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Janvier 2025
Les Banques Centrales:
Histoire et Rôle
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SOMMAIRE
Introduction ..........................................................................................4
1. Contexte historique d’apparition des banques centrales ......................4
1.1 Émergence et missions originelles des banques centrales ........4
1.2 Évolution de la structure de propriété des banques centrales ...6
2. Missions des banques centrales .........................................................7
2.1 Maintien de la stabilité des prix (mandat hiérarchique) ...........7
2.2 Promotion de la croissance et maximisation de l’emploi (mandat dual)
..................................................................................................8
3. Régulation financière ........................................................................8
3.1 Supervision bancaire ............................................................8
3.2 Règlementation des institutions financières non bancaires .......9
4. Stabilité financière et macroprudence ................................................10
4.1 Gestion du risque systémique ................................................10
4.2 Fonction de « prêteur en dernier ressort » ...............................11
5. Financement des opérations ..............................................................11
Conclusion ...........................................................................................12
Glossaire ..............................................................................................13
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INTRODUCTION
Les banques centrales jouent un rôle clé sur les marchés monétaires et finan-
ciers. En tant que responsables de la conduite de la politique monétaire, elles
agissent sur l’offre de monnaie à l’aide d’instruments visant la réalisation de
divers objectifs macroéconomiques, notamment la stabilité des prix. En effet,
leurs actions influencent la dynamique d’un grand nombre de variables et de
paramètres économiques parmi lesquels : l’inflation, le taux de change, les taux
d’intérêt, les prix des actifs (financiers et tangibles) ainsi que les anticipations
des agents économiques. Ces mécanismes, qui constituent les courroies de
transmission de la politique monétaire, génèrent des incidences sur le com-
portement de la demande agrégée et l’évolution de l’activité économique. À cet
égard, pour comprendre le rôle des banques centrales dans l’économie, il est
essentiel d’examiner leur contexte historique d’émergence, leurs missions fon-
damentales et leur contribution à la régulation et à la stabilité financière.
1. CONTEXTE HISTORIQUE D’APPARITION DES
BANQUES CENTRALES
L’histoire économique et monétaire comporte des pans importants susceptibles
de servir de points d’ancrage en vue d’appréhender l’évolution des fonctions
des banques centrales dans l’organisation des économies à l’échelle mondiale.
Ainsi, en se référant au cadre chronologique de leur émergence, il devient pos-
sible d’analyser les missions qui leur sont dévolues et saisir la dynamique de
leur fonctionnement, notamment à travers les transformations survenues dans
leur structure de propriété.
1.1 ÉMERGENCE ET MISSIONS ORIGINELLES DES BANQUES CENTRALES
La première création d’une banque centrale remonte à 1668, avec la mise sur pied
de la Sveriges Riksbank
1
dont la fonction principale consistait à octroyer des prêts
au Gouvernement suédois. Avec l’essor du commerce mondial et l’augmentation
du volume des paiements internationaux au XVIIe siècle, d’autres banques centrales
ont été instituées à travers l’Europe
2
.
1
Sveriges Riksbank est le nom donné à la Banque de Suède, qui est la plus ancienne banque centrale au monde.
2
Cf., Mishkin, F. (2022). The Economics of Money, Banking and Financial Markets. (13e édition). Londres : Pearson. PP. 366 –
368
En 1694, la Banque d'Angleterre (BoE) a été créée, devenant le modèle sur
lequel d'autres économies européennes se sont appuyées pour établir leurs pro-
pres banques centrales aux XVIIIe et XIXe siècles. Outre l'achat de la dette
publique ces institutions, chargées de l'émission monétaire, se sont initialement
concentrées sur la sécurisation des paiements internationaux dématérialisés,
dans le but de renforcer l'efficacité des échanges commerciaux transfrontaliers.
Au fil du temps, leurs missions se sont progressivement élargies pour inclure la
préservation de la stabilité monétaire.
Contrairement à la dynamique européenne, les Américains redoutaient qu’une
concentration du contrôle bancaire et financier par une seule autorité ne soit poli-
tiquement dangereuse. Ainsi, au XIXe siècle, les tentatives de création d’une
banque centrale inspirée du modèle européen ont été vaines. Il a fallu les crises
récurrentes de 1870 à 1907 pour que naisse en 1913 la Réserve fédérale des
États-Unis (Fed)
3
. Toutefois, pour mitiger le risque de concentration de pouvoir, la
structure de la Fed a été divisée en 12 banques régionales de Réserve fédérale
réparties à travers les États-Unis.
Quant aux pays émergents et en développement, la majorité d’entre eux ont créé
leurs banques centrales après la seconde guerre mondiale ou à la suite de leur
accession à l’indépendance, adoptant pour la plupart, des structures similaires à
celles des banques centrales européennes.
S’agissant de l’économie haïtienne, la Banque Nationale d’Haïti (BNH) a été le premier
établissement bancaire implanté dans le pays
4
en 1880. Elle avait le privilège exclusif
d’émission de billets. En 1910, le contrat de concession entre le Gouvernement haïtien
et des tiers a été résilié en faveur d’un consortium pour la création d’une nouvelle
banque : La Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH). De 1910 à 1979,
cette dernière a exercé simultanément une fonction commerciale et celle d’une banque
centrale. La création de la Banque de la République d’Haïti (BRH) a été actée par la
loi du 17 août 1979, après la scission de la Banque Nationale de la République d’Haïti
(BNRH) en deux entités indépendantes: la Banque de la République d’Haïti (BRH),
jouant exclusivement le rôle de banque centrale et la Banque Nationale de Crédit
(BNC), remplissant les fonctions de banque commerciale.
3
Il s’agissait d’une crise financière liée à une situation de panique bancaire (bank run) aux États-Unis au milieu d’une période
de récession caractérisée par des retraits massifs de fonds auprès des établissements bancaires en raison d’une perte de confi-
ance des épargnants.
4
Beaulieu, C. (1987). Le système bancaire haïtien. Port-au-Prince.
Lacombe, R. (1958). Histoire monétaire de Saint Domingue et de la République d’Haïti jusqu’en 1874. Paris : Editions Larose.
La BNH avait adopté une position prudente en n’octroyant que 2 millions de gourdes de crédit dont 80 % étaient destinés au
secteur public.
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Dans l’ensemble, les principales fonctions des banques centrales ont évolué, pas-
sant de l’émission de billets de banque, de la supervision bancaire et des
paiements internationaux à la régulation de la valeur de la monnaie nationale,
au financement des dettes souveraines et au maintien de la liquidité des économies
en cas de crise. Certaines banques centrales, comme celle d’Haïti, agissent égale-
ment en tant que banquier et caissier de l’État.
1.2 ÉVOLUTION DU STATUT DES BANQUES CENTRALES
La répartition du capital détermine la structure de propriété des banques centrales et
influence leur gouvernance. Initialement, les banques centrales étaient détenues et
contrôlées par des institutions privées. Elles fournissaient des services bancaires com-
merciaux susceptibles de concurrencer les autres banques dites “de second rang”.
Cette situation soulevait des problèmes de conflits d’intérêts puisque les autorités
monétaires étaient à la fois juge et partie. L’argument en faveur de la propriété privée
des banques centrales reposait sur l’idée que ce statut assurerait leur indépendance
vis-à-vis des gouvernements, notamment en évitant la monétisation des déficits
publics.
Cette configuration ne garantit pas toujours la défense de l’intérêt collectif. En tant
qu’émettrices exclusives de monnaie ayant cours légal, elles jouaient le rôle de dé-
positaire des banques, car les billets émis étaient gagés d’une contrepartie en or.
Ainsi, après que la Grande Dépression
5
eût révélé des failles dans le processus de
contrôle bancaire, de nombreuses banques centrales à travers le monde ont été
nationalisées.
De nos jours, la plupart des banques centrales dans le monde sont des entités
publiques, bien que quelques-unes soient encore privées ou mixtes. C’est le cas
de la Réserve fédérale et de la Banque d’Italie qui sont détenues par les banques
commerciales membres. Les banques centrales de Belgique, de Suisse, du Japon,
de la Turquie et de l’Afrique du Sud relèvent encore de la propriété privée ou mixte.
Néanmoins, il convient de souligner que les banques centrales contemporaines,
quelle que soit leur structure de propriété (publique, privée ou mixte), agissent dans
l’intérêt public et ne proposent pas de produits et services financiers en concurrence
avec les institutions qu’elles ont pour mission de réguler.
5
Qualificatif utilisé pour désigner la crise de 1929 qui était caractérisée par un recul prolongé de l’activité économique et une
insuffisance de la demande effective dans beaucoup de pays à l’échelle mondiale, avec des conséquences désastreuses sur
l’emploi, la dynamique des prix et l’évolution des marchés financiers.
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2. MISSIONS DES BANQUES CENTRALES
Les banques centrales ont pour mission de réaliser diverses fonctions essentielles
telles que la gestion de la politique monétaire, la supervision et la régulation du
système financier, ainsi que la gestion des réserves de change. La politique moné-
taire est conduite de manière à favoriser la prospérité économique et financière.
Concrètement, elle a pour objet principal de maintenir la stabilité des prix. Pour y
parvenir, les banques centrales sont appelées à prendre des décisions visant à
préserver la confiance des agents économiques dans la valeur de leur monnaie
respective. Dans certaines économies, en sus de la stabilité des prix, un autre man-
dat est conféré aux autorités monétaires, qui consiste à promouvoir la croissance
économique et à maximiser l’emploi.
2.1 MAINTIEN DE LA STABILITÉ DES PRIX (MANDAT HIÉRARCHIQUE)
Par stabilité des prix
6
, on entend la capacité des banques centrales à préserver le
pouvoir d’achat des agents économiques en maîtrisant l’évolution de l’inflation.
Cela implique de maintenir le rythme de progression des prix à un niveau qui ne
soit pas préjudiciable pour l’activité économique. La stabilité et la prévisibilité des
prix sont essentielles, car leur volatilité excessive peut compromettre la planifica-
tion financière des ménages, influencer négativement les décisions des entreprises
et décourager les investisseurs. De façon générale, des pressions inflationnistes
élevées peuvent engendrer des coûts socio-économiques significatifs.
À l’inverse, les spirales déflationnistes
7
représentent également une menace pour
l’activité économique, car elles réduisent la profitabilité des entreprises, affectant
ainsi leur viabilité. Par conséquent, il est impératif que l’inflation soit gardée à un
niveau qui favorise le bon déroulement des activités entrepreneuriales tout en
préservant le pouvoir d’achat des ménages.
Dans certaines économies, la stabilité des prix est évaluée à travers une politique
de ciblage de l’inflation. Dans divers pays développés, l’objectif d’inflation est
généralement d’environ 2 %
8
. Dans certains cas, il s’agit d’une cible symétrique,
ce qui signifie que les autorités monétaires se donnent une fourchette autour d’un
6
Le concept de stabilité des prix est générique. En dehors des prix pratiqués sur le marché des biens et services (prix à la con-
sommation), il renvoie également aux prix pratiqués sur le marché des capitaux (taux d’intérêt), sur le marché du travail (taux de
salaire) et sur le marché des changes (taux de change).
7
La déflation renvoie à une baisse du niveau général des prix pouvant s’accompagner d’une contraction de la masse moné-
taire et du crédit.
8
C’est le cas aux États-Unis et au niveau de la Zone Euro. Au Canada, la cible d’inflation correspond au point médian d’une
fourchette comprise entre 1 % et 3 %. En République Dominicaine, elle est de 4 % ± 1 %.
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seuil déterminé, pourvu qu’à moyen terme, l’inflation demeure ancrée au niveau
ciblé.
2.2 PROMOTION DE LA CROISSANCE ET MAXIMISATION DE L’EMPLOI
(MANDAT DUAL)
Outre l’objectif de stabilité des prix, un mandat relatif au plein emploi est as-
signé à certaines banques centrales. Cet objectif ne correspond pas à l’absence
totale de chômage, mais à un niveau pour lequel celui-ci est réduit à son niveau
frictionnel
9
.
Conséquemment, les banques centrales encouragent l’investissement à long terme
qui contribue à la croissance économique, à des gains de productivité et à la créa-
tion d’emplois. De ce fait, elles sont chargées de promouvoir la création de
richesses en incitant les entreprises à investir, tout en encourageant l’épargne pour
améliorer l’offre de fonds prêtables dans l’économie
10
. Tenant compte de ce dou-
ble mandat, il s'avère parfois difficile pour les banques centrales d’arbitrer entre
la stabilité des prix et la promotion de la croissance économique.
3. RÉGULATION FINANCIÈRE
Dans certains pays (généralement de tradition latine), la charge de la supervision
des institutions financières est assignée à une institution dénommée “Surintendance
des banques et des institutions financières”. Dans d’autres économies, cette fonction
est assurée par les banques centrales qui disposent d’un département dédié à cet
effet.
3.1 SUPERVISION BANCAIRE
En établissant un ensemble de normes prudentielles et autres dispositifs règlementaires,
les banques centrales soumettent les banques créatrices de monnaie à un processus
de supervision en vue de garantir la confiance du public dans ces institutions. En effet,
9
Appelé aussi chômage de transition ou chômage incompressible, le chômage frictionnel correspond au chômage de faible
durée existant entre l’arrêt d’un emploi et le début d’un autre.
10
À titre d’exemple, la Fed, dans le cadre de son mandat, détient un rôle relatif à la maximisation de l’emploi. Dans le cas de la
BRH, l’article 2 (alinéa 6) de sa loi organique lui confère la mission de contribuer à l’instauration d’un niveau élevé de l’emploi
et du revenu réel.
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étant donné le cœur de métier de ces établissements, ils sont soumis à un contrôle
rigoureux en vue d’éviter des incidences négatives de leur gestion sur la collectivité.
Les modes de contrôle établis se font tant sur pièces (en évaluant les rapports et autres
documents fournis par les établissements bancaires en question) que sur place (en
dépêchant dans les locaux desdits établissements des missions d’inspection).
Ainsi, les banques commerciales sont tenues de respecter scrupuleusement les ratios
de suffisance de fonds propres, de liquidité et autres indicateurs de règlementation et
de supervision. En remplissant de telles fonctions, les banques centrales s’inspirent et
mettent en œuvre des recommandations des accords de Bâle élaborés par le Comité
de Bâle qui prône une uniformisation du contrôle bancaire à l’échelle mondiale en
établissant des règles standards, facilitant les opérations transfrontalières. En adoptant
ces normes, elles renforcent également la confiance des investisseurs et des partenaires
internationaux dans leur système bancaire. Ce comité a été créé en 1974 par les Gou-
verneurs de banques centrales de dix pays (G10) et est hébergé par la Banque des
Règlements Internationaux (BRI) à Bâle, en Suisse, considérée comme la banque des
banques centrales.
3.2 RÈGLEMENTATION DES INSTITUTIONS FINANCIÈRES NON BANCAIRES
Les établissements financiers relevant de ce que l’on appelle le “Shadow banking”
sont, dans des cas spécifiques, soumis à un cadre règlementaire défini par les
banques centrales. Bien que certaines de ces entités ne collectent pas de dépôts
et offrent divers
11
produits financiers, elles ne font pas partie de celles dites créa-
trices de monnaie. Toutefois, leurs activités peuvent générer des risques suscepti-
bles d’affecter le bien-être collectif, justifiant ainsi leur encadrement réglementaire
dans de nombreux pays.
Parmi d’autres institutions qui ne sont pas des banques mais qui font partie des
secteurs régulés par les banques centrales, on retrouve les compagnies de trans-
ferts, les coopératives d’épargne et de crédit (CEC) et autres institutions de mi-
crofinance (IMF). Ces institutions sont assujetties à un cadre règlementaire adapté
à leurs activités. Par exemple, les CEC, qui ne réalisent pas de profits mais des
“trop-perçus”, ont des dispositifs règlementaires et des normes prudentielles qui
leur sont propres
12
.
11
C’est le cas des compagnies d’assurance, des fonds d’investissements, des organismes de placement collectif etc.
12
Ces institutions financières, qui ont un mode d’organisation qui diffère de celui des banques, dénomment leurs membres “so-
ciétaires” en guise de “déposants”. S’agissant de la BRH, la Direction de l’Inspection Générale des Caisses Populaires (DIGCP)
se charge de leur régulation, alors que celle des banques et des maisons de transferts relève de la Direction de Supervision des
Banques et des Institutions Financières (DSBIF).
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4. STABILITÉ FINANCIÈRE ET MACROPRUDENCE
En plus des éléments susmentionnés, les banques centrales intègrent dans leurs
objectifs le maintien de la stabilité financière. Par ce concept, on entend le fait que
le système financier soit résilient en étant capable de faire face à la propagation
de chocs idiosyncratiques (sectoriels) et systémiques (globaux).
4.1 GESTION DU RISQUE SYSTÉMIQUE
Dans l’univers de la finance, il existe des établissements qualifiés d’importance
systémique. Il s’agit, en effet, d’institutions financières qui, vu leur poids, l’intensité
de leurs activités et les interconnections qu’elles entretiennent avec d’autres
d’établissements, font peser des risques énormes sur la solidité et la stabilité du
système financier de manière générale. Pour prévenir ces risques dits « sys-
témiques », les banques centrales édictent un ensemble de dispositifs dénommés
« normes macroprudentielles ».
Contrairement à l’approche microprudentielle qui se base sur le principe suivant
lequel la maîtrise des risques individuels est suffisante pour préserver la stabilité
financière, l’approche macroprudentielle vise à soumettre les institutions d’impor-
tance systémique à des règlementations supplémentaires en vue d’assurer la
résilience du système financier. En cas de risque affectant spécifiquement ces insti-
tutions (risques de crédit, risques opérationnels, risques d’illiquidité), ceux pour le
système financier de manière générale, sont alors mitigés. Ainsi, la politique
macroprudentielle
13
est fondée sur une approche dite ascendante (en soumettant
les grands acteurs financiers à des normes de fonds propres plus contraignantes,
en leur interdisant la détention d'actifs jugés trop risqués ou en les enjoignant de
diversifier leurs engagements), alors que les règles microprudentielles s’appuient
sur une approche dite descendante.
Les banques centrales minimisent également les risques systémiques en surveillant
les systèmes de paiement pour garantir leur stabilité, leur efficacité, ainsi que leur
sécurité. Elles encouragent l’innovation dans ce domaine et fournissent souvent
des infrastructures essentielles pour les paiements, comme les systèmes de règle-
ment brut en temps réel (RTGS), qui permettent le règlement rapide et sécurisé
des transactions entre banques.
13
Le Conseil de Stabilité Financière (CSF), hébergé à la Banque des Règlements Internationaux (BRI – Banque des banques cen-
trales) comme le comité de Bâle, définit la politique macroprudentielle comme :
« Une politique qui recourt principalement aux outils prudentiels pour limiter le risque systémique ou touchant l’ensemble du
système financier, atténuant par ce biais l’incidence des perturbations dans la fourniture des services financiers qui pourraient
avoir de graves conséquences pour l’économie réelle ».
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4.2 FONCTION DE « PRÊTEUR EN DERNIER RESSORT »
En complément du mécanisme de garanties des dépôts, les autorités monétaires
apportent, dans des contextes particuliers, leur soutien à des établissements ban-
caires en difficulté. Ce soutien peut prendre la forme de prêts exceptionnels, souvent
garantis par des actifs. Dans de pareils cas, les banques centrales endossent leur
rôle de prêteur en dernier ressort (lender of last resort).
Dans cette optique, les banques centrales, en tant qu’autorités dotées du pouvoir
de création monétaire, interviennent de manière curative ou préventive pour em-
pêcher qu’une faillite isolée ne dégénère en crise systémique. Le principe du prêteur
en dernier ressort préconise alors que les banques centrales apportent un soutien
aux établissements bancaires confrontés à un risque d’illiquidité. En pratique, les
autorités monétaires ne peuvent se permettre de laisser une banque d’importance
systémique faire faillite. Qu’il s’agisse d’un établissement too-big-to-fail (trop grand
pour sombrer) ou too-interconnected-to-fail (trop interconnecté pour sombrer), le
coût d’une telle faillite pour le système bancaire serait trop élevé et menacerait la
stabilité financière globale du pays.
5. Financement des opérations
Les banques centrales utilisent plusieurs sources de revenus et stratégies pour couvrir
leurs frais de fonctionnement et leurs investissements. Elles opèrent au niveau des
marchés financiers et possèdent des portefeuilles d’actifs et de placements divers.
Ces portefeuilles leur génèrent des revenus suffisants pour la conduite de leurs
opérations courantes. Elles tirent également des revenus à partir de l’émission de
monnaie, un processus connu sous le nom de seigneuriage. Diverses banques cen-
trales facturent des frais de service aux institutions financières, tels que ceux associés
aux opérations de compensation et de règlement.
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CONCLUSION
Initialement créées comme de simples institutions d’émission monétaire pour répon-
dre aux besoins des pouvoirs publics, les banques centrales ont considérablement
évolué au fil du temps. Aujourd’hui, elles interviennent dans de multiples domaines
dans le cadre de leur mandat principal, qui consiste à garantir la stabilité des prix.
En parallèle, elles ont pour mission de promouvoir la croissance économique et de
maximiser l’emploi, un double mandat qui, dans certaines circonstances, exige des
arbitrages intertemporels souvent difficiles à réaliser.
En outre, les banques centrales jouent un rôle essentiel dans la régulation financière,
la préservation de la stabilité des systèmes financiers et la mise en œuvre de la poli-
tique macroprudentielle. À ce titre, elles incitent les acteurs financiers à prendre en
compte les externalités générées par leurs comportements individuels. Par leur action,
les banques centrales permettent également aux systèmes financiers de maintenir
la liaison entre les agents disposant de capitaux excédentaires et ceux en quête de
financement, même en période de crise. Cette capacité à équilibrer les priorités
économiques et financières souligne leur importance cruciale dans l’architecture
économique moderne.
Dans le contexte économique mondial actuel, les banques centrales sont confron-
tées à des défis complexes et interconnectés qui nécessitent une certaine flexibilité
de la politique monétaire. Elles doivent remplir leur mission traditionnelle tout en
s’adaptant aux transformations structurelles des économies. Cela implique de con-
sidérer l’émergence des monnaies numériques, dont les risques doivent être mitigés
et les opportunités exploitées au service de l’inclusion financière et du développe-
ment économique.
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GLOSSAIRE
Actifs financiers : Titres ou actifs de valeur qui peuvent être échangés sur le marché
financier (Ex: instruments monétaires, actions, obligations, produits dérivés (swaps,
contrats-à-terme), fonds négociés en bourse (ETF), etc).
Actifs tangibles : Actifs physiques, réels, palpables (meuble ou immeuble) se distin-
guant des actifs monétaires et financiers.
Activité économique : Opérations de production, de distribution et de consom-
mation de biens et services.
Arbitrage intertemporel : L’arbitrage intertemporel pour la banque centrale consiste
à prendre des décisions économiques et monétaires qui affectent à la fois le court
terme et le long terme. Elle doit trouver un équilibre entre des objectifs souvent con-
tradictoires, comme stimuler la croissance aujourd’hui sans provoquer une inflation
excessive à l’avenir.
Demande agrégée : Demande totale de biens et services dans une économie à
un niveau de prix donné sur une période déterminée. Elle englobe la consommation
finale, l’investissement, les dépenses publiques et les exportations nettes.
Gain de productivité : Amélioration de l'efficacité des facteurs de production sur
une période donnée.
Liquidité / Illiquidité : Propriété d’un actif à être disponible pour le règlement
dans l’immédiat. Le risque de liquidité/d’illiquidité renvoie à la possibilité de ne
pas pouvoir convertir un actif en liquidités rapidement.
Marché financier : Un marché financier est un lieu, physique ou virtuel, où se ren-
contrent des acteurs pour échanger des actifs financiers. Ces actifs peuvent inclure
des actions, des obligations, des devises, des matières premières et d’autres instru-
ments financiers.
Marché monétaire : Marché financier où sont négociés des titres à court terme et
comprenant le marché interbancaire. Font partie de ce marché les bons du trésor,
le papier commercial et les acceptations bancaires.
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Politique monétaire : Ensemble d’actions et de stratégies mises en œuvre par les
autorités monétaires visant à agir sur l’offre de monnaie en vue d’atteindre des ob-
jectifs macroéconomiques spécifiques tels que la stabilité des prix, la croissance
économique et la maximisation de l’emploi.
Shadow banking (finance parallèle) : Institutions financières non assujetties aux
règlementations bancaires et non régulées.
Stabilité monétaire : Maintien de la valeur d’une monnaie au fil du temps. Elle est
caractérisée par une faible inflation et une stabilité du taux de change.
Transmission de la politique monétaire : Répercussions sur le niveau de demande
de biens et services des mesures de politique monétaire, passant par les canaux
des taux d’intérêt, des prix des actifs financiers, des taux de change ou des attentes
des agents économiques. À titre d’exemple, une hausse du taux directeur est sus-
ceptible d’entraîner une augmentation des taux d’intérêt rendant plus coûteux le
crédit hypothécaire et par conséquent risque d’impacter négativement la demande
de logements.
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