoriales ont été placés comme priorités dans l’agenda du gouvernement
haïtien. Pour ce faire, beaucoup de projets de développement local ainsi que des
plans ont été élaborés ; on peut citer entre autres, les Plans de développement
local du FAES, de l’USAID/LOKAL, Banque Mondiale/PRODEP, etc.
Actuellement, des projets pilote, ainsi que beaucoup d’autres, interviennent
dans le renforcement des capacités et représentent des modèles (leçons
apprises) pour d’autres projets en cours d’élaboration, tel est le cas des
projets GCP/HAI/019/CAN de la FAO à Marmelade – Plaisance, PADELAN de
l’ACDI. Cependant, l’expérience d’Haïti montre aussi que la décentralisation
et le renforcement des organisations locales doivent être accompagnés d’un
plan de financement adéquat en lien avec des filières compétitives pour que
l’investissement soit durable.
Ce processus de décentralisation a donné lieu au transfert de responsabilités
vers les administrations locales. De ce fait, la gouvernance locale est devenue
progressivement un aspect très important dans l’aménagement des bassins
versants. Dans le cas d’Haïti, différents projets ont développé une approche
« Aménagement des bassins versants – Développement local », dans un
processus de concertation et de négociation.
La durabilité des actions impose que les autorités locales et la population
soient impliquées dès la conception. Il s’agira de promouvoir, en collaboration
avec les autres entités de l’État, la création des Comités communaux de
concertation et de planification (CCCP) formés par la société civile, les
représentants de différents bureaux décentralisés (MPCE, MARNDR, MICT,
MSPP, etc.), les autorités locales, des ONG travaillant dans les bassins
versants, afin d’aménager et de gérer les bassins versants dans le cadre
du développement local. A noter que d’un point de vue institutionnel, en
décembre 2000, le projet PRODETER avait élaboré la Politique nationale
des bassins versants que le MARNDR avait approuvé. Cependant, plusieurs
actions prévues n’ont pas été mises en œuvre.
Chapitre 5
Description des interventions retenues
Les éléments de stratégie retenus doivent permettre de réhabiliter les bassins
versants dégradés, par des interventions harmonieuses, efficaces et durables,
visant l’amélioration des conditions socioéconomiques des communautés
rurales et entrainant une diminution de la pression sur le milieu.
En raison de la situation particulière créée par le séisme du 12 janvier,
l’aménagement intégré des bassins versants doit se dérouler en deux
séquences: le court terme et le moyen-long terme.
122
Pour le court terme, les actions suivantes seront mises en œuvre:
- conservation des eaux et des sols sur les versants (cordons de pierre,
canaux d’infiltration, haies vives, terrasses progressives, etc.);
- aménagement de ravines et de reprofilage des lits de rivières;
- planification de l’aménagement intégré de bassins versants prioritaires
(études et travaux préalables, sensibilisation, mobilisation, formation
technique et organisationnelle);
- mise en place d’un réseau de production de matériel de reboisement
(pépinières), de banques de semences et vergers semenciers;
- réhabilitation de pistes rurales dans les versants, notamment des
montagnes humides à forte potentialité agricole.
Pour le moyen et long terme, il est prévu:
- d’améliorer et de gérer le couvert végétal: lancer des campagnes de
reboisement (agroforesterie, foresterie, forêts énergétiques, etc.) à partir
des filières génératrices de revenus comme les espèces ligneuses et
l’arboriculture fruitière;
- promouvoir une agriculture durable (systèmes de production viables), la
gestion de pâturages et de l’élevage, promouvoir l’agro-industrie;
- et des actions pour la maîtrise de l’eau : lacs collinaires, aménagements
et protection de sources d’eau, stockage d’eau (individuel et collectif),
irrigation de montagne et de plaine, étangs piscicoles, etc.
L’ensemble de ces actions devra être précédé de travaux de zonage, de
cartographie devant orienter les décisions d’aménagement en fonction des
sols, des pentes, des habitats.
Il devrait être également basé sur la sensibilisation des communautés (pour le
changement d’attitude vis-à-vis de la lutte antiérosive) et le renforcement des
capacités d’intervention des acteurs locaux, afin de mieux les responsabiliser par
rapport à la mise en œuvre des infrastructures (routes, structures antiérosives,
etc.) et à leur entretien.
Pour des raisons stratégiques, il a été décidé de donner priorité à l’aménagement
intégré des bassins versants liés directement à des périmètres irrigués, car ils
peuvent contribuer significativement à une meilleure sécurité alimentaire du
pays.
Citons entre autres les bassins versants de la Grande Rivière du Nord, de Saint
Raphael, de Limbé, de la plaine de Maribaroux, de la Quinte, de l’Artibonite,
de Saint Marc/Cabaret, la Rivière Grise, de Léogane, de Cavaillon, des Cayes.
Points faibles des projets de conservation de sol:
- Recherche scientifique insuffisante;
- Manque de suivi-évaluation à la fin des activités du projet;
- Évaluation des problèmes fonciers inadéquate;
- Manque de participation des populations concernées aux projets
(identification des besoins, les contraintes, et des moyens à mettre en
œuvre pour atteindre certains objectifs de développement);
- Manque de centralisation et de coordination des actions;
- Inadéquation des techniques.
Recommandations:
1. Participation, responsabilisation et préoccupations des bénéficiaires
Toute action de gestion de bassin versant doit être le résultat de la
négociation, la participation et la responsabilisation des bénéficiaires
à toutes les étapes du projet. Les problèmes socio-économiques des
bénéficiaires doivent être ainsi pris en compte comme d’autres activités
collatérales afin de réduire la pression sur les forêts et les arbres et
augmenter les revenus.
2. Création d’activités de transformation des produits agricoles et des
centres d’intérêts et recherche de débouchés pour des plantes et des
fruits;
3. Favoriser l’entreprenariat chez le paysan et organiser des mécanismes
facilitateurs.
123
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
Leçons apprises:
- Besoin d’encadrement technique et financier pour permettre aux paysans
d’identifier et de résoudre les problèmes de dégradation du milieu;
- Les actions entreprises par l’État ou par les organisations non
gouvernementales sont d’une durée trop courte;
- Nécessité de coordination des actions des différents acteurs guidée par les
Directions Départementales de l’Agriculture;
- Des projets qui cherchent à contrôler le ruissèlement et la perte de sol
sans considération de l’amélioration des revenus des paysans ne vont
jamais être durables;
- On observe souvent une absence de raisonnements sur le choix technique
des structures antiérosives par rapport à la zone;
- Des pratiques agronomiques sont proposées sans tenir compte ni de la
diversité des paysages ni des contraintes socioéconomiques;
- Peu d’échanges entre les projets voisins;
- Pas de valorisation des expériences faites ailleurs.
Chapitre 5
Approche de la FAO en Haïti
Les actions d’aménagement des bassin versant doivent prendre en considération
4 facteurs principaux de l’écologie humaine:
Facteur 1: Dynamique de la population
- Impact de la croissance démographique: densité de la population/besoins
en ressources naturelles;
- Phénomènes migratoires: ils ont des répercussions sur la gestion des
ressources (ex. séisme du 12/01/2010);
- Les activités humaines peuvent transformer les milieux naturels par leur
pression sur les ressources naturelles.
124
Facteur 2: Systèmes des moyens d’existence
- Les populations locales dépendent des ressources naturelles des bassins
versants comme moyen d’existence;
- La dégradation environnementale est souvent liée à la pression
exercée par l’économie de marché, la croissance démographique et les
changements climatiques sur les moyens d’existence.
Facteur 3: Intérêts extérieurs
- L’importance socio-économique des écosystèmes des bassins versants
dépasse largement les intérêts locaux des résidents dans un contexte plus
large de système économique, social et politique.
Facteur 4: Politiques/Normes et règlementations
- Identifier les dispositions pouvant influencer les interventions: droits
d’accès foncier officiel ou coutumier, lois sur les forêts, lois sur les
cultures sur pentes, droits d’accès aux ressources en eau des bassins
hydro, etc. (ex. application du code rural Duvalier en Haïti).
Changement de paradigme entre l’ancienne et la nouvelle génération de
programmes et projets
Nouvelle Generation
Intégration Questions Socio-éco
dans les programmes ABV
Accent sur la gestion des RN des BV
dans un cadre global de développement
socio-éco local.
Accent sur la participation populaire
ou communautaire/planification
participative “DOWN-TOP”
Accent sur la participation Multi-Acteurs/associant
des intérêts socio-techniques et politiques dans un
contexte de concertation pluraliste
Approche MULTIDISCIPLINAIRE
Conception rigide surestimant la capacité du
gouvernement central à faire appliquer les
politiques
Conception flexible adaptée aux systèmes de
gouvernement local
Planification et financements à court terme
Planification et financements à long terme
Responsabilité mise en œuvre confiée à des
institutions lourdes
(ex. Autorités gouvernementales des BV ou fluvial)
Responsabilité mise en œuvre confiée à des
institutions légères (ex. Forum gestion de l’eau,
associations d’usagers …)
Aménagement participatif des bassins versants
- En plus de l’intégration des questions environnementales et socioéconomiques, la participation des usagers des projets FAO des années 90
n’est plus suffisante;
- Divers acteurs institutionnels – entités juridiquement reconnuesassociations-ONG- secteur privé- administration-etc. ont des intérêts
conflictuels et l’ABV participatif ne porte plus seulement sur la
sensibilisation et la mobilisation sociale mais aussi sur la négociation et
les partenariats ;
- L’aménagement participatif évolue ces dernières années vers
l’aménagement conjoint.
Aménagement conjoint des bassins versants
- Démarche de gestion conjointe avec participation pluraliste fondée sur
l’apprentissage mutuel ainsi que l’échange et la négociation entre les
acteurs ayant divers intérêts et préoccupations dont celui des experts et
des décideurs politico-administratifs;
- Nécessite d’utilisation durable et de partage équitable des avantages et
des responsabilités liés aux ressources (sol, ligneux, eau, etc.);
- Nécessité du plein accès à l’information sur les questions pertinentes et
les options disponibles: la capacité d’organisation, liberté d’expression
des besoins, environnement social sans discrimination (homme-femmesjeunes), etc.
125
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
Ancienne génération
Chapitre 5
Comparaison:
Aménagement
versants
126
participatif
et
Aménagement
conjoint
des
bassins
Aménagement Participatif
Aménagement conjoint
Axé sur les communautés et les populations
Axé sur la société civile
Cible = groupes sociaux communautaires, ménages,
petites communautés
Cible = divers acteurs sociaux et institutionnels
+ autres acteurs de la société civile + experts et
décideurs
Fondé sur le postulat qu’une bonne gestion des RN
est une préoccupation publique partagée par tous
les acteurs sociaux
Fondé sur le postulat que les parties prenantes
(Stakehoders) ont des intérêts particuliers parfois
conflictuels en GRN à concilier
Prise des décision DOWN-TOP /processus de
systématisation des aspirations populaires dans le
cadre opérationnel.
Prise des décisions CONCERTEE/unification des
aspirations et des intérêts des Stakehoders sur base
de recommandations d’experts et par la négociation
continue et bidirectionnelle.
Centré sur un programme ABV où le gouvernement
local joue un rôle secondaire
Centré sur les processus de GOUVERNANCE
LOCALE/le programme ABV ayant un rôle de
modérateur et de soutien
Vise à réunir un consensus général en supposant
que le conflit peut être résolu par le dialogue et la
participation
Vise à traiter les conflits sociaux relatifs aux RN en
sachant que le dialogue et la participation peuvent
atténuer les conflits en partie et temporairement
sans les résoudre structurellement
Valoriser la participation locale mais très peu les
savoirs locaux
Valorise les technologies locales éprouvées
Renforcement des communautés axé sur la
structuration du milieu
Renforcement des capacités dans le domaine de
GRN + systèmes agricoles améliorés fournissant des
moyens d’existence ruraux durables
Leçons apprise par la FAO à travers la mise en œuvre des grands projets
(1990-2000):
i.
Importance de la participation aux projets des communautés et groupes
concernés;
ii.
Pertinence d’activités de formation de techniciens locaux et des exploitants
de terres;
iii.
Faiblesse des indicateurs de durabilité pour mesurer l’impact des projets.
Recommandations:
1. Dès la phase de conception, éviter de cibler des résultats trop compliqués:
objectifs clairs des aménagements, structure des projets non complexe;
2. Élaborer des indicateurs d’évaluation détaillés et clairement définis;
3. Définir les procédures de suivi-évaluation mettant clairement en
corrélation résultats et objectifs;
4. Définir des indicateurs de durabilité.
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
127
Chapitre 5
Approche des ONGs du Département du Sud (AVSI, CRS et CESVI)
La méthodologie AVSI des projets d’amenagement des bassins versants est
basée sur les aspects clés suivants:
- Personne au centre de l’action
- Globalité de la personne
- Partir du positif existant
- Durabilité de l’intervention
Étapes d’identification d’une action:
128
1.Étude des communautés
a.Son rôle dans la conservation et la gestion de l’environnement
b.La nécessité de rentrer dans un système économique concurrentiel: la
garantie du revenue
2.L’individuation des ressources
a.Le système agro-sylvo-pastoral
b.L’agriculture spécialisée
c.La sylviculture
d.L’élevage
3.L’analyse du potentiel
a.L’étude d’un bassin versant (aspects biophysiques, socioéconomiques,
institutionnels)
b.Les Systèmes Informatiques Géographiques (SIG)
c.La planification du territoire
4.L’étude des filières
a.Les opérations post récolte
b.Les marchés potentiels
c.La recherche des entrepreneurs et des investisseurs
d.La planification des productions
5.Les acteurs impliqués
a.Les agriculteurs
b.Les Organisation paysanne de base (OPB)
c.Les institutions gouvernementales
d.Les ONG
e.Les centres de recherche (universités, écoles d’agronomie)
6.La coordination
a.Définition des objectifs
b.Planification territoriale
c.Monitorage
d.Table sectorielle
7.Le rôle des ONG
a. Appui institutionnel
b. Exécution
c. La formation
La méthodologie CRS des projets d’amenagement des bassins versants est
basée sur les aspects clés suivants:
- Utilisation de IWRM (Gestion Intégrée des Ressources en Eau)
- Garantir la couverture du sol à travers une approche économique
- Partenaires clés: organisations de base
- Repartition du rôle des femmes et des hommes
Étapes de mise en œuvre d’un projet de conservation de sol:
1.Choix des sites
129
Les Comités de Gestion des Bassins Versants comprennent les représentants
suivants:
- Mairie ;
- Du regroupement du Bureau Agricole Communal;
- De la justice (juge de paix);
- Des associations des CASEC ;
- Des associations agricoles et des planteurs;
- Du comité de protection civile (CPC);
- De l’église (Karitas Pawasyal) KP;
- Des associations ASEC / ou un notable;
- Un représentant des organismes nationaux;
- Un représentant des organismes internationaux;
- Un représentant Education;
- Un représentant Pêche;
- Un représentant Santé.
Concernant les Comités de Gestion des Bassins Versants, il est important de:
- Faire un suivi régulier de l’exécution du plan de gestion au niveau du
bassin versant concerné;
- Veiller à ce que les différents programmes et projets entrent dans la
logique du plan de gestion;
- Commenter, analyser, ajuster et approuver tous les programmes et les
projets à réaliser au niveau du bassin versant;
- Contribuer valablement à l’établissement de mécanismes efficients
de partage d’informations avec les acteurs et de sensibilisation des
producteurs à travers les associations, les organisations et toute autre
structure appropriée.
- Tenir la Table de Concertation informée de toutes les interventions au
niveau du bassin versant.
3.Cartographie participative: Mise en place d’un plan de gestion (dans
l’espace et le temps)
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
2.Création des comités de gestion des bassins versants
Chapitre 5
4.Identification et caractérisation des micro-bassins versants/zones
critiques (éléments physiques et hydrologiques)
130
Eléments clés PHYSIQUES
Caractéristiques
Les zones à haut risque d’érosion
Identifier la potentialité des éboulements, surtout là où il y
a des risques de dégâts sur les maisons, champs, etc.
La couverture forestière
Identification des espèces, l’âge des arbres, et la propriétaire
Le pourcentage de couverture
végétale
En utilisant les images satellitaires et “ground-truthing”. (Il
faut engager des staffs pour suivre la couverture végétale)
L’utilisation de terre et l’utilisation
potentielle
Basé sur
la productivité (haute, moyenne, basse)
l’état d’érosion (rien, un peu, modéré, haut, sévère, tout)
l’utilisation actuelle de la terre
la potentialité des champs
les cultures appropriées
le code foncière / tenue de la terre
Les zones qui ont la potentialité
végétale
Sur base des conditions actuelles du sol et l’érosion
attendues, en considérant
les structures SWC
d’autres facteurs ?
Caractéristiques
Les sources et les zones de recharge
Caractériser les sources selon:
- le débit;
- l’utilisation;
- l’élevage;
- proximité des latrines, sites industriels, ou d’autres
risques de contamination;
- la condition des zones de recharge
(protégée, non-protégée, à risque)
Identification des eaux (fleuves et
bassins) qui causent les inondations
et l’érosion
sur les pentes
les zones dégradées
les zones de haute altitude
Identification des eaux les plus
importantes pour la vie de la
population
“peak flows”
“low-flow”
saisons à risque
Identifier les zones endommagées
par les inondations ou l’érosion
sévère
les mettre en rangs de 0 (pas de dégât) à 5 (beaucoup de
dégâts d’inondations
La pluviométrie
calculs journalièrs
les tendances à risque par saison
131
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
Eléments clés HYDROLOGIQUES
Chapitre 5
5.Identification et enregistrement des ménages
6.Formations et travaux de la terre
Critères d’identification des Organisations Bénéficiaires:
- Etre une Organisation Communautaire de Base
- Avoir un permis de fonctionnement valide
- Etre dynamique dans la zone
- Avoir l’habitude d’entreprendre et d’avoir des activités dans la communauté
- Rédaction des petits projets: contrats signés
132
Une stratégie économique:
- Arbres fruitiers
- Arbres forestiers
- Arbres denrées/ exportation
- Parcelles de démonstration - agroforesterie
- Contribution communautaire
7.Suivi
La méthodologie CESVI
Le problème clé des projets de conservation de sol est d’assurer l’entretien
et le suivi des ouvrages suite à leur réalisation. Si les ouvrages ne sont
pas entretenus, leurs effets sur le contrôle de l’érosion sont presque nuls et
parfois peuvent empirer la situation préexistante.
Les principales causes des dégâts aux ouvrages sont:
Cela arrive lorsque les bénéficiaires ne sont pas assez impliqués dans
l’identification des projets et des actions et qu’ils ne s’engagent pas dans le
suivi et l’entretien des ouvrages.
Aujourd’hui, les paysans ont commencé à comprendre l’importance des arbres
et des techniques de conservation de sol mais ils ont besoin d’appui technique
et de main d’œuvre pour les réaliser dans leur parcelle.
Pour la réussite du projet, l’identification des bénéficiaires motivés est capitale
afin d’assurer le suivi et l’entretien des ouvrages et des plantations ainsi que
la durabilité de l’activité.
La méthodologie de CESVI est basée sur les aspects clés suivants:
- Approche intégrée pacelle-bassin versant
Dans le choix des sites à aménager, il sera nécessaire travailler sur des microversants entiers, c’est-à-dire du sommet de la colline jusqu’au fond, afin
d’éviter des écoulements en amont des ouvrages qui peuvent rendre inutiles
les travaux réalisés. Le choix des ouvrages ou des pratiques par parcelle sera
fait sur la base de la pente et de sa position par rapport au bassin versant.
- Approche participative et engagement des bénéficiaires
L’identification des micro-versants sera réalisée avec la collaboration des
organisations de base de la localité et des autorités locales sur la base des
priorités de risque de dégradation et d’écoulement. Suite à l’identification
des sites potentiels, la faisabilité et l’identification de la typologie d’ouvrage
seront effectuées avec les propriétaires ou les exploitants des différentes
parcelles. Les techniques qui ne réduisent pas la surface cultivable, celles qui
demandent peu d’hommes par jour de travail et celles que prévoient l’utilisation
des systèmes d’agroforesterie seront préférées. Au delà des réalisations en
tant que telles, une formation et un suivi rapproché aux bénéficiaires des
sites seront réalisés afin de promouvoir l’importance de l’entretien et du suivi
des ouvrages. Les bénéficiaires vont signer un contrat avec Cesvi dans lequel
ils vont s’engager dans l’entretien et suivi des techniques et des plantations
mises en œuvre pour un minimum de 5 ans.
133
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
- Manque de contrôle du passage de bétail qui mange les jeunes plantules
et les herbes plantées;
- Manque de connaissances des techniques de conservation de sol
complémentaires aux ouvrages;
- Utilisation incorrecte des zones conservées;
- Manque de suivi des ouvrages et de corrections techniques dans les cas
d’affaissement imprévus;
- Mauvaise identification des courbes de niveau;
- Mauvais choix de la technique.
Chapitre 5
- Approche économique
L’entretien et la durabilité des aménagements dépendent de l’intérêt que les
bénéficiaires ont pour l’adoption de la nouvelle pratique culturelle. Plusieurs
expériences dans le pays et dans le département ont montré que les bénéficiaires
des projets de conservation de sol arrivent à entretenir les aménagements et
à profiter de ceux-là que dans les cas où la nouvelle stratégie de production
était plus rentable. Les pratiques antiérosives proposées sont composées par un
50% d’espèces ligneuses et arbustives d’intérêt économique (plantes fruitières
greffées, ananas).
- Travail salarié
134
Les différents travaux d’aménagement seront réalisés avec des travailleurs
journaliers locaux. La liste des travailleurs est définie par les Organisations
Communautaires de Base sur la base des critères de vulnérabilité. Les taux
recommandés par le gouvernement sont:
200 gourdes/6 heures par travailleur
300 gourdes/6 heures par chef d’équipe (1 chaque 20 travailleurs)
350 gourdes/6heures par contrôleur (1 chaque 4 chef d’équipe)
- Formation « apprendre en travaillant »
Les bénéficiaires des ouvrages vont suivre un cours de formation pratique en
techniques de conservation de sol pendant l’organisation des équipes de travail et
la mise en œuvre des travaux.
Les critères pour le choix des sites sont:
- Le site doit être un aire unique du sommet jusqu’à la plaine;
- Parmi les sites présélectionnés, on donnera la préférence à ceux avec le plus
grande nombre de propriétaires qui s’engagent dans l’entretien et suivi périodique
des ouvrages;
- Les sites présélectionnés ne doivent pas avoir une taille inferieure à 5 hectares
et de préférence la surface doit être le plus grande possible.
Les critères pour le choix des techniques à mettre en œuvre sont:
- Approuvé et choisi de façon participative avec le bénéficiaire;
- Techniques qui demandent moins de force de travail;
- Techniques que demandent moins d’utilisation de surface cultivable;
- Caractéristiques agro-pédologiques de la parcelle et de sa position par rapport
au bassin versant.
Étapes pour la mise en œuvre
1. Mise en place des pépinières communautaires avec des espèces locales;
2. Prise de contact avec les Organisations Communautaire de Base et les
autorités locales pour l’identification des sites selon les critères établis;
3. Visite des sites et interview des propriétaires des parcelles;
4. Identification des sites potentiels;
5. Identification des sites et des techniques à réaliser;
6. Signatures du contrat avec les bénéficiaires;
7. Formation des travailleurs et des bénéficiaires;
8. Implémentation des travaux;
9. Suivi des travaux;
10. Évaluation des travaux.
2.La durabilité des projets de conservation de sol
Presque tous les projets de conservation de sol ont montré des résultats mitigés
et discutables ou de véritables échecs.
Causes des échecs des structures de conservation de sol:
– Le paysan perçoit le projet comme un moyen de bénéficier d’un revenu
immédiat (Cash For Work ou Food For Work);
– Sacrifice de surface cultivable;
– Surcroit du travail pour l’entretien;
– Techniques peu efficaces et augmentation des risques;
– Manque d’intégration entre les techniques proposées et les techniques
traditionnelles.
Pourquoi un paysan décide d’adopter une technique de conservation de sol ?
- Un paysan décide d’adopter ou non une nouvelle technique en fonction de
ses objectifs;
- Un paysan devrait décider d’adopter une nouvelle technique
volontairement;
- Sa décision dépend des caractéristiques agro écologiques et économiques
de l’environnement;
Question principale: les revenus économiques avec la nouvelle technique sont
-ils plus importantes que les revenus perçus avec les techniques traditionnelles?
(Valeur Actuelle Nette>0)
Même si le calcul couts-bénéfices est positif, d’autres facteurs pourront prévenir
l’adoption:
- Sécurité foncière (limitation de l’horizon d’investissement);
- Marché imperfectif;
- Difficulté à accepter des techniques très différentes des systèmes traditionnels;
- Crédibilité de l’organisation et des techniciens chargés du projet.
135
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
Cause principale: décalage entre les attentes du projet et celles du paysan
Manifestation: manque d’entretien et de suivi des techniques apprises par le
projet
Chapitre 5
Quelle approche pour assurer la durabilité des projets?
- Trois phases:
1. Diagnostic du milieu (potentialités et contraintes),
2. Expérimentation en milieu réel (comparaison des techniques traditionnelles
avec les techniques proposées),
3. Évaluation et planification au niveau du bassin versant.
136
- Participation paysanne;
- Renforcer les méthodes traditionnelles;
- Choisir en priorité des zones avec des potentialités agricoles;
- Intégrer l’approche à la parcelle avec celle du bassin versant;
- Intégrer la réalisation des structures avec d’autres activités pour
l’amélioration de la productivité;
- Relation contractuelle avec les bénéficiaires;
- Programme de suivi-évaluation.
3.Les expériences du Département du Sud d’Haïti: analyse participative des
différentes approches de mise en œuvre
METHODOLOGIE
Approche bassin versant
Approche à la parcelle
Approche économique
Identification des sites
Priorité aux sites vulnérables
Priorité aux sites avec des
potentialités
Priorité aux bénéficiaires
POINT FORTS
Meilleur résultat en terme
POINT FAIBLES
Normalement on ne prend
de lutte contre l’érosion :
unité d’étude=unité du cycle
pas en compte les besoins
des exploitants= manque
hydrologique
d’entretien
Les exploitants participent au Manque d’unité d’étude du
choix du système= meilleurs phénomène de l’érosion
responsabilité et entretien
Les exploitants bénéficient
Pas toujours des espèces
des entrées additionnelles=
adoption du système plus facile >durabilité des ouvrages
Réduction d’érosion dans un
lieu où il y en a besoin de
économiques adaptées
Résultats à long terme
Cout plus élevé
Si le site est trop vulnérable,
les bénéfices sont réduits
réduire l’érosion
Bénéfices de la réhabilitation
élevés, meilleur entretien de
la part des bénéficiaires
Effets sur la sécurité alimen-
vulnérables
Identification des parcelles
Impact mineur sur l’érosion
Difficile d’assurer le suivi des
taire et sur le développement
socio économique
Priorité aux bénéficiaires avec Meilleurs résultats, meilleure
des potentialités
durabilité
ouvrages
Priorité aux propriétaires
Responsables des parcelles
(engagement)
Ne sont souvent pas sur place
Meilleure responsabilisation,
Pas de décisions définitives
Priorité aux exploitants
Activité pour des bénéficiaires
qui n’ont pas trop besoin de
l’intervention
meilleur suivi
Identification des techniques
Priorité aux choix des bénéficiaires
Meilleures appropriation et
appréhension, meilleur suivi
Manque de connaissances de
techniques plus appropriées/
rentables
Priorité aux techniques plus
appropriées
Meilleure réussite technique
Difficulté d’appropriation et
appréhension=manque de
suivi et d’entretien
Priorité aux potentialités éco- Meilleurs motivation et enganomiques de la technique
gement
Difficulté d’appropriation et
appréhension=manque de
suivi et d’entretien
137
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
ASPECTS
Unité d’étude
Chapitre 5
Questions
Comment assurer la durabilité des ramp pay ? (éviter que
Réponses
Suivi rapproché et utilisation des « bws repous » (espèces
les piquets soient utilisés pour bois de chauffage)
qui rejettent facilement comme gommier, mombin, calebassier, Cassia, bambou)
L’utilisation du Vétiver est-elle recommandée pour la réalisation des structures de conservation de sol ?
Le Vetiver a des propriétés excellentes contre l’érosion mais
le risque est que les paysans l’exploitent pour la production
d’huile qui engendrerait des risques énormes pour l’érosion.
A utiliser seulement si on a la certitude qu’il ne soit pas
exploité pour la production d’huile et pour limiter le risque,
138
Quelle approche pour la distribution des plantules aux
bénéficiaires ? Plantules gratuites ?
planter plusieurs rangées et collecter en alternance.
La seule organisation qui demande une contribution aux
bénéficiaires pour les plantules de café est Oxfam Italie.
Les autres organisations ont des difficultés car les bénéficiaires ont été habitués depuis des années par les projets à
recevoir des plantules d’arbre gratuitement et périodiquement. Il est recommandé d’intensifier les sensibilisations
sur l’importance des arbres (surtout avec les enfants) et de
prévoir une petite contribution au moins pour les espèces
d’intérêt économique.
L’objectif que les gens puissent payer les plantules et rendre les pépinières durables est à réaliser à longue terme.
Les canaux de contour sont-ils des techniques à utiliser ?
Les canaux de contour s’ils sont utilisés seuls sont à déconseiller pour le risque qu’ils peuvent engendrer: glissements
de terrain et concentration de l’érosion. Les canaux de
contour peuvent être utilisés en combinaison avec d’autres
techniques et plantations (bann manje) et surtout si la terre
creusée est jetée en amont et non en aval. Un suivi et un
entretien rapproché sont quand même recommandés.
Comment assurer la synergie des actions de développement Les structures déconcentrées de l’État sont les institutions
afin de cibler des programmes d’aménagement de bassin
responsables d’assurer que les priorités du département
versant avec plus d’impact?
soient ciblées et que les actions soient en synergie.
Il est recommandé qu’un fort plaidoyer soit fait au sein
des bailleurs de fond afin que les différentes structures de
développement soient obligées de suivre les indications des
directions départementales et qu’au moins elles présentent
leurs activités. Les projets de conservation de sol ne devraient pas avoir une durée inferieure à 12 mois
Chapitre 5 : Méthodologie de mise en œuvre de projets
note
139
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Le présent guide a été réalisé par Alberto Bigi,
Expert Cesvi en Sécurité Alimentaire et en Gestion des Ressources
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Pour information et commentaires sur le contenu du Guide:
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