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Revi bibliyografik ak aktyalizasyon enfòmasyon sou filyè avikòl ak semans an Ayiti

Revi bibliyografik ak aktyalizasyon enfòmasyon sou filyè avikòl ak semans an Ayiti

Centre d'Étude et de Coopération Internationale (CECI) 2011
Rezime — Revi bibliyografik ak aktyalizasyon enfòmasyon CECI sou filyè avikòl ak semans an Ayiti, pa Jean Chesnel Jean ak Roosevelt Saint-Dic, out 2011.
Deskripsyon Konple
Jean Chesnel Jean ak Roosevelt Saint-Dic te prepare rapò sa a pou Centre d'Étude et de Coopération Internationale, ak dat out 2011. Se yon revi bibliyografik ak aktyalizasyon enfòmasyon ki kouvri de filyè ansanm: avikòl ak semans. Tretman semans lan kouvri materyèl plantasyon banann, pwa, yanm ak manyòk. Kòm se yon revi literati ki egziste deja, li sèvi tou kòm yon bibliyografi sou sa ki te ekri sou filyè sa yo jiska 2011.
Sije
AgrikiltiDevlopman RiralEkonomiKomès
Jewografi
Nasyonal
Mo Kle
filière semencière, filière avicole, semences, banane, haricot, igname, manioc, CECI, Jean Chesnel Jean, Roosevelt Saint-Dic, revue bibliographique, actualisation
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CENTRE D’ETUDE ET DE COOPERATION INTERNATIONALE (CECI) Revue BIbliographique et Actualisation des informations sur les filières avicole et semencière en Haïti Jean Chesnel JEAN Roosevelt SAINT DIC Août 2011 Table des matieres LISTE DES SIGLES 4 LISTE DES TABLEAUX 5 LISTE DES GRAPHIQUES 6 RESUME EXECUTIF 7 I. INTRODUCTION ET METHODOLOGIE 18 1.1 Rappel des objectifs 18 1.1.1 Objectif général 18 1.1.2 Objectifs spécifiques 18 1.2 Approche méthodologique 18 II. FILIERE BANANE 20 2.1 Production et marché de la banane 20 2.1.1 La Production 20 2.1.2 Les zones de productions 22 2.1.3 Les variétés 22 2.1.4 Les systèmes de culture 23 2.1.5 La question des semences et les besoins 24 2.1.6 Effets de la Sigatoka noire sur la filière 26 2.2 Le Marché 26 2.2.1 Commerce 26 2.2.2 Prix, revenus et compétitivité 27 2.2.3 Transformation 28 2.3 Bilan général de la filière 28 2.4 La commercialisation et les acteurs 29 2.4.1 La carte de la filière 29 2.4.2 Les principaux acteurs 30 2.4.3 Relations entre les acteurs 31 2.4.4 Les institutions d’accompagnement 32 2.5 Atouts, contraintes de la filière banane et perspectives 32 2.5.1 Les atouts 32 2.5.2 Les contraintes 33 2.5.3 Perspectives 34 III. FILIERE HARICOT 35 3.1 Production du haricot 35 3.1. 1 La Production 35 3.1.2 Les zones de production et système de culture 35 3.1.3 Les variétés et rendements 36 3.1.4 La question des semences et les besoins 36 3.2. Le Marché 39 3.2.1 Commerce (importation, exportations) 39 Importations 39 Exportations 39 3.2.2 Structure des prix 39 3.2.4 Bilan général de la filière 40 3.3 La commercialisation et les acteurs 40 3.3.1 Circuits et principaux acteurs 40 3.3.2 Relations entre les acteurs 42 3.4 Les institutions d’accompagnement 42 3.5 Principaux éléments de la problématique de la filière haricot et perspectives 44 3.5.1 Les contraintes 44 3.5.2 Les atouts et opportunités 45 3.5.3 Perspectives 46 IV. FILIERE MANIOC 47 4.1 Production et marché du manioc 47 4.1.1 Production 47 4.1.2 Les variétés 47 4.1.3 Les systèmes de culture 48 4.1.4 La question des boutures 50 4.1.5 Les principales contraintes à la production 51 4.1.6 La transformation du manioc 51 4.2 Le marché du manioc 52 4.3 La commercialisation et les acteurs (Cas de Thomassique) 53 4.3.1 La commercialisation 53 4.3.2 L’environnement institutionnel 55 4.3.3 La question de financement 56 4.4 Atouts, contraintes de la filière manioc et perspectives 57 4.4.1 Atouts 57 4.4.2 Contraintes 57 4.3.3 Perspectives 58 V. FILIERE IGNAME 59 5.1 La production et le marché de l’igname 59 5.1.1 La Production 59 5.1.2 Les variétés 60 5.1.3 Les systèmes de culture 62 5.1.4 La question des semences 63 5.1.5 Conditionnement et stockage 63 5.2 Le Marché 64 5.3 La commercialisation et les acteurs 65 5.4 Les corps de métier 65 5.5 L’environnement institutionnel/cas de Beaumont 66 5.6 Atouts, contraintes de la filière igname et perspectives 67 5.6.1 Atouts 67 5.6.2 Contraintes 67 5.6.3 Perspectives 68 BIBLIOGRAPHIE 69 Sites Internet et articles : 70 Annexe 1: Liste des organisations œuvrant dans le domaine agricole dans la région de l’Arcahaie 71 LISTE DES SIGLES ACDI : Agence Canadienne pour le Développement International ANDAH: Association Nationale des Agro-Professionnels Haїtiens BAC: Bureau Communal Agricole CRS : Catholic Relief Service DEFI : Programme de Développement des Filières FAO: Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation FAPO : Femme en Action de Pont Gaudin FONKOZE : Fondasyon Kole Zèpòl GPAS : Groupement de Producteurs Artisanaux de Semences HAP: Hillside Agriculture Project HCN: Concentration d’Acide Cyanhydrique IICA : Institut Interaméricain de Coopération Agricole IMF : Institution de Micro Finance MARNDR: Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural BID/IDB: Banque Interaméricaine de Développement ONG : Organisation Non Gouvernementale ORE : Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement PAM : Programme Alimentaire Mondial PDR : Programme de Développement Rural PICV: Projet d’Intensification des Cultures Vivrières PTF : Partenaires techniques et financiers REPIGA: Réseau des Planteurs d’Igname de la Grand’Anse SNS : Service National Semencier TM : Tonnes Métriques LISTE DES TABLEAUX 1. Les enquêtes effectuées 2. Production de banane et superficie cultivée 3. Calendrier cultural et itinéraires techniques de la banane dans les plaines irriguées 4. Rendement actuel de la banane suivant les étages agro écologiques 5. Besoins en boutures de banane 6. Prix à la Production des Bananes Plantains à Arcahaie 7. Effet de la Sigatoka noire sur le revenu agricole des producteurs de bananes 8. Structure générale de la filière de la banane 9. Périodes de Culture et de Récolte du Haricot selon Zones Agro Ecologiques 10. Rendement du haricot dans le Bassin Versant de Montrouis 11. Production et Importations de Haricot 12. Structure des prix du haricot 13. Structure générale de la filière haricot 14. Quelques Organisations Intervenant dans la Filière Haricot dans le Sud’Est et dans l’Ouest 15. Quelques caractéristiques des principales variétés de manioc rencontrées 16. Rendement du manioc par zone de production  17. Rendement du manioc par aire agro écologique dans les Bassins versants Cabaret-Montrouis et Mirebalais-Saut d`eau ; 18. Les principales associations paysannes à Thomassique 19. Zones Agro-écologiques Favorables à la Culture des Ignames et de du Taro 20. Production d’Igname en Valeur et en Volume (2006-2008) 21. Classification des Ignames 22. Calendrier de Récolte de l’Igname pour les Trois Principaux Bassins de Production du Pays\ LISTE DES GRAPHIQUES 1. Evolution annuelle de la production totale de banane en Haïti (1998-2008) 2. Production de plantains sur une dizaine d’années en Haïti (1998-2008) 3. Carte de la filière plantain en Haïti 4. Carte de Production et des Echanges du Haricot en Haïti 5. Carte de Circuit de commercialisation du manioc 6. Répartition de la superficie apte à l’igname et taro au niveau du pays 7. Carte de Circuit de commercialisation de l’igname 8. Les Principales Associations de Production de Semences d’Igname Beaumont/Pestel/Sud’Est RESUME EXECUTIF 1. Ce travail a pour objectif fondamental de proposer aux bailleurs des axes d’intervention en vue d’aider à dynamiser les filières banane, haricot, manioc et igname en vue de les rendre plus productives et concurrentielles. Le texte est composé de cinq (5) chapitres : l’introduction, la filière banane, la filière haricot, la filière manioc et la filière igname. Dans le premier chapitre on fait une présentation des objectifs de l’étude, ainsi que l’approche méthodologique adoptée. Les quatre (4) autres traitent dans le détail chacune des ces filières. 2. La production de la banane plantain, estimée en 2008 à 200.000 tonnes métriques, n’a fait que diminuer au cours des dernières années. De la fin des années 90 à 2008, la baisse a été de près de 30%. Les graves problèmes phytosanitaires affectant les plantations expliquent cette brutale chute. Toutefois, il faut noter qu’une mission conjointe FAO/PAM en 2010 évalue la production de plantain à plus de 300 000 tonnes pour 2009 et 2010 Le plantain se cultive aussi bien en plaine qu’en montagne. On en trouve particulièrement dans : ◦ les plaines alluvionnaires des départements de l'Ouest (Arcahaie, Léogane), du Sud’Est (Marigot, Jacmel), du Nord-Ouest (Trois Rivières, Jean Rabel), du Sud (Les Cayes, Roche-à-Bateau, Les Anglais), de l'Artibonite, du Nord-Est (Ouanaminthe) et du Centre (Lascahobas); ◦ les mornes du département du Nord (Quartier Morin, Grande-Rivière-du-Nord et Dondon) et de la Grand’Anse (Abricots, Jérémie et Basse Guinaudée). 3. Il s’agit d’une culture exigeante en eau. Aussi, elle est pratiquée principalement dans les zones irriguées et dans celles où l’on enregistre entre 1200 à 1600 mm de pluie par an. Elle est souvent (pour ne pas dire toujours) associée à d’autres cultures au début du cycle de production qui dure au moins une année. D’une manière générale, le niveau technologique est faible : pas de fertilisation et pas de lutte phytosanitaire systématique. Les rendements varient en fonction des zones agro-écologiques : entre 7 (montagnes sèches) et 24 (plaines irriguées) tonnes métriques à l’hectare. 4. La reproduction des plantations (approvisionnement en semences) est assurée d’une manière générale grâce à l'émission continue de rejets par les plantes mères. Aujourd’hui, avec l’infestation presque généralisée des bananeraies (particulièrement dans les zones de cultures intensives) par la « Sigatoka noire », le devenir de cette activité est menacé à terme. Aussi, les sollicitations provenant des divers sites de production pour des drageons sains et en mesure de résister à la maladie de la « Sigatoka » créent un marché de boutures en pleine expansion. Le Ministère de l’Agriculture estime ce marché potentiel à 250 millions d’unités. Dans l’optique où les plantations durent trois (3) ans, le marché annuel serait de 83 millions de boutures. 5. Dans les années 80, le marché national consommait plus de 500 000 tonnes de banane. Les disponibilités actuelles permettent de satisfaire environ la moitié de la demande répartie entre 60% de plantain, 35% de banane fruit et 5% de banane «Poban ». Actuellement, le pays importe entre 5.000 et 20.000 tonnes de banane plantain par an de la République Dominicaine. De très faibles quantités sont exportées vers les petites Antilles voisines à partir de Port-de-Paix dans le Nord-Ouest. 6. La production de haricot est en chute libre : 90 000 tonnes métriques à la fin des années 90, 50.000 en 2004, contre 70 000 en 2007 ; une baisse de 22% en sept (7) ans. Cette baisse fait suite, en partie, selon le Ministère de l’Agriculture, à la diminution de 21% des superficies emblavées en passant de 160 000 à 125 000 hectares au niveau national. Les 125 000 hectares estimés en production actuellement sont emblavés dans les zones humides et semi-humides du pays (montagnes et plaines) et dans les plaines irriguées. Dans les zones montagneuses on sème en mars-avril et juillet-août, tandis qu’en plaine irriguée les semis se font en novembre-décembre. Les rendements sont faibles (190 à 550 kg à l’hectare), et varient d’une zone à une autre compte tenu des conditions peu favorables au développement des cultures (humidité, parasites, fertilité). Les meilleures performances sont obtenues dans la plaine des Cayes (sous irrigation), à Salagnac (montagne semi-humide) et quelques zones cultivant des variétés améliorées. 7. L’approvisionnement en semences est problématique. La situation est telle qu’elles sont soit des semences certifiées chères et d’accès difficile, soit de mauvaise qualité. Ce qui amène la plupart du temps la très grande majorité des producteurs à se contenter des grains triés, voire des grains destinés à la consommation et achetés sur le marché. Il est admis que les semences de haricot utilisées proviennent du stock paysan (cultures antérieures), des échanges saisonniers entre producteurs et entre zones agro écologiques différentes (montagnes versus plaines et vice versa), des marchés locaux et des programmes de subventions et de distribution de variétés améliorées. Très souvent, le producteur consomme ou vend son stock de semences pour répondre à un besoin pressant. À la prochaine saison, il se retrouve en difficulté pour s’en procurer d’autant plus qu’en période de semis, le prix de la marmite de haricot (6.5 kg) passe facilement du simple au double en comparaison avec la période de récolte. Les agriculteurs réagissent en plantant davantage de cultures à cycle de production plus court et dont les semences sont moins chères, comme le maïs dans certaines zones. Pour emblaver les 125 000 ha, à raison d’une densité de 60 kg, le Ministère de l’Agriculture, les besoins annuels en semences de haricot à 7 500 tonnes métriques. 8. Le marché du haricot tourne autour de 90 000 à 100 000 tonnes métriques par an. Entre 22 à 25% de ce volume est importé chaque année, ce qui entraine des sorties de devises de 13 millions de dollars américains. Haїti exporte du haricot vers la République Dominicaine : 4.000 tonnes en 2004. 9. La filière haricot fait face à un ensemble de problèmes dont on liste ici les plus importants : • programmes de recherche de peu d’envergure et extrêmement limités ; ◦ déséquilibre chronique entre l’offre de semences de qualité et les besoins ; ◦ faible maîtrise technologique entrainant des pertes de production élevées ; ◦ précarité des conditions de stockage occasionnant des pertes post récoltes très élevées, 20-30% ; ◦ insuffisance des infrastructures de stockage dans les grands centres de commercialisation ; ◦ absence de crédit à la production. A côté de la problématique du haricot, il faut ajouter qu’il s’agit d’une culture fortement érosive lorsqu’elle se pratique montagne. 10. En 2002, la production nationale de manioc ? était estimée à plus de 481000 tonnes contre 340000 TM en 2004 selon la FAO, soit une baisse d’environ 30% en 2 ans. Il est difficile aujourd’hui de confirmer si cette tendance à la baisse de poursuit. Mais néanmoins, l’ensemble des acteurs rencontrés font état d’une baisse graduelle du rendement à l’hectare. La production du manioc est principalement concentrée dans les zones sèches des départements du Nord, du Nord-Est, du Haut Plateau Central et de la Grande-Anse. 11. Les rendements sont très faibles et varient d`une région à une autre. La moyenne nationale serait de sept (7) tonnes à l`hectare en monoculture et de 5,4 tonnes en cultures associées. Toutefois, les chiffres collectés dans les bassins versants de Cabaret-Montrouis et de Mirebalais-Saut d`eau donnent le tournis, tellement ils sont faibles: ◦ 1,8 et 0,9 tonne en montagne semi-humide et en montagne sèche respectivement à Mirebalais-Saut d’Eau ; ◦ 2,8 tonnes en plaine sèche à Cabaret-Montrouis. 12. La reproduction des plantations (approvisionnement en semences) est assurée à partir de boutures obtenues des tiges de manioc. D’une manière générale, ce sont les agriculteurs qui produisent eux-mêmes ces boutures. Dans certaines régions où le manioc est une culture très importante, il y a de grands qui sont spécialisés dans cette production. C’est de Thomassique où l’on rencontre plusieurs centaines de ces producteurs spécialisés. 13. La production de manioc amer est associée à une petite agro industrie très active mettant sur le marché une galette faite de farine de manioc appelée cassave. Au cours des dernières années, plusieurs ONG ont investi dans des cassaveries au bénéfice des associations paysannes à prédominance féminine. En comptant celles possédées par les privés, on estimait en 2005 le nombre d’ateliers de transformation du manioc à une centaine dans le pays. 14. Le marché du manioc est en expansion. Autrefois consommé seulement en milieu rural, le manioc doux est aujourd’hui utilisé en ville comme en campagne. On en fait même du jus de manioc. Le marché de la cassave n’est pas en reste. Dans les supermarchés de l’Aire Métropolitaine, on répertorie de nombreuses marques locales avec des produits salés et sucrés vendus en sachets. Il existe une demande non négligeable de manioc en République Dominicaine qui absorbe une partie importante de l’offre locale de manioc et une quantité non négligeable de manioc amer pour les cassaveries frontalières. Le marché ethnique nord-américain n’est non plus sans importance. L’offre est actuellement et principalement d’origine dominicaine, avec au moins quatre (4) marques couramment commercialisées dans les supermarchés desservant la clientèle caribéenne et centre-américaine. 15. Les seuls chiffres dont on dispose sur la production de l’igname sont ceux de la FAO qui estime qu’en 2008 Haїti a produit 235.000 tonnes d’igname. C’est l’une des rares cultures dont la production semble augmenter au cours des dernières années : entre 2006 et 2008, elle a cru de 7% selon la FAO. 16. L’igname est une culture de montagnes humides, même si on peut la rencontrer sur les terres les plus basses. Ses principales zones de production se trouvent être dans : la Grand’Anse : Versant Nord Macaya, Beaumont, Jérémie/Terres Hautes, Anse d’Hainault ; les Nippes : Changeux, Salagnac ; le Sud : Versant Sud Macaya ; le Sud’Est : Seguin, Macary, La Vallée de Jacmel, Cap Rouge, Blockhaus ; le Centre : Desvarieux, Baptiste ; le Nord : Marmelade, Plaisance, Borgne, Pilate, Dondon, Grande Rivière du Nord. Le Nord et la Grand’Anse compteraient pour 58% de la production d’igname du pays avec 24 et 34% respectivement. 17. L’igname est en général cultivée en association (café, cacao, patate douce, taro/malaga, haricot), sauf lorsqu’il s’agit de plantations utilisant des minisets comme semences. Le cycle de production des ignames est d’environ 10 à 12 mois. Ce sont donc des variétés tardives. Certains agriculteurs conservent les tubercules plus de 18 mois en terre en vue de récolter des unités de plus grandes dimensions. L’igname est récoltée 9 mois sur 12 au cours de l’année ; seuls les mois de mars, d’avril et de mai n’ont pas de récolte. Il existe très peu d`informations sur les rendements à l`échelle du pays. Selon les enquêtes effectuées au cours de ce travail, les producteurs obtiendraient des rendements allant de 30 à 40 tonnes à`hectare dans la zone de Beaumont et de 25 à 34 tonnes dans le Sud’Est pour les parcelles d`igname cultivées en monoculture. 18. Les producteurs utilisent généralement des méthodes traditionnelles pour la production de leurs semences. Dans le Nord, une portion du champ d’igname est réservée pour la production de semences ; cette sous-parcelle est récoltée 6-7 mois après la plantation. Dans la Grand’Anse et le Sud’Est, sur une portion du champ, on extrait une partie des tubercules (on les coupe) que l’on conservera aux fins semencières ; la partie restante continuera à se développer et sera commercialisée au moment de la récolte. Toujours dans la Grand’Anse, le processus peut être tout à fait inverse : en récoltant, on laisse une partie du tubercule sur pied que l’on récoltera plus tard après un certain développement aux fins semencières. 19. De façon plus restreinte, la technique « miniset » commence à être utilisée dans quelques zones du pays suite aux interventions du Ministère de l’Agriculture et de certains projets (HAP et PDR). Cette technique présente plusieurs avantages par rapport à la méthode traditionnelle : obtention des semences utilisables n’importe quand dans l’année ; utilisation de moins de tubercules, 5 à 6 semences par tubercule ; récolte de tubercules plus petites et de mêmes dimensions, plus facilement transportables et aussi exportables ; plus de semences à l`hectare, 10 000 versus 2 à 3000, plus de rendement à l’hectare. 20. Il existe actuellement à Beaumont une offre importante de semences produites en utilisant la technique miniset. Certaines organisations locales et des privés (quelques grands planteurs), se spécialisent dans cette activité. Des institutions comme la FAO, la CARE, le MARNDR, qui ont des programmes de distribution de semences font leur approvisionnement auprès de ces opérateurs. Ces « grands planteurs » utilisent la méthode miniset pour la production de leurs propres semences, et vendent aussi à des individus provenant d’autres zones de production. 21. Le marché de l’igname est essentiellement national ; les quantités exportées vers quelques petites Antilles et les USA sont insignifiantes : moins de 500 tonnes par an. Le marché américain (Miami) semble être difficile à pénétrer pour des raisons diverses : forte concurrence d’autres pays (Jamaïque, Costa Rica), non standardisation et détérioration des produits au moment du transport local et du stockage, etc. 22. La commercialisation de la banane, du haricot, de l’igname, du manioc et de la cassave est assurée par un nombre très élevé d’opérateurs qui sont essentiellement des femmes (Sara collectrices, grossistes, semi-grossistes, revendeuses de différents niveaux). Dans le cas du haricot, on peut dire que c’est leur exclusivité ; dans celui du manioc, elles sont aussi très actives dans la transformation. On note aussi, elles peuvent passer d’un produit à un autre sans aucune difficulté. Tout dépend de la zone et des disponibilités. Leur nombre exact n’est pas connu, mais on estime qu’elles sont plusieurs milliers. Elles constituent une importante source de crédit informel tant pour leurs fournisseurs (avance de fonds) que pour leurs acheteurs, les grands et petits détaillants (vente à crédit). Lorsqu’il s’agit des produits locaux, les circuits de commercialisation sont relativement longs en comparaison avec ceux des produits importés (banane venant de la République Dominicaine et haricot venant des USA) où l’on trouve peut trouver deux (2) à trois (3) intermédiaires entre l’exportateur et le consommateur final. Entre ces groupes d’acteurs, différents types de liens se créent : • Entre producteurs et les Madan Sara locales, il existe toute une série de liens familiaux et de copinage, de relations de confiance ou d’habitude se basant sur la proximité qui facilite à la Madan Sara d’accéder directement au champ du producteur. Les échanges se font sur un mode de transactions conventionnelles axées sur des relations de confiance. • Entre les Madan Sara de Port-au-Prince et les Madan Sara locales, il se crée une relation de clientélisme simple désignée sous le terme de « pratik ». Le « pratik » a la priorité sur les autres concurrents et bénéficie de meilleurs prix dans les transactions et des paiements en en différé. • Entre les marchandes et les consommateurs, les échanges se font suivant des transactions marchandes pures régies par les lois du marché. Dans le cas haricot importé, on trouve une soixantaine d’importateurs, dont une dizaine de gros joueurs opérant à Port-au-Prince et impliqués également dans l’importation de riz. Les plus petits opèrent surtout dans les ports de province. Tous importent du haricot des Etats-Unis qu’ils concèdent à des intermédiaires jouant le rôle de grossistes. Ils ont accès au crédit bancaire pour leurs activités commerciales. 23. Dans les régions bananières les plus importantes, on rencontre quelques institutions d’accompagnement des producteurs : • Les associations de producteurs locaux bénéficiant de l’appui de certains projets et institutions internationales (WINNER/USAID, DEED/USAID, FAO) et des services déconcentrés du Ministère de l’Agriculture. • Le Ministère et ses services déconcentrés : Directions Départementales, Bureaux Agricoles Communaux, Service National Semencier (SNS). • Les interventions directes de la coopération internationale (FAO,...) en collaboration avec le Ministère. 24. Dans le cas du haricot, les interventions pour rendre disponible des semences de qualité sur le marché local sont l’œuvre des institutions suivantes : • Le Ministère de l’Agriculture à travers le Centre de Recherche pour le Développement Agricole (CRDA) et le Service National Semencier (SNS). • La FAO qui a facilité la création des groupements de producteurs Artisanaux de Semences (GPAS) à travers le pays. En 2009, les GPAS ont bénéficié d’un appui du projet PACT-PV «Plan d’Action à Court Terme d’Appui aux Productions Vivrières» qui leur a permis d’acquérir une capacité technique de base pour la production de semences de haricot et de maïs. • Le PICV qui, dans le Bas Plateau Central, a travaillé à la mise en place d’une demi-douzaine de Petites Entreprises Semencières (PES) dans le but de pallier au manque de semences de haricot. Dans le cadre de ses activités, ce projet PICV a distribué directement aux organisations communautaires partenaires 15 tonnes de semences de haricot par année entre 2005 et 2009. Il s’approvisionnait auprès de prestataires privés qui le plus souvent achètent des grains au marché qu’ils conditionnent. • L’ACDI/VOCA qui exécute actuellement dans le Sud’Est un projet de recherche (essais variétaux) en collaboration avec le CRDA du Ministère de l’Agriculture, et de distribution de semences sous forme de prêt. Dans ce système les agriculteurs reçoivent des semences, les cultivent, et remboursent la même quantité pour la prochaine saison. • ORE, dans le cadre du projet “Haïti Régénération Initiative”, avec un financement de la « Fondation Charitable de la Countesse Moira » participe à la réalisation d’essais variétaux dans le bassin-versant de Port-à-Piment, en conditions paysannes de montagne. ORE est aussi l’un des rares producteur réguliers (pour ne pas dire le seul) de semences de haricot de qualité dans le pays. Mais, elle ne produit qu’en petites quantités et sur commande. • La Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) intervient dans la réalisation des essais d’adaptation variétale afin de trouver des solutions agronomiques aux problèmes posés par les attaques virales et fongiques du haricot. • De nombreuses associations paysannes font des actions dans la filière haricot, le plus souvent en collaboration avec des projets exécutés par des ONG, des organismes internationaux et du Ministère de l’Agriculture. • Quelques entreprises privées participent aussi comme partenaires dans la production de semences à coté du secteur international et des services publics. 25. La filière manioc, à l’exception des financements de cassaveries, ne bénéficie pas de nombreuses interventions institutionnelles. On cite quelques cas : ◦ IICA et OXFAM Québec conduisent des actions concernant la filière, dont un livret sur les techniques de production du manioc a été élaboré pour le compte du Ministère de l’Agriculture ; ◦ Caritas a apporté son appui à une organisation paysanne de Thomassique dans distribution de boutures d’un cultivar de manioc amer en provenance de Thomonde, une commune pas trop éloignée de Thomassique. 26. Aujourd’hui, la principale contrainte à laquelle font face les producteurs de banane est la difficulté d’accéder à des rejets sains en vue de diminuer les effets des pestes et inverser la tendance à la chute de production. Au cours des dernières années plusieurs initiatives ont été prises en vue de faire face à ce problème : le Ministère de l’Agriculture et la CIAT sont à l’œuvre pour introduire de variétés résistantes à la maladie. Des essais multi locaux sont en cours avec les variétés FHIA18 et FHIA23. Le PICV a aidé le COPAM à développer une expertise comme producteur de plants dans la région du Plateau Central (Mirebalais). 27. Les principaux problèmes identifiés pour les producteurs de haricot se résument en ces différents points: • faiblesse ou inexistence de capacité de stockage de semences dans des conditions acceptables; • maitrise insuffisante des techniques de multiplication des semences; • faible disponibilité des semences de qualité sur le marché au moment de la saison de plantation; • incapacité (financière) des producteurs pour s’en approvisionner (cherté des semences); • consommation et vente des semences en situation de crise. 28. La production du manioc a pour principales contraintes les pestes: pourriture du collet observée dans les zones de plaines et plateaux très humides et là où le drainage est mauvais; les cochenilles qui s’attaquent aux extrémités des jeunes tiges arrêtant pratiquement le développement de la plante ; les chenilles qui constituent la peste la plus importante s’attaquant aux plantations de manioc ; enfin les rats, un véritable fléau pour les vieilles plantations en rongeant les tubercules dans le sol. L’ignorance et/ou le non respect des itinéraires techniques recommandés est aussi un problème sérieux dans la production du manioc. D’une manière générale, les cassaveries font face à des problèmes d’équipements et de matériels et aussi de ressources humaines ne maitrisant pas correctement le processus de transformation du produit. Dans certaines cassaveries, le système de cuisson est inadéquat entrainant des pertes d’énergie et dégageant des fumées incommodantes. Dans certaines régions du pays (Sud/Camp Perrin), les cassaveries font face également à une forte concurrence pour s’approvisionner en manioc et à la rareté et la cherté du bois utilisé comme combustible. Dans d’autres, Nord’Est / Ouanaminthe, c’est l’acheminement de la matière première qui est problématique, faute de moyens de transport par suite du vol systématique des bêtes de somme. Les principales contraintes de marché sont pour la cassave sont les suivantes: variation des recettes des cassaves provoquant des variations de couleur et de goût ; cuisson rarement uniforme ; non spécification des durées de conservation sur les emballages ; présentation, de manière générale, peu soignée ; commandes irrégulières, difficultés à toucher le marché de Port-au-Prince pour certaines cassaveries. 29. La filière igname fait face aux problèmes suivants : • non respect des itinéraires techniques par les producteurs (problème de trésorerie et de maitrise des techniques) ; • absence d’entretien et de fertilisation des parcelles ; • difficultés d’accès aux semences pour les familles paysannes de faibles revenus ; • attaque par les nématodes ; • difficultés de conserver semences et tubercules ; • absence d`initiatives d’envergure et soutenues visant la dynamisation de la commercialisation de l`igname malgré les opportunités de marché existantes. La filière igname lorsque la culture se pratique selon la technique miniset, en utilisant massivement de jeunes arbres comme tuteurs, est entrain de créer un problème de déboisement qui peut très sérieux si cette technique se généralise à l’échelle du pays. 30. Il y a deux (2) contraintes fondamentales qui affectent les quatre (4) filières : ◦ absence de financement et/ou de mécanismes de financement au bénéfice des producteurs et des transformateurs, ◦ absence de politiques nationales et de coordination dans les actions. 31. Parmi les principaux atouts de la filière banane, on peut signaler : ◦ marché national important et extensible ; ◦ existence de plusieurs zones de spécialisation dans sa production et d’un savoir faire indéniable chez les paysans producteurs; ◦ expérience de quelques organisations structurées de producteurs dans les plus importantes zones de production et avec expériences probantes dans la conduite de projets avec le secteur public et des opérateurs de développement; ◦ appui ciblé des structures étatiques notamment dans la recherche de solutions aux problèmes phytosanitaires de la culture de la banane; ◦ intérêt manifeste de quelques partenaires techniques et financiers (PTF) (conduite d’études, financement de projets). Pour la filière banane, il y a aussi quelques opportunités à saisir : • un potentiel de production de banane biologique ; • l’intérêt d’acteurs privés pour la production de banane biologique; • l’existence du marché nord-américain pour la banane biologique avec à la clé les possibilités de bénéficier de la prime biologique en empruntant les canaux de distribution du commerce équitable. 32. Parmi les principaux atouts de la filière haricot, on peut signaler : • l’existence d’un savoir faire indéniable chez les paysans producteurs opérant au sein de plusieurs organisations structurées autour de la multiplication de semences; • l’implication de plusieurs partenaires de développement (ONG, firmes privées) dans la mise en place de dispositif pour augmenter l’offre de semences de qualité (essais d’adaptation de variétés, sélection multiplication, système de prêt de semences) ; • l’intérêt manifeste de quelques partenaires techniques et financiers pour financer ces dispositifs de production et de multiplication de semences de base (conduite d’études, financement de projets) ; • l’existence d’une structure nationale d’intervention, le Service National Semencier; • un marché national non couvert. 33. Dans la filière manioc, les atouts se déclinent : ◦ grandes potentialités agro écologiques nationales pour la production du manioc ; ◦ marchés importants national et international; ◦ disponibilité de ressources humaines possédant un savoir-faire dans la production et de la transformation du manioc ; ◦ existence au niveau national des compétences dans la machinerie agricole pour la production et la transformation du manioc (cas de l’Atelier-Ecole de Camp Perrin) ; ◦ existence d’organisations paysannes motivées et prêtes à travailler au développement de la filière. 34. Pour la filière igname, les plus atouts évidents sont présentés ci-après : ◦ fortes potentialités agro écologiques existantes; ◦ marchés existant aux niveaux national et international ; ◦ existence de ressources humaines possédant un savoir-faire dans la production de semences notamment dans la région de Beaumont; ◦ existence d’organisations paysannes motivées et ayant une certaine expérience dans la production de semences dans la filière. 35. Perspectives et axes d’intervention possibles : En vue de profiter des atouts et de saisir quelques des opportunités il s’avère important de pouvoir : • définir un cadre global d’interventions pour l’ensemble de ces filières ; un appui en ce sens au Ministère de l’Agriculture serait nécessaire ;   ◦ trouver les moyens adéquats en vue de résoudre les problèmes d’accès au crédit destinés aux producteurs agricoles et aux petits agro-industriels, ◦ diffuser massivement les savoir-faire agricoles existants : ▪ les itinéraires techniques de production en général; ▪ miniset dans le cas de l’igname, tout en ayant en perspective de trouver une alternative aux jeunes arbres ou tout simplement reboiser pour les remplacer (l’utilisation du bambou pourrait être envisagée); ▪ PIF (plants issus de fragments) dans le cas du bananier ; tout en mettant en place des réseaux paysans de production de drageons ; ▪ conservation des boutures de manioc ; ▪ réduction des pertes de production post-récolte dans les cas du haricot et de l’igname ; • explorer de façon systématique les possibilités d’exportation de l’igname (en capitalisant sur les échecs passés) et de la banane biologique ; • constituer des germoplasmes adaptés aux différentes aires agro-écologiques produisant du haricot ; • trouver les meilleures techniques (si c’est techniquement possible) pour cultiver le haricot en montagne, ou mieux trouver une alternative à cette culture en montagne. I. INTRODUCTION ET METHODOLOGIE 1.1 Rappel des objectifs 1.1.1 Objectif général Collecter et analyser les informations nécessaires en rapport avec les filières semencières de la banane, du haricot, de l’igname et du manioc de façon à proposer aux bailleurs des axes d’intervention en vue d’aider à dynamiser les dites filières et les rendre productives et concurrentielles. 1.1.2 Objectifs spécifiques 1. Localiser et colliger l’information disponible concernant ces filières : les informations recherchées concernent : a. l’organisation des différentes filières : les acteurs privés et publics, nationaux et étrangers, leurs rôles et leur importance, depuis les productrices et producteurs et leurs organisations de base jusqu’aux importateurs d’intrants et grands commerçants; b. les aspects économiques : coûts de production, de revient, coûts d’importation versus production nationale, coûts et revenus des différentes étapes / maillons de chacune des filières, etc.; c. les aspects techniques : production; d. les aspects d’intégration de chaque filière : décrire la chaîne de valeur de la filière, les marchés, les circuits de distribution, les ententes entre acheteurs et distributeurs, les rapports entre les acteurs, etc.; e. les aspects de genre : différenciation des rôles des femmes et des hommes dans les différents maillons des chaînes de valeur et dans l’intégration des filières; f. les considérations géographiques : où se situent les pôles de production et de commercialisation ; g. les bailleurs impliqués. 2. Identifier les enjeux, contraintes et goulots d’étranglement qui influencent le développement de chacune des filières. 3. Identifier des partenaires locaux potentiels, pour la planification et la mise en œuvre d’initiatives dans ces filières. 1.2 Approche méthodologique Une double approche méthodologique a été retenue : une revue bibliographique et des recherches de données de terrain. La revue bibliographique a résumé plus d’une vingtaine de textes (rapports, articles de journaux, sites Internet) publiés ou non sur les filières à l’étude. Relativement à la collecte des données primaires on a du : • identifier les principales zones de production pour chaque filière, • choisir ensuite quelques unes d’entre elles jugées représentatives en vue d’y interviewer un certain nombre d’acteurs opérant dans chacune de ces zones : producteurs, commerçants, transformateurs, transporteurs, personnes ressources et responsables d’organisations impliquées dans la filière; pour chacune des filières les choix ont été les suivantes : ◦ haricot : Beaumont dans la Grand’Anse, Cap Rouge et La Vallée de Jacmel dans le Sud’Est, Tombe Gâteau dans l’Ouest; quatre (4) de montagnes humides; ◦ igname : Beaumont et Cap Rouge; ◦ manioc : Thomassique dans le Plateau Central; ◦ banane : Arcahaie dans l’Ouest et Marigot dans le Sud’Est. • choisir des opérateurs de manière raisonnée: ils l’ont été avec l’appui des personnes ressources en fonction de leur disponibilité et de leur capacité à fournir les informations recherchées. Plus de 150 opérateurs ont été interviewés de façon directe. Toutefois, comme dans le cas des producteurs et des commerçants, les interviews de groupes ont été priorisées, le nombre total d’individus touchés se situent entre 250 et 3001. Tableau 1: Les enquêtes effectuées Filière Producteurs Transporteurs Fournisseurs d’intrants Personnes ressources Commerçants Total Banane 10 7 2 3 6 28 Haricot 20 5 9 8 16 58 Manioc 8 5 6 1 7 27 Igname 18 5 4 4 10 41 Total 56 22 21 16 39 154 Source : Elaboration propre Sur les 154 personnes interviewées directement, 30% étaient des femmes. II. FILIERE BANANE 2.1 Production et marché de la banane 2.1.1 La Production La banane occupe une place importante aussi bien dans les systèmes de production agricole que dans la diète alimentaire haïtienne. Elle fait partie des cultures les plus rentables pour le producteur agricole haïtien. La consommation annuelle per capita est en moyenne estimée à 22 kg, mais dans certaines zones de production, elle peut dépasser 60 kg. À la fin des années 90, Haïti figurait parmi les plus importants producteurs de plantain du monde (INIBAP 1998 cité par Freguin, 2005) avec environ 270 000 TM par an et 400 000 TM (Ducasse, 2006). Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec une production chiffrée à 200 000 TM, selon les données de la FAOSTAT pour l’année 20082. Le pays a été rattrapé et dépassé par des pays voisins  en particulier par la République Dominicaine et Cuba qui figurent sur la liste des 20 premiers producteurs de plantains avec respectivement 477 400 TM et 351 976 TM. Tableau 2 : Production de Banane et Superficie Cultivée Période Production Totale (banane+plantain) en TM Plantains en TM Superficie moyenne cultivée en ha Moyenne 1998-2008 562 133 271 636 45 700 Moyenne 2000-2008 558 422 267 556 44 688 2008 445 298 200 000 - Source : FAOSTAT La production globale de banane (fruit et plantain) oscillait entre 570 000 et 590 000 TM par année jusqu’au milieu de la décennie 2000, et tend à la baisse à partir de 2006, jusqu’à passer en dessous des 450 000 TM en 2008. Cette dégringolade est principalement due à la chute enregistrée dans la production du plantain entre 2000 et 2008, imputable aux graves problèmes phytosanitaires ayant affecté les plantations depuis la fin des années ’90. Les tableaux et graphiques suivant fournissent une idée de l’ampleur de la situation. Graphe 1 : Evolution annuelle de la production totale de banane en Haïti (1998-2008) Source : A partir de données FAO Le graphique d’évolution de la production du plantain montre un premier ralentissement au début des années 2000 suivi de la chute à partir de 2006. La production en 2008 a reculé de 30% par rapport au niveau de 2000. Toutefois, il faut noter qu’une mission conjointe FAO/PAM en 2010 évalue la production de plantain à plus de 300 000 tonnes pour 2009 et 2010.3 Graphe 2 : Production de plantains sur une dizaine d’années en Haïti (1998-2008) A partir de données FAOSTAT 2.1.2 Les zones de productions La banane (fruit) et le plantain sont cultivés dans les diverses régions du pays, à l’exception de la vallée de l’Artibonite et du périmètre de Saint-Raphaël dans le Nord. La production de la banane est effective dans les montagnes humides des départements du Nord, du Sud’Est et de la Grande-Anse et aussi en plaine, de préférence dans les zones sèches sous irrigation. Par ordre d'importance, les plantations de plantains se trouvent essentiellement dans : • les plaines alluvionnaires des départements de l'Ouest (Arcahaie, Léogane), du Sud’Est (Marigot, Jacmel), du Nord-Ouest (Trois Rivières, Jean Rabel), du Sud (Les Cayes, Roche-à-Bateau) de l'Artibonite, du Nord-Est (Ouanaminthe) et du Centre (Lascahobas); • les mornes du département du Nord (Quartier Morin, Grande-Rivière-du-Nord et Dondon) et de la Grand’Anse (Abricots, Jérémie et Basse Guinaudée). Ainsi, le pays dispose de zones quasiment consacrées à la production de plantains comme l’Arcahaie et la Vallée des Trois Rivières. La plaine de l'Arcahaie et de Cabaret est reconnue pour sa spécialisation dans la production de bananes plantain où plus de 70% de la superficie cultivée est consacrée à cette culture.4 Ce qui lui permet de fournir près du quart de la production nationale et d’assurer l’approvisionnement de plus de la moitié du marché de Port-au-Prince. A l'Arcahaie, l'agriculture est à l'origine de la principale activité de près de 90% de la population. Plus de 80% des producteurs de cette région sont de petits producteurs familiaux qui disposent de moins d'un demi-carreau (0,7 ha) de superficie. Il est aussi important de souligner que les rares données disponibles ne permettent pas de confirmer avec exactitude l’état de la situation dans le pays. En 2005, les superficies en plantains étaient estimées à 20 000 ha, dont 6 000 ha pour la plaine de l’Arcahaie, et le nombre d’exploitations agricoles concernées à 50 0005. 2.1.3 Les variétés Dans le pays, on dénombre plusieurs variétés cultivées. Les noms vernaculaires varient d’une région à une autre. On parle de : « muske », « mateyen », « kochon », « vincent », « gosbotte » et « barrique », etc. Les plantains utilisés en Haïti sont du type Cavendish, avec la « muske » comme la variété la plus cultivée. Cette variété est très appréciée des consommateurs haïtiens, mais se révèle sensible à l’attaque de la sigatoka noire6. Cette maladie affecte les bananiers depuis une dizaine d’années. Parmi les variétés cultivées dans la Caraïbe, les "French" (muske en Haïti, hembra en République Dominicaine) se distinguent par leur production d'un nombre de mains élevé (de 6 à plus de 10 mains) et de doigts nombreux, de taille relativement petite. Ces régimes pèsent en moyenne de 15 à 30 kg, jusqu'à plus de 45 kg, à cause de leur nombre élevé de fruits. Le cycle des "French" varie de 12 à 18 mois. Ils peuvent être plantés jusqu'à la limite altitudinale supérieure où la culture des bananiers est possible (2100 m). Les "French" sont les cultivars majoritairement cultivés dans l'Arcahaie. Les "Faux corne" (macho en République Dominicaine, kochon en Haïti) se distinguent par le fait qu'ils ont un nombre de mains moins élevé (3 à 6 mains), les doigts longs et gros mais peu nombreux en raison d'une inflorescence incomplète. Leurs cycles sont plus courts (moins de 12 mois). Les régimes de "Faux corne" pèsent entre 5 et 15 kg. Les "Faux corne" sont les plantains principalement cultivés en République Dominicaine, jusqu'à 1600 m d'altitude.7 Les « Faux Corne » sont également très cultivés dans la Grand’Anse. 2.1.4 Les systèmes de culture Le plantain est une culture irriguée (généralement : au début) et se retrouve (le plus souvent) dans les zones ayant une pluviométrie qui varie de 1 200 à 1 600 mm par an. Il peut être planté seul ou en association avec d’autres cultures. Le cycle de production est d’au moins une année. La plantation et la récolte se font toute l’année et facilitent l’approvisionnement continu des marchés de consommation urbaine – avec une concentration de la production du plantain (40-50%) au cours de la saison du « printemps ». Par contre, au niveau des plaines irriguées, la production suit un itinéraire plus précis avec notamment un apport de fertilisants et de pesticides suivant les possibilités financières du producteur. Ceci est particulièrement le cas pour la plaine de l’Arcahaie, du Nord-Ouest où le plantain se retrouve en monoculture (après les 3-4 premiers mois de croissance) sur plusieurs milliers d’hectares. Tableau 3 : Calendrier cultural et itinéraires techniques de la banane dans les plaines irriguées OPERATIONS J F M A M J J A S O N D Préparation de sol Plantation Fertilisation Sarclage Arrosage Fréquence bimensuelle Récolte Sources : Jean, 2011 La récolte se fait à la main en coupant le régime en entier. Celui-ci est par la suite transporté hors du champ à dos d’animal ou d’homme. La production est chargée au bord des routes en régime entier dans des camions qui amènent la production dans des marchés urbains de gros. Les rendements obtenus pour le plantain varient avec les zones agro écologiques. Ils vont de 1 à 3 de la montagne sèche aux plaines irriguées. Dans la plaine de l’Arcahaie, il existe un certain savoir-faire agricole qui favorise un niveau de rendement largement supérieur aux autres aires de production du pays. Il faut signaler aussi qu’en zone de montagne les parcelles de bananes sont plus extensives comparée au système intensif archelois. Aujourd’hui, les zones d’intensification de la banane (Plantain et figue banane) en Haïti sont infestées et connaissent une baisse significative des rendements. Les bananiers subissent l’attaque des charançons qui provoquent des dégâts au niveau des racines. Le principal problème demeure la maladie de la sigatoka noire8. Ce champignon perturbe le cycle cultural de la plante et occasionne la destruction des champs entiers de bananeraies. Les producteurs de bananes sont aux abois. « Sous l’effet de la Sigatoka Noire, les bananiers meurent avant leur période de production et les bananes atteignent une maturation précoce » constatent les producteurs.9 Touchée par la maladie, les régimes de bananes deviennent chétives, murissent et pourrissent dans l’intervalle de deux semaines. Tableau 4 : Rendement actuel de la banane suivant les étages agro écologiques Zones agro écologiques Tonnes/ha Plaine Irriguée 24.3 Montagnes humides/semi-humides 11.9 Plaine sèche 9.4 Montagnes sèches 7.2 Source : Jean (2011) 2.1.5 La question des semences et les besoins Dans le monde, la plupart des bananeraies sont pérennes. Grâce à l'émission continue de rejets par les plants mères, les plantations peuvent durer plusieurs décennies. Dans une bananeraie pérenne, il y a chevauchement des cycles végétatifs des plants, ce qui permet l’étalement de la production sur toute l'année. Divers facteurs influent la production, tel que le climat (température, nombre d'heures d'ensoleillement, eau disponible) et les caractéristiques physiologiques propres à la plante. Conséquemment, on observe une relative augmentation de la production au cours de la saison chaude et pluvieuse (mars à novembre) et une baisse de la production pendant la saison sèche. Le mode de reproduction des bananiers repose sur le fait que chaque plant mère émet des rejets à des périodes différentes suivant leur stade de développement. En effet, par choix lié ou non à des contraintes de milieu (ressource en eau, vent, problèmes phytosanitaires, trésorerie, tenure foncière), les producteurs sont parfois contraints de raccourcir la durée des plantations. A l'Arcahaie, par exemple, ils ne les gardent que 2 à 3 ans, au maximum10. Cette pratique s’intensifie dans les différents sites de production d’autant qu’ils subissent tous les attaques de nématodes et sont affectés par la maladie de la Sigatoka noire. Ainsi pour le renouvellement des plantations, le producteur aura besoin de boutures. Il s’ensuit donc une demande croissante pour les boutures de bananes à l’échelle nationale. Les sollicitations provenant des divers sites de production pour des drageons sains et en mesure de résister à la maladie de la sigatoka noire mettent la filière banane à rude épreuve. Un marché de « bouture » est en plein développement. Au niveau national les besoins en plants de banane sont estimés pour une année à 250 millions de plants par le Ministère de l’agriculture (Tableau 5). L’essentiel du matériel végétal utilisé dans cette filière est d’origine locale. Préoccupés par des pertes de production considérables de certaines zones du pays pouvant dépasser les 90 %, plusieurs partenaires de développement se montrent de plus en plus intéressés à apporter leurs appuis à cette filière. En 2010, ils ont distribué une centaine de milliers (116 000) plants à plusieurs associations de planteurs à travers le pays.11 Quelques initiatives impliquant des opérateurs privés comme Bio Récolte (entreprise non opérationnelle actuellement), le Ministère de l’agriculture et la CIAT sont à l’œuvre pour introduire de variétés résistantes à la maladie. Des essais multilocaux sont en cours avec les variétés FHIA18 et FHIA23. Tableau 5 : Besoins en boutures de bananes Superficie annuelle Ha Densité plants/ha Boutures million plants 100 000 2500 250 Source : MARNDR (2010) Dans l’optique où les plantations durent trois (3) ans, le marché annuel serait de 83 millions de boutures. La principale contrainte pour la culture de la banane s’articule pour le producteur autour de l’accès à des rejets sains pour espérer diminuer les effets des pestes et inverser la chute de production. Des initiatives de certaines organisations communautaires sont à signaler dans la zone de Marcelin (Mirebalais) avec le COPAM (Coopérative agricole de Mirebalais) qui a acquis une expérience probante dans la multiplication des plants de banane par la méthode PIF (plants issus de fragments). C’est une technique de multiplication végétative rapide. Le PIF permet une production en masse des rejets, en seulement trois ou quatre mois, et surtout hors du champ, dans un lieu sain. Avec le PIF, on peut produire ses plants à n’importe quel moment de l’année sans difficulté moyennant la maîtrise de la technique. Le COPAM a développé son expertise comme producteur de plants dans la région collaborant avec des opérateurs de la place. Par ce procédé, le COPAM a pu approvisionner le PICV (Projet d’intensification des cultures vivrières, un projet du Ministère de l’agriculture) en plantules de bananiers qui sont par la suite distribués aux producteurs des périmètres irrigués du Bas Plateau Central. 2.1.6 Effets de la Sigatoka noire sur la filière Il n’existe pas d’étude factuelle sur les impacts généraux de la Sigatoka noire sur l’ensemble de la filière banane. On peut toutefois tabler sur une réduction de l’apport de la production nationale dans les disponibilités totales ; une diminution de la production en volume et une baisse des revenus de l’ensemble des acteurs compte tenu du faible volume commercialisé. À l’échelle des exploitations agricoles, les effets portent sur des changements dans les pratiques et les rotations culturales, la chute des rendements et des revenus agricoles (voir encadré). Principaux effets agroéconomiques de la Sigatoka noire sur le système de production de la banane en Haïti Au niveau des systèmes de cultures • Le taux de prévalence de la Sigatoka noire dans les exploitations agricoles est proche de 100% et tous les cultivars présents y sont atteints ; • Les agriculteurs ont modifié l’ordre de succession dans les rotations culturales et ont apporté des changements dans la période de pointe de plantation de la banane dans la région. Cette période est passée de d’Août-Octobre à Mars-Avril pour plus de la moitié des agriculteurs enquêtés ; • Les pratiques culturales dans les périmètres des Matheux et de Courjolles ont subi de changements significatifs comme l’augmentation de la distance de plantation, la durée de la jachère moyenne pâturée et temps de travail dans les parcelles de banane. Le temps de travail effectué dans les exploitations agricoles est passé de 545 jours/carreau au cours de la Sigatoka noire, contre 510 jours/carreau avant pour un cycle de production ; • Un début de substitution des superficies plantées en banane au profit d’autres spéculations ; • Une baisse de plus de 50% du rendement réel (en poids) de la banane. Au niveau financier • Une baisse de plus de 80% de la rémunération du travail familial et du revenu net pour la culture de la banane ; • Une baisse drastique du revenu agricole estimée à plus de 80% selon les catégories d’exploitations agricoles ; • Le recours soutenu à des activités extra-agricoles pour compenser les pertes de revenus agricoles ; • L’incapacité de plus de 50% des exploitants de pérenniser le processus de production au sein de leur exploitation agricole. Source : Pierre (2010) 2.2 Le Marché 2.2.1 Commerce Alors que le pays était un important exportateur de banane Gros Michel dans les années 40, il n’exporte plus de banane depuis le début de l’année 2000. La disparition de ce fruit dans les exportations a été causée en partie par le Mal de Panama qui a décimé les plantations. Une petite quantité de plantain est traditionnellement expédiée vers les petites Antilles voisines à partir de Port-de-Paix dans le Nord-Ouest. Les importations ont pris de l’importance. Elles se font sur une base informelle avec la République Dominicaine et fluctuent entre 5 et 20 000 tonnes selon l'année. En 2005, une étude du MARNDR/BID a estimé ces importations à 20 000 tonnes et les exportations à 4 000 tonnes métriques.12 En ce qui a trait aux plantains, dans les années 80, le marché national consommait plus de 500 000 tonnes. Les disponibilités actuelles permettent de satisfaire environ la moitié de la demande nationale. La production de plantain est au plus bas depuis l’infestation par la Cercosporiose noire. Pour les volumes commercialisés, le marché haïtien de la banane, se repartit ainsi entre la banane plantain (60%), la banane figue verte (35%) et la banane Poban (5%). Il est toutefois important de souligner qu’en comparaison des volumes, la différence de prix dans le circuit local entre la banane plantain et la banane figue est très faible. 2.2.2 Prix, revenus et compétitivité Jusqu’en 2005, le producteur percevait à peu près 60% du prix final de commercialisation de la banane cultivée en Haïti pour un prix de détail de l'ordre de 0,7 dollar US le kilo ; le reste (40%), étant réparti entre les nombreux acteurs de la filière. Tableau 6 : Prix à la Production des Bananes Plantains à Arcahaie Type de régime Prix d’un régime en USD Prix moyen en USD Gros (12-18 kg) 5-10 6 Moyen (8-12 kg) 4-6 5 Petit (6-8kg) 2,5-5 3 Source : Freguin (2005) Les prix payés aux producteurs haïtiens pour la banane étaient donc très élevés par rapport à ceux payés aux producteurs dominicains. La valeur ajoutée par ha produite par petits producteurs était relativement élevée, soit entre 4 500 et 8 000 dollars US par ha de culture et par an. Ceci n’est plus le cas actuellement où les producteurs ont du mal à faire face à la Sigatoka noire qui a affecté l’ensemble du système de production et les revenus afférents. Une enquête réalisée par Pierre (2010) dans la plaine de l’Arcahaie montre une diminution significative de la contribution de la banane dans la formation des revenus agricoles. Cette part supérieure à 95%, variaient de 62 à 83% suivant les catégories de producteurs (discrimination par la taille de la parcelle). Une récente étude confirme la tendance à la baisse en estimant les marges dégagées par les producteurs des plaines irriguées à seulement 117 000 gourdes par hectare13, en comparaison avec les chiffres de Freguin (2005). Voir tableau 7. Tableau 7.- Effet de la Sigatoka noire sur le revenu agricole des producteurs de bananes Catégorie Revenu issu de la production de la banane en HTG Part dans le revenu agricole en % Revenu issu de la production de la banane en HTG Part dans le revenu agricole en % AVANT la Sigatoka noire PENDANT la Sigatoka noire 1 880 634 97,37 85 299 73,62 2 329 442 97,04 25 542 61,64 3 85 619 96,57 13715 82,57 Source : Enquête de terrain (Juillet – Septembre 2007), Pierre, 2010 2.2.3 Transformation La banane en tant que fruit est consommée à l’état frais. En ce qui concerne le plantain, il est consommé bouilli ou frit. La variété Bluggoe (Poban) est utilisée pour produire la farine de banane pour les nourrissons; la transformation se réalise au niveau des ménages. Le plantain est utilisé pour faire le « papita », un type de laminage des fruits de la banane, emballé dans des plastiques, puis commercialisé par des marchands ambulants. 2.3 Bilan général de la filière La production de banane en Haïti est destinée essentiellement à l'autoconsommation ou à la vente locale, jouant par là un rôle crucial dans la sécurité alimentaire et représente une source de revenus monétaires importante pour des exploitations agricoles de certaines régions du pays. Le bilan global de la filière montre que : • plus de 20 000 exploitations sont concernées par la production ; • une part croissante des disponibilités provient de la République dominicaine ; • et un recul de la production, d’au moins 20% selon nos estimations, consécutif aux effets désastreux des problèmes de phytopathologie et des pestes et à l’urbanisation des terres agricoles de plaines. Il existe une situation de déficit dans la mesure où le marché peut contenir un volume supplémentaire sachant que la consommation du marché national tournait autour de 500,000 tonnes de banane. Tableau 8.- Structure générale de la filière de la banane Nombre d’exploitations 50,000 Surfaces 20,000 ha Production 300,000 TM Importation …20,000 TM Total 320,000 TM Consommation 300,000 TM Exportation 4,000 TM % importation / disponibilité 6% % exportation / disponibilité 1% Source : BID/MARNDR, Paul, 2005 2.4 La commercialisation et les acteurs 2.4.1 La carte de la filière Le circuit national Le mode opératoire en œuvre sur les circuits fait qu’un régime de bananes plantains peut transiter entre plus d’une dizaine de mains différentes avant d'arriver au consommateur final. Ce qui fait augmenter le coût de l’intermédiation : 1. Après avoir récolté sa production, le producteur achemine les régimes de banane jusqu'à un poste où sont regroupés un premier type de marchands. 2. Ces derniers se chargent de collecter les produits d'un ou plusieurs producteurs, puis de les acheminer jusqu'aux marchés locaux pour les revendre. 3. Ces collectrices les échangent ensuite à d'autres intermédiaires, des ''Madan Sara'' qui assureront le transfert de l'Arcahaie jusqu'à Port-au-Prince. 4. Les bananes plantains transiteront ensuite au marché de gros de la Croix-des-Bossales puis aux mains de plusieurs « pratik », des revendeuses auprès desquelles les consommateurs urbains s'approvisionnent.14 Le circuit international Le circuit de commercialisation de la banane dominicaine en Haïti est beaucoup plus restreint que celui de la banane produite localement. En effet, ces bananes (destinées essentiellement à la consommation sous forme de ''fritay'' et de ''papita'') sont vendues directement aux ''Madan Sara'' urbaines qui les font parvenir à des transformateurs (marchands de fritures et de papitas) jusqu'aux consommateurs urbains. Le graphe 3 présente la carte de cette filière. Graphe 3 : Carte de la filière plantain en Haïti Source : Freguin, 2005 2.4.2 Les principaux acteurs La commercialisation de la banane implique un ensemble d'agents importants. La carte ci-dessus restitue les différents chemins empruntés par le produit. On peut distinguer un circuit long (national) et un circuit court (international). Dans la filière banane en Haïti, les principaux acteurs sont : a. Les Producteurs. Ce sont les exploitants directs qui travaillent suivant différents modes de tenure des terres avec des parcelles jusqu’à 4 hectares. b. Les Négociants (collectrices, grossistes, revendeuses, fournisseurs de services). Ils assurent l’intermédiation entre les producteurs et les consommateurs. Cette catégorie est dominée par les Madan sara (locale et urbaine) qui tiennent en fonction du lieu et du capital, soit un rôle de collecteur soit de grossiste. Les Madan Sara assurent le lien entre les champs et les marchés urbains ou ruraux. Leur destination finale ou leur zone d’intervention dépend des quantités à commercialiser et subséquemment de l’importance du capital disposé. Elles achètent par douzaine de régime. Les Sara vivant dans la capitale haïtienne peuvent parfois se rendre plusieurs fois par semaine dans les différents marchés de production ou de regroupement pour leur approvisionnement. Quant aux revendeuses, elles s’approvisionnent en petites quantités auprès des Madan Sara grossistes et revendent en détail au consommateur des lots de doigts hétérogènes. c. Les fournisseurs de services regroupent : les « Manadgè » ou collecteurs sur lesquels s’appuient les Saras de Port-au-Prince sont embauchés pour faire la prospection dans les jardins et le démarchage directement auprès des producteurs; les transporteurs et les manutentionnaires et les propriétaires de dépôts. d. Les acteurs de la transformation. Ils produisent de la papita (chips) et de la banane frite couramment connue en Haiti sous le nom de « fritay ». e. Les Encadreurs. Ils se résument principalement au secteur public à travers les Services déconcentrés du Ministère de l’Agriculture, des organisations de développement ou des projets spécifiques dans la filière. 2.4.3 Relations entre les acteurs Les différentes catégories et groupes d’acteurs entretiennent diverses relations qui vont de la coopération à la concurrence active suivant leur positionnement dans la filière. • Entre les exploitants, grands et moyens, et les vendeurs de force de travail, ils se créent une relation de clientélisme. Ainsi, il n’est pas rare de voir des producteurs s’attacher à un groupe de travailleurs en leur assurant le logement et parfois l’outillage. Cette pratique s’inscrit dans la fidélisation des travailleurs agricoles en vue de contourner les difficultés liées à la rareté de la main d’œuvre. Ces travailleurs sont d’autant plus sollicités que l’intensification des cultures bananières est exigeante en main d’œuvre. • Entre les producteurs et les Madan Sara locales, il existe toute une série de liens familiaux et de copinage. Il se crée une relation de confiance ou d’habitude se basant sur la proximité qui facilite à la Madan Sara d’accéder directement au champ du producteur. Les échanges se font sur un mode de transactions conventionnelles axées sur des relations de confiance. • Entre les Madan Sara de Port-au-Prince et les Madan Sara locales, il se crée une relation de clientélisme simple désignée sous le terme de « pratik ». Le « pratik » a la priorité sur les autres concurrents et bénéficie de meilleurs prix dans les transactions et des paiements en en différé. • Entre les marchandes et les consommateurs, les échanges se font suivant des transactions marchandes pures régies par les lois du marché. 2.4.4 Les institutions d’accompagnement Les institutions d’accompagnement sont essentiellement : • Les associations de producteurs locaux. Elles sont pour la plupart de formation récente soit moins d’une dizaine d’années. Elles collaborent avec différents opérateurs de développement dans la mise en œuvre de projets de boutiques d’intrants, de formation, … Dans la zone de l’Arcahaie on identifie plus d’une cinquantaine ayant conduit des actions en ce sens avec des institutions comme WINNER, FAO, DEED, MARNDR, etc. (voir annexe 1) • Le Ministère et ses services déconcentrés, les Directions Départementales, les Bureaux Agricoles Communaux, le Service National Semencier (SNS). • Les projets autonomes financés par des bailleurs internationaux. • Les interventions directes de la coopération internationale (FAO, ...) en collaboration avec le Ministère. 2.5 Atouts, contraintes de la filière banane et perspectives 2.5.1 Les atouts Parmi les principaux atouts pour la filière banane, on peut signaler : • Marché national important et extensible. Les besoins nationaux sont loin d’être comblés. La banane provenant de la République dominicaine s’est taillé une place de choix ; • Existence de plusieurs zones de spécialisation dans sa production et d’un savoir faire indéniable chez les paysans producteurs; • Expérience de quelques organisations structurées de producteurs dans les plus importantes zones de production et avec expériences probantes dans la conduite de projets avec le secteur public et des opérateurs de développement; • Politique nationale privilégiant les filières vivrières et appui ciblé des structures étatiques notamment dans la recherche de solutions aux problèmes phytosanitaires de la culture de la banane; • Intérêt manifeste de quelques partenaires techniques et financiers (PTF) (conduite d’études, financement de projets). En termes d’opportunités : • Potentiel de production de banane biologique. Rappelons que la quasi-totalité de l’engrais consommé dans le pays est le fait des filières du riz (90%) et de l’horticulture (produits maraichers). Jusqu’à une certaine époque, l’utilisation des fertilisants et pesticides chimiques dans la filière banane était très restreinte et concernait seulement deux (2) à trois (3) plaines irriguées; • Intérêt d’acteurs privés pour la production de banane biologique; • Existence du marché nord-américain pour la banane biologique avec à la clé les possibilités de bénéficier de la prime biologique en empruntant les canaux de distribution du commerce équitable. 2.5.2 Les contraintes • Prévalence de la Cercosporiose noire dans les zones de production. Infestation des zones d’intensification de la banane (nématode et maladies de la Sigatoka) entrainant une importante chute de la production15, des revenus agricoles et un produit inadéquat. Les bananes produites perdent de leur volume. • Dégénérescence variétale. Les variétés en place montrent leur incapacité à résister aux attaques des parasites virales, des fongiques de même que des insectes. • Maîtrise insuffisante des pratiques culturales. La maîtrise de l’eau à la parcelle, la fertilisation, la lutte contre les ravageurs et les maladies ne sont pas maîtrisées dans la culture de la banane. Le référentiel technique doit être repris et diffusé aux producteurs. • Manque d’accès au financement. Peu de crédit est accordé au producteur qui s’adonne au marché informel à des taux exorbitants. La faiblesse des capitaux des producteurs devient une contrainte majeure limitant ses investissements. Faute de moyens financiers, ils ne sont pas en mesure de se procurer des rejets sains et d’appliquer intégralement les paquets techniques diffusés. Parallèlement, les coûts de production à l’hectare ont évolué à la hausse suite à l’augmentation de la charge de travail au niveau des parcelles pour réduire les effets agronomiques de la Sigatoka noire. • Insuffisance dans l’accompagnement technique des services publics. • Transport inadéquat et conditionnement déficient. Cet état de fait entraine des pertes post-récolte estimées à 20-30 % et un produit mal présenté qui se détériore rapidement. Après quelques jours, la banane présente des tâches noires qui diminuent sa valeur marchande. 2.5.3 Perspectives Aujourd’hui, le problème semble se poser en termes de la maitrise sanitaire des sites de production couplée aux difficultés d'accès aux rejets sains. Les cris d’alarme vont jusqu’à parler de « disparition de la banane en Haïti »16. Avec une marge de manœuvre limitée, les producteurs sont aux abois sachant que la banane demeure une culture de rente par excellence et qu’il est difficile de lui trouver un substituant procurant ce même niveau de rentabilité. Les principaux problèmes recensés auxquels font face les producteurs de plantains sont : les coûts de production élevés; l’incapacité de contrôler les pestes et les maladies phytosanitaires (Cercosporiose noire); l’accès à l'eau coûteux (pas en termes financier mais sur le plan institutionnel vu que les réseaux d'irrigation ne fonctionnent pas de manière optimale). Il y a lieu d’accompagner et de capitaliser sur les rares expériences réalisées dans la filière relatives à l’utilisation de la méthode de reproduction végétative et au contrôle de la Sigatoka noire, effectuées aussi bien par la recherche que par les producteurs. Les pistes à explorer/renforcer portent sur : • La multiplication des plants de bananiers par la méthode PIF; • L’utilisation adéquate des techniques culturales appropriées pour optimiser les rendements; • La mise en place d’un réseau paysan de production de drageons pour augmenter la disponibilité. III. FILIERE HARICOT 3.1 Production du haricot 3.1. 1 La Production La production de haricot (Phaseolus vulgaris L) est la plus répandue parmi les légumineuses en Haïti et concerne l’ensemble des départements et des exploitations agricoles regroupant pas moins de 350 000 producteurs. Il est cultivé sous formes de deux types se distinguant par leur couleur (noire et rouge) qui se répartissent environ sur 160 000 hectares. En 2007, la production s’est chiffrée à 70 000 tonnes métriques, contre 50 000 en 200417. Les quantités produites sont loin des 90 000 tonnes métriques obtenus durant les années 90. 3.1.2 Les zones de production et système de culture Le haricot est principalement cultivé dans les zones humides et semi-humides du pays (montagnes, plaines) et des plaines irriguées en association avec d’autres cultures vivrières.18 Le département du Sud en fournit le plus fort pourcentage, environ 20 pour cent du total de la production du pays. Ceci peut s’expliquer par les performances agronomiques (rendement supérieur par rapport à la moyenne du pays et la présence de service d’encadrement). Parmi les autres grandes régions de production figurent les départements du Sud’Est, du Centre, de l’Artibonite et de la Grande-Anse. Le haricot est produit en deux saisons de culture. Selon les régions et la différenciation agro-écologique, on arrive jusqu’à trois saisons au cours de l’année. Les producteurs recourent à l’utilisation de fertilisants et de pesticides selon leur moyen et la disponibilité de ces produits. Le calendrier cultural dans l’ensemble suit à peu près ce schéma (Tableau 9): Tableau 9 : Périodes de Culture et de Récolte du Haricot selon Zones Agro Ecologiques Zone agro écologique Semis Récolte Zone de montagne • mars-avril • juillet-août • juin • octobre-novembre Zone de plaine novembre-décembre Février-mars Source : Elaboration propre Dans le Sud’Est, par exemple, la récolte de juin est la plus grande. L’association du haricot avec d’autres cultures s’inscrit dans la logique d’optimisation agro économique de l’exploitant agricole haïtien. Les rotations de cultures s’effectuent suivant un calendrier propre établi par le producteur et sont fonction de la zone agro écologique. 3.1.3 Les variétés et rendements Les semences de haricot utilisées sont de type traditionnel et résultent de la tradition de sélection paysanne. Ces dernières années, elles sont devenues sensibles à la mosaïque dorée, une maladie qui affecte les rendements obtenus. Plusieurs variétés en cours d’utilisation actuelle sont introduites par les institutions publiques agricoles, la coopération internationale notamment la FAO, les ONG, et le secteur le secteur privé. D’une manière générale, les rendements obtenus en Haïti (190 à 550 kg à l’hectare) sont faibles en comparaison des autres pays. A l’échelle nationale, ils varient d’une zone à une autre compte tenu, très souvent, des conditions peu favorables au développement des cultures (humidité, parasites, fertilité). Les meilleures performances sont obtenues dans la plaine des Cayes, à Salagnac et quelques zones ayant bénéficié de variétés améliorées telles que : • Arroyo loro negro (jusqu’à 2 tonnes/ha), • Tamazulapa (1 à 1.5 tonne/ha) • Icta Ligero (1.5 tonne/ha), originaire du Guatemala, puis introduit dans le cadre d’un projet de la FAO en 2005. Il s’agit d’une variété améliorée, à fort potentiel de rendement, et résistante au virus de la mosaïque dorée.19 Tableau 10 : Rendement du haricot dans le Bassin Versant de Montrouis Zones agroécologiques Kg/ha Plaine Irriguée 535 kg Montagne humide/semi-humide 413 Plaine sèche 215 Montagne sèche 190 Source : Chesnel Jean, 2011 « Diagnostic Winner, Bassin Versant Montrouis Et Enquêtes Sud’Est et Beaumont, août 2011 Les producteurs effectuent leur propre sélection de semences avec tous les risques que cela comporte sur la dégénérescence variétale. Cette sélection paysanne se fait dans des conditions non optimales. 3.1.4 La question des semences et les besoins Selon le Ministère de l’Agriculture, 7 500 tonnes métriques de semences sont nécessaires à la mise sous cultures des 125 000 hectares du pays, avec une densité de 60 kg/ha. Toutefois, il faut signaler que les besoins en semences ont diminué de 10 000 TM par rapport aux estimations de 2005. Cette baisse fait suite à la diminution de 21 % des superficies emblavées en passant de 160 000 à 125 000 hectares au niveau national. La situation est telle que dans l’ensemble, les semences vivrières sont soit des semences certifiées chères et d’accès difficile, soit de mauvaise qualité. Ce qui amène la plupart du temps les producteurs à se contenter des grains triés, voire des grains destinés à la consommation et achetés sur le marché. Il est admis que les semences de haricot utilisées proviennent du stock paysan (cultures antérieures), des échanges saisonniers entre producteurs et entre zones agro écologiques différentes (montagnes versus plaines et vice versa), des marchés locaux et des programmes de subventions et de distribution de variétés améliorées. Elles sont donc d’origine locale dans leur grande majorité. Très souvent, le producteur est obligé de consommer ou de vendre les semences stockées pour répondre à un besoin pressant. Une étude20 du CRS a noté une particularité du système semencier de la filière en signalant le comportement des producteurs de haricot qui ont tendance à vendre les semences de haricots. L’étude montre que cinq fois plus de fermiers achètent des semences de haricots au marché plutôt que de les garder pour la saison suivante. À la prochaine saison, il se retrouve en difficulté pour s’en procurer suffisamment faute de trésorerie. Le prix de la marmite de haricot (6.5 kg) passe facilement du simple au double entre la récolte et le prochain semis, ce qui occasionne une réduction des superficies emblavées. Les agriculteurs réagissent en plantant davantage de cultures à cycle de production plus court et dont les semences sont moins chères comme le maïs dans certaines zones. Les producteurs dépendent donc largement des marchés pour s’alimenter en semences. Ce mode opératoire leur constitue un handicap compte tenu de la faiblesse de leur trésorerie. Par ailleurs, il ressort également que les conditions de sélection et de conservation en milieu paysan ne sont pas appropriées, ce qui occasionne une perte de qualité des semences (génétique, sanitaire) et, subséquemment, une diminution du rendement des cultures. L’introduction de nouvelles variétés est minimale au point que durant ces cinq dernières années moins de 15% des ménages paysans ont eu accès à une quelconque nouvelle variété.21 Les principaux problèmes identifiés pour les producteurs se résument en ces différents points chroniques: • Faiblesse ou inexistence de capacité de stockage de semences dans des conditions acceptables; • Maitrise insuffisante des techniques de multiplication des semences; • Faible disponibilité des semences de qualité sur le marché au moment de la saison de plantation; • Incapacité (financière) des producteurs pour s’en approvisionner (cherté des semences); • Consommation et vente des semences en situation de crise; • Limitation en nombre des variétés utilisées. Des initiatives ont été entreprises à différents niveaux pour rendre disponibles des semences de qualité sur le marché local. D’un coté, elles ont suivi la voie institutionnelle ayant abouti à la mise en place d’institution tel que le CIDPSA (disparue depuis plus de 10 ans déjà), et le Service National Semencier (SNS) depuis 2002. D’un autre coté, la voie opérationnelle qui mise sur des activités de production et de multiplication de semences certifiées et artisanales en y associant entre autres, les organisations communautaires. C’est dans cet esprit que la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a facilité la création de groupements de productions de semences artisanaux (GPAS) à travers le pays. Entre temps, le projet PICV dans le Bas Plateau Central a travaillé à la mise en place d’une demi-douzaine de PES (Petite entreprise semencière) dans le but de pallier le manque de semences de haricot.22 En 2009, les GPAS ont bénéficié d’un appui du projet PACT-PV «Plan d’Action à Court Terme d’Appui aux Productions Vivrières» qui leur a permis d’acquérir une capacité technique de base pour la production de semences de haricot et de maïs23. Les problèmes demeurent entiers pour le producteur haïtien de haricot quant à la limitation de la gamme de variétés disponibles, la disponibilité et l’accessibilité aux semences de qualité dans une logique de quantité et de prix raisonnables. Ceci s’explique par le fait que la production de semences n’est pas organisée à l’échelle des besoins du pays. Les rares organisations qui produisent des semences de qualité (par exemple, l’Organisation pour la réhabilitation environnementale, ORE) ne les produisent qu’en petite quantité et généralement en fonction de débouchés sûrs et prévus à l’avance (commande de projets). Les autres semences de qualité sont issues de programmes d’urgence de distribution d’intrants ou de dons internationaux. A la suite du tremblement de terre, plusieurs organisations ont procédé à la distribution de semences de haricot dans le cadre de la réponse humanitaire. Le département du Sud’Est a bénéficié des semences distribuées par la FAO et l’ACDI/VOCA. En mars 2010 ACDI/VOCA évoquait avoir distribué 20 tonnes métriques de semences de haricots. Actuellement ACDI/VOCA exécute dans le Sud’Est un projet de recherche (essais variétaux) en collaboration avec le CRDA du Ministère de l’Agriculture, et de distribution de semences sous forme de prêt. Dans ce système les agriculteurs reçoivent des semences, les cultivent, et remboursent la même quantité pour la prochaine saison. Cela inclut l’Arifi Wurifi–une nouvelle variété de haricot noir à haut rendement et résistants aux champignons endémiques dans cette région. Les rendements obtenus par les paysans seraient de 1.524 tonnes à l`hectare selon l`ACDI-VOCA Dans le cadre du projet “Haïti Régénération Initiative” ORE, avec un financement de la « Fondation Charitable de la Countesse Moira », participe à la réalisation d’essais variétaux sur 14 exploitations agricoles du bassin-versant de Port-à-Piment, en conditions paysannes de montagne.. Les essais portent sur quatre (4) variétés différentes de haricot dont trois (3) espèces locales améliorées, et une espèce locale non-améliorée. Ces champs d’essai ont comme objectif de « tester un certain nombre de variétés de semences de haricot ainsi que diverses pratiques de plantation, afin d’identifier la meilleure combinaison d’espèces de haricot et de pratiques agricoles ».25 3.2. Le Marché 3.2.1 Commerce (importation, exportations) Importations Compte tenu de la disponibilité de l’approvisionnement en haricots locaux, les importations connaissent des hausses et des baisses. Elles varient normalement entre 10-15 pour cent de la consommation totale selon les années. Les haricots sont importés et/ou réexportés vers la République Dominicaine. Il arrive qu’un volume significatif de haricot arrive aussi des Etats-Unis via la République Dominicaine de manière officieuse par le canal des commerçantes, aussi connues au nom de Madan Sara. Les importations commerciales de haricot tournent autour de 20 000 tonnes pour la période 2006-2008, contre 10 000 en 2004. Les statistiques observées pour 2007 montrent que parallèlement à la baisse de la production, le niveau des importations commerciales ont doublé entre 2004 et 2007. Ce qui traduit que le marché du haricot en Haïti est loin d’atteindre son plafond. Aussi faut-il rappeler que la production avoisinait les 100 000 tonnes durant la période 1993-95. Une autre partie des importations provient de l’aide alimentaire qui était de 7,594 tonnes en 2004. Il faut noter que cette aide en « haricot » participe aux disponibilités alimentaires du pays depuis des années. Tableau 11 : Production et Importations de Haricot Année Production (TM) Millions (USD) Importation (TM) Millions (USD) 2006 40 000 15,5 19 900 14,2 2007 70 000 28,8 20 700 12,2 2008 - - 19 800 13,0 Source : À partir données FAOSTAT Exportations Les exportations se font tout au long de la frontière Haїtiano-dominicaine suivant des échanges purement informels. En 2004, « Capital Consult » estimait ce volume de transaction à près de 2,000 TM, ce qui équivaut à 34 millions de gourdes. D’un autre coté, on a aussi observé des réexportations vers la République Dominicaine qui s’élèvent en 2004 à 10,000 TM. L’augmentation des importations commerciales n’implique pas forcément celle de la consommation en Haïti. 3.2.2 Structure des prix La marge du producteur se situe entre 30 et 40 % (y compris la rente foncière et les intérêts payés) du prix final payé par le consommateur (Tableau 12). Tableau 12 : Structure des prix du haricot Item Prix en HTG % Px Cons Consommations intermédiaires 14 - Main-d’œuvre 25 - Rente foncière 4.5 - Amortissement 2.4 - TOTAL - Coût de production 45.9 39% Marge nette producteur 41 35% Coût de mise en marché 11 9% Marges intermédiaires 19 16% TOTAL - Prix consommation 116.9 100% Source : MARNDR/BID (2005) 3.2.4 Bilan général de la filière Le tableau 13 présente ce bilan. Tableau 13.- Structure générale de la filière haricot Nombre de producteurs 300,000-350 000 Surfaces 125,000 ha Production 70,000 TM Importation …20,000 TM Total 90,000 TM Consommation 80,000 TM Exportation 10,000 TM % importation / disponibilité 22 % exportation / disponibilité 11 Source : Données combinées 3.3 La commercialisation et les acteurs 3.3.1 Circuits et principaux acteurs La commercialisation du haricot se fait en fonction de deux grands circuits : un circuit local et un circuit international pour les produits importés. À l’instar de tous les produits vivriers, le circuit international implique moins d’acteurs. Dans la filière haricot en Haïti, les principaux acteurs sont : 1. Les Producteurs. Ils sont des milliers d’exploitants à produire cette spéculation. Les statistiques disponibles parlent de 300 000 à 350 000 opérant dans les différentes aires agro écologiques du pays. Le haricot est cultivé jusqu’à trois saisons par année; 2. Les intermédiaires négociants (collectrices, grossistes, revendeuses, fournisseurs de services). L’intermédiation entre les producteurs et les détaillants des marchés urbains est assurée par des Madan Sara qui assurent les fonctions de collecte, de stockage, de distribution et de vente. Les Madan Sara s’activent entre le milieu rural et urbain. Elles alimentent les revendeuses et les détaillantes qui se déplacent d’un marché à un autre. Ces intermédiaires sont exclusivement féminins. Les Madan Sara constituent l’épine dorsale de la filière haricot. Elles constituent une importante source de crédit informel tant pour leurs fournisseurs (avance de fonds) que pour leurs acheteurs, les grands et petits détaillants (vente à crédit). Quant aux grossistes, ils opèrent particulièrement dans le circuit du haricot importé. 3. Les importateurs. On a les grands importateurs, une dizaine, qui sont localisés dans la capitale. Ils se confondent avec les importateurs de riz. Les moyens et les petits importateurs, au nombre d’une cinquantaine, reçoivent généralement leurs commandes via les ports de province. Tous importent du haricot des Etats-Unis qu’ils concèdent à des intermédiaires jouant le rôle de grossistes. Ils ont accès au crédit bancaire pour leurs activités commerciales. 4. Les fournisseurs de services. D’une part, ils regroupent les transporteurs, les manutentionnaires, et les propriétaires de dépôts et d’autre part, les fournisseurs privés et les boutiques communautaires d’intrants agricoles. 5. Les Encadreurs. La fonction d’encadrement est assurée par plusieurs acteurs particulièrement dans le segment de la production offrant la formation et des conseils techniques. Ces acteurs sont du secteur public, du secteur privé marchand et de la coopération internationale. Voir Graphe 4 ci après. Graphe 4: Carte de Production et des Echanges du Haricot en Haïti Source : http://www.fews.net/docs/Publications/ht_fullmap_beans_norm.pdf 3.3.2 Relations entre les acteurs Les relations entre les différentes catégories et groupes d’acteurs sont les mêmes que dans toutes les filières vivrières. Elles s’inscrivent dans des rapports de clientélisme, de coopération, de solidarité, de compétition en fonction de leur positionnement dans la filière (horizontale, verticale). De nombreuses transactions peuvent se faire à crédit (paiement différé), lequel est fonction de la relation de confiance entre les operateurs. Suivant la qualité de la relation, l’acteur peut obtenir de meilleur prix, s’assurer d’un approvisionnement régulier et obtenir un produit de qualité et minimiser les divers risques. Toutefois, les lois du marché régissent les transactions entre les marchandes et les consommateurs. 3.4 Les institutions d’accompagnement Ces acteurs interviennent en appui à la production et la distribution de semences. Ce sont : ◦ Les associations de producteurs. À l’échelle du pays, les producteurs sont organisés en groupements dans l’optique de défendre leurs intérêts. Ils participent dans des projets de production et de multiplication de semences sur leur territoire (Tableau 14). Tableau 14 : Quelques Organisations Intervenant dans la Filière Haricot dans le Sud’Est et dans l’Ouest Sigle Nom Localisation Membre Filières concernées OPFA Association Paysans Fond’Oie Ravine Fond (Léogane 326 Haricot/igname APF Association Paysan Fondwa Léogane 500 Igname Haricot FOSKAP - Cayes Jacmel 2750 Igname/haricot APK Association Paysan Anyette Cap Rouge 750 Distribution semence (forme de prêt) FEDE Fédération pour le Développement de Kanyet Kanyet 2500 Distribution de semence ATEPASE Association pour la Promotion des Techniques pour la Protection de l’Environnement du Sud’Est Sud’Est 300026 Haricot-igname-Banane Source : Enquête juillet 2011 • Le Service National Semencier (SNS) du Ministère de l’agriculture. Le service a conduit au cours des dernières années des essais sur plus d’une cinquantaine de variétés et travaillent de concert avec des organismes internationaux comme le CIAT. Leurs travaux ont permis d’aboutir à la recommandation de la variété « Icta Ligero » accusant un rendement à l’hectare de l’ordre de 1.5 tonne. ◦ Les Bureaux Agricoles Communaux et les Directions Départementales du MARNDR. Ce sont des structures décentralisées qui fournissent un accompagnement de proximité. Elles interviennent à l’échelle décentralisée, notamment en matière d’accompagnement technique. ◦ Le milieu universitaire. La FAMV intervient dans les essais d’adaptation variétale et afin de trouver des solutions agronomiques aux problèmes posés par les attaques virales et fongiques du haricot. ◦ Agence de coopération. La FAO demeure un partenaire privilégié dans la filière et s’active dans tout ce qui touche la production et la distribution des semences soit à travers des financements ou des interventions directes. ◦ Les Organisations Non Gouvernementales (ONG). Depuis le séisme de 2010, plusieurs d’entre elles interviennent dans la distribution de semences de haricot dans diverses régions du pays et tentent de mettre des dispositifs pour pallier au manque de disponibilité observé. Des ONG comme ORE intervient depuis longtemps dans la filière à l’échelle du département du Sud et travaille en collaboration avec des universités locales et internationales. Elle est reconnue comme une productrice de semences de haricot et conduit des essais d’adaptation dans tout le département du Sud. Ses clients viennent de partout. ◦ Les firmes du secteur privé. Ces firmes participent aussi comme partenaires dans la production de semences à coté du secteur international et des services publics. On peut prendre l’exemple de Double Harvest. Ils fournissent des semences à la demande des agences de coopération ou du MARNDR. ◦ Les projets de développement. Ils interviennent dans des zones spécifiques et contribuent chacun au développement de la filière, entre autres, par la fourniture d’intrants, la formation des producteurs. 3.5 Principaux éléments de la problématique de la filière haricot27 et perspectives 3.5.1 Les contraintes • Faiblesse des programmes de recherche et développement. Il n’existe pas de Programme formel de conservation génétique et de production de semences de base, ni de travaux systématiques de recherche et d’évaluation de variétés améliorées adaptées aux différents contextes agro-écologiques du Pays. Sur ces derniers points, seul ORE qui opère dans le Département du Sud sur le haricot conduit des activités régulières en ce sens. En conséquence, le nombre de variétés améliorées et agronomiquement performantes agréées par le SNS/MARNDR et adaptées aux différentes zones agro-écologiques du Pays reste encore très limité. • Insuffisance chronique de la production de semences de qualité et tendance à la baisse de la production. L’offre de semences de qualité est intimement liée à l’appui financier fourni par les agences de coopération internationale, aux activités des firmes privées dans la multiplication des semences et aux capacités productives des exploitants.28 L’offre actuelle est incapable de couvrir les besoins annuels nationaux de 7 500 tonnes de semences. L’insuffisance de l’offre semencière a donc directement des retombées sur la production. • Préjudices à l’environnement. L’essentiel de la production de haricot se fait dans les versants de montagne en absence d’aménagements conservatoires. Étant donné que le haricot exige des terrains meubles exposés au soleil, les pratiques culturales en cours (défriche-brulis) accélère le processus de dégradation des sols de montagne déjà mal en point et entraine un niveau élevé d’érosion. Il n’est pas rare que des systèmes agro-forestiers des montagnes humides soient détruits au profit de cette culture de rente. • Faible maîtrise technologique. Les rendements obtenus en Haïti sont extrêmement faibles. Ils varient à l’hectare de 0.7 à 2 tonnes, contre 6 à 7 tonnes en situation d’agriculture paysanne dans les Andes (Pérou par exemple). Les référentiels technologiques du haricot ne sont pas suffisamment développés et les composantes du rendement ne sont pas suffisamment maitrisées. La même variété utilisée dans la montagne est produite dans la plaine et vice versa. Il manque de germoplasmes adaptés à chaque aire agro-écologique. Les formules d’engrais sont mal adaptées à la nature des sols et aux besoins de la plante. • Les pertes de production et post récoltes. Les pertes dues aux maladies (mosaïque dorée, jaunissement des feuilles, rouille), aux attaques d’insectes et de prédateurs (attaques des puces, de la mouche blanche, des limaces) sont considérables. La conservation du haricot est très difficile. Les pertes post récoltes sont évaluées à 20-30 pour cent de la production. • Conditions défavorables de la production. En dépit du statut du haricot dans les exploitations agricoles, de nombreux éléments contraignants limitent son développement. Ces contraintes sont liées à la faible utilisation de semences de qualité, des formules d’engrais et des pesticides appropriés. Elles sont également liées à l’indisponibilité de l’eau et l’irrégularité de la pluviométrie, la récurrence des cyclones et ouragans, à l’érosion et à la dégradation des sols, à l’outillage inadapté, à la rareté et au coût élevé de la main d’œuvre, au faible encadrement technique et financier des producteurs, au manque d’organisation et de concertation au niveau des exploitants et à la faiblesse de leurs organisations quand elles existent. • Problèmes de conditionnement. La précarité des conditions de stockage du haricot (greniers, colombiers, drums, sacs) ne permet pas une bonne utilisation dans le temps. Le haricot subit le même traitement quel que soit son utilisation future (consommation ou semis). Faute de conditions de conservation adéquates et appropriées, le haricot stocké est exposé à une rapide détérioration. • Problèmes d’infrastructures. De nombreuses infrastructures de production et de commercialisation (dépôt, routes) sont affectées par les catastrophes naturelles de ces dernières années (4 cyclones en 2008, 1 tremblement de terre en 2010). Dans la capitale, haut lieu de consommation, les services d’entreposage et d’hébergement pour les Madan Sara sont très affectés occasionnant le doublement du prix de l’entreposage. Les coûts de transport ont aussi grimpé entrainant l’augmentation du coût d’acheminement du haricot. Ce point est d’autant plus important que l’essentiel de la production provient des régions montagneuses et qu’une première partie du transport s’effectue à dos d’animal, ou sur la tête des femmes pour le regroupement. • Problèmes de crédit. L’absence de crédit à la production est transversale à l’ensemble des filières agricoles dans le pays. Le peu de crédit accordé par les institutions financières (Banque, Microfinance) intéressent les activités commerciales et par conséquent ciblent les intermédiaires tels que les Madan Sara, les grossistes et les importateurs pour le circuit d’importation. Les producteurs n’obtiennent pratiquement pas de crédit agricole et se contentent des dons et quelques subventions de la part des ONG, des projets et du Ministère de l’Agriculture. 3.5.2 Les atouts et opportunités Parmi les principaux atouts pour la filière haricot, on peut signaler : • Existence d’un savoir faire indéniable chez les paysans producteurs; • Existence de plusieurs organisations structurées de producteurs dans la multiplication de semences à travers leur participation dans des initiatives de prêts de semences. Existence d’une quinzaine de GPAS (Groupement de Producteurs Artisanaux de Semences); • Implication de plusieurs partenaires de développement (ONG, firmes privées) dans la mise en place de dispositif pour augmenter l’offre de semences de qualité (essais d’adaptation de variétés, sélection multiplication, système de prêt de semences) ; • Intérêt manifeste de quelques partenaires techniques et financiers (PTF) pour financer ces dispositifs de production et de multiplication de semences de base (conduite d’études, financement de projets) ; • Politique nationale privilégiant les filières semencières et existence d’une structure nationale d’intervention, le SNS (Service National Semencier); • Marché national non couvert. Les disponibilités actuelles ne permettent pas de couvrir la demande nationale. Les producteurs achètent leurs semences directement sur le marché et sont incapables de les différencier des grains de consommation. Les rares producteurs de semences offrent des quantités limitées. 3.5.3 Perspectives Compte tenu des contraintes et de l’importance de cette filière, il s’agit d’arriver à terme à appuyer des associations de producteurs pour qu’elles fonctionnent comme des producteurs et des vendeurs commerciaux de semences. Il est ici question d’une filière semencière économiquement viable et autonome, rendant accessible des semences de qualité. Le haricot est une culture de rente d’une très grande importance pour les exploitations agricoles, il y a lieu de sécuriser les systèmes semenciers. L’amélioration des rendements passe, entre autres, par ces actions : Renforcement et sécurisation du système de production semencière du haricot dans une perspective d’augmentation de production. L’augmentation de la production passe par celle du rendement à l’hectare qui est liée à l’utilisation de semences améliorées de haricot. Les superficies emblavées étant en baisse, seule l’amélioration de la productivité pourra permettre d’augmenter significativement la production de haricot. Réduction des pertes de production post-récolte. Le couple matériel végétal et conditions de production de l’aire agro-écologique en question est important à définir. Le calage du calendrier agricole doit prendre en compte la biologie des pestes. La conservation du haricot dans des sacs étanches est susceptible de limiter l’humidification des grains et l’attaque des pestes. L’expérience des silos de conservation constitue une piste à explorer. Constitution de germoplasmes adaptés aux différentes aires agro-écologiques. La production et le maintien de matériels adaptés à chaque écosystème sont vivement encouragés. Le haricot de montagne doit rester à la montagne et le haricot de plaine de même. IV. FILIERE MANIOC 4.1 Production et marché du manioc 4.1.1 Production Selon la FAO, le manioc représente 45%29 de la production vivrière nationale. Le manioc est cultivé dans toutes les régions du pays depuis le niveau de la mer jusqu’à 1000 m d’altitude. Il se trouve plus principalement dans les zones semi-arides et semi-humides. Les principaux bassins de production sont le Haut Plateau Central, le Nord, le Nord-Est et la Grand'Anse. On ne dispose pas de chiffres sur la superficie totale emblavée en manioc en Haïti. De même, on n’a pas d’informations récentes sur la production nationale de manioc. En 2002, la production nationale était estimée à plus de 481000 tonnes contre 340000 TM en 2004 selon la FAO, soit une baisse d’environ 30% en 2 ans. Il est difficile aujourd’hui de confirmer si cette tendance à la baisse de poursuit. Mais néanmoins, l’ensemble des acteurs rencontrés font état d’une baisse graduelle du rendement à l’hectare. 4.1.2 Les variétés En général, on rencontre deux types de manioc : le manioc doux et le manioc amer. La différence entre ces deux réside dans la concentration d’acide cyanhydrique (HCN) qui est plus élevée chez le type amer que le type doux. Le manioc doux peut être consommé bouilli tandis que l’amer doit nécessairement passer par une série de transformation concourant à éliminer l’excès d’HCN contenu dans les tubercules. De ces deux types découlent plusieurs variétés identifiées suivant leurs résistances aux maladies, leur teneur en HCN, leur précocité etc. La maturation des tubercules de manioc dépend de la variété cultivée et des conditions de culture. Les variétés hâtives ont un taux de matière sèche moindre que les variétés tardives selon Scutt (2004). Il existe au niveau local une dizaine de variétés identifiées, soit par la couleur du tubercule, soit par la couleur de la tige ou de la feuille etc. Voir tableau 15. Tableau  15: Quelques Caractéristiques des Principales Variétés de Manioc Rencontrées Variétés Type Feuille Tige Pelure des tubercules Cycle cultural Tronpé vòlè Amer Violette Marron Marron 1 an Izmayèl Amer Blanchâtre blanchâtre blanchâtre 1 an Ti ginen Amer 1 an Matyetas Doux Blanchâtre blanchâtre blanchâtre 6-7 mois Tibòk Doux Verte pale blanchâtre blanchâtre 6 mois Deklas Doux Rougeâtre Marron Marron 6 mois Panyòl Doux Blanchâtre blanchâtre blanchâtre 1 an Source : Elaboration propre 4.1.3 Les systèmes de culture Les quatre principaux systèmes de culture rencontrés sont : • Manioc en mono culture, • Manioc associé avec le haricot ou le mais dans le Nord et la Grand`Anse, • Manioc-pois congo (tout le pays), • Manioc-arachide (Plateau Central). Les plantations ont lieu toute l’année. Mais dans les montagnes humides les plantations commencent de préférence en mars-avril correspondant au début de la période pluvieuse dans certaines zones de production. Dans les zones irriguées les plantations sont effectuées presque toute l’année. En ce qui a trait aux techniques de semis il peut se faire de trois manières : a) Technique debout (verticale) La bouture, arrondie aux deux extrémités, est enfoncée verticalement dans le sol à environ 2/3 de sa longueur. Cette technique présente l’avantage de produire de plus gros tubercules sur autant de nœuds qui se trouvent dans le sol au moment de la plantation. Toutefois, selon l’avis des agriculteurs, cette technique de plantation présente des inconvénients. Les tubercules arrivent très peu profond dans les sols préparés manuellement. b) Technique oblique La bouture taillée en biseau, est enfoncée dans le sol obliquement. Cette technique est la plus facile et la plus rapide de toutes. Elle est pratiquée par des agriculteurs qui font des buttes à la houe dans les plateaux ou dans les mornes. c) Technique horizontale Cette technique n’est utilisée que dans des sols préparés uniquement à la charrue. Cette technique demeure la préférence des agriculteurs. Elle permet l’avantage d’obtenir de meilleur rendement et ne présente aucune difficulté pour l’arrachage au moment de la récolte. La maturation des tubercules dépend des types cultivés, des types de sols et de la localisation agro écologique de la parcelle. Les types doux sont plus hâtives (maturation entre 6 et 7 mois) mais peuvent rester dans le sol jusqu’à 1 an. Les types amers sont plus tardives (maturation à partir de 12 mois) et peuvent rester en terre, suivant le type de sol, jusqu’à 2 ans. Dans la majorité des cas, le manioc amer est récolté entre 12 à 15 mois après sa plantation. Selon l’avis des producteurs-transformateurs, à ce stade, les tubercules renferment plus de farine et moins d’eau. Les rendements varient d`une région à une autre. Selon la littérature les rendements moyens au niveau national seraient de 7 tonnes à l`hectare en monoculture et de 5.4 tonnes en cultures associées. Selon ces chiffres, les plus gros rendements sont recensés dans les départements du Sud des Nippes et du Centre (voir tableau ci-dessous) Tableau  16: Rendement du Manioc par Zone de Production Zones de production Rendement (t/ha ) Culture pure Culture associée Artibonite 8,0 7,0 Centre 10,0 7,5 Nippes 10,0 7,1 Nord 9,0 6,3 Nord-est 4,5 4,6 Nord-ouest 2,5 2,2 Ouest 4,0 3,0 Sud 12,0 8,0 Sud-est 7,0 5,5 Moyenne 7,0 5,4 Source : Prophète (2002) A Thomonde, le rendement actuel est de 7.9 tonnes d`après Septimus (2007) pour les parcelles en monoculture. Jean (2011) estime des rendements généralement en deçà de la moyenne nationale notamment dans les zones humides et sèche où le manioc est cultivé en association avec beaucoup d`autres cultures (Tableau 17). Tableau 17 : Rendement du Manioc pour Deux Aires Agro écologiques Bassins Versants Cabaret-Montrouis et Mirebalais-Saut d`eau Cultures Plaine Irriguée Montagne humide/semi-humide Plaine sèche Montagne Sèche Cabaret-Montrouis 8.1 4.4 2.8 - Mirebalais Saut-d`Eau 3.4 1.8 1.1 0.9 Source : Jean (2011) Le niveau de rendement obtenu au niveau national est très bas comparé au rendement potentiel du manioc pouvant atteindre 15 à 20 tonnes par hectares dans certains pays comme le Brésil. Le manioc est un produit très périssable, les tubercules récoltés ne se conservent pas au-delà de trois (3) à quatre (4) jours. Les paysans pratiquent certaines techniques permettant de prolonger la durée de conservation : • stockage des tubercules dans des fosses et leur arroser régulier ; • récolte tardive en laissant le produit au champ ; cependant, cette pratique présente certains inconvénients comme la lignification des tubercules et l’attaque de tubercules par des rongeurs et de peste. 4.1.4 La question des boutures Les boutures sont obtenues à partir des tiges de manioc. Les agriculteurs utilisent des tiges apparemment sains et présentant beaucoup de nœuds. L’époque de bouturage ne correspond pas toujours à l’époque de récolte. A ce moment, les tiges sont mises en jauge en attendant la période de plantation. Ainsi, ce sont les agriculteurs qui produisent eux-mêmes des boutures au niveau de leurs anciennes plantations. Parallèlement d`autres agriculteurs - notamment les gros - sont spécialisés dans la production de boutures. Dans la seule région de Thomassique, par exemple, on estime à plusieurs centaines de gros producteurs qui pratiquent cette activité selon les personnes ressources rencontrées. D’une manière générale, il n’y a pas de problèmes de bouture dans la commune. La récolte étant lieu quasiment toute l’année, les boutures sont donc toujours disponibles. Les deux seuls mois où l’on enregistre une rareté sont : janvier et février. A cette époque, les producteurs décident volontairement de ne pas préparer les boutures pour éviter qu’elles soient pourries en attendant la saison pluvieuse qui commence en général en avril. Par contre, dans les zones irriguées, la production de boutures se déroule tout au long de l`année. Les techniques recommandées30 (voir encadré suivant) pour la production de boutures ne sont pas appliquées par les producteurs : • Utiliser des boutures en provenance des jardins non infectées ; • Utiliser des boutures matures (au moins 9 mois) ; • La longueur des boutures doit se situer entre 15 et 20 centimètres • Utiliser un outil bien ciselé afin d`obtenir une surface lisse ; • Veiller à ce que du latex sorte de la bouture après la coupe (signe de bonne qualité) ; • Traiter les boutures avec des insecticides comme le Cygon ; Malathion ou sitemin ou d`autres produits similaires comme le Benlate ; le dithane`le vitigran et Ridomil contre les champignons ; • Mélanger une cuillère d`insecticide et une cuillère de fongicide dans un gallon d`eau. Verser ce mélange dans un récipient et humecter la bouture pendant 10 minutes. De même les techniques de conservation31 (voir encadré suivant) de boutures ne sont pas non plus adoptées par les producteurs. Des techniques permettent de conserver les tiges pendant 5 mois. • Récolter les tiges avec 1 m de longueur ; • Arranger les tiges suivant des paquets (75 jusqu`à 100 par paquet) ; • Les stocker dans des endroits frais à l`abri du soleil en veillant que les pieds touchent au sol ; • Traiter les boutures avec des insecticides comme le Cygon ; Malathion ou sitemin ou d`autres produits similaires comme le Benlate ; le dithane`le vitigran et Ridomil contre les champignons. 4.1.5 Les principales contraintes à la production • La pourriture du collet observée au niveau des plaines et plateaux très humides où existent des problèmes de drainage ; • Les cochenilles (Phenacoccus sp) appelées vulgairement``pichon`` par les agriculteurs. Elles attaquent les extrémités des jeunes tiges et provoquent l’arrêt de développement des feuilles et des tiges les plus jeunes. Les plantes attaquées présentent un aspect blanchâtre et produisent des tubercules de faibles volumes ; • Les chenilles qui constituent la principale peste au niveau des parcelles de manioc du pays. Les chenilles rongent les feuilles entraînant une baisse de la photosynthèse. Ce qui entraîne normalement une diminution du rendement ; • Enfin les rats qui attaquent surtout les vieilles plantations en rongeant les tubercules dans le sol ; • Non respect des itinéraires techniques (par exemple un seul sarclage au lieu de 3 exigés) et peu d’utilisation d’engrais chimiques et/ou de fumures organique. D`une manière générale, le contrôle des pestes est très réduit voire même absent au niveau du pays. Toutefois, certains agriculteurs essaient de combattre les cochenilles (pichon) en arrachant les pieds attaqués. Par contre, les contrôles chimiques sont rares. 4.1.6 La transformation du manioc « Le manioc amer est transformé en cassave, en farine, en « doukounou » et en d’autres petites recettes régionales. La cassave de type Nord se présente sous la forme d’une galette plate de 1 m de diamètre. La galette de cassave peut être présentée sans ajout ou additionnée de sucre, de noix de coco râpée ou encore de viande. Dans d’autres régions du pays, la production de cassaves de petit diamètre est courante.  Avant son arrivée dans la restauration urbaine, le manioc doux était peu consommé. À présent, on le trouve sous forme de jus. Il est également consommé comme un légume (bouilli et vendu en morceaux) »32. A partir du manioc amer on produit aussi de l’amidon utilisé dans la confiserie et la blanchisserie. La production de cassaves est concentrée surtout dans les départements du Nord, Nord-Est, le Haut Plateau Central et la Grande-Anse. La transformation est faite principalement de manière artisanale. En 2005, on chiffrait à travers tout le pays à plus d’une cinquantaine le nombre de cassaveries, artisanales et mécanisées. Ces ateliers appartiennent, de manière générale, à des organisations composées surtout de femmes qui utilisent leurs capitaux propres pour en assurer le fonctionnement. « Citons, entre autres, la cassaverie de Philippe Paoly « Ti Moun yo ap moulen Kasav », située dans la Grande-Rivière du Nord qui a débuté ses activités en 1997. Celle de l'association Femme en Action de Pont Gaudin (FAPO), localisée aux Gonaïves, est fondée en 2005, tandis que l' APDRM à Gros-Morne a entamé ses services en 2006. La plus ancienne est la cassaverie Kè kontan du Mouvement Paysan Papaye. Cet atelier de transformation a vu le jour en 1973. »33 Beaucoup de ces cassaveries ont été financées par des ONG. Ces interventions visaient à moderniser les cassaveries en leur permettant l’accès à des équipements manuels améliorés de râpage et de pressage et des moulins motorisés. Certaines interventions visaient aussi à améliorer l’efficacité énergétique du processus de fabrication car la plupart des unités fonctionnent au bois. L’atelier-Ecole de Cam Perrin dispose d’un modèle de cassaverie utilisé par la plupart des acteurs intervenant dans la fabrication de la cassave en Haïti. D’une manière générale, les cassaveries font face à des problèmes d’équipements et de matériels et aussi de ressources humaines maitrisant la chaine de transformation du produit. Dans certaines cassaveries, le système de cuisson est inadéquat entrainant des pertes d’énergie et dégageant des fumées incommodantes. Dans certaines régions du pays (Sud/Camp Perrin), les cassaveries font face également à une forte concurrence pour s’approvisionner en manioc et à la rareté et la cherté du bois utilisé comme combustible. Dans d’autres, Nord’Est/Ouanaminthe, c’est l’acheminement de la matière première qui est problématique faute de moyens de transport par suite du vol systématique des bêtes de somme. 4.2 Le marché du manioc Le marché du manioc est globalement local. Dans certaines localités du pays par exemple, Pestel, Maniche, Thomonde, le manioc est considéré comme l’élément de base de l’alimentation de ces régions. Le manioc est aussi utilisé de façon limitée dans l’alimentation animale. Les pelures desséchées et broyées sont mélangées à des sons (blé, riz, maïs, millet) pour l’engraissement des porcs. . Pour le manioc doux, la clientèle nationale sont les consommateurs et notamment les hôtels et restaurants populaires. On dénote aussi une consommation significative du manioc doux (manioc bouilli) au niveau des villes. Ce produit est visible au niveau des arrêts d’autobus de la route nationale numéro 1. La consommation du jus manioc est aussi très fréquente dans le Nord et l’Ouest. On en consomme également à Port-au-Prince. Quant au manioc amer, la consommation populaire de la cassave est très poussée aussi bien en régions rurales qu’en régions urbaines. Au niveau des supermarchés on répertorie de nombreuses marques locales avec des produits salés et sucrés vendus en sachets. Il existe une très forte demande de manioc doux en République Dominicaine. Les marchés frontaliers absorbent une quantité importante de l’offre nationale de manioc doux et une quantité non négligeable de manioc amer pour les cassaveries frontalières. Selon Bellande (2005), il existerait une demande pour la cassave sur le marché ethnique nord-américain. L’offre est actuellement et principalement d’origine dominicaine, avec au moins quatre (4) marques couramment commercialisées dans les supermarchés desservant la clientèle caribéenne et centre-américaine. Les principales contraintes de marché sont pour la cassave sont : • variation des recettes des cassaves provoquant des variations de couleur et de goût ; • cuisson rarement uniforme ; • non spécification des durées de conservation sur les emballages ; • présentation, de manière générale, peu soignée ; • commandes irrégulières, difficultés à toucher le marché de Port-au-Prince pour certaines cassaveries. 4.3 La commercialisation et les acteurs (Cas de Thomassique) 4.3.1 La commercialisation La filière du manioc présente la même configuration que toutes les filières de tubercules au niveau du pays. En guise d’illustration, on utilise les informations collectées à Thomassique zone de grande production de manioc du pays. A Thomassique, le manioc y constitue avec l’arachide et le pois congo les trois principales cultures économiques. Plus de 50 000 producteurs sont impliquées dans cette filière au niveau local. La filière pourvoit environ 80% des emplois locaux. On trouve donc au niveau de cette région les cinq (5) principaux acteurs intervenant dans la filière manioc. Le circuit de commercialisation se présente suivant le graphe ci-dessous). Graphe 5 : Circuit de commercialisation du manioc Source : Elaboration propre a) Les producteurs Ils possèdent des surfaces allant jusqu’à 2.5 hectares. Les plantations ont lieu toute l’année mais commence de préférence en mars-avril qui correspondent au début de la période pluvieuse de la commune. Un producteur dégage en moyenne 45 000 gourdes pour un hectare de manioc cultivé en monoculture. b) Les producteurs de boutures Comme nous l’avons déjà signalé les semences sont produites par des producteurs eux-mêmes. Certains producteurs-plus particulièrement les plus gros sont spécialisés dans cette activité. Il existe aussi des sous-catégories dans ce corps de métier. Des petits producteurs pour faire face à leurs problèmes de trésorerie vendent leurs boutures produites aux plus gros. Les revenus dégagés d’un hectare de terre dans la vente de bouture oscillent autour de 12 000 gourdes. c) Les Transformateurs A Thomassique la transformation du manioc est totalement artisanale. Il existe un nombre important de petits transformateurs s’approvisionnant à partir leurs propres champs et des petits producteurs. Leurs clients sont des détaillants et des consommateurs des marchés de la commune de Thomassique. Un petit transformateur peut dégager des revenus allant jusqu’à 10 000 gourdes annuellement dans la vente de cassave. A noter que la majorité de la production du manioc amer de Thomassique est transformée à Lospalis (un important quartier de cette commune) où il existe une usine de transformation plus ou moins modernisée. d) Les Saras et Grossistes Le commerce du manioc est l’une des plus grandes activités économiques de la commune. Le manioc, notamment le manioc doux, est vendu sur la frontière dominicaine (Banica) ou sur le marché de Hinche. Quant au manioc amer, il est vendu notamment aux gens en provenance de Lospalis pour transformation. Le marchand achète le manioc du producteur. Pour les grossistes, les achats se font sur pied, généralement une portion de terre bien délimitée ; les détaillants achètent par sac. Le prix d’un quart d’hectare de terre est fixé entre 15 000 gourdes à 25 000 gourdes dépendamment de la période et de la grosseur des tubercules pour des produits bruts allant de 20 000 à 32 000 gourdes. Les marges tournent autour de 30% En général, les périodes de bas prix se situent au cours des mois de juillet à septembre, alors que les prix sont élevés en avril et mai. La période d’activités la plus intense se situe en novembre et octobre. Certaines grossistes de Thomassique affirment pouvoir écouler entre 10 (période basse) à 120 (période hausse) sacs de manioc doux par mois. Elle vend soit à des détaillants de Thomassique soit à des grossistes de la zone frontalière et aux grossistes de Hinche (restaurant par exemple). Un grossiste peut avoir une quinzaine de clients dans la seule ville de Hinche. La commune de Thomassique compte une dizaine de grossistes qui font le commerce sur ce circuit. Dans le cas du manioc amer, les « petites grossistes » revendent aux petits transformateurs et à des grossistes plus importants de Thomassique. Elles ont environ une dizaine de clients. Souvent, elles sont aussi productrices de manioc. A un niveau plus bas de la chaine, on a les petites marchandes/détaillantes de cassave s’approvisionnant auprès des ateliers de transformation. Leurs clients sont des gens habitant la localité et des passants. Elles peuvent vendre entre 15 à 30 cassaves par mois selon la période. Les prix moyens unitaires se situent entre 35 et 45 gourdes. 4.3.2 L’environnement institutionnel Le BAC de Thomassique n’a aucune action dans la filière. Réduit quasiment à un agronome, le BAC n’a pas de ressources humaines, matérielles et financières nécessaire pour intervenir dans cette filière. Dans la commune, il existe deux boutiques d’intrants qui assurent un minimum de services aux membres : vente de semences (chou, tomate, piment) et de pesticides. Du point de vue organisationnel, moins d’une dizaine d’organisations plus ou moins structurées œuvrent dans le domaine agricole. Tableau 17: Les principales associations paysannes à Thomassique Nom Sigle Localisation Nombre de membres Domaines Association des Eleveurs pour le Développement de Thomassique ASEDT Thomassique 56 Crédit-distribution intrants Association des Producteurs de Matelgate APM Matelgate 200 Pépinière Organisation Femmes Initiées pour le Développement de AFIDT Bourg 90 Crédit Association des Amis de terre Blanche AATB Locian 500 Boutique intrants Association Planteurs Maltegathe APDM Locian 200 Distribution Bœuf Organisation OTARE Locian 300 Charrue -semences Organisation des femmes pour le Développement de Thomassique OFDT Bourg 250 Crédit/boutique d’intrants Source : Elaboration propre Elles ont déjà conduit un certain nombre de projets dans la zone avec le Caritas, le MPP et World Vision etc. Par contre, une seule organisation, ASDET, a initié grâce à Caritas en 2004 un projet de distribution de boutures de la variété « Ti ginen » provenance de Thomonde dans la commune. La cassave obtenue de ce manioc jouit d’une bonne réputation sur le marché. L’objectif était de vulgariser cette variété dans la région dans la perspective de transformation. Une vingtaine de producteurs a obtenu ces boutures. Actuellement, de nombreuses autres personnes leur rachètent cette bouture. Ce manioc en provenance de Thomonde jouit d’une bonne réputation pour la production de cassave. Ces organisations possèdent selon l’avis de plus d’un une certaine légitimité dans la Commune. Les responsables se disent disposer à rentrer dans toute démarche visant le développement de la filière. A noter que d’autres institutions comme la IICA et OXFAM Québec conduisent des actions concernant la filière. Un livret sur les techniques de production du manioc a été élaboré pour le compte du MARNDR. Cependant, ces actions restent très limitées. Aucun des producteurs rencontrés à Thomassique, par exemple, n’est au courant de l’existence de ce livret. 4.3.3 La question de financement La question de financement affecte tous les corps de métier. Tous les acteurs achètent et vendent à crédit : boutures, manioc et cassave. Les ventes à crédit peuvent s’échelonner sur trois (3) mois. Ce qui freine les volumes de transactions par période et limitent les revenus potentiels de tous les acteurs. Certaines saras/grossistes recourent au crédit auprès de certaines IMF locales dont le Fonkoze. Mais celles-ci se plaignent des taux d’intérêt élevés et des conditions et modalités de remboursement. En fait, l’absence de financement adéquat ou de financement tout court pour se moderniser, pour s’équiper, pour acheter leurs matières premières, pour faire face aux dépenses entrainées par les opérations culturales, est un problème crucial pour la filière. 4.4 Atouts, contraintes de la filière manioc et perspectives A lumière de la situation générale couplée avec celle de Thomassique utilisée comme étude de cas, la filière présente une série d’atouts et d’opportunités qu’il convient d’exploiter tout en essayant de lever les contraintes. 4.4.1 Atouts Les atouts se déclinent : • grandes potentialités agro écologiques nationales pour la production du manioc ; • marchés importants aux niveaux national et international (République Dominicaine et USA à explorer) pour le manioc et des produits dérivés ; • disponibilité de ressources humaines possédant un savoir-faire dans la production et de la transformation du manioc ; • existence au niveau national des compétences dans la machinerie agricole pour la production et la transformation du manioc (cas de l’Atelier-Ecole de Camp Perrin) ; • existence d’organisations paysannes motivées et prêtes à travailler au développement de la filière. 4.4.2 Contraintes Elles sont de divers ordres : • La faible maitrise par les producteurs des techniques de production et la conservation des boutures de manioc ; • La faible maitrise par les producteurs des itinéraires techniques de production du manioc (entretien-fertilisation) ; • la rareté de main d’œuvre agricole dans les zones frontalières (migration vers République Dominicaine où le salaire journalier est de 250 gourdes contre 100 gourdes au niveau local) ; • rareté d’équipements pour le labourage mécanique qui peut être une alternative à la rareté de main-d’œuvre, en plus de favoriser un meilleur développement des plantes ; • absence de financement affectant tous les corps de métier ; • transformation du manioc quasiment à l’état artisanal-très peu de cassaverie mécanisée ; • peu d’initiatives visant la présentation des produits dérivés du manioc (emballage-conditionnement ; • rareté du bois utilisé comme combustible dans les cassaveries ; • absence de politique nationale visant la promotion de la filière. 4.3.3 Perspectives Aujourd’hui à l’instar de toutes les filières nationales la filière du manioc souffre d’un déficit de politique nationale visant son développement. Les rares actions conduites par les acteurs privés sont très éparses et sans coordination. Les problèmes d’accès au crédit, d’infrastructures d’irrigation et de transformation, de transmission de savoir-faire agricole et de modernisation de l’activité se posent aussi au niveau de la filière du manioc. Toute action concernant l’une ou l’autre de ces axes demeure pertinente. Pour ce qui est de la question de semences, elle est cruciale pour la culture du manioc. Les risques de déperdition variétale sont permanents. Et les conséquences économiques et sociales peuvent être significatives sur les familles rurales en particulier et de certaines économies régionales en général. Cette question devra donc aborder avec dextérité si on veut que les interventions soient durables. Les structures organisées apparaissent comme un créneau incontournable dans toute initiative en ce sens. Le cas de Thomassique est patent. Les organisations sont là avec un minimum de savoir-faire et de légitimité. Dans ce même souci de durabilité, il faut aussi associer à ces démarches le Ministère de l’agriculture notamment à travers ses bureaux déconcentrés dont les BAC. On plaide donc pour une concertation rapide avec le Ministère, les institutions privés et les organisations paysannes œuvrant dans la filière afin de trouver les conditions et modalités en vue de favoriser: • la vulgarisation des techniques sur la production et la conservation des boutures de manioc ; • l’accès aux organisations paysannes et autres acteurs privés aux moyens de production des boutures ; • l’accès aux petits producteurs aux boutures et aux intrants agricoles pouvant permettre d’augmenter la productivité du manioc par unité de surface. V. FILIERE IGNAME 5.1 La production et le marché de l’igname 5.1.1 La Production L’igname est retrouvée au niveau de tout le pays notamment dans les terroirs de montagnes humides. Toutefois, les principaux bassins de production sont la Grand‘Anse, le Sud’Est, le Nord et le Nord-Ouest (Tableau 19). Tableau 19: Zones Agro-écologiques Favorables à la Culture des Ignames et de du Taro Source : ANDAH (1995) ANDAH en 1995 a estimé à environ 500 00034 hectares la superficie totale qui serait apte à la culture d’igname et du taro dont 34% sont dans la Grand’Anse et 24% dans le Nord (voir graphique 6). Cependant, pour certaines zones, les superficies spécifiquement cultivées en igname ne sont connues. Graphe 6: Répartition de la superficie apte à l’igname et taro au niveau du pays Source : ANDAH (1995) On dispose de très peu d’informations sur le volume de la production de l’igname en Haïti. Mais les informations fournies par la FAO pour les années 2006 ; 2007 et 2008 montrent que la production croit annuellement aussi bien volume qu’en valeur. En 2008 elle a été de 235 000 tonnes pour une valeur de 47 millions de dollars environ (Tableau 20). Tableau 20 : Production d’Igname en Valeur et en Volume (2006-2008) Année En tonne En valeur (milliers US) 2006 220 000 44393 2007 230 000 46411 2008 235 000 47420 Source : FAOSTAT 5.1.2 Les variétés Trois (3) principales familles d’ignames sont identifiées en Haïti35 à savoir : les ignames d’origine africaine issus du complexe Rotundata Cayenensis, celles d’origine asiatique les Dioscorea Alata, et celles originaires d’Amériques les Disocorea Trifida. On inventorie une douzaine d’espèces avec des couleurs, des formes, des textures et des tiges diverses (voir tableau 21). Tableau 21 : Classification des Ignames 5.1.3 Les systèmes de culture L’igname est cultivée généralement en association avec d’autres cultures. Ainsi, on répertorie plusieurs systèmes de cultures • Ignames en association avec le café, • Igname en association avec le cacao, • Igname en association avec la patate douce, • Igname en association avec le haricot. On retrouve très rarement l’igname en culture pure sauf dans le cas des parcelles spécialisées utilisant des minisets. Indépendamment du système de culture le cycle de production des ignames est d’environ 10 à 12 mois. Ce sont donc des variétés tardives. Les plantations ont lieu généralement en janvier, février et mars Certains agriculteurs conservent les tubercules plus de 18 mois en terre en vue de récolter des unités de très grande dimension. La récolte varie suivant les régions. Elle a lieu globalement toute l’année suivant la région et l’espèce (voir tableau 22). D’une manière générale seuls les mois mars, avril et mai ne correspondent pas à des périodes de récoltes d’igname. Tableau 22 : Calendrier de Récolte de l’Igname pour les Trois Bassins de Production du Pays Espèce RÉGION M A M J J A S O N D J F M Igname blanc Nord Sud-est Grand’Anse Igname jaune Nord Sud-est Grand’Anse Sources : Projet HAP et élaboration propre « La production exportable (igname mûr) s’obtient quant à elle surtout à partir de fin novembre et jusqu’à février. La récolte est plus précoce dans le Nord et plus tardive dans les Nippes et la Grand’Anse »36. Il existe très peu d`informations sur les rendements à l`échelle du pays. Selon les enquêtes effectuées les producteurs obtiennent des rendements allant de 30 à 40 tonnes à`hectare dans la zone de Beaumont et de 25 à 34 tonnes dans le Sud’Est pour les parcelles d`igname cultivée en monoculture. 5.1.4 La question des semences Les producteurs utilisent généralement des méthodes traditionnelles pour la production de leurs semences. « Dans la région Nord, la production de semences d’igname est en général assurée sur une parcelle à part, qui est récoltée avant maturité au bout de 6 à 7 mois. Dans le Sud’Est et la Grand’Anse, c’est la production de la parcelle principale qui est « cassée » avant maturité, fournissant ainsi des semences pour le prochain cycle et tubercules consommables mais de moindre qualité et non exportables. Laissée en terre, la tête du tubercule produira à nouveau quelques mois plus tard un second tubercule mature et commercialisable »37. Plusieurs projets dont HAP et PDR ont initié des expériences visant la vulgarisation des techniques « miniset » pour la fabrication de semences d’igname. Cette technique offre l’avantage d’obtenir des semences utilisables n’importe quand dans l’année, d’utiliser moins des tubercules que dans la méthode traditionnelle, d’obtenir 5 à 6 semences par tubercule, de récolter des tubercules plus petites et de mêmes dimensions, d`utiliser plus de semences à l`hectare (2 à 3000 buttes dans le cas de semences traditionnelles contre 10000 plants dans le cas de miniset), d’obtenir plus de rendement à l’hectare. Les tubercules obtenues par cette technique sont plus facilement transportables et aussi exportables. Dans la Grand’Anse, le projet PDR a encouragé la création du Réseau des Planteurs d’Igname de la Grand’Anse (REPIGA). Ce réseau regroupait un ensemble d’organisations de planteurs de toute la région dont Dame Marie, Anse d’Hainault, Abricots, Chambellan, Beaumont, Roseaux etc. Cette structure n’a pas fait long feu. Elle a fait face à d’énormes contraintes structurelles de départ. Toutefois, il existe actuellement à Beaumont une offre importante de semences produites en utilisant la technique miniset. Certaines organisations locales et des privés se spécialisent dans cette activité. Des institutions comme la FAO, dans leurs programmes de distribution de semences font leur approvisionnement auprès de ces opérateurs. Quoique l’existence apparente d’un savoir faire au niveau local sur la technique de miniset, les petits producteurs utilisent plus généralement la technique traditionnelle pour la production de semences. Actuellement, il n’existe pas de grands projets de production de semences d’igname en Haïti. Le Ministère de l’agriculture à travers le Programme de Développement des Filières (DEFI) initie quelques activités de recherche sur l’igname. Ces recherches concernent les variétés et la lutte phytosanitaire. 5.1.5 Conditionnement et stockage Le problème de stockage et de conditionnement se pose aussi bien pour les semences et la production d`igname. Plusieurs techniques38 existent pour bien conditionner et stocker l`igname à savoir : • éviter de les blesser au moment de la récolte, • traiter les tubercules blessées avec de l`orange amer, • stocker dans des endroits secs et bien ventilés, • empêcher aux tubercules stockés de bourgeonner, • laisser de l`espace entre les tubercules. Si ces techniques sont respectées l`igname peut être conservée jusqu’à une durée de cinq (5) mois. Aujourd`hui, très peu de producteurs appliquent ces techniques. Ainsi arrive-t-on à des taux de pertes allant jusqu`à 25% au niveau des exploitations agricoles pour les tubercules et les semences stockées selon les déclarations des producteurs rencontrés. 5.2 Le Marché Le marché de l’igname est essentiellement national. La population urbaine en forte croissance constitue un déboucher important. Selon Capital Consult, les expéditions annuelles d’igname vers les Turques et Caїcos étaient estimées à plus de 250 TM en 2004 et les Etats-Unis avec moins de 25 TM en 2005. Les Bahamas ont longtemps constitué un marché pour la production d’igname de la zone Nord’Ouest d’Haïti (50-150 TM/an). Ce débouché n’est plus ce qu’il était suite aux restrictions imposées aux transporteurs haïtiens en raison du trafic illicite de personnes et de stupéfiants. Des exportateurs haïtiens en partenariat avec le projet HAP a conduit des essais de commercialisation d’igname sur le marché de Miami. Cependant, la pénétration de ces marchés paraissait difficile du fait que de la concurrence de pays producteurs qui y sont intégrés depuis longtemps (Jamaïque, Costa Rica). Il existerait cependant des fenêtres de deux à trois mois sur l’année où l’offre de tubercules est plus faible et qui pourraient être occupées par la production haïtienne selon Bellande (2005)39. Toujours selon Bellande (2005), les tentatives d’exportation d’igname ont porté à la fois sur l’igname jaune et l’igname « guinée » à chair blanche. Des problèmes de transport, de conservation et de standardisation du produit ont surgi avec la première. Pour garantir les quantités nécessaires au remplissage d’un container, l’igname jaune doit être transportée en partie depuis le nord du pays. Elle résiste mal au transport sur ce trajet et il en résulte des taux de rejets élevés pour l’exportation. Les rejets ne peuvent être écoulés à bon prix localement car l’arrivée subite de quantités importantes sur le marché déprime rapidement les prix. La durée de conservation de l’igname jaune est aussi courte, même après traitement pour expédition. Le marché extérieur exige par ailleurs des tubercules non digités de 3-4 lbs, ce qui réduit les quantités disponibles pour l’exportation. Les perspectives sont meilleures pour l’igname guinée qui pose moins de problèmes de conservation et de standardisation que la précédente. Le taux de rejets de celle-ci serait de l’ordre de 20% alors qu’il est d’environ 60% pour la jaune. Cependant, du fait des prix locaux élevés, les marges seraient relativement faibles pour les exportateurs. Les ignames de type « Alata » commandent de bons prix à l’exportation mais sont produites principalement dans la Grande-Anse et ne supporteraient pas un transport par bateau avant expédition vers l’extérieur. 5.3 La commercialisation et les acteurs La filière d’igname a le même schéma que toutes les autres filières agricoles commercialisées de manière traditionnelle en Haïti- (voir schéma ci-dessous). Graphe 7: Circuit de commercialisation de l’igname 5.4 Les corps de métier a) Les producteurs qui sont de paysans cultivant des parcelles allant jusqu’à 13 hectares. Plus de 80% des producteurs de Cap-Rouge produisent de l’igname selon les producteurs rencontrés. Les parcelles de plus grandes tailles se situent notamment à Beaumont. Les producteurs vendent leurs productions généralement aux Saras. Un producteur peut dégager comme marge brute sur un hectare 500 000 gourdes par an selon certains producteurs rencontrés. On retrouve des gros producteurs faisant des transactions avec plus d’une vingtaine de Saras. b) Les producteurs de semences Tous les producteurs sont considérés aussi comme des producteurs de semences dans la mesure où ils autoproduisent leurs semences pour la campagne prochaine. Toutefois, à l’instar de toutes les autres filières les producteurs de faibles moyens économiques n’arrivent pas à garder leurs semences jusqu’à la prochaine campagne. Aussi recourent-ils sur le marché pour en faire l’acquisition au moment du semis. Par contre d’autres sont spécialisés dans la production de semences, soit par la méthode traditionnelle soit par la production de miniset pour la production de semences. Dans la zone de Beaumont on a inventorié quatre (4) grands producteurs de semences40. Les clients de ces derniers viennent d’un peu partout du pays (Ile à Vache, Cayes, etc). Les institutions comme la FAO, le Ministère de l’agriculture et la Care s’approvisionnent régulièrement auprès de ces producteurs dans le cadre de leurs actions de distribution de semences d’igname au niveau du pays. Un producteur de semences peut gagner jusqu’à 400 000 gourdes au cours d’une campagne agricole. c) Les Saras rurales qui achètent sur un marché rural ou dans la campagne environnante : elles se déplacent, mais sur de faibles distances, et revendent sur un marché rural ou marché de production. On les appelle aussi Saras de 1e niveau. Ces Saras achètent les tubercules sur place aux producteurs venus vendre leur récolte, soit par sac ou par cuvette aux Saras urbaines ou par lots directement aux consommateurs. Leurs volumes manipulés sont généralement limités. En général, ils collectent 7 à 12 sacs par mois entre mai à septembre (période de rareté) et 30 à 40 sacs entre octobre à novembre. d) Les Saras urbaines ou Saras de deuxième niveau qui en général sillonnent différents marchés et qui achètent soit directement du producteur ou des Saras de 1e niveau. Elles achètent soit sur des marchés de production ou des marchés de regroupement. Ils manipulent en général 300 à 400 sacs au cours d’une campagne agricole. Le prix du sac varie entre 1500 à 2000 gourdes en octobre à février et 3000 à 3500 entre mai à septembre. Cette situation est similaire à Beaumont dans la Grand’Anse aussi bien que dans le Sud’Est (La Vallée de Jacmel et Cap Rouge). e) Les Grossistes qui en général disposent des dépôts dans les grandes villes dont Port-au-Prince, sont des acteurs essentiels de la chaîne de commercialisation. En général ils achètent des Saras de deuxième niveau qui arrivent des principales zones de production d’igname du pays. Leurs volumes manipulés tournent en moyenne à 600 à 700 sacs par mois en saison de grande production. 5.5 L’environnement institutionnel/cas de Beaumont Beaumont est très pauvre en institutions d’accompagnement tant publiques que privées. Le Bureau Agricole Communal (BAC) dispose d`un technicien agricole dépourvu de tout moyen de fonctionnement. Il n`existe non plus aucune ONG d`accompagnement dans la zone. Par contre, on inventorie une dizaine d`organisations locales détenant des compétences confirmées dans la production de semences d`igname (Tableau 23). Tableau 23: Les Principales Associations de Production de Semences d’Igname Beaumont/Pestel/Sud’Est Nom Sigle Localisation Membres Mouvement Paysan Beaumont MPB Beaumont 350 Koperativ Femme Bois Misket KOFEBOM Beaumont 350 Coopérative COCAC Beaumont 250 Coopérative de production d’achat et ventes agricoles KOPRAVPAB Beaumont 250 Unité Transformation Beaumont UTAP Deriveau 250 Association des Paysans de Pestel APP Pestel 300 Association pour la promotion des techniques pour la protection de l’environnement du sud-est ATEPASE Sud’Est 3000 Source : Elaboration propre 2011 La KOPRAVPAB a été le principal partenaire du PDR dans son programme de production de miniset. Près de 3 000 000 de gourdes ont été attribuées pour cette activité. Diverses institutions dont le PAM, la Care, le CRS, la Minustha ont conduit de petites actions visant la production de semences d`ignames à travers ces organisations. Ces actions éparses et petites ont donné des résultats limités et n’ont pas permis le développement de ce segment de la filière d’igname dans la région malgré son fort potentiel. 5.6 Atouts, contraintes de la filière igname et perspectives L`igname constitue donc l`une des filières porteuses pour les régions humides du pays. Son association avec le café et l`igname renforce davantage son rôle économique environnemental et social en Haïti. 5.6.1 Atouts Les plus évidents sont présentés ci-après : • fortes potentialités agro écologiques existantes; • marchés existant aux niveaux national et international ; • • existence de ressources humaines possédant un savoir-faire dans la production de semences notamment dans la région de Beaumont; • existence d’organisations paysannes motivées et ayant une certaine expérience dans la production de semences dans la filière. 5.6.2 Contraintes On les résume : • non respect des itinéraires techniques par les producteurs (problème de trésorerie et de maitrise des techniques) ; • absence d’entretien et de fertilisation des parcelles ; • problèmes d’accès aux semences pour les familles paysannes de faibles revenus ; • attaque par les nématodes ; • problème de conservation et de conditionnement des semences et des tubercules ; • problèmes de trésorerie affectant tous les acteurs (pas d`accès au financement) • difficultés d’arriver à un minimum de professionnalisation du segment de la production de semences ; • absence d`initiatives d’envergure et soutenues visant la dynamisation de la commercialisation de l`igname malgré les opportunités de marché existantes. 5.6.3 Perspectives Les problèmes d’accès au crédit, de vulgarisation du savoir-faire agricole et de modernisation de cette activité commerciale sont aussi cruciaux au niveau de la filière igname. Il y a donc lieu de travailler sur ces différents aspects. En ce qui a trait aux semences, il existe un réel savoir-faire au niveau des principales zones de production dont Beaumont et le Sud’Est. En témoignent les nombreuses transactions entre des organisations de producteurs privés de ces régions et les institutions nationales de distribution de semence dont la FAO. Cependant, la majorité des producteurs semblent ignorer les nombreux avantages offerts par la technique miniset. Ceci est en relation avec la non professionnalisation de la commercialisation de ce produit et l`absence de logique d`entreprise au niveau des exploitations agricoles haïtiennes en général. Il y a lieu d’appuyer les acteurs dans la professionnalisation de la production et le stockage de l’igname comme produit de consommation et comme semences. BIBLIOGRAPHIE 1. BELLANDE, A. 2010. Les filières fruits, tubercules, légumes, plantes ornementales et fleurs coupées en Haïti. 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Vers la disparition de la banane en Haïti. 01/02/2008 http://reliefweb.int/node/256345 4. www.fao.org 5. Smukler Sean. Une ONG lance les premiers champs d’essais de cultures de haricots http://www.haitiregeneration.org/fr/node/594 Annexe 1: Liste des organisations œuvrant dans le domaine agricole dans la région de l’Arcahaie Nom de l’organisation Sigle Contact Phone Localité Domaine Oganizasyon Peyizan pou Devlopman Kapoul OPDK Collin Jean Eriné 34554334 6e matheux Ami en Coopération pour le Progrès ACOP Nestor Patrick 37265552 1e boucassin agriculture Association des Jeunes de l'Arcahaie pour le Développement Communautaire AJADCO Jeannot Jean Osnel 37741262 1e boucassin agriculture Association des Planteurs Arcahaie Cabaret APAC Desrusseaux Jean Rony 38068822 1e boucassin agriculture Association Jeunes Courjolles AJC Guerson Horace 36176243 1e boucassin agriculture Organisation des Techniciens Agricoles de l'Arcahaie OPTAA Pierre Wilfond 37723798 1e boucassin agriculture Tèt Kole pou Chanje TRSH Pierre Andre Normilus 37085761 1e boucassin agriculture Organisation de Développement de la Commune de l'Arcahaie ODECA Desir Georges 36007130 3e des vases agriculture Organisation pour le Développement de Corail ODEC Blanc Senatus 37473901 3e des vases agriculture Asosyasyon Jèn Peyizan Delis AJPD Fleurinal Juinson 0 5e delice agriculture Asosyasyon Jènn Peyizan Delis AJPD Joseph Pierre Paulima 38272693 5e delice agriculture Association des planteurs Delis APD Thelemaque Pierre Kepler 37551465 5e delice agriculture Association Paysans Delice APD Pierre Arismé Anacis 0 5e delice agriculture Koperativ Travayè Agrikòl Delis Akayè KOTADA Joseph Pierre René 36377617 5e delice agriculture MOJEPRELADA MOJEPRELADA Bodlius Pierre Elisthène 37423966 5e delice agriculture Mouvman Jènn Peyizan Delis Akayè MJPD Jean Cabriel 36377617 5e delice Agriculture Mouvman Peyizan Delis Akayè MJDA Saint-Louis Pierre Sauveur 38688764 5e delice Agriculture Oganizasyon Kole Zèpòl Fanm Machan OKZFM Ixe Carmen 37288016 5e delice Agriculture Organisation des jeunes paysans Robuno-Delice OJPRD Jean Daniel Clérijé 0 5e delice Agriculture Organisation pour le Développement de Delice ODD Nicolas Saintilus 38135720 5e delice Agriculture Oganizasyon Peyizan pou Devlopman de Louwou OPDL Joseph Azou 37903097 6e matheux agriculture Oganizasyon Peyizan pou Devlopman Fond Gondòl OPDFG Bazelais Jean Willy 34554334 6e matheux agriculture Inyon Peyizan Zòn Lestab IPL IPL Tineus Sainrius 34178448 goavier Agriculture Comité pour le Développement de la Jeunesse Montrouisienne COPODJEM Anslot Cétoute 36801567 Montrouis Agriculture Organisation Paysanne du Développement de la 8ème section OPD8 Oristyl Estiverne 34816285 Montrouis Agriculture Association pour le Développement de Robert ADR Nestor Jean Vicner 37100849 1e boucassin agriculture commerce Recherche et Intervention en Développement Communautaire REIDEC Cherlie Jean Baptiste 36190896 1e boucassin agriculture commerce Initiative Paysanne Pour le Développement de l'Arcahaie IPDA Lesly Pierre 36022879 3e des vases agriculture commerce Association Progressiste Marchan APM Bazile Pierre Gerard 37288016 5e delice agriculture commerce Group fanm Vanyan Kap Lite GFVKL Fleurival Surette 0 5e delice agriculture commerce Gwoupman Fanm Vanyan Delis GFVD Fleurimond André 38672458 5e delice agriculture commerce Société Coopération pour le Développement économique de Fonds-Baptiste SOCODEF Délices Jeannius 34505661 7e fonds baptiste agriculture commerce Association Plantè Delije-Lanzak APDL Patricia P. Xavier 37955770 Deluge/bois neuf agriculture commerce Association Espoir pour les Matheux ASSEMA Dorce Jean Herve 36449531 1e boucassin agriculture conservation sol Coordination Porte-Voix du Peuple Arcahaie CPVPA P. Louis Fontus 37735640 3e des vases agriculture conservation sol Organisation des Jeunes de 6ème Matheux pour le Développement AJMAD Lusier P. Richard 37566677 3e des vases agriculture conservation sol Organisation des Jeunes Progressistes de Williamson OJPW luois Yves 34929609 3e des vases agriculture conservation sol 0ganizasyon Solidarite Peyizan Kalwi Fonbatis OSPKF Jean Damus Dallien 0 7e fonds baptiste agriculture conservation sol Organisation des Paysans de 8eme OPD8 Clermius Alcino 34414244 7e fonds baptiste agriculture conservation sol Organisation Paysanne pour le Développement de Fonds Baptiste OPDFA Delices Jeannius 34505661 7e fonds baptiste agriculture conservation sol Koòdinasyon Ekip Blok Jilbè KEBJ3A Jean Baptiste Exilien 37719309 goavier agriculture conservation sol Organisation Paysan Robion Grande Place OPR Fleurisca Cirius 36864990 goavier agriculture conservation sol Rassemblement des patriotes pour le Développement de l'Arcahaie RAPDA Gilles J. Edner 36253370 3e des vases agriculture elevage Koperativ Model Agrikòl Andre KAMA Eliacin Louis-Jeune 39100042 7e fonds baptiste agriculture elevage Asosyasyon Tèt Kole Peyizan Fon Banyen ATPF Alcius Jilmé 34098387 goavier agriculture elevage Centre de Formation et d'Encadrement au Developpement CEFED Pierre Nicolas Jean 37399972 3e des vases agriculture et autres Kore Fanm KF Bazile Jeanne 37810460 5e delice agriculture et autres Oganizasyon Peyizan pou Devlopman Domalfini OPDDEM Aristhene Jean Pieristil 39296756 6e matheux agriculture et autres Coopérative Lumière Chinchiron COLUC Ocean Jean Lener 34507884 7e fonds baptiste agriculture et autres Federasyon Agrikiltè pou Devlopman Gwayavye FAPDG J. Fleurisca Racine 36864990 goavier agriculture et autres Progrès Paysans Goyavier PPG Sateny Dormeus 38483134 goavier agriculture et autres Association pour le Développement Arcahaie APDA Dumène Jean Alix 39131728 1e boucassin agriculture, education environnementale Jeunesse en Marche pour l'Avenir JMA M. Tamar Fevrius 34717940 1e boucassin agriculture, education environnementale Oganizasyon Tèt Ansanm pou Pwogrè Mate OTAPMA Dorce Jean Herve 36449531 1e boucassin agriculture, education environnementale Organisation Nationale des Agents de Développement ONADEV Contave Ricot 37423984 1e boucassin agriculture, education environnementale Solidarite pour l'Organisation des activités de la Plaine de l"Arcahaie SOAPA Emmanuel Azat 36968737 1e boucassin agriculture, education environnementale Rassemblement des Comités d'Action pour le Développement des Mornes RACABAMA Jean Francois Wilson 36426363 3e des vases agriculture, education environnementale Coordination des organisations pour le Développement de l'Environnement de Petit- bois CODEP Collin Jean Pieristil 34554334 6e matheux agriculture, education environnementale Association socio-environnementale de l'Arcahaie ASSEA Evens reneus 37142639 7e fonds baptiste agriculture, education environnementale Cooperation de l'union des paysans de Calouis CUPEC Louis-Jean Alcius 39396471 7e fonds baptiste agriculture, education environnementale