(2019) Kaye Rechèch No. 4 (2019)
Rezime — Kaye rechèch sa a prezante kat atik ki analize divès sijè ki gen rapò ak fonksyònman sistèm finansye Ayiti a ak politik monetè. Li kouvri sijè tankou mouvman to bankè yo, detèminan rentabilite bankè yo, sik kredi yo, ak devlopman mache finansye a avèk Fintech.
Dekouve Enpotan
- Transmisyon to direktè bank santral la nan to bankè yo ann Ayiti fèb epi asimetrik.
- Rentabilite bankè a enfliyanse pa rannman pase yo, gwosè pòtfolyo kredi a, ak depans fonksyònman yo.
- Kredi ak PIB ann Ayiti montre yon ko-mouvman men pa gen okenn relasyon kozalite.
- Fintech ka ede simonte limitasyon mache finansye nan Karayib la, men li bezwen regleman apwopriye.
Deskripsyon Konple
Piblikasyon sa a prezante kat atik ki analize divès sijè ki gen rapò ak fonksyònman sistèm finansye Ayiti a ak politik monetè. Premye atik la egzamine mouvman nan to bankè yo ki soti nan enpilsyon monetè yo, li mete aksan sou asimetri nan transmisyon chòk monetè yo. Dezyèm nan analize detèminan rentabilite bankè nan peyi Ayiti. Twazyèm nan eksplore relasyon ant sik kredi yo ak aktivite ekonomik nan peyi Ayiti soti nan 1980 rive 2016. Katriyèm nan diskite sou devlopman mache finansye ak Fintech nan rejyon Karayib la.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
MAE/BRH - CR-004
CAHIER DE RECHERCHE
Mars 201919
1|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
L
a Banque de la République d’Haïti (BRH) prend plaisir à présenter aux chercheurs, aux étudiants, aux
partenaires du système financier et au public en général son cahier de recherche numéro quatre (4).
Une fois de plus, la BRH souhaite partager avec vous les réflexions de ses cadres sur des thèmes de
grande importance pour la conduite de sa politique monétaire.
Cette publication, contrairement aux précédentes, ne s’articule pas autour d’un thème spécifique mais présente
quatre articles où sont analysés des sujets variés qui sont liés au fonctionnement du système financier haïtien
et à la politique monétaire. Ces sujets constituent des champs d’investigation utiles pour tous ceux qui sont
curieux d’approfondir leur connaissance sur les mécanismes de fonctionnement de l’économie haïtienne
en général et du secteur financier en particulier.
Le premier article a mis en exergue les mouvements au niveau des taux bancaires découlant des impulsions
monétaires (taux directeurs). À partir d’un modèle à correction d’erreur (MCE), l’auteur fait ressortir la présence
d’asymétrie dans la transmission des chocs monétaires. Les résultats des estimations ont montré un faible
degré de pass-through des taux bancaires, avec des effets asymétriques dans certains cas.
De même, l’analyse des données financières de neuf banques du système a permis de mettre en évidence
les principaux déterminants de la rentabilité des banques en Haïti. Celle-ci s’est basée sur une régression
du rendement des actifs (ROA) et un ensemble de facteurs spécifiques aux banques, des facteurs de structure
du marché aussi bien que des paramètres macroéconomiques. Les résultats ont indiqué que les rendements
passés continuent d’influencer modérément la rentabilité actuelle des banques alors qu’une augmentation
du portefeuille de crédit par rapport aux dépôts est associée à un ROA plus élevé.
Le troisième article traite de la relation entre les cycles de crédit et l’activité économique en Haïti au cours
de la période 1980-2016. A travers ce papier il est effectué une investigation sur les profils d’évolution du
crédit et de l’activité réelle en Haïti au cours de ces trente dernières années. Pour y parvenir, trois méthodes
ont été retenues. Il s’agit de l’indice de concordance proposé par Harding et Pagan, de celui des coefficients
de corrélation croisées entres les composantes cycliques du crédit et du PIB et du test de causalité entre
crédit et PIB au sens de Granger. Les résultats ont confirmé l’existence d’un co-mouvement relativement
important entre le crédit et le Produit Intérieur Brut sur la période 1981-2016 (70%) mais ne dégagent aucune
relation de causalité.
Avant-Propos
Dans le dernier article la problématique de l’accès au financement a été posée. L’étroitesse du marché financier
apparait comme un handicap majeur à la croissance. Après avoir identifié les problèmes communs rencontrés
dans les pays de la Caraïbes, parmi lesquels: l’accessibilité des marchés financiers, l’auteur a démontré
l’importance de la Fintech tels que le financement participatif, les prêts P2P et les financements mobiles
comme des instruments susceptibles de combler les lacunes du marché financier.
La BRH demeure convaincue que ces réflexions qui favorisent une meilleure compréhension du fonctionnement
de notre système financier et de la transmission de la politique monétaire, vont servir de base pour alimenter
les débats et encourager le développement de la recherche scientifique en Haïti. Elle tient toutefois à signaler
que les opinions émises dans ces textes ne représentent pas le point de vue officiel de la BRH et n’engagent
que leurs auteurs.
Erol SAINT LOUIS
Directeur
Monnaie Et Analyse Economique
Banque de la République d’Haïti (BRH)
3|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Pass-through des taux directeurs de la
Banque Centrale sur les taux bancaires
en Haïti : Implications pour les autorités
monétaires
Par Claude Jacques Divers
Sommaire
01
Les déterminants de la rentabilité des
banques en Haïti
Par Dudley Augustin et Carl-Henri Prophète 02
Analyse des cycles du crédit
et de l’activité économique en Haïti
(1980-2016)
Par Gihanne Amboise
03
Financial market developpment
& FINTECH Development
in the caribbean region
Par Gwendoline Darguste
04
5|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
01
6
Par Claude Jacques Divers
Pass-through des
taux directeurs
de la Banque
Centrale sur les
taux bancaires en
Haïti : Implications
pour les autorités
monétaires
7|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
es taux d’intérêt directeurs jouent un rôle fondamental comme courroie de transmission
de la politique monétaire. En effet, à travers ces taux, la banque centrale transmet
ses impulsions monétaires à l’économie réelle via les répercussions sur les taux
d’intérêt offerts par les institutions bancaires. La connaissance du degré d’ajustement
des taux bancaires par rapport aux taux directeurs s’avère incontournable compte tenu du
fait que cela permet de mesurer l’efficacité de la politique monétaire qui en découle. A cet
effet, ce travail vise à investiguer la relation entre les taux directeurs et les taux bancaires
à travers l’estimation du pass-through et aussi à étudier la présence d’asymétrie dans la
dynamique de transmission de la politique monétaire au niveau du système bancaire haïtien.
Pour ce, un modèle à correction d’erreur (MCE) est utilisé pour mesurer le degré de réactivité
des taux bancaires suite aux modifications des conditions monétaires. Pour tester la présence
d’asymétrie dans la transmission des chocs monétaires, un modèle à seuil est donc utilisé
lequel est un prolongement du modèle à correction d’erreur. Enfin, dans le but d’apprécier
les conditions de stabilité des coefficients d’ajustement, un test de stabilité est utilisé. Les
résultats des estimations ont révélé un faible degré de pass-through des taux bancaires,
avec des effets asymétriques dans certains cas. Aussi, la transmission de la politique monétaire
aux taux créditeurs s’est-elle révélée instable sur la période allant de juin 2000 à juin 2011.
JEL Classification : E43, E52
Mots clés : Pass-through, système bancaire, asymétrie, modèle à correction d’erreur
(ECM), modèle asymétrique.
Résumé
L
8 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Résumé .....................................................................................................................................................8
0.-Introduction ...........................................................................................................................................9
1.-Revue de littérature théorique et empirique ........................................................................................11
1.1.-Revue de littérature théorique ..........................................................................................................11
1.2.-Revue de littérature empirique .........................................................................................................12
2.- Évolution de quelques variables bancaires entre juin 2000-juin 2011 ...............................................14
3.-Méthodologie de l’étude ......................................................................................................................16
3.1.-Les données ....................................................................................................................................16
3.2.-Les modèles ....................................................................................................................................16
3.2.2.-Modèles symétriques : Approche standard / Approche par la Cointégration ...............................17
3.2.3.-Modèles asymétriques ..................................................................................................................17
4.-Les résultats empiriques .....................................................................................................................18
4.1.-Interprétation des résultats ..............................................................................................................19
4.2.-Test de stabilité des coefficients de Pass-through ...........................................................................21
5.-Conclusion...........................................................................................................................................22
perspectives ............................................................................................................................................23
Bibliographie ...........................................................................................................................................24
Sommaire
9|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Dans la poursuite de ses objectifs, qui consistent fondamentalement en la stabilité des prix, la Banque Centrale
dispose de plusieurs canaux de transmission qui permettent de répercuter les impulsions monétaires sur
l’économie réelle. Au cours de ces dernières décennies, une abondante littérature a été publiée sur les
mécanismes de transmission de la politique monétaire par le biais du taux d’intérêt. Ce mécanisme est plus
généralement connu sur le nom de pass-through des taux directeurs sur les taux offerts par les institutions
bancaires. La connaissance du degré et de la vitesse de ce pass-through est fondamentale pour la banque
centrale dans la mesure où elle permet d’appréhender l’efficacité de la politique monétaire.
Suite à une variation des taux du marché monétaire, l’ajustement des taux bancaires se fait de manière plus
ou moins rapide selon qu’il s’agit des taux sur les dépôts ou encore sur les prêts. La transmission dépendra
alors de plusieurs facteurs dont le niveau de développement du marché financier, le degré de concurrence,
la volatilité des taux directeurs pour ne citer que ceux-là.
Parmi les points révélateurs dans la littérature économique sur le degré de pass-through des taux directeurs sur
les taux bancaires, on retient que la transmission est parfois lente et incomplète à court terme (Pass-trough
incomplet) mais complète à moyen et long termes. Ainsi donc, les changements opérés au niveau du marché
monétaire domestique se transmettent avec des retards sur les taux bancaires. Ce laps de temps est fonction
du degré de viscosité
1
des taux bancaires.
L’une des premières tentatives d’explication de cette viscosité ou encore du degré d’inertie des taux bancaires
a été l’œuvre de Stiglitz et Weiss (1981). Le fait est qu’il existe de l’asymétrie informationnelle au niveau du
marché bancaire peu concurrentiel, ce qui conduit à un rationnement
2
du crédit. Dès lors, les gains espérés
des banques sont une fonction des taux d’intérêt sur les prêts. Etant donné que la probabilité d’avoir un défaut
de paiement augmente d’autant que les taux d’intérêt sont élevés, alors toute hausse des taux d’intérêt est
susceptible de provoquer une hausse des risques de portefeuille des prêts bancaires par sélection adverse
ou aléa moral. Dans cette logique, les banques ne peuvent pas augmenter les taux débiteurs même dans
les cas où elles font face à une hausse des coûts marginaux. Tout ceci peut se traduire par le fait que les
1
La viscosité des taux bancaires s’explique par le fait que ces taux s’ajustent parfois très faiblement et lentement suite aux modifications des condi-
tions du marché découlant des décisions de politique monétaire. Il peut y avoir des cas où la transmission est quasi-nulle.
2
Situation qui prévaut lorsque les banques durcissent les conditions d’octroi du crédit pour faire face à une montée des risques de créances dou-
teuses. Il intervient lorsque se développe un sentiment de défiance vis-à-vis des emprunteurs en période de basse conjoncture et que les établisse-
ments de crédit craignent une insolvabilité de leurs débiteurs.
Introduction
investisseurs prudents seraient découragés et d’autres plus averses au risque seraient attirés par ces taux
élevés. Autrement dit, les prêteurs auront tendance à investir dans des projets plus risqués à cause des taux
d’intérêt élevés. Tout compte fait, l’existence de l’asymétrie informationnelle entre prêteurs et emprunteurs
sur le marché des prêts peut générer une certaine viscosité des taux d’intérêt sur les prêts bancaires.
L’objectif de ce papier consiste à estimer le degré de pass-through et d’évaluer la présence éventuelle d’ef-
fets asymétriques dans la dynamique de transmission de la politique monétaire. Pour ce, nous allons recourir
à l’estimation d’un modèle à correction d’erreur (MCE) en utilisant des données mensuelles pour la période
juin 2000-juin 2011, puis une variante du modèle MCE (modèle à seuil) pour étudier la dynamique asymé-
trique. Ce travail comprend cinq sections. Dans la première, nous présenterons les déterminants théoriques
du pass-through puis passerons en revue quelques travaux empiriques ayant investigué cette problématique.
La deuxième est consacrée à une brève présentation de l’évolution des différents taux d’intérêt. Nous présen-
terons au niveau de la troisième section, la méthodologie adoptée dans le cadre de cette étude. La qua-
trième section comprend la présentation et l’interprétation des résultats empiriques et la dernière est
consacrée à la conclusion ainsi qu’aux perspectives.
10 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
1.-Revue de littérature théorique et empirique
1.1.-Revue de littérature théorique
Théoriquement, le pass-through des taux directeurs sur les taux bancaires peut être influencé positivement
ou négativement par des facteurs d’ordre institutionnel ou financier.
Les déterminants du pass-through des taux directeurs sur les taux bancaires
a) La structure de la dette
La littérature économique retient la structure de la dette d’une économie comme facteur explicatif de la vitesse
de transmission des impulsions monétaires sur les taux bancaires. En effet, dans une économie où la structure
de la dette des agents non financiers est composée essentiellement de passifs à taux variables (ou taux à
court terme), les ajustements des taux bancaires en réaction aux chocs de la politique monétaire se font de
manière plus rapide. Par contre, si les dépôts sont rémunérés majoritairement à des taux fixes, la vitesse
de transmission des chocs monétaires devrait être relativement faible. Tout compte fait, la structure de la
dette a une incidence majeure sur la vitesse d’ajustement des taux débiteurs en cas de modification des
conditions monétaires.
b) La pression concurrentielle au niveau du marché bancaire
Le niveau de concurrence au niveau du marché bancaire joue un rôle fondamental dans la qualité de transmission
des chocs monétaires sur les taux offerts par les banques commerciales. Selon le degré de pression concurrentielle,
l’ajustement des taux bancaires devrait être plus ou moins complet. D’une manière générale, se basant sur
certains éléments théoriques, il est admis que la transmission des impulsions monétaires sur les taux intermédiés
se fait de manière nettement plus rapide dans une économie où la pression concurrentielle entre banques
est très élevée (Cottarelli et Kourelis, 1994, Borio et Fritz 1995, Mojon, 2000, Sanders et Kleimeier, 2003).
Une des approches retenues pour évaluer l’influence de la concurrence sur le pass-through consiste à
déterminer l’indice de concentration basé sur le calcul du ratio entre le total des actifs d’une banque ou d’un
groupe de banques par rapport au total des actifs du système bancaire.
c) L’Inflation
L’environnement inflationniste détermine théoriquement le pass-through des taux directeurs sur les taux
bancaires, sur la base de l’ajustement plus ou moins rapide des prix. En effet, certains prix sont rigides à la baisse
et l’inflation permet un réajustement par les prix relatifs (Mojon, 2000). Il est admis que les taux directeurs
de la Banque Centrale augmentent parfois moins vite que l’inflation, ce qui se traduit par une baisse du taux
d’intérêt réel. Par rapport à cette situation, les banques commerciales se voient dans l’obligation d’augmenter
leurs taux débiteurs car cette chute du taux d’intérêt réel constitue une détérioration des profits bancaires.
Vue sous cet angle, l’inflation peut contribuer à l’amélioration de la vitesse du pass-through et permettre un
meilleur ajustement à la hausse des taux d’intérêt.
d) La volatilité des taux directeurs
L’incertitude influe négativement sur l’effet de la politique monétaire dès lors que les banques commerciales
ont du mal à ajuster leurs taux. A cela, s’associent des coûts d’ajustement d’autant plus élevés pour les
banques que le niveau d’incertitude sur la politique monétaire est grand. De plus, les emprunteurs sont
averses au risque, les banques peuvent vouloir privilégier la stabilité de leurs taux en adoptant un comportement
de lissage des variations du marché monétaire. S’il s’avère que ce comportement est adopté par ces derniers,
la mise en place d’une politique monétaire crédible devrait pouvoir influencer positivement la transmission
des fluctuations des taux directeurs sur les taux bancaires. Le niveau d’incertitude en question est associé
empiriquement à la variance des taux d’intérêt directeurs. Plus la variance est grande, plus le niveau
11|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
d’incertitude est élevé et se traduit par une viscosité dans le pass-through
3
. Tout compte fait, les variations
des taux directeurs auraient un impact plus considérable sur les taux du marché bancaire lorsque ces variations
sont perçues comme étant permanentes (Mojon, 2000).
e) Le niveau de la croissance économique
La croissance économique peut s’avérer très bénéfique dans la transmission des impulsions monétaires
au marché bancaire. En effet, la croissance va avoir un fort impact sur l’investissement et l’endettement.
En situation de croissance économique, lorsqu’une forte demande est anticipée, avec de bonnes perspectives
en termes de profits et de débouchés, les entreprises sont alors incitées à investir, anticipant une hausse
de l’activité économique. Étant fortement corrélée avec l’investissement, toute hausse de cette dernière se
traduit par une hausse préalable du niveau d’investissement (multiplicateur keynésien). Dans les conditions
décrites précédemment, les entreprises auront tendance à s’endetter en recourant soit à la finance directe
ou encore au crédit bancaire. Dès lors, il est fort probable que la hausse de la demande et du volume des
crédits ait un impact positif sur le pass-through (Mojon, 2000).
1.2.-Revue de littérature empirique
Au cours de ces dernières décennies, les recherches autour de la problématique de la transmission des
impulsions monétaires se sont affluées et ont fait l’objet d’une attention particulière, étant donné que cela
témoigne de l’efficacité même de la politique monétaire. Plusieurs auteurs ont investigué ce champ d’étude et
ont permis d’isoler certains faits cruciaux pour la compréhension des mécanismes de transmission, la réactivité
des institutions bancaires aux changements des conditions monétaires, ce qui permet de dégager des pistes
de réflexions quant à une meilleure appropriation des instruments de politique monétaire et particulièrement
du taux d’intérêt.
Le point commun de toutes ces recherches est qu’il existe une certaine inertie des taux bancaires suite aux
variations des taux du marché monétaire. Cottarelli et Kourelis (1994) ont trouvé que le pass-through diffère
d’un pays à un autre et que certains paramètres tels le cycle des affaires, la structure des dépôts, le risque
de crédit, et la volatilité bancaire sont autant de facteurs susceptibles de rendre le pass-through incomplet.
Ils sont parvenus à conclure que les taux bancaires sont assez visqueux à court terme et le sont probablement
à long terme. Ces auteurs expliquent la viscosité des taux créditeurs comme une conséquence de la structure
concurrentielle de l’économie. Dans un environnement bancaire peu concurrentiel, les taux sur les dépôts
ne vont pas réagir, car cette variation marginale ne pourra pas compenser les coûts d’ajustement des banques.
Aussi, étant dans un contexte de marché peu concurrentiel, les banques peuvent agir de manière collusive,
ce qui fait que l’atteinte d’un nouvel équilibre suite à une variation des taux directeurs se fait très lentement.
Hannan et Berger (1991) s’appuient sur l’élasticité de la demande de prêts pour expliquer le caractère visqueux
des taux bancaires. Pour eux, le marché bancaire peut être considéré comme une industrie : L’industrie
bancaire. Etant donné que toute industrie fait face à des coûts d’ajustement, alors c’est pareil pour l’industrie
bancaire. Par conséquent, lorsque les prix, à savoir les taux du marché, ont été modifiés, la vitesse d’ajustement
(le pass-through) devrait dépendre de la demande des prêts bancaires, laquelle dépend de la structure du
système financier.
L’idée de symétrie et d’asymétrie dans l’ajustement des taux bancaires a été explorée par Hannan et Berger
(1991), par Neumark et Sharpe (1992) et a été plus largement développée par Scholnic (1996). Ces auteurs
ont fait ressortir l’existence des rigidités symétriques et asymétriques au niveau des taux sur les dépôts et
les prêts, lesquelles sont dues aux coûts d’ajustement. Les explications fournies par ces auteurs autour
des effets asymétriques dans l’ajustement des taux se fondent sur deux hypothèses clés : Les réactions
3
Etant perçues comme non crédibles, les décisions de politique monétaire se transmettent difficilement sur les taux bancaires. On observe une cer-
taine lenteur au niveau de l’ajustement des taux offerts par les institutions bancaires
12 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
13|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
des clients et le « Collusive pricing arrangements ». Selon la première hypothèse, on devrait s’attendre à
une meilleure rigidité à la baisse et à la hausse sur les dépôts et les prêts respectivement, due aux réactions
défavorables des clients par rapport aux taux instables. Suivant la deuxième hypothèse, en particulier dans
les marchés très concentrés, les taux sur les dépôts sont supposés être très rigides à la hausse et les taux
sur les prêts, très rigides à la baisse.
a) Évaluation de l’ajustement des taux bancaires
Les travaux empiriques sur l’évaluation du pass-through ont été initiés en 1994 avec notamment les études
publiées par la Banque des Règlements Internationaux (BRI). Au cours de la même année, Cottarelli et
Kourelis, suivis une année plus tard par Borio et Fritz ont approfondi les résultats de la BRI (1994). Les travaux
de Cottarelli et Kourelis(1994) se donnaient pour principal objectif d’expliquer l’inertie des taux bancaires
observée dans la transmission de la politique monétaire. Pour ce, ils ont maintenu la même démarche que
la BRI qui consistait à estimer pour une période donnée, les délais de réaction et l’amplitude de réponse
des taux bancaires suite aux interventions de la banque centrale. Ils ont utilisé une approche théorique
standard avec un modèle dit de première génération. Ce modèle standard a constitué la base des autres
travaux qui ont suivi jusqu’au cours des années 2000, où les modèles à correction d’erreurs ont été utilisés.
b) Les travaux empiriques de Cottarelli et Kourelis (1994)
Le cadre d’analyse proposé par Cottarelli et Kourelis (1994) permettant d’estimer le degré de réactivité des
taux bancaires, repose sur une modélisation assez simplifiée qui peut être décrite de la manière suivante :
Avec :
Où rl représente le taux d’intérêt bancaire, rm le taux officiel du marché monétaire et ������ le coefficient qui mesure
la sensibilité des taux bancaires aux chocs de la politique monétaire. Ce coefficient indique l’amplitude de
la réponse des taux bancaires. Ce modèle ainsi spécifié vise uniquement à mesurer la qualité d’ajustement
des taux débiteurs et créditeurs et présente certains inconvénients majeurs. D’une part, il ne prend pas en
compte les facteurs structurels et d’autre part se pose la question du choix du taux de référence pour le
coût de la liquidité bancaire. Compte tenu de la multiplicité des crédits et des échéances, la littérature empirique
retient le plus souvent le taux du marché de trois mois comme taux de référence pour les emprunts à court
terme.
c) Les résultats obtenus par Cottarelli et Kourelis
Cottarelli et Kourelis (1994) ont réalisé une étude sur 32 pays de tous les continents, hormis l’Afrique. Les
résultats présentés ont mis en évidence une très forte disparité entre les pays développés et ceux en
développement qui faisaient partie de l’échantillon. Il a eu lieu de constater des écarts de transmission entre
les pays industrialisés et ceux en voie de développement, ce qui était théoriquement prévisible. Cependant,
cela apparaît moins évident pour les pays avec des structures financières assez proches. Les résultats ont
permis de voir que l’ajustement des taux bancaires reste incomplet après six mois à l’exception du Canada
et du Royaume-Uni, ce qui confirme l’hypothèse de l’inertie des taux bancaires à court terme. Par contre,
à long terme, l’ajustement des taux bancaires est complet.
d) La réactivité des taux bancaires au cours des années 2000
A partir de l’année 2000, la littérature empirique sur la transmission des impulsions monétaires au secteur
bancaire a connu une nouvelle envolée, notamment avec des auteurs tels : Mojon (2000) ; Angeloni et
Hermann(2003) ; Coffinet (2005), de Bondt et al. (2005) pour ne citer que ceux-là. Leurs travaux ont permis
de mieux apprécier la transmission des décisions de politique monétaire dans la plupart des pays industrialisés.
Cette nouvelle littérature isole d’autres facteurs pouvant justifier la vitesse à laquelle les taux bancaires
s’ajustent aux variations du taux du marché monétaire. A cet effet, la progression de la part de la dette à
taux variables, le recul du poids des dépôts au passif des banques, le changement de régime monétaire
ont été identifiés comme des déterminants de la vitesse du pass-through. Ce dernier facteur vient corroborer
la hausse de réactivité des taux bancaires dans la Zone Euro. Selon ces auteurs, la mise en place de cette
monnaie unique a permis d’améliorer la transmission des chocs monétaires, car avant l’euro, on pouvait
observer une certaine inertie dans l’ajustement des taux bancaires, tel n’a pas été le cas depuis l’apparition
de celle-ci.
e) Modélisation adoptée au cours des années 2000
Depuis les travaux de Cottarelli et Kourelis (1994), considérés comme des pionniers dans la littérature sur
le pass-through des chocs monétaires sur les taux bancaires, d’autres travaux ont suivi, conséquemment
d’autres modèles ont été spécifiés pour prendre en compte toutes les spécificités de cette problématique.
De fait, les modèles à correction d’erreur sont venus renforcer les modèles standards, apportant ainsi plus
de précisions sur l’amplitude des réponses.
Le modèle à correction d’erreur émanant de cette nouvelle approche du pass-through se présente de la
manière suivante :
Avec
Les taux d’intérêt bancaires à court terme à la date t-1
Le taux du marché monétaire à trois mois pris pour les taux directeurs
������ :L’opérateur de différence
ε
t
: Un bruit blanc
Cette équation ainsi spécifiée fait apparaitre trois variables clés : les taux d’intérêt bancaires Δrl_(t-1), régressés
sur les modifications du taux du marché( Δrm
(t-1)
, ect
t-1
qui prend en compte la dynamique de court terme
et qui donne la qualité de la transmission. Aussi, d’autres indicateurs ont été construits pour mesurer à court
et à long termes la vitesse et l’amplitude de la réactivité des taux bancaires. Pour ce, on a : ������ qui mesure
la vitesse d’ajustement des taux bancaires ; α
1
: la transmission instantanée ; ������ : la transmission finale et
le rapport
qui donne le délai moyen d’ajustement du pass-through.
2.- Évolution de quelques variables bancaires
Au cours de la période allant de juin 2000 à juin 2011, les taux d’intérêt bancaires et monétaire ont connu
globalement une évolution à la baisse. Les taux sur les dépôts d’épargne se sont fixés en moyenne à 1.68%,
tout en restant dans une fourchette de 0.28% et 4%, avec un écart moyen de 1.47%. Ceux-ci ont accusé
leurs plus fortes rémunérations au cours des sous-périodes juin 2000-février 2002, avril 2003-février 2004,
soit une moyenne de 3.42% et 3.32%. À partir de juin 2008 jusqu’au mois de juin 2011, les dépôts d’épargne
ont été moins bien rémunérés, soit 0.59% en moyenne. D’autre part, les taux sur les dépôts à terme ont été
fixés en moyenne à 6.79%, fluctuant dans une fourchette de 0.28% à 17.5%, avec une déviation moyenne
de 5.12%. Ces dépôts sont très fortement rémunérés sur la période juin 2004 –décembre 2004 (12.12% en
moyenne) tandis que depuis cette date, ces taux ont été relativement faibles (3.15% en moyenne).
14 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Parallèlement, les taux débiteurs ont été très élevés sur la période étudiée, fluctuant dans une fourchette
de 17.75% à 36.5%, tout en étant moyennement fixés à 26.57%, avec une déviation moyenne de 4.57%.
Les taux sur les prêts en gourdes, ont commencé à gonfler sur la période mars 2003-septembre 2007, en
se fixant en moyenne à 30.25%, puis se sont relativement stabilisés autour de 21.87% en moyenne jusqu’en
juin 2011.
Les taux directeurs de référence (taux sur les bons à 91 jours) ont fluctué entre 0% et 27.8% sur toute la période
en s’écartant moyennement de 8.43% par rapport aux taux directeurs moyen qui s’est fixé à 13.9%. Il est
à remarquer qu’il a été assez élevé au cours de trois sous-périodes : juin 2000-septembre 2001 ; février
2003-janvier 2004 ; juin 2005-juillet 2007, avec une moyenne de 26.28%, 27.52%, 16.74%, respectivement.
Juste après cette date, les taux sur les bons à maturité de 91 jours ont été maintenus en moyenne à 5.93%.
Ces chiffres-là permettent de voir que la politique monétaire de la banque centrale a été plutôt restrictive
(visant à éponger le surplus de liquidité dans le système, sachant que les taux directeurs sont des instruments
privilégiés des autorités monétaires haïtiennes) au regard de ces trois sous-périodes.
Graphique 1. : Evolution des taux directeurs et bancaires entre juin 2000 et juin 2011 en Haïti
Source : www.brh.net
0
5
10
15
20
25
30
35
40
Taux d'intérêt sur les bons (91jours) Taux sur les prêts (en gdes)
Taux sur les dépots d'épargne (en gdes) Taux sur les dépots à terme(en gdes)
Juin - 2000
Novembre - 2000
Avril - 2001
Septembre - 2001
Février - 2002
Juillet - 2002
Décembre - 2002
Mai - 2003
Octobre - 2003
Mars - 2004
Août - 2004
Janvier - 2005
Juin - 2005
Novembre - 2006
Avril - 2006
Septembre - 2006
Février - 2007
Juillet - 2007
Décembre - 2007
Mai - 2008
Octobre - 2008
Mars - 20098
Août - 2009
Janvier - 2010
Juin - 2010
Novembre - 2010
Avril - 2011
Graphique 2. : Évolution des dépôts et des crédits bancaires
0
5000
10000
15000
20000
25000
30000
Juin - 2000
Décembre - 2000
Décembre - 2005
Décembre - 2006
Décembre - 2008
Décembre - 2007
Décembre - 2009
Décembre - 2010
Décembre - 2004
Décembre - 2003
Décembre - 2002
Juin - 2001
Juin - 2005
Juin - 2009
Juin - 2010
Juin - 2011
Juin - 2008
Juin - 2003
Décembre - 2001
Juin - 2002
Juin - 2006
Juin - 2007
Juin - 2004
Dépots d'épargne en MG Dépots à terme en MG Crédits au secteur privé en MG
15|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Au regard de l’évolution de l’indice Herfindahl-Hirschmann, on peut voir que le secteur bancaire affiche un degré
de concentration plutôt modéré sur la période 2000-2003. Cependant, à partir de 2004, cette concentration
au niveau des activités bancaires s’est largement accentuée d’une manière générale, et pour ce qui est
des rubriques : Actif total, portefeuille de prêts, dépôts totaux et dépôts en dollars ÉU, on peut même parler
de très forte concentration à partir de 2006. Compte tenu de ces statistiques, on peut conclure que le marché
bancaire haïtien a été très concentré au cours de cette dernière décennie.•
3.-Méthodologie de l’étude
3.1.-Les données
Dans le cadre de ce travail, nous aurons à utiliser quatre variables : le taux d’intérêt sur les dépôts d’épargne (rd)
en gourde, le taux d’intérêt sur les dépôts à terme (rdat) en gourde, le taux d’intérêt sur les prêts en gourde (rl)
et le taux sur les bons à maturité de 91 jours (rm) comme une approximation des taux directeurs de la banque
centrale. Les données sont collectées sur une base mensuelle et couvrent la période allant de juin 2000 à
juin 2011. Elles proviennent du site de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Le choix du taux de référence
(taux directeurs) pour estimer le pass-through se base sur les travaux de Sanders et Kleimeier (2003). En effet,
pour estimer la vitesse et la qualité du pass-through, ces derniers utilisent le taux au jour le jour (overnight)
qui se réfère à la « monetary policy approach » et des taux à maturités différentes dans le cadre de ce qu’ils
appellent le « cost of funds approach ». Cette méthodologie permet d’envisager deux cadres d’analyse : en
utilisant le taux overnight, on apprécie la transmission de la politique monétaire de court terme sur les taux
bancaires. Lorsque les taux à 1, 2,3 ou 6 mois sont utilisés, on observe plutôt la qualité de la transmission
sur le long terme. La deuxième approche est plus couramment utilisée, car elle semble donner une meilleure
appréciation de la réalité économique. Et ce sont les taux directeurs à maturité de 91 jours qui seront utilisé
dans la suite.
3.2.-Les modèles
Tel que présenté précédemment, il existe à travers la littérature plusieurs modèles économétriques permettant
de mesurer le degré de réactivité des taux bancaires aux chocs émanant des décisions de politique monétaire.
On retrouve les modèles symétriques avec deux approches complémentaires : L’approche standard utilisée
par Cottarelli et Kourelis (1994) et l’approche par la cointégration (Mojon et al, 2000).
Tableau 1. .-Évolution de l’indice de concentration bancaire (Indice de Herfindahl-Hirschmann)
Année Actif total Portefeuille
de prêts
Dépôts totaux Dépôts
en dollars EU
2000 1348.3 1307.1 1420.8 1712.7
2001 1416.1 1309.2 1457.2 1738.2
2002 1469.3 1391.2 1540.8 1753.0
2003 1606.4 1414.0 1727.2 1940.3
2004 1627.1 1477.2 1744.8 2027.3
2005 1760.1 1501.9 1863.2 2150.9
2006 2 307,90 1 923,86 2 356,98 2 392,83
2007 2 283,94 1 897,70 2 428,34 2 638,81
2008 2 122,23 1 797,62 2 266,63 2 463,09
Source : Rapports Annuels 2005 et 2008 de la BRH
16 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
3.2.1.-Modèles symétriques : approche standard
ν : est le coefficient de long terme calculé à partir des paramètres estimés du modèle. Ce coefficient ne
peut être calculé que si les variables sont en niveau, tel n’est pas le cas ici car elles ont été prises en différence
première afin d’éviter tout risque de régression fallacieuse. En fait, le modèle standard ne prend pas en compte
la relation de cointégration pouvant exister entre les variables, conséquemment, une partie de l’information
est perdue avec l’utilisation de ce modèle. Il peut exister des situations où la relation de cointégration n’est
pas vérifiée, alors l’utilisation du modèle standard est de mise, permettant toutefois d’avoir une estimation
du pass-through.
3.2.2.-Modèle symétrique : Approche par la cointégration
L’approche par la cointégration couramment utilisée est celle d’Engel et Granger(1987) qui consiste dans
un premier temps à estimer la relation de long terme entre les deux variables : taux directeurs et bancaire.
Ensuite, on construit un modèle à correction d’erreur, où l’on fait apparaitre les résidus de la première estimation
4
Il importe de souligner que l’absence de cointégration constitue un moyen de mesure de la qualité de la
transmission. Cela dit, lorsque la relation de cointégration n’existe pas, ceci signifie que la transmission se
fait très difficilement. Par contre si on observe une relation de cointegration, on peut dire que la transmission
est quasi complète.
Avec : ������ qui est la force de rappel vers l’équilibre de long terme. Il est censé être statistiquement négatif;
ect
(t-1)
le terme de correction de l’erreur faisant intervenir les résidus de l’équation (1).
3.2.3.-Modèle asymétrique
Scholnic (1996), ainsi que Kleimeier et Sander (2000), ont construit un modèle à correction d’erreur asymétrique,
lequel est une variante du modèle initial, dans le but de savoir si les taux d’intérêt bancaires s’ajustent
différemment aux chocs monétaires selon qu’ils sont en dessous ou en dessus du niveau d’équilibre. Le
terme d’erreur du modèle initial est divisé en deux composantes (Kleimeier, 2000) et se présente de sorte
que l’on ait :
5
4
Il convient de mentionner que la relation de long terme doit être vérifiée préalablement. Ce qui revient à tester la stationnarité des résidus estimés à
partir de la relation de long terme.
5
La variable utilisée ici est le taux d’intérêt sur les prêts, mais la spécification est la même pour n’importe quel taux bancaire.
= + + + +
Avec : =
∑
∑
=α +β + (1)
= + ∑ + + ∑ + e + (2)
= + ∑ + + ∑ + e + (1) modèle initial
6
e = > () (2)
e=0 sinon
et
e = < () (3)
e=0 sinon
On aboutit à cette forme :
= + ∑ + + ∑ +αe +αe + (4)
17|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Le terme positif de l’équation (2) signifie que si le taux d’intérêt sur les dépôts ou sur les prêts est en dessus
de sa valeur d’équilibre suite à une baisse du taux du marché, alors il s’ajustera à la baisse au cours de la
prochaine période. De manière analogue, le terme négatif du modèle (3) suggère que si les taux d’intérêt
sur les dépôts ou sur les prêts est en dessous sa valeur d’équilibre suite à une hausse des taux directeurs,
il devra s’ajuster à la hausse au cours de la prochaine période.
Le coefficient α
1
mesure la vitesse d’ajustement suite à la période de déséquilibre entre les taux directeurs
et bancaires quand ces derniers sont en dessus de l’équilibre. De même, α
2
mesure la vitesse d’ajustement des
taux du marché monétaire et bancaire suite à un déséquilibre survenu lors des précédentes périodes lorsque
ceux-ci sont en dessous de la valeur d’équilibre. Pour tester la présence d’asymétrie dans l’ajustement des taux
bancaires, il suffit de comparer les deux paramètres α
1
et α
2
, en réalisant un test de Wald (Scholnic, 1996).
6
S’ils
sont significativement différents, on en déduit que les taux bancaires s’ajustent de manière asymétrique
aux variations des taux du marché monétaire. Pour ce qui est des taux sur les dépôts, si α
1
>α
2
, alors on
en conclut que les taux créditeurs s’ajustent plus rapidement à la baisse qu’à la hausse. Par contre, pour
les taux débiteurs, si α
2
>α
1
, cela signifie que ceux-ci s’ajustent plus rapidement à la hausse qu’à la baisse.
Dans ces conditions, on dit que les taux sur les dépôts sont plus visqueux à la hausse et que les taux sur
les prêts le sont plus à la baisse.
4.- Résultats empiriques
a)Test de stationnarité des séries
La manipulation des séries chronologiques recommande que celles-ci soient stationnaires, afin d’éviter tout
risque de régressions fallacieuses. Par conséquent, l’étude de stationnarité des séries sera faite à partir
des tests de Dickey-Fuller Augmenté.
Les résultats des tests ont révélé que toutes les séries sont stationnaires en différence première, ce qui
laisse présager la présence de relation de cointégration entre elles.
b) Test de cointégration
Étant donné que les variables sont toutes intégrées de même ordre : rm (1), rl (1) et rd(1), alors il s’avère
important de tester une éventuelle relation de cointégration entre les taux directeurs et les taux bancaires
sous étude. La méthodologie du test a été décrite précédemment (Engle et Granger, 1987). On estime
d’abord la relation de long terme avec les variables en niveau puis, on effectue un test de stationnarité des
résidus estimés. Si la série des résidus est stationnaire, alors les séries sont cointégrées et on estime un
modèle à correction d’erreur.
Les résultats confirment l’existence de la relation de cointégration entre les séries alors l’estimation d’un
modèle à correction d’erreur s’impose (Voir Tableau # 2 en annexe).
6
On compare la statistique du test de Ki-Deux à 1 degré de liberté.
Tableau 2. .Test de cointégration : Engel-Granger
séries Test de Dickey - Fuller
Règle de décision Conclusion
ectd (-4.975141]
(0.0004*)
La série est stationnaire
ectl (-4.16226]
(0.0066*)
La série est stationnaire
ecdat (-3.5239]
(0.0410*)
Rejet de h0
Rejet de h0
Rejet de h0
La série est stationnaire
Source : résultats générés à partir du logiciel Eviews [.] t-student (.) probabilité associée * stationnaire au seuil de 5 % .avec : ectd, le résidu du modèle incluant les taux directeurs et le taux sur les dépôts
d’épargne, ectl : le résidu du modèle incluant les taux directeurs et le taux sur les prêts, ecdat : le résidu du modèle de long terme entre les taux directeurs et les taux sur les dépôts à terme
18 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
4.1.-Résultats des estimations et interprétations
L’estimation de la relation de long terme a permis de voir que le pass-through des taux directeurs sur les
taux bancaires est incomplet, qu’il s’agisse des taux d’intérêt sur les dépôts d’épargne (0.10%) , des taux
débiteurs (0.29%) et les dépôts à termes (0.5%). (Voir Tableau #1).
Les résultats des estimations pour les deux modèles (symétrique et asymétrique) sont présentés au tableau
qui suit :
7
En termes d’hypothèse on a : h0 : 1= 2, vs h1 : 1 2, [.] la statistique calculée du test de KHI-DEUX comparée au à la statistique tabulée au seuil critique
de 5%.avec X20.05(1) =3.841.
= 0.24 17 + 0.1034 = 22 .506 + 0.2921
rda= − 0.286735 0.507712
Tableau 3. .Résultats des estimations des modèles symétriques et asymétriques
Variables
rl rd rdat
symétrique asymétrique symétrique asymétrique symétrique asymétrique
constante [-0.019]
(0.9215)
[-0.77]
(0.0648)
[-0.033]
(0.1416)
[0.0145]
(0.6923)
[-0.0759]
(0.4565)
[-0.1453]
(0.3516)
r [-0.245]
(0.0042)
[-0.466]
(0.000)
rd [-0.378]
(0.0000)
[-0.374]
(0.0000)
[-0.14303]
(0.0854)
[-0.1447]
(0.0851)
r [0.0515]
(0.3408)
[0.0265]
(0.6299)
[-0.015]
(0.0212)
[-0.0127]
(0.0606)
[-0.0482]
(0.1052)
r [0.0022]
(0.9680)
[0.0426]
(0.4464)
[0.023]
(0.0011)
[0.0186]
(0.0111)
[0.0482]
(0.3780)
[0.0407]
(0.2149)
ec [ -0 . 1 7 9 3 ]
(0.0009)
[-0.095]
(0.0048)
[-0.1427]
(0.0006)
[0.0059]
(0.9477)
[-0.1727]
(0.0033)
[-0.1045]
(0.0652)
[-0.4885]
(0.006)
[-0.0032]
(0.9599)
[-0.1717]
(0.0693)
0.1835 0.19 0.35 0.37 0.15 0.14
DW 2.05 2.01 2.11 2.09 1.99 1.97
Wald stat
8
[4.229]
(0.0397)**
[-2.66722]
(0.1024)
[0.2905]
(0.5898]
Source : Résultats générés sur Eviews ; [.] : Coefficients estimés (.) : probabilité associée.
19|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
[... middle sections omitted for long document ...]
81|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
In the Caribbean region and certainly in Haiti, FINTECH is making an entry in the financial system. Dominated
by the banking system, for reasons developed in the paper, the region’s financial market lacks accessibility
and efficiency. Financial innovations such as Crowdfunding, P2P lending and especially mobile banking are
able to provide these features to the market as they are less rigid than financial institutions and provide access
to a significant untapped portion of capital. Thus, allowing less developed countries, such as Haiti, to skip
development steps in order to catch up with the rest of the region.
Acknowledging the importance of this innovation for the Caribbean market, countries like Barbados, Jamaica,
The Bahamas, and Eastern Caribbean Union have led the way to an integrated FINTECH acceptance as it
is a vector for inclusion and economic growth. With the acceptance of innovations such as cryptographic
technology via initiatives like digital currencies pilot programs initiated by both the Eastern Caribbean Union
and Jamaica, FINTECH is being recognized as a module to build a unified financial market and a solution
to a more equal distribution of the world’s financial resources. Indeed enabling innovative financial technology
firms to grow cross borders by lowering barriers and providing a more integrated market, FINTECH can
help build a stronger regional market; but, it comes with major risks. All markets in the region are not at the
same level of financial market development or economic growth, the use of financial technology can help
supplying to these differences by channeling untapped portions of the region’s capital and redirecting them
towards productive sectors of the economy and increasing financial inclusion. However, it also open doors
to contagion, extreme cyber security risk, systemic risks, fair lending discrimination etc. therefore, caution
must be taken when opening borders. In order for FINTECH development trend succeed in the region, there
needs to be an harmonization of the regulatory framework of the region’s countries in which they are evolving
in order to provide a clear venue of the development path for this industry and of protection of the regions
consumers. In order to ensure an integrated regional FINTECH development, opting for a regional sandbox
approach could be a viable option. This regional sandbox would act as a network of regulators from countries
in the Caribbean to share experience from sandboxes in their respective jurisdictions; it would also be a
center to work on joint policies and incite discussions on the industry; and it could also serve as an environment
for FINTECH firms to test cross-border activities in order to push development and innovation. Integration
is the gateway towards globalization and FINTECH could be the avenue.
Bibliography
2017 ANNUAL REPORT & Statement of Accounts.
“About the FSC : Financial Services Commission of Jamaica (FSC).” Financial Services Commission of Jamaica
RSS, www.fscjamaica.org/about-the-fsc/.
CS
Bakker, Evan. “PEER-TO-PEER LENDING MARKETS:
The Leading Countries for Alternative Finance and the next High-Growth Markets.” Business Insider, Business
Insider, 17 Mar. 2016,
www.businessinsider.com/p2p-lending-markets-countries-high-growth-markets-2016-3.
Central Bank Regulatory Framework to Support FinTech in Payment System.
FINANCIAL REPORT 2017 TRINIDAD & TOBAGO.
“FinTech Regulation in the US: Policy, Implementation, and Future Directions.” White & Case, 24 July 2018,
www.whitecase.com/publications/article/fintech-regulation-us-policy-implementation-and-future-directions.
“FinTech Policy Development Determining Appropriate Policy Mechanism for Trinidad and Tobago” Dr. Earl
T. Boodoo and Kavena Ramsoobhag,
http://investucatett.com/wp-content/uploads/2018/10/K-Ramsoobhal-and-E-Bood-FinTech-Development-
Sandboxing-v5.pdf
“IMF Executive Board Concludes 2017 Article IV Consultation with Barbados.” IMF, www.imf.org/en/News/
Articles/2018/05/30/pr18203-barbados-imf-executive-board-concludes-2017-article-iv-consultation.
Li , Chuan, and Joyce Cheng Wong . “Financial Development and Inclusion in the Caribbean .” IMF WORKING
PAPER, Mar. 2018.
Magnuson, William, and Texas A&M Law School. “How Should We Regulate Fintech?” How Should We Regulate
Fintech?, corpgov.law.harvard.edu/2017/09/13/how-should-we-regulate-fintech/.
NATIONAL FINANCIAL INCLUSION STRATEGY.
“P2P Lending & Crowdfunding | Funding Circle.” P2P Lending & Crowdfunding | Funding Circle,
www.fundingcircle.com/uk/businesses/peer-to-peer-vs-crowdfunding/.
Release Date : 1 St October , 2018 Mothly Economicand FinanciAl DeveLopMen Ts August 2018.
Services Financiers Numériques (SFN) En Haïti. Services Financiers Numériques (SFN) En Haïti.
Sound Practices: Implications of Fintech Developments for Banks and Bank Supervisors. Bank for International
Settlement, Oct. 2017.
Sumroy, Rob. “International Comparative Legal Guides.” Fintech 2018 | Laws and Regulations | United
Kingdom | ICLG, Global Legal Group, iclg.com/practice-areas/fintech-laws-and-regulations/united-kingdom.
Team, Editorial. “The Role Of Regulatory Sandboxes In Fintech Innovation.” Finextra Research, Finextra,
10 Sept. 2018, www.finextra.com/blogposting/15759/the-role-of-regulatory-sandboxes-in-fintech-innovation.
“Why P2P Lending Can Be the Game Changer for SMEs.” Why P2P Lending Can Be the Game Changer
for SMEs- Perspectives from Latin America, itforchange.net/platformpolitics/2018/04/18/why-p2p-lending-
can-be-the-game-changer-for-smes-perspectives-from-latin-america-2/.
“FinTech Policy Development Determining Appropriate Policy Mechanism for Trinidad and Tobago” Dr. Earl
T. Boodoo and Kavena Ramsoobhag, http://investucatett.com/wp-content/uploads/2018/10/K-Ramsoobhal-
and-E-Bood-FinTech-Development-Sandboxing-v5.pdf
82 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
83|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
84 || CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
85|| CAHIER DE RECHERCHE || NO 4
Conception et Mise en page :
Direction Communication
Service Impression et Publication
Banque de la République d'Haiti
Achevé d'imprimer: Août 2019
Imprimeur : Protech Inc., Canada
Pour toutes informations, s'adresser à :
Banque de la République d'Haïti
Direction Monnaie et Analyse Économique
Port-au-Prince, Haïti
Boîte postale : (BP) 1570
Téléphone : (509) 2299-1200 / (509) 22.99.12.51
Télécopieur : (Fax) (509) 22.99.11.49
Internet : http://www.brh.ht