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Intervention du Gouverneur | Réflexions sur les enjeux
économiques et financiers des dynamiques migratoires
en Haïti | Mercredi de Réflexion de la BID
Banque de la République d’Haïti (BRH), discours du Gouverneur Ronald Gabriel
Publié le 25 septembre 2026
Source : https://www.brh.ht/intervention-du-gouverneur-reflexions-sur-les-enjeux-economiques-etfinanciers-des-dynamiques-migratoires-en-haiti-mercredi-de-reflexion-de-la-bid/
23 septembre 2026
Madame la Représentante de la Banque Interaméricaine de Développement en Haïti,
M. le PDG du Groupe Croissance
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d’abord remercier la BID pour son invitation et pour l’organisation de ce
Mercredi de Réflexion, consacré aujourd’hui à un sujet d’une importance particulière pour
Haïti : les nouvelles dynamiques migratoires et leurs conséquences sur les transferts privés et
sur l’économie haïtienne. C’est toujours un plaisir pour la Banque de la République d’Haïti de
participer à de tels espaces de réflexion, particulièrement lorsqu’ils permettent de mettre la
recherche et l’analyse économique au service de questions concrètes qui concernent l’avenir de
notre pays.
Aujourd’hui, nos économistes vont présenter les résultats de scenario réalisé sur les effets
macrofinanciers d’une baisse des transferts de la diaspora, dans le contexte des nouvelles
mesures de restriction migratoire adoptées par l’administration américaine, en particulier le
durcissement du Statut de protection temporaire (Temporary Protected Status : TPS).
Avant quelques éléments de contextualisation, je voudrais faire une brève parenthèse sur la
place que nous accordons à la recherche au sein de la BRH. Ce travail s’inscrit dans le nouveau
cap institutionnel de la Banque de la République d’Haïti (BRH), qui place la recherche au
cœur du processus décisionnel et vise désormais des questions de frontière. Notre stratégie
cible à la fois des sujets capables de faire avancer la littérature académique et des questions
qui touchent directement la stabilité macroéconomique et financière d’Haïti. Notre Direction
de la recherche l’a déjà illustré à travers des travaux consacrés à différents chocs externes
susceptibles d’affecter notre économie. Notre dernière présentation sur cet espace portait sur
la situation au Moyen-Orient et ses implications possibles pour Haïti et travail qui sera
présenté sous peu suit la même logique. Dans cet esprit, nous organiserons au cours de l’année
à venir un atelier international de recherche en économie et en finance, dont les détails seront
diffusés par notre département de communication dans les prochaines semaines. Nous
souhaitons que les universités, les centres de réflexion et les chercheurs indépendants
s’engagent dans la même démarche, et qu’ils puissent questionner, discuter et, lorsque cela est
nécessaire, critiquer nos travaux et nos analyses. C’est par ce dialogue que nous pourrons
progressivement construire un véritable écosystème national de réflexion formalisée et de
recherche scientifiques afin de réduire les bruits.
Pour revenir à notre sujet, rappelons que les transferts de la diaspora sont l’un des piliers de
l’économie haïtienne. Ils financent une large part de la consommation des ménages,
constituent une source majeure de devises et soutiennent indirectement les recettes fiscales à
travers la demande intérieure. Leur poids dans l’économie est bien plus élevé en Haïti que
dans le reste de la région, et l’essentiel de ces flux provient des États-Unis. Ainsi, toute
décision américaine qui touche la capacité des migrants haïtiens à résider et à travailler
légalement dans ce pays mérite une attention particulière.
C’est le cas du TPS. Accordé à Haïti après le séisme de 2010 et renouvelé à plusieurs reprises,
ce statut a connu deux épisodes majeurs de restrictions, en 2017 puis à partir de 2025. La
question que nous posons est simple à formuler : Que se passerait-il pour l’économie
haïtienne si les transferts venaient à diminuer de manière importante et inattendue ?
Toutefois, nous devons attirer l’attention sur une précaution essentielle : Il ne faut pas
confondre changement de politique migratoire et choc automatique de transferts. Entre une
décision concernant le statut migratoire et l’évolution effective des transferts vers Haïti, il
existe toute une chaîne de transmission, qui passe par le statut de séjour, l’emploi, le revenu
des migrants et leur capacité d’envoi. À chaque étape, les migrants disposent de marges
d’absorption, comme l’épargne, un emploi alternatif ou la recomposition des envois. Le TPS
est donc un facteur potentiel de risque sur les transferts, et non un déterminant automatique
de leur évolution.
Cette distinction est importante parce qu’elle définit aussi la manière dont nous devons
aborder la question en matière de politique économique : avec vigilance, mais également avec
prudence et rigueur analytiques.
Un choc sur les transferts serait d’abord un choc sur le revenu des ménages. Mais ses effets
pourraient ensuite se transmettre à plusieurs composantes du système macroéconomique. Ces
mécanismes sont interdépendants. La baisse des transferts peut donc devenir
progressivement un phénomène touchant à la fois le change, les réserves et la position
budgétaire. C’est ici que se situe le véritable enjeu pour une banque centrale. Il ne s’agit pas
uniquement de savoir quelle pourrait être l’ampleur d’une baisse des transferts. Il faut surtout
comprendre comment cette baisse se transmettrait à l’ensemble du système macrofinancier et
sur quel horizon. Les premiers résultats du travail de la DREF vont précisément dans cette
direction.
Mesdames et Messieurs,
Les dynamiques migratoires constituent certes une réalité sociale et humaine fondamentale.
Mais, pour une économie comme celle d’Haïti, elles sont également devenues une VARIABLE
importante de notre architecture macroéconomique. Notre responsabilité collective est donc
de mieux comprendre cette relation, d’en mesurer les vulnérabilités et de renforcer notre
capacité d’anticipation.
Il nous appartient, par conséquent, de ne pas spéculer sur ce qui pourrait se produire, mais de
quantifier les mécanismes et construire les scénarios pertinents qui permettront de préparer
les réponses appropriées. C’est précisément l’objectif du travail qui va être présenté
Je souhaite enfin féliciter l’équipe de recherche pour cette contribution et remercier une
nouvelle fois la BID de nous offrir cet espace d’échange pour le partage des réflexions de la
BRH.