(2003-03) Bilten Afè Jiridik numéro 3, mars 2003
Rezime — BRH legal-affairs bulletin for 2003-03, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
Dekouve Enpotan
- BRH legal-affairs bulletin for 2003-03, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
- Peryòd ki sèvi pou klase dokiman an se 2003-03.
- PDF la gen 40 paj.
Deskripsyon Konple
BRH legal-affairs bulletin for 2003-03, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Bulletin des Affaires Juridiques
Publication semestrielle de la Direction des Affaires Juridiques
EDITORIAL
EDITO
Numéro 3
Mars 2003
« Le genre humain, quoique partagé en peuples et en royaumes divers, n’en a pas moins
une unité non seulement spécifique, mais aussi, pour ainsi dire, politique et morale […].
C’est pourquoi tout Etat souverain […] complet en soi et fermement assis est néanmoins
en même temps d’une certaine manière membre de cet univers, en tant qu’il regarde le
genre humain ».
Francisco Suarez, Tractabus de legibus ac de Deo legilatore cité par Franck Attar, Le
Droit International entre Ordre et Chaos, Hachette, 1994.
Sommaire
L
6. Stratégies de développement
économique: les controverses
entourant le « Washington
Consensus »
a Direction des Affaires Juridiques a le plaisir de vous présenter le troisième
numéro de son Bulletin consacré aux banques multilatérales de développement
avec lesquelles Haïti entretient ou est appelée à entretenir, selon toute vraisemblance,
des relations à la fois d’actionnaire et de débiteur. Ces institutions constituent des piliers
importants de l’ordre économique international, entendu dans le sens de Nguyen Quoc
Dinh1 comme étant « l’ensemble des normes et institutions réglementant les comportements
et les activités des opérateurs économiques, et correspondant à quelques principes
directeurs ou standards jugés complémentaires par un modèle économique ». Un paradigme
étant de pertinence et d’application finies dans le temps comme dans l’espace, cette
approche interdit tout dogmatisme et invite plutôt à l’ouverture, au sens critique et surtout
au pragmatisme.
Ce thème a été retenu au regard de la nécessité, pour les pays en voie de développement,
de trouver des bailleurs de fonds internationaux capables de financer leurs projets de
développement. Il s’avère que, pour réaliser leurs projets d’investissements, ces pays ont
recours, pour la plupart, à des institutions financières internationales très bien cotées sur
les marchés financiers qui leur offrent des capitaux à des conditions plus avantageuses que
celles du marché international. En outre, les risques associés à ces types de projets sont
mitigés par les mécanismes mis en place par ces banques lors de l’octroi des capitaux.
En fait, ces banques sont des organisations internationales intergouvernementales avec des
caractéristiques communes. Ces spécificités seront examinées et analysées au regard de
leurs statuts, des normes internationales, du principe de spécialité des compétences et de
la jurisprudence. Leur organisation résulte de la transposition dans l’ordre international
des valeurs, des institutions et des mécanismes qui ont facilité, dans les pays capitalistes,
le commerce juridique entre les membres des sociétés nationales. Plus précisément, on
retrouve dans ces organisations tout le génie de la société par actions qui a permis de :
i) limiter la responsabilité des membres au montant de leur souscription au capital ;
1 In Droit International Public, 6ème Edition, LGDJ, 1999.
1. Editorial
3. Caractéristiques des
Institutions Financières
Internationales
10. Le groupe de la Banque
Mondiale
21. La Banque Interaméricaine
de Développement
28. Le Club de Paris
30. Intégration d'Haïti à la
CARICOM et politique
commerciale
33. La Caribbean Development
Bank
Dépôt Légal : 01-09-297
ISSN 1683-2744
Bibliothèque Nationale d’Haïti
Pour toutes informations,
s’adresser à :
Banque de la République
d’Haïti Direction des Affaires
Juridiques
Port-au-Prince, Haïti
Boîte Postale: BP 1570
e-mail: bulletindaj@brh.net
Les opinions émises dans ce bulletin n’engagent que leurs auteurs qui sont en outre responsables de
l’exactitude des références citées. En aucun cas, ces opinions ne doivent être perçues comme la position
de la BRH sur une question donnée.
1
Bulletin des Affaires Juridiques
ii) pondérer le pouvoir des membres en fonction de leur contribution relative au capital (money talks) ; iii) recourir aux
majorités qualifiées, « golden shares » et droits de veto tantôt pour protéger les minoritaires, seuls ou en groupe, tantôt pour
rassurer des membres importants en leur garantissant qu’aucun changement majeur ne peut s’effectuer sans eux et qu’aucune
décision fondamentale ne peut être prise sans eux. Dans cette perspective, la société rationnelle internationale n’a pas
innové pour organiser le commerce juridique entre États.
La multitude d’institutions de ce genre nous a obligés à effectuer un tri en fonction de la qualité de membre d’Haïti. Aussi,
le choix s’est porté tout d’abord sur une banque internationale, la Banque Mondiale qui, par le biais d’une des sociétés
constituant le groupe, l’Association Internationale pour le Développement (AID), finance bon nombre de projets de
développement en Haïti ; puis, sur deux banques multilatérales régionales : la Banque Interaméricaine de Développement
(BID), partenaire non négligeable, compte tenu des conditions de financement, jusqu’à 80 % du coût du projet, pour les
pays du Groupe dont Haïti fait partie, et la « Caribbean Development Bank » (CDB) qui est appelée à avoir des relations
financières avec Haïti dans un avenir que nous espérons proche.
Indépendamment des perspectives économiques et financières offertes par ces institutions, il est nécessaire de prendre en
compte d’autres aspects des relations internationales. C’est ainsi que les mécanismes de renégociation des dettes au Club
de Paris et les controverses relatives au « Washington Consensus » seront abordés tour à tour pour donner une idée du contexte
d’évolution et d’opération de ces institutions. On a voulu également, dans le cadre d’une perspective régionale, exposer les
retombées financières dont Haïti pourrait bénéficier du fait de son intégration à la CARICOM.
Nous souhaitons que ce numéro apporte une meilleure compréhension des mécanismes de fonctionnement des institutions
financières internationales et permette à chaque lecteur de réaliser les enjeux associés aux rapports entretenus avec ces
institutions.
Bonne lecture !
2
Bulletin des Affaires Juridiques
Caractéristiques des institutions financières internationales
Charles Castel
L
es banques internationales de développement
partagent trois caractéristiques fondamentales : ce
sont des organisations internationales dont les structures
s’apparentent à celles d’une société par actions et qui
s’adonnent essentiellement à l’intermédiation financière
internationale en empruntant des entités en surplus de fonds
pour prêter à celles qui se trouvent en déficit. Le présent
article s’attache à aborder tour à tour ces caractéristiques
communes.
Des organisations internationales…
En tant qu’organisations internationales, ces banques jouissent
d’une personnalité juridique fonctionnelle, limitée par le
principe de spécialité et renforcée par l’octroi de privilèges et
immunités.
Selon la définition classique de Sir Gérald Fitzmaurice1,
«une organisation internationale s’entend d’une association
d’Etats constituée par traité, dotée d’une constitution2 et
d’organes communs, et possédant une personnalité juridique
distincte de celle des Etats membres ».
Personnalité juridique
Créées donc par des accords entre Etats3, ces banques sont
des sujets dérivés du droit international, distincts de leurs
créateurs et jouissant de la personnalité juridique, laquelle
confère essentiellement le droit : i) d’être titulaire de droits
et sujet d’obligations, notamment de conclure des traités
avec des Etats et d’autres organisations internationales ; ii)
de se faire représenter auprès des Etats et d’autres organisations
(légation active), et de recevoir les représentants de ceux-ci
(légation passive) ; iii) de procéder à des réclamations
internationales et iv) d’avoir un patrimoine propre.
Au niveau de l’ordre international, la personnalité juridique
confère essentiellement le droit de conclure des traités avec
des Etats et d’autres organisations, des accords soumis
fondamentalement au droit général des traités, et de se prévaloir
de ses droits par des réclamations internationales. C’est là
1 Sir Gérald Fitzmaurice, rapporteur de la Commission du Droit International (CDI), cité par
N’Guyen Quoc Dinh, Patrick Daillier et Alain Pellet, Droit International Public, 6eme éd,
LGDJ, 1999.
2 En fait, l’acte constitutif de l’organisation internationale a une double nature qui suscite des
questions encore pendantes parmi les spécialistes. Est-ce une convention ou une constitution?
Au fond, les deux approches ont chacune quelque mérite. Tout en étant une convention entre
Etats membres, l’acte constitutif n’en est pas moins une constitution dans le cadre de laquelle
l’organisation va se structurer et se développer. Cette double nature justifie que le droit des
traités qui s’applique à l’acte constitutif de l’organisation internationale soit mitigée par la
réserve formulée en l’article 5 de la Convention de Vienne de 1969.
3 L’existence de l’accord constitue la différence fondamentale entre les organisations internationales
qui sont des institutions intergouvernementales et les organisations non gouvernementales qui
jouent un rôle de plus en plus important au plan international. Selon les dispositions de l’article 5
de la convention de Vienne sur le droit des traités, ladite convention s’applique en principe
aux statuts des organisations internationales « sous réserve de toute règle pertinente de
l’organisation ».
un élément principal de la définition de l’organisation
internationale même quand l’acte constitutif ne le stipulerait
pas expressément, comme disent si bien Quoc Dinh,
Daillier et Pellet : « S’il a été jugé opportun de mettre en
place une institution permanente, et non pas une simple
conférence, c’est avec l’intention de lui conférer les
caractéristiques garantissant son efficacité : la possession
de la personnalité est une des principales caractéristiques de
toute institution sociale ; elle trouve son fondement dans la
convention constitutive dans son ensemble, sans qu’il soit
besoin d’une disposition l’attribuant expressément ».
Au niveau de l’ordre interne, la personnalité juridique de
l’organisation internationale implique la capacité de négocier
et conclure des contrats avec des personnes de droit privé
sur le territoire des Etats membres. La personnalité juridique
interne découle de la pure logique puisque, pour accomplir
sa mission, l’organisation est forcément amenée à agir et
œuvrer sur le territoire des Etats membres. Cette façon de
voir est largement partagée et peut être considérée aujourd’hui
comme un élément du droit commun des organisations
internationales. A titre de référence, l’article 104 de la
Charte de l’Organisation des Nations Unies (ONU) se lit
comme suit : « L’organisation jouit, sur le territoire de
chacun de ses membres, de la capacité juridique qui lui est
nécessaire pour exercer ses fonctions et atteindre ses buts ».
L’article 139 de la Charte de l’Organisation des Etats
Américains (OEA) reprend à peu près cette disposition, de
même que l’article XI des statuts de la Banque
Interaméricaine de Développement (BID) et la section 1 de
l’article VII de ceux de la Banque Internationale pour la
Reconstruction et le Développement (BIRD).
Aussi large puisse-t-elle paraître, la personnalité juridique
reconnue aux organisations internationales est limitée par le
principe de spécialité des compétences. En effet, contrairement
aux Etats, sujets originaires du droit international disposant
de la plénitude des compétences du fait de leur personnalité
juridique objective, l’organisation internationale jouit d’une
personnalité juridique fonctionnelle et de compétences et
pouvoirs découlant de ses statuts et des fonctions que ceuxci lui confèrent. L’article 34 de la Convention de Vienne sur
les traités dispose qu’un « traité ne crée ni obligations ni
droits pour un Etat tiers [i.e. qui n’y est pas partie (article
2.1.f.)] sans son consentement ». Néanmoins, dans son avis
du 11 avril 1949 sur la réparation des dommages au service
des Nations Unies, la Cour Internationale de Justice (CIJ)
affirmait le caractère « objectif » de l’existence de l’ONU :
« la Cour est d’avis que cinquante Etats, représentant une
très large majorité des membres de la communauté
3
Bulletin des Affaires Juridiques
internationale, avaient le pouvoir, conformément au droit
international, de créer une entité possédant une personnalité
internationale objective et non pas une personnalité reconnue
par eux seuls ». Il est remarquable que la CIJ reconnaisse
ainsi à un groupe d’Etats la représentation de la communauté
internationale. En dépit des controverses, la personnalité
objective n’a pas été reconnue à des organisations à vocation
spécifique. La question des accords erga omnes relève
davantage de rapport de forces que de la théorie juridique.
Comme le dit si bien Frank Attar « [ces accords] ne créent
des situations objectives que dans la mesure où une ou
plusieurs grandes puissances manifestent la volonté effective
de garantir le respect de ces traités par tous les Etats… »4.
Certes, la théorie des pouvoirs implicites permet à l’organisation
internationale d’interpréter largement les stipulations de ses
statuts relatives à ses compétences et pouvoirs, même
quand ceux-ci ne sont pas explicitement énoncés5. En effet,
dans son avis du 11 avril 1949 concernant la réparation des
dommages subis au service de l’ONU, et quand il s’agissait
de déterminer si l’ONU pouvait présenter une réclamation
internationale contre un Etat, la Cour Internationale de
Justice (CIJ), optant pour une interprétation téléologique ou
fonctionnelle, a jugé que : «selon le droit international,
l’organisation doit être considérée comme possédant [les]
pouvoirs…. qui, s’ils ne sont pas expressément énoncés par
la charte6 sont, par une conséquence nécessaire, conférés à
l’organisation en tant qu’essentiels à l’exercice des fonctions
de celles-ci » (CIJ, Rec.1949, p.182). Dans la pratique, les
organisations internationales inclinent à adopter une
interprétation large, dynamique de leur charte7 fondée sur
4 Frank Attar, Le Droit International entre Ordre et Chaos, Hachette, 1994, p. 156.
5 La théorie des pouvoirs implicites est une transposition dans l’ordre international d’une
jurisprudence américaine. La Cour suprême a en effet reconnu l’existence de pouvoirs
implicites dans la Constitution fédérale américaine, pour la première fois dans le célèbre
arrêt, MC Culloc C. Maryland (1819) toutes les fois que ces pouvoirs non formulés découlent
de l’esprit de la loi-mère. François Gianviti, conseiller juridique principal du Fonds Monétaire
International, émet à ce propos une mise en garde qui mérite d’être citée : «The main problem
with this… is that, under the US Constitution, the federal government is not the sole judge
of its implied powers. It is for the courts eventually to recognize or deny the existence of such
powers. In an organization like the IMF, where there is no judicial review of the organization’s
decisions, greater restraint in the interpretation of the charter is necessary.” François Gianviti,
The IMF and the International Monetary System, in Current Legal Issues affecting Central
Banks, IMF, July 1995.
6 Dans la mesure où l’application d’un régime suppose une interprétation préalable, toute
instance chargée d’appliquer un régime a compétence pour l’interpréter.
7 Les dispositions de la Convention du 23 mai 1969, en raison de leur ambiguïté, laissent une
grande liberté à l’interprète. En effet trois règles d’interprétation sont prévues par ces dispositions, plus ou moins contradictoires, sans qu’il soit établi de hiérarchie entre elles. On y
trouve la référence à une interprétation objective, fondée sur le texte, à une interprétation
subjective, fondée sur l’intention des parties, et, enfin, à une interprétation téléologique (ou
interprétation fonctionnelle), fondée sur le but et l’objet traité. Le choix entre ces méthodes et
leur combinaison, dépend, dans le cas des actes constitutifs d’organisations internationales, de
l’attitude adoptée eu égard à la nature de cet acte. En mettant l’accent sur son aspect
conventionnel, on pourra défendre une conception restrictive, en privilégiant le texte et
l’intention des parties. En retenant son aspect constitutionnel, on tendra vers une interprétation
téléologique ou fonctionnelle. Malgré l’opposition de certains Etats, en particulier la France
et l’URSS, la pratique suivie par les organes des organisations internationales est allée dans
le sens d’une interprétation large, dynamique, de leur acte constitutif. C’est ce qu’a fait aussi
la Cour Internationale de Justice en développant la théorie des pouvoirs impliqués ou implicites
dans son avis du 11 avril 1949.
4
cette théorie des pouvoirs impliqués8.
Néanmoins, la reconnaissance des pouvoirs implicites ne
met pas pour autant en question le principe de spécialité. Elle
ne doit surtout pas être vue comme une dérogation au principe
de spécialité accordant virtuellement à ces organisations la
plénitude des compétences à l’instar des Etats. Par exemple,
les organisations internationales ne sont pas admises à créer
d’autres organisations internationales. Certes, elles peuvent
avoir des organes subsidiaires mis en place par résolution
de l’Assemblée Générale. Pour preuve l’Organisation des
Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI)
est demeurée un organe subsidiaire de l’ONU jusqu’à ce
qu’un traité multilatéral le transforme en institution spécialisée
de l’ONU.
Les immunités et privilèges
L’organisation internationale jouit également de privilèges
et immunités qui renforcent sa personnalité juridique et ses
moyens. Il s’agit principalement de l’immunité de juridiction
qui protège l’organisation des poursuites judiciaires suite à
des faits ou actes imputables à elle-même ou à ses agents
dans l’exercice de leurs fonctions ; de l’immunité d’exécution
en vertu de laquelle les biens de l’organisation sont insaisissables;
de l’immunité fiscale relative aux biens, revenus et actifs de
l’organisation et de ses agents ; et enfin des traitements
reconnus et accordés aux représentants et fonctionnaires
des Etats dans les pays membres, notamment la formalité de
permis de séjour.
En général, les statuts des organisations stipulent explicitement
ces privilèges et immunités et prévoient que l’application
de ces stipulations relève de chacun des pays membres. Les
statuts sont souvent complétés par des accords bilatéraux
avec le pays du siège de l’organisation, connus sous le nom
d’accords de siège. Il faut néanmoins souligner que les
accords de siège ne prémunissent pas forcément l’organisation
contre des incidents ou ingérences de l’Etat hôte portant
atteinte à son indépendance et à son autodétermination.
Qu’il suffise de rappeler le refus des Etats-Unis de recevoir
Yasser Arafat à New York, siège de l’ONU laquelle a dû
recourir à Genève ; et l’initiative du maire de New York de
faire chasser de la salle Fidel Castro qui assistait à un
8 Cette position a été acceptée aux Etats-Unis où la BID a son siège et par des Tribunaux dans
un certain nombre de pays incluant la France, l’Italie et l’Argentine (voir en France,
Chemidlin C. Bureau International des Poids et Mesures, Tribunal Civil de Versailles, 1945 ;
aux Etats-Unis, Mendaro v. World Bank, 717 F.2d610 Dc circuit court 1983). Néanmoins la
BID est toujours en procès au Brésil devant les Tribunaux du travail avec environ 13 employés
qui ne voulaient pas aller à Brasilia quand la BID transféra ses bureaux de Rio de Janeiro à
Brasilia. Les Tribunaux brésiliens ont assimilé la BID au Brésil à une ambassade d’une nation
souveraine dont les employés conservent l’option de recourir aux Tribunaux du travail. Voir à
ce sujet, John M. Niehuss, « Developments at the IADB » in Current Legal Issues Affecting
Central Banks, IMF, July 1995.
Bulletin des Affaires Juridiques
concert, en 1995, marquant le cinquantième anniversaire de
l’ONU. Ces incidents ont pu se produire en dépit de l’article
105 de la Charte de l’ONU qui étend les privilèges et
immunités dont jouit l’organisation aux représentants de ses
membres.
… dont les structures s’apparentent
à celles d’une société par actions
Au plan institutionnel, les banques internationales de
développement sont organisées comme des sociétés de
capitaux où les pouvoirs et les votes sont pondérés en
fonction de la participation de chacun au capital. Leur structure
est plus ou moins identique avec a) une assemblée générale,
formée de représentants des Etats membres (le principal et
le suppléant), souvent appelée Conseil des Gouverneurs et
les représentants des Etats membres sont souvent le
Ministre de l’Economie et des Finances et le Gouverneur de
la Banque Centrale ; b) un Conseil d’Administration, c) un
Président et d) un secrétariat. Dans tous ces organes, le procédé
de rotation est celui de la pondération. Par exemple dans le
cas de la BIRD, la concentration de près de 39% du capital
en faveur des pays du G5 (Etats-Unis 16,86%, Japon
8,08%, Allemagne 4,61%, Grande-Bretagne 4,42%, France
4,42%), a pour conséquence directe la domination de
l’institution par ces pays.
Dans le cas de la BID, le capital n’est pas moins concentré
en faveur des membres non régionaux et non emprunteurs.
Ainsi, les pays non emprunteurs détiennent la moitié du
capital avec les Etats-Unis à 30%, le Japon à 5%, le Canada
à 4% et les autres pays non emprunteurs à 11%. A la
Caribbean Development Bank (CDB), l’article 6.2 des statuts
aménage un plafond de 40% pour les membres non régionaux9.
La concentration du pouvoir est souvent plus grande que la
concentration du capital pour deux raisons. D’une part, le
recours aux majorités qualifiées donne virtuellement un
droit de veto à un bloc d’Etats et parfois à un Etat, notamment
au moins pour ce qui a trait aux modifications des statuts.
C’est ainsi qu’une majorité des trois quarts des voix présentes
ou non, et l’unanimité sont requises pour les amendements
relatifs au droit de retrait, aux limites de responsabilité et
aux droits de souscription du capital (article VIII des statuts
de la BIRD). D’une façon générale, nombre de décisions
sont prises à des majorités qualifiées qui garantissent à
certains membres puissants qu’aucun des organes délibérants
(assemblée générale et conseil d’Administration) ne puisse
valablement décider sur des questions cruciales sans qu’ils
n’y consentent.
D’autre part, en plus de leur capital ordinaire, ces institutions
ont toutes des fonds spéciaux10, pourvus en grande partie par
les membres les plus riches, à partir desquels elles octroient
des prêts concessionnels à leurs membres. L’existence et
l’importance de ces fonds pour les pays en développement
et la nécessité de les reconstituer constituent à n’en pas douter
un levier important dont disposent les pourvoyeurs pour
influencer les décisions au sein de ces institutions.
… et qui s’adonnent à l’intermédiation
financière
Au plan financier, ces banques sont des organisations à
vocation financière issues, (dans le cas de la Banque
Mondiale), ou inspirées (dans le cas de la BID et de la CDB)
de Bretton Woods. Même quand l’espace d’intervention est
différent (vocation régionale pour la BID et la CDB et vocation
universelle pour la Banque Mondiale), leur mission est
essentiellement le financement du développement des pays
membres. A l’origine, la Banque Mondiale avait une
mission de reconstruction des pays d’Europe dévastés par la
guerre. Cette mission fut quasiment monopolisée par le plan
Marshall. De ce fait, la BIRD a été radicalement réorientée
pour se concentrer sur l’aide au développement.
Ces institutions financent des projets publics et privés qui
doivent présenter de bonnes perspectives de rentabilité.
Dans le cas de la BID et de la Banque Mondiale, les projets
privés sont financés par une filiale privée (la Société
Interaméricaine
d’Investissement
et
le
Fonds
d’Investissement Multilatéral pour la BID et la Société
Financière Internationale pour la Banque Mondiale) alors
que, dans le cas de la CDB, les fonds sont gérés dans la
même structure administrative.
10 Il s’agit de mécanismes plutôt que d’organismes. Même dans le cas du groupe de la Banque
Mondiale où l’Association Internationale pour Développement (AID) a été créée, la structure
administrative est celle de la BIRD. Les mêmes personnalités figurent au Conseil
d’Administration. Le Président de la BIRD est de plein droit président de l’AID et les services
eux-mêmes ne sont pas différenciés. Il ne s’agit donc, en fait, que d’un fonds autonome. La
BID et la CDB disposent également de ce type de fenêtre concessionnelle au moins à travers
le Fonds des Opérations Spéciales et le « Special Development Fund » respectivement.
9 Voir les articles de Alix Sandra Thomas et de Charles Castel traitant respectivement de la
Banque Interaméricaine de Développement (BID) et de la Caribbean Development Bank
(CDB).
5
Bulletin des Affaires Juridiques
Stratégies de développement économique: Les controverses
entourant le « Washington Consensus »
Gérard Vaugues
L
es institutions financières internationales jouent un
rôle important dans le développement économique
de nombreux pays, notamment ceux de l’Amérique
Latine et de la Caraïbe. Elles partagent une vision
institutionnelle des solutions aux problèmes de développement
souvent appelée: le «Washington Consensus». Cette vision
véhicule plusieurs idées influentes en économie politique et
supporte la thèse de la convergence institutionnelle1 comme
programme et comme seul chemin viable vers la prospérité.
Par convergence institutionnelle, on entend la convergence
des institutions vers les types d’institution généralement
retrouvés en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest.
Après un bref rappel de l’ordre économique mondial, cet
article traite des grandes lignes du «Washington
Consensus» et des critiques qui lui ont été adressées. Il reste
entendu que les politiques économiques proposées par le
«Washington Consensus» sont correctes. Par contre, leur
mise en question concerne : la faisabilité du projet en tant
que tel (peut-on l’entreprendre dans sa globalité?), la priorité
des réformes qu’il propose (lesquelles mener en premier?),
leur rythme d’application et leur applicabilité à des
contexte differents, et enfin l’autorité du projet (y-a-t-il
réellement un seul ensemble de mesures menant au
développement économique?).
L’objectif de l’article n’est pas de convaincre de la supériorité
de tel ou tel argument, mais de montrer la perspective
offerte par des arguments divergents. La diversité des
points de vue que l’on y retrouve alimente la réflexion sur
de nouvelles pistes de développement économique que bon
nombre de pays en voie de développement comme Haïti
trouveront utiles à explorer. Les discussions ouvrent la voie
à une nouvelle forme de partenariat entre les pays en voie
de développement et les institutions internationales pour
lutter efficacement contre la pauvreté, susciter et canaliser
la croissance économique durable au bénéfice du plus
grand nombre.
retrouvent pas uniquement au niveau du revenu, mais aussi
au niveau de la participation politique, de l’accès à l’éducation,
aux services de santé et au crédit. De manière générale, les
disparités sont sources de tensions politiques et de protestations
pour la redistribution des richesses qui découragent
l’investissement et retardent la croissance économique.
Le «Washington Consensus» et son
application en Amérique Latine
Les problèmes de développement sont complexes et variés3.
Personne ne peut prétendre détenir le secret de la croissance
économique et comme l’a fait remarquer Paul Bairoch4, il
n’existe pas de loi en économie qui soit applicable à
n’importe quelle période de l’histoire ou à n’importe quelle
structure économique. Cependant, force est de constater que
le «Washington Consensus» ambitionne d’offrir un ensemble
déterminé de solutions aux problèmes de développement.
Le «Washington Consensus» peut se définir comme étant
un ensemble de mesures ou de solutions économiques et
institutionnelles reconnues et fortement recommandées par
des organismes internationaux tels l’Organisation Mondiale
du Commerce et des institutions financières internationales
basées à Washington telles : la Banque Mondiale, la Banque
Interaméricaine de Développement, le Fonds Monétaire
International. Les grandes axes du programme économique
du «Washington Consensus» sont la stabilisation
macroéconomique, la privatisation, la libéralisation
commerciale et financière, et les filets de sécurité sociale.
La liste exhaustive des mesures en question est présentée au
tableau ci-dessous.
Le pouls de l’ordre économique mondial
Les grandes disparités persistant aujourd’hui entre
plusieurs pays signalent un certain malaise dans l’ordre
économique mondial. En 1820 l’écart de revenu annuel par
habitant entre les pays riches et pauvres était de l’ordre de
3 pour 1 (1,200 US$ vs 400 US$)2. Cet écart est passé
maintenant à 30 pour 1, si l’on compare le niveau de revenu
annuel par habitant de certains pays avancés (30,000 US$)
avec celui de certains pays en voie de développement
(1,000 US$). Il faut préciser que ces disparités ne se
1 Unger, Roberto Mangabeira, Democracy Realized, the progressive alternative, Verso,
London, New York, 1998.
2 Maddison, Angus, (1995) Monitoring the World economy 1820-1992, OECD Paris, 1995.
6
Source: Rodrik, Dani, (2001) "The Global Governance of Trade As If Development Really Mattered" October 2001 UNDP (p.15)
3 Quatre thèmes sont généralement retenus pour expliquer les problèmes de pauvreté, de
disparités et de volatilité de certains pays: la géographie, les institutions, la démographie et le
commerce international. Les relations de ces facteurs avec le développement économique ne
sont pas débattues dans cet article.
4 Bairoch, Paul, Economics & World History, Myths and Paradoxes, The University of
Chicago Press, 1993.
Bulletin des Affaires Juridiques
L’Amérique Latine a été le lieu de prédilection de l’application
du « Washington Consensus ». En effet, la plupart des pays
de l’Amérique Latine n’ont pas pu ajuster leurs politiques
macroéconomiques aux chocs pétroliers et à la volatilité des
prix des denrées alimentaires des années 70. Une période
d’inflation élevée, de rareté de devises étrangères et
d’incapacité de paiement de leur dette externe a suivi ces
chocs externes. Cette situation leur a laissé très peu de
choix sinon que solliciter l’aide du Fonds Monétaire
International et de la Banque Mondiale, et d’adopter les
programmes d’ajustement structurel durant les vingt
dernières années.
Les critiques du « Washington Consensus »
L’expérience récente de faible croissance de la majorité des
pays de l’Amérique latine ayant adopté la plupart de ces
réformes5 est souvent retenue comme une note négative
pour le projet du « Washington Consensus. » Il a été la cible
de plusieurs critiques qui alimentent la réflexion sur d’autres
perspectives de développement disponibles. Au fond, les
reproches s’adressent moins aux principes et réformes
économiques en tant que tels, qu’à la manière et au rythme
parfois accéléré dont ils sont imposés, sans considération de
leur impact parfois négatif sur des priorités locales de
développement6.
Deux exemples illustrent ce dernier point. Le premier est
offert par le cas récent du Brésil qui a jugé que sauver
plusieurs vies menacées par le virus VIH/SIDA était plus
prioritaire que le strict respect des lois sur les patentes décrites
dans les accords de l’Organisation Mondiale du Commerce.
Le deuxième exemple de reproche est donné par la libéralisation
commerciale préconisée par le «Washington Consensus» et
souvent présentée comme une panacée du développement
économique. Cependant deux problèmes remettent en cause
la position d’avant-scène dont jouit le libre échange dans le
package des réformes.
D’une part, bien qu’il existe une corrélation positive entre
l’ouverture7 au commerce extérieur et le développement
économique présentée dans un article influent de Jeffrey Sachs
et Andrew Warner8 en 1995, il n’y a pas de relation de cause
à effet entre les deux. Haïti est bien le pays le plus ouvert de
5 Le Chili est souvent cité comme cas exceptionnel où les réformes ont donné des résultats
satisfaisants. Selon un rapport de la BID (IADB 2000, «Facing inequality in Latin America»),
l’Amérique latine est la région du monde où on retrouve le plus de disparités dans les revenus
et le niveau d’enseignement.
6 Krugman, Paul, «The Confidence Game: How Washington Worsened Asia’s Crisis», The
la Caraïbe, mais aussi le plus pauvre de l’hémisphère Ouest.
En revanche, la République Dominicaine est la plus fermée
ou a le régime d’échange commercial le plus protectionniste
de la région9, avec le taux de croissance le plus élevé des
cinq dernières années.
Cela étant dit, il faut établir sans équivoque la relation entre
le libre échange et le développement économique. Selon
une approche classique du développement économique tel
que vu par Adam Smith, l’effet positif de la spécialisation du
travail sur la production est un avantage certain que procure
le commerce extérieur. En effet, le commerce extérieur crée
un plus grand marché dont la taille permet à la force de travail
locale de se spécialiser dans ce qu’elle fait de mieux et à
meilleur coût (selon le principe de l’avantage comparatif).
D’autres bénéfices découlant de l’ouverture aux échanges
internationaux se retrouvent dans la transmission d’idées et
de technologies qui sont des facteurs importants de croissance
endogène selon une approche néoclassique ou selon les
nouvelles théories de croissance proposées par Romer et
Lucas10. Somme toute, le rôle positif de l’ouverture d’une
petite économie au commerce extérieur n’est pas automatique
et dépend du fait que ses ressources sont orientées (par son
avantage comparatif) vers des activités générant ou non une
croissance de long terme.
D’autre part, bien qu’il n’y ait aucune précision quant au
timing et au processus d’ouverture au commerce international,
l’expérience de plusieurs pays qui aujourd’hui bénéficient
des retombées positives du libre échange montre que celui-ci
a été un processus souple et planifié. En effet, Paul Bairoch
souligne que les États-Unis l’ont fait progressivement et au fur
et à mesure qu’ils s’enrichissaient. Dans les pays d’Asie du
Sud-Est, il s’est accompagné par des investissements dans les
domaines de l’éducation et de la santé, préparant ainsi la
force de travail à bénéficier de la stratégie d’ouverture. Il
s’agit donc dans tous ces cas d’une ouverture planifiée,
préparant le social.
Kapstein et Landa11 ont donné des preuves empiriques que
le changement technologique résultant du libre échange
récompense la main d’œuvre qui est prête à l’utiliser et
écarte le reste. Ainsi, pour reprendre l’exemple de la
République Dominicaine, celle-ci gagnerait à s’ouvrir
davantage tout en accompagnant cette stratégie d’un
programme d’investissements en formation de sa
9 Les taux de protection de l’agriculture en milieu rural se situent entre 60 et 100 % selon un
New Republic, October 5, (Washington: The New Republic), pp.23-25.
7 Entendre par ouverture : la libre circulation des biens et capitaux, et la baisse systématique
rapport de la Banque Mondiale (World Bank Country Report No. 20192, Volume I, 23 mars 2000).
10 De la Fuente, Angel, «Convergence across countries and regions : Theory and empirics»,
des barrières douanières, tarifs, quotas d’importation.
8 Sachs, Jeffrey and Andrew Warner, «Economic Reform and the Process of Global
EIB papers, Volume 5, No. 2, 2000, pp.25-45.
11 Kapstein, E., & Landa, D., «Democracy and the Market: The Case of Globalization», 2000,
Integration», Brookings Papers on Economic Activity, 1995: 1, 1-118.
http://www.freedomhouse.org/survey/2000/kapstein.html.
7
Bulletin des Affaires Juridiques
main-d’œuvre dans les secteurs les plus touchés par la
libéralisation: le tourisme, les télécommunications et les
zones de libre échange.
Pour revenir aux critiques du projet du «Washington
Consensus» dans son ensemble, des principes tels la discipline
fiscale et monétaire, la régulation financière prudente et le
maintien d’un niveau de dette externe soutenable ou
raisonnable par rapport au produit intérieur brut sont
universellement acceptables et non contestés.
En revanche, on reproche au «Washington Consensus»
d’imposer un modèle particulier d’institutions ou
d’arrangements institutionnels incorporant ces principes.
Ce modèle est souvent une réplique non justifiée des formes
d’institutions retrouvées dans certains pays avancés. À titre
d’illustration, Dani Rodrik12 démontre empiriquement que la
plupart des pays qui ont attiré l’investissement comme
moteur de développement ont en commun des institutions
qui garantissent le droit de propriété et l’application de la
règle du droit protégeant les intérêts des investisseurs.
Cependant, le droit de propriété et la règle du droit sont des
principes universels que différents pays ont pratiqués à partir
de différents types d’institutions parfois publiques, parfois
privées, coopératives ou suivant un régime de droit civil ou
de droit commun. De tels principes seraient donc universels
dans leurs fonctions et non dans leurs formes. Existerait-il
donc une alternative viable au «Washington Consensus»?
L’alternative au Washington Consensus
En bref, l’alternative proposée est fondée sur l’idée que
l’application des principes économiques n’est pas limitée à
un ensemble unique d’arrangements institutionnels qu’il
suffit de répliquer dans différents contextes. Conséquemment,
chaque nation devrait pouvoir innover et expérimenter les
formes d’institutions répondant le mieux à ses normes, ses
valeurs et ses priorités locales, tout en respectant les
principes économiques universels. Il ne s’agit donc pas
d’une approche aussi structurée que l’agenda du
«Washington Consensus» mais d’une logique reposant sur
une plus grande tolérance de la diversité favorable à l’innovation
et l’expérimentation. Deux types d’arguments supportent
cette alternative qui est encore largement débattue.
Le premier s’appuie sur la diversité des institutions retrouvées
dans les pays de l’Organisation de Coopération et de
Developpement Economique (OCDE) pour montrer que la
divergence et non la convergence institutionnelle est plutôt
la norme dans ce groupe. Ce type d’argument réfute donc une
12 Rodrik, Dani, «Development Strategies for The Next Century», Harvard University,
February 2000.
8
harmonisation rigide sur un modèle d’institution donné,
conduisant au développement économique. Michel Albert13
et Freeman soutiennent que les types d’institutions des pays
de l’OCDE, qui ont en commun un niveau de PIB élevé,
varient le long d’un continuum partant du modèle américain
basé sur le succès individuel et le gain financier à court
terme, jusqu’au modèle allemand qui met l’emphase sur la
composante sociale, le consensus national, le long terme et
un rôle plus important de l’État dans les secteurs de l’éducation
et de la santé.
Le second type d’arguments est fondé sur les expériences de
succès économique de pays tels la Chine, la Corée du Sud
et Taiwan, n’ayant pas souscrit à l’orthodoxie du
Washington Consensus14. Cet argument est critiqué par
Jeffrey Sachs et Wing Thye Woo15 qui avancent, qu’au contraire,
des pays comme la Chine ont pu connaître ce succès
économique en raison de réformes convergeant vers le modèle
institutionnel recommandé par le «Washington Consensus».
Yingyi Qian signale que la Chine a expérimenté la croissance
la plus impressionnante au monde et a pu faire passer le
nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue de
250 millions à 50 millions. La Chine a connu ce succès sans
libéraliser complètement le commerce extérieur et sans
privatiser16. De plus, l’État a été fortement impliqué dans la
mise en place des réformes, contrairement au «Washington
Consensus» qui voit le rôle de l’État limité à la provision de
la règle de droit, de la régulation prudentielle et du minimum
de filets de sécurité sociale.
Dans le cas de la Corée du Sud et de Taiwan, contrairement
à la vision traditionnelle présentant un succès économique
basé sur les exportations, on retrouve un autre point de vue.
Celui-ci met plutôt l’emphase sur la flambée des investissements
facilitée par d’importantes subventions de l’État et la création
d’un environnement favorisant d’importantes améliorations
du rendement du capital17.
Par exemple, en Corée du Sud, l’État a accordé la priorité à
l’Économique en lieu et place du Politique. Ainsi, l’État a
octroyé d’importants crédits à de grands groupes industriels
13 Albert, Michel, Capitalism vs. Capitalism, Four Walls Eight Edition, New York, NY, 1993.
14 Qian, Yingyi, «How Reform Worked in China», Berkeley, July 2001.
15 Sachs, Jeffrey D., and Woo, Wing Thye,
«Understanding China’s Economic
Performance», Journal of Policy Reform, 4, (1), Harwood Academic Publishers, pp.1-50.
(2000).
16 Il faut reconnaître que le modèle chinois parfois qualifié d’hérésie, est toujours imparfait
et la corruption y est très élevée. Selon Qian, la Chine a pu toutefois aligner les intérêts privés
et publics et a su répondre à une certaine réalité économique et sociale.
17 Rodrik, Dani, «Getting Interventions Right: How South Korea and Taiwan Grew Rich»,
Economic Policy, No. 20, 1995.
Bulletin des Affaires Juridiques
à des taux d’intérêts négatifs, tout en privilégiant des
secteurs d’activité spécifiques et garantissant les investissements
en cas de faillite dans un secteur stratégique. La compagnie
Hyundai fait partie de ce groupe pour la fabrication de navires.
De plus, l’État a subventionné les exportateurs et a accordé
des exemptions tarifaires sur les matières premières et les
pièces de rechange.
En Taiwan, l’État a initié des réformes en éliminant les
distorsions telles les taux de change multiples et l’instabilité
macro économique et en simplifiant les procédures
administratives de création d’entreprises. Celles-ci ont été
aussi exemptes de taxes pendant les cinq premières années
de fonctionnement. Contrairement à l’idée d’un suivi
exhaustif des réformes recommandées par le «Washington
Consensus», la Chine, la Corée du Sud et Taiwan affichent
plutôt un modèle de croissance fondé sur un mélange
d’orthodoxie et de stratégies locales.
Conclusions et remarques
Que peuvent tirer les pays en voie développement de ces
débats? Tel que mentionné au début, les solutions
proposées par le «Washington Consensus» forment la
vision de développement la plus reconnue, faute d’une
alternative bénéficiant d’autant d’appui. Cependant, les
débats présentés ci-haut marquent la limite de notre
connaissance des solutions aux problèmes de développement
économique. Ils détournent d’une défense soutenue de solutions
toutes faites et appellent plutôt à la découverte, à la
tolérance et à une considération plus poussée des priorités et
des problèmes propres à chaque pays. Les institutions
financières internationales, autant que les pays en voie de
développement peuvent bénéficier des idées que soulèvent
ces discussions.
semblables seront les seules envisageables. Certains pays
ont sans doute besoin de discipline et l’application stricte
des politiques du «Washington Consensus» peut être un
moyen de les discipliner, avec toutes les limites d’une telle
approche pour le développement recherché.
Sans le respect de certains principes, il serait peu
souhaitable de justifier (et de jouir de) quelque forme de
dérogation aux lignes directrices des bailleurs de fonds
multilatéraux à l’égard d’un pays. Par exemple, dans un
environnement où les problèmes de corruption élevée ne
sont pas résolus, il serait inopportun d’accorder un rôle plus
prépondérant à l’État dans la mise en place d’un climat
favorable à l’investissement18.
On ne peut donc raisonnablement pas reprocher aux institutions
financières internationales d’imposer des mesures d’ajustement
sans tenir compte des priorités locales, si celles-ci ne sont
pas définies dans un projet national, donc même pas
défendues. La nature a horreur du vide, et les pays sans projet
seront toujours surpris par l’application de solutions connues.
La faute ne revient qu’à eux seuls. Bon nombre des
politiques faisant partie du «Washington Consensus» sont
des ajustements macroéconomiques et non une stratégie de
développement économique. Cela pose des questions
fondamentales auxquelles devra répondre toute politique de
développement. Par exemple, Haïti aurait-elle durant trop
longtemps confondu ces ajustements à une stratégie de
développement? Les institutions internationales ne
seraient-elles pas déjà prêtes à plus de souplesse si une
bonne stratégie de développement à long terme était
disponible pour un dialogue?
Du côté des institutions financières internationales, une
application plus souple de bons principes économiques
universels serait plus efficace dans la lutte contre les problèmes
de pauvreté et de développement. Par souplesse, il faut
entendre plus d’ouverture aux priorités locales de
développement (variant d’un contexte à l’autre), à l’innovation
et à différents types d’arrangements institutionnels permettant
d’aboutir aux même résultats.
Du côté des pays en voie développement, la flexibilité
réclamée devrait être méritée. C’est-à-dire qu’il faudrait
non seulement (1) une stratégie locale de développement
incluant les intérêts nationaux mais aussi (2) le respect de
certains principes incontournables.
Il est certain qu’en absence d’une stratégie locale de
développement à long terme bien pensée et soutenable, les
politiques déjà expérimentées dans d’autres pays «relativement»
18 Voir Roberto Mangabeira Unger, op. cité.
9
Bulletin des Affaires Juridiques
Le Groupe de la Banque Mondiale
Michèle Delerme
L
es pages économiques des médias font référence très
souvent à la Banque Mondiale (BM), au Fonds
Monétaire International (FMI) ou à d’autres institutions
financières internationales. Pourtant, l’organisation et
l’administration effective de ces institutions, les droits et
obligations attachés à la qualité de membre tant sur le plan
économique que juridique, les services auxquels les membres
ont accès, etc. sont fort peu connus.
Notre ambition ici est de présenter la Banque Mondiale, sa
mission et ses objectifs, sa structure organisationnelle et
financière, ainsi que les implications juridiques découlant
du statut de membre.
L’idée de la création de la « Banque Mondiale »1 prit forme
à la Conférence de Bretton Woods (New Hampshire, États-Unis),
tenue du 1er au 22 juillet 1944. Au lendemain de la deuxième
guerre mondiale, il était essentiel pour les grandes
puissances de : a) redéfinir un nouvel ordre économique
mondial, monétaire et financier, en assurant la reconstruction
des économies européennes particulièrement affaiblies par
les deux guerres mondiales, et améliorer les paiements
extérieurs et les réserves de changes de ces pays; b) établir
un cadre de coopération économique pour prévenir des
situations telles que la grande dépression des années 30.
La BM commença officiellement ses opérations en juin 1946
avec la création de la « Banque Internationale pour la
Reconstruction et le Développement ». Elle comptait 38 États
membres avec un capital souscrit de 7,67 milliards de
dollars américains2.
Au fil du temps, la BM allait s’adapter à l’évolution des
besoins de ses États membres et se structurer en ce sens.
C’est ainsi qu’elle se compose aujourd’hui de cinq institutions
spécialisées lui permettant d’atteindre les nouveaux objectifs
fixés, i.e. réduire la pauvreté et améliorer les conditions de
vie de la population des pays en développement par le
financement des secteurs tels l’éducation et la santé.
Néanmoins, la priorité est surtout axée sur le développement
social et humain durable, plus particulièrement la lutte contre
le VIH/SIDA, les projets sociaux, l’environnement dont les
projets relatifs à la biodiversité, etc. De plus, le groupe soutient
le mouvement pour l’allégement de la dette des pays
pauvres à travers l’initiative en faveur des pays pauvres très
1 En général, on emploie le terme « Banque Mondiale » pour désigner deux entités: la Banque
Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) et l’Association
Internationale de Développement (AID).
2 Au départ le capital social de la banque était exprimé en « dollars des États-Unis du poids
et du titre en vigueur le 1er juillet 1944 ». Le 14 octobre 1986, les Administrateurs de la BIRD
ont décidé qu’à partir du 30 juin 1987 et jusqu’à ce que les dispositions concernées des Statuts
soient amendées, toute référence au dollar des États-Unis du poids et du titre en vigueur le 1er
juillet 1944 apparaissant dans l’art. II, Section 2(a) des Statuts de la BIRD devait s’entendre
désormais comme représentant le Droit de Tirage Spécial (DTS) mis en place par le FMI.
10
endettés (PPTE)3 en partenariat avec le FMI.
Les institutions qui forment le groupe sont: a) la Banque
Internationale pour la Reconstruction et le Développement
(BIRD); b) l’Association Internationale de Développement
(AID) [voir encadré]; c) la Société Financière Internationale
(SFI) [voir encadré]; d) l’Agence Multilatérale de Garantie
des Investissements (AMGI) [voir encadré]; et le Centre
International pour le Règlement des Différends relatifs aux
Investissements (CIRDI) [voir encadré]4.
Ces cinq institutions sont des organisations internationales
liées à l’Organisation des Nations Unies et font partie des
seize institutions spécialisées des Nations Unies. En tant
qu’organisations internationales, elles sont le fruit d’actes
juridiques (statuts, conventions) inter étatiques. Elles ont
une existence propre, distincte de celle des États qui y sont
membres. En fait, elles ont toutes la personnalité juridique,
donc la capacité de passer des contrats, d’acquérir des biens
mobiliers et immobiliers et d’en disposer, d’ester en justice.
Cette personnalité juridique se matérialise à travers différents
organes décisionnels, i.e. le Conseil des Gouverneurs, le
Conseil d’Administration et le Tribunal Administratif.
Elles jouissent d’un certain nombre d’immunités5 (juridiction,
exécution) et de privilèges tels que: exemption des
contraintes administratives sur les biens (pas de perquisition,
expropriation, confiscation ou saisie), inviolabilité des
archives et documents, facilités de communications (valise
diplomatique), et d’exemptions fiscales et douanières sur le
territoire de leurs États membres.
Des immunités et privilèges tendent aussi à assurer
l’indépendance des agents, fonctionnaires et membres du
personnel de ces institutions. Ainsi, les gouverneurs,
administrateurs, suppléants, dirigeants, fonctionnaires du
groupe jouissent d’une immunité de juridiction pour les
3 Les pays éligibles à ce programme sont ceux qui bénéficient de l’aide de l’Association
Internationale de Développement et de la Facilité du FMI, mais dont l’endettement est très
élevé, même lorsque les mécanismes traditionnels d’allégement de la dette (Club de Paris) ont
exercé leur plein effet.
4 L’année 1955 vit également l’établissement de l’Institut de Développement Économique,
centre de formation et de perfectionnement des fonctionnaires des pays membres ayant à
travailler sur les questions de développement, renommée en mars 1999 Institut de la Banque
Mondiale.
5 Il est très important de souligner que: La banque [BIRD] ne peut être poursuivie que devant
un tribunal ayant juridiction sur les territoires d’un État membre où elle possède un bureau, a
désigné un agent chargé de recevoir les significations ou notifications de sommation ou a émis
ou garanti des titres. Aucune action judiciaire ne pourra cependant être intentée par des États
membres ou par des personnes agissant pour le compte desdits États, ou faisant valoir des
droits cédés par ceux-ci. Les biens et avoirs de la banque où qu’ils soient situés et quel qu’en
soit le détenteur, seront à l’abri de toute forme de saisie, d’opposition ou d’exécution tant qu’un
jugement définitif n’aura pas été prononcé contre la banque (Article VII, Section 3, Statuts de
la BIRD). La BIRD, l’AID, la SFI et l’AMGI jouissent toutes de cette immunité de juridiction.
Quant à l’AMGI, l’immunité s’étend également aux questions de personnel.
Bulletin des Affaires Juridiques
actes accomplis dans l’exercice de leur fonction, bénéficient
des facilités d’immigration, de résidence, des exemptions
fiscales à moins qu’ils ne soient des citoyens du pays où ils
exercent leur fonction. En outre, il est interdit toute activité
politique aux dirigeants du groupe. En effet, la banque6 et
ses dirigeants n’interviendront pas dans les affaires politiques
d’un État membre quelconque, ni ne se laisseront influencer
dans leurs décisions par l’orientation politique de l’État
membre en cause. Leurs décisions seront fondées exclusivement
sur des considérations économiques, et ces considérations
seront impartialement pesées afin d’atteindre les objectifs
énoncés à l’article I 7. Les statuts de la BIRD exigent également
des États membres le respect du caractère international de
la mission du Président du groupe et de tous les agents qui
sont au service exclusif de la banque.
Tous les États membres sont tenus de prendre les mesures
nécessaires sur leur territoire afin d’appliquer dans leur propre
législation les différents immunités et privilèges susmentionnés8.
Dans le cas de la SFI et de l’AMGI, l’État membre doit
informer la Société ou l’Agence des mesures qu’il a prises.
Il est permis à ces dernières de renoncer à leurs privilèges et
immunités selon des conditions qu’elles fixeront.
La Banque Internationale pour la
Reconstruction et le Développement (BIRD)
Organisation et administration
Créée en 1945, la BIRD est une banque, avec un capital souscrit
et versé de plus de 11 milliards de dollars des États-Unis
d’Amérique, régie par des statuts adoptés par 183 États9
6 Cette disposition est valable également pour l’AID, la SFI et l’AMGI.
7 Article IV, Section 10 des statuts de la BIRD. Cette disposition statutaire est une position de
principe car dans la réalité la BM est amenée directement ou indirectement à faire des
considérations politiques. Il faut signaler qu’au niveau du droit international public beaucoup
de débats ont lieu autour de la responsabilité des institutions internationales. On peut citer le
cas de la dette de l’Argentine qui fait jurisprudence suite au jugement Olmos Alejandro
prononcé par la Cour Criminelle et Correctionnelle No. 2 de la Capitale fédérale, sentence du
13 juillet 2000.
8 Haïti s’est engagée à appliquer les dispositions de la Convention sur les privilèges et immunités
des institutions spécialisées approuvée par l’assemblée générale des Nations Unies le 21
novembre 1947 en ratifiant ladite convention le 3 septembre 1951 (Le Moniteur # 16 du 18
février 1952). Cet engagement du gouvernement haïtien est en conformité avec l’article 10
section 34 de la Convention suscitée qui stipule que les dispositions de la convention doivent
être interprétées à l’égard de chacune des institutions spécialisées [FMI, OMS, OIT, BIRD,
etc.] en tenant compte des attributions qui lui sont assignées par son acte organique. En
outre, l’article 11, section 43 demande à l’État partie à la Convention de désigner l’institution
spécialisée à laquelle il s’engage à appliquer ladite convention. Haïti n’a désigné à date que
la BIRD pour le groupe.
9 La loi du 19 septembre 1952, publiée dans le Journal Officiel Le Moniteur # 95 du 1er octobre 1952,
autorisa le gouvernement haïtien à devenir membre du FMI et de la BIRD. A l’époque, la
Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH) fut désignée comme le seul dépositaire
ou correspondant de la BIRD en Haïti. Toutes les démarches du gouvernement en vue
d’obtenir un emprunt de la banque ainsi que toutes les garanties à fournir transitaient par la
BNRH. Les frais, débours et différences résultant des opérations de la BNRH avec la BIRD
étaient supportés par l’État. À présent, la Banque de la République d’Haïti (BRH) est le
dépositaire pour toutes les institutions financières internationales dont Haïti est membre
(article 60 de la loi du 17 août 1979 créant la BRH).
actionnaires. Son siège central, tel que le prévoit les statuts,
est installé aux États-Unis d’Amérique, État membre
détenant le plus grand nombre de parts.
Ses objectifs, selon l’article I des statuts, sont d’aider à la
reconstruction et au développement des territoires des États
membres en facilitant l’investissement des capitaux
consacrés à des fins productives…, de promouvoir les
investissements privés à l’étranger au moyen de garanties
ou de participations aux prêts et autres investissements
effectués par les fournisseurs de capitaux privés…, de
combiner les prêts accordés ou garantis par elle avec les
prêts internationaux d’autre provenance…, de conduire ses
opérations en tenant dûment compte des répercussions
économiques des investissements internationaux dans les
territoires des États membres.
L’adhésion au FMI est une condition sine qua non pour
devenir membre de la BIRD. De même, si un État n’est plus
membre du FMI, il cesse d’être membre de la BIRD à
moins que la majorité de 3/4 de la totalité des voix n’en
décide autrement. C’est le Conseil des Gouverneurs qui
décide de l’admission d’un nouveau pays. L’adhésion à la
banque oblige l’État membre à souscrire des parts du capital10
dont le nombre est périodiquement ajusté de manière à tenir
compte du statut et du poids économique international de
l’État en question. La souscription détermine le nombre de
voix dont un pays peut se prévaloir lors des votes éventuels.
Les parts sont émises au pair et ne peuvent pas être mises en
gage, ni grevées de charges quelconques; elles ne peuvent être
cédées qu’à la banque. 20 % des actions sont versées lors de
la souscription; 80 % peuvent être appelées par la banque
lorsqu’elle en aura besoin pour faire face à ses obligations11.
Afin de favoriser une gestion efficace de la banque, les États
délèguent leurs pouvoirs de décision à deux organes de
contrôle : le Conseil des Gouverneurs (assemblée générale)
et les Administrateurs (conseil d’administration).
Le Conseil des Gouverneurs
Le Conseil des Gouverneurs, investi de tous les pouvoirs de
la banque, est nommé par les membres pour un mandat de
cinq ans renouvelable12. Il est composé d’un Gouverneur et
10 En 1952, la souscription d’Haïti s’élevait à 10 millions de gourdes, dont 2 % en dollars
américains; 18 % en gourdes, sous forme d’obligations à vue non productives d’intérêts émises
par la BNRH à l’ordre de la BIRD; et 80 % non versé, représentant la garantie solidaire de
tous les membres conformément à la Section 6 (ii) de l’article II des statuts de la banque. Au
30 septembre 2002, la souscription d’Haïti s’élèvait à 128,7 millions de dollars des États-Unis
d’Amérique, elle a versé 5,4 millions de dollars des États-Unis d’Amérique. Haïti détient ainsi
0,07 % du total des actions de la banque ce qui correspond à 0,08 % du total des droits de vote.
11 Cela ne s’est jamais produit.
12 Il faut souligner que le Gouverneur et/ou le suppléant désignés par un membre peuvent
changer au cours du mandat puisqu’il s’agit soit du Ministre des Finances soit du Gouverneur
de la banque centrale.
11
Bulletin des Affaires Juridiques
d’un suppléant, nommés par chaque État membre13. C’est
cet organe seul qui peut :
admettre les nouveaux membres et fixer les conditions
régissant leur admission ;
suspendre un membre ;
augmenter ou réduire le capital social ;
conclure des accords avec des organisations internationales ;
statuer sur les recours exercés contre les interprétations
statutaires données par les Administrateurs ;
décider de suspendre de façon permanente les opérations
de la banque et répartir les avoirs. La répartition des
revenus nets de la banque est déterminée par l’assemblée
générale après constitution des réserves spéciales, virement
à la réserve générale et distribution14 aux États membres.
Le Conseil des Gouverneurs se réunit au moins une fois par
an. Des réunions peuvent être convoquées par les
Administrateurs sur la demande de cinq membres ou par
des membres détenant 1/4 de la totalité des voix attribuées.
Il ne suffit que des États-Unis et de deux autres pays
comme le Japon et la France pour convoquer une réunion
de l’assemblée générale. Les États-Unis et le Japon à eux
seuls détiennent 24,28 % de la totalité des voix attribuées.
Le Président de la banque prend part à ces réunions sans
droit de vote. Le quorum requis pour toute réunion du
Conseil des Gouverneurs est la majorité des deux tiers au
moins du total des voix attribuées. Chaque membre dispose
de 250 voix avec 1 voix additionnelle pour chaque action
détenue par lui. Toutefois, il peut être institué une procédure
permettant aux Administrateurs d’obtenir, sur une question
déterminée, un vote des Gouverneurs sans réunir le Conseil
des Gouverneurs.
Les Administrateurs
Ce sont les Administrateurs (conseil d’administration) par
contre qui ont la responsabilité de la conduite des opérations
générales de la banque par délégation de pouvoir de
l’assemblée générale. Ils sont au nombre de 24, nommés ou
élus tous les deux ans. Selon les statuts, les cinq plus grands
actionnaires (États-Unis, Japon, Allemagne, France et
Royaume-Uni) ont la possibilité de désigner leurs représentants,
les 19 autres administrateurs sont élus par les Gouverneurs
13 Haïti y est représentée par le Ministre de l’Économie et des Finances à titre de Gouverneur,
et par le Gouverneur de la BRH à titre de suppléant.
14 En cas de distribution, chaque État membre recevra un versement non cumulatif de 2 % au
maximum, par priorité sur toute répartition d’un exercice, calculé sur l’encours moyen dans
l’année des prêts effectués au titre de l’article IV, section 1(a) (I), avec la monnaie correspondant
à sa souscription. Quand ce versement prioritaire atteindra 2 %, tout solde restant à répartir sera
attribué à tous les États membres au prorata de leurs parts. Les paiements dus à chaque État
membre seront effectués dans sa propre monnaie, ou, si cette monnaie n’est pas disponible,
dans une autre monnaie agréée par lui….. (Article V, Section 14, Statuts de la BIRD).
12
de cent soixante dix-huit pays15 et sont répartis en dix-neuf
groupes, néanmoins certains groupes ne comptent qu’un
seul pays (Chine, Arabie Saoudite, Russie). Le conseil
d’administration se réunit aussi fréquemment que l’exige la
conduite de la banque16. Le président de la banque prend
part aux réunions des Administrateurs, sans droit de vote,
sauf en cas de partage égal des voix, auquel cas sa voix est
prépondérante. Le quorum requis est la majorité des
Administrateurs ayant au moins la moitié des voix attribuées.
De plus, chaque administrateur nommé disposera du nombre
de voix attribuées à l’État membre l’ayant nommé. Chaque
administrateur élu disposera du nombre de voix ayant
compté pour son élection. Tout administrateur usera en bloc
des voix dont il disposera.17 C’est à eux que revient la
charge de choisir le Président de la banque et de nommer
des comités, le cas échéant.
Le Président
Le Président de la banque, qui n’est ni un Gouverneur ni un
Administrateur ni l’un des suppléants, est « le chef des services
de la banque et gère les affaires courantes suivant les
instructions des Administrateurs. Sous le contrôle général
des Administrateurs, il organisera tous les services, nommera
et révoquera les agents supérieurs et subalternes»18.
L’assemblée générale fixe les conditions de son contrat19
dont la durée est de cinq ans, néanmoins il peut être révoqué
sur décision du conseil d’administration. Il est assisté par
des directeurs généraux et des vices-présidents qui
supervisent les départements sectoriels et régionaux de la
banque.
En fait, l’organisation de la banque s’apparente à celle de
n’importe quelle société de capitaux. Il importe cependant
de soulever la question des droits des actionnaires minoritaires.
Concrètement le pouvoir à la banque reste aux mains des
pays riches puisque le nombre de voix détenues dépend du
niveau économique de chaque État membre. Les cinq plus
grands actionnaires détiennent 37,49 % du total des voix
dont 16,45 % pour les États-Unis seulement. Ainsi, ce
15 Haïti est représentée par la Colombie à titre d’administrateur et par le Brésil à titre de
suppléant. Le groupe comprend les pays suivants: Brésil, Colombie, République Dominicaine,
Équateur, Haïti, Panama, Philippines, Surinam, Trinité et Tobago.
16 Il est intéressant d’attirer l’attention sur le silence des statuts quant à la procédure de
convocation du conseil d’administration, instance la plus importante de la banque. Qui peut
convoquer ? Qui et comment fixe-t-on l’ordre du jour ? Les membres ont-ils accès aux
procès-verbaux de réunion ?
17 Article V, Section 4 (g), Statuts de la BIRD.
18 Article V, Section 5 (b), Statuts de la BIRD.
19 Il n’existe pas de procédure spécifique relative à la nomination du Président. Aussi, deux
groupes de travail composés des administrateurs de la BM et du FMI respectivement, se sont
penchés sur ce problème en juillet 2000, ont révisé les procédures de sélection de candidats et
ont produit un rapport pour approbation aux deux institutions financières. Il faut souligner que
le président de la banque a toujours été de nationalité américaine.
Bulletin des Affaires Juridiques
dernier dispose d’un droit de veto bien que la majorité des
décisions soient prises sur le mode du consensus.
L’exemple le plus patent est celui de la procédure
d’amendements des statuts qui requiert une majorité de 3/5
des États membres (soit 109 pays sur 183) détenant 85 %
des voix attribuées. Or, en mettant de côté les actionnaires
majoritaires, les 178 membres restant ne détiennent que
62,51 % des voix attribuées. Dès lors, si le groupe des cinq
et plus particulièrement les États-Unis refusent cet amendement,
il est impossible de porter les modifications proposées.
Retrait
Par ailleurs, l’État qui accepte d’adhérer aux statuts et aux
principes établis par la banque peut décider de n’en être
plus membre mais aussi peut être suspendu ou exclu par les
autres membres.
Structure financière
Suspension
La suspension d’un membre est une décision prise à la
majorité des Gouverneurs détenant la majorité de la totalité
des voix. Cette mesure, valable pendant un an à partir de la
date de la suspension, est prise au cas où le membre ne
remplirait pas l’une de ses obligations envers la banque.
Tous ses droits sont suspendus, sauf le retrait. Le membre
continue à assumer toutes ses obligations envers la banque
(remboursement de prêts ou de garanties souscrites). Il perd
automatiquement la qualité de membre un an après la date
de sa suspension à moins qu’une décision de réhabilitation
ne soit prise à la même majorité suscitée. Cependant,
aucune indication n’est fournie dans les statuts quant aux
motifs de suspension des membres. Quelles sont donc les
obligations dont le non respect par l’État membre peut
entraîner la suspension à titre de sanction? Quels sont les
recours de l’État membre? Il est tout simplement prévu que
tout désaccord entre la banque ou un ex-membre, ou un
membre durant la période de « suspension permanente des
opérations de la banque », sera soumis à l’arbitrage. Outre
cela, toute interprétation des statuts opposant les membres
entre eux ou à la banque est soumise par devant le conseil
d’administration. Au cas où l’État membre n’est pas satisfait
de la décision des Administrateurs, il peut avoir recours au
Conseil des Gouverneurs dont la décision est sans appel.
Le retrait de la BIRD est volontaire20 et prend effet dès
réception d’un avis écrit au siège central de la banque. Bien
qu’il perd sa qualité de membre, l’État sera tenu de ses
obligations (remboursement de prêts et de garanties
souscrites). La banque prendra toutes les dispositions
nécessaires pour racheter les actions du membre à titre de
règlement partiel des comptes du gouvernement à la valeur
au livre de la banque et dans des conditions prévues par les
statuts.
La BIRD est une institution financière cotée AAA, ce qui
correspond à la meilleure qualité de crédit, dont les
ressources proviennent des marchés financiers et de ses
fonds propres.
La banque achète et émet des obligations dans toutes les
devises sur l’ensemble des marchés financiers. Elle investit
dans des obligations émises par les gouvernements, dans
des dépôts à terme, des contrats de report et dans tous types
d’instruments financiers dérivés. La plus grosse part de son
passif21, à peu près 83 %, est constituée par des emprunts.
Son actif est composé à environ 91 % de prêts et de placements.
Pour atteindre ses objectifs, la banque utilise deux grands
instruments d’intervention auprès de ses membres: des
prêts et des garanties, renforcés par les services de conseil
et l’assistance technique.
Prêts
Les prêts22 peuvent être classés en deux grandes catégories:
a) les projets d’investissements, représentant entre 75 à 80 %
du portefeuille de prêts de la banque (prêts d’investissement,
prêts sectoriels, prêts au développement), couvrant les projets
relatifs à la réduction de la pauvreté, au développement
rural, l’eau, la santé, et l’éducation; et b) les programmes
d’ajustement devant accompagner les membres dans la mise
en œuvre des réformes financières, économiques ou
structurelles, comptant pour 20 à 25 % des prêts de la
banque. Au cours de l’exercice qui s’est achevé le 30 juin
20 La Pologne se retira de la BIRD le 14 mars 1950 après avoir été admise en janvier 1946.
Elle rejoignit la banque le 27 juin 1986. La Tchécoslovaquie se retira de la banque le
31 décembre 1955 et la rejoignit le 20 septembre 1990. La République Dominicaine se retira
également de la banque le 1er décembre 1960 pour la réintégrer le 18 septembre 1961.
21 Le total des engagements de la BIRD s’élève à 195,432 millions de dollars des États-Unis
d’Amérique du Nord sur un passif de 227,745 millions de dollars. Ces capitaux propres sont
de l’ordre de 32, 313 millions de dollars. Il faut souligner que la portion de capital souscrit et
non encore appelé est de 178,029 millions de dollars. In Rapport annuel 2001 Banque
Mondiale.
22 Haïti est éligible aux crédits concessionnels de l’AID. Sa créance auprès de la BM
représente 41 % du total de la dette externe d’Haiti.
13
Bulletin des Affaires Juridiques
2001, elle a engagé plus de 17 milliards de dollars pour
financer 91 projets dans 36 pays. La banque aide par
ailleurs ses membres à trouver du financement auprès
d’autres sources. Des dons peuvent être octroyés à titre de
capital d’amorçage pour des projets pilotes. Une réserve
spéciale constituée à partir des commissions perçues par la
banque a été établie pour faire face aux obligations de la
banque en cas de défaut de paiement de ses débiteurs.
La banque prête directement aux pays à revenu intermédiaire
(voir encadré sur la classification des pays). C’est le
Conseil des Administrateurs qui, en début d’exercice,
approuve le programme des emprunts de la BIRD en
agréant l’enveloppe globale des emprunts et en fixant les
paramètres auxquels le programme doit se conformer. Les
conditions des prêts et leurs modalités sont précisées dans
un Accord de Prêt. Des directives s’appliquent aussi lors de
la passation des marchés de fournitures et de travaux requis
pour un projet. Même si l’emprunteur est responsable de
l’exécution d’un projet, la banque veille à ce que certains
principes soient respectés. Les procédures de passation des
marchés de l’emprunteur, le dossier d’appel d’offres,
l’évaluation des offres, les recommandations d’attribution
du marché ainsi que le contrat sont examinés par la banque.
L’appel d’offres peut être international, restreint ou national
dépendamment de l’efficacité et de l’économie de la procédure.
En ce qui a trait aux décaissements, la responsabilité de
paiement incombe à l’emprunteur qui achemine une
requête à la banque en joignant à sa demande toutes les
pièces prouvant que l’utilisation des fonds est conforme
aux dispositions de l’accord de prêt. Suivant le document
intitulé « Directives de passation des marchés financés par
les prêts de la BIRD et les crédits de l’AID », des fonds peuvent
être décaissés i) pour rembourser à l’emprunteur des
paiements déjà effectués sur ses propres ressources, ii)
pour payer directement les sommes dues à un tiers…, ou iii)
à une banque commerciale pour des dépenses au titre d’un
engagement spécial de la Banque Mondiale couvrant un
crédit documentaire d’une banque commerciale. En fait,
deux procédures sont utilisées pour les décaissements : la
formule des Relevés de dépenses et celle des Comptes spéciaux.
La banque se charge d’ouvrir un compte au nom de l’emprunteur
et le montant de l’emprunt est crédité à ce compte dans la
(es) monnaie(s) du contrat d’emprunt. L’emprunteur ne sera
autorisé par la banque à tirer sur ce compte que pour faire
face aux dépenses liées au projet, au fur et à mesure
qu’elles seront réellement effectuées.
Par principe, la BIRD ne participe à aucun moratoire ou
14
rééchelonnement de ses prêts. En 1991, la BIRD a décidé
que tout retard de paiement de la part d’un État débiteur,
supérieur à trente jours, se verrait sanctionné par la mise en
suspens de l’approbation finale des prêts nouveaux et par la
perte des remises éventuelles consenties sur les commissions
et taux. De plus, si l’État membre n’est pas l’emprunteur,
celui-ci ou sa banque centrale ou l’organisme agréé par la
banque doit garantir intégralement le remboursement du
principal et le service des intérêts et autres charges
afférentes au prêt, dès que le projet doit être réalisé sur le
territoire de l’État membre. Les prêts sont remboursables
sur 12 à 20 ans avec un délai de grâce de 3 à 5 ans. Les taux
d’intérêts appliqués sont basés sur le coût des emprunts.
Les conditions et modalités applicables aux commissions
prélevées sur les prêts dont les fonds ont été obtenus sur le
marché d’un État membre sont fixées par la banque. Selon
l’article III, section 4 (ii) la banque doit acquérir la conviction
que, eu égard à la situation du marché, l’emprunteur ne
pourrait autrement obtenir le prêt à des conditions qui, de
l’avis de la banque, seraient raisonnables pour l’emprunteur.
La banque s’assure aussi que le produit du projet est
exclusivement consacré aux objets pour lesquels il a été
accordé.
Garanties
La banque a recours à deux types de garanties : les garanties
partielles des risques souverains pour couvrir le risque de
défaut de paiement du service de la dette et les garanties
partielles du risque de crédit qui visent les projets du
secteur privé. Ces garanties sont réalisables sur simple
demande du bénéficiaire. En rémunération de sa garantie la
banque prélève plusieurs types de commissions : commission
d’attente (0,25 % par an sur la valeur actualisée du montant
couvert à la date à laquelle la garantie devient exécutable);
commission de garantie (0,40 % par an à 1 % de l’encours
du prêt couvert). Pour certains projets la banque prend des
commissions de montage, d’initiation et d’encadrement du
projet. En fait, la garantie de la banque ne vise que les
nouveaux investissements et le gouvernement du pays
d’accueil doit accepter de rembourser la banque en cas de
réclamation .
Conclusion
On ne saurait terminer ce survol rapide du Groupe de la
Banque Mondiale sans s’arrêter sur les perspectives pour
Haïti.
Suite à la dernière évaluation de l’assistance effectuée par
le Département d’Evaluation des Opérations de la BM en
Bulletin des Affaires Juridiques
février 2002, il appert que depuis 1997 aucun projet n’a été
approuvé dans le cadre de l’aide au développement à Haïti.
Durant l’exercice fiscal 2000, la BM a même décidé le
retrait de son représentant résident en Haïti, à présent c’est
celui de la République Dominicaine qui participe aux
réunions des autres banques de développement.
Le réengagement de la BM en Haïti devrait se matérialiser
sous la forme d’un support stratégique transitionnel
conditionné par une réforme institutionnelle, une stabilité
macro-économique, et la résolution de la crise politique. En
réalité, il ressort de cette évaluation que la gouvernance
constitue l’un des obstacles majeurs à l’assistance de la BM
en Haïti.
Tableau 1: Prêts par secteur 23 / Exercice 2001
Total des prêts: USD 17,3 milliards
Classification des Pays
Aux fins opérationnelles, les 183 pays membres de la
BM sont classés selon leur revenu annuel par habitant.
Cependant pour des fins analytiques, une classification
par a) zones géographiques, il en existe six qui sont
l’Asie de l’Est et le Pacifique, l’Europe et l’Asie
Centrale, L’Amérique latine et la Caraïbe (Haïti), le
Moyen Orient et l’Afrique du Nord, l’Asie du Sud et
l’Afrique Subsaharienne, et b) niveau d’endettement
(Haïti fait partie des pays modérément endettés) est
également utilisée par la BM. Le classement institué sur
la base du revenu annuel par habitant est éclaté en trois
grands groupes : revenu faible (745 $ ÉU ou moins),
revenu intermédiaire (746 - 9,205 $ÉU), revenu élevé
(9 206 $ ÉU ou plus). Haïti fait partie des pays à faibles
revenus. Une révision de ces classifications est effectuée
chaque année au 1er juillet.
25%
Développement humain
21%
Infrastructure
Finances et développement du secteur privé 16%
Agriculture et environnement
13%
12%
Gestion du secteur public
4%
Politique économique
Développement urbain
2%
7%
Autres
Tableau 2: Prêts par région / Exercice 2001
BIRD et AID
Amérique latine & Caraïbes
Afrique
Asie de l’Est & Pacifique
Asie du Sud
Europe & Asie
Moyen-Orient & Afrique du nord
30%
20%
19%
19%
16%
3%
23 Source : Rapport annuel 2001 de la Banque Mondiale
15
Bulletin des Affaires Juridiques
L’Association Internationale de Développement (AID)
Organisation et administration
Créée en 1960, l’AID est une association de 162 États membres régie par des statuts. Elle a pour objectifs24 “d’encourager
le développement économique, d’accroître la productivité et, partant, d’élever les niveaux d’existence dans les régions
les moins avancées du monde […] en leur fournissant notamment […] des moyens financiers à des conditions plus souples
et d’un poids moins lourd sur la balance des paiements que celles de prêts consentis selon des formules classiques,
aidant ainsi la BIRD à atteindre ses objectifs de développement en complétant ses activités”.
Sa structure organisationnelle est semblable à celle de la BIRD. Elle a un Conseil des Gouverneurs, des Administrateurs
et un Président. En fait, la banque et l’association ont le même personnel, les mêmes dirigeants, le même président et
les mêmes standards d’évaluation de projets. Leur différence réside uniquement dans la provenance de leurs ressources
et le profil de leurs emprunteurs.
Le Conseil des Gouverneurs détient tous les pouvoirs de l’association. C’est au Conseil qu’il revient d’admettre de
nouveaux membres, d’autoriser des souscriptions additionnelles, de suspendre un membre, de conclure des accords
internationaux, de suspendre les opérations de l’Association et de répartir ses actifs. Il se réunit annuellement, à
l’occasion de la réunion annuelle des Gouverneurs de la banque, ou encore sur convocation des Administrateurs.
Chaque membre dispose de 500 voix et d’une voix additionnelle par tranche de 5000 dollars de sa souscription initiale.
En général, toutes les questions soumises à l’association sont décidées à la majorité des voix exprimées.
Les Administrateurs sont chargés de la conduite des opérations générales de l’association. Par contre, c’est le Président
qui gère les affaires courantes de l’association. Il préside les réunions des Administrateurs et ne vote pas sauf en cas de
partage égal des voix. Il prend part également aux réunions du Conseil des Gouverneurs sans droit de vote.
Les États membres de l’Association25 sont forcément membres de la BIRD, mais non l’inverse. Ils sont répartis en deux
groupes :
1.
les Membres de la Première Partie (MPP) [États-Unis, Japon, Canada, Portugal, Espagne, etc.] contribuent au
ressources de l’AID et versent le montant total de leurs souscriptions en dollars américains ou en monnaies
convertibles librement utilisables et échangeables par l’AID dans le cadre de ses activités.
2.
Les Membres de la Deuxième Partie (MDP) [Algérie, Equateur, Chili, Mexique, Haïti, Hongrie, etc.] versent
10 % de leur souscription initiale en monnaies librement convertibles et les 90 % restant en leur propre monnaie
ou dans des monnaies librement convertibles.
Les rapports de l’AID avec la BIRD et les autres organismes internationaux sont déterminés par les statuts de l’association.
Il faut noter que l’association ne contracte pas d’emprunts auprès de la BIRD et ne lui consent pas de prêts. Toutefois,
l’association peut investir dans des obligations émises par la BIRD avec des capitaux dont elle n’a pas besoin pour ses
opérations de financement26 .
La procédure de retrait est semblable à celle de la banque. Tout membre suspendu ou qui cesse d’être affilié à la banque
est automatiquement suspendu ou non affilié à l’association. Lorsqu’il n’a plus la qualité de membre, le pays est tenu
de toutes les obligations financières qu’il a souscrites vis-à-vis de l’Association. Les mêmes procédures sont prévues
quant aux questions d’interprétation et de désaccord.
24 Article I, Statuts de l’AID.
25 Haïti ratifia les statuts de l’AID par décret du 4 juillet 1961 suite à la signature de l’accord le 13 juin 1961 (Le Moniteur #68 du 13 juillet 1961). Elle y détient 0,17 % du total des voix
correspondant à des contributions de l’ordre de 1 million de dollars des États-Unis d’Amérique du Nord.
26 Article VI, Section 6, Statuts de l’AID.
16
Bulletin des Affaires Juridiques
Structure financière
L’association n’a pas de capital social matérialisé par des parts sociales. Elle vit des souscriptions versées par ses membres.
À sa création, les souscriptions initiales atteignirent 912 millions de dollars des États-Unis d’Amérique, actuellement
elles sont de l’ordre de plus de 108 milliards de dollars des États-Unis d’Amérique. Des souscriptions additionnelles sont
déterminées par l’association par décision prise à la majorité des 2/3 du total des droits de vote. Les ressources de
l’Association sont reconstituées tous les trois (3) ans. La douzième reconstitution a porté sur 11, 6 milliards de dollars
des États-Unis d’Amérique. La banque peut également contribuer aux fonds de l’Association par son revenu net.
L’Association utilise comme moyen de financement les prêts (ou crédits) et les garanties.
L’AID est l’une des premières sources de financement des pays pauvres actuellement. Elle ne prête qu’aux pays à
faibles revenus annuels, soit moins de 885 $ ÉU par habitant, à des conditions concessionnelles. Néanmoins, le critère
déterminant est la performance du pays dans l’implémentation des politiques visant à la croissance économique et la
réduction de la pauvreté. À date, 80 pays27 sont éligibles aux crédits de l’AID. Les crédits accordés ne portent pas
d’intérêt et et sont remboursables sur 35 à 40 ans avec un différé d’amortissement de 10 ans. Les emprunteurs paient
une commission de 0,75 % du montant du prêt pour couvrir les frais administratifs. Dans des cas exceptionnels,
l’association peut ouvrir des crédits en devises destinés à régler des dépenses locales (Article V, Section 2 e, Statuts de
l’AID). Elle peut accepter d’assouplir ou de modifier les conditions auxquelles une fraction quelconque des moyens de
financement a été fournie.
L’association s’assure que les sommes provenant de ses prêts soient consacrées exclusivement aux objets pour lesquels
elles ont été accordées, compte tenu des considérations d’économie, de rendement et de concurrence commerciale
internationale, et sans laisser intervenir des influences et des considérations politiques ou extra-économiques.
Différents types de projet de développement sont financés plus particulièrement ceux relatifs à l’éducation, la santé,
l’eau, l’hygiène, sans négliger pour autant la protection de l’environnement, l’amélioration des conditions favorisant
l’investissement privé.
L’AID offre des garanties partielles des risques souverains dans ses pays membres. La garantie couvre jusqu’à 100 %
du principal et des intérêts d’une portion du crédit en cas de défaillance du débiteur liée à des événements politiques
ou à des décisions souveraines (rupture de contrat, risque de convertibilité, expropriation, etc.).
Outre les prêts et les garanties, l’association peut emprunter avec l’approbation de l’État membre dans la monnaie
duquel l’emprunt est libellé, acheter et vendre des titres émis ou garantis par elle, fournir de l’assistance technique et
des services consultatifs à ses membres.
27 En ce qui a trait au groupe de L’Amérique latine et de la Caraïbe, neuf pays sont éligibles aux prêts de l’AID. Il s’agit de la Bolivie, la Dominique, la Guyane, la Grenade, Haïti, Honduras,
le Nicaragua, Ste Lucie et St. Vincent. Dans cette région. l’AID finance surtout les projets sociaux incluant le support aux fonds d’investissement sociaux, l’éducation, les soins de santé, la
reconstruction suite aux désastres naturels, l’alimentation en eau, l’agriculture, le développement rural, ainsi que la réforme du secteur public et le développement du secteur privé. Il faut souligner
toutefois qu’Haïti n’a pas bénéficié de l’aide de l’AID depuis 1997.
17
Bulletin des Affaires Juridiques
La Société Financière Internationale (SFI)
Selon l’article 1 de ses statuts, la SFI28 a été créée en 1956 afin de «favoriser le développement économique en encourageant
l’extension des entreprises privées de production dans les pays membres, particulièrement dans les zones moins
développées, complétant par ainsi les activités de la BIRD».
Tout en ayant la même structure organisationnelle que la BIRD, la SFI est une entité indépendante et distincte de celle-ci.
Son fonctionnement est calqué sur celui de la BIRD. De même, l’adhésion à la SFI est corollaire à celle à la BIRD.
175 États y sont actionnaires avec un capital autorisé de USD 2,45 milliards. Cinq actionnaires29 disposent globalement
de 45,03 % des voix. Les organes de contrôle sont le Conseil des Gouverneurs qui délègue ses pouvoirs à un Conseil
d’Administration formé par les administrateurs de la BIRD. Chaque membre dispose de 250 voix avec une voix
additionnelle pour chaque action qu’il détient. C’est le président de la BIRD qui est statutairement le président du
Conseil d’Administration de la SFI et qui gère les opérations courantes de la société. Un Directeur Général est nommé
par le Conseil d’Administration sur recommandation du Président. Ce Directeur Général gère les affaires courantes de
la société et est chargé de l’organisation, la nomination et le licenciement du personnel.
Le retrait de la société est volontaire. Les membres qui ne sont plus affiliés à la BIRD perdent automatiquement la qualité
de membre de la société.
La SFI intervient de manière directe dans le financement30, surtout en accordant des prêts, en prenant des participations
au capital des entreprises concernées et accessoirement en prenant des engagements d’aide ou en participant à d’autres
produits financiers (garanties, swaps). Ses ressources proviennent du capital libéré par ses membres, des emprunts et
des bénéfices non distribués.
De manière indirecte, elle organise des syndications de prêts et de garanties d’émissions d’actions. Les prêts de la SFI
sont faits au taux du marché, la plupart à taux variable, une portion à taux fixe. Elle n’accepte pas de garanties
publiques. Les échéances des prêts peuvent aller de 2 à 15 ans et s’accompagnent d’un différé d’amortissement de
1 à 9 ans. La SFI limite sa participation sur les nouveaux projets à 25 % du coût total du projet et jusqu’à 35 % pour
un petit projet.
80 % des fonds nécessaires à ses activités sont empruntés sous forme de titres émis en souscription publique ou de
placements privés. 20 % sont empruntés à la BIRD. Ainsi, la société a la capacité de : i) financer des projets du secteur
privé dans des pays en développement; ii) aider des sociétés privées de pays en développement à mobiliser des capitaux
sur les marchés financiers internationaux; iii) offrir des conseils et une assistance technique aux entreprises et aux
gouvernements tels que la restructuration et la privatisation d’entreprises publiques, la préparation de plans d’entreprise,
l’identification de marchés, etc.
À partir de ces fonds, la SFI finance différents types de projets (infrastructure, industrie, services financiers, tourisme,
etc.). L’accès aux financements de la SFI est simple :
prise de contact directement avec la SFI;
évaluation technique, économique et financière du projet par la SFI;
rédaction des contrats par le département légal de la SFI en cas d’approbation;
approbation par le conseil d’administration de la SFI;
décaissements et supervision tout au long de l’exécution.
Les financements accordés vont aux petites et moyennes entreprises (PME), aux sociétés de crédit-bail, aux marchés
boursiers, aux établissements de micro-crédit, etc. Les critères de qualification d’un projet sont : a) exécution dans un
pays en développement membre de la SFI; b) exécution par le secteur privé; c) viabilité technique; d) bonne rentabilité; e)
retombée positive pour l’économie locale; f) viabilité sur le plan environnemental et social.
28 Haïti ratifia l’accord signé à Washington le 25 mai 1955 portant création de la SFI par décret du 16 août 1955 (Le Moniteur #97 du 27 octobre 1955) .
29 La souscription d’Haïti représente 0,03 % des parts correspondant à 0,4 % du total des voix.
30 Ces 15 dernières années, le total d’investissements effectués par la SFI en Haïti se chiffre à 0,6 million de dollars américains. En fait selon la Banque Mondiale, la conjoncture actuelle du
pays limite l’investissement privé et les opportunités d’assistance par la SFI. En 1994, la SFI a conseillé le gouvernement en matière de privatisation. Durant l’année fiscale 1998, la SFI a
réalisé une étude sur les institutions de micro-finance et a investi un capital de 0,4 million de dollars américains dans la société dénommée Micro Crédit National (MCN). De plus, en 1994,
deux projets d’assistance technique visant le secteur des assurances ont été mis sur pied.
18
Bulletin des Affaires Juridiques
L’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (AMGI)
Créée en 198831, l’AMGI a pour objectifs “d’encourager les flux d’investissement à des fins productives entre les États
membres, en particulier vers les États membres en développement, complétant ainsi les activités de la Banque
Internationale pour la Reconstruction et le Développement, de la Société Financière Internationale et d’autres institutions
internationales de financement du développement”. Elle est une entité juridique distincte de la BIRD avec 154 États
membres. Pour pouvoir y adhérer l’État membre doit souscrire au moins cinquante actions32 dont le paiement est effectué
sur la valeur du DTS en dollars des États-Unis d’Amérique. La démission d’un membre est volontaire mais conditionnée
à une période de trois années à compter de la date à laquelle la Convention est entrée en vigueur à son égard.
L’Agence est dotée d’un Conseil des Gouverneurs, d’un Conseil d’Administration, d’un Président et d’un personnel.
C’est la même structure organisationnelle que la BIRD. Par contre, le Président de la banque est d’office celui du
Conseil d’Administration qui comprend au moins 12 administrateurs et, sur sa proposition, les Administrateurs
nomment le Président de l’Agence.
Pour atteindre ses objectifs, l’Agence tire les ressources nécessaires de ses fonds propres et délivre ainsi des garanties33,
y compris par des opérations de coassurance et de réassurance, contre les risques non commerciaux pour les investissements
d’États membres dans un autre État membre. L’Agence détermine avec l’investisseur, qui peut être une personne
physique ou morale, la couverture adaptée aux risques spécifiques liés au projet qui doit remplir les critères préétablis
par l’Agence. Ainsi quatre grands types de risques sont couverts :
a)
b)
c)
d)
le risque de transfert : AMGI couvre les pertes consécutives à l’impossibilité temporaire ou non de convertir
en devise ses avoirs en monnaie nationale ainsi que les pertes intervenant à la suite d’une décision du pays
d’accueil, des modifications législatives et réglementaires sur le contrôle des changes. Par contre, les risques
de change ne sont pas couverts par l’AMGI.
le risque d’expropriation (limitation de propriété, nationalisation, confiscation, etc.).
le risque de rupture du contrat : l’investisseur assuré ne dispose pas de voie de recours contre une telle décision
prise par le pays d’accueil.
conflits armés et troubles civils (dégâts matériels, distribution ou disparition des actifs corporels causés par la
révolution, le coup d’état, les actes de sabotage, le terrorisme). Le remboursement est fait à la valeur comptable
des actifs.
L’Agence peut également conclure des accords avec des assureurs privés d’un État membre pour développer ses propres
opérations et encourager ces assureurs à offrir une couverture contre des risques non commerciaux dans les pays membres
en développement aux mêmes conditions appliquées par l’Agence.
Par ailleurs, dans le but de promouvoir les flux d’investissement, l’Agence effectue des recherches et diffuse des
renseignements sur les possibilités d’investissement dans les États membres en développement. Elle fournit, en outre,
à ceux qui le lui demandent, une assistance technique et des conseils pour les aider à améliorer le climat de l’investissement
sur leur territoire.
31 Haïti ratifia la Convention portant création de l’AMGI par décret du 17 mai 1995 (Le Moniteur # 50 du 29 juin 1995).
32 Haïti possède 75 actions équivalant à 0,75 million de DTS, soit 0,06 % du total des souscriptions.
33 Jusqu’à date, l’AMGI n’a pas émis de garanties, ni fourni d’assistance technique à Haïti
19
Bulletin des Affaires Juridiques
Le Centre International pour le Règlement des Differends relatifs aux
Investissements (CIRDI)
Issu d’un traité multilatéral entré en vigueur le 14 octobre 1966,34 le Centre a pour objet «d’offrir des moyens de
conciliation et d’arbitrage pour régler les différends relatifs aux investissements opposant des États contractants à des
ressortissants d’autres États contractants» (article 1, Convention). Le fonctionnement du Centre est régi non seulement
par la Convention mais encore par un ensemble de règlements (un règlement administratif et financier, un règlement
d’introduction des instances, un règlement d’arbitrage, un règlement de conciliation). Son siège est statutairement celui
de la BIRD.
Les 134 membres ont délégué leurs pouvoirs à un Conseil Administratif composé d’un représentant de chaque État
contractant. C’est le Gouverneur et le Gouverneur Suppléant de la banque qui remplissent de plein droit les fonctions
de représentant et de suppléant. Le Président de la BM est nommé d’office Président de ce Conseil, sans avoir le droit
de vote. C’est le Conseil Administratif qui adopte les différents règlements, le budget annuel du Centre, etc. Toutes les
questions soumises au Conseil sont résolues à la majorité des voix exprimées. Il peut être convoqué soit par le
Président, soit par le Secrétaire Général sur la demande d’au moins cinq membres du Conseil, mais tient une session
annuelle.
Le Centre se compose aussi d’un Secrétariat qui comprend le Secrétaire Général, un ou plusieurs Secrétaires Généraux
adjoints et le personnel. Le Secrétaire Général, élu pour une période de six ans renouvelable sur recommandation du
Président de la BM, représente légalement, dirige et administre le Centre. Il remplit la fonction de greffier et authentifie
les sentences arbitrales rendues dans le cadre de la Convention. Chaque État peut désigner quatre personnes pour figurer
sur la liste des conciliateurs et la liste des arbitres. Ces désignations sont faites pour des périodes de six ans renouvelables.
En ce qui a trait au financement du Centre, l’article 17 de la Convention stipule : “Si les dépenses de fonctionnement
du Centre ne peuvent être couvertes par les redevances payées pour l’utilisation de ses services ou par d’autres sources
de revenus, l’excédent sera supporté par les États contractants membres de la Banque [BIRD] proportionnellement à
leur souscription au capital de celle-ci et par les États qui ne sont pas membres de la Banque conformément aux règlements
adoptés par le Conseil Administratif.”
34 Haïti a signé la Convention le 30 janvier 1985 mais ne l’a pas encore ratifiée. Néanmoins, elle a signé des traités bilatéraux avec par exemple, les États-Unis d’Amérique du Nord, le Royaume
Uni, la France, l’Allemagne.
20
Bulletin des Affaires Juridiques
La Banque Interaméricaine de Développement (BID)
Alix Sandra Thomas
U
ne quinzaine d’années après les accords de Bretton
Woods qui ont donné lieu à l’établissement du
Fonds Monétaire International (FMI) et de la
Banque Mondiale, les États américains ont décidé de créer
leur propre organisme de coopération financière régionale
qui se consacrerait aux problèmes pressants des pays de la
région. C’est ainsi qu’en 1959, le plus ancien et le plus
important des organismes financiers régionaux, la Banque
Interaméricaine de Développement (BID), vit le jour.
territoires les principes énoncés relatifs au statut juridique,
aux immunités, exemptions et privilèges de la BID. Les
États sont tenus d’informer la banque de tout ce qui aura été
réalisé à cet effet.
La BID en tant qu’organisation
internationale
D’un point de vue structurel, le Groupe de la BID comprend,
outre la Banque elle-même, deux autres institutions: la
Société Interaméricaine d’Investissement (SII) et le Fonds
d’Investissement Multilatéral (FIM).
En vertu de l’article XI de ses statuts, la BID possède la
personnalité juridique1 et peut valablement contracter,
acquérir et disposer des biens meubles et immeubles, ester
en justice et engager des procédures administratives. Du fait
de sa personnalité juridique, la BID peut être tenue responsable
du fait des comportements illicites qui lui sont imputables.
En tant que personne morale du droit international, la BID
jouit de
privilèges et d’immunités, dans les limites de ses
compétences et sur les territoires de chacun de ses pays
membres.
Ainsi, les biens et autres actifs de la BID sont insaisissables,
en quelque lieu qu’ils se trouvent et quels qu’en soient les
détenteurs. De même, les Gouverneurs, Directeurs Exécutifs,
Suppléants, hauts fonctionnaires et employés de la BID
bénéficient d’une immunité en ce qui concerne les poursuites
judiciaires et administratives en raison des actes accomplis
dans l’exercice de leur fonction, à moins que la BID elle-même
ne lève cette immunité. Lorsque les membres du personnel de
la BID exercent leurs fonctions dans un pays dont ils ne
sont pas ressortissants, ils sont dispensés de toute formalité
d’enregistrement des étrangers et jouissent de toutes les autres
immunités et facilités accordées aux représentants, fonctionnaires
et employés de rang comparable des autres pays membres.
Une immunité fiscale est également reconnue à la BID en ce
qui a trait à ses revenus, ses biens et autres actifs, les transactions
et opérations qu’elle réalise, et aussi en ce qui concerne les
traitements et émoluments versés aux membres de son personnel
qui ne sont pas des citoyens ou ressortissants de pays où la
Banque maintient son siège social ou ses agences.
Pour s’assurer que ces immunités sont effectives et respectées,
les Statuts prévoient que chaque pays membre prendra,
conformément à sa législation interne, toutes les mesures
nécessaires en vue d’appliquer dans la limite de ses propres
1 Pour une présentation des caractéristiques générales des organisations financières
internationales et leurs limites, voir l’article de Charles Castel, page 3 et suivantes du présent
bulletin.
Le siège de la BID est à Washington, District de Columbia,
aux États-Unis, conformément aux dispositions de l’article
XIV de l’Accord Constitutif de la BID.
Le Groupe de la BID
La SII, créée en 1986, a pour objet de «stimuler le développement
économique de ses pays membres régionaux en développement,
en encourageant la création, l’expansion et la modernisation
d’entreprises privées, de préférence petites et moyennes, de
façon à compléter les activités de la BID.»
Le FIM, créé en 1993, a pour objectif de promouvoir les réformes
liées aux investissements et de stimuler le développement du
secteur privé.
Objectif et attributions de la BID
La BID a pour objectif, selon le vœu de ses États membres,
de « contribuer à l’accélération du processus de développement
économique et social, individuel et collectif, des pays en
voie de développement de la région qui en sont membres ».
Pour atteindre ses objectifs, la BID est investie des attributions
suivantes, définies à l’article I, section 2 de son accord
constitutif :
a) favoriser l’investissement des capitaux publics et privés
à des fins de développement;
b) utiliser pour financer le développement des pays membres
son propre capital, les fonds obtenus des marchés financiers
et les autres ressources dont elle pourra disposer...;
c) encourager les investissements privés dans les projets,
les entreprises et les activités qui contribueraient au
développement économique, apporter le complément de
fonds indispensables aux investissements des particuliers...;
d) coopérer avec les pays membres en vue d’orienter leur
politique de développement vers une meilleure utilisation
de leurs ressources d’une manière compatible avec les
objectifs visant à rendre leurs économies de plus en plus
complémentaires et à imprimer à leur commerce extérieur
un accroissement ordonné;
e) fournir l’assistance technique en vue de la préparation,
21
Bulletin des Affaires Juridiques
du financement et de l’exécution des plans et projets de
développement, assistance comprenant l’étude des
priorités et la présentation des propositions touchant
des projets spécifiques.
Pays membres
À l’origine, la BID comptait 21 membres, à savoir des pays
de l’Amérique latine et de la Caraïbe, et les États-Unis2.
Dès le début, elle a établi des liens avec des pays industrialisés
en dehors du continent américain et en 1974, la signature de
la Déclaration de Madrid a permis l’intégration de ces pays
au sein de la BID. Ainsi, de nos jours, l’effectif des pays
membres de la BID s’élève à 46, dont 16 États européens.
Les membres de la BID sont3:
a) des États du continent américain et de la Caraïbe :
l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, Belize, la
Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le
Costa Rica, l’Équateur, les États-Unis, le
Guatemala, la Guyane, Haïti4, le Honduras, la
Jamaïque, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le
Paraguay, le Pérou, la République Dominicaine, le
Salvador, le Surinam, Trinité et Tobago, l’Uruguay et
le Venezuela;
b) Les États européens : l’Allemagne, l’Autriche, la
Belgique, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, la
Finlande, la France, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas,
le Portugal, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Suède, et
la Suisse;
c) les autres États : l’Israël et le Japon.
Ces pays peuvent être divisés en membres emprunteurs,
soit 26 pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe et en
membres non emprunteurs, à savoir les États-Unis, le
Canada, le Japon, l’Israël et les 16 États européens.
Les Instances organisationnelles de la BID
La structure interne de la BID reproduit celle d’une société
de capitaux. Sur le plan organisationnel, la BID comprend
donc une Assemblée générale constituée par l’Assemblée
2 Cuba était l’un des membres fondateurs de la BID, mais ne fait plus partie de cette institution.
Il semble que l’absence de Cuba au sein de la BID résulte de son exclusion en tant que membre
de l’Organisation des États Américains (OEA) survenue en 1962 et à l’occasion de laquelle
les autres pays membres de l’OEA ont interdit à Cuba de participer au système inter-américain.
3 Les États fondateurs de la BID sont en caractères gras.
4 Le décret du 28 août 1959, publié dans le Moniteur # 98 du 28 septembre 1959, autorise
Haïti à devenir membre de la BID et désigne la Banque Nationale de la République d’Haïti
(BNRH) comme dépositaire de la BID en Haïti. La BRH, créée par la loi du 17 août 1979,
en sa qualité de successeur de la BNRH, assure le rôle de dépositaire pour Haïti.
22
des Gouverneurs, un Conseil d’administration appelé
Conseil des Directeurs Exécutifs, un Président soit l’équivalent
de tout PDG de société anonyme, un Vice-Président
Exécutif et un Vice-Président en charge du Fonds des
Opérations Spéciales (instance concessionnelle de la BID)
et l’ensemble de son personnel dirigeant, technique et administratif
( article VIII ).
L’Assemblée des Gouverneurs
La plus haute instance décisionnelle de la BID est
constituée par l’Assemblée des Gouverneurs, composée
d’un Gouverneur et d’un Suppléant désignés par chaque
pays pour un mandat de cinq ans5. En règle générale, ce
Gouverneur est soit le Ministre des Finances du pays, soit le
Gouverneur de la Banque Centrale ou tout autre cadre ayant
un rang comparable6.
Tous les pouvoirs de la BID sont dévolus à l’Assemblée des
Gouverneurs; celle-ci peut les déléguer au Conseil des
Directeurs, sauf lorsqu’il s’agit de :
l
admettre de nouveaux membres et fixer les conditions
de leur admission;
l
augmenter ou réduire le capital ordinaire autorisé de la BID
et les contributions au Fonds des Opérations Spéciales;
l
élire le Président de la BID et fixer sa rémunération;
l
prononcer la suspension d’un membre;
l
fixer la rémunération des Directeurs Exécutifs et de
leurs suppléants;
l
connaître et statuer en appel sur les interprétations de
l’Accord Constitutif de la BID faites par le Conseil des
Directeurs Exécutifs;
l
autoriser la conclusion d’accords de caractère général
en vue de collaborer avec les autres organismes internationaux;
l
approuver, après avoir pris connaissance du rapport de
vérification des comptes, le bilan général et l’état des
pertes et profits de l’institution;
l
déterminer les réserves et fixer la répartition des bénéfices
nets des ressources ordinaires de capital et du Fonds;
l
engager par contrat les services d’experts comptables
étrangers à l’institution pour vérifier et certifier le bilan
général ainsi que les états de pertes et profits de l’institution;
l
amender l’Accord Constitutif;
l
décider de mettre fins aux opérations de la BID et faire
la distribution de l’actif.
5 Ce mandat de 5 ans n’est pas tout à fait respecté, dans la mesure où un Gouverneur désigné
occupe un poste politique dans son pays (membre de Gouvernement ou Gouverneur d’une
banque centrale). Son maintien ou son retrait en tant que Gouverneur de la BID est donc fonction
des changements de gouvernement intervenus sur le plan interne, puisque c’est le détenteur du
poste qui est désigné et non la personne elle-même.
6 Le Gouverneur désigné pour Haïti est le Ministre de l’Économie et des Finances, et le
Suppléant est le Ministre de la Planification et de la Coopération Externe.
Bulletin des Affaires Juridiques
Le Conseil des Directeurs Exécutifs
La direction, la gestion de la BID est confiée à un Conseil
d’Administration appelé Conseil des Directeurs Exécutifs
de quatorze membres élus ou nommés pour trois ans par les
Gouverneurs de la BID. Le Conseil des Directeurs comprend
également quatorze Directeurs Adjoints auxquels sont
conférés tous les pouvoirs des Directeurs en leur absence.
Les Directeurs Exécutifs des États-Unis et du Canada représentent
leurs propres pays, les pays non régionaux ont droit à trois
Directeurs Exécutifs et les neuf autres Directeurs agissent
pour les pays de la zone qui se regroupent pour la circonstance7.
Outre l’exercice des pouvoirs qui lui sont délégués par
l’Assemblée des Gouverneurs, le Conseil des Directeurs
Exécutifs est chargé de la conduite des opérations de la
BID. A ce titre, il détermine la stratégie et les politiques
institutionnelles de la banque, approuve les projets proposés
par le Président, fixe les taux d’intérêt sur les prêts, autorise
les emprunts sur les marchés de capitaux et approuve le
budget administratif de la BID.
Le Président
Les Gouverneurs de la BID élisent également un Président
pour un mandat de cinq ans pour la conduite quotidienne de
l’institution, de concert avec un Vice-Président Exécutif.
Par tradition, le Président est issu d’un pays de l’Amérique
latine et le Vice-Président Exécutif, des États-Unis.
Droit de vote
Le pouvoir décisionnel de chaque pays au sein de la BID est
fonction de sa souscription au capital ordinaire de la
Banque. Chaque pays membre dispose de 135 voix plus une
voix pour chaque action qu’il possède dans le capital ordinaire
de la BID8.
Les droits de vote sont répartis comme suit entre les pays :
l
50 % pour le bloc composé des pays de l’Amérique
Latine et de la Caraïbe;
l
30 % pour les États-Unis;
l
5 % pour le Japon;
l
4 % pour le Canada et
l
11 % pour les autres États non emprunteurs.
majoritaire au bloc des pays de l’Amérique latine et de la
Caraïbe. Ainsi, il est prévu qu’aucune augmentation de la
souscription du capital d’un pays membre quelconque ne
peut être admise si elle a pour objectif de réduire: a) à moins
de 50,005 % du total le nombre de voix des pays en voie de
développement, ou b) à moins de 30 % les voix du pays
membre possédant le plus grand nombre d’actions9, ou
encore, c) à moins de 4 % les voix du Canada.
Les pays membres non régionaux détiennent au total 1 334 995
actions, représentant 15,973 % des voix attribuées. Dans ce
groupe, le détenteur majoritaire est le Japon, avec 5,001 %
des droits de vote pour 418 642 actions.
En principe, la majorité absolue est requise pour toutes les
questions soumises à l’appréciation de l’Assemblée des
Gouverneurs. Il en va autrement néanmoins lorsque la décision
porte sur :
l
l’élection des directeurs exécutifs de la BID ;
l
la réduction du pourcentage de la commission perçue
par la BID sur les prêts, participations ou garanties utilisant
ses ressources ordinaires ou les engageant ;
l
les opérations du Fonds des Opérations Spéciales ;
l
la suspension d’un membre de la BID, et
l
la fin des opérations de l’institution elle-même.
Dans ces cas, la décision doit recueillir les trois quarts du
total des voix des pays membres10.
Les votes du Conseil des Directeurs Exécutifs se font également
à la majorité du total des voix des pays membres. Chaque
Directeur Exécutif émet un nombre de voix correspondant à
la totalité de celles du ou des pays qui l’auront désigné ou
élu. Toutefois, il est intéressant de remarquer que les
regroupements de pays ne répondent à aucune logique de
répartition égalitaire des droits de vote. Ainsi, le Directeur
Exécutif du groupe Argentine-Haïti détient 11,185 % des
voix, tandis que le Directeur qui représente les Bahamas, la
Barbade, la Guyane, la Jamaïque et Trinité et Tobago ne
totalise que 1,511 % des voix11.
L’Assemblée de Gouverneurs tient, en général, une session
annuelle. Toutefois, d’autres réunions peuvent avoir lieu sur
décision de l’assemblée elle-même ou sur convocation du
Conseil des Directeurs Exécutifs requise soit par cinq membres
9 Il s’agit des États-Unis qui, avec 2,512, 529 actions, sont actionnaire majoritaire de la BID.
Toutefois, les statuts de la BID contiennent des dispositions
qui garantissent en tout temps la position d’actionnaire
10 Compte tenu du poids des États-Unis, avec plus de 25 % du total des voix, il est évident
7 Haïti partage un Directeur Exécutif et un Directeur Suppléant avec l’Argentine.
groupe Argentine-Haïti a le plus fort pourcentage de voix, suivi du Brésil-Surinam avec
10,841%, du Mexique-République Dominicaine avec 7,489 et en dernier lieu, vient le
Directeur du groupe dont les Bahamas font partie.
8 Haïti dispose au sein de la BID de 36,256 voix pour 36,121 actions, soit 0,433 % du nombre
que leur accord est nécessaire pour l’adoption de toute décision requérant une majorité qualifiée
des 3/4 des voix. Les États-Unis disposent donc d’un droit de veto implicite incontournable.
11 Après le Directeur Exécutif nommé par les États-Unis avec 30,008 % des voix, celui du
total de voix attribuées.
23
Bulletin des Affaires Juridiques
de la BID, soit par un nombre de membres réunissant le
quart du total des voix des pays membres. Cette disposition
statutaire permet aux pays emprunteurs totalisant moins du
quart des droits de vote de porter des questions les concernant
à l’attention de l’Assemblée des Gouverneurs.
L’Assemblée, pour tenir valablement séance, doit réunir
trois majorités distinctes :
1) il faut que l’assemblée à la séance se compose de la
majorité absolue du nombre total des Gouverneurs ;
2) la majorité absolue des Gouverneurs des membres
régionaux est requise ;
3) les trois quarts du total des voix des pays membres doivent
être détenus par les membres régionaux présents.
Considérant ces conditions de quorum, la présence des
États-Unis, qui représentent à eux seuls 30 % des voix des
pays membres, est importante, voire indispensable à la
tenue régulière d’une séance d’Assemblée.
L’inéluctabilité de la présence des États-Unis se constate
également pour les réunions du Conseil des Directeurs
Exécutifs. En effet, le quorum est constitué par la majorité
absolue du nombre total des Directeurs, comprenant la
majorité absolue des Directeurs des membres régionaux et
représentant au moins les deux tiers (soit 66,66 %) du total
des voix des pays membres. Or le Directeur Exécutif désigné
par les États-Unis, pays ayant le plus grand nombre d’actions
de la BID, émet le nombre de voix qui correspond à ce
pays, soit 30 % du total des voix.
Ressources de la BID et leur affectation
Les interventions de la BID, qu’elles soient techniques ou
financières, dépendent de ses ressources, divisées en deux
catégories (article II, section 1A):
a) les ressources ordinaires constituées par le capital autorisé
de la BID, ses réserves et les fonds collectés sur les
marchés financiers mondiaux;
b) les ressources du Fonds des Opérations Spéciales.
Les Ressources ordinaires de capital
Composition
Les ressources ordinaires de capital comprennent (article II,
section 5):
l
le capital ordinaire autorisé souscrit, au titre du capital-actions
l
l
l
l
versé effectivement et du capital-actions sujet à l’appel12;
tous les fonds provenant des emprunts autorisés par
l’accord constitutif au titre de l’article VII Section 1(i)
auxquels sont applicables les clauses de la Section 4 (a)
(ii) de l’article II;
tous les fonds reçus en remboursement des prêts effectués
avec les ressources indiquées ci-dessus;
tous les revenus provenant des prêts effectués avec les
ressources ci-dessus indiquées ou provenant des garanties
auxquelles sont applicables les clauses de la Section 4
(a) (ii) de l’article II;
tous les autres revenus provenant de l’une quelconque
des ressources susmentionnées.
Affectation
Les ressources ordinaires sont utilisées pour financer les
opérations ordinaires de la BID, à savoir les prêts effectués
ou garantis par la Banque ou auxquels elle aura participé et
qui sont remboursables seulement dans la ou les monnaies
dans lesquelles ils auront été concédés.
Ces prêts sont consentis aux termes et conditions suivants :
a) Une période d’amortissement de 15 à 25 ans ;
b) Des intérêts ajustables semestriellement.
Le pourcentage du financement de la BID est inversement
proportionnel à l’état de l’économie des pays emprunteurs13.
Ces derniers sont partagés en quatre groupes, selon leur
niveau de développement:
l
les pays du Groupe A comprenant l’Argentine, le Brésil,
le Mexique et le Venezuela, sont financés à hauteur de 50
% du coût total des projets ;
l
le Chili, la Colombie et le Pérou formant le Groupe B
peuvent prétendre à un financement de l’ordre de 60 % ;
l
les Bahamas, la Barbade, le Costa Rica, la Jamaïque, le
Panama, le Surinam, Trinité et Tobago et Uruguay, pays
du Groupe C, sont financés à concurrence de 70 % ; et
l
les pays du Groupe D composé du Bélize, de la Bolivie,
de l’Equateur, du Salvador, du Guatemala, de la
Guyane, d’Haïti, du Honduras, du Nicaragua, du
12 Le capital ordinaire autorisé de la BID initialement était de huit cent cinquante millions de
dollars des États-Unis, du poids et du titre en vigueur le 1er janvier 1959, divisé en 85 000
actions d’une valeur nominale de dix mille dollars chacune. Au 31 décembre 2001, le capital
de la BID s’élevait à 100 959 384 millers de dollars des États-Unis d’Amérique, répartis en 8
369 043 actions. Il est à noter que la valeur nominale de 10 000 dollars ÉU du poids et du titre
en vigueur le 1er janvier 1959 équivaut à plus de 12 000 dollars ÉU actuels. In Rapport Annuel
2001 de la BID.
La participation d’Haïti au capital de la BID est de 435,743 milliers de dollars des Etats-Unis
d’Amérique, soit 18,662 milliers de capital versé et 417,081 milliers de capital exigible.
13 Ne sont pris en considération dans ce paragraphe que les prêts accordés à l’État haïtien,
ceux consentis au secteur privé étant soumis à des conditions de financement plus sévères,
notamment en ce qui a trait à l’obligation de garantie de ces prêts.
24
Bulletin des Affaires Juridiques
Paraguay et de la République Dominicaine ont droit à
un financement jusqu’à 80 % du coût total des projets.
La balance sur le coût total du projet doit être apportée par
le pays emprunteur. Toutefois, un financement additionnel
de 10 % peut être consenti par la BID si la moitié au moins
des bénéfices nets profitera à une population à revenus
modestes.
En contrepartie de son financement, outre les intérêts
appliqués au prêt, la BID perçoit une commission spéciale
de 1 % par an calculée sur la balance pendante de chaque
prêt. Aucune exigence n’est faite quant aux moyens mis en
place par le pays emprunteur pour exécuter son projet. La
BID ne requiert pas que les services ou les biens d’un pays
donné soient utilisés; néanmoins, elle veille au suivi du
processus de passation de marchés. La BID s’assure également
que le produit d’un prêt est destiné uniquement aux fins
pour lesquelles il a été consenti. De plus, à la fin du projet,
la BID procède à une évaluation pour en déterminer
l’impact.
Les Ressources du Fonds des Opérations
Spéciales14
Composition
Ces ressources sont constituées par (article IV):
l
l
l
l
l
l
l
Les quotes-parts des pays admis à la BID après l’expiration
de la période de signature;
Une contribution initiale de cent cinquante millions
de dollars des États-Unis d’Amérique versée par les
membres fondateurs de la BID15;
les contributions additionnelles des membres lorsque
l’Assemblée des gouverneurs à la majorité des 3/4 de la
totalité des voix des pays membres l’aura jugé nécessaire;
tous les fonds provenant d’emprunts qui sont spécifiquement
imputables sur les ressources du Fonds;
tous les fonds reçus en remboursement des prêts effectués
sur les ressources ci-dessus indiquées;
tous les revenus provenant des opérations qui utilisent
ou engagent n’importe quelle ressource du Fonds;
toutes les autres ressources à la disposition du Fonds.
Affectation des ressources du Fonds
Les ressources du Fonds sont utilisées pour «effectuer des
prêts à des termes et à des conditions permettant de faire
face aux circonstances spéciales pouvant survenir dans les
pays membres ou d’entreprendre des projets déterminés».
Les prêts octroyés par le Fonds sont assortis de conditions
concessionnelles et leurs bénéficiaires sont limités.
Les prêts du Fonds sont accordés pour quarante ans, avec
une période de grâce de dix ans. Les intérêts chargés par la
BID pour la gestion de ces prêts sont de 1 % l’an durant la
période de grâce et de 2 % pour les autres années.
Les ressources du Fonds sont réservées exclusivement aux
plus pauvres pays de la région : la Bolivie, la Guyane,
Haïti16, le Honduras et le Nicaragua.
Sphères d’activités de la BID et opérations
financières
L’appui financier ou technique de la BID est fourni pour
tout projet visant l’un des domaines du développement
économique et social, tels la santé, l’éducation, les infrastructures
routières, l’énergie, l’industrie, l’agriculture, l’habitat, le
transport, etc.
Durant les années 60-70, la BID a financé de nombreux projets
sociaux liés à l’éducation et à la santé. Depuis les années 90,
les secteurs d’activités informelles ont pu bénéficier du
support de la BID.
Ces dernières années, l’intérêt de la BID est porté sur les
projets visant la réduction de la pauvreté, l’augmentation de
l’équité sociale, le renforcement de la société civile et les
institutions démocratiques, la protection de l’environnement,
la réorganisation des systèmes financiers, la modernisation
des opérations à caractère public, la réduction du degré de
violence, etc17.
Les instruments financiers utilisés par la BID en faveur des
pays emprunteurs sont les prêts et les garanties (article III,
section 4 et suivantes).
16 Les prêts d’Haïti auprès de la BID sont presque tous financés par les ressources du Fonds
des Opérations Spéciales, et les intérêts de ces prêts varient entre 1 et 2.25 %. La créance de
la BID représente 35,4 % du total de la dette externe d’Haïti.
17 En 2001, la BID a approuvé quatre opérations pour Haïti : un prêt de un million de dollars
14 Pour une analyse des termes et conditions des prêts du Fonds des Opérations Spéciales de
la BID, voir l’article de M. Eric Pierre « Nouvelle Méthodologie d’Octroi de Fonds à la BID,
Implications pour Haïti », paru dans le Bulletin de l’Association Haïtienne des Economistes
(BAHE), Vol. 1 No 2, Avril 2002.
15 Au 31 décembre 2001, les contributions des pays de la BID au Fonds des Opérations
spéciales totalisaient 9 480 313 milliers de dollars des Etats-Unis d’Amérique et la quote-part
d’Haïti était de 21 417 milliers de dollars.
américains pour les services de santé de base et la lutte contre le sida et trois programmes de
90 000 dollars américains chacun portant respectivement sur les sources d’énergie alternatives
renouvelables, l’aide aux enfants en difficulté et le registre civil. Actuellement, la participation
de la BID aux projets de l’État Haïtien consiste en 15 prêts, 37 coopérations techniques, avec
un encours de 435,4 millions de dollars américains au 31 décembre 2002. Huit projets du secteur
privé haïtien, dont sept sont encore en cours d’exécution, ont été approuvés et bénéficient du
financement de Fonds d’Investissement Multilatéral.
25
Bulletin des Affaires Juridiques
Les prêts sont accordés aux pays membres en développement,
à des institutions ou entités politiques de ces membres ou à
des entreprises privées situées sur leurs territoires. Si l’emprunteur
n’est pas l’État lui-même ou une entité gouvernementale, la
BID exige alors une garantie engageant la bonne foi et le
crédit du gouvernement. Toutefois, dans une limite de 10 %
de l’encours des prêts et garanties, la BID peut consentir
des prêts directement au secteur privé sans garantie du
gouvernement, en les assortissant de restrictions dont un
plafond de financement.
Suspension et retrait
La banque offre des garanties partielles, notamment pour
les projets d’infrastructures. Ces garanties peuvent être
accordées à titre indépendant ou conjointement avec un prêt
de la BID.
Une majorité des 3/4 du total des voix des pays membres, y
compris la majorité des 2/3 du nombre total des
Gouverneurs du groupe (régional ou extra-régional) auquel
appartient le pays fautif, est requise pour que cette décision
soit adoptée. Dans ce contexte également, le poids des
États-Unis se fait sentir. Il paraît évident que ce pays ne
pourra jamais être suspendu, puisque le pourcentage de voix
détenues, soit 30 % du total, lui garantit une position
privilégiée et fait de son adhésion à une telle décision une
condition sine qua non pour son adoption par l’Assemblée.
La BID intervient également sur le marché financier
international en qualité d’emprunteur, en émettant, dans
différentes monnaies, des instruments à moyen et long terme
qui se composent de prêts, billets à ordre et obligations dont
les taux d’intérêt varient entre 0,50 % et 15 % avant swaps,
correspondant à des taux de 0,52 % à 12,77 % après swaps18.
Au 31 décembre 2001, le montant estimatif des emprunts de
la BID s’élevait à 44,872 millions de dollars des États-Unis
d’Amérique. La BID figure parmi les institutions notées
AAA, ce qui correspond à la meilleure qualité de crédit, par
les principales agences de notation.
La BID effectue aussi des placements dans des obligations
d’État, d’entreprises et d’institutions publiques et de
banques, dans des dépôts à terme, des titres de sociétés et
d’autres instruments financiers connexes à risque hors-bilan,
notamment des contrats financiers à terme et des swaps de
monnaies et de taux d’intérêt19.
Le cas idéal, dans la vie de toute société, est la poursuite des
activités sans que ne surviennent de grands changements
dans sa constitution. Néanmoins, il peut arriver que l’un des
membres de la société désire mettre fin à sa participation ou
que ses pairs décident de son éviction du groupe, ou encore
que, les associés, d’un commun accord, dissolvent la société,
au cas où aucune durée de vie n’aurait été prévue dans les
statuts. Il est également possible que les membres de
l’institution décident que les dispositions statutaires qui les
régissent ne répondent plus à leurs attentes et qu’il faille les
modifier. Ces situations pouvant se produire au sein de la
BID, elles ont été prises en compte par les membres fondateurs,
lors de la rédaction de l’Accord Constitutif de l’organisation.
18 In Rapport Annuel 2001 de la BID, Notes aux états financiers.
19 In Rapport Annuel BID, op. cit.
26
Suspension et retrait d’un membre de la BID
(article IX)
Suspension
La suspension d’un pays membre de la BID survient en cas
de manquement de ce pays à l’une de ses obligations envers
l’institution, et est prononcée par décision de l’Assemblée
des Gouverneurs.
Le pays suspendu ne pourra exercer aucun de ses droits de
membre durant la période de sa suspension, à l’exception de
son droit de retrait, mais il demeure tenu de toutes ses
obligations vis-à-vis de la BID.
Au cas où aucune décision levant la suspension n’intervient
pas dans un délai d’un an à compter de la suspension, le pays
perd automatiquement sa qualité de membre. L’exclusion du
pays est donc l’étape logique successive à la suspension, à
moins de décision contraire. Aucun recours n’est prévu par
les statuts de la BID contre la décision de suspension.
Retrait
Chaque pays membre dispose du droit de se retirer de la
BID. A cette fin, une notification écrite devra être faite au
siège principal de la BID et cette décision prendra effet à
partir de la date prévue par le pays membre, mais pas avant
six mois à compter de la date de réception de la notification.
Pendant cet intervalle, le pays membre pourra toujours
revenir sur sa décision de retrait, s’il le désire, et adressera
une nouvelle notification à la BID.
Le retrait de la BID délie le pays de toute responsabilité
pour les obligations résultant des opérations de la banque
effectuées ultérieurement à la réception de la notification de
retrait. Néanmoins, le pays demeure astreint aux obligations
directes et éventuelles qui lui incombaient, notamment ses
Bulletin des Affaires Juridiques
dettes, à la date de la remise de la décision de retrait20.
Des dispositions seront alors prises par la BID pour le
rachat des actions du pays membre dans des conditions
définies entre la BID et le pays.
Suspension et arrêt des activités de la BID
(article X)
La suspension des activités de la BID ne concerne que les
nouveaux prêts et de nouvelles garanties et est décidée par
le Conseil des Directeurs Exécutifs lorsque surviennent des
circonstances graves. Il s’agit d’une mesure conservatoire
en attendant que l’Assemblée des Gouverneurs examine la
situation et prenne les mesures adéquates.
En ce qui a trait à l’arrêt des opérations de la BID, une
majorité des 3/4 du total des voix des pays membres, dont
la majorité des 2/3 des membres régionaux est requise pour
prononcer cette décision. Seules les activités liées à la
conservation, à la sauvegarde et à la réalisation de l’actif
ainsi que le règlement des obligations de la BID pourront
être effectuées après la décision d’arrêt.
Seul l’arbitrage est admis comme recours au cas où un
désaccord surviendrait entre la BID et un pays qui n’en est
plus membre ou entre la BID et un pays membre après la
décision de mettre fin aux opérations de l’institution
(article XIII section 2). Le tribunal arbitral se compose de
trois arbitres dont l’un est nommé par la BID, un autre par
le pays intéressé et le troisième par le Secrétaire Général de
l’OEA, sauf disposition contraire des parties.
Les décisions du tribunal arbitral sont prises à l’unanimité.
Mais au cas où les arbitres ne parviennent pas à un accord
unanime, la majorité suffit pour remporter la décision. Les
questions de procédure sont réglées en amiable composition
par le tiers arbitre.
Amendement de l’Accord Constitutif
de la BID (article XII)
Les statuts de la BID prévoient leur amendement, sous
réserve du respect de certaines conditions. Ainsi, l’Accord
Constitutif ne peut être amendé que par décision de
l’Assemblée des Gouverneurs prise à la majorité du nombre
total des Gouverneurs comprenant les 2/3 des Gouverneurs
des membres régionaux et représentant au moins les 3/4 du
total des voix des pays membres. Toutefois, l’adoption d’un
amendement de certaines dispositions (droit de se retirer de
la BID, droit d’acheter des actions de la BID et de contribuer
au Fonds, limitation de la responsabilité des pays membres
au titre de leurs actions du capital ordinaire) requiert
l’unanimité des voix de l’Assemblée des Gouverneurs.
La BID existe dans un contexte international et doit donc
établir des relations avec ses pairs, qu’ils soient également
à compétence régionale ou internationale. Ces liens sont
d’ailleurs utiles, à défaut d’être indispensables, pour
permettre à la BID d’atteindre ses objectifs.
Rapport avec d’autres institutions
On a souvent tendance à penser que les organisations financières
régionales obéissent aux principes et instructions des deux
principales organisations financières : le FMI et la Banque
Mondiale et que la possibilité d’un pays de recourir ou
d’obtenir des fonds au niveau régional dépend de sa position
par rapport aux deux institutions précitées. Tel n’est pas le
cas pour la BID. Ainsi, il n’est pas nécessaire, pour qu’un
État ait accès au financement ou à l’appui technique de la
BID, qu’il soit sous programme du FMI ou de la Banque
Mondiale.
Toutefois, l’article XIV section 2 des statuts de la BID autorise
l’institution à «conclure des arrangements avec d’autres
institutions en vue de l’échange d’informations ou pour toutes
autres fins compatibles avec les termes statutaires. »
De fait, sur le plan multilatéral, une collaboration au cas par
cas est établie avec le FMI en ce qui concerne certains
projets en Amérique latine et dans la Caraïbe; et des accords
de cofinancement sont conclus avec la Banque Mondiale
pour des réformes et des programmes dans divers domaines
techniques. Au niveau bilatéral, les principaux partenaires
de la BID pour le cofinancement des projets sont le Japon et
les pays de l’Europe.
De même, la BID coopère avec plusieurs entités régionales
ou internationales (OEA et Commission Economique des
Nations Unies pour l’Amérique latine et la Caraïbe) dans
divers secteurs du développement.
20 La perte du statut de membre de la BID suite à une suspension entraîne les mêmes
conséquences, du point de vue de la responsabilité financière du pays, que son retrait. De plus,
les principes admis pour le règlement des comptes (rachat des actions, liquidation des
obligations du pays) sont identiques dans les deux cas.
27
Bulletin des Affaires Juridiques
Le Club de Paris1
Dona-Lisa Danies
Description du Club de Paris
L
2
e Club de Paris est un groupe informel de gouvernements
des pays industrialisés dits créanciers publics3 dont
le rôle est de trouver des solutions communes et
soutenables aux difficultés de paiement des nations endettées
(pays débiteurs). Il a été formé en 19564 lorsque l’Argentine
a accepté de rencontrer ses créanciers publics à Paris. Les
pays membres du Club de Paris sont au nombre de 19 :
l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le
Canada, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis
d’Amérique du Nord, la Finlande, la France, l’Irlande,
l’Italie, le Japon, la Norvège, les Pays-bas, le Royaume-Uni,
la Russie, la Suède et la Suisse.
Fonctionnement
Le Club de Paris se réunit mensuellement à Paris avec les pays
débiteurs dans le but de se concerter sur la restructuration de
leurs dettes5. Les créanciers du Club de Paris admettent le
rééchelonnement des dettes des pays débiteurs envers eux
dans le but de soulager la pression financière ressentie. Ce
rééchelonnement peut prendre la forme d’un moratoire et,
dans le cas d’un rééchelonnement avec concession, d’une
réduction de l’obligation. Malgré l’importance de cette activité,
le Club de Paris est demeuré purement informel. Les
conventions qui interviennent entre les parties reposent sur
une série de règlements et principes auxquels adhèrent les
pays créanciers, ce qui permet d’aboutir efficacement à des
décisions communes.
Le Club de Paris est présidé par un haut responsable de la
Direction du Trésor français, ses proches collaborateurs6
étant respectivement les co-président et vice-président. Un
secrétariat général permanent composé d’environ quinze
personnes émanant aussi du Trésor travaillent à temps partiel
pour le Club de Paris qui, de par son organisation informelle,
a pu fonctionner avec une structure flexible et un personnel
réduit.
1 Pour de plus amples informations sur le Club de Paris, voir son site: www.clubdeparis.org
2 Le Club de Paris n’a pas d’existence légale à proprement parler. Il peut être qualifié
d’institution sans personnalité juridique, de ce fait il n’a ni fondement légal ni statut juridique
particulier.
3 Selon la terminologie utilisée par le Club de Paris, les créanciers publics désignent les
créanciers publics bilatéraux, c’est-à-dire les États et leurs institutions compétentes, et les
créanciers multilatéraux (membres observateurs), à savoir les institutions internationales
telles le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) et les Banques
Régionales de Développement.
4 Depuis, le Club de Paris ou des groupes ad hoc de créanciers du Club de Paris ont conclu
plus de 360 conventions avec 78 pays. Depuis 1983, le montant total des dettes atteintes dans
ces accords se chiffre à 410 billions de dollars.
5Les pays créanciers se rencontrent environ une dizaine de fois par an, à Paris, soit pour prendre
part à des sessions de négociation soit pour discuter de la dette externe des pays débiteurs ou
encore de problèmes méthodologiques relatifs aux dettes des pays développés.
6 Il s’agit du responsable des affaires internationales et européennes et du responsable de la
dette, du développement et des marchés émergeants au Trésor.
28
Les négociations du Club de Paris
Pour financer ses projets de développement, très souvent un
État7 s’adresse à un bailleur de fonds qui peut être soit un
autre État, soit une organisation internationale. Lors de
l’accord de prêt, un calendrier de remboursement, fonction
de la capacité de l’État emprunteur, est établi. Mais, en dépit
de ces prévisions, il peut arriver que l’État débiteur ne puisse
faire face à ses obligations. Si ses difficultés de remboursement
concernent une dette contractée envers un seul État, l’État
débiteur peut négocier, de gré à gré, de nouvelles conditions
de remboursement. Toutefois, lorsque les difficultés résultent
d’une situation économique désastreuse, l’État8 emprunteur
peut s’adresser au Club de Paris pour un rééchelonnement
de sa dette.
Cinq principes régissent les conventions des parties et
contribuent à l’aboutissement efficace d’accords des créanciers
entre eux et des créanciers avec les débiteurs. La mise en
œuvre de ces principes a permis la formulation de règles et
conventions facilitant la conclusion des négociations. Les
décisions du Club de Paris sont prises au cas par cas [principe 1]
afin de tenir compte des particularités de chaque nation
débitrice et par consensus [principe 2] (créanciers et débiteurs).
Seuls les pays nécessitant le rééchelonnement de leurs
dettes et appliquant les réformes leur permettant de résoudre
leurs difficultés de paiements [principe 3] peuvent bénéficier
d’un accord dont les termes sont solidairement [principe 4]
acceptés par les créanciers. Ces accords font prévaloir la
clause dite de comparabilité de traitement9 [principe 5] par
laquelle la nation débitrice ne peut octroyer à un autre
créancier des conditions moins favorables pour le débiteur
que celles accordées dans le cadre du consensus au Club de
Paris.
Certaines règles s’appliquent lors des négociations. Elles
portent sur les dettes traitées, le traitement de flux et du
stock, les termes de paiement découlant d’un accord en
Club de Paris et la clause de conversion de dettes.
Les dettes sont traitées suivant des termes de référence
convenus entre les États du Club de Paris. Actuellement, les
7 L’un des critères d’éligibilité est que le pays débiteur soit placé sous programme du FMI et
consente à des réformes structurelles. Ce dernier doit démontrer que le pays en question n’est
pas en mesure de respecter ses obligations en matière de dette et qu’un nouvel accord de
paiements envers ses créanciers extérieurs est nécessaire.
8 Dans le cas d’Haïti, les négociations au Club de Paris ont eu lieu en mai 1995. Les montants
traités (selon les termes de Naples) se sont élevés à 117 millions de dollars. Haïti a obtenu un
rééchelonnement des créances commerciales traitées, après une annulation à hauteur de 67%,
et le rééchelonnement des créances d’Aide Publique au Développement, sur quarante ans dont
seize de grâce. Les pays créanciers à avoir participé à ces négociations sont le Canada,
l’Espagne, les États-Unis, la France et l’Italie.
9 La clause de comparabilité de traitement ne s’applique pas aux créances des institutions
financières internationales (FMI, Banque Mondiale ou Banque Régionale de Développement)
qui sont considérées comme prioritaires par rapport aux créances bilatérales.
Bulletin des Affaires Juridiques
termes utilisés sont les termes classiques10, les termes de
Houston11 (septembre 1990), ceux de Naples12 (décembre 1994)
et ceux de Cologne13 (novembre 1999)14. Chaque série de
termes prend en compte certains critères tels l’exécution
des engagements du pays débiteur envers les créanciers du
Club de Paris et le FMI, le revenu par habitant, le niveau
d’endettement de l’État débiteur.
À la conclusion d’une session de négociations entre le pays
débiteur et ses créanciers publics, un procès-verbal est
signé par les États qui y ont participé. Ce procès-verbal tient
lieu de recommandation faite par les représentants des États
créanciers à leurs gouvernements respectifs et invite à la
signature d’accords bilatéraux avec le pays débiteur, donnant
ainsi une valeur juridique à l’entente obtenue durant la
session de négociations.
L’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très
Endettés)
L’acronyme PPTE (pays pauvres très endettés) a été utilisé
pour la première fois en septembre 199615, lorsque le FMI
et la Banque Mondiale ont conjointement endossé un
programme pour traiter les problèmes de cette catégorie de
pays. Ce programme vise à alléger l’endettement des pays
éligibles. Cette éligibilité repose sur trois critères :
l
Un faible niveau de revenu qui permet au pays de n’avoir
accès qu’aux crédits concessionnels de l’AID;
l
Un niveau d’endettement insoutenable, équivalent à
plus de 150 % des revenus d’exportation, même après
les mécanismes traditionnels de réduction de la dette ;
l
La mise en œuvre de réformes et de saines politiques
économiques dans le cadre de programmes soutenus
par le FMI et la BM.
Plusieurs créditeurs du Club de Paris ont annoncé qu’ils
accorderaient une annulation de dettes particulièrement aux
États qui ont reçu un allègement de dette dans le cadre de
l’initiative PPTE.
10 Ils s’appliquent à tout pays ayant un programme avec le FMI et faisant valoir le besoin
d’une diminution de dette de la part du Club de Paris.
11 L’éligibilité aux termes de Houston implique que l’État doit remplir au moins deux des
trois critères suivants : un faible niveau de revenu (PIB par habitant inférieur à 2,995.00 $),
un endettement élevé et un stock de dette bilatérale d’au moins 150 % de la dette privée.
12Pour être éligible aux termes de Naples, le pays débiteur doit être en mesure de respecter
ses engagements, avoir un faible niveau de revenu par habitant (moins de 755$ ÉU) et n’être
éligible qu’aux seuls financements AID de la Banque Mondiale. L’Association Internationale
de Développement (AID) est l’une des cinq institutions de la Banque Mondiale. Elle finance
des projets dans les pays les plus pauvres (pays dont le revenu par habitant est < ou = à 925$
ÉU) et leur accorde des prêts à des conditions concessionnelles.
13 L’État doit au préalable être éligible aux termes de Naples pour bénéficier des termes de
Cologne. Il doit avoir respecté ses accords précédents avec le Club de Paris et être déclaré
éligible à l’initiative PPTE par les Conseils d’Administration du FMI et de la Banque
Mondiale.
14 Les termes de Naples ont remplacé les termes de Toronto (octobre 1988) et de Londres
(décembre 1991); et les termes de Cologne, ceux de Lyon (novembre 1996). Ces trois séries
de termes ne sont plus utilisées, mais servent encore au traitement de l’encours de la dette
restant dû par certains pays.
15 L’initiative PPTE a été révisée en septembre 1999.
29
Bulletin des Affaires Juridiques
Integration d’Haïti à la CARICOM
Marché Commun et Implications Commerciales
Fritz Duroseau
L
e 2 juillet 2002, dans le cadre d’une réunion de la
Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de
la Communauté de la Caraïbes (CARICOM), le
Gouvernement Haïtien, après ratification par le Parlement,
a déposé l’instrument d’adhésion d’Haïti à la CARICOM.
Cette étape étant franchie, le pays est devenu le quinzième
membre de ce bloc régional après le Surinam. Les autres
membres de la Communauté sont : Antigua et Barbuda, les
Bahamas, la Barbade, Belize, la Dominique, la Grenade,
Guyana, la Jamaïque, Montserrat, St-Kitts et Nevis,
Ste-Lucie, St-Vincent et les Grenadines et Trinité et
Tobago.
Cette intégration implique l’adhésion au Traité de
Chaguaramas, par lequel la Communauté de la Caraïbe a
été créée en 1973, et aux neuf protocoles amendant certains
articles de ce traité. Ces derniers ont été élaborés en vue de
faciliter le passage du stade d’union douanière à celui de
marché commun. Le traité et les protocoles ont été fusionnés
dans un seul document (Traité Révisé) qui a été signé par
douze États membres de la Communauté.
Le Traité de Chaguaramas comporte un accord politique et
un accord régissant les relations économiques à l’intérieur
de la Communauté et celles avec des non membres.
Accord économique
Les dispositions de cet accord règlent le fonctionnement du
marché commun et impliquent :
a) la libéralisation des échanges de biens et services à
l’intérieur de la Communauté ;
b une politique de protection commune via un tarif
extérieur commun;
c) la libre circulation des capitaux et des services ;
d) la coordination des politiques économiques au sein de
la région ;
e) un régime de traitement préférentiel pour les pays
moins développés de la région.
Convergence vers le marché commun
de la CARICOM
La CARICOM est présentement une union douanière,
c’est-à-dire que les États Membres qui la composent se sont
entendus sur l’élimination des droits de douane régissant
leurs échanges et le maintien de barrières tarifaires contre le
reste du monde. La mise en place des protocoles en font un
marché commun1 en devenir. À titre d’exemple, le
Protocole II prévoit la libre circulation des services et des
capitaux ainsi que le Traitement National2 en ce qui a trait
au Droit d’Établissement à l’intérieur de la région. Tous les
États de la CARICOM convergent vers le marché commun
régional, mais sont à des stades différents de ce processus.
À titre d’exemple :
l
douze États Membres ont signé le Traité Révisé de la
CARICOM3, toutefois, à date ce dernier n’a été ratifié
que par un seul État ;
l
neuf États membres ont procédé à la mise en œuvre de
la 4e phase du Tarif Extérieur Commun4 (TEC);
l
dix États membres ont signé l’Accord Établissant la
Cour Caraïbéenne de Justice ;
l
quatorze États ont éliminé les droits de douane à
l’exportation ;
l
huit Etats membres utilisent encore des régimes de
licences d’importation ;
l
En dépit de la décision de la Conférence des Chefs d’État
et de Gouvernement selon laquelle les restrictions
relatives à la libre circulation des services et des
capitaux devraient être abolies en mars 2002, certains
États ont sollicité des dérogations de deux ans quant à
cette décision ;
l
onze États membres ont promulgué la loi sur la libre
circulation de certaines catégories de personnes
(universitaires, professionnels, artistes, etc.) et six
États ont déjà des provisions légales favorisant la libre
circulation de ces catégories de personnes.
Implications commerciales de l’intégration
Implications de politique commerciale
L’intégration d’Haïti devrait en théorie avoir les implications
de politique commerciale suivantes :
l
l’application du Tarif Extérieur Commun (TEC) de la
CARICOM ;
l
l’application du régime de Libre Echange Intra- CARICOM.
Le TEC comporte des taux situés dans la fourchette de 0 à
1 Groupe de pays à l’intérieur duquel les échanges sont libéralisés. Le marché commun
requiert l’établissement d’une union douanière, d’un tarif extérieur commun, la libre circulation
des facteurs de production (capital, travail), des biens et services et une harmonisation des
politiques économiques, financières sous la contrainte de la souveraineté nationale des
différents Etats.
2 Les investisseurs régionaux désireux de s’établir dans n’importe quel Etat de la CARICOM
sont assujettis au même traitement que les investisseurs locaux (aspects légal, fiscal et autres).
3 Qui inclut les protocoles.
4 La plupart des États Membres pratiquaient des droits de douanes supérieurs à ceux du Tarif
Extérieur Commun ; aussi, dans le souci de convergence vers le TEC, ils se sont entendus sur
des baisses progressives étalées en 4 phases.
30
Bulletin des Affaires Juridiques
40 % alors que dans le Tarif Douanier haïtien les taux
maxima ne dépassent pas 15 %. Le TEC accorde une
protection élevée aux produits agricoles lesquels sont assujettis
à des droits variant entre 25 % et 40 % comparativement à
des taux de l’ordre de 3 % à 5 % dans le Tarif haïtien.
Dans le souci d’éviter des augmentations indésirables du
niveau général des prix résultant de l’application immédiate
du TEC, les autorités haïtiennes ont sollicité de la CARICOM
des suspensions tarifaires5 pour une période de cinq années
(OMC). Celle-ci garantit aux parties contractantes que les
exportateurs des autres pays ne seront pas soumis à des
droits de douane plus élevés que le pays payant les droits de
douane les plus bas.
Régime de Libre-Échange
Les échanges commerciaux entre les États Membres de la
CARICOM sont exempts de droits de douane. Toutefois,
ces États conservent la latitude d’appliquer des taxes internes
(telles que la Taxe sur le Chiffre d’Affaires) sur ces importations
dans la mesure où ces dernières sont identiques aux droits
appliqués sur les mêmes produits fabriqués localement.
Implications sur les échanges commerciaux
renouvelables portant sur une liste d’environ 500 produits
incluant ceux dont le poids relatif est important dans le total
des importations d’Haïti. Cette décision a été motivée par
le fait que l’offre régionale de la CARICOM n’est pas en
mesure de répondre à très court terme à la demande
d’importation haïtienne6.
L’application effective des taux du TEC dans un avenir
rapproché est assujettie à la contrainte des négociations de
la Zone de Libre Échange des Amériques (ZLEA) auxquelles
participe la CARICOM et qui devraient arriver à terme d’ici
2005. Dans le cadre de ces négociations, les États de la
Caraïbe devront consentir des concessions tarifaires à leurs
partenaires commerciaux de l’Amérique afin de pouvoir
bénéficier d’une certaine réciprocité en termes d’accès aux
marchés de ces derniers selon la clause de la Nation la Plus
Favorisée (NPF) à laquelle sont liés les signataires des
accords du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et
le commerce) et de l’Organisation Mondiale du Commerce
Haïti ne pourra bénéficier à très court terme d’un accroissement
de compétitivité du fait de la protection tarifaire commune
au regard des problèmes structurels et conjoncturels qui
limitent l’offre exportable du pays. Cependant, selon une
étude réalisée par le Bureau de Coordination et de Suivi des
Accords CARICOM/OMC/ZLEA, le Régime de Libre
Échange intra-CARICOM pourrait résulter à brève échéance
en de nouveaux courants d’échanges pour les exportateurs
haïtiens opérant dans les secteurs suivants7: artisanat, boissons
gazeuses et alcoolisées, fruits et légumes frais, produits de
la pêche, vu le caractère soutenu de la demande régionale
pour ces catégories de produits. La demande d’importation
pour ces produits au sein de la région a été en progression
soutenue avec des taux de croissance relativement élevés
durant les 4 années de couverture de l’étude. De plus, ces
produits alimentent en grande partie les besoins de consommation
du secteur touristique qui était en expansion au cours de la
période de couverture de l’étude.
Les exportateurs de la CARICOM très intéressés par la
taille du marché haïtien8 pourraient également bénéficier de
débouchés commerciaux dans les secteurs suivants :
produits pétroliers, sucre, produits de fer et d’acier, étant
donné qu’une offre excédentaire existe pour ces produits au
niveau de la CARICOM.
5 Mécanisme à partir duquel un État Membre peut déroger à l’application du TEC pour une
période déterminée.
6 A titre d’exemple, selon les données les plus récentes, la demande régionale de produits
agricoles n’a pu être satisfaite à plus de 25 % par l’offre de la CARICOM.
7 Identifiés comme débouchés commerciaux par une étude réalisée par J.P. Mathurin (BCS)
2001.
8 La population de la CARICOM va doubler avec l’intégration d’Haïti.
31
Bulletin des Affaires Juridiques
Conclusion
L’adhésion d’Haïti à la CARICOM implique du point de
vue commercial une plus grande représentativité dans les
négociations commerciales internationales (OMC, ZLEA,
etc.) étant donné que les pays membres de ce bloc régional
ne négocient pas à titre individuel, mais à titre collectif via
le Regional Negotiating Machinery (RNM) ou le
Secrétariat de la Communauté9. Toutefois, les avantages
commerciaux de court terme résultant de l’intégration
d’Haïti à la CARICOM ne sont pas à envisager dans le
contexte actuel de déclin de l’offre exportable. De plus,
ceux de moyen et de long terme seront assujettis à certaines
contraintes telles que l’amélioration de la compétitivité
des entreprises haïtiennes, la spécialisation dans les domaines
les plus compétitifs, l’intégration du système financier,
l’adaptation des législations, etc. En outre, la création d’un
climat favorisant les investissements étrangers et locaux
représente une condition sine qua non à une intégration
commerciale effective d’Haïti à la Communauté de la
Caraïbe.
9 L’influence de la CARICOM a été déterminante pour l’obtention par les PMAs d’un régime
préférentiel dans le cadre des négociations de la ZLEA.
32
Bulletin des Affaires Juridiques
La Caribbean Development Bank
Charles Castel
L
a « Caribbean Development Bank » (CDB) a été
établie suite à un accord signé entre les pays et
territoires commonwealth de la Caraïbes ainsi que le
Royaume Uni et le Canada le 18 octobre 1969 à Kingston,
Jamaïque, lequel est entré en vigueur le 26 janvier 1970.
La CDB en tant
internationale
qu’organisation
En tant qu’organisation internationale, la CDB est une
personne de droit international et, en tant que telle, peut être
titulaire de droits et sujet d’obligations. Cela comporte la
capacité de s’engager dans des conventions avec des États
de même qu’avec d’autres organisations internationales.
Ses statuts lui reconnaissent certains privilèges et immunités
sur les territoires des pays membres, lesquels se sont
engagés à prendre toutes les actions et mesures, notamment
les amendements législatifs, nécessaires pour rendre effectifs
ces privilèges et immunités. Ainsi, les gouverneurs, les
directeurs et leurs suppléants, les officiers, et employés de
la CDB jouissent de l’immunité de juridiction pour les actes
posés dans l’exercice de leurs fonctions, sauf si la CDB lève
cette immunité, de l’immunité en ce qui concerne les restrictions
à l’immigration et les exigences d’enregistrement des
étrangers. La CDB et son personnel jouissent également de
l’immunité fiscale et douanière, même pour les valeurs
mobilières qu’elle émet.
De plus, une convention de siège précise les privilèges et
immunités reconnus à la CDB et son personnel sur le territoire
de la Barbade, surtout en ce qui a trait à l’accommodation,
la protection et l’inviolabilité de son siège.
Objectifs
Conformément à l’article 1 de sa Charte, l’objectif de la
CDB est de : « contribuer à la croissance économique
harmonieuse et au développement des pays membres de la
Caraïbe ; et de promouvoir entre eux la coopération et
l’intégration économiques, en ayant un regard spécial et
urgent pour les besoins des membres les moins développés ».
Fonctions
D’après l’article 2 de son acte constitutif, les fonctions de
cette institution financière consistent à :
l
assister les membres régionaux dans la coordination de
leurs programmes de développement en vue d’arriver à
une meilleure utilisation de leurs ressources ;
l
rendre leurs économies plus complémentaires et
l
l
l
l
l
l
l
promouvoir l’expansion méthodique de leur commerce
international, en particulier le commerce intra-régional ;
mobiliser tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la région
les ressources financières additionnelles nécessaires au
développement de celle-ci ;
financer des projets et programmes contribuant au
développement de la région ou d’un membre régional ;
fournir l’assistance technique appropriée à ses membres
régionaux, particulièrement en entreprenant ou en
commissionnant des études de pré-investissement et en
les assistant dans l’identification et la préparation de
propositions de projets ;
promouvoir l’investissement public et privé dans les
projets de développement, entre autres, en aidant les
institutions financières de la région et en supportant
l’établissement de consortium;
encourager et assister, entre autres, les efforts régionaux
visant la promotion des institutions financières
contrôlées localement et l’établissement d’un marché
de crédit et d’épargne;
stimuler et encourager le développement de marchés de
capitaux dans la région ; et
entreprendre ou promouvoir de telles activités comme
une façon d’atteindre son objectif.
Membres
Le statut de membre de la CDB est ouvert :
l
l
aux États et Territoires de la région ; et
aux États non régionaux qui sont membres des Nations
Unies ou d’une des agences spécialisées de cette
organisation ou de l’Agence Internationale de l’Énergie
Atomique.
L’admission d’un membre à la CDB peut être obtenue par
un vote affirmatif d’au moins les deux tiers du nombre total
de gouverneurs représentant au moins les trois quarts du
total des membres ayant droit de vote.
Le total des membres à la CDB se chiffre présentement à
26, dont 21 régionaux et 5 non-régionaux.1
Structure et organisation
Le plus haut organe de la CDB est le Conseil des
Gouverneurs (assemblée générale) auquel chaque membre
est représenté2. Cette assemblée se réunit une fois l’an pour
1 Membres régionaux : le Venezuela, la Colombie, le Mexique, Anguilla, Antigua et Barbuda, les Bahamas,
la Barbade, Belize, les Îles Vierges Britanniques, le Canada, les Îles Cayman, la Dominique, la Grenade, la
Guyane, la Jamaïque, Montserrat, St. Kitts et Nevis, Ste. Lucie, St. Vincent et les Grenadines, Trinité et
Tobago, les Îles Turques et Caicos.
Membres non régionaux et non prêteurs : la France, l’Italie, l’Allemagne, la République Populaire de
Chine, le Royaume Uni.
33
Bulletin des Affaires Juridiques
revoir et approuver les résultats des opérations de la CDB
et arrêter les grandes décisions stratégiques, notamment
l’approbation du budget. Il est possible de ne tenir qu’une
réunion annuelle parce que les pouvoirs de cette assemblée,
à l’exception de ceux qui lui sont explicitement réservés par
les statuts, sont délégués à un conseil d’administration.
Chargé inter alia de la conduite des programmes
d’investissement et de prêts, de l’assistance technique aux
membres et de l’exécution du budget, ce conseil doit rendre
compte de sa gestion au Conseil des Gouverneurs.
Le Conseil d’Administration est composé de 18 membres. Elu
par le Conseil des Gouverneurs pour un mandat de 5 ans, le
Président du conseil d’administration est responsable de
l’organisation et des opérations de la Banque, notamment la
nomination du personnel, l’analyse et l’approbation des
propositions de prêt. Il est assisté de deux vice-présidents
(l’un aux opérations et l’autre aux services corporatifs
jouant également le rôle de secrétaire du conseil). Le
vice-président aux opérations supervise la programmation,
la planification et l’exécution des projets de la Banque ainsi
que les services qui en sont responsables. Le vice-président
aux services corporatifs supervise les aspects financier,
légal, administratif et technologique des activités de la
Banque ainsi que les services qui en sont chargés. La
Banque comporte quatre départements à la tête desquels se
trouve un directeur : Finance, Projets, Économie et
Programmation et Affaires Juridiques.
Droit de vote et distribution de pouvoir
Chaque membre dispose de 150 voix de base augmentées
du nombre d’actions qu’il détient. Ainsi, en se basant sur les
actions souscrites, la Jamaïque qui détient 19 342 actions,
représente 19 492 voix. Il en est de même de Trinité et
Tobago. Alors qu’à l’autre extrême, six États ne détiennent
que 859 actions, (Antigua et Barbuda, Belize, la
Dominique, St Kitts et Nevis, Ste Lucie, St Vincent et
Grenadines), quatre d’entre eux ne détiennent que 213
actions (les Iles Vierges Britanniques, les Iles Caïman, les
Iles Turques et Caicos, Montserrat), et Anguilla n’a que 182
actions. Haïti, lors des dernières négociations tenues à la
Barbade en 2000, a opté pour une souscription de 875
actions qui correspondent à 1 025 voix en comptant les 150
voix de base. Cette disparité dans la participation au capital
et la distribution du pouvoir reflète l’importance
économique et la population des différents Etats3. La
Jamaïque et Trinité et Tobago détiennent environ 66,5 %
2 Les cinq territoires britanniques d’outre-mer sont considérés comme un seul membre.
3 A noter que la Colombie, le Venezuela et le Mexique détiennent chacun 3 118 actions en tant que membres
régionaux non emprunteurs.
34
des voix des pays membres emprunteurs et 34 % du total
des voix. Avec les Bahamas qui détiennent 5,703 actions, ce
groupe de trois dispose de 76,2 % des voix des pays membres emprunteurs et 39 % du total des voix.
Bon nombre de décisions majeures de la CDB requièrent
une majorité qualifiée de deux tiers des Etats représentant
au moins 75 % du capital. C’est le cas pour les modifications
de statuts (article 58.1) à l’exception de certains amendements
qui requièrent l’unanimité (article 58.2) tels ceux concernant
le droit de se retirer de la banque et les droits de souscription
d’actions. Il en est de même de la nomination et de la
révocation du président qui, en dépit de son mandat, peut
être démis de ses fonctions par une telle majorité sans motif
(articles 33.1 et 33.2). Eu égard à ces dispositions, la
Jamaïque et Trinité et Tobago ensemble ont un droit de veto
implicite sur toutes les décisions requérant cette majorité
qualifiée. Les pays non régionaux qui détiennent 40 % du
capital peuvent, s’ils forment un bloc, disposer de ce même
droit de veto.
Il importe néanmoins de souligner que le pouvoir et le
contrôle à la CDB ne se réduisent pas à la détention du
capital. Par exemple, les États-Unis ne participent pas
au capital de la CDB, mais peuvent exercer une certaine
influence directement à partir des fonds spéciaux auxquels ils
contribuent4 et indirectement à travers la Banque
Interaméricaine de Développement (BID) et la Banque
Mondiale sur lesquels leur influence est importante et qui
sont de grands prêteurs de la CDB. Quant aux pays
européens, leur contribution au Fonds de Développement
Spécial (SDF) au 31 décembre 2001 était de 360,6 millions
de dollars, soit environ 64 % des ressources de ce fonds.
Sources et utilisation des fonds de la
CDB
Les ressources financières de la CDB sont constituées de :
Ressources en Capitaux Ordinaires (OCR) comprenant
principalement le capital souscrit, les réserves et les
emprunts5 ; et
l
Ressources en Fonds Spéciaux (RFS) qui peuvent être
établies ou acceptées par la CDB, incluant le SDF.
Le SDF est un fonds extraordinaire constitué par la CDB à
l
4 Au 31 décembre 2000, la contribution américaine est marginale au Fonds de Développement Spécial (SDF),
soit 11,8 millions de dollars, comparé au Canada avec 103,6 millions, l’Angleterre avec 78,3 millions, la
France 56,5 millions, l’Allemagne 51 millions et la Hollande 23,5 millions. Les contributions de certains pays
latino-américains sont notables : Venezuela 29,2 millions, Colombie 21,3 millions, Mexique 21,7 millions.
5 Au 31 décembre 2000, les ressources ordinaires de la CDB s’élevaient à 588,3 millions de dollars ventilés
comme suit : souscriptions dues et réserves, 343,6 millions ; prêts de la Banque Européenne
d’Investissements, 25 millions ; prêts de la BID, 27,2 millions ; prêts de la Banque Mondiale, 17,5 millions;
autres emprunts sur le marché des capitaux trinidadiens, 175 millions.
Bulletin des Affaires Juridiques
partir des contributions des Etats membres (article 8.1). En
adhérant à la CDB, le pays s’engage également à contribuer
au SDF. En contrepartie, ce pays a accès au financement tant
de la CDB que du SDF selon les termes et conditions fixés
dans les statuts respectifs de ces entités. Il importe néanmoins
de signaler que seul le secteur public du pays membre pourra
bénéficier du financement SDF alors que le financement CDB
est ouvert aux deux secteurs public et privé.
Ce fonds est habilité à octroyer ou à garantir des prêts
hautement prioritaires pour le développement des pays
bénéficiaires, avec des termes et conditions plus favorables que
ceux de la CDB : maturités plus longues, taux d’intérêt
plus bas et périodes de grâce plus longues pour l’amortissement
du capital et le paiement des intérêts. De 1970 à 2000, le
SDF a accordé du financement (prêts, garanties, prises de
participation et dons) à hauteur de 598 millions de dollars.
Le SDF n’est pas la seule ressource extraordinaire de la
CDB. L’organisation dispose aussi d’autres fonds classés
sous la catégorie « autres fonds spéciaux » (Other Special
Funds) qui lui servent à financer des projets à des conditions
concessionnelles (article 8.2).
En quelques trente années d’opérations, la CDB a approuvé
un financement net total s’élevant à 1,9 milliard de dollars
(incluant prêts, garanties, prises de participation et dons). Il
est intéressant de noter que le secteur du transport et des
communications et celui de l’intermédiation financière ont
bénéficié respectivement de 25 % et de 23 % de ce financement
global.
L’organisation accorde des prêts et fournit une assistance
technique aux gouvernements et aux entreprises des
secteurs public et privé des Pays Membres Emprunteurs. Une
portion importante de son financement a été attribuée à des
petites et moyennes entreprises. Les projets financés par la
CDB peuvent porter sur des domaines aussi variés que
l’agriculture et le développement rural, l’énergie, les
communications, le transport, les eaux, la gestion des détritus
solides, la pêche, l’élevage, le reboisement, la manufacture,
la raffinerie, le tourisme, les services d’exportation, les
logements sociaux, la santé, l’environnement, l’éducation,
le développement des ressources humaines, etc.
Suspension et retrait des membres
Selon l’article 41 des statuts, le Conseil des Gouverneurs
(assemblée générale) peut décider de suspendre un membre
qui n’honore pas une de ses obligations vis-à-vis de la
CDB. Cette décision requiert néanmoins une majorité qualifiée
de deux tiers des membres représentant au moins trois quart
des voix (voting power). Le membre concerné ne peut voter.
La suspension dure une année à moins qu’il n’en soit décidé
autrement par l’assemblée générale par la même majorité
qualifiée. La suspension ne dispense pas néanmoins le
membre de ses obligations vis-à-vis de la CDB.
Il importe de noter que rien n’est prévu dans les statuts sur
l’expulsion d’un membre. Par exemple, pour être admis à la
CDB comme membre emprunteur, il faut être membre de la
Communauté de la Caraïbes (CARICOM). Doit-on en
déduire que le retrait de la CARICOM implique automatiquement l’exclusion de la CDB ? Les textes officiels de la
CDB n’ont pas permis d’éclaircir ce point.
L’article 40 des statuts stipule clairement qu’un membre qui
désire se retirer n’a qu’à le notifier par écrit au siège de la
CDB, cette décision étant effective au moins six mois à
compter de sa signification. Dans l’intervalle le membre
peut annuler sa décision par avis écrit à la CDB. Cette
stipulation révèle le souci de la CDB d’éviter autant que
possible la défection de ses membres6.
Les implications financières de la cessation du statut de
membre sont prévues par l’article 42 des statuts traitant de
l’arrêté des comptes. Premièrement, le membre reste
responsable de toutes les obligations, réelles ou contingentes,
contractées en qualité d’actionnaire ou de débiteur de la
CDB7 et non encore honorées à la date de la cessation.
Deuxièmement, la CDB rachète les actions du membre
sortant à leur valeur comptable selon les livres de la CDB et
tout montant dû par le membre sera déduit du prix de ses
actions.
Suspension et cessation des activités
de la CDB
L’article 43 prévoit que le conseil d’administration de la
CDB peut suspendre ses activités relatives aux prêts et
garanties. Cette décision est sujette à l’évaluation du conseil
des Gouverneurs (assemblée générale).
6 La CDB se donne clairement la mission de promouvoir et de catalyser l’intégration et la coopération entre
les pays de la région. De fait, la CDB est très active dans le processus d’intégration économique des pays de
la région. Et l’article 4 de ses statuts donne à la CDB cette mission de facilitateur : « The Bank shall encourage
and facilitate the fullest co-operation and participation in its activities of other regional or non-regional States
which are members of the United Nations or any of its specialized agencies or of the International Atomic
Energy Agency and which may further its purpose, and shall take such measures as it may deem appropriate
under the provisions of this Agreement to promote such co-operation and participation ». Avec un tel objectif, la
CDB n’est que cohérente en évitant le retrait de ses membres ou en aménageant un mécanisme simple de
rétractation de décision de retrait.
7 Il peut s’agir d’engagement à compenser pour la perte de valeur de sa monnaie relativement aux contributions
en monnaie nationale du versement d’une partie du capital souscrit, et de solde d’emprunts ou d’emprunts que
le membre a garantis vis-à-vis de la CDB. La responsabilité des membres se limitant au montant de leur
souscription au capital, ils ne sont de toute façon jamais responsables des résultats des opérations de la CDB.
Ainsi, l’article 21 stipule : «Every security issued or guaranteed by the Bank shall include a statement to the
effect that it is not an obligation of any Government, unless it is in fact the obligation of a particular
Government, in which case it shall so state ».
35
Bulletin des Affaires Juridiques
Conformément à l’article 44 des statuts, le Conseil des
Gouverneurs peut cesser les opérations de la CDB par la
même majorité qualifiée que pour les amendements des
statuts, la suspension des membres, etc., soit deux tiers des
membres représentant au moins trois quart du total des
voix. Dans ce cas, les membres demeurent responsables des
montants souscrits et non versés et des compensations
découlant de la dépréciation de leur monnaie, le cas
échéant, tant que les passifs, réels ou contingents, n’ont été
payés. On tombe donc dans la procédure classique de
dissolution et de liquidation d’une société par actions. Tout
résidu après règlement du passif est distribué entre les
membres au prorata de leur participation (article 46).
Règlement des différends
Le conseil d’administration interprète et applique les statuts
(article 59). Un membre affecté par la décision du conseil
d’administration peut recourir au Conseil des Gouverneurs
dont la décision est finale. Ce recours ne suspend pas
cependant la décision du conseil d’administration. Les
statuts sont muets quant à la manière de réparer, le cas
échéant, les dommages causés à un membre par une
application des statuts révisée ultérieurement par le Conseil
des Gouverneurs.
L’arbitrage est ouvert uniquement à un État qui n’est plus
membre ou à tous les États au cas où la CDB déciderait de
cesser ses opérations. La CDB et l’État nomment chacun un
arbitre. Le troisième, qui est d’office le Président de la
commission, est choisi par les deux premiers. Les parties
ont un délai de trente jours à compter de la requête d’arbitrage,
pour choisir leur arbitre. Et les deux arbitres ont un délai de
quinze jours, à compter de leur nomination, pour choisir le
troisième arbitre. Passés ces délais, la partie la plus
diligente peut requérir que la Cour Internationale de Justice
comble le ou les vides.
36
Bulletin des Affaires Juridiques
Le gouvernement, par lettre datée du 6 janvier 1999,
présenta à la « Caribbean Development Bank » (CDB)
la demande d’adhésion d’Haïti à cette institution
régionale en conformité avec le paragraphe 3 de
l’article 3 de l’Accord établissant la CDB. Au mois
d’octobre 2000, le Gouvernement Préval-Alexis créa
une commission présidée par la BRH en vue de négocier
les termes et conditions de cette adhésion. Celle-ci
rencontra le Conseil d’Administration de la CDB, lors
d’une mission à son siège en Barbade les 30 et 31
octobre 2000.
Les deux parties conclurent un accord portant sur les
points suivants :
1. Adhésion d’Haïti à la CARICOM
Haïti ne pourra être considérée comme membre
emprunteur de la CDB avant la finalisation du processus
d’intégration d’Haïti à la CARICOM par la ratification
de l’instrument d’adhésion par le Parlement haïtien, à
moins que le Conseil des Gouverneurs n’en décide
autrement.8
2. Participation au capital
Haïti devra participer au capital ordinaire de la CDB (OCR)
dont le stock au 31 décembre 2001 était composé de 107
971 actions d’une valeur de plus de 650 millions de
dollars. Tous les membres emprunteurs de la CDB sont
éligibles à des financements provenant du OCR constitué
des contributions des membres et des bailleurs et
d’emprunts sur le marché. Pour ce faire, Haïti devra
souscrire 875 actions9 à un prix unitaire de 7 500 DTS
de 197410. De sa participation, 193 actions devront être
payées selon un calendrier s’étalant sur 6 ans en 6
versements totalisant 1.746.189 dollars (20 % soit
349.237,8 dollars la 1ère année, et 16 % soit 279.390,24
dollars les 5 années suivantes) et les 682 restantes
seront des «callables shares»11. Cette allocation, soit 22 %
au «paid-up capital» et 78 % en «callable shares», est
représentative de celle en vigueur pour les autres membres
emprunteurs de la CDB. La date limite fixée pour le
paiement du premier versement est celle correspondant
au jour de l’admission définitive d’Haïti comme membre
de la CDB. Les 5 autres versements devront être effectués
durant les années suivantes. 50 % de la valeur de ces
versements devront être payés en dollars12, les 50 %
8 Cette étape est déjà accomplie.
restants prendront la forme de billets à ordre ou autres
obligations payables en gourdes13 sur demande par courrier
de la CDB. Ces derniers ne seront encaissés que sur la
base de projections de la CDB visant à répondre à des
besoins spécifiques.
3.Contribution au Fonds de Développement
Spécial (SDF)
Haïti devra également participer au « Special
Development Fund » (SDF) de la CDB constitué
essentiellement des contributions respectives des membres
régionaux et non régionaux. Le SDF est utilisé dans le
cadre de prêts ou de garanties de prêts au développement
pour des projets considérés prioritaires. La majorité des
financements issus de ce fonds est octroyée aux pays
moins avancés à des termes concessionnels14. Aussi, les
autorités devront-elles soumettre à la CDB un instrument
de contribution au SDF confirmant sa participation à ce
fonds à hauteur de 650,000 dollars. Le premier versement
représentant 25 % de ce montant devra être effectué le mois
suivant la date de dépôt de l’instrument de contribution.
Signalons qu’au 31 décembre 2001, le stock de
ressources du SDF était de 518,56 millions de dollars
4. Catégorie d’Haïti en tant qu’emprunteur
du SDF
Tenant compte des critères d’éligibilité aux ressources
concessionnelles du SDF, Haïti en tant que pays moins
avancé (PMA) ne pourrait être classée dans un groupe
supérieur à celui de la Guyane Anglaise (Guyana). Il
pourrait même être envisagé qu’elle soit traitée dans une
catégorie à part. Afin qu’Haïti puisse éventuellement
bénéficier de ces ressources à des conditions plus favorables
que celles des pays du groupe 415, la CDB envisage
d’augmenter le niveau de fonds disponibles dans le cadre
du SDF. Les membres de ce groupe peuvent bénéficier
des ressources ordinaires et concessionnelles à des conditions
plus favorables que celles des groupes 1, 2 et 3. A titre
d’illustration, les prêts du SDF octroyés au groupe 4
peuvent être effectués dans les conditions suivantes :
maturité maximale de 30 ans contre 10, 25 et 30 ans
pour les groupes 1, 2, 3;
période de grâce allant jusqu’à 10 ans contre 5, 5 et
10 ans pour les groupes 1, 2 et 3;
taux d’intérêt annuel de 2 % contre 5 %, 4 % et 2,5
% pour les groupes 1, 2 et 3.
9 Ce nombre d’actions représente l’équivalent des actions souscrites par Belize et les Etats de la Caraïbe de
l’Est (OECS).
10 1 DTS de 1974 =1,206348 dollar ÉU
11 Le paiement des « callable shares » est exigé uniquement pour faire face à des besoins de trésorerie
émanant des obligations de la CDB relatives aux emprunts ou aux garanties affectant son capital ordinaire.
12 Ils peuvent être réglés en or ou en une autre monnaie convertible.
13 Paiements ajustés en fonction de la dépréciation.
14 Taux d’intérêts plus faibles, période de grâce et maturité plus importantes que ceux provenant du OCR.
15 Groupe constitué de Guyana, pays le moins avancé des membres emprunteurs de la CDB.
37
Bulletin des Affaires Juridiques
5. Autres
La CDB, suite à une requête du Gouverneur de la BRH, a
décidé de l’envoi en Haïti d’une mission devant rencontrer le
secteur privé afin de lui présenter la Banque ainsi que les
types de projets pouvant faire l’objet de financement.
6.Représentation au Conseil
d’Administration de la CDB
Selon la résolution 4/96 du Conseil des Gouverneurs de
la CDB, le nombre maximum de membres du Conseil
des Directeurs a été fixé à 18. Cette limite ayant été
atteinte, le Gouvernement Haïtien devra se faire
représenter par un membre du Conseil originaire d’un
pays classé dans la même catégorie qu’Haïti. Lors des
négociations, il a été suggéré que ce choix porte sur un
pays avec lequel Haïti partage des similarités linguistiques
(spécifiquement Ste-Lucie et la Dominique). Une décision
doit être prise sur ce point.
38
Bulletin des Affaires Juridiques
Implications financières de l’adhésion16
Financement de projets publics et privés
L’adhésion d’Haïti à la CDB devrait en théorie permettre au pays de pouvoir bénéficier de financements publics et
privés à partir du OCR et du SDF. Toutefois, il est plus probable d’envisager des financements provenant du SDF vu
qu’Haïti est le PMA ayant le plus faible niveau de développement économique des membres emprunteurs. Ces prêts
peuvent être octroyés à l’État, aux entités publiques et privées opérant à l’intérieur du pays et aux institutions régionales
impliquées dans le développement économique de la région Caraïbe. Les opérations de la CDB concernent des projets
spécifiques portant sur les domaines suivants : agriculture, élevage, pêche, forestation, marketing, manufactures,
mines, raffineries, tourisme, exportations de services, transport, immobilier, éducation, énergie, eau, couture, infrastructure
et services y afférents, gestion des déchets, protection de l’environnement et réduction de la pauvreté. Selon l’accord
établissant la CDB, les ressources spéciales de la Banque (SDF) doivent obligatoirement être utilisées, engagées,
investies de façon totalement indépendante de l’OCR (article 12 des statuts).
Contribution aux OCR, SDF et octroi de financements
Les implications financières des contributions d’Haïti aux SDF et OCR sont négligeables comparativement aux
perspectives d’approbation et de décaissement de dons et prêts. À titre d’exemple, en 2001, la CDB a approuvé des prêts
et dons totalisant 141 millions de dollars (en baisse de 24 % par rapport à l’année 2000) pour 17 membres. De ce montant,
112 millions de dollars ont été décaissés (hausse de 8 % par rapport à l’année 2000). Six membres emprunteurs du groupe 3
ont à eux seuls bénéficié d’environ 60 % des ressources décaissées de l’OCR et de plus de 60 % des ressources
concessionelles octroyées dans le cadre du SDF. Les principaux bénéficiaires des prêts approuvés en 2001 étaient
St-Kitts et Nevis (26 millions), Ste-Lucie (24 millions) et la Grenade (21 millions). Il faut signaler que le processus
d’approbation des prêts a été accéléré durant le dernier trimestre de 2001. Selon les prévisions de la CDB, cette
tendance devrait se poursuivre en 2002 et durant les années à venir en raison de récents efforts de restructuration interne
et de l’institution de systèmes de gestion permettant un suivi plus serré et des indications plus claires concernant les
critères d’approbation des projets.
Appel des « callable shares »
Le poids relatif des « callable shares » (environ 88 %) dans le total des actions souscrites indique que les recours aux
financements au prorata des contributions par l’appel de ces fonds ne surviennent que rarement et concernent des
volumes négligeables, surtout quand on se rappelle que la CDB existe depuis 1969. D’ailleurs, depuis sa création, la
CDB n’a jamais procédé à l’appel de ce type d’actions
Impacts sur les réserves de change de la BRH
Les ressources financières dont bénéficiera Haïti à travers la CDB devraient avoir des impacts positifs sur les réserves
internationales de la BRH pour les raisons suivantes :
Le poids relatif des prêts et dons octroyés par la CDB aux gouvernements est relativement élevé comparativement
à ceux destinés au secteur privé ;
Le poids relatif des ressources concessionnelles dans le total des prêts octroyés est plus important (plus de 60 % en
2001) que celui des ressources ordinaires. Vu son statut de PMA, Haïti sera probablement classée dans un groupe
bénéficiant de traitements plus concessionnels que le groupe 4. Ainsi, dans la mesure où les problèmes de capacité
d’absorption sont réduits, le pays sera susceptible de bénéficier d’un volume important de ressources concessionnelles ;
Le caractère concessionnel des ressources dont pourra bénéficier Haïti impliquera un fardeau du service de la dette
moindre envers la CDB et aura des incidences de court terme faibles sur les réserves de change vu l’étendue des
périodes de grâce et de maturité des prêts financés par la Banque.
16 Source : Document préparé par Charles Castel et Fritz Duroseau en vue des négociations relatives à l’adhésion d’Haïti à la CDB.
39