(FY2020) Note de Politique Monétaire
Resume — Ce rapport de la Banque de la République d'Haïti (BRH) analyse la politique monétaire au cours du premier trimestre de l'exercice fiscal 2020 (octobre-décembre 2019). Il examine le contexte économique, les décisions politiques et les indicateurs de performance du système bancaire.
Constats Cles
- L'économie haïtienne a été considérablement affectée par les crises sociopolitiques en octobre et novembre 2019.
- La BRH a abaissé les taux d'intérêt sur les bons BRH à la mi-novembre pour assouplir les conditions monétaires.
- La BRH n'a pas vendu de devises pendant le trimestre en raison de la valeur relativement stable de la monnaie nationale.
- Le système bancaire a fait preuve de stabilité, mais avec une baisse relative de la qualité des actifs et des ratios de rentabilité.
- Le ratio des dépôts en dollars par rapport aux dépôts totaux a diminué, indiquant un ralentissement de la dollarisation.
Description Complete
Cette note donne un aperçu de la politique monétaire d'Haïti au cours du premier trimestre de l'exercice fiscal 2020. Elle commence par décrire l'environnement économique mondial et national, en notant l'impact des crises sociopolitiques sur l'activité économique. Le rapport détaille ensuite les décisions de politique monétaire prises par la BRH au cours du trimestre, y compris les ajustements des taux d'intérêt et les interventions sur le marché des changes. Enfin, il évalue la performance du système bancaire, en soulignant les indicateurs clés tels que la qualité des actifs, la rentabilité et les tendances des dépôts. Le document se termine par des perspectives sur les perspectives économiques et les orientations politiques futures.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
BRH- Note sur la politique monétaire – 2
ème
trimestre de l’exercice fiscal 2020 0
NOTE SUR LA POLITIQUE MONETAIRE
2
ème
trimestre de l’exercice fiscal 2020
(Janvier-mars 2020)
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BRH- Note sur la politique monétaire – 2
ème
trimestre de l’exercice fiscal 2020 1
Sommaire
I. VUE D’ENSEMBLE ……………………………………… ….………………………………..… ..…………….………..…...2
II. L’ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE GLOBAL.........................................................................................................2
II.1 L’ÉCONOMIE MONDIALE………………………………… …...……………… …………………... ……………… …….2
II.2 L’ÉCONOMIE HAITIENNE…………………………………………………………………… …………… …..……...….5
III. LES DÉCISIONS DE POLITIQUE MONÉTAIRE AU PREMIER TRIMESTRE DE L’EXERCICE 2020…...…...……..8
IV. LES RÉSULTATS ET INDICATEURS DE PERFORMANCE DU SYSTÈME BANCAIRE………………………… ...…10
V. PERSPECTIVES.……………………………………….……………..……………………………..……...…….… ……..…13
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I. VUE D’ENSEMBLE
L’économie mondiale a été affectée par l’expansion du covid-19 au cours du deuxième trimestre de
l’année fiscale 2019- 2020. Il en est résulté un double choc au niveau de l’offre et de la demande, ce qui
entrave sévèrement les perspectives économiques pour 2020. Au niveau national, après une reprise
difficile suite à l’arrêt quasi-complet des activités économiques au premier trimestre, les effets de la crise
sanitaire mondiale commencent également à peser sur l’économie haïtienne à partir du mois de mars.
Ceci a porté les autorités à adopter un ensemble de mesures visant à limiter les effets récessifs de la
pandémie.
La BRH a ainsi assoupli la posture de la politique monétaire tout en prenant des initiatives additionnelles
visant à alléger la charge financière des débiteurs incluant les ménages et les entreprises. Elle a
également entrepris de favoriser les méthodes de paiements alternatifs au numéraire, dans une
conjoncture où l’on vise à réduire les contacts physiques. Du côté des autorités budgétaires, des
dispositions ont été prises, entre autres, en vue de faciliter le paiement anticipé des salaires des employés
de la fonction publique. Parallèlement, des fonds alloués aux programmes sociaux sont désaffectés afin
de subvenir aux besoins des plus vulnérables. Un plan a été également élaboré en vue de prendre en
compte la situation des ouvriers du textile, provisoirement au chômage suite à la décision
gouvernementale de suspendre le fonctionnement des usines d’assemblage ne produisant pas de
matériels sanitaires. Sur le plan de la politique monétaire, les mesures de la BRH ont été basées sur le
développement de la conjoncture et le souci de mitiger les impacts récessifs de cette double crise.
II. L’ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE GLOBAL
II.1 L’ECONOMIE MONDIALE
Au niveau des principales économies mondiales, la pandémie a radicalement modifié les tendances de
la conjoncture en début de trimestre. L’économie américaine avait ainsi entamé la période sur une note
modérément positive, poursuivant la plus longue phase d’expansion de son histoire. Même l’apparition
du coronavirus en Chine, durant le mois de janvier, ne semblait pas remettre fondamentalement en
question cette relative bonne santé. Toutefois, à partir du mois de mars, les États-Unis ont subi de plein
fouet les effets de la pandémie. En effet, les plus récentes prévisions de recul de l’activité vont jusqu’à
24% de baisse du PIB
1
entre avril et juin. Les prévisions concernant le marché du travail sont tout aussi
pessimistes, la Réserve Fédérale de St. Louis estimant les pertes d’emplois à 47 millions avec un taux
1
US Daily: A Sudden Stop for the US Economy, Goldman Sachs Research, 20 mars 2020.
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de chômage de 32,1%. En réponse, le congrès américain a adopté un programme de soutien à
l’économie de 2,3 billions de dollars, soit 11% du PIB des États-Unis. Ce programme inclut des
abattements fiscaux, une expansion de l’assurance chômage, un filet de sécurité alimentaire pour les
plus vulnérables et des programmes d’aide aux entreprises affectées. Quant à la Fed, elle a abaissé
son taux directeur de 100 points de base pour le porter entre 0 et 0,25% tout en étendant de façon
substantielle les facilités d’approvisionnement du marché financier en liquidités.
Au dernier trimestre de 2019, l’activité économique de la Zone Euro s’était clôturée sur un taux de
croissance de 0,1 %, soit le résultat le moins reluisant depuis 2013. Certains pays comme l’Italie et la
France étaient entrés en récession avec des reculs respectifs du PIB de 0,3% et de 0,1%. Le covid-19
a ainsi empiré une conjoncture économique déjà difficile. À titre d’exemple, la Banque de France estime
que l’économie française s’est contractée de 6 % au 1
er
trimestre 2020, soit la pire performance
trimestrielle depuis la fin de la 2
nde
Guerre mondiale. En réponse à cette conjoncture, et en supplément
aux différents plans nationaux de soutien à l’économie, les pays de l’Union Européenne se sont
entendus sur une série de mesures communautaires de 540 milliards d’euros. Celles-ci devraient
permettre de financer les dépenses du secteur de la santé, alimenter un fonds de garantie pour les
entreprises à hauteur de 200 milliards d’euros et des mesures de protection d’emplois d’environ 100
milliards d’euros. Du côté monétaire, la BCE a mis notamment en œuvre des programmes de rachat de
titres privés et publics sur le reste de l’année de plus de 870 milliards d’euros.
En République Dominicaine, le maintien du taux directeur en deçà de 5% l’an, de septembre 2019 à
février 2020, et la libéralisation de 34 milliards de pesos des réserves obligatoires avaient contribué à
stimuler la demande interne. L’économie avait ainsi crû de 4,1% en rythme annualisé au cours du mois
de janvier, contre 6,7% en décembre et 5,5% en novembre. Cette décélération reflétait principalement
les incertitudes entourant le processus électoral en cours en république voisine. Toutefois, dès le mois
de février, l’économie dominicaine a été affectée par les effets de la pandémie, notamment dans le
secteur touristique, lesquels effets se sont accentués durant le mois de mars.
Le tourisme qui compte pour 17% du PIB dominicain et 16% des emplois directs, a été ainsi frappé de
plein fouet par les restrictions imposées à la circulation des passagers. On estime les pertes d’emplois
à 350 000 alors qu’un secteur comme l’agriculture devrait voir ses pertes se chiffrer à plus de 870
millions de dollars ÉU en raison de la baisse de demande en provenance du secteur touristique. Les
mesures économiques annoncées en réponse à la conjoncture totalisent 576 millions de dollars ÉU,
soit 2,5% du PIB. Elles incluent notamment des subventions visant 1,5 million de ménages parmi les
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plus vulnérables. Du côté de la banque centrale, la posture monétaire a été assouplie en vue de fournir
des liquidités additionnelles à l’économie, le taux directeur passant de 4,5% à 3,5% alors que les taux
de réserve obligatoire effectifs ont été réduits de 2 points de pourcentage. Parallèlement, le marché
des changes a été alimenté à hauteur de 500 millions de dollars ÉU alors que diverses mesures ont été
adoptées pour alléger la charge financière des débiteurs.
En ce qui a trait aux prix des produits alimentaires, l’Indice FAO a chuté de 5,12% entre décembre 2019
et mars 2020. Cet indicateur avait toutefois crû de 0,83% en janvier avant d’entamer un recul à la faveur
du ralentissement économique engendré par le coronavirus. En particulier, une tendance similaire a été
observée pour le cours des céréales, à l’exception du riz. En effet, les prix de ce dernier ont maintenu
une tendance haussière sur tout le trimestre en affichant une croissance de 4,50%. Ceci est dû, entre
autres, à des mesures d’interdiction d’exportation par plusieurs pays producteurs voulant constituer des
stocks stratégiques dans un environnement économique incertain. Parallèlement, les cours mensuels
du baril de Brent et du West Texas Intermediate (WTI) se sont effondrés depuis janvier 2020. Fin mars
2020, les prix du baril de Brent et de WTI se sont établis à 19,19 et 21,51 dollars ÉU respectivement,
contre 65,85 et 59,80 fin décembre 2019.
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II.2 L’ECONOMIE HAÏTIENNE
Au niveau national, l’économie a été marquée par deux moments. De janvier à début mars, l’activité
économique a surtout pâti d’un climat sécuritaire incertain qui a entravé la reprise par rapport à l’arrêt
quasi complet des activités au trimestre précédent. Toutefois à partir de mi-mars, les effets de la
pandémie se sont fait sentir à mesure que des dispositions étaient adoptées pour en empêcher
l’expansion. Ces dispositions incluent, entre autres, l’interdiction du transit international de passagers,
l’arrêt de fonctionnement des écoles, la fermeture des usines du secteur de l’assemblage, la promotion
de la distanciation sociale ainsi que la réduction des heures de travail de nombreuses entreprises du
secteur formel. Quoique n’étant pas interdite, la circulation des marchandises aux ports et à la frontière
s’est ralentie. Ceci est dû à la fois à la baisse de la demande, mais aussi aux retards induits par la
pandémie dans la chaîne d’approvisionnement chez des partenaires commerciaux comme les États-
Unis, la République Dominicaine et la Chine.
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Pour ce qui concerne le secteur agricole, une pluviométrie favorable a porté les agriculteurs à
entreprendre la préparation de la campagne de printemps. Ainsi, dans la plupart des régions, les
plantations d’haricots, de manioc et de maïs ont démarré, donnant lieu à un certain regain de la
demande pour les travailleurs agricoles. Toutefois, les pressions sur les prix de produits alimentaires
demeurent élevées, avec des pics d’augmentation hebdomadaire de plus de 28% constatées pour
certains produits comme le pois noir sur certains marchés
2
en mars. Selon les analyses du Cadre
intégré de classification de la sécurité alimentaire, cette situation a contribué à maintenir 3,7 millions de
personnes en insécurité alimentaire aiguë sévère en février, avec la possibilité que ce nombre dépasse
4,1 millions en absence de mesures d’envergure au mois de mars 2020.
Sur le plan du commerce extérieur, bien avant l’adoption de mesures pour freiner le covid-19 au niveau
national, les données de janvier et de février font état d’une baisse des échanges commerciaux par
rapport à la même période de l’an dernier. Ceci reflète l’effet d’une faible demande interne durant ces
deux mois ainsi que les difficultés de la chaîne d’approvisionnement en intrants, engendrées par la
dégradation du climat sécuritaire, notamment dans le cas des exportations. Ainsi les importations pour
les deux premiers mois du trimestre ont baissé de 0,83% par rapport à la même période un an
auparavant. Quant aux exportations, dont les chiffres sont disponibles jusqu’au mois de janvier, elles
ont reculé de 12% pour se chiffrer à 65,53 millions de dollars, soit le plus faible niveau mensuel depuis
deux ans. Il en est résulté pour ce mois, un déficit commercial de 263 millions de dollars ÉU, en baisse
de 2% par rapport à janvier 2019.
Par ailleurs, le niveau des transferts privés reçus de l’étranger a atteint 628,35 millions de dollars ÉU
sur le trimestre, soit une augmentation de 2,62% par rapport à la même période de l’exercice antérieur.
Toutefois, il convient de noter que pour le mois de mars 2020, les flux en provenance de la diaspora se
sont chiffrés à 229,19 millions de dollars, soit une baisse de 8,17% par rapport à mars 2019. La
raréfaction de l’offre de devises à travers les transferts a ainsi contribué à l’accélération de la
dépréciation en fin de trimestre. Globalement, une hausse de 6,51% du taux de change de référence
entre fin décembre 2019 et fin mars 2020 a été constatée, portant le cours de la devise américaine à
97,9728 gourdes au 31 mars.
2
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Pour ce qui est des finances publiques, de janvier à mars 2020, les recettes de l’Etat ont atteint 22
107,42 MG suite à une hausse de 12,69%par rapport au trimestre antérieur et de 18,39% par rapport à
la même période de l’exercice antérieur. De janvier à mars 2020, les dépenses de leur côté se sont
chiffrées à 49 923,17 MG à la faveur d’une croissance trimestrielle de 10 % et de 81 % en glissement
annuel. Les recettes cumulées, d’octobre 2019 au 31 mars 2020, ont totalisé 41 726 MG alors que le
cumul des dépenses se chiffrait à 89 667,70 MG. Le déficit qui en a résulté a été financé, entre autres,
à hauteur de 28 750 MG par la BRH et à travers des émissions de billets de trésorerie pour 8 681 MG.
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III- LES DECISIONS DE POLITIQUE MONETAIRE AU 2
EME
TRIMESTRE DE L’EXERCICE FISCAL 2020
Au cours du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2020, la BRH a principalement orienté sa politique
monétaire de manière à atténuer les impacts néfastes que pourrait avoir le covid-19 sur les activités
économiques. Ainsi, le 23 mars 2020, les taux sur les bons BRH ont été révisés à la baisse passant de
5%, 7% et 15% à 4%, 6% et 10 % respectivement pour les maturités de 7, 28 et 91 jours. Parallèlement,
le taux de mise en pension des bons BRH a été réduit de 5 points de pourcentage à 17%. La Banque
centrale a aussi procédé à la diminution des coefficients de réserves obligatoires en vue de rendre
moins coûteuse pour les banques commerciales la captation des ressources et l’octroi des crédits quand
le contexte sera plus favorable. Ainsi, le taux de réserves obligatoires sur les passifs en gourdes pour
les banques commerciales et les filiales non bancaires est passé de 45% à 40% alors que celui des
banques d’épargne et de logement (BEL) a été réduit de 5 points de pourcentage pour être fixé à 28,5%.
Par ailleurs, les coefficients sur les passifs en dollars ont été maintenus à 51,0% et 39,5%
respectivement pour les banques commerciales et les banques d’épargne et de logement. Toutefois, la
couverture en gourdes des réserves obligatoires sur les passifs en dollars a été revue à la hausse,
passant de 10% à 12,5% à partir du 29 janvier 2020.
D’autres dispositions ont été aussi adoptées en vue d’atténuer les impacts de la pandémie sur les
conditions de vie. Ainsi, il a été fait obligation aux institutions financières d’accorder un moratoire de
trois mois, allant du 1er avril au 30 juin 2020, à tout débiteur du système qui souhaite en bénéficier.
Toutefois, sur la période considérée, seuls les intérêts sur les créances seront exigés. A la discrétion
3,500.0
5,500.0
7,500.0
9,500.0
11,500.0
13,500.0
15,500.0
17,500.0
Mar-19 Apr-19
May-19
Jun-19
Jul-19
Aug-19 Sep-19 Oct-19 Nov-19 Dec-19 Jan-20 Feb-20 Mar-20
Recettes et Dépenses publiques en millions de gourdes
Dépensespubliques
Recettes publiques
Source: MEF
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du client et en accord avec l’institution financière, une redéfinition des modalités d’un prêt pourra être
envisagée. Pour un prêt ainsi restructuré, les institutions financières sont autorisées à ne pas constituer
de provisions spécifiques sur les prêts sains au 31 mars 2020 pour une période d’un an. Pour les prêts
sains au 30 septembre 2019, des provisions spécifiques de 5% doivent être constituées conformément
à la circulaire No 87 sur la classification des prêts et la constitution de provisions pour créances
douteuses. De même, pendant la période du moratoire toutes les créances sont exonérées de retard y
compris celles sur les cartes de crédit. Parallèlement, les réalisations de garanties sur les prêts
hypothécaires sont suspendues d’avril à juin 2020. Pour ne pas entacher l’historique de crédit des
clients, aucune transmission de données au Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) ne sera effectuée
sur la période allant de mars à juin 2020. Par ailleurs, sur le trimestre, la BRH a procédé à une vente
nette de 38,92 millions de dollars ÉU sur le marché des changes afin de lisser les variations du cours
de la devise américaine.
En ce qui a trait au système de paiement, des mesures ont été prises en vue de limiter la propagation
du coronavirus via les pièces et billets de banque et ainsi réduire le coût d’accès à la liquidité. C’est en
ce sens que les autorités monétaires ont relevé les limites de transactions effectuées à travers les
services de paiement mobile et ont renoncé aux frais relatifs aux virements interbancaires (SPIH).
Au niveau des statistiques monétaires, la reprise des liquidités oisives à travers les bons BRH et les
interventions sur le marché des changes ont permis de limiter l’impact du financement monétaire sur la
base monétaire au sens restreint. Ce dernier a crû de 2,59% entre décembre 2019 et mars 2020 contre
une progression de 12,92% un trimestre plus tôt. Cette décélération de la monnaie centrale au sens
strict au 2
ème
trimestre a aussi une composante saisonnière et reflète à la fois l’évolution de la monnaie
en circulation et celle des dépôts en gourdes des banques commerciales à la BRH dont les variations
se sont inscrites à -4,57% et +7,02% respectivement contre 15,68% et 10,44% au 1
er
trimestre. En ce
qui a trait à la base monétaire au sens large, elle a enregistré une croissance de 4,46%, suite à une
hausse de l’encours des bons BRH, lequel est passé de 8 467 MG à 15 581 MG. Parallèlement, les
dépôts en dollars convertis en gourdes des banques commerciales à la BRH ont diminué de 0,2%, en
dépit de la hausse significative du taux de change sur le trimestre, traduisant ainsi une baisse effective
du volume de ces dépôts de 6,07%.
Au niveau de l’actif du bilan de la Banque Centrale, la tendance à la hausse des créances nettes sur
l’État a été maintenue, leur variation s’étant inscrite à 11,20 % contre 22,16% au trimestre précédent.
Parallèlement, les avoirs extérieurs nets de la BRH ont enregistré une contraction de 5,10 %. Évalués
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en dollars ÉU, ces avoirs ont reculé de 10,67%, contre une hausse de 4,61% un trimestre plus tôt,
principalement en raison ventes de devises de la BRH sur le marché des changes.
S’agissant des agrégats monétaires, les données provisoires disponibles au mois de février 2020
indiquent une hausse de 2,22 % de l’agrégat M3 par rapport à décembre 2019 pour s’établir à 393,5
milliards de gourdes. Cette évolution s’explique par la hausse concomitante des dépôts en gourdes
(+8,44%) et de ceux en dollars libellés en monnaie locale (+2,36%), ces derniers ayant surtout subi un
effet-change puisqu’en volume, ils ont accusé une baisse de 0,23%.
Au niveau des contreparties de la masse monétaire, les créances nettes de la BRH sur le secteur public
et l’administration centrale en particulier ont maintenu leur tendance à la hausse. En effet, ces créances
ont crû de 12,19% entre décembre 2019 et février 2020 contre une progression de 24,9% au trimestre
précédent et une baisse de 6,2% sur la période correspondante de l’exercice passé. Parallèlement, les
avoirs extérieurs nets du système bancaire ont diminué de 3,10 % avec une baisse plus marquée au
niveau des avoirs de la BRH (-4,32%) comparés à ceux des banques commerciales (-0,65%). Quant
au crédit au secteur privé, il reste peu dynamique, affichant une croissance nominale de 0,86%, dans
un contexte marqué par la persistance des facteurs d’instabilité politique et macroéconomique.
IV- LES RESULTATS ET INDICATEURS DE PERFORMANCE DU SYSTEME BANCAIRE
Les données disponibles sur le système bancaire au 29 février 2020 font état d’une relative stabilité de
la structure financière des banques commerciales combinée à une légère amélioration de leur rentabilité
par rapport à décembre 2019, et une détérioration de cette dernière au regard de la situation un an plus
tôt.
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Du coté des emplois, l’actif a augmenté de 4.3 % par rapport au 31 décembre 2019 pour s’établir à 415,9
milliards de gourdes au mois de février 2020. Cette hausse est tributaire de la progression simultanée
de l’encours des bons BRH et ceux du Trésor de 30,1 % et de 39,7 % respectivement. Par ailleurs, il
importe de noter le portefeuille net de prêts a reculé de 0,9 %. Cette baisse du portefeuille net de prêts
s’explique par un recul de 2,6 % des prêts en gourdes, atteignant 53,3 milliards de gourdes en février
2020 contre 54,7 milliards de gourdes au 31 décembre 2019.
Parallèlement, les ressources du système bancaire au cours de la période sous étude ont été marquées
par une augmentation des dépôts qui se sont établis à 334,8 milliards de gourdes suite à une hausse de
4,3% par rapport à fin décembre 2019. Cette bonne performance des dépôts est imputable à la
progression observée au niveau de toutes ses catégories dont les dépôts à vue (+7,3%), ceux d’épargne
(+1,9 %) et à terme (+2,41%). Conséquemment, le ratio « Prêts bruts/Dépôts totaux », un indicateur
d’intermédiation bancaire, s’est établi à 36,80% au mois de février 2020 contre 38,4 % au mois de
décembre 2019.
D’octobre 2019 à février 2020, le système bancaire a généré un produit net bancaire (PNB) totalisant
environ 9,7 milliards de gourdes contre 9,4 milliards au cours de la même période de l’exercice 2018-
2019, soit une progression de 3,3 %. Cette bonne tenue du PNB résulte de l’évolution des revenus nets
d’intérêts (+15,8%) tandis que les autres revenus ont chuté de 12 % sur la même période. Toutefois,
étant donné la contre-performance du produit net bancaire par rapport aux dépenses d’exploitation, le
bénéfice net cumulé sur la période a atteint 2,4 milliards de gourdes contre 3,2 milliards un an
auparavant, soit une diminution de 26%.
En ce qui a trait aux ratios financiers clés du système bancaire au 29 février 2020, on a pu observer une
détérioration de la qualité de l’actif, en témoigne l’évolution du coefficient d’arrérage (+34 points de base).
En effet, le ratio « prêts improductifs en pourcentage des prêts bruts », principal indicateur de la qualité
de l’actif, s’est établi à 7,23 % en février 2020contre 6,89 % en décembre 2019. Toutefois, le ratio «
provisions pour créances douteuses en pourcentage des prêts improductifs » a progressé de 5,1 points
de pourcentage pour atteindre 54,82 % au 29 février 2020. Les banques se sont donc mieux
provisionnées en cas de défaut de paiements des débiteurs à risque.
S’agissant de la structure financière du système, on a pu observer une relative stabilité par rapport au
premier trimestre de l’exercice en cours avec un léger recul du poids de l’avoir des actionnaires dans
l’actif. En effet, l’assise financière du système est passée de 8,57 % en décembre 2019 à 8,23 % en
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février 2020, alors que dans le même temps, le ratio dépôts en pourcentage de l’actif s’est fixé à 80,49%
en février 2020, contre 80,47% en décembre 2019.
En ce qui concerne les ratios de rentabilité du système bancaire, une baisse sensible peut être observée
en glissement annuel. En effet, le rendement de l’actif (ROA), sur une base cumulée d’octobre 2019 à
février 2020, a affiché 1,41 % contre 2,24 % au cours de la même période de l’exercice précédent. De
même, le ROE a reculé en variation annuelle s’affichant à 16,9 % d’octobre à février 2020 contre 25,28
% sur la même période un an auparavant.
Parallèlement, se rapportant au rendement moyen des prêts productifs sur une base cumulée depuis
octobre 2019, une légère progression a été constatée. En effet, ce rendement est passé à 12,27 % contre
11,43 % sur la même période de l’année précédente. Pour sa part, la rémunération des dépôts ne s’est
modifiée que très légèrement, passant en termes cumulés à 1,37 % d’octobre 2019 à février 2020 contre
1,14 % sur la même période un an auparavant.
Au mois de février 2020, on a observé une évolution mitigée de la dollarisation du système bancaire en
tenant compte des différents ratios retenus pour mesurer ce phénomène. Ainsi, le ratio « dépôts en
devises converties en pourcentage des dépôts totaux » a chuté passant de 67,64 % en décembre 2019
à 66,49 % en février 2020. De son côté, le ratio « portefeuille de prêts nets en devises converties en
pourcentage des prêts nets totaux » a augmenté de 82 points de base à 54,94 % en février 2020. En ce
qui a trait à l’actif en devises converties, il représentait 57,61 % au mois de février 2020 contre 58,45 %
en décembre 2019, soit une baisse de 84 points de base.
S’agissant de l’évolution des taux d’intérêt bancaire sur les opérations en gourdes, les taux d’intérêt
moyens sur les prêts se sont établis à 16,5 % en février 2020 contre 21,5 % en décembre 2019.
Parallèlement, les taux d’intérêt moyens sur les dépôts à terme (DAT) se sont inscrits à 5,88 % en février
2020 contre 5,50 % au premier trimestre de l’exercice en cours. Par rapport à cela, le spread
d’intermédiation financière a baissé passant de 15,2 % au premier trimestre 2020 à 11% au mois de
février 2020.
S’agissant des opérations en devises, les taux d’intérêt moyens sur les prêts se sont fixés à 10,25 % en
février 2020 contre 10,50 % au cours du premier trimestre de l’exercice en cours, soit une baisse de 25
points de base. Du coté des taux sur les DAT, ils se sont hissés à 2,25 % en février 2020 contre 2,56 %
en moyenne au premier trimestre 2019, soit une baisse de 31 points de base. Ainsi la marge
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d’intermédiation sur les opérations en dollars a atteint la barre de 8 % contre 7,94 % au premier trimestre
2020, ce qui correspond à une hausse de 6 points de base.
V- PERSPECTIVES
Les perspectives de l’économie haïtienne dépendent de la trajectoire de l’épidémie de covid-19 au niveau
national et international aussi bien que des réponses qui y seront apportées. Toutefois même en dehors
d’une aggravation marquée de la situation sanitaire, on peut s’attendre à un faible niveau d’activité
économique pour le prochain trimestre, ne serait-ce qu’en raison des mesures de distanciation sociale
et de réduction du temps de travail adoptées. Parallèlement, l’envergure de cette baisse de l’activité sera
également tributaire du recul observé dans les flux entrants de transferts de la diaspora, vu le rôle de
ces derniers dans le financement de la consommation. En revanche, la réponse à l’urgence sanitaire
dépendra des ressources qu’arrivent à collecter les pouvoirs publics en vue d’y répondre. Si d’un côté,
la baisse des cours du pétrole devrait libérer des ressources fiscales à la faveur de la réduction des
subventions sur le carburant, les dépenses publiques auxquelles auront à faire face l’État devraient
accuser une hausse encore plus importante. Dans un tel contexte, les apports de fonds des bailleurs
internationaux se révèleront cruciaux. C’est à ce titre, que la BRH, en accord avec les autorités
budgétaires, poursuit les négociations en vue de la signature d’un programme financier avec le FMI,
lequel devrait ouvrir la voie à une contribution de partenaires financiers bilatéraux et multilatéraux en
termes d’appuis budgétaires. Parallèlement, la Banque Centrale entend demeurer proactive face à
l’évolution de la conjoncture et est en train de d’affiner un dispositif de mesures pour préparer l’après-
crise.