Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
[page 1]
mamans: mt. | connais dtmtesirnntionininnn msn D ‘
TD
[0]
N
Ê
<
œ Rapport N° 6113-HA | FILE COPY |
2
a +
£ Haïti
[a] .
2 Examen Des Depenses Publiques
æ]
&
{En Deux Volumes) Volume [: Rapport Principal
29 septembre 1986
Bureau régional Amérique latine et Caraïbes
FOR OFFICIAL USE ONLY
TD
[0]
N
5
5
<
2
2
8
8
2
©
re)
=]
&
POUR USAGE OFFICIEL
Rs
Le présent document fait l’objet d’une diffusion restreinte. Il ne peut être
utilisé par ses destinataires que dans l'exercice de leurs fonctions officielles et
sa teneur ne peut être divulguée sans l'autorisation de la Banque mondiale.
[page 2]
a
TAUX DE CHANGE
Monnaie = Gourde (G)
1 gourde = 0,20 dollar
1 dollar = 5 gourdes
POIDS ET _ MESURES
Système métrique
ANNEE BUDGETAIRE
ler octobre au 30 septembre
L'abréviation AB représente l'année budgétaire. Ainsi AB 86 correspond à
la période allant du ler octobre 1985 au 30 septembre 1986.
ABREVTATIONS
AAN Autorité aéroportuaire nationale
ACDI Agence canadienne de développement international
AOPS Association des oeuvres privées de santé
APN Autorité portuaire nationale
BCA Bureau de crédit agricole
BCI Banque de crédit immobilier
BID Banque interaméricaine de développement
BNDAI Banque nationale de développement agricole et industriel
BRH Banque de la République d'Haïti
CAMEP Centrale autonome d'eau potable
CCCE Caisse centrale de coopération économique
CONATRA Compagnie nationale de transport
DDT Département de transport (MTPTC)
DHFN Division d'hygiène familiale et nutrition
DRE Direction de ressources énergétiques
EdH Electricité d'Haïti
ENAOL Entreprise nationale des oléagineux
EPPLS Entreprise publique des logements sociaux
FISE Fonds des Nations unies pour l'enfance
FNUAP Fonds des Nations unies pour les activités en matière de
population
[page 3]
FOR OFFICIAL USE ONLY
HAITI : EXAMEN DES DEPENSES PUBLIQUES
TABLE DES MATIERES
VOLUME I : RAPPORT PRINCIPAL
Pages
CONDENSE
TABLE DES MATIERES
SOMMAIRE .....ssscososesssrsnesesssssnsnemssessnsessnssssssesssses i
CHAPITRE I : L'ÉCONOMIE ......sssscsssssssscomsescssssssosenessess 1
Evolution récente ....s...sssssssssssssssmsssssssses 1
Projections économiques ........s.sesessossesenessees 3
La nécessité de réformes structurelles .........,... h
Ressources affectées aux dépenses publiques ........ 5
CHAPITRE II : DÉPENSES PUBLIQUES ...............s.sssssesosososses 8
Compositions des dépenses publiques ..............., 8
Dépenses passées du Trésor : rôle des
dépenses extrabudgétaires ......s...sesossssssenss 10
Dépenses de fonctionnement : Ministères et bureaux . 11
Dépenses de fonctionnement : Autres objectifs
identifiés ... ses ssssssssesesessssessseuss 16
Dépenses de fonctionnement : Encours des obligations
à l'égard des fournisseurs locaux ................ 16
Dépenses de fonctionnement : Service de la dette ... 16
Dépenses de fonctionnement : Non identifiées ....... 17
Dépenses de fonctionnement évitées : Le rôle des ONG 18
Dépenses d'investissement .................sesessese 19
Rendement des investissements publics .............. 24
Recommandations générales ............sssssssssssse 26
Programme de dépenses publiques recommandé, AB 86-89 28
Ce rapport a été établi à la suite du séjour effectué en Haïti, en octobre-
novembre 1985, par une mission composée de Nicholas Burnett (chef de
mission), Peter Gyamfi (transports), Robert Lacey (entreprises publiques
industrielles, télécommunications), Adrian Lambertini (énergie électrique),
Julio Linares et Carlo Rietveld (adduction d'eau), William McGreevey
(santé), Maryvonne Plessis-Fraissard (secteur urbain), Antoine Schwartz
(éducation), Tom Zalla (agriculture, consultant) et John Gallup (assistant
de recherche). Jacomina de Regt (éducation) et Noël King (énergie) ont
- aussi contribué à la rédaction du rapport. Un projet de rapport fut
discuté avec les autorités haïtiennes et les principaux donateurs en
juillet et août 1986.
| This document has a restricted distribution and may be used by recipients only in the performance
of their official duties. Its contents may not otherwise be disclosed without Worid Bank authorization.
[page 4]
TABLE DES MATIÈRES (suite) - 2-
Pages
CHAPITRE III : AGRICULTURE .,......osssscsssosesesessssesousse 35
Le secteur et sa planification .............sssssss 35
La rentabilité médiocre des investissements
publics dans l'agriculture .....,................. 37
A. Composition du budget d'investissement ..,.... 37
B. Problèmes de fonctionnement et de gestion des
ministères ...sscssssosssasesessssesssssesses 38
C. Politiques complémentaires et organisation ... 40
Programme d'investissement et plan de financement
AB 86-89 ... sus smseneneseereresesesssesesse 43
Recommandations ...........e.sessesssssssesessss 46
CHAPITRE IV : ENTREPRISES INDUSTRIELLES PUBLIQUES ................ 50
I. Besoins d'infrastructure des exportateurs
privés sers senesesssssseesssssssssneses 50
Infrastructure et parcs industriels ......... 50
Recommandations ...... ses 51
II. Entreprises industrielles publiques ........... 51
Aspects financiers et opérationnels ......... 52
Dette ........essssessessessessssesesssseses 5
Impact sur la balance des paiements ......... 54
Impact sur l'économie ..................s... 55
Actions récentes du Gouvernement : ENAOL
et USN ss sssesssessosesessessesessese 56
Options ouvertes : La Minoterie, Ciment
d'Haïti et USN .......sssssssossssesesesess 56
Recommandations ........,.......s.s.ecssssones 57
CHAPITRE V : ENERGIE ELECTRIQUE ..........ssssssssssesesessosss 60
Le contexte sectoriel .........ssssusssssesssesssess 60
Le secteur électrique et sa planification .......... 62
Demande d'électricité ..........ssssssssessssesesese 63
Tarifs et dépenses d'exploitation .................. 64
Plan d'expansion AB 86-95 .....,..........ssesssssse 65
Programme d'investissement et plan de financement
AB 86-89 .... sus sssnnenesss cesse 66
Recommandations ......,.........e.ssessssesessessss 68
CHAPITRE VI : TRANSPORTS ....,.....ssesesssesssssensssesmssssssues 70
Le secteur et sa planification ...........s....ssses 70
Dépenses de fonctionnement ...............ssssssssee 72
Programme d'investissement et plan de financement,
AB 86-89 ...... ses sessosssesessneuessesesses 74
Recommandations .........s.sesessseseossusssssesenes 75
[page 5]
TABLE DES MATIÈRES (suite) - 3 -
Pages
CHAPITRE VII : TELECOMMUNICATIONS .....sssssssssssssoseussssseusses 81
Le secteur et sa planification ...........s.ssssssse 81
äspects financiers ...........s.sssessesssssosssesee 83
Programme et plan de financement des investissements,
AB 86-89 .......... essences srssessnssss 85
Recommandations osseuses sssessnnesssssesse 87
CHAPITRE VIII : LE SECTEUR URBAIN ...........ssssussssssscscesseses 89
Le secteur et sa planification .........,.......... 89
Dépenses de fonctionnement .....4......s.ssssosssse 92
Programme d'investissement et plan de financement,
AB 86-89 ......... es ssnsnmnes ere esse 93
Recommandations .........s.essessenesssresseseessses 94
CHAPITRE IX : L'ADDUCTION D'EAU ........ssssssssesenseuerosseseses 98
Le secteur et sa planification .................... 98
Aspects financiers ..... sos sssssesosssssssss 100
Programme d'investissement et plan de financement
AB 86-89 ..... us ssunsuonssssssnesssssessssssse 101
Recommandations .....s..sessscssesnessossessenssunes 103
CHAPITRE X : ENSEIGNEMENT ....., sos eussousesesenssesesnsunsss 105
Le secteur et ses projets .........s.ssssesesesssese 105
Dépenses effectuées dans le passé .......,.......... 110
Programme de dépenses et plan de financement,
AB 86-89 .....,........e.ssessusessmesssssoseneuse 113
Recommandations ...sssssssensssssmeusssssseuessesses 115
CHAPITRE XI : SANTE PUBLIQUE ...,.,,....ussossssoonosssocssesusses 124
Le secteur et sa planification .....,...,.......... 124
Dépenses passées .......ssssssessessensosesssousse 129
Programme de dépenses et plan de financement,
AB 86-89 .,....... eus sesssssssesenesnsnsssssses 132
Recommandations ............sssussssscreessensonese 134
VOLUME _II_: ANNEXES
ANNEXE I : PROJECTIONS ECONOMIQUES
ANNEXE II : ANNEXE STATISTIQUE
Index des tableaux
Tableaux
[page 6]
TABLE DES MATIERES (suite) - & —
ANNEXE IIE : DONNEES, PROJET PAR PROJET
Table des matières
Note explicative
Données, projet par projet
LISTE DES TABLEAUX DANS LE TEXTE (VOLUME I)
Pages
CHAPITRE I
I. Opérations du secteur public, AB 81-85 ..........,.. 2
1.2 Excédents d'exploitation des entreprises publiques
et transferts au Gouvernement, AB 84-85 ....,...., 5
CHAPITRE II
II.1 Budget, AB 86 ...........ssusssssosesssssesessesouss 9
11,2 Dépenses du Trésor, AB 81-85 et Budget, AB 86....... 11
11.3 Dépenses ordinaires des Ministères et Bureaux,
AB 82-85 et Budget, AB 86 ............ssssosesusss 12
II.4 Emplois publics réels et budgétisés, AB 79-82 ...... 13
II.5 Part des dépenses de personnel dans les dépenses
des Ministères, AB 82-85 ...,..,....sssssseussuses 15
11.6 Service de la dette de l'Etat, AB 86 et projections,
AB 87-89 ...... users sssenesosseseseseususe 17
11.7 Dépenses de 71 ONG, AB 82-85 .....,.......sussscussus 19
11.8 Financement des investissements publics AB 84-85
et Budget, AB 86 .....,......sssssssscssseusoresess 20
11.9 Investissements prévus, budgétisés et réels,
AB 81-84 ...... sos sus sscesussssssusssusese 22
11.10 Allocation sectorielle des investissements publics
en fonction des sources de financement, moyenne
AB 84-85 sense snessnesesseseseusses 23
11.11 Dépenses ordinaires recommandées pour les
Ministères axés sur le développement, AB 86-89 ... 29
11.12 Programme et financement des investissements
publics recommandés, AB 86-89 ....,...........ssss. 30
11.13 Dépenses recommandées pour le Trésor, AB 86-89,
et Budget, AB 86 .......ssssssussssssensssoeesesee 32
t
[page 7]
TABLE DES MATIERES (suite) 5 -
Pages
CHAPITRE III
TII.1 Budget des investissements publics en
agriculture, AB 86 ...,,...........ssesssesososess 36
III.2 Investissements publics en agriculture :
dépenses réelles et dépenses budgétisées,
AM 82-85 ....... essor ssssessness encens 39
111.3 Composition du budget des investissements
agricoles, AB 86 ...........sssssessssesseneesenes &5
ITT.4 Financement du budget du MARNDR pour AB 85-86 ...... 46
111.5 Dépenses et financement du MARNDR recommandés
pour AB 86-89, et Budget réel AB 86 ...........,.. 48
CHAPITRE IV
IV.1 Entreprises industrielles publiques : Résumé des
performances financières moyennes, AB 83-85 ...... 52
IV.2 Entreprises industrielles publiques : Comparaison
entre les coûts de production unitaires et les
prix c.a.f. à l'importation, AB 85 .............., 53
IV.3 Impact économique des entreprises industrielles
publiques, AB 82-85 .................ssssenonsssse 56
: IV.4 Entreprises industrielles publiques; Programme
illustratif d'investissement, AB 86-89 ........... 58
CHAPITRE V
v.l EdH : Programme d'investissement, AB 86-89 ......... 66
v.2 EdH : Plan de financement 1986-89 ...............,., 67
CHAPITRE VI
VI.l Programme préliminaire d'investissements dans le
secteur des transports, AB 86-91 ,...,.,.......,.. 73
VI.2 Programme d'investissements recommandé pour le
secteur des transports, AB 86-89 ................. 78
VI.3 Dépenses recommandées en matière de transports,
AB 86-89 .,..........ssrresenessssnsssscsnessoee 79
CHAPITRE VII
VII.1 TELECO : Comptes d'exploitation, AB 81-85, et
Budget AB 86 ............. uses sessonssssuseses 83
VIT.2 TELECO : Programme d'investissements et de
financement, AB 86-89 ...,.,..,...,....ssessssssssue 85
VII.3 TELECO : Investissement programmé et réalisé,
AB 84-86 .... ns sssssesnneonenesneusesnssensese 86
[page 8]
L
TABLE DES MATIERES (suite) — 6 -
Pages
CHAPITRE VIII
VIII. Investissements urbains programmés et exécutés,
AB 81-85 ..... soso sssoessesssesssssssseseecee 90
VIII.2 Budget des dépenses de fonctionnement du secteur
urbain, AB 86 ......s.ssssssssssssssssssssssssssss 92
VIII.3 Investissements proposés dans le secteur urbain,
AB 86-88 .......... esse sssessssssssssueee 93
VIII.4 Programme d'investissement recommandé pour le
secteur urbain, AB 86-89 ..................sess. 96
CHAPITRE IX
IX.1 Programme d'investissement en adduction d'eau et
son financement, AB 86-89 .........sssssssssssssss 101
CHAPITRE X
X.1 Rôle du secteur privé dans l'enseignement, AB 84 ... 104
X.2 Dépenses publiques ordinaires au titre de
l'enseignement par niveau, AB 85 ................: 112
X.3 Investissement dans l'enseignement public et son
financement, AB 86-91 ...........sssssssssssssssse 114
X.4 Dépenses ordinaires d'enseignement recommandées,
AB 86-96 ...........sssseenesessesessessnsressese 119
X.5 Programme recommandé d'investissement dans
l'enseignement, AB 86-89 ............s.ssssssssses 120
X.6 Recommandation en matière de dépenses d'enseignement
et de leur financement, AB 86-89 ..............0e 122
CHAPITRE XI
XI.1 Dépenses totales de santé, AB 81-85 ..........+. 128
XI.2 Dépenses publiques de santé, AB 80-85, et
Budget, AB 86 ...........essseseosesessnsssccscese 131
XI.3 MSPP : Sources et utilisations des fonds
d'investissement, AB 86, inscrits au budget et
probables ........s.ss.ssssssssssssscssssosses 132
XI.4 MSPP : Programme recommandé de dépenses et son
financement, AB 86-90 ............ssssossssssssse 137
l
[page 9]
CONDENSE
Ce rapport étudie les dépenses publiques d'Haïti sous des
circonstances de stagnation économique et de nécessité de réformes
structurelles importantes. Il propose qu'Haïti adopte un programme
triennal glissant d'investissement. Il examine le niveau et le contrôle
des dépenses publiques dans leur ensemble (dépenses de fonctionnement et
d'investissement, y compris l'emploi dans le secteur public), le rôle des
donateurs ainsi que neuf secteurs : agriculture, industrie, énergie
électrique, transports, télécommunications, urbanisme, adduction d'eau,
éducation et santé.
[page 10]
[page 11]
SOMMAIRE
À. Les récents événements politiques offrent à Haïti une occasion
unique pour adopter des politiques propres à amorcer une croissance
économique soutenue et commencer à alléger la misère profonde dans laquelle
vit l'Haïtien moyen. La pression grandissante que ia population exerce sur
les ressources naturelles limitées ne peut être atténuée que par un
accroissement de la production, accompagné de planning familial et d'une
amélioration du capital humain. D'importantes réformes s'imposent au
niveau des structures et de la fixation des prix dans les secteurs
productifs, et il convient d'examiner minutieusement les dépenses
publiques. Le rapport, intitulé Haïti : Comment stimuler la croissance
(rapport de la Banque mondiale N° 5601-HA, 10 juin 1985), recommande
d'importantes modifications de politiques dans l'agriculture et
l'industrie; le présent rapport sert de complément à ces recommandations
par des propositions portant sur le niveau et la répartition des dépenses
publiques, notamment celles des entreprises publiques 1/. Les dépenses
publiques ont représenté en moyenne 22 % du PIB au cours des cing dernières
années, dont 54 % furent affectées aux dépenses de fonctionnement du Trésor
et 46 % aux dépenses d'investissement de l'ensemble du secteur public.
ii. L'économie haïtienne stagne depuis six ans; le revenu par
habitant est encore inférieur de 9 % à celui de 1980. L'aide externe à
elle seule ne suffit pas pour surmonter ce mal. Le seul moyen de parvenir à
une croissance soutenue est d'entreprendre une réforme radicale de
politiques, accompagnée d'un très modeste accroissement de l'aide externe.
La réforme permettra de réaliser un taux de croissance économique réel et
soutenu d'environ 3 à 4 % par an pour le reste des années 80, ce qui
contribuera à jeter les bases d'une expansion plus rapide dans les
années 90.
iii, Les réformes nécessaires au niveau des dépenses, des structures
ét de l'établissement des prix sont liées. Ainsi, par exemple, des
investissements publics continus pour la remise en état des systèmes
d'irrigation ne peuvent être efficaces sans avoir au préalable établi
convenablement les prix agricoles ainsi que des mécanismes pour recouvrer
les coûts d'exploitation des systèmes d'irrigation et pour effectuer les
travaux d'entretien.
1/ Des changements de politiques sont présentement mis en place. Le
présent rapport utilise le budget établi originellement pour 1'AB 86
comme cadre de référence. Là où c'est possible, les changements
importants sont signalés, mais ils ne sont pas réflétés dans les
données chiffrées qui, en général, se réfèrent à fin 1985. La mise à
jour de ces données n'affecterait en aucun cas les conclusions du
présent rapport.
[page 12]
- ii-
iv. Un budget équilibré pour le secteur public consolidé, financé
uniquement au moyen des recettes fiscales et douanières, des revenus des
entreprises publiques et de l'aide concessionnelle est un élément
fondamental des dépenses futures. Le contrôle financier fut inadéquat,
notamment celui des entreprises publiques. Récemment, des dépenses
extrabudgétaires improductives, telles que la construction d'une nouvelle
usine sucrière non rentable et l'achat d'un avion militaire, ont entraîné
des déficits budgétaires représentant en moyenne 10 % du PIB; elles furent
financés au moyen de l'aide concessionnelle (67 %), de crédits accordés par
la Banque centrale au secteur public (28 %) et par des emprunts sur les
marchés financiers extérieurs (5 4). Haïti est trop pauvre pour emprunter
à l'extérieur aux conditions du marché et, jusque récemment, l'excédent de
liquidités, engendré par la création monétaire, eut des répercussions sur
la balance des paiements et menaça la parité de la gourde.
v. Les dépenses publiques doivent être ajustées en vue d'accroître
la rentabilité des investissements privés et publics existants. Ceci
requiert un niveau adéquat des dépenses de fonctionnement des ministères
axés sur le développement, tout particulièrement ceux concernés par
l'agriculture, les travaux publics, l'éducation et la santé. Des
augmentations modestes furent accordées à la mi-AB 86 bénéficiant
l'éducation et la santé. Les quatre ministères axés sur le développement
ont tous des effectifs importants et par conséquent une part trop
substantielle de leurs dépenses est affectée aux salaires, bien que leur
échelle de salaires est relativement faible par rapport à celles d'autres
ministères; ils patissent en particulier de l'insuffisance des ressources
de fonctionnement non salariales. IL en résulte que les agents de
vulgarisation agricole ne peuvent se rendre sur le terrain, que les écoles
n'ont pas de manuels, et que les médicaments font défaut dans les centres
de santé publics. Une augmentation réelle, par rapport à l'AB 86,
d'environ 25 % des budgets de fonctionnement de ces quatre ministères
s'impose : ces budgets doivent passer de 300 millions de gourdes environ à
400 millions de gourdes, la quasi totalité devant être affectée aux
ressources de fonctionnement, salaires non compris. Il est également
nécessaire d'améliorer sensiblement l'efficience interne.
vi. En partie du fait que certains donateurs ont progressivement
écarté l'aide financière des circuits étatiques, les organisations non
gouvernementales (ONG) ont pris de plus en plus d'importance dans plusieurs
secteurs, particulièrement ceux de l'agriculture, l'éducation et la santé;
l'accroissement des dépenses des ONG a, dans un sens, permis au
Gouvernement d'éviter certaines dépenses de fonctionnement. L'Etat doit
améliorer sa coordination avec les ONG, spécialement dans l'agriculture et
l'éducation, la coordination au niveau de la santé étant relativement
efficace.
|
[page 13]
- iii -
vii. Tant que les modifications recommandées en matière de dépenses de
fonctionnement et de coordination avec les ONG ne seront pas réalisées, il
sera impossible d'accroître le taux de rendement des investissements
publics. Le budget de fonctionnement relève du Ministère de l'économie et
des finances, tandis que le budget d'investissement dépendrait du Ministère
du Plan 2/. Le taux de rendement des investissements publics a été faible
dans le passé pour de multiples raisons : les réformes relatives à
l'établissement des prix et aux structures n'ont pas eu lieu; la majeure
partie du budget d'investissement n'a pas été utilisée pour des
investissements, mais plutôt pour le paiement de salaires ou encore
utilisée à d'autres fins que le développement; l'insuffisance des dépenses
de fonctionnement complémentaires et, enfin, la médiocrité du processus de
sélection des projets. Le système de planification, budgétisation, suivi
et de décaissement des investissements publics, théoriquement basé sur un
plan quinquennal, était désordonné et complexe et offrait de nombreuses
possibilités de détournement de fonds. Les projets entièrement financés à
l'aide des ressources de l'Etat ou d'emprunts commerciaux extérieurs, tels
que l'usine sucrière et l'usine d'huile végétale de l'Etat, n'ont pas été
sélectionnés sur la base de critères économiques. Le Gouvernement ne
dispose pas d'une capacité d'analyse de projets; il a accepté les projets
offerts par les donateurs sans examen préalable. Les donateurs n'évaluent
pas les projets de manière adéquate; les taux de rentabilité économique
n'ont été calculé que pour moins de 5 % des projets en cours. Et les coûts
d'exploitation ou de fonctionnement n'ont été évalué en fait pour
pratiquement aucun projet. Exception faite du secteur de l'énergie
électrique, la coordination de l'aide externe n'a pas été efficace; il
existe des problèmes particuliers dans l'agriculture, les transports et
l'éducation. Il est frappant de constater le nombre de donateurs engagés
dans les divers secteurs.
viii. Le système lourd de budgétisation et de planification devrait
être remplacé par un système plus souple. Le présent rapport recommande un
programme triennal glissant d'investissement public, et propose des
investissements dans ce contexte. L'expérience d'autres pays a montré
qu'une budgétisation et un contrôle financier efficaces ne sont possibles
que si les responsabilités pour les dépenses de fonctionnement et les
dépenses d'investissement sont consolidées. . Un système efficace de
contrôle financier est nécessaire. Il convient de mettre en place une
capacité d'analyse de projets et d'améliorer la coordination de l'aide. Le
Gouvernement pourrait également envisager d'établir, au sein de
l'administration, un point de passage unique et obligé pour tous contacts
avec les donateurs, et limiter le nombre de donateurs engagés dans chacun
des secteurs. (Certaines de ces mesures prendront du temps et exigeront une
assistance technique. Il n'y a aucune raison toutefois que des systèmes
efficaces ne soient en place dès le début des années 90.
2/ Le Ministère du Plan fut aboli en août 1986. Un nouveau Commissariat
à la Promotion nationale et au Service public fut créé.
[page 14]
iv
ix. Les investissements publics devraient être axés sur la
consolidation et la remise en valeur des investissements existants. Les
investissements publics pourraient être maintenus à peu près constants,
jusqu'à la fin de l'AB 89, à environ 840 millions de gourdes par an à prix
constants de l'AB 86 (environ 8 % du PIB), avec des hausses, comparées au
passé, en agriculture, santé, éducation et adduction d'eau, et des
réductions en industrie, transports et les dépenses autres que pour le
développement. Ce niveau d'investissements publics représentera un
accroissement réel modeste par rapport à l'AB 85, mais une baisse notable
par rapport aux anticipations exagérées quant à l'aide extérieure incluses
dans le budget de 1l'AB 86. Le taux de rendement des investissements
publics devrait toutefois augmenter, d'autant plus qu'une plus grande
proportion de ces dépenses résulteront en investissements immobilisés
réels. Ce niveau d'investissement posera peu de difficultés de
financement. L'apport du Trésor ne dépassera pas le niveau budgétisé pour
la présente AB 86 (136 millions de gourdes); le gros des investissements
dans le secteur des entreprises publiques sera réalisé par les compagnies
d'électricité et de télécommunications, dont la situation financière
permettra l'autofinancement des investissements; en plus les programmes
d'investissement des deux compagnies sont appropriés. Les décaissements
d'aide concessionnelle devront être d'un montant annuel moyen de
110 millions de dollars, dont 50 % environ sont déjà engagés.
x. Le problème du financement des dépenses publiques est celui du
financement du budget de fonctionnement. Les accroissements recommandés
pour les quatre ministères axés sur le développement peuvent être financés
en éliminant les gaspillages et les dépenses difficilement justifiables.
Malgré le nombre officiel de 32.000, on compte près de
60.000 fonctionnaires, ce qui est nettement supérieur à l'effectif
nécessaire pour un fonctionnement efficace de l'administration. En
particulier, un nombre important d'employés fictifs et improductifs
figurent sur l'état de paie de l'administration. Une compression initiale
de l'emploi dans les ministères non axés sur le développement est
recommandée; cela n'affectera probablement que les employés fictifs. En
outre, les dépenses de fonctionnement non identifiées, tout
particulièrement la catégorie “obligations spéciales" et les lignes
budgétaires ‘sans justification", représentaient environ 17 % de la
totalité des dépenses du Trésor. Celles-ci furent déjà réduites et le
Gouvernement a l'intention de les supprimer dans le budget pour l'AB 87.
En supposant, estimation d'ailleurs généreuse, que 25 % de ces dépenses
sont peut-être en fait raisonnables, l'élimination des 75 % restants
permettra de réaliser des économies suffisantes pour financer les
augmentations de dépenses de fonctionnement, nécessaires pour le
développement.
xi. D'autres économies potentielles pourront sans aucun doute être
identifiées en procédant, d'une part, à une vérification des comptes pour
toutes les dépenses publiques récentes afin de déterminer où il y a eu des
[page 15]
VV —-
détournements, et, d'autre part, en analysant les besoins d'emplois dans la
fonction publique ainsi que la dotation actuelle en personnel. Une fois
cette analyse réalisée, on pourra mettre au point des programmes visant à
réduire au fil des ans la dimension de la fonction publique par diminution
naturelle des effectifs, retraite anticipée, primes de licenciement et
autres.
xii. En effet, le gaspillage au niveau du budget actuel fut si
considérable que les modestes modifications et réductions recommandées
ci-dessus, avant même toute compression des effectifs de la fonction
publique et l'élimination de toutes les dépenses douteuses, auraient causé
d'ici la fin des années 80 un excédent budgétaire courant de quelque
200 millions de gourdes par an, si les recettes auraient été maintenues au
niveau de l'AB 86. En fait, les revenus sont tombés de 12 à 10 % du PIB au
cours de l'AB 86 suite aux réductions des taxes; donc un surplus budgétaire
est moins probable. Néanmoins, les ressources libérées par l'élimination
du gaspillage pourront être utilisées pour relever les salaires de ceux qui
demeureront dans la fonction publique, spécialement dans les ministères
axés sur le développement, tels que les enseignants et le personnel médical.
xiii. Le présent rapport contient des recommandations détaillées pour
chacun des secteurs moteurs du développement. Elles ne peuvent pas être
succintement résumées. Les paragraphes suivants donnent les grandes lignes
des principales recommandations pour chaque secteur; il y aura lieu de se
référer au chapitre pertinent pour plus de détails sur l'analyse et les
recommandations. Pour que leur mise en oeuvre soit efficace il faudra,
comme il a été indiqué, une amélioration de la coordination de l'aide
externe et une assistance technique appropriée.
xiv. Agriculture. Comme il a été indiqué, une réaffectation des
ressources ne peut produire de résultats dans l'agriculture si elle n'est
pas accompagnée d'une modification des structures et du système
d'établissement des prix. La plus importante modification au niveau des
dépenses devrait viser à porter les ressources de fonctionnement, salaires
non compris, à environ 40 % du budget de fonctionnement total de
l'agriculture. Cela devrait être complété par d'importantes améliorations
de la gestion destinées à consolider tous les projets agricoles sous
l'égide du Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du
développement rural; il convient également d'améliorer la discipline du
travail, de redéployer les effectifs de Port-au-Prince vers les régions
rurales, et de rationaliser les procédures de décaissement. Il est très
rare que les projets soient intégralement mis en oeuvre, d'une part en
raison de leur conception médiocre au départ et, d'autre part, en raison
des procédures médiocres de mise en oeuvre. Exception faite d'extensions
de projets existants, il ne faudrait pas entamer de nouveaux projets avant
la fin de lL'AB 89, mais il y a lieu de se concentrer sur le fonctionnement
efficace des projets en cours. La priorité en matière d'investissement
[page 16]
!
- vi -
devrait être accordée à la remise en état des systèmes d'irrigation, qui
requiert l'adoption de mesures de fonctionnement appropriées. Les projets
de développement rural nécessitent un objectif de production agricole plus
spécifique, et les trois projets, confrontés à des problèmes, devraient
être réévalués. Les projets de conservation des sols devraient être
considérés comme des expérimentations, en vue d'identifier une stratégie de
lutte contre l'érosion qui puisse être mise en oeuvre d'ici les années 90;
il ne faudrait pas s'attendre qu'ils produisent des résultats tangibles à
court terme. Un projet visant à la création d'unités de transformation du
lait à l'échelle régionale ne semble pas justifié. Il faudrait améliorer
sensiblement l'efficacité du fonctionnement du système pourvoyant le crédit
agricole. Un examen précis, que la mission n'a pu faire, s'impose
d'urgence afin d'identifier les projets devant être éliminés ou
restructurés. Malgré la recommandation générale visant à éviter de
nouveaux projets, deux nouveaux projets ont été identifiés : un projet de
fourniture d'intrants (secteur privé) et un projet de formation à la
vulgarisation et la diffusion. La coordination et l'échange d'expérience
entre le Gouvernement, les ONG et les donateurs devraient être améliorés.
XV. Industrie. Cinq entreprises industrielles publiques ont subi des
pertes économiques au cours des AB 82-85, correspondant à près de 4 % du
PIB; la croissance de l'économie haïtienne n'a pas atteint le taux de 3 %
depuis l'AB 80. L'usine d'huile végétale fut fermée en juillet 1986 et le
marché des huiles végétales libéralisé en avril. Une usine sucrière fut
fermée et la seconde devrait l'être également. L'usine de ciment devrait
cesser de produire du clinker et se consacrer à broyer et emballer le
clinker importé, ce qui nécessite des investissements dans les
installations portuaires, et le marché du ciment devrait être libéralisé.
Il faudrait retirer à La Minoterie son monopole sur les importations de blé
et de farine, libéraliser le marché, et l'assujetir ainsi à dla
concurrence. Des parcs industriels publics supplémentaires ne sont pas
nécessaires d'autant que le secteur privé satisfait la demande; l'idée
d'une Zone franche industrielle, gérée commercialement, à proximité du port
de Port-au-Prince devrait être examinée soigneusement, mais non encouragée.
xvi. Energie électrique. Le Gouvernement devrait freiner la
croissance excessive de la consommation d'énergie du secteur public et
régler ses arriérés à Electricité d'Haïti. La compagnie, bien que dans
l'ensemble bien gérée, devrait accroître l'efficience de ses opérations,
spécialement le nombre d'abonnés par employé, étant donné que ses tarifs
sont déjà parmi les plus élevés de l'hémisphère. Son programme
d'investissement, axé sur la construction du projet hydroélectrique 4C en
Artibonite, est raisonnable et bien équilibré, et ne devrait pas être
difficile à financer. Le programme toutefois néglige un problème sérieux :
l'envasement du réservoir en arrière du barrage de Péligre; néanmoins, une
étude financée par la CCCE sur les diverses options est en cours. Si on
relève la hauteur du barrage on risque d'inonder une petite partie du
l
[page 17]
- vii -
territoire de la République Dominicaine; les deux pays devraient donc
entamer des discussions et évaluer la factibilité politique de telle
solution. La connection des réseaux de Cap-Haïtien, Gonaïves et St.-Marc
avec le réseau de Port-au-Prince ne devrait pas être effectuée avant la fin
des années 90, tout comme le prévoit le plan d'expansion du système.
xvii. Transports. Les effectifs pléthoriques du Ministère des travaux
publics, des transports et des communications devraient être réduits sur
quatre ans, avec une compression annuelle d'environ 5 4. La liste de
projets gouvernmentaux pour le secteur des transports est trop ambitieuse
et devrait être réduite. Les priorités en ce qui concerne le réseau
routier devraient être : achever le programme en cours de construction de
ponts et de ponceaux, la reconstuction des ponts de Fer-à-Cheval et
Guayamouc, la construction et remise en état d'environ 120 km de routes
secondaires par an, l'amélioration de la route Mirebalais-Pont Sondé, et la
remise en état de sections de la route reliant Port-au-Prince à
Mirebalais. Les priorités maritimes et portuaires sont les suivantes :
entretien de l'équipement, petits travaux d'achèvement du port de
Cap-Haïtien, remise en état du port de Jérémie, installation d'un système
de communications radiophoniques, un centre d'inspection et un centre de
formation. Aucun nouveau programme de remise en état des ports de cabotage
n'est approprié, étant donné les résultats décevants des expériences
récentes. Les petits travaux d'aéronautique civile proposés sont
raisonnables, sauf en ce qui concerne la modernisation proposée pour
l'aéroport de Cap-Haïtien, qui n'a aucune justification économique ou
financière, et la proposition de créer un système national de navigation
aérienne, qui nécessite une étude financière et économique pour déterminer
sa factibilité. Il faudrait relancer les réunions de coordination des
donateurs engagés dans le secteur des transports.
xviii. Télécommunications. La gestion de la société étatique, TELECO,
s'est améliorée récemment. La compagnie fait l'objet actuellement d'une
vérification. Cependant, il convient de relever les tarifs domestiques
afin de couvrir au moins les coûts marginaux, de contenir les dépenses de
fonctionnement (spécialement en réduisant de moitié les coûts salariaux par
ligne installée), de diversifier les sources extérieures de financement, et
d'adopter des procédures d'appel d'offres international pour l'achat de
matériel, qui a été plus onéreux que nécessaire en raison du recours à
l'aide liée. I1 faut espérer que le plan directeur en cours d'élaboration
tiendra compte des récentes améliorations organisationnelles et favorisera
une analyse des futurs projets, plus approfondie que par le passé. Le
programme d'investissement de TELECO, qui consiste essentiellement à
introduire des centraux digitaux dans le réseau téléphonique de
Port-au-Prince et à améliorer le service télex, est dans l'ensemble
approprié et satisfait les besoins immédiats. La compagnie ne devrait pas
avoir besoin de financement extérieur supplémentaire avant la fin de
l'AB 89. Le Gouvernement ne devrait pas utiliser les excédents de
[page 18]
Êl
- viii -
liquidités de TELECO pour financer d'autres activités; par exemple, par le
passé ils furent utilisés pour subventionner les coûts d'exploitation de
l'usine sucrière de l'Etat la plus récente.
xix. Secteur urbain. Port-au-Prince a besoin de toute urgence d'un
plan de développement urbain. L'absence d'un tel plan crée des difficultés
énormes pour l'important investissement urbain, le programme de drainage,
ét la planification des investissements afférents à l'adduction d'eau. Le
drainage est un objectif prioritaire car la ville est située dans un
marécage au pied de côteaux abruptes en érosion constante. Avant tout
investissement supplémentaire, il faudrait élaborer un plan urbain et un
système de tarification pour la collecte des déchets solides en milieu
urbain, établir et assurer le financement d'un programme d'entretien des
réseaux de drainage existants ou devant être construits, déterminer les
rôles respectifs de la municipalité et du Ministère des travaux publics,
des transports et des communications, et réévaluer l'échelonnement du
projet. Les problèmes affectant le marché de Croix-des-Bossales doivent
être résolus. Il faudrait accorder plus d'attention aux transports
urbains, aux petits travaux, à la gestion du trafic afin de réduire la
congestion qui empêche les travailleurs d'accéder aux usines d'assemblage
industriel et entrave l'accès desdites usines au port et à l'aéroport. La
compagnie nationale d'autobus CONATRA ne peut soutenir la concurrence des
“tap-tap" privés très efficaces et devrait être fermée. L'assistance
technique devrait se concentrer sur la préparation d'un plan urbain,
l'amélioration des finances municipales et la mise en oeuvre d'un cadastre.
XX Adduction d'eau. Le programme d'investissement implicitement
contenu dans les plans des trois agences sectorielles est bien équilibré et
justifié, bien que dans le cas de Port-au-Prince l'absence d'un plan urbain
rend cette opinion provisoire. Il importe d'améliorer substantiellement la
gestion, les opérations, les finances et la capacité d'exécution de projets
de la CAMEP, organisme d'adduction d'eau de Port-au-Prince, notamment, par
la réduction de moitié du ratio d'effectifs par rattachement. Cet objectif
réalisé, le projet d'adduction d'eau envisagé pour Port-au-Prince deviendra
possible. Les investissements en dehors de Port-au-Prince ne devraient pas
être retardés car des mesures analogues peuvent être prises par les agences
concernées, SNEP et POCHEP, quoiqu'il importe d'adopter des mesures pour
commencer à recouvrer au moins une partie des charges d'exploitation.
xxi, Education. Des objectifs appropriés et réalisables doivent
compléter la réforme de l'éducation de base introduite depuis 1982 et
garantir l'accès à l'enseignement primaire à tous les enfants âgés de 6 ans
d'ici l'an 2000. La majeure partie de l'éducation primaire est assurée par
le secteur privé et il en demeurera ainsi. Le secteur public devrait se
concentrer sur l'amélioration de la qualité et de l'accès pour l'ensemble
du système d'éducation. L'expansion de l'éducation de base devrait se
faire à un rythme plus lent que par le passé, mais compensé par
[page 19]
- ix -
l'amélioration de l'efficacité. Le taux d'expansion de l'éducation de base
dans l'enseignement public devrait être de 3 % par an et cette hausse
devrait être strictement limitée à l'éducation primaire. La politique de
recouvrement des coûts devrait être introduite à l'université ainsi que
dans les écoles professionnelles et techniques. Il faudrait se pencher
davantage sur la formation technique agricole. L'éducation de base doit
être rendue plus efficace, entre autre par le relèvement des salaires des
enseignants qualifiés en vertu de la nouvelle charte des enseignants,
primes pour les enseignants des régions rurales éloignées, et utilisation
du système de double vacation pour les salles de classe en milieu urbain.
La question du minimum de qualifications requises pour les enseignants doit
être étudiée. Les contributions financières des parents à l'éducation de
leurs enfants devraient être réduites non en abaissant les frais de
scolarité mais en fournissant gratuitement les livres dans l'enseignement
primaire. Il convient d'améliorer encore l'efficacité interne du budget de
fonctionnement de l'éducation et de relever son niveau. L'utilisation de
la double vacation en milieu urbain devrait permettre de réduire le budget
d'investissement, qui doit cependant demeurer soutenable sur le plan
opérationnel. Pas d'appels supplémentaires aux fonds d'aide ne seront
nécessaires avant la fin de l'AB 89; cependant il y a lieu d'améliorer la
coordination de l'aide externe et de restructurer quelque peu certains
projets qui se chevauchent. Les donateurs qui financent les projets
d'enseignement supérieur, considérés comme non prioritaires, devraient
envisager d'autres usages pour leurs fonds. Aucune nouvelle école normale
n'est nécessaire dans l'enseignement supérieur et jusqu'à présent aucun
investissement public n'est justifié pour l'Institut Roi Henri Christophe,
institution privée.
xxii. Santé. Comme dans l'éducation, il faudrait tenir compte du rôle
efficace joué par les institutions qui ne ressortent pas du secteur
public. Les ressources publiques devraient être redéployées de
Port-au-Prince vers les régions rurales, ainsi que des services curatifs
vers les soins préventifs, les soins de santé primaires, la planification
familiale et les programmes de nutrition cibles. La compression des
effectifs envisagée pour Port-au-Prince est appropriée, mais
l'accroissement notable prévu pour les régions rurales est excessif. Le
cas échéant, les ONG devraient être utilisées pour fournir les soins en
milieu rural; la coordination entre les ONG et le secteur public est
efficace. Il serait utile de geler l'emploi au Ministère de la santé
publique et de la population et réduire de moitié la taille des classes à
l'école universitaire de médecine. Il faudrait utiliser les dispensaires
et les centres de santé de manière plus intensive et essayer encore de
recouvrer les coûts des services curatifs. Même avec ces améliorations au
niveau de l'efficience, les dépenses de fonctionnement augmenteront
graduellement. Le soutien des donateurs est en baisse depuis quelque
temps, mais il devrait remonter si ces réformes sont introduites avec
succès par le Gouvernement. Dans l'ensemble les projets d'investissement
[page 20]
|
x
sont appropriés, mais nombre d'experts ont des réserves quant à l'accent
mis sur le programme de lutte contre la malaria. La capacité du secteur
public à dispenser les services de santé en milieu rural doit être
renforcée avant que ce projet puisse être élargi. L'idée d'une nouvelle
maternité à Port-au-Prince devraient être abandonnée. Il conviendra de
renverser la tendance à la dégradation des services de planification
familiale et de quadrupler les ressources affectées aux programmes de
nutrition.
l
[page 21]
CHAPITRE I
L'ECONOMIE
Evolution récente
1.01 Les récentes modifications intervenues dans le Gouvernement en
Haïti offrent une occasion unique de modifier les politiques économiques
et de lancer l'économie, qui stagne depuis 1980, sur la voie d'une
croissance et d'un développement soutenus. Le rapport intitulé "Haïti :
Comment stimuler la croissance 1/ décrit l'évolution jusqu'à la fin de
l'AB 84 et traite de ses causes principales :
a) pression croissante de la population sur les ressources
naturelles limitées et politiques inadéquates dans
l'agriculture;
b) stimulants inappropriés pour l'industrie privée et
entreprises industrielles publiques non rentables; et
c) épargne publique insuffisante et affectation inadéquate des
dépenses publiques, tant de fonctionnement que
d'investissement.
1.02 Des événements plus récents renforcent les conclusions du
rapport sus-mentionné. Pendant l'AB 85 le revenu par habitant se situait
encore à 377 dollars, soit 9% en deçà du niveau de l'AB 80.
L'agriculture a continué à stagner. Les industries réductrices
d'importations ont épuisé le potentiel de croissance que le régime de
protection leur avait permis de réaliser dans les années 70. Seul le
secteur de l'assemblage pour l'exportation a continué de progresser au
cours de la première moitié des années 80, malgré la récession aux
Etats-Unis. Tout récemment, cependant, ce secteur a commencé à fléchir,
en raison des perturbations intervenues dans l'industrie des ordinateurs
aux Etats-Unis, et des événements politiques qui se sont produits en Haïti
depuis novembre 1985, et qui ont abouti à un changement de Gouvernement au
début de février 1986. Plusieurs entreprises d'assemblage pour
l'exportation ont fermé leurs opérations en Haïti, soit en raison des
difficultés qu'elles rencontrent avec les autorités douanières ou en
raison des bouleversements politiques. Les problèmes auxquels se heurte
l'industrie d'assemblage pour l'exportation viennent à la suite de la
perte de trois marchés traditionnels d'exportation au cours de ces
1/ Rapport N° 5601-HA de la Banque mondiale, juin 1985.
[page 22]
El
-2-
dernières années : la mine de bauxite a été fermée en 1982; le tourisme a
souffert sérieusement de l'association du SIDA à Haïti; en outre il y a la
menace des Etats-Unis d'interdire l'importation des mangues traitées au
pesticide EDB, en provenance d'Haïti.
1.03 L'incidence négative de ces événements sur la balance des
paiements a été aggravée par un déficit du secteur public représentant en
moyenne 9,6 % du PIB pendant les AB 81-85, déficit financé au moyen de
l'aide extérieure (67 %), de crédits de la Banque centrale (28 %) et
d'emprunts commerciaux extérieurs (5 %). Le schéma du déficit du secteur
public est caractérisé par un contrôle, suivi d'un relâchement; en effet
le déficit est tombé d'environ 13 % du PIB au cours de 1l'AB 81 à 9%
l'AB 83, remontant à nouveau à 10 % au cours de l'AB 84 pour tomber à 6 %
pendant l'exercice suivant (Tableau I.1). Les crédits de la Banque
centrale au secteur public ont atteint près de 3,5 % du PIB pendant les
AB 8l et 84: au cours de l'AB 85, ils sont tombés à environ 2 2.
L'épargne publique a suivi le même schéma.
Tableau I.1 : OPERATIONS DU SECTEUR PUBLIC, AB 81-85
(en pourcentage du PIB)
AB 81 AB 82 AB 83 AB 84 AB 85
Recettes 10,4 12,1 12,6 12,9 13,8
Recettes du Trésor 9,1 10,1 10,3 10,0 11,2
Transferts des entreprises publiques - 1,0 0,9 1,0 0,7
Excédents retenus (entreprises publiques) 1,3 1,0 1,4 1,9 1,9
Dépenses : 23,4 21,4 21,9 23,1 20,2
Dépenses courantes du Trésor 11,3 11,2 11,6 12,4 12,6
Dépenses d'investissement du
secteur public 12,1 10,2 10,3 10,7 7,6
Déficit du secteur public 13,0 9,3 9,3 10,2 6,4
Aide concessionnelle extérieure 6,2 6,5 7,4 6,8 5:2
Dons 3,2 3,9 3,4 3,4 2,6
Prêts (net) 3,0 2,6 b,0 3,8 2,6
Déficit du secteur public après aide 6,8 2,7 1,9 3,4 1,1
Financement commercial extérieur (net) 3,4 0,6 0,7 -0,1 -0,8
Financement intérieur (net) 3,4 3,3 1,2 3,5 1,9
Pour mémoire
Epargne publique 0,9 0,9 1,0 0,6 1,1
Source : Tableau 1.11 de l'Appendice statistique.
l
[page 23]
-3-
1.04 Le déficit du secteur public des dernières années a eu des
répercussions sur la balance des paiements. Ce double déficit fut
essentiellement financé pendant l'AB 81 par des prêts commerciaux
extérieurs pour l'usine sucrière d'Etat la plus récente, l'Usine sucrière
nationale de Darbone (voir Chapitre IV). Toutefois, le déficit de la
balance de paiements, qui représentait en moyenne 4,4 % du PIB pendant les
AB 81-85 a en général été financé par l'aide concessionnelle extérieure,
des emprunts auprès du FMI, des pertes de réserves et des arriérés de
paiement. Comme il a été indiqué, pendant l'AB 85, le déficit du secteur
public a été sensiblement réduit et le déficit de la balance des paiements
a fléchi. Toutefois, la situation du budget et de la balance des paiements
d'Haïti est si précaire que le pays ne peut se permettre d'avoir des
déficits qui ne sont pas financés par l'aide concessionnelle extérieure.
L'excédent de liquidités entraîna l'apparition d'un marché parallèle de
devises, un fléchissement de la gourde de 8 à 25 % depuis 1984, ce qui a
provoqué des perturbations dans les échanges commerciaux, tout
particulièrement des ruptures dans l'approvisionnement en combustible.
Grâce à la discipline fiscale réinstaurée, l'escompte au marché parallèle
est tombé à environ 5 % en juillet 1986. Les emprunts commerciaux doivent
également être remboursés et il sera difficile et inopiné de procéder à de
nouveaux emprunts. Les décaissements nets d'aide fléchirent depuis
l'AB 83, et les réserves nettes en devises à la fin de l'AB 85 étaient
substantiellement négatives (-67 millions de dollars); elles ont décliné au
cours de chacune des cinq dernières années, et leur position ne s'est pas
améliorée depuis. Au début de janvier 1986 Haïti avait des arriérés de
paiement pour les graines oléagineuses et à l'égard du FMI. Les réserves
brutes sont pratiquement inexistantes. Les entreprises publiques ont
souvent dû s'adresser au marché parallèle pour mobiliser des devises.
Depuis février 1986, l'aide financière externe a augmenté et les arriérés
du service de la dette sont épurés.
Projections économiques
1.05 Nonobstant les graves problèmes économiques et financiers
qu'Haïti connaît actuellement, les possiblités d'une nouvelle croissance
économique existent. La mission a mis à jour les projections économiques
contenues dans le rapport, Haïti : Comment stimuler la croissance, et
confirme les conclusions dudit rapport (Appendice 1).
1.06 Trois scénarios ont été comparés. Le même scénario, c'est-à-dire
la poursuite des politiques passées et le maintien des niveaux d'aide
actuels; le scénario de l'aide : continuation des politiques passées
parallèlement à un relèvement des niveaux de l'aide; le scénario des
réformes : combinaison de réformes de politiques et d'accroissement de
l'aide. Les trois scénarios se fondent sur l'hypothèse selon laquelle le
niveau négatif actuel des réserves internationales ne saurait persister et
doit remonter à zéro au plus tard pendant l'AB 90.
1.07 Les résultats des projections démontrent de manière spectaculaire
la nécessité de réformes de politiques et soulignent que l'accroissement de
l'aide à lui seul ne suffira pas pour remettre l'économie haïtienne sur la
[page 24]
È
4 =
voie d'une expansion soutenue. Sous le premier scénario, on aboutira à une
croisance économique zéro, soit à la persistance de la stagnation et à la
chute du revenu par habitant. Le scénario de l'aide ne permettra pas non
plus de maintenir le revenu par habitant, l'économie progressant à un taux
d'environ 1,5 % par an alors que le taux de croissance démographique se
situera à 1,8 % Seul le scénario des réformes produit une croissance
soutenue, bien que modérée, d'environ 3,5 4 par an. Par conséquent l'aide
sera une condition nécessaire mais non suffisante pour assurer une
croissance économique; les réformes de politiques sont plus importantes.
La nécessité de réformes structurelles
1.08 Le problème démographique ne saurait être exagéré. Bien que le
taux de croissance démographique en Haïti se situe en deçà de 2%, la
pression croissante qui s'exerce sur les ressources naturelles est devenue
grave. Une récente étude de la FAO a comparé La charge utile des systèmes
agricoles nationaux, à la demande actuelle et future de denrées
alimentaires compte tenu de la taille de la population et de sa
croissance. L'étude a conclu que la demande de denrées alimentaires dans
les années 70 dépassait déjà de 75 # la capacité du système agricole. Même
avec une amélioration probable des techniques agricoles, la population
d'Haïti, d'après les projections, augmentera de sorte qu'elle sera
supérieure de 87 % à la capacité du système en l'an 2000. Ceci,
parallèlement à la récente stagnation économique, démontre qu'il est
nécessaire d'avoir un programme efficace de planning familial, d'accroître
la production agricole et les exportations afin de pouvoir acheter les
denrées qu'il faudra continuer à importer.
1.09 Une croissance économique soutenue ne peut être réalisée sans
effectuer d'importantes modifications structurelles. Les modifications de
politiques qui s'imposent dans l'agriculture, l'industrie et les recettes
publiques sont discutées dans le rapport Haïti : Comment stimuler la
croissance. Les bénéfices résultant de la croissance des années 1975-80
ont été utilisés pour des activités inappropriées, improductives et
inefficaces, sans oublier la corruption, tous des facteurs contribuant à la
stagnation économique. La présence d'un nouveau Gouvernement est
l'occasion propice pour renverser cette situation. Pour l'essentiel,
l'économie doit être orientée vers l'exportation; il n'y a pas d'autre
option pour une petite économie comme celle d'Haïti. D'autres mesures
ayant trait à l'allocation et au contrôle des dépenses publiques, notamment
celles des entreprises publiques, constituent la substance des Chapitre
II-XI du présent rapport.
1.10 En agriculture, il convient d'établir correctement le système de
stimulants à la production; par exemple, il faudrait réduire encore la taxe
sur l'exportation de café et abolir d'autres taxes à l'exportation; relever
les prix du coton au producteur de manière à ce qu'ils soient égaux aux
prix à l'importation; de même les loyers perçus sur les terres publiques
doivent être augmentés; il faudrait taxer les grandes propriétés foncières
et, enfin, relever les tarifs d'irrigation. Par ailleurs, les opérations
du Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du
[page 25]
-5-
développement rural (MARNDR) doivent être examinées minutieusement; la
commercialisation des produits agricoles doit être améliorée, et il est
urgent de créer une banque de données agricoles. (D'autres mesures portant
sur les dépenses publiques afférentes à l'agriculture sont discutées en
détail au Chapitre III du présent rapport.)
1.11 En__ce qui concerne l'industrie, il convient d'accroître
l'efficience principalement en abolissant les licences d'importation, les
quotas et le contrôle des prix, en réduisant les tarifs et en améliorant
les procédures administratives du service des douanes et celles relatives
aux investissements, aux exportations et opérations connexes. Certaines de
ces mesures sont en cours. (D'autres mesures nécessaires pour l'industrie
- la fourniture en temps opportun d'infrastructures économiques - sont
discutées aux Chapitres IV-IX.) Les entreprises industrielles publiques
non rentables devraient être fermées, désistées ou alors rendues rentables
{Chapitre IV).
1.12 Au fil des ans, il conviendra d'accroître l'effort fiscal
national et améliorer le régime fiscal, essentiellement en poursuivant les
efforts visant à augmenter les recettes des impôts domestiques sur la
valeur ajoutée et sur le revenu, plutôt qu'en prélevant des droits d'accise
et des impôts sur le commerce extérieur, spécialement les exportations et
en améliorant leur perception. Une économie en expansion facilitera bien
sûr cet objectif. La base d'imposition devra être élargie et les taux
pourraient ensuite être réduits, permettant de surmonter la résistance des
contribuables. La collecte des impôts devra continuer à s'améliorer.
1.13 En l'absence toutefois de signes indiquant que ces mesures sont
susceptibles d'être adoptées, le présent rapport utilise dans l'analyse des
dépenses publiques une hypothèse prudente de non-croissance des recettes
fiscales pour les prochaines années. Dans la mesure où cette hypothèse se
révèle incorrecte, la fourniture de services publics et le volume
d'investissements publics pourraient augmenter.
Ressources affectées aux dépenses publiques
1.14 Si l'on mettait fin aux emprunts auprès de la Banque centrale,
les ressources disponibles pour les dépenses publiques seraient composées
des recettes actuelles du Trésor, auxquelles s'ajouteraient les transferts
des entreprises publiques financièrement rentables, les excédents
d'exploitation retenus des entreprises publiques, l'aide concessionnelle,
les dons et les prêts. (Comme il a été noté, Haïti n'a pas accès à
l'emprunt commercial extérieur.
E.15 Les recettes fiscales sont passées de 9 % du PIB pendant l'AB 81
à plus de 11 % au cours de l'AB 85 (Tableau I.1) mais furent réduites à
environ 10 % durant l'AB 86. On ne peut s'attendre à de nouvelles
augmentations tant que la croissance économique ne reprendra pas de manière
sensible. Des améliorations modestes sont possibles toutefois,
spécialement grâce à la taxe sur la valeur ajoutée, dont les recettes sont
passées de 1,1 % à 1,8 % du PIB de l'AB 83 à l'AB 85, comme résultat d'une
[page 26]
= 6 -
meilleure perception de l'impôt sur le revenu et des tarifs d'importation
substituant aux contingents. Un accroissement sensible de l'effort fiscal
ne serait cependant pas approprié dans un avenir immédiat car le secteur
privé a besoin de ressources pour se développer.
1.16 Outre les recettes fiscales, une part croissante des ressources
du secteur public provient des excédents d'exploitation des entreprises
publiques, qui se sont chiffrés en moyenne à 2,8 % du PIB au cours des
AB 84-85 (Tableau I.1). Trois entreprises représentent plus de 80 % de cet
excédent : EdH (la compagnie d'électricité), TELECO (télécommunications) et
la Minoterie (Tableau 1.2). En effet, le Gouvernement depuis l'AB 82 a
complété ses recettes fiscales à l'aide de transferts directs de TELECO et
la Minoterie équivalant à 1 % du PIB au cours des AB 82-84 et à 0,7 %
l'AB 85. Toutes les entreprises sont soumis aux impôts depuis le début de
l'AB 86. Les transferts s'effectuent donc de manière différente. Le
Chapitre IV propose que La Minoterie perde son monopole sur la farine et
que les importations en soient autorisées, sous réserve de l'application
d'un tarif fixé de manière à maintenir les recettes fiscales provenant de
la farine à leur niveau actuel. Que cette proposition soit adoptée ou que
la situation actuelle continue, l'incidence nette sur le fisc sera à peu
près la même. Cependant, les excédents de TELECO ne devraient pas être
transférés au Gouvernement, car la compagnie doit financer des
investissements considérables dans les prochaines années, et ses tarifs
internationaux sont déjà prohibitifs (Chapitre VII).
Tableau I.2 : EXCEDENTS D'EXPLOITATION DES ENTREPRISES PUBLIQUES
ET TRANSFERTS AU GOUVERNEMENT, AB 84-85
(millions de gourdes aux prix courants)
AB 84 AB_85
Excédent Transfert Excédent Transfert
d'exploi- à d'exploi- à
tation l'Etat tation l'État
APN (Port) 19 _ 28 _-
CAMEP (adduction d'eau) 1 -3 1 —3
Ciment d'Haïti 17 _ 22 -
Ed (électricité) 45 _ 57 -
Minoterie 65 6 69 61
TELECO (télécommunications) 112 67 86 35
USND (usine sucrière) 2 -19 -4 20
Total 257 91 258 73
Source : Tableau 2.6 de l'Appendice statistique.
[page 27]
7
1.17 Si l'on tient compte de l'évolution récente des recettes fiscales
et de l'excédent d'exploitation des entreprises publiques, les ressources
(aide externe non comprise) dont dispose le Gouvernement jusqu'à la fin des
années 80 sont supposées se situer constamment à 12 % du PIB. Comparé à la
moyenne (16,7 %) des pays à revenu faible ayant un revenu par habitant
inférieur à 400 dollars, ce niveau est très bas mais néanmoins réaliste.
Dans les années 90, une fois que l'économie sera en expansion soutenue, des
mesures pourront être prises pour intensifier l'effort fiscal.
1.18 Par ailleurs, il est supposé que les entreprises publiques ont un
excédent d'exploitation net, après transferts et taxes, suffisant pour
autofinancer les programes d'investissement recommandés dans d'autres
sections de ce rapport. Les ressources requises atteindront un sommet de
177 millions de gourdes pendant 1l'AB 87 (en prix de l'AB 86), soit 1,6 %
d'un PIB en stagnation, à savoir inférieur à celui des AB 84 et 85. Cette
hypothèse n'est réaliste que si les recommandations contenues au
Chapitre IV, visant à restructurer les conditions de fonctionnement des
entrepises publiques industrielles sont suivies.
[page 28]
ÿ
= 8 —
CHAPITRE II
DÉPENSES PUBLIQUES
2.01 I1 convient de réaménager non seulement les politiques concernant
les secteurs productifs mais également la composition des dépenses
publiques. Le présent rapport n'examine pas toutes les dépenses publiques,
mais se concentre sur les composantes les plus importantes pour le
développement : les dépenses de fonctionnement et d'investissement de
l'Etat et les investissements des entreprises publiques. Le présent
chapitre examine ces composantes dans le cadre du budget de l'AB 86,
discute l'incidence des dépenses publiques depuis 1l'AB 80, énumère les
changements intervenus depuis février 1986 et formule des recommandations
pour l'avenir. Des recommandations détaillées, pour chaque secteur,
figurent aux Chapitres III-XI.
Composition des dépenses publiques
2.02 Le budget de l'AB 86 constitue un progrès sensible en consolidant
: toutes les dépenses publiques dans le budget et en identifiant
explicitement, pour la première fois, de nombreux postes, qui auparavant
avaient été soit exclus du budget ou pas identifiés. Nonobstant ceci, une
grande partie des dépenses non budgétisées n'était pas explicitement
identifiée. Les éléments présentés ici complètent, le cas échéant, le
budget publié.
2.03 Le Tableau II.1 présente les principales composantes des dépenses
publiques, qui étaient budgétisées pour être réparties en parts plus ou
moins égales entre dépenses d'investissement et dépenses de
fonctionnement. Les dépenses de fonctionnement incluaient les dépenses de
fonctionnement des ministères et bureaux, forces armées inclues (60 %), les
dépenses de fonctionnement des autres institutions publiques (8 %); les
paiements dus aux fournisseurs locaux pour des achats effectués les années
précédentes (4 4); et les ressources affectées au service de la dette
(13 4). En juillet 1986, le service de la dette représentait 17 % du
total. Toutefois, pour 17 % des dépenses de fonctionnement les objectifs
n'étaient pas identifiés. Deux tiers environ des dépenses d'investissement
sont affectés à l'Etat lui-même et un tiers aux entreprises publiques.
2.04 Le processus budgétaire ne permet pas d'identifier l'affectation
précise des dépenses d'investissements à chaque ministère, agence et
entreprise publique, comme c'est le cas pour les dépenses de
fonctionnement. Cette situation reflétait les rôles relatifs des
Ministères de l'économie et des finances (MEF) et du Plan (MP). Le premier
est en charge du budget de fonctionnement et de plusieurs entreprises
publiques; le deuxième 1/ était en charge du budget d'investissement de
1/ Le Ministère du Plan fut aboli en août 1986. Un nouveau Commissariat
à la Promotion nationale et au Service public fut créé. ‘
f
[page 29]
- 9 —
l'Etat - mais non de celui des entreprises publiques - dans le cadre d'une
enveloppe globale d'investissement, déterminée par le MEF. Ce
chevauchement budgétaire se poursuit presqu'aux décaissements, le MP
examinant toutes les dépenses d'investissement des ministères avant d'en
autoriser le décaissement par le MEF. Un autre élément contribue à la
confusion : le MP classifie toutes les dépenses d'investissement par
secteur et le MEF adopte tout simplement cette classification et intègre
les tableaux du MP dans le budget consolidé; les allocations ne sont jamais
présentées par ministères en charge.
Tableau 11.1 : BUDGET, AB 86
Millions
de Gourdes Pourcentage
Dépenses de fonctionnement 1.196 52
Ministères et bureaux 712 31
Autres dépenses de fonctionnement identifiées 73 3
Pensions civiles et militaires 29 1
Administrations locales 17 1
Banque nationale de développement
agricole et industriel 12 1
Organisations internationales 7 _
Obligations non acquitées à l'égard
des fournisseurs locaux 49 2
Service de la dette 156 7
Amortissement de la dette
commerciale extérieure 22 1
Amortissement de la dette
concessionnelle extérieure 20 1
Intérêts sur la dette extérieure
(essentiellement commerciale) 19 1
Intérêts à verser au FMI 35 2
Intérêts sur les bons domestiques
du Trésor 60 3
Dépenses ordinaires non identifiées 204 9
Obligations spéciales 179 8
“Accréditifs" 25 1
Dépenses d'équipement 1.113 48
Administration 736 32
Entreprises publiques 377 16
Dépenses totales 2.309 100
Source : MEF, Budget, AB 86.
[page 30]
- 10 -
2.05 Le budget de fonctionnement, qui représente les dépenses
ordinaires afférentes à la gestion de l'administration et des projets de
développement, est financé par les recettes du Trésor et des transferts des
entreprises publiques. Le budget d'investissement est en grande partie
financé par des dons extérieurs et l'aide concessionnelle. Les dépenses
totales du Trésor prévues au budget pour l'AB 86 se chiffraient à
1.332 millions de gourdes, dont 1.196 millions de gourdes affectées aux
dépenses de fonctionnement et 136 millions de gourdes aux investissements.
L'aide externe totale au secteur public était estimée à s'élever à
718 millions de gourdes, soit 65 % des dépenses d'investissement et 31 4
des dépenses totales (ceci exclut bien sûr l'aide aux ONG et au secteur
privé). Dans l'ensemble, et 1'AB 86 ne fut pas l'exception, l'aide
anticipée est toujours surestimée dans le budget haïtien.
Dépenses passées du Trésor : rôle des dépenses extrabudgétaires
2.06 Au cours des AB 81-85, les dépenses extrabudgétaires (celles qui
ne sont pas explicitement prévues au budget) prirent une grande
importance. Le Tableau II.2 présente les dépenses de fonctionnement et
d'investissement du Trésor depuis l'AB 81 (comme noté, le budget de 1'AB 86
est une innovation et ses catégories détaillées ne peuvent être appliquées
au passé). On peut voir clairement le rôle des dépenses extrabudgétaires;
en moyenne pendant les AB 81-85, elles s'établissaient à 22 % du niveau
total anticipé. Exception faite de l'AB 81, les dépenses extrabudgétaires
étaient constituées essentiellement de dépenses ordinaires. Certaines
d'entre elles étaient des dépenses ordinaires afférentes à des objectifs
ligitimes, tels que le service de la dette, qui avant l'AB 86 n'étaient pas
inclues dans le budget. Toutefois, la plupart des dépenses de
fonctionnement extrabudgétaires étaient des dépenses imprévues et
improductives. Des estimations quantitatives ne sont pas disponibles, mais
on saît que ces dépenses comprennent l'achat d'avions militaires, d'un
yacht présidentiel et les frais du référendum de 1985. Les dépenses
d'investissement extrabudgétaires étaient constituées de dépenses
d'investissement et de dépenses financières. Les premières représentaient
en grande partie les dépenses afférentes à la nouvelle usine sucrière de
l'Etat et l'accumulation de stocks dans certaines entreprises et organismes
publics. Les dépenses financières d'investissement ont été réalisées sous
la forme d'achat d'actions de la compagnie Ciment d'Haïti. Depuis février
1986, aucune dépense extrabudgétaire ne fut effectuée.
t
[page 31]
-li-
Tableau II.2 : DEPENSES DU TRESOR, AB 81-85 et BUDGET, AB 86
(en millions de gourdes aux prix courants)
AB 81 AB 82 AB 83 AB 84 AB 85 AB 86
Budget
Dépenses budgétisées 877 962 901 1.005 1.117 1.332
Ministères et bureaux 538 567 540 679 702 712
Autres dépenses de
fonctionnement 204 251 266 230 288 484
Investissements 135 144 95 96 127 136
Dépenses extrabudgétaires 314 41 163 301 273 -
Fonctionnement 84 12 143 214 273 _
Investissements 230 29 10 55 _- _
Capital financier _ _ 10 32 - -
Total 1.190 1.003 1.065 1.306 1.390 1.332
Source : Tableaux 2.3 et 2.5 de l'Appendice statistique.
2.07 Les dépenses extrabudgétaires improductives ont été la cause
principale du déficit du secteur public en Haïti, et partant du déficit de
la balance des paiements. L'élimination de toutes dépenses
extrabudgétaires depuis février 1986 est par conséquent très importante.
Lorsque toutes les dépenses prévues sont consolidées dans le budget, le
total des dépenses budgétisées du Trésor semble augmenter d'un pourcentage
sensible de 19 % par rapport à l'AB 85. Par rapport aux dépenses réelles,
toutefois, elles baissent de 4 % en valeur nominale. Cependant, un système
de contrôles financiers stricts, notamment des entreprises publiques, n'a
pas encore été mis en place. Des vérifications ont été annoncées dans
plusieurs entreprises publiques.
Dépenses de fonctionnement : ministères et bureaux
2.08 Les dépenses de fonctionnement peuvent être réparties par
catégories fonctionnelles et économiques (Tableau II.3). Sur le plan
fonctionnel, les dépenses des ministères et bureaux représentaient 57 à
68 % du total des dépenses de fonctionnement, soit une moyenne de 58 Z, et
étaient estimées à 60 % au cours de l'AB 86. Elles sont à peu près
également réparties entre : l'administration publique générale (justice,
intérieur et défense nationale, forces armées, information et relations
publiques, présidence, affaires étrangères, assemblée législative et
cultes); les services économiques (agriculture, travaux publics, transports
et communications, commerce et industrie, économie et finances, plan, mines
et ressources énergétiques et cour supérieure des comptes); et les services
[page 32]
î
- 12 -
sociaux (éducation, université d'État, santé, affaires sociales et jeunesse
et sports). Cependant, on a récemment constaté qu'une portion non
négligeable du budget du Ministère de l'économie et des finances étaient
utilisée pour les forces armées et les affaires étrangères; ces montants
ont depuis lors été transférés aux budgets des ministères concernés. Les
ministères clés en matière de développement sont ceux de l'agriculture, les
travaux publics, des transports et communications, de l'éducation et de la
santé.
Tableau II.3 : DEPENSES ORDINAIRES DES
MINISTERES ET BUREAUX, AB 82-85 ET BUDGET, AB 86
(millions de gourdes aux prix courants)
AB 82 AB 83 AB 84 AB 85 AB 86
Budget
Total 567 540 679 691 712
Classification fonctionnelle
Administration publique générale 184 177 235 249 248
Services économiques 182 175 238 223 246
Services sociaux 201 188 206 220 219
Classification économique
Personnel /a 400 407 491 528 463
“Sans justification" _- _ _ 35 21
Autres /a 167 133 188 128 228
{a Dans le budget de L'AB 86 les dépenses de personnel pour les forces
armées sont exclues de la rubrique Personnel et inclues, dans la
rubrique ‘Autres.
Sources : MEF; Tableaux 2.7 et 2.8 de l'Appendice statistique.
2.09 Les heures de service de la fonction publique sont de 8 heures à
l4 heures du lundi au vendredi, ce qui représente une journée de travail
bien moins longue que celle de 8 heures dans le secteur privé.
2.10 De la classification économique, il ressort que les dépenses de
personnel constituent la principale composante des dépenses des
ministères. Elles sont budgétisées à 65 % du total pour l'AB 86, contre
71-77 % pendant les AB 82-85, tout simplement parce que les dépenses
afférentes aux forces armées (y compris les salaires) sont maintenant
inclues dans la catégorie "Autres". ‘Les données budgétaires indiquent que,
pendant les AB 84-86, la fonction publique comptait environ 32.400 agents,
personnel militaire et employés des entreprises publiques non compris,
c'est-à-dire le double des effectifs de l'AB 71 et 9 % de plus qu'au cours
[page 33]
- 13 -
de 1'AB 82. Les chiffres officiels des effectifs ont augmenté de 4,8 % par
an depuis l'AB 71, bien que le taux ait sensiblement baissé (2,4 %) depuis
l'AB 80. Quel que soit le taux, il a exercé une forte pression sur le
budget de fonctionnement. Les recrutements furent bloqués dans le secteur
public jusqu'en septembre 1986.
2.11 Le chiffre officiel des effectifs de la fonction publique est
32.400 agents. Le chiffre réel, toutefois, pourrait s'élever à 57.000. Il
n'existe pas de registre tenu à jour des fonctionnaires, ni au niveau de la
Commission de la fonction publique ni des ministères. Or, la base pour
l'établissement d'un registre existe : tous les employés de la fonction
publique sont dorénavant payés par chèque émis par ordinateurs. Récemment
la Commission de la fonction publique a comparé les chiffres officiels à
ceux obtenus à la suite d'une enquête effectuée par le Ministère du Plan
sur les effectifs réels des AB 79-82, il en ressortait que le nombre
d'employés était de 75 % supérieur aux estimations précédentes
(Tableau 11.4). Aucune mesure n'a été prise depuis l'AB 82 pour corriger
le ratio effectifs réels - effectifs officiels. En plus, dans certains
cas, tant des “remboursements de frais" que des traitements furent payés;
cette pratique sera éliminée au cours de l'AB 87.
Tableau II.4 : EMPLOIS PUBLICS RÉELS ET BUDGETISES,
AB 79-82
(milliers)
AB 79 AB 80 AB 81 AB 82
Réels 41,2 16,3 50,8 54,9
Budgétisés : 22,4 27,9 29,3 29,6
Ratio 1,83 1,66 1,73 1,86
Source : Commission de la fonction publique.
2.12 L'écart entre les nombres s'explique en partie par le recours au
budget d'investissement pour financer des frais de fonctionnement,
notamment les salaires des employés (voir ci-après). Selon le Directeur
général de la Commission de la fonction publique, l'écart s'explique
également par l'existence généralisée d'employés improductifs; en effet
très souvent un salaire budgétisé est utilisé pour payer deux ou plusieurs
employés - en raison de leurs contacts politiques - qui en général ne sont
pas censés travailler ou même se présenter au ministère. D'autres systèmes
de corruption comprennent le paiement de salaires à des employés fictifs,
qui sont versés directement à des priviligiés politiques. La mission n'a
pas pu examiner tous les ministères mais a décelé ce type de pratiques aux
MARNDR, MTPTC, MEN et MSPP (Chapitres III, VI, X et XI). Depuis février
1986, un nombre d'actions ont été prises pour résoudre ces problèmes.
[page 34]
ÿ
14 —
2.13 En octobre 1985, le Directeur général de la Commission de la
fonction publique estimait que les tâches réelles de l'administration en
Haïti requiéraient moins de la moitié des effectifs actuels. Cette
estimation ne tient probablement pas pleinement compte des besoins des
secteurs de la santé et de l'éducation.
2.14 Bien que les entreprises publiques ne figurent pas dans le budget
de fonctionnement, leur dotation en personnel reflète la structure
d'ensemble de l'emploi dans la fonction publique. Les cinq entreprises
industrielles publiques employaient plus de 1.800 personnes mais auraient
pu tout aussi bien fonctionner avec moins de la moitié de ce nombre
(Chapitre IV). La compagnie d'électricité a l'un des ratios
abonnés/employé les plus bas de la région (Chapitre V). La compagnie de
télécommunications compte cinq fois le nombre d'agents nécessaire par
central direct (Chapitre VII). La compagnie d'adduction d'eau de
Port-au-Prince compte par 1.000 abonnés deux fois autant d'agents requis,
que la moyenne des pays de l'Amérique latine et des Caraïbes (Chapitre IX).
2.15 Tandis que les dépenses de personnel représentent 75 % des
dépenses de fonctionnement de l'ensemble des ministères, cette proportion
est beaucoup plus importante dans les quatre ministères clés axés sur le
développement (Tableau 11.5). Les Ministères de l'agriculture, de la santé
et de l'éducation sont entravés dans leurs tâches, car leurs ressources
sont totalement inadéquates pour les dépenses de fonctionnement autres que
les dépenses de personnel; ainsi, les dépenses de transport des agents de
vulgarisation agricole et des inspecteurs d'école, d'entretien des
installations de santé et des écoles, du matériel didactique, et des
médicaments sont insuffisantes (Chapitres III, X et XI). Les dépenses de
fonctionnement hors salaires furent augmentées récemment au MSSP. Les
salaires annuels moyens sont, par contre, apparemment plus bas dans ces
ministères que dans les autres : 12.700 gourdes au Ministère de
l'agriculture, 7.300 gourdes au Ministère de l'éducation et 11.400 gourdes
au Ministère de la santé pendant l'AB 85 contre une moyenne pour l'ensemble
de la fonction publique, à l'exclusion des forces armées, de 14.300 gourdes
et une moyenne impressionnante de 25.300 gourdes pour les agents de
l'administration publique générale. Un schéma clair se dégage par
conséquent du faible niveau des salaires, et de l'insuffisance des fonds de
fonctionnement dans les ministères axés sur le développement, par
opposition aux salaires élevés et à la proportion plus importante des
ressources de fonctionnement disponibles pour les frais de fonctionnement à
l'administration publique générale. L'appareil de l'Etat a été favorisé au
détriment du développement. Malgré l'établissement d'une commission de la
fonction publique et l'adoption de la Loi sur la fonction publique au cours
de l'AB 82, il n'existe pas de barème de salaire général pour l'ensemble de
la fonction publique ni de procédure type d'emploi. L'incidence de ces
facteurs et l'existence d'un grand nombre d'employés inactifs a eu un effet
néfaste sur le moral des employés les plus motivés des ministères axés sur
le développement. Les dépenses de fonctionnement pour la santé et
l'éducation furent augmentées à la fin de l'BA 86.
[page 35]
- 15 -
Tableau II.5 : PART DES DEPENSES DE PERSONNEL
DANS LES DÉPENSES DES MINISTERES, AB 82-85
(pourcentage)
AB 82 AB 83 AB 84 AB 85
Agriculture 88 96 93 95
Travaux publics, transports et
communications 71 78 74 78
Education 92 93 90 91
Santé 74 87 87 87
Administration publique générale 64 68 64 66
Tous les ministères 71 75 72 77
Source : Tableau 2.8 de l'Appendice statistique.
2.16 Au cours des dernières années, plusieurs ministères et organismes
gouvernementaux ont amélioré leur dotation en personnel. Le Ministère de
l'agriculture a commencé à réduire le personnel improductif pendant l'AB 85
et a prévu une compression de 10 % durant l'AB 86. Pendant l'AB 85, le
Ministère de l'éducation a essayé d'éliminer de l'état de paie les salaires
des employés fictifs;s il a identifié 400 postes fictifs et les a supprimés
dans le budget de l'AB 86. Le Ministère de la santé prévoit un
redéploiement de ses agents pendant l'AB 86 de Port-au-Prince vers les
zones rurales où il existe un besoin pressant pour les services de santé.
L'agence du logement EPPLS a réduit son personnel de moitié et quadruplé sa
productivité entre l'AB 83 et 1l'AB 85, tout en voyant une dégradation en
l'AB 86. La plupart des ministères furent également entravés du fait qu'il
leur était impossible de transférer même Les crédits les plus insignifiants
d'une ligne budgétaire à l'autre, comme par exemple les salaires à
l'équipement, sans l'autorisation expresse du Ministère des finances,
nécessaire pour chaque transfert au sein de chaque unité budgétaire du
ministère concerné.
2.17 Les fonctionnaires peuvent demander une pension quand ils
atteignent 55 ans et après 25 années de service. Jusqu'en 1986, ils ne
recevaient pas nécessairement une telle pension; cela était laissé à la
discrétion du ministre en poste au moment de la demande; maintenant elle
est obtenu automatiquement. Après 25 années de service, la pension
équivaut à 50 % du salaire, et passe à 75 % après 30 années de service.
Les enseignants, médecins et infirmières n'étaient pas touchés par l'âge
minimum et peuvent réclamer 100 % de leur pension après 25 années de
service; tel n'est plus le cas. Les provisions totales pour les pensions
dans le budget de 1l'AB 86 ne se chiffraient qu'à 29 millions de gourdes.
En plus, 7 % du salaire des fonctionnaires est retenu pour le paiement de
pensions qui est apparemment prélevé sur les revenus courants; ceci aurait
rapporté 37 millions de gourdes pendant l'AB 85. Le coût annuel total des
pensions est donc apparemment d'environ 65 millions de gourdes.
[page 36]
5
- 16 -
Dépenses de fonctionnement : autres objectifs identifiés
2.18 Le budget pour l'AB 86 est utile en ce sens qu'il identifie pour
la première fois les dépenses de fonctionnement autres que celles des
ministères et bureaux. Elles s'élèvent à 29 millions de gourdes pour les
pensions, comme noté; 17 millions de gourdes de transferts aux
administrations locales qui elles-mêmes ne prélèvent pratiquement aucune
recette; et 12 millions de gourdes pour les salaires des employés de la
Banque nationale de développement agricole et industrielle (BNDAI). Les
opérations agricoles de cette banque de crédit sont, comme l'indique le
Chapitre III, tout à fait inefficientes; il en va de même de ses opérations
industrielles. La BNDAI doit être réorganisée de toute urgence. Il n'est
pas justifié que le Trésor paie les coûts de personnel d'une banque de
développement génératrice de revenus. Les autres dépenses de
fonctionnement identifiées sont d'ordre mineur.
Dépenses de fonctionnement : encours des obligations à l'égard des
fournisseurs locaux
2.19 Dans le budget de l'AB 86, environ 49 millions de gourdes
représentent le coût cumulatif d'achats par le Gouvernement, qui n'ont pas
encore été réglés. Dans le document budgétaire, ce montant est inclu dans
l'amortissement, ce qui prête à confusion. Une fois que ces paiements
auront été réglés au cours de l'AB 86, il n'y aura aucune raison de
maintenir cette catégorie, au-delà des termes habituels de paiement à court
terme, chevauchant les exercices.
Dépenses de fonctionnement : service de la dette
2.20 Le service de la dette du Trésor comprend l'amortissement et les
intérêts sur les prêts commerciaux et concessionnels, les intérêts à payer
au FMI et les intérêts sur les obligations d'État détenues par 1a Banque
centrale. Auparavant, le service de la dette était inclu dans les dépenses
extrabudgétaires mais ne constituait en aucune manière un poste de dépenses
inäproprié. Le Gouvernement essaie d'améliorer la gestion du service de la
dette.
ü
2.21 En supposant que toutes nouvelles dettes encourues par l'Etat
seront concessionnaires, et donc assorties d'un modeste service dans le
futur immédiat, on peut prévoir à partir de la dette actuelle, le montant
du service de la dette jusqu'à la fin des années 80 (Tableau II.6). En
termes constants, le service de la dette d'ici à l'AB 89 ne devrait
correspondre qu'à deux tiers du niveau atteint en l'AB 86, tenant compte de
la diminution du service de la dette à l'égard du FMI et des banques
commerciales.
[page 37]
- 17 -
Tableau II.6 : SERVICE DE LA DETTE DE L'ETAT,
AB 86 et PROJECTIONS, AB 82-85
(millions de gourdes aux prix courants)
AB 86 AB 87 AB 88 AB 89
âmortissement &2 20 20 20
Dette commerciale extérieure 22 _- _ _
Dette concessionnelle extérieure 20 20 20 20
Intérêt lé 115 110 110
Bons d'Etat domestiques 60 65 70 75
FMI 35 30 20 15
Autre dette extérieure 19 20 20 20
Total du service de la dette 156 135 130 130
Total du service de la dette
(prix de l'AB 86) 156 127 113 105
Sources : MEF, FMI, estimations de la mission.
Dépenses de fonctionnement : non identifiées
2.22 Dans le budget de l'AB 86, 204 millions de gourdes, soit 9 % des
dépenses totales proposées et 15 % des dépenses du Trésor, n'étaient pas
identifiées; en plus, 179 millions de gourdes sont libellés comme des
“obligations spéciales" et 25 millions de gourdes comme ‘“accréditifs".
Elles représentaient des dépenses discrétionnaires et excédaient de
43 millions de gourdes Le total des investissements publics (136 millions
de gourdes) devant être financés par le Trésor. Certes, tous les
gouvernements ont des fonds discrétionnaires, cependant leur niveau en
Haïti a été excessif ces dernières années et a contribué énormément aux
déficits du secteur public. Certaines dépenses non identifiées dans le
passé étaient des dépenses afférentes au service de la dette et aux
pensions, depuis lors explicitées dans le budget de l'AB 86. La majorité
des dépenses non identifiées, cependant, n'étaient pas justifiées, et
peuvent donc être éliminées. Il n'est pas possible de déterminer avec
précision la proportion du montant inscrit au budget (179 millions de
gourdes}) qui était affectée à des objectifs légitimes. Une vérification
des comptes s'impose en ce qui concerne les dépenses passées, afin de
déterminer la proportion des dépenses devant être maintenue. Depuis avril
1986, ces catégories budgétaires ont été réduites rigoureusement.
2.23 Les dépenses non identifiées existent également dans le chapitre
budgétaire "Ministères et Bureaux". La plupart des départements et unités
ont une ligne budgétaire "sans jutification". Celle-ci représentait 5 % de
leurs dépenses pendant l'AB 85 et 3% dans le budget de l'AB 86. Les
dépenses non identifiées constituaient 47 % du budget (5,6 millions de
[page 38]
L
- 18 -
gourdes) de la direction administrative et comptable du Ministère de la
présidence, 65 % du budget de la Direction des affaires administratives
(abolies en février 1986) du Ministère de l'information et des relations
publiques (8,9 millions de gourdes) et des pourcentages moindres du budget
d'autres ministères. La mission n'a pas pu examiner l'affectation de ces
dépenses et d'autres dépenses discrétionnaires; certaines sont cependant
raisonnables, telles que celles pour les ambassades haïtiennes à
l'étranger, inscrits au budget du Ministère des affaires étrangères. Comme
nous l'avons noté, une vérification est nécessaire pour déterminer les
dépenses qu'il convient de maintenir. Le Gouvernement a l'intention
d'identifier, à partir de l'AB 87, toutes les dépenses selon leurs
objectifs.
2.24 Ces deux catégories non identifiées représentaient plus de
225 millions de gourdes du budget du Trésor pour 1l'AB 86, soit 17 % des
dépenses totales du Trésor.
Dépenses de fonctionnement évitées : le rôle des ONG
2.25 Le Gouvernement a, dans un sens, pu éviter certaines dépenses de
fonctionnement pour le développement au travers des organisations non
gouvernementales (ONG) qui jouent un rôle grandissant en Haïti. On compte
au moins 250 et probablement plus de 300 ONG en Haïti. Il est difficile de
rassembler des renseignements sur leurs activités. Cependant, le Ministère
du Plan a récemment effectué une étude portant sur les 71 ONG les plus
grandes et les plus importantes. Leurs dépenses annuelles totales se
situaient en moyenne à 133 millions de gourdes au cours des AB 82-85,
l'essentiel ayant été affecté au développement communautaire
(Tableau II.7). Toutefois, les dépenses des ONG pour l'éducation et la
santé ont pratiquement triplé au cours de la même période. La plupart des
activités de développement des ONG - par opposition aux activités
missionnaires ou humanitaires - ont été financées par Ll'USAID et 1'ACDI
qui, depuis le début des années 80, redéploient leur aide bilatérale des
circuits gouvernementaux vers les ONG. (Les activités et dépenses des ONG
en agriculture et développement communautaire sont examinées aux
Chapitres III, X et XI.) Pendant lLl'AB 85, les dépenses des ONG pour
l'agriculture et le développement communautaire atteignaient respectivement
66 % du budget public ordinaire pour l'agriculture, 50 % pour l'éducation
et 45 % pour la santé.
ll
[page 39]
- 19 —
Tableau II1.7 : DÉPENSES DE 71 ONG, AB 82-85
(en millions de gourdes aux prix courants)
AB 82 AB 83 AB 84 AB 85
Agriculture 6,6 8,6 7,9 8,3
Education 16,4 41,8 39,2 45,8
Santé 11,9 10,1 29,7 39,0
Total partiel 34,9 60,5 76,8 93,1
Développement communautaire 94,6 Ja 59,4 48,9 54,3
Artisanat 1,6 1,1 2,5 2,8
Total global 131,1 121,0 128,2 150,2
{a Vraisemblablement plus élevé que la moyenne du fait de l'assistance
suite à l'ouragan Allen.
Source : Ministère du Plan.
Dépenses d'investissement
2.26 L'investissement public se fait en théorie dans le cadre d'un
plan quinquennal. Le plan des AB 82-86 a été abandonné au cours de 1'AB 84
car l'évolution de l'économie dans l'ensemble (Chapitre I) l'avait rendu
irréaliste; il fut remplacé par un plan biennal spécial pour les AB 85-86.
Un nouveau plan quinquennal pour les AB 87-91 était en cours de préparation
au début 1986, utilisant un système lourd, entrelaçant les commissions
générales et sectorielles qui examinaient la forme souhaitée pour
l'économie du pays en l'an 2000 et au-delà. Les objectifs globaux du plan
biennal actuel sont Les suivants : accroissement de la production, de
l'emploi et les exportations dans le secteur agricole; b) développement
d'un secteur industriel intégré, basé au départ sur la croissance du
sous-secteur de l'industrie d'assemblage pour l'exportation et
éventuellement sur les liaisons en amont avec les industries produisant les
intrants à partir des matières premières locales et importées;
c) amélioration de la qualité des ressources humaines, en renforçant
l'éducation de base et la formation technique: d) promotion de la
décentralisation; et e) redressement des finances publiques et des déficits
de la balance des paiements et achèvement graduel de la stabilité
financière. À ce point, il ne semble pas que le prochain plan s'écartera
sensiblement de ces objectifs. Les trois premiers objectifs concernent
l'allocation sectorielle des investissements publics (agriculture,
infrastructure pour l'industrie et l'éducation); le quatrième, à leur
répartition spatiale et le dernier à leur niveau (devant être financé sans
recourir à l'expansion du crédit au secteur public).
[page 40]
- 20 -
2.27 I1 y a cependant très peu de rapport entre ces objectifs, les
politiques annoncées et la liste des projets qui figurent au plan. Ces
projets ne sont pas nécessairement incompatibles avec les objectifs; plus
précisément, ils ont été sélectionnés en utilisant un critère totalement
différent qui consiste à cataloguer les projets que les donateurs financent
ou ont l'intention de financer. Les investissements publics sont financés
soit par des ressources domestiques (par le Trésor et au moyen de
l'autofinancement généré par les entreprises publiques) ou par les
donateurs. Ces dernières années, les donateurs ont financé environ 63 Z
des dépenses totales d'investissement, dont les deux tiers en agriculture,
transports, énergie et santé (Tableaux II.8 et II.10). Le grand nombre de
donateurs participant à des projets dans chaque secteur est également
frappant, particulièrement en agriculture, éducation et transports.
Tableau II.8 : FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS PUBLICS
AB 84-85 ET BUDGET, AB 86
(pourcentage)
AB 84 AB 85 Budget AB 86
Ressources domestiques 34 41 26
Trésor 9 15 12
Entreprises publiques 26 26 13
Aide externe ‘ 66 59 74
Investissements publics
(millions de gourdes) 1.067 793 1.113
Source : Tableau 2.12 de l'Appendice statistique.
2.28 Les données ci-dessus sont approximatives. Bien qu'il soit
difficile de déterminer l'affectation d'une grande part des dépenses de
fonctionnement, leur niveau est au moins connu. Tel n'est pas le cas pour
les dépenses d'investissement, exception faite de celles du Trésor. Il
existe des divergences sensibles : entre les données relatives aux
allocations budgétaires sectorielles et les allocations réelles
communiquées par le Ministère de la planification, divergences qui
s'expliquent essentiellement par l'inclusion des investissements des
entreprises publiques; entre les données sur les décaissements déclarés par
le Ministère du Plan, d'une part, et par le Ministère des finances, d'autre
part (Tableau 2.17 de l'Appendice statistique); entre les données projet
par projet soumises à la mission par le Gouvernement et par les donateurs
(Appendice 111); entre les dépenses globales d'investissement du secteur
public, déclarées au FMI (Tableau 2.3 de l'Appendice statistique), les
décaissements des dons extérieurs déclarés par le Ministère du Plan
(Tableau 2.18 de l'Appendice statistique) et les données identiques
soumises au FMI et à la Banque mondiale (Tableau 2.19 de l'Appendice
[page 41]
- 21-
statistique); et enfin entre les données relatives à chaque secteur
fournies à plusieurs reprises par les ministères sectoriels, d'une part, et
le Ministère du Plan, d'autre part. Ces divergences s'appliquent également
aux données budgétaires. Dans le secteur de l'éducation, par exemple, les
fichiers du Ministère indiquent que les dépenses d'investissement totales
inscrites au budget se chiffraient à 177 millions de gourdes pendant les
AB 82-84 et les dépenses réalisées à 105 millions de gourdes. Des fichiers
du Ministère du Plan il ressort que les dépenses budgétisées s'élevaient à
181 millions de gourdes et les dépenses réalisées à 152 millions de gourdes.
2.29 Ces divergences s'expliquent par la nature complexe et chaotique
du système de planification, de budgétisation, de suivi et de
décaissement. Le système est si complexe qu'il ne peut être examiné en
détail dans Le présent rapport. En bref, toutefois, le Ministère du Plan
était théoriquement chargé de collaborer avec les unités de planification
des ministères sectoriels à l'élaboration des plans de développement
quinquennaux qui sont reflétés dans les budgets d'investissement annuels.
En fait, il n'y avait pas de planification efficace ni au niveau des
ministères sectoriels ni au Ministère du Plan. Ce dernier, en effet, dans
ses plans quinquennaux se concentrait sur la définition des objectifs
physiques à long terme sans tenir compte des contraintes financières et
économiques. Il ne liait même pas ces objectifs à la liste de projets
proposés. Etant donné que les donateurs financent la majeure partie des
investissements publics, les projets. contenus dans les plans quinquennaux
avaient tendance à être tout simplement une compilation de projets en
cours, de projets qui seraient de toute vraisemblance financés par les
donateurs, et de projets requiérant un financement domestique. Les projets
n'étaient pas évalués, sauf si les donateurs eux-mêmes le faisaient, Le
budget d'investissement annuel fut élaboré par le Ministère du plan dans le
cadre d'une enveloppe globale de dépenses d'investissement du Trésor,
établie par le Ministère des finances; ce dernier ne tenait pas compte de
l'incidence de ladite enveloppe sur le niveau de fonds de contrepartie
requis et donc sur les décaissements des donateurs. Par conséquent, les
programmes d'investissement annuels étaient en deçà des prévisions du plan
quinquennal et les investissements réels étaient encore inférieurs aux
montants inscrits au budget annuel (Tableau II1.9). Les procédures de
décaissement étaient extrêmement compliquées, exigeant l'autorisation du
ministère sectoriel et du Ministère du Plan avant que le Ministère des
finances puisse débloquer les fonds. Dans la pratique, même les
autorisations complètes n'aboutissaient pas nécessairement à des
décaissements intégraux. Le suivi des projets et le contrôle des dépenses
relèvent des ministères sectoriels et du Ministère du Plan; en fait cela ne
s'effectuait que pour les dépenses financées par le Trésor. Pour citer un
exemple concernant cette fois le Ministère de l'éducation, il ressortait
des fichiers dudit ministère que les décaissements afférents à deux projets
financés par l'IDA se chiffraient à la fin de l'AB 85, à 1,6 million de
gourdes alors que les fichiers de 1l'IDA indiquaient qu'ils atteignaient
11,1 millions de gourdes.
2.30 Ce système complexe et opaque n'est pas seulement gênant et peu
pratique. En effet, un environnement où les circuits d'information étaient
inefficaces ou inexistants - et les points de contrôle nombreux mais sans
[page 42]
Ü
ï
- 22
coordination et sans rapport avec les objectifs du programme
d'investissement - offrait de nombreuses possibilités de détourner les
ressources de leur but initial. En fait, ce système en place a
probablement été conçu pour fonctionner de cette manière. Le Gouvernement
présent a l'intention de changer le système.
Tableau 11.9 : INVESTISSEMENTS PREVUS, BUDGETISES ET REELS
AB 81-84 /a
(millions de gourdes)
Financement Financement Financement
domestique /b extérieur total
Montants prévus au plan quinquennal 1.260 2.640 3.900
Montants annuels révisés 1.091 2.087 3.178
Investissements réels 772 1.459 2.232
Ratios (4) |
Investissements ‘
réels par rapport aux investissements
révisés 71 70 70
réels par rapport au plan quinquennal 61 55 57
Ja Non compris l'usine sucrière USND et l'achat d'actions de Ciment
d'Haïti; ces deux éléments n'étaient pas inclus dans les plans ou
budgets.
4 Le ‘Financement domestique" suit ici la pratique suivie par l'Etat en
la matière et comprend les fonds de contrepartie de l'USAID PL-480 qui
sont à proprement parler un financement extérieur; ils représentent
environ 30 % du financement domestique.
Sources : MEF, MP, estimations de la mission.
2.31 La mission s'est efforcée de reconcilier les données
contradictoires relatives au programme d'investissement. Néanmoins, des
problèmes importants demeurent. Pendant les AB 84-85 le financement
domestique s'élevait à 67 % et était concentré en énergie,
télécommunications et industrie. (Tableau 11.10). Le secteur ‘Autres - qui
ne furent pas examinés en détail par la mission car ils semblent avoir peu
de rapport avec le développement - représentait 11 % La génération
interne de liquidités d'une entreprise publique est en général, utilisée
uniquement pour l'autofinancement d'investissements de l'entreprise. Les
fonds du Trésor toutefois peuvent être utilisés pour investir dans
n'importe quel secteur et leur répartition entre secteurs donne peut-être
la meilleure indication sur les priorités réelles du Gouvernement : les
;
[page 43]
- 23 -
catégories “Autres, urbanisme, agriculture et transports représentent 76 %
du total. La catégorie ‘“'Autres'" est essentiellement composée d'activités
régionales et spéciales, qui sont pour la plupart couvrant probablement des
dépenses de fonctionnement. Il est tout à fait évident que la priorité que
le Gouvernement prétend accorder à l'agriculture et à l'éducation n'est pas
reflétée dans le programme d'investissement; cela se reflète également dans
le niveau inadéquat des budgets de fonctionnement de ces deux secteurs. En
effet, une comparaison des quatre premières années de la période du plan en
cours avec le plan pour les AB 77-81 fait ressortir que la part de
l'agriculture dans les investissements publics est tombée de 17,3 à 15,6 %
et celle de l'éducation de 7,6 à 4,4 %.
2.32 La mission a pu rassembler des données relativement compatibles
sur les allocations sectorielles pour les AB 84-85. Ces données, figurant
au Tableau 11.10, ne reflètent pas l'accent énorme que le secteur public a
mis sur l'industrie, et qui s'est traduit par la construction de l'usine
sucrière USND pendant les AB 81-83, et par l'acquisition d'entreprises
privées en faillite ou chancelantes,, telles que Ciment d'Haïti et 1'ENAOL,
ou encore le rôle de syndic joué par l'Etat pour l'usine sucrière USN
(Chapitre IV).
Tableau I1.10 : ALLOCATION SECTORIELLE DES INVESTISSEMENTS PUBLICS
PAR SOURCES DE FINANCEMENT, MOYENNE AB 84-85
(pourcentage)
Total
financement Aide
Total Trésor domesticue externe
Agriculture 17 lä 14 24
Industrie 7 5 13 &
Energie 21 1 34 13
Transports 13 11 7 17
Télécommunications 9 _ 20 2
Secteur urbain 8 17 5 9
Eau 2 5 3 2
Education 5 k 1 7
Santé 9 7 2 13
Autres ii 34 il 11
Moyenne (millions de gourdes) 930 108 345 585
Source : Tableaux 2.13-2,16 de l'Appendice statistique.
[page 44]
- 24 -
2.33 Le budget de l'AB 86 semblait représenter un progrès par rapport
aux budgets précédents. Le nombre total de projets était ramené de 300
environ pendant 1l'AB 85 à 1103 la majorité des projets éliminés étaient
des “projets d'appuis" sans résultats visibles et servaient uniquement à
créer des emplois. Les compressions de personnel n'ont pas suivi
toutefois, ce qui signifie que les employés ont été absorbés par d'autres
projets. Même les 110 projets maintenus semblent correspondre en fait à
145 projets, certains anciens projets ayant été regroupés,
particulièrement en agriculture et énergie, sous de nouveaux titres. En
1985, le Ministère du Plan donnait des autorisations de décaissement pour
166 projets. A la mi-AB 86, le Gouvernement réduisit les dépenses de
développement du Trésor de 11 millions de gourdes par mois à 3 millions;
durant l'AB 87 elles augmenteront.
Rendement des investissements publics
2.34 En général, les investissements publics n'ont pas été rentables
en Haïti. Les Chapitres III-XI traitent des investissements effectués
dans les différents secteurs. Si les investissements publics en
agriculture depuis l'AB 76 avaient eu un taux de rentabilité de 12 4, ce
qui correspond approximativement au coût d'opportunité du capital en
Haïti, le PIB agricole aurait été supérieur de 7 % au cours de l'AB 85 et
par conséquent le PIB global aurait pu être 2 % plus élevé. Elément plus
important encore, des investissements publics efficients en agriculture
auraient problablement augmenté le rendement des investissements agricoles
privés. La perte de ressources résultant du monopole et des mesures de
protection accordées aux cinq grandes entreprises industrielles publiques
au cours des AB 82-85, représentait près de 4 % du PIB. Les actions mises
en place en juillet 1986 (fermeture ou désistement de deux de ces
entreprises - ENAOL et l'usine sucrière USDN) réduiront ces pertes. Les
rendements sont plus difficiles à quantifier pour d'autres secteurs mais
les exemples d'investissement non rentables se répètent partout, sauf dans
les secteurs de l'énergie et des routes.
2.35 Ces résultats médiocres sont encore plus surprenants lorsqu'on
tient compte du nombre d'organismes d'aide externe actifs en Haïti, des
ressources en personnel qu'ils ont consacrées à la planification des
projets et de l'importance des investissements publics pendant les
AB 81-85 (environ 10 3).
2.36 Pourquoi les investissements publics ont-ils eu des rendements
aussi faibles? Tout d'abord, comme il en a été discuté au Chapitre I, les
réformes de structure nécessaires n'ont pas été effectuées aux fins
d'établir un ensemble de stimulants appropriés pour les producteurs privés
agricoles et industriels; ceci a une incidence directe sur le rendement
des investissements publics. Un programme d'irrigation ne peut produire
de meilleurs rendements de culture s'il n'existe pas de système pour
allouer l'eau ou couvrir les frais d'entretien. Par ailleurs, les
entreprises industrielles publiques ont bénéficié de monopoles qui leur
ont permis de fonctionner si inefficiemment que, loin de contribuer à la
croissance de la production et des revenus elles l'ont freinée. ENAOL
perdit le monopole en matière d'huile végétale en avril 1986.
|
[page 45]
_- 25 —
2.37 Deuxièmement, une part importante des prétendus
“investissements" financés par des ressources domestiques ne sont pas, en
fait, des investissements. Les fonds d'investissement sont utilisés soit
pour des salaires, soit pour des objectifs autres que l'investissement, ou
encore sont détournés. Environ 50-60 % des contributions du Trésor sont
sous forme de salaires, d'où la forte proportion des fonds
d'investissement utilisée pour les secteurs ‘Autres”. Ceci est
"rationnel" en ce sens que les budgets de fonctionnement sont inadéquats.
Il en va de même dans une proportion moindre pour les investissements
financés par les donateurs, particulièrement pour les fonds de
contrepartie USAID PL-480. Certains donateurs commencent à refuser le
financement de tels salaires (habituellement sous la forme de suppléments)
mais cela compte le risque de déplacer le fardeau vers le Trésor. Le
financement des objectifs autres que les investissements comprenait les
frais de fonctionnement du supermarché de l'association des Volontaires de
la sécurité nationale (VSN) maintenant dissoute (1 million de gourdes
pendant l'AB 85). Il est impossible de quantifier les fonds détournés du
budget d'investissement, mais les détournements sont confirmés par les
nombreux témoignages donnés par les donateurs avec anecdotes à l'appui.
2.38 Troisièmement, la sélection des projets a été médiocre. Il ne
s'agit pas simplement d'un manque de consistence entre les projets
sélectionnés et les objectifs globaux, mais également de la sélection de
chaque projet et des variantes de projets. Le Gouvernement n'a pas la
capacité pour évaluer les projets et a eu tendance à accepter les projets
proposés par les donateurs, sans en évaluer l'incidence économique. Les
projets financés uniquement par le Gouvernement ou par des prêts
commerciaux extérieurs, tels que l'usine sucrière de L'USND et la plupart
des projets à larges composantes salariales, ont eté sélectionnés sur la
base de critères autres que celle de la rentabilité économique. Rares
sont les donateurs qui ont évalué les projets qu'ils ont financés, comme
en témoignent les réponses aux questionnaires, résumées à
l'Appendice III. Les taux de rentabilité économique ont été estimés pour
moins de 5 % des projets.
2.39 Quatrièmement, les dépenses ordinaires nécessaires pour obtenir
des rendements acceptables des investissements n'ont été couvertes ni au
niveau du projet ni au niveau sectoriel. Au niveau du projet, ni le
Gouvernement ni les donateurs n'ont pu fournir des informations à la
missica (Appendice III) sur les dépenses de fonctionnement probables des
projets d'investissement, sauf pour le secteur de la santé. Certes, au
cours des réunions de coordination, les donateurs ont toujours reproché au
Gouvernement de n'avoir pas évalué ces coûts, mais eux-mêmes ne les ont
pas estimés, même pour les projets qu'ils financent. Le manque de
provisions pour frais de fonctionnement hors-salaires ont déjà été
discutés dans la section traitant des dépenses de fonctionnement. Dans
certains secteurs, elles comprenaient également les salaires; les écoles
manquent d'enseignants qualifiés car les salaires sont trop bas, même pour
attirer des candidats instituteurs potentiels vers l'École normale, qui
est gratuite. Si les installations physiques - tels que les réseaux
d'irrigation ou encore les écoles - ne peuvent fonctionner, elles ne
peuvent avoir de rendement.
[page 46]
}
_ 26 -
Recommandations générales
2.40 Comme il en a été discuté au Chapitre I, la réforme des dépenses
publiques devrait faire partie intégrale d'un vaste programme de réformes
structurelles conçu pour lancer l'économie haïtienne sur la voie d'une
croissance soutenue. Un tel programme a été amorcé.
2.41 Dans ce contexte, quatre des cinq objectifs globaux du plan en
cours sont tout à fait appropriés. Il importe de réaliser la croissance
agricole et industrielle, spécialement pour l'exportation. L'éducation,
tout particulièrement l'expansion de l'alphabétisme et la formation
technique spécifique, est indispensable à un développement soutenu. La
stabilité financière est nécessaire pour reconstituer les réserves et
éviter que l'économie fonctionne au bord du désastre. La stabilité fut
restaurée depuis février 1986.
2.42 Toutefois, un des objectifs n'est que partiellement approprié :
la décentralisation. Au fil des ans, il ne fait aucun doute qu'une
meilleure répartition spatiale des avantages de la croissance économique
sera nécessaire; Port-au-Prince est actuellement énormément favorisée
(Chapitre VIII). Cependant, il convient d'abord de réaliser une
croissance économique. La croissance industrielle, du moins au cours des
quatre à cinq prochaines années, devra découler de l'expansion de la
région déjà industrialisée, c'est-à-dire Port-au-Prince. Cette région
possède déjà la plupart des infrastructures nécessaires et il est évident
que pour des raisons d'efficacité, il sera plus facile de compléter les
installations existantes plutôt que d'entamer de nouvelles. En termes
courants de projets, le programme d'investissement ne devra subir que de
légères modifications pour donner suite à cette recommandation : il ne
devrait pas y avoir de nouveau parc industriel public en dehors de
Port-au-Prince (Chapitre IV) et, présentement, une extension majeure de
l'aéroport de Cap-Haïtien ne semble pas justifiée (Chapitre VI).
Contrairement à l'emplacement industriel, il convient de décentraliser de
plus en plus les programmes sociaux; l'éducation et la santé en milieu
rural ont été beaucoup trop négligées (Chapitres X et XI).
2.43 La décentralisation occupait cependant l'essentiel du temps du
Ministère du Plan, bien que cette entreprise n'était pas basée sur
l'analyse, par exemple, des différents taux de rentabilité économique ou
de l'impact social des investissements dans les différents parties du
pays. Il convient d'arrêter les travaux amorcés en début 1986, visant à
établir un cadre juridique pour la décentralisation des directions du
Ministère du Plan en quatre régions et trois sous-régions.
2.bk Quels devraient être les objectifs des dépenses publiques à la
lumière des quatre objectifs économiques globaux? D'abord, le niveau
global des dépenses doit être tel qu'elles peuvent être financées,
maintenant et à l'avenir, par les ressources disponibles, sans recourir à
l'expansion du crédit au secteur public qui a un effet déstabilisateur, ni
à l'emprunt commercial extérieur. Les dépenses extrabudgétaires doivent
par conséquent cesser; ce qui fut fait en février 1986. Le maintien de
[page 47]
-217-
cette politique exigera une amélioration du contrôle financier exercé par
le Ministère des finances, surtout sur les entreprises publiques; ceci
exige une certaine réorganisation et une assistance technique extérieure.
L'élimination des dépenses extrabudgétaires ne signifie pas que les
allocations budgétaires ne devraient pas être modifiées au cours de
l'année budgétaire mais plutôt que des augmentations explicites dans un
secteur devraient être compensées par des réductions correspondantes dans
d'autres ou par un accroissement des recettes.
2.45 Deuxièmement, les dépenses publiques doivent être axées dans
l'avenir immédiat sur l'amélioration du rendement des investissements
existants, tant publics que privés. Ce qui revient en particulier à
fournir des ressources de fonctionnement adéquates pour la vulgarisation
agricole et l'éducation; à achever les investissements prioritaires dont
l'exécution a été retardée, spécialement en agriculture; et à fournir
l'infrastructure nécessaire pour l'agriculture et l'industrie. Le
Gouvernement pourrait également prolonger les heures de travail
officielles en vue d'accroître la productivité journalière.
2.46 Troisièmement, le processus de planification, budgétisation,
décaissements et suivi des dépenses publiques devrait être réorganisé en
vue d'éliminer le gaspillage et la corruption, et permettre une sélection
appropriée des projets et la préparation d'un programme d'investissement
public rationnel, efficient et coordonné. Il convient de simplifier le
système actuel qui est très complexe. Des modifications institutionnelles
importantes qui vont au-delà de la portée du présent rapport sont de toute
évidence nécessaires; il faudra très probablement déléguer la
planification, la sélection et le suivi des projets aux ministères
sectoriels tout en laissant au Ministère des finances la responsabilité
pour la budgétisation et les décaissements, l'introduction de la
budgétisation anticipative et la planification financière à moyen terme.
2.47 Une révision en profondeur est nécessaire pour arriver à une
planification efficace en Haïti; le seul rôle rempli efficacement par
l'ancien Ministère du Plan était l'octroi des autorisations de
décaissements, fonction qui aurait dû relever du Ministère des finances.
Il est évident qu'il serait plus utile d'avoir une petite unité s'occupant
du développement à moyen terme, des grandes lignes de l'économie, de 1la
forme globale des investissements publics, la performance des ministères
sectoriels, des entreprises publiques et autres. L'expérience de la
Banque mondiale ailleurs, spécialement en Afrique, indique qu'une
budgétisation satisfaisante requiert qu'un même ministère ait la
responsabilité des dépenses de fonctionnement et des dépenses
d'investissement.
2.48 Le cycle du plan quinquennal est inapproprié dans un monde
moderne et en évolution rapide. Il pourrait être remplacé, comme cela a
été Le cas dans bien des pays, par un programme triennal glissant
d'investissements publics. Suivant cette recommandation, le reste du
présent rapport se concentre sur 1'AB 86 et les trois prochaines années,
les AB 87-89. La sélection des projets doit être améliorée par
[page 48]
L
- 28 -
l'introduction de l'évaluation systématique des projets (ou du moins, des
projets d'une certaine envergure) et par un examen complet des frais de
fonctionnement des projets d'investissement.
2.49 La coordination entre le Gouvernement et les donateurs a
également besoin d'être sensiblement améliorée. La coordination a été
efficace dans le secteur de l'énergie mais pas ailleurs. Les secteurs
agricole, d'éducation et des transports présentent des problèmes de
coordination (Chaptires III, X et VI). Au-delà de ces secteurs
spécifiques toutefois, il serait peut-être souhaitable que les différents
donateurs envisagent de limiter leur participation à un nombre réduit de
secteurs ou d'accroître le cofinancement avec d'autres donateurs
considérés comme chefs de file dans divers secteurs. La mise au point
d'un programme d'investissement approprié pourrait largement contribuer à
la coordination. Un point central devrait être établi au sein de
l'administration qui assurerait (2227).
2.50 Toutes ces modifications institutionnelles prendront du temps et
nécessiteront une assistance technique appropriée pour leur mise en
oeuvre. Rien ne devrait empêcher qu'elles soient presque toutes mises en
place dès Le début des années 90.
Programme de dépenses publiques recommandé, AB 86-89
2.51 Les Chapitres III-XI donnent le détail des propositions
relatives aux investissements publics pour les divers secteurs dans le
cadre des recommandations générales décrites ci-dessus. Pour la première
fois, les besoins en dépenses de fonctionnement sont également déterminées
explicitement pour le développement, de l'agriculture, des travaux
publics, de l'éducation et de la santé. La présente section regroupe les
recommandations relatives aux dépenses d'investissement et aux dépenses de
fonctionnement contenues dans le reste du rapport. Elle indique que ces
dépenses sont réalisables sans accroissement réel des dépenses du Trésor
et dans les limites de l'enveloppe d'aide externe anticipée, même sous le
scénario d'une économie faible décrit au Chapitre I. Cela est en grande
partie dû au fait que les cas de gaspillages, de corruption et
d'inefficience identifiables dans le présent budget actuel étaient fort
nombreux. D'autres mesures sont en voie d'être mises en oeuvre et
devraient permettre la prévention de gaspillages futurs, dès que les
études et les vérifications de compte appropriées auront été réalisées.
2.52 Le Tableau II.11 donne une récapitulation des niveaux de
dépenses de fonctionnement recommandés pour les ministères axés sur le
développement; les niveaux résultent essentiellement d'un accroissement
des ressources ordinaires autres que salariales, indispensables à des
opérations efficientes. Exception faite du MSPP, les niveaux recommandés
incluent les dépenses de fonctionnement auparavant cachées dans le budget
d'investissement. Les données disponibles au MSPP n'ont pas permis
d'effectuer cela à ce stade. Un accroissement notable par rapport au
budget de 1l'AB 86 s'impose. Cependant, même cet accroissement présuppose
que les ONG continueront à fournir des services de développement au moins
+
[page 49]
= 29 —
au niveau soutenu durant l'AB 85. Les niveaux recommandés tiennent compte
d'améliorations potentielles de l'efficience des différents ministères
(discutées au chapitre pertinent) mais ne supposent aucun changement de la
structure relative des salaires de la fonction publique, à l'exception des
modifications prévues pour les enseignants en vertu de la Charte de
l'enseignant (Chapitre X).
Tableau II.11 : DÉPENSES ORDINAIRES RECOMMANDEES POUR
LES MINISTERES AXES SUR LE DEVELOPPEMENT, AB 86-89
(millions de gourdes aux prix courants)
AB 86 AB 86 AB 87 AB 88 AB 89
budget
MARNDR 37 85 85 85 85
MTPTC 77 82 96 84 78
MEN 105 /a 115 119 119 125
MSPP 90 85 90 95 100
TOTAL 309 367 390 383 388
Ja Y compris l'Université d'Etat, l'UEH.
Sources : MEF, AB 86; recommandations de la mission.
2.53 Si les fonds de fonctionnement sont rendus disponibles et si les
réformes structurelles et les modifications du système de fixation des prix
sont effectuées (Chapitre I), les investissements publics et privés,
nouveaux et existants, devraient commencer à produire des rendements plus
élevés. Dans le cas contraire, il serait inutile d'entamer de nouveaux
investissements publics, du moins en agriculture, éducation et santé.
2.54 Le Tableau II.12 présente le programme d'investissement public
recommandé, en se fondant sur l'hypothèse que les recommandations relatives
aux dépenses de fonctionnement seront suivies. Tout comme celles-ci, les
investissements publics demeureront dans l'ensemble constants en valeur
réelle jusqu'à la fin de l'AB 89, c'est-à-dire au-dessus du niveau réel de
l'AB 85 mais en deçà des prévisions généralement exagérées sur les
décaissements d'aide externe contenues dans le budget de l'AB 86. D'autres
hausses réelles ne seront possibles que lorsque les dépenses de
fonctionnement et les opérations courantes des ministères concernés auront
été améliorées. Les niveaux recommandés comprennent en fait des hausses
réelles de l'investissement en capital, puisqu'ils excluent les dépenses de
fonctionnement auparavant déguisées.
[page 50]
LL
- 30 —
Tableau 11.12 : PROGRAMME ET FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS
PUBLICS RECOMMANDES, AB 86-89
(millions de gourdes aux prix de L'AB 86)
AB 86 AB 87 AB 88 AB 89 AB 86-89
Millions de Pour-
gourdes centage
TOTAL DES SECTEURS 800 806 821 877 3.304 100
Agriculture 155 155 155 155 620 19
Industrie 25 50 15 - 90 3
Energie 192 136 155 161! 644 19
Transport 88 109 120 148 465 l4
Télécommunications 61 50 50 50 211 6
Secteur urbain 67 82 94 102 345 10
Eau 40 53 50 67 210 6
Education 72 42 42 42 198 6
Santé 70 100 110 121 401 12
Autres 30 30 30 30 121 &
FINANCEMENT TOTAL 800 806 821 877 3.304 100
Financement domestique 251 300 286 259 1.096 33
Trésor 133 123 125 129 510 16
Entreprises publiques 118 177 161 130 586 18
Aide externe 550 506 535 618 2.209 67
Engagée 543 259 206 174 1.182 36
Additionnelle 7 247 329 &hë 1.027 31
Sources : Tableaux 2.23-2,26 de l'Appendice statistique.
2,55 Par rapport aux dernières années, les principales modifications
dans les allocations sectorielles doivent accroître les décaissements dans
les secteurs de l'agriculture, de la santé, de l'éducation et de
l'adduction d'eau, et réduire les décaissements en industrie, transports
et “autres”. Toutes ces modifications sont compatibles avec les objectifs
du plan, à l'exception semble-t-il des augmentations pour la santé et
l'adduction d'eau et de la réduction en industrie. Dans le premier cas
toutefois, il s'agit d'une question comptable, car il n'a pas été possible
d'isoler les dépenses de fonctionnement dans le budget d'investissement du
secteur de la santé. De ce fait, toute augmentation du budget de
fonctionnement du MSPP figurant au Tableau II.11 est bien plus modeste en
[page 51]
. - 31 -
valeur relative que celle de l'agriculture et de l'éducation. La baisse
en industrie est imputable au fait que les résultats des entreprises
industrielles publiques en Haïti ayant toujours été médiocres, tout futur
investissement industriel devrait être confié au secteur privé.
2.56 Le niveau d'investissements publics recommandé contribuera à une
hausse substantielle des investissements privés, spécialement sous le
scénario des réformes mentionné au Chapitre I. Avant l'AB 89, par
exemple, la part du secteur privé dans la totalité des investissements
pourrait atteindre 58 %, comparée à 44 % au cours de l'AB 85.
2.57 Le programme d'investissements publics recommandé ne devrait pas
présenter de difficultés de financement. La contribution du Trésor
pendant chacune des années de la période de AB 86-89 ne dépasse jamais les
136 millions de gourdes prévues au budget pour l'AB 86. La génération de
liquidités par les entreprises publiques viendra pour les deux tiers de
l'EdH (énergie) et TELECO (télécommunications), deux compagnies qui ne
devraient pas avoir de difficultés à réaliser les excédents d'exploitation
nécessaires (Chapitres V et VII). Les déboursements d'aide devrait être
de l'ordre de 2.200 millions de gourdes (440 millions de dollars), dont
1.200 millions de gourdes environ (240 millions de dollars) ont déjà été
engagés. De nouveaux engagements (200 millions de dollars environ) sont
donc nécessaires. Les décaissements d'aide d'un montant annuel moyen de
près de 110 millions de dollars comparent favorablement à l'aide totale
probable, même sous le scénario du ‘même cas" (Chapitre I). Elle fut
estimée à environ 190 millions de dollars par an d'ici à l'AB 89, y
compris plus de 110 millions de dollars pour le fisc, mais après exclusion
de l'aide aux ONG et pour le crédit (cette comparaison indique également
qu'Haïti a besoin d'aide externe pour soutenir les ONG et la balance des
paiements, et non simplement pour financer les investissements publics).
2.58 Le problème du financement revient donc à identifier les sources
possibles pour financer un budget de fonctionnement accru pour les quatre
ministères axés sur le développement. Le gaspillage était si considérable
dans le budget courant, que le problème du financement n'est en fait qu'un
probième mineur. Il s'agit plutôt de savoir comment utiliser les
ressources supplémentaires qui seront libérées par l'élimination du
gaspillage après l'AB 86. :
2.59 Le Tableau II.13 présente un bon exemple. Les dépenses des
ministères sont celles recommandées plus haut pour les quatre ministères
axés sur le développement auxquelles les dépenses existantes des autres
ministères, pendant l'AB 86. Les autres minitères voient leur niveau de
dépenses réduit comme conséquence du licenciement présumé des agents
fictifs et improductifs et de l'élimination de la catégorie ‘sans
justification". Cette réduction de 10 % est très modeste; tous les
ministères examinés par la mission avaient plus de 10 % de leurs effectifs
dans les catégories susmentionnées. Ces modifications auront pour effet
de redéployer les dépenses vers le développement et de réduire la part
relative de l'administration publique générale. Bien sûr, la réduction
des effectifs est une option très difficile sur le plan politique;
[page 52]
Ë
… 32 —
néanmoins il faut commencer quelque part. Les subventions à la BNDAI ont
été exclues de la catégorie ‘autres dépenses identifiées" à partir de
l'AB 87. Les obligations à l'égard des fournisseurs domestiques sont
présumées être intégralement payées au cours de l'AB 86 et ne devraient
pas réapparaître. Le service de la dette est calculé sur la base de la
dette existante et tel qu'il est projeté au Tableau II.6. Les dépenses de
fonctionnement non identifiées sont ramenées à 25 % de leur niveau au
budget de lL'AB 86 en supposant qu'elles sont pour l'essentiel
inappropriées et injustifiées; en supposant que la moitié a déjà été
dépensée pendant l'AB 86, la réduction de 75 % ne s'applique qu'à la
seconde moitié de 1'AB 86. Le niveau des dépenses d'investissement est
conforme aux recommandations ci-dessus.
Tableau _II.13. DEPENSES DU TRESOR RECOMMANDEES /a
AB 86-89 ET BUDGET, AB 86
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
AB 86 AB 86 AB 87 AB 88 AB 89
Budget
Ministères et bureaux
MARNDR, MTPTC, MEN & MSPP 309 367 390 383 388
Autres 403 403 363 363 363
Autres dépenses de
fonctionnement identifiées 98 98 85 85 85
Obligations non acquittées à
l'égard des fournisseurs
nationaux 49 49 - _ _
Service de la dette 156 156 127 113 105
Dépenses de fonctionnement
non identifiées 179 112 &5 45 45
Investissements 136 133 123 125 129
Total 1.330 1.318 1.123 1.104 1.105
{a De sources domestiques.
Sources : Tableaux II.1, II.2, II.11 et II.12.
[page 53]
… 33 -
2.60 Ces réallocations et réductions modestes des dépenses signifient
que le programme recommandé pour l'AB 86 peut être réalisé dans les limites
des ressources présumées disponibles, tandis que les programmes des
AB 87-89 produiront un excédent courant annuel pour le Trésor de
200 millions de gourdes si les recettes se maintiennent au niveau de
l'AB 86. L'excédent pourrait être plus important si les donateurs
commencent à financer explicitement les dépenses de fonctionnement, bien
que cela ne semble pas nécessaire. 11 sera plus élevé en cas de croissance
économique et des recettes; en effet, il pourrait atteindre environ
400 millions de gourdes avant l'AB 89 sous le scénario "de la réforme"
(Chapitre 1). L'excédent annuel de 200 millions de gourdes est si
considérable que même si certaines réductions proposées ne peuvent être
appliquées - ce qui semble peu probable - il ne sera pas difficile de
financer les dépenses publiques nécessaires pour le développement. La
disparition des dépenses extrabudgétaires déterminera également la
matérialisation d'un tel excédent.
2.61 Dans la pratique, il est sans aucun doute possible d'éliminer
d'autres éléments de gaspillage du budget de fonctionnement. Deux études
peuvent identifier de nouvelles économies possibles. D'abord une
vérification de la répartition réelle des récentes dépenses de
fonctionnement devrait avoir lieu afin d'identifier les abus (et par
conséquent les économies réalisables) et également pour examiner
minutieusement les catégories inexpliquées comme la catégorie
“accréditifs". Ensuite, il faudrait évaluer le nombre d'emplois
nécessaires pour le fonctionnement efficace de la fonction publique,
dresser une liste détaillée des emplois existants; ensuite sur base de la
comparaison des deux, les compressions appropriées pourront être réalisées,
utilisant des schémas visant à encourager les employés à quitter la
fonction publique. La taille appropriée de la fonction publique devrait
être déterminée sur une base plus solide que les estimations présentes de
la Commission de la fonction publique; ces estimations indiquent,
toutefois, déjà qu'il s'agira de compressions très importantes. Les
réductions ne mèneront pas nécessairement à des économies au cours des
premières années - du fait du coût des incitations à démissionner et à
prendre la retraite et probablement d'un accroissement de la facture des
pensions - mais devraient aboutir à des économies substantielles au fil des
ans. Un système de pensions adéquat devrait également être mis en place.
2.62 Les mécanismes précis de réduction des emplois dans la fonction
publique doivent encore être déterminés. Ils pourraient inclure : a) la
mise au point d'une politique des salaires et traitements, après
vérification des effectifs; b) des mesures de politique générale
appropriées concernant, par exemple, l'attrition, la retraite anticipée,
les primes de fin de service, etc.; c) l'assouplissement des règlements du
personnel; et d}) la création d'autres emplois.
2.63 Une part des ressources libérées par l'élimination du gaspillage
pourraient être utilisées pour augmenter les salaires de ceux qui
demeureront dans la fonction publique, et spécialement pour redresser le
déséquilibre sectoriel entre l'administration publique générale et les
[page 54]
L
= 34 —
ministères axés sur le développement. Le personnel médical et enseignant
pourrait en bénéficier; en effet le volume des dépenses proposées pour
l'éducation au Chapitre X pourraient être augmenté avant l'AB 89 si on
réalise des économies assez rapidement.
2.64 la réforme institutionnelle, et partant les besoins d'assistance
technique pour le programme proposé ci-dessus seront considérables; il
importe néanmoins d'y répondre. Les domaines prioritaires seront les
suivants : a) correction de la désorganisation du système d'information;
b) institution d'un contrôler financier; c) amélioration du processus de
budgétisation et de planification des investissements, spécialement la
budgétisation anticipative et la planification à moyen terme;
d) coordination des donateurs et résistance aux pressions exercées par les
donateurs pour des projets inappropriés; et e) contrôle des entreprises
publiques.
[page 55]
= 35 —
CHAPITRE III
AGRICULTURE
Le secteur et sa planification
3.01 L'agriculture haïtienne est en stagnation depuis dix ans au
moins et probablement depuis plus longtemps. Durant la dernière décennie,
le PIB agricole par habitant est tombé à 1,5 % par an, passant de 363
gourdes à 312 aux prix de 1'AB 76. Dans les zones rurales, les revenus
par habitant gravitent autour d'un niveau très bas assurant seulement la
subsistance. Cette situation ne peut être renversée que par une série de
réformes structurelles profondes et une amélioration de la politique des
prix, accompagnées d'une plus grande efficacité des investissements
publics et privés et d'une amélioration des services mis à la disposition
des agriculteurs par l'Etat 1/.
3.02 La responsabilité pour le secteur agricole incombe
principalement au Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et
du développement rural (MARNDR); les autres ministères jouant un rôle
important sont ceux du Développement communautaire et du Plan, qui gèrent
chacun des projets de développement régional dotés de composantes
agriculture; du Commerce et de l'Industrie, responsable de la promotion
des exportations; de l'Economie et des Finances (MEF) qui supervise le
secteur agroindustriel public; et des Travaux publics, des Transports et
des communications, qui construit et entretient les routes rurales. Si
l'on exclut les agro-industries et les routes rurales (respectivement
traitées aux Chapitres IV et VI), 21 % environ du budget de l'Etat pour
les investissements agricoles sont du ressort de ministères autres que le
MARNDR, comme l'indique le Tableau III.1.
3.03 À ce budget d'investissement public, dont 90 % sont financés par
des donateurs si l'on tient compte de l'aide PL 480 des Etats-Unis,
s'ajoute l'aide bilatérale des Etats-Unis et du Canada à l'agriculture, au
travers -- de façon croissante -- des ONG, qui dépensent maintenant un
minimum de 30 millions de gourdes par an, dont 23 millions proviennent de
l'USAID seul. Généralement, ces ONG et leurs budgets ne sont ni
contrôlés, ni coordonnés par le MARNDR ou le MP, bien que le MARNDR ait
récemment indiqué qu'il souhaitait avoir une position plus forte par
rapport aux ONG engagées dans l'aménagement des bassins fluvieux et dans
la conservation des sols.
1/ Nombre de mesures structurelles ou affectant les prix sont décrites
dans le rapport N° 5375-HA de juin 1985 de la Banque mondiale :
Haïti : Etude du secteur agricole, et résumées au Chapitre III du
Rappport N° 5601-HA de juin 1985 de la Banque mondiale : “Haïti :
Comment stimuler la croissance"
[page 56]
_ 36 -
Tableau III.1 : BUDGET DES INVESTISSEMENTS PUBLICS EN
AGRICULTURE, AB 86 (millions de gourdes)
Sources de financement
Domestiques Externes a/ Total
MARNDR 21 185 206
Autres ministères 23 32 55
Total 4 217 261
a/ Dont 42 millions de gourdes d'aide PL-480 des Etats-Unis et 1 million
de gourdes d'aide en nature similaire provenant d'autres pays.
Source : Tableau 3.2. de l'Appendice statistique.
3.04 Les efforts menés depuis dix ans par le secteur public et les
ONG financées par l'aide étrangère pour augmenter la production agricole
et le revenu de la population rurale ont eu apparemment peu d'effets à
cause de l'importance secondaire accordée à l'agriculture : les dépenses
publiques réelles dans ce secteur ont été faibles et elles ont été
gaspillées et mal utilisées. Les ressources du Gouvernement haïtien
budgétisées et réellement dépensées pour des investissements dans
l'agriculture ont - par opposition à celles provenant de l'aide externe -
décliné chaque année, sauf une, durant la période AB 81-85. Ces
investissements ont été très inefficients : si le budget d'investissement
du MARNDR depuis 1975 aurait, par exemple, eu une rentabilité moyenne de
12 4, le PIB agricole réel de 1985 aurait dépassé celui de 1976 de 7 %,
plutôt que d'être du même ordre; une rentabilité de 6 % seulement aurait
permis d'augmenter la production de 5 %. Ces chiffres excluent les
investissements agricoles faits par les autres ministères. Depuis la
mi-84 toutefois, l'agriculture a commencé à bénéficier à la fois d'une
plus grande attention et de plus de ressources budgétaires.
3.05 Les objectifs du plan AB 85-86 en cours pour l'agriculture
comprennent une réorientation vers les exportations, un taux de croissance
sectorielle de 2 % pour 1l'AB 86, un développement de l'emploi, une
augmentation du pouvoir d'achat rural et une réduction du déficit
alimentaire. Les actions proposées dans le plan pour atteindre ces
objectifs comprennent l'amélioration de la gestion des projets de
développement public; la remise en état et l'extension de l'irrigation,
principalement dans la vallée de l'Artibonite; la reconstitution du
cheptel porcin; la fiscalisation de certaines recettes, telles que les
taxes et redevances sur l'irrigation; l'expansion des cultures
d'exportation par la réduction de la taxe à l'exportation sur le café et
l'abolition de la taxe à l'exportation sur les essences; des programmes de
reboisement et de conservation des sols pour réduire l'érosion, protéger
F
[page 57]
_ 37 -
les travaux d'irrigation de l'envasement, et créer des emplois; une
meilleure distribution des engrais et des semences améliorées pour
augmenter les rendements des cultures vivrièresi; et une meilleure collecte
des données sectorielles. Nombre de ces mesures doivent être mises en
oeuvre par le biais de projets de développement rural intégré. Les
objectifs en sont raisonnables mais ils auraient pu viser, avant tout, à
l'augmentation de la productivité, qui est particulièrement entravée par
la pression de la population sur les terres.
3.06 La planification officielle de l'agriculture relève
essentiellement de l'Unité de programmation (UP) du MARNDR, également en
charge de l'évaluation et du suivi des projets. L'UP a produit la plupart
des travaux préparatoires du MARNDR pour le prochain plan quinquennal
AB 87-91. Cependant, Ll'UP n'évalue pas systématiquement les projets
proposés et elle n'en a examiné en moyenne que six par an au cours des
cinq dernières années; elle n'analyse pas les coûts de fonctionnement des
projets proposés ni l'incidence budgétaire de ceux-ci; elle ne dispose pas
d'informations adéquates sur les coûts des projets financés par les
donateurs; et elle ne contrôle pas du tout les projets entièrement
financés par des donateurs ou gérés par d'autres ministères. En fait, la
qualité généralement faible des données disponibles sur les projets en
Haïti est particulièrement frappante dans le secteur agricole.
La rentabilité médiocre des investissements publics dans l'agriculture
3.07 Les investissements publics dans l'agriculture ont eu de
mauvaises performances, ce qui tient en partie à des facteurs
sociologiques, anthropologiques, historiques et politiques, ainsi qu'à
trois facteurs plus susceptibles de modifications :
a) la composition de ce qui est intitulé "investissement";
b) les problèmes sérieux de fonctionnementet de gestion dans les
ministères concernés et, surtout, au MARNDR; et
c) une incapacité chronique à prendre des mesures politiques et
organisationneiles complémentaires, y compris le financement
adéquat des dépenses ordinaires, ce qui essentiel pour que les
investissements aient un rendement.
Ces facteurs aident également à expliquer pourquoi tant de projets ne sont
jamais achevés mais se poursuivent d'année en année et, en fait, de plan
quinquennal en plan quinquennal. Chaque facteur est discuté.
A. Composition du budget d'investissement
3.08 Dans la pratique, quelque 35 à 50 % des dépenses
d'investissement du MARNDR financées domestiquement sont utilisés pour
payer des salaires, ce qui devrait être couvert par le budget de
fonctionnement. Une autre partie, importante mais non identifiée, du
budget d'investissement est affectée à des dépenses ordinaires autres que
[page 58]
_- 38 —
salaires pour compenser leur quasi absence au budget de fonctionnement
(voir B ci-après). En outre, certains donateurs ont utilisé, en partie,
leurs contributions au budget d'investissement du MARNDR pour payer des
suppléments de salaires et d'autres dépenses, en fait ordinaires. Il est
donc probable que la part du budget d'investissement effectivement
iavestie ne dépasse pas la moitié du budget total.
3.09 Par ailleurs, une partie importante du budget d'investissement
agricole (Tableau III.3) est allouée à des projets de développement rural
et de conservation des ressources naturelles. Les premiers généralement
manquent un objectif de production spécifique et englobent beaucoup
d'éléments socialement désirables, tels que l'éducation rurale et
l'adduction d'eau, mais qui ne contribuent à la productivité qu'à très
long terme. Les seconds se concentrent sur la lutte contre l'érosion des
collines qui, bien importante, ne contribueront probablement pas à des
améliorations majeures de la productivité.
B. Problèmes de fonctionnement et de gestion des ministères
3.10 1. Insuffisance du budget d'ordinaire. Les fonds budgétisés et
dépensés par le MARNDR pour assurer ses opérations - carburant pour les
véhicules, fournitures, etc. - sont très insuffisants : ils représentent
moins de 5 % du budget de fonctionnement. Le reste va aux salaires. La
part de ces dépenses opérationnelles dans le budget de fonctionnement est
un peu plus élevée - environ 20 % - dans le cas des organismes
semi-autonomes relevant du MARNDR, qui incluent plusieurs organismes
régionaux de développement rural. Mais, qu'il s'agisse de 5 ou de 20 %,
ce pourcentage est bien trop faible pour un ministère qui met en oeuvre
des projets et fournit des services dans les campagnes haïtiennes.
Quarante pour-cent serait plus raisonnable.
3.11 Les procédures budgétaires actuelles ne donnent aux ministères
aucun pouvoir discrétionnaire de transférer des fonds d'une rubrique à
l'autre au sein du budget de fonctionnement; les fonds inutilisés d'une
rubrique doivent être retournés au Trésor et ne peuvent pas être utilisés
à d'autres fins. Rien n'incite donc à réduire le personnel afin
d'augmenter les crédits opérationnels Ce problème existe dans tous les
ministères mais il est particulièrement aigu dans le cas du MARNDR, qui
l'a circonvenu en utilisant le budget d'investissement pour financer les
opérations. Et ceci ne fut guère facile, car 35 à 50 % de ce budget vont
déjà aux salaires. En fait, sur la base des deux budgets réunis, plus de
© 85 % des dépenses ordinaires sont consacrées aux salaires.
3.12 2. Personnel en surnombre, affectations erronées et mangue de
discipline professionnelle. Après avoir compté environ 2.200 agents
pendant plusieurs années, le personnel émargeant au budget du MARNDR a
augmenté de 5 % en 1985, du fait que le ministre de l'époque aurait fait
des recrutements et aurait augmenté les effectifs du ministère en
province. En novembre 1985 en revanche, le directeur de l'administration
se préparait à réduire l'effectif global d'environ 10 % et à faire porter
la réduction sur les nombreux cadres qui ne se présentent pas au ministère
'
[page 59]
- 39 -
ou n'y travaillent pas effectivement quand ils sont présents. IL est
certain que cette catégorie représente plus de 10 % du total et qu'elle
est protégée pour des raisons politiques. En outre, il y a apparemment un
nombre considérable d'employés “fantômes. La mission n'a pas pu procéder
à une analyse détaillée de la situation, mais elle a, en fait, remarqué
que l'UP avait une feuille de présence de 26 personnes pour un effectif
inscrit au budget de 39,
3.13 Il est certain qu'une part trop grande du personnel du MARNDR
est basée à Port-au-Prince. A l'exception de ceux qui travaillent dans
les projets de développement rural intégré, le MARNDR n'a pratiquement
aucun agent de vulgarisation agricole sur le terrain et ce dans un pays à
80 % rural. Ceci aide à expliquer le maigre rendement des investissements
agricoles, tant publics que privés.
3.14 3. Lourdeur des procédures de décaissement. Les problèmes de
décaissement qui affectent l'ensemble des dépenses publiques en Haïti sont
discutés au Chapitre II. Dans le cas de l'agriculture, ils sont aggravés
par la faiblesse du personnel du MARNDR et par Le grand nombre de
donateurs qui sont actifs dans le secteur et suivent des procédures
différentes. Le Tableau III.2 démontre que les dépenses effectivement
financées des sources domestiques ont été en moyenne de 85 % des montants
inscrits au budget; ceci représente une amélioration par rapport au passé
et reflète l'importance plus grande maintenant accordée à l'agriculture.
La différence entre budgets et dépenses réelles fut encore plus grande
dans le cas des donateurs externes, attaignant 47 % en moyenne. Pour
l'ensemble des investissements dans l'agriculture financés des différentes
sources, les dépenses n'ont donc représenté en moyenne que 55 % des
budgets.
Tableau III.2 : INVESTISSEMENTS PUBLICS DANS L'AGRICULTURE :
DEPENSES REÉELLES ET DÉPENSES BUDGETISEES,
AB 82-85 (pourcentages)
Source de financement
AB82 AB83 AB84 AB85
Domestiques et PL-480 67 85 86 84
Externes ‘ 30 65 &7 ..
Total 39 70 56 ..
Source : Tableau 3.6. de l'Appendice statistique
3.15 Le taux apparemment plus faible des décaissements des dépenses
financées par les donateurs provient de plusieurs causes fort
différentes. Premièrement, l'agriculture n'échappe pas à la tendance
[page 60]
L
- 40 -
générale à surestimer dans les plans quinquennaux et les plans annuels les
dépenses futures des donateurs. Deuxièmement, des projections
excessivement optimistes ont été faites de l'apport des donateurs à des
projets agricoles prioritaires mais sans financement engagé.
Troisièmement, certains donateurs ont réduit leurs décaissements en
fonction de l'insuffisance des fonds de contrepartie de l'Etat.
Quatrièmement, le Gouvernement a été souvent incapable de remplir les
conditions qui doivent être remplies avant que les donateurs puissent
procéder au décaissement. Cinquièmement, les donateurs ont tous des
procédures différentes de recrutement de personnel, d'approbation des
projets, d'engagement et de décaissement des fonds; ces différences dans
les procédures sont d'autant plus lourdes dans le secteur agricole que
beaucoup de donateurs y sont engagés et que les services publics sont
dotés d'un personnel relativement faible.
3.16 Renouvellement rapide du personnel de haut niveau. Au cours des
dix dernières années, le MARNDR a eu, en moyenne, un autre ministre tous
les ans. Le renouvellement des titulaires d'autres postes clefs est, lui
aussi, rapide et ceci a pour conséquence que les gestionnaires ne tiennent
pas à prendre des mesures à l'encontre du personnel inefficace, car le
soutien politique, dont ils ont besoin, pourrait de ce fait disparaître du
jour au lendemain. La fréquence des renouvellements a également affecté
la continuité du programme : aucun ministre n'a eu l'occasion d'établir ou
de mettre en oeuvre une stratégie, voire de tirer les leçons de son
l'expérience.
C. Politiques complémentaires et organisation
3.17 Les projets agricoles peuvent être répartis en sept catégories
d'action principales : le développement rural intégré, l'irrigation, le
crédit agricole, la recherche appliquée, la conservation des ressources
naturelles, la production végétale et la vulgarisation agricole, et
l'élevage. La présente section examine les mesures complémentaires et
l'organisation nécessaires mais généralement absentes dans chacun des
cas. En plus, et ceci est très important, l'effet stimulatoire des prix
offerts aux agriculteurs n'est pas adéquat.
3.18 1. Développement rural intégré. La majeure partie du budget
d'investissement en agriculture est consacré à des | projets de
développement rural intégré financés par l'aide externe. Le financement
de ces projets est suffisant et le taux de décaissement est le plus élevé
du secteur; cependant ces projets souffrent fortement des problèmes
opérationnels qui affligent le MARNDR; les projets qui bénéficient de la
plus grande autonomie organisationnelle sont les moins gênés. En plus,
les dépenses de fonctionnement des projets de développement rural intégré
sont très élevées car ils fournissent des services qui n'étaient pas
offerts auparavant. A moins de facturer les services rendus, ils n'ont
aucun aucun moyen apparent de recouvrer les coûts ordinaires, et encore
[page 61]
- 41 -
moins les coûts d'investissement. Leur couverture devra donc se faire par
une augmentation du budget de fonctionnement du MARNDR ou de celui des ONG
financées par le MARNDR ou par des donateurs externes.
3.19 Les projets de développement rural intégré n'ont pas occasionné
une augmentation importante de la production rapide, sauf dans la vallée
de l'Artibonite, cela tient en partie aux problèmes d'exécution et de
coûts ordinaires discutés plus haut et également à l'insuffisance de la
technologie. De nouveaux efforts doivent être faits pour fournir un
ensemble approprié de services de production aux agriculteurs. La
recherche appliquée pilote, comme d'identifier les techniques qui
conviendraient, est généralement indispensable avant le lancement de
projets sur une grande échelle. Il y a beaucoup à faire en matière de
communication des résultats des recherches - et des expériences de
l'exécution - entre les unités de projets, qui ont tendance à travailler
isolément, et pour améliorer les liens entre la recherche et la
vulgarisation agricole.
3.20 2. irrigation. Les investissements en irrigation font
généralement partie du développement rural intégré et, à juste titre, ils
mettent l'accent sur la remise en état des installations plutôt que sur la
construction de nouvelles installations. Inclure ces investissements dans
le développement rural tend toutefois à détourner l'attention du rôle clef
de l'irrigation comme investissement essentiel à l'augmentation de la
production et de la productivité. Jusqu'à présent en outre, les projets
n'ont pas résolu les problèmes liés qui font que les réseaux d'irrigation
ne sont pas entretenus. En tête de ces problèmes viennent l'incertitude
des droits des occupants des terres, l'absence d'associations d'usagers,
l'insuffisance du financement des opérations et de l'entretien, et la
utilisation inéquate de l'eau.
3.21 Haïti devrait arrêter et mettre en vigueur un ensemble de lois
et de règlements, remis à jour, régissant l'utilisation des terres et de
l'eau, incluant la tarification des services d'irrigation fournis par le
MARNDR basée sur des prix de production totaux et la fixation de
redevances sur l'irrigation sur la base de la superficie. Ceci
permettrait de distribuer l'eau et les terres de manière plus efficace et
d'augmenter la production agricole. L'augmentation des redevances
générerait également des recettes indispensables pour financer le
fonctionnement et l'entretien des installations. L'idée d'associations
des usagers de l'eau, personnalités juridique dotées du pouvoir de priver
d'eau les membres qui n'ont pas payer leurs redevances, pourrait être
diffusée. Les associations pourraient également servir de mécanismes de
distribution, intrant et pour fournir les services de vulgarisation
agricole et le crédit agricole, et mener la recherche appliquée. D'autres
mécanismes pourraient également être efficaces.
3.22 Une fois que ces problèmes auront été résolus, les projets
d'irrigation pourraient être concentrés sur certains bassins fluvieux. Le
Gouvernement et tous les donateurs concernés planifieraient leurs efforts
en irrigation et en aménagement des bassins fluviaux.
[page 62]
k
- h2 =
3.23 3. Crédit agricole. Les deux organismes de crédit agricole, le
Bureau de crédit agricole (BCA) et la Banque nationale de développement
agricole et industriel (BNDAI) sont dans un piteux état. Les dépenses de
fonctionnement du BCA sont de 29 gourdes pour 100 gourdes prêté et son
taux de recouvrement des prêts est inférieur à 80 %; ceci revient à dire
que prêter 20 millions de gourdes coûte 7,5 millions de gourdes par an au
Gouvernement et aux donateurs. La situation de la BNDAI paraît encore
plus mauvaise.
3.24 Cette hémorragie est principalement due à l'incapacité de ces
organismes de licencier le personnel incompétent et aux taux de
recouvrement insuffisant dans le cas des employés du secteur public et
autres ayant des relations politiques. Le Gouvernement se doit de
licencier lesemployés médiocres et restaurer l'ordre dans l'application de
la réglementation régiment le crédit. Les organismes de crédit devront
ensuite poursuivre en justice les mauvais payeurs, sans motifs valables.
Il s'agit là d'une étape bien plus importante que la création d'une
nouvelle institution de crédit qui serait probablement confrontée aux
mêmes problèmes.
3.25 4. Recherche appliquée. La recherche appliquée est essentielle
pour Haïti qui compte de nombreux micro-climats. Les variations
importantes de précipitations et de l'altitude ne permettent pas de faire
passer les productions végétales d'un écosystème à l'autre et d'une région
à l'autre. La recherche est importante si l'on veut que les projets de
développement rural intégré aient un impact sur la production. Le projet
de recherche sur la production agricole actuellement financé par l'USAID
se développe mais il faut le renforcer pour diffuser plus rapidement les
essais positifs et pour réduire les essais qui se chevauchent.
3.26 5. Conservation des ressources naturelles. La sérieuse érosion
des coteaux est un problème majeur pour l'agriculture dans les collines;
pour l'agriculture en plaine, l'érosion cause l'envasement des réseaux
d'irrigation et, souvent, de sérieux dégâts durant les fortes pluies; pour
l'énergie hydroélectrique, l'érosion diminue la capacité utile du
réservoir du barrage de Peligre (voir le Chapitre V).
3.27 Malgré la gravité de l'érosion, le MARNDR n'a pas développé de
mécanisme d'exécution de projets de conservation des sols qui soit
généralisable ou efficient. Des programmes pilotes sont testés à
différents endroits mais peu d'entre eux, voire aucun, n'attirent les
agriculteurs sans subventions ou paiements directs pour exécuter les
travaux de conservation. Il est indispensable de mettre au point une
stratégie globale qui intègre la conservation des sols et le reboisement
agricole dans les collines, et qui présente des avantages économiques
directs pour les agriculteurs et serait liée à l'aménagement du bassin
fluvial. Il est certain qu'il est bien plus facile de prôner une telle
stratégie que de la formuler; il n'en reste pas moins qu'elle constitue un
préinvestissement tout à fait prioritaire pour l'agriculture et
probablement pour l'économie tout entière si l'on veut que des
investissements efficaces en conservation des sols soient faits dans les
[page 63]
- 43 -
années 90. Les projets en cours devraient procéder à des expérimentation
en vue de mettre au point une stratégie de ce type et les unités de projet
devraient échanger leurs expériences en la matière fréquemment.
3.28 Les projets de conservation des sois sont également affectés par
l'absentéisme foncier et la mauvaise gestion des terres de l'Etat; tous
deux empêchent une coordination de l'action. Les cultivateurs qui louent
leurs terres doivent recevoir des assurances adéquates quant à leurs
droits d'occupation pour que les incitants à l'amélioration de l'emploi
des terres soient efficaces, pour que la réglementation sur la
conservation des sols puisse être appliquée et, bien sûr, pour que la
production ne continue pas à être perdue par suite de l'utilisation
inadéquate de bonnes terres. L'exécution des projets serait également
plus aisée si le MARNDR concentrait ses efforts de conservation des sols
sur les bassins fluviaux déterminés ou sur les districts de conservation
d'eau en conjonction avec la remise en état des travaux d'irrigation
(voir 2 ci-dessus).
3.29 6. Production végétale et vulgarisation agricole. Les projets
de production végétale incluent des services de vulgarisation agricole en
dehors des zones des projets de développement rural intégré. Ces projets
- qui devraient intégralement relever du budget de fonctionnement - ne
sont pas financés convenablement par suite de désaccords entre le MEF, le
MARNDR et l'USAID (le donateur externe) sur la manière dont ils devraient
fonctionner. Les services de vulgarisation agricole sont entravés par
manque de budget de fonctionnement, par l'insuffisance de la formation des
agents, par le suivi médiocre et par la faiblesse de la gestion. Outre
qu'il doit prendre des mesures pour surmonter ces problèmes, le MARNDR ne
peut se permettre d'ignorer la contribution que les ONG pourraient faire;
il pourrait également envisager de former leur personnel en même temps que
ses propres agents, sur base de facturation; cela aiderait à recouvrir les
frais des nouveaux organismes de formation de personnel de niveau
intermédiaire qui dépendent du MARNDR.
3.30 7. Elevage. Le projet de reconstitution du cheptel porcin du
MARNDR, financé par la BID, a démarré très lentement par suite de
difficultés à fournir le soutien vétérinaire d'importance primordiale.
L'ACDI et le FAC ont l'intention de financer des projets similaires en
utilisant du bétail mieux adapté aux petites exploitations. En outre, un
projet de l'USAID, exécuté exclusivement par des ONG, a déjà produit un
cheptel d'environ 10.000 porcins. Les services vétérinaires mis à part,
les projets de reconstitution du cheptel porcin n'ont pas d'incidence sur
le budget ordinaire.
Programme d'investissement et plan de financement, AB86-89
3.31 Qu'il s'agisse du Gouvernement ou des donateurs, la
planification n'est pas suffisamment avancée pour présenter un programme
global d'investissement pour la période AB86-89. Des projets éventuels
peuvent toutefois être identifiés auprès des sources suivantes :
[page 64]
k
- b&
a) les projets du MARNDR dans le plan annuel de l'AB86, dont le
coût global est de 1.360 millions de gourdes;
b) les projets agricoles des autres ministères qui figurent au plan
pour 1'AB86;
c) les projets non-terminés qui figuraient au plan annuel de
l'AB 85, dont le coût total s'élevait à 440 millions de gourdes,
et qui n'ont pas été repris dans le plan annuel de 1'AB 86 mais
redémarreront probablement dans les années qui viennent; et
d) les nouveaux projets proposés par les donateurs, qui indiquent
un financement total de leur part d'environ 750 millions de
gourdes mais n'indiquent pas d'estimation de la contrepartie
haïtienne nécessaire 2/.
3.32 Ces différentes sources indiquent que la répartition future des
projets sera similaire à la répartition présente. En fait, la majeure
partie du programme d'investissement concernera l'achèvement de projets en
cours. Le programme continuera à favoriser les exportations. Il mettra
l'accent sur la remise en état et l'expansion des réseaux d'irrigation.
11 continuera à inclure des investissements dans le développement rural,
la conservation des sols et le reboisement, la reconstitution du cheptel
porcin, l'expansion du crédit agricole, et la distribution de semences,
d'engrais et d'autres intrants. Le prochain plan quinquennal continuera à
mettre l'accent sur les cultures vivrières et la diffusion de technologies
nouvelles. Il supposera donc plus de vulgarisation agricole, plus de
formation à la vulgarisation agricole et une coopération plus étroite
entre le secteur public et les ONG. A l'évidence, les priorités au niveau
des projets et des dépenses n'ont pas été suffisamment déterminées.
3.33 Les nouveaux projets envisagés indiquent que les donateurs
continueront à suivre leurs propres priorités. L'USAID a l'intention de
travailler étroitement avec les ONG dans les domaines de
l'agro-foresterie, de l'agriculture dans les collines et de la
conservation des sols. L'aide française sera consacré à la continuation
de projets de développement rural intégré. La BID poursuivra ses
activités de développement de l'irrigation intégrée, particulièrement dans
la vallée de l'Artibonite. L'IDA complétera son projet forestier
expérimental par un projet d'arboricuiture plus vaste. La majeure partie
des ressources externes additionnelles sera consacrée à l'irrigation dans
le cadre de projets de développement rural.
3.34 Les projets agricoles sont si nombreux et la collecte des
données par le Gouvernement et la plupart des donateurs si médiocre qu'il
est impossible de déterminer le montant réel des dépenses pour les projets
2/ Voir les Tableaux 3.09 à 3.12 de l'Appendice statistique.
t
[page 65]
= 45 =
en cours d'exécution. Il n'existe pas non plus d'estimation des dépenses
nécessaires pour achever ces projets. Aucun plan de financement véritable
n'existe, sauf pour le budget de l'AB 86 (Tableau III1.3).
Malheureusement, les données ne permettent pas d'isoler l'irrigation du
développement rural. Il n'y a aucune raison de s'attendre à des
modifications importantes des ordres de grandeur pour la période AB 87-89.
Tableau III.3 : COMPOSITION DU BUDGET DES INVESTISSEMENTS AGRICOLES, AB 86
(millions de gourdes)
Domestique a/ Donateurs Total Part (%)
Développement rural intégré 15,3 74,4 89,7 34
(irrigation comprise)
Crédit 13,7 16,5 30,2 12
Recherche appliquée 3,5 7,7 11,2 &
Conservation des ressources naturelles 25,8 16,7 42,5 16
Production végétale et vulgarisation
agricole 8,5 22,5 31,0 12
Elevage 6,0 6,0 12,0 5
Autres (études principalement) 14,1 30,2 h&,3 17
Total : 86,8 173,9 260,7 100
a/ Dont 43 millions de gourdes d'aide PL-480 des Etats-Unis et d'aide
similaire de donateurs.
Source : Tableau 3.2 de l'Appendice statistique.
3.35 Le budget total pour l'agriculture au cours de l'AB 86 semble
indiquer une forte augmentation tout du budget de fonctionnement que du
budget d'investissements financés domestiquement, qui passent d'un total
combiné de 72 millions de gourdes pour l'AB 85 à 102 millions de gourdes
(Tableau 111.4). En fait, cette augmentation reflète une augmentation de
133 % des fonds PL-480 de l'USAID, que le Gouvernement qualifie de
ressources domestiques et il conviendrait de les inclure dans les sources
extérieures. En outre, le déclin apparent de la part du budget
d'investissement financée par l'extérieur est largement dû à une réduction
correspondante de l'assistance de Ll'USAID hors PL-480. Le budget agricole
global pour l'AB 86 est en fait inférieur à celui de l'AB 85, la part de
l'agriculture dans le total des budgets ordinaires et d'investissement de
l'ensemble des secteurs n'a pas changé : elle est de 13 % comme en l'AB 85.
[page 66]
Ê
- 46 -
Tableau III.4 : FINANCEMENT DU BUDGET DU MARNDR, AB 85-86
{millions de gourdes à prix courants)
AB 85 AB 86
Budget de fonctionnement : Trésor 33 38
Budget de développement : Trésor 18 21
(Domestique ) PL 480 (Etats-Unis) 18 82
Autre aide en nature 3 1
Budget de développement : Donateurs 185 142
(Externe)
Total agriculture : 257 2444
Trésor 51 59
Donateurs 206 185
Sources : Budgets AB 85 et AB 86 du MEF; plans annuels AB 85 et AB 86 du
MP.
Recommandations
3.36 Les réformes clés de la politique agricole qui aideraient à
garantir que les investissements sont attrayants et qu'ils ont une
rentabilité satisfaisante comprennent : une politique des prix appropriée;
la mise au point d'une réglementation codifiée et appliquée sur
l'utilisation des terres et de l'eau, y compris les redevances sur
l'irrigation suffisante pour le couvrir le total des prix de production;
une bonne administration de la législation régissant les contrats de
crédit agricole; ainsi que l'amélioration du régime foncier. Les
redevances sur l'irrigation devraient contribuer à augmenter les recettes
et générer une modeste partie des ressources supplémentaires nécessaires
au Trésor pour l'agriculture. Les autres moyens de générer des recettes
dans le secteur agricole incluent l'alignement des loyers des terres de
l'Etat sur les prix du marché et la taxation des grandes propriétés
terriennes. Il ne sera pas facile de mettre en oeuvre ces mesures, mais
elles sont tout aussi essentielles que 1a réorientation des dépenses
publiques recommandée ci-après. En leur absence, les investissements
publics en agriculture continueront à avoir des rendements faibles.
3.37 Les obstacles à l'exécution doivent être surmontés, ceci
requiert l'amélioration de la gestion du MARNDR et une forte hausse de son
budget de fonctionnement. Mais les deux doivent aller de pair.
3.38 Les améliorations de la gestion du MARNDR devraient inclure une
amélioration de la discipline de travail et des procédures de
décaissement, ainsi que l'allongement des mandats des ministres et
[page 67]
= 47 =
d'autres cadres clefs. Le MARNDR devrait promouvoir un élargissement des
échanges d'expériences entre les unités de projets, les ONG et les
donateurs. Les double-emplois actuels dans les projets proviennent
souvent de l'ignorance de ce que les autres font. IL est clair qu'en
cette matière, les donateurs et le MARNDR ont une obligation réciproque de
s'informer mutuellement sur leurs activités et leurs performances
techniques. En outre, le MARNDR doit coopérer plus étroitement avec les
ONG comme il a commencé à le faire en matière de conservation des sols et
de reboisement. Les besoins de l'agriculture haïtienne sont si vastes que
le Gouvernement ne peut se permettre de ne pas utiliser les services de
toute organisation désireuse d'aider, surtout lorsqu'il n'en coûte rien au
fisc. L'attitude réceptive du MARNDR, qui semble actuellement se faire
jour, est très importante pour que tette coopération réussisse.
3.39 Les fonds dont le MARNDR dispose devraient être fortement
augmenté, qu'il s'agisse de son budget de fonctionnement ou de son budget
d'investissement; il devrait en aller de même des fonds de contrepartie en
gourdes afin d'assurer le meilleur usager des investissements des
donateurs. Très peu de projets nouveaux devraient être entrepris d'ici
l'AB 90 afin de laisser du temps pour exécuter convenablement les projets
en cours et d'adopter de nouvelles politiques appropriées au secteur
agricole. Ceci ne réduirait pas le flux d'aide si les décaissements sur
les projets en cours devaient augmenter. Une évaluation plus détaillée
des projets existants est nécessaire pour éliminer ceux qui ne sont pas
efficaces.
3.40 Beaucoup de projets inclus dans le programme d'investissements
agricoles pour 1l'AB 86 et de ceux qui devraient relever du programme
l'AB 87-89 sont compatibles avec les priorités sectorielles. Il y a
toutefois trois exceptions. Premièrement, les projets de développement
rural demeurent trop complexes et ne se concentrent pas suffisamment sur
la production agricole. Deuxièmement, le projet proposé visant
l'établissement d'une série d'usines régionales de transformation de
produits laitiers, ne semble pas avoir une justification évidente.
Troisièmement, les projets de conservation des sols manquent toujours
d'une stratégie efficace et il faut les considérer comme des
expérimentations en vue de développer une stratégie plutôt que comme des
solutions au problème sérieux de l'érosion en Haïti. D'importants
investissements pourraient alors être mis en place dans les années 90.
3.41 Les projets agricoles sont trop nombreux, les données
disponibles trop limitées pour permetre la présentation d'un programme
détaillé d'investissements recommandés et de son plan de financement pour
AB 86-89. En revanche, on peut avancé que le niveau des dépenses
publiques annuelles pour l'agriculture devrait être approximativement
celui indiqué au Tableau III.5, qui présente également le budget de
l'AB 86 à titre de comparaison. Le total des dépenses recommandées est de
960 millions de gourdes à prix constants de l'AB 86, dont 540 millions
(56 +) proviendraient du Trésor et le solde de 44 %, soit 420 millions
(84 millions de dollars), des donateurs de l'aide extérieure. Il n'est
pas possible d'estimer la composante devises des dépenses recommandées,
[page 68]
- 48 —
mais il est peu probable qu'elle dépasserait les 44 % devant être financés
par les donateurs. Ces propositions requièrent une forte rationalisation
du budget agricole et il se peut qu'une assistance technique considérable
soit nécessaire pour les mettre en oeuvre.
3.42 Le Tableau III.5 présente toutes les dépenses de fonctionnement
sous le budget de fonctionnement dans un souci de logique; en réalité il
peut en être différent, s'il s'avère par exemple plus simple pour certains
donateurs de financer des frais de fonctionnement en les qualifiant
d'investissements, Les niveaux de dépenses recommandés supposent une
forte augmentation des fonds affectés par le Trésor à l'agriculture : de
59 à 135 millions de gourdes par an; l'aide externe budgétisée diminuerait
de plus de 40 %, mais les 105 millions de gourdes (21 millions de dollars)
par an requis devraient être effectivement décaissés et se situeraient
bien au-delà du niveau de l'aide réelle des dernières années qui fut, en
moyenne, de 70 millions de gourdes (14 millions de dollars). ;
Tableau 111.5 : DEPENSES ET FINANCEMENT DU MARNDR RECOMMANDES, AB 86-89
ET BUDGET REEL, AB 86
(millions de gourdes aux prix de 1'AB 86)
Dépenses annuelles recommandées Budget
AB 86-89 AB 86
Applications 240 244
Fonctionnement 85 38
(Personnel) (50) (35)
Investissement 155 206
(Personnel) €) (22)
Sources 240 244
Trésor 135 59
Aide extérieure 105 185
Sources : Estimations de la mission et MARNDR.
3.43 Les données disponibles ne permettent pas d'estimer quelle part
des 420 millions de gourdes (84 millions de dollars) de l'aide externe
requise pour l'AB 86-89 a déjà été engagée. (Pour l'analyse globale
contenue au Chapitre II, elle est supposée être de 52 millions de dollars,
soit 100 % des besoins pour l'AB 86 et 50 % de ceux de L'AB 87-89: ceci
suppose l'engagement de 32 millions de dollars supplémentaires).
3.44 Les dépenses recommandées ci-dessus excluent également celles
des ministères autres que le MARNDR. Si elles restaient à leurs niveaux
antérieurs, les estimations ci-dessus devraient être augmentées de 25 %
[page 69]
CE
pour couvrir l'ensemble du secteur. Le Gouvernement devrait consolider
toutes les dépenses relatives au secteur agricole au sein d'une seul
ministère. Il est par exemple peu logique que Le Ministère du plan
exécute un projet de développement rural, comme c'est le cas actuellement.
3.45 Les 85 millions de gourdes de dépenses annuelles de
fonctionnement recommandées devraient comprendre au moins 35 millions de
gourdes pour les opérations. En outre, 15 à 20 % des effectifs du MARNDR
- ceux qui sont inefficaces - devraient être licenciés et ceux qui restent
devraient se voir attribuer des augmentations de salaires sélectives sur
la base des performances et du désir d'être transférés de Port-au-Prince
en province. Ceci devrait faire passer la masse salariale de 57 millions
de gourdes à 50 millions, ce qui représente une diminution d'environ 14 %.
3.46 Le niveau des investissements recommandé ci-dessus est inférieur
d'environ 50 millions de gourdes à celui prévu au budget de l'AB 86.
Quelque 50 % proviennent du seul jeu d'écritures qui fait passer des
dépenses opérationnelles du budget d'investissement en budget de
fonctionnement. L'autre moitié devra provenir de réductions de certains
projets prévus en l'AB 86. Il est urgent d'examiner cela en détail; une
solution consisterait à réduire le financement du projet de crédit
agricole si les frais de gestion internes des organismes de crédit et les
pertes sur les prêts peuvent être réduits. Sous réserve d'analyse future,
certains projets de développement rural pourraient également être éliminés.
3.47 Pour l'AB 87-89, les domaines prioritaires devraient être la
remise en état des systèmes d'irrigation, la recherche appliquée, la
fourniture d'intrants à la production, et la conservation des sols. Peu
de projets nouveaux devraient être entamés. Les principales exceptions
seraient les projets-relais des projets existants, qui sont souvent
appellées ‘nouveaux projets" par les donateurs mais ne le sont pas
vraiment. En revanche, Le développement rural doit se concentrer sur
l'irrigation et ne pas s'encombrer de trop de composantes sociales. En
outre, deux nouveaux projets sont nécessaires. Premièrement, il faudrait
développer un projet de fourniture par le secteur privé d'intrants pour en
augmenter la disponibilité dans les campagnes au travers des réseaux
commerciaux en place. Deuxièmement, il est indispensable d'avoir un
projet de formation à la vulgarisation agricole et de diffusion de cette
vulgarisation pour assurer une formation aux agents de tous niveaux et,
idéalement, englober ceux des ONG. Ces deux propositions de projet n'ont
pas été chiffrées mais elles devraient être incluses dans les dépenses
sectorielles globales proposées pour les AB 87-89. Accompagné d'un
meilleur fonctionnement des services du MARDNR, ces deux projets devraient
augmenter substentiellement le taux de rentabilité des investissements
dans l'agriculture.
[page 70]
L
_- 50 -
CHAPITRE IV
ENTREPRISES PUBLIQUES INDUSTRIELLES
h.01 L'industrie haïtienne comprend trois sous-secteurs :
l'assemblage industriel pour l'exportation, le secteur privé substituent à
l'importation et les entreprises publiques industrielles. Comme il a été
analysé au Chapitre I et dans le rapport intitulé Haïti : comment stimuler
la croissance, l'expansion de l'industrie ne peut provenir que des
exportations, dont la promotion présuppose l'élimination des mesures qui
les défavorisent actuellement. Les dépenses publiques affectent le
secteur industriel de deux manières principales : d'une part en
fournissant aux exportateurs une infrastructure et d'entretien par les
industries d'Etat.
I. Besoins d'infrastructure des exportateurs privés
Infrastructure et parcs industriels
k.02 Les exportateurs privés ont un besoin d'approvisionnement
régulier d'électricité, de transports, de télécommunications et d'eau.
Ces sujets sont largement abordés aux Chapitres V à IX, qui traitent de
l'infrastructure des différents secteurs. Les problèmes spécifiques
mentionnés par les exportateurs de Port-au-Prince sont, par ordre
approximatif d'importance, la mauvaise qualité ou l'absence de services du
télex, l'irrégularité de l'approvisionnement en électricité et
l'insuffisance de l'alimentation en eau. Ses investissements pour venir à
bout des deux premiers problèmes sont déjà engagés; ceux pour l'adduction
d'eau sont en cours de préparation mais ils prendront plus de temps.
4.03 L'emplacement géographique constitue un aspect important de
l'infrastructure industrielle qui n'est pas traité dans les différents
chapitres traitant de l'infrastructure. À l'heure actuelle, la majeure
partie de l'activité industrielle haïtienne est concentrée dans la région
de Port-au-Prince, où il existe un parc industriel public en cours
d'expansion (SONAPI), un parc industriel privé (SODECOSA} et des plans
pour deux autres parcs privés. En outre, l'idée d'établir une zone
franche industrielle au port de Port-au-Prince ou dans sa proximité est
discutée. En dehors de Port-au-Prince, il existe un petit parc industriel
privé — une extension de SODECOSA — à Gonaives; une étude de
préfaisabilité financée par la BID est également en voie de préparation
pour deux parcs industriels éventuels au Cap Haïtien et Les Cayes, et pour
une zone franche à Port-au-Prince.
4.04 Pendant plusieurs années, les plans gouvernementaux ont mis
l'accent sur le développement régional et ils comportaient des mesures
visant à encourager l'industrie à s'implanter en dehors de
Port-au-Prince. Mais, présentement les faits ne prouvent nullement que
l
[page 71]
- 51 —
l'industrie privée souhaite s'établir ailleurs. Port-au-Prince dispose
d'un bon port, d'un bon aéroport et d'autres formes d'infrastructure
nécessaires. En outre, le secteur privé satisfait la demande de parcs
industriels. IL se peut qu'à l'avenir une décentralisation soit
nécessaire mais, il faut rétablir d'abord la croissance.
Recommandations
4.05 Mis à part l'extension en cours de la SONAPI, il n'est pas
nécessaire que le secteur public s'engage davantage dans les parcs
industriels durant les AB 86-89, particulièrement en dehors de
Port-au-Prince. En fait, le Gouvernement pourrait envisager de désister
de l'entreprise publique rentable qu'est la SONAPI. L'idée d'une zone
industrielle franche doit être creusée y compris sa pension, privée ou
publique, et les études nécessaires doivent être effectuées avant que tout
investissement ne soit entrepris. Les parcs industriels existants sont
pratiquement des zones franches. Là aussi, aucun investissement public ne
semble probable durant la période AB 86-89.
II. ENTREPRISES INDUSTRIELLES PUBLIQUES
4,06 Au début de86, il y avait cinq entreprises industrielles
publiques moyennes et plusieurs petites. Cette section se limite aux cinq
principales :
a) L'Entreprise nationale des oléagineux (ENAOL), une huilerie
végétale;
>) La Minoterie d'Haïti;
c) Ciment d'Haïti:
d) Usine sucrière du Nord (USN), une raffinerie délabrée achetée au
secteur privé; et
e) Usine sucrière nationale de Darbonne (USND), une nouvelle
raffinerie.
Les quatre premières ont à l'origine été établies sous forme d'entreprises
privées ou mixtes, que l'Etat a fini par reprendre. L'USND a été
construite par l'Etat même dans le cadre des investissements publics.
4.07 Jusqu'en 1985, chaque entreprise occupait une place spéciale
dans l'économie haïtienne. ENAOL avait le monopole du broyage des graines
oléagineuses, du commerce de l'huile semi-raffinée et de l'exportation des
dérivés des farines. La Minoterie avait le monopole des importations de
blé et de farine et de la production de farine de blé. Ciment d'Haïti
avait le monopole de fait de la production et du commerce du ciment. Les
prix des produits de toutes ces entreprises étaient contrôlés par l'Etat.
Jusqu'en mars 1985, elles étaient exonérées d'impôts.
[page 72]
À
_- 52 -
Aspects financiers et opérationnels
k.08 Jusqu'en 1985, les prix facturés par toutes les entreprises pour
leur produits vendus sur le marché domestique dépassaient de loin les prix
frontière. Les performances financières des entreprises n'en restaient
pas moins mixtes (Tableau IV.1). Les deux raffineries et l'huilerie ont
subi de fortes pertes, surtout si l'on tient compte des amortissements et
des frais financiers. La minoterie et la cimenterie étaient rentables; en
fait, excluant les très gros bénéfices de la Minoterie, les quatre autres
entreprises réunies auraient dégager une perte annuelle moyenne d'environ
38 millions de gourdes après amortissements et frais financiers.
Tableau IV.1 : ENTREPRISES INDUSTRIELLES PUBLIQUES :
RESUME DES PERFORMANCES FINANCIERES MOYENNES, AB 83-85
(en millions de gourdes à prix courants)
Entreprise Recettes Dépenses Résultat Frais finan-
d'exploi- d'exploi- d'exploi- ciers & amor- Résultat
tation tation tation tissements global
ENAOL 148 180 19 25 (7)
La Minoterie 294 228 67 3 64
Ciment d'Haïti 111 82 29 22 7
USN a/ 18 20 (2) & (6)
USND 20 27 (7) 25 (32)
Total 641 536 105 79 26
a/ AB 84 et AB 85 seulement.
Source : Calculs de la mission, basés sur les informations produites par
les entreprises.
4.09 La rentabilité de deux des entreprises ne devrait toutefois pas
être considérée comme une preuve de leur efficience. Elle tient au
contraire au fait que les prix contrôlés de la farine et du ciment étaient
suffisamment supérieurs aux prix frontière pour que La Minoterie et Ciment
d'Haïti fassent des profits malgré leur inefficience. Les huiles
végétales et le sucre étaient également vendus à des prix dépassant
nettement les prix mondiaux; ceux-ci n'étaient cependant pas suffisants
pour compenser financièrement l'inefficience de l'ENAOL, de Ll'USND et de
l'USN. Le Tableau IV.2 indique que leurs coûts de production étaient
nettement supérieurs dans chaque cas aux prix c.a.f. des importations
concurrentielles.
4.11 Les causes de la faible efficience varient d'une entreprise à
l'autre, Toutefois, un personnel excessif et des frais généraux élevés
étaient des causes communes. Chacune des entreprises, dont l'effectif
[page 73]
‘ - 53 -
global dépassait 1.800 personnes, aurrait fonctionner avec moins de la
moitié de leurs employés, dans certains cas avec moins d'un tiers. À La
Minoterie, 1'ENAOL et Ciment d'Haïti, les frais de gestion et autres frais
fixes étaient également nettement supérieurs à ceux que des entreprises
fonctionnant sous des conditions plus concurrentielles auraient pû
supporter. L'ENAOL et les deux raffineries souffraient de la faible
utilisation de leur capacité, la première par suite de la faiblesse de la
demande domestique, et les autres par suite du manque de matières
premières. Les entreprises qui importaient des matières premières
— ENAOL, La Minoterie et, dans une moindre mesure, Ciment d'Haïti -—
payaient des prix c.a.f. nettement supérieurs à ceux qu'elles auraient dû
payer d'après les prix mondiaux et les frais de transport connus. Ceci
tenait fréquemment à 1a concentration excessive sur une source unique
d'approvisionnement, qu'il s'agisse d'un pays ou d'une entreprise, ou
peut-être aussi dans certains cas de paiements : au début 1986, l'ENAOL et
La Minoterie avaient toutes deux accumulé des dettes envers leurs
fournisseurs de graines. Dans certains cas, les coûts étaient élevés par
suite de la vétusté ou du mauvais entretien du matériel qui entraînaient
des interruptions fréquentes des opérations, elles-mêmes causant une
hausse importante de la consommation de combustible par suite des remises
en route constantes.
Tableau _IV.2 : ENTREPRISES INDUSTRIELLES PUBLIQUES :
COMPARAISON ENTRE LES COUTS DE PRODUCTION UNITAIRES ET LES
PRIX C.A.F. DES IMPORTATIONS, AB 85
Entreprise Produit Unité Prix Coût de Ratio
c.a.f. production a/
ENAOL Huile de soja dollar/tonne 732 1.520 2,1
semi-raffinée métrique
La Minoterie Farine dollar/sac 12 19 }/ 1,5
supérieure de 100 livres
Ciment d'Haïti Ciment en sacs dollar/tonne 50 88 1,8
métrique
USN Sucre brut US cents/livre 15 c/ 33 2,2
USND Sucre brut US cents/livre 15 c/ 87 5,8
a/ Amortissements et frais financiers compris, mais impôts indirects non
compris.
b/ La vérification des comptes de La Minoterie, qui eut lieu en
juillet-août 1986, pourrait procurer plus de détails sur les coûts de
production; ie chiffre indiqué est la meilleure estimation de la
mission, basée sur les données disponibles.
b/ Prix mondial projeté à long terme.
Source : Estimation de la mission.
[page 74]
d
- 54 —
Dette
4.11 Plusieurs entreprises étaient fortement endettées (notamment
l'ENAOL et les sucreries), et le service de cette dette augmentait
considérablement leurs coûts, d'autant qu'il s'agissait en grande partie
d'une dette à court terme. En outre, comme il a été noté, les arriérés
constituaient un problème sérieux pour deux entreprises au moins. Les
obligations à court terme relativement coûteuses de Ll'ENAOL avaient
augmenté, alors qu'elle avait remboursé ses prêts à long terme. Les
17,4 milllions de dollars de l'encours de la dette de l'ENAOL au
30 septembre 1985 n'avaient été réduits que de 0,4 million au 31 décembre
suivant. Un peu plus de la moitié était dû à la Junta Nacional de Granos,
office de commercialisation du soja du Gouvernement argentin, et
présentait plus de six mois d'arriérés.
L.13 Une vérification des comptes de La Minoterie en cours pourrait
clarifier la situation de la dette. Au mieux des connaissances de la
mission, l'encours total de la dette de La Minoterie s'élevait à
15 millions de dollars au 30 septembre 1985, si l'on excluait les
engagements envers la Banque centrale (BRH) et d'autres banques locales;
les informations préliminaires indiquent que cet encours a été réduit à
environ 11 millions de dollars au 31 décembre suivant, dont 7 millions dûüs
au Gouvernement canadien qui avait repris une dette due à une entreprise
canadienne, Maple Leaf, qui avait autrefois un contrat de gestion avec La
‘Minoterie, et quelque 2 millions représentent plus de quatre mois
d'arriérés.
4.13 Au 31 décembre 1985, l'encours de la dette de l'USND s'élevait à
46 millions de dollars représentent presqu'en totalité le coût de
construction de la raffinerie de Darbonne. Sur ce total, 38 millions de
dollars étaient dûüs à un consortium de banques européennes et garantis par
le Gouvernement italien (le matériel de la raffinerie a été en grande
partie fourni par une firme italienne). Les 6 millions de dollars de la
dette globale de l'USN étaient entièrement dûs à la Banque nationale de
crédit, une banque commerciale du secteur public haïtien.
&,14 Ciment d'Haïti a remboursé la majeure partie de l'encours de sa
dette, tant les obligations à court terme envers des banques commerciales
qu'un prêt à long terme de l'ancien actionnaire étranger.
Impact sur la balance des paiements
4,15 L'une des principales justifications avancées pour la création,
l'expansion et le maintien des entreprises industrielles publiques est
qu'elles économisent des devises en produisant des biens que le pays
devrait autrement importer. En fait, et en partie à cause de leurs coûts
élevés et de leurs inefficiences, les trois entreprises réductrices
d'importations - l'ENAOL, La Minoterie et Ciment d'Haïti - étaient
d'importantes utilisatrices nettes de devises, Leurs pertes nettes en
devises étaient d'environ 30 millions de dollars par an, soit 9 % du total
des exportations de biens et de services d'Haïti.
ë
[page 75]
- 55 —
h.16 Depuis Le démarrage de ses opérations en l'AB 82 jusqu'à fin
AB 85 l'ENAOL utilisa environ 140 millions de dollars en devises pour
l'achat de matières premières, de pièces détachées, de combustible,
d'assistance technique et pour le service de sa dette. Ceci représenta en
moyenne 34 millions de dollars par an, soit environ 11 % des exportations
haïtiennes. Les recettes directes en devises provenant des exportations
de farine de soja de Ll'ENAOL représentaient en moyenne Il millions de
dollars par an et la production d'huile de soja brute résultant des
activités de broyage de la compagnie aurait eu un coût moyen c.a.f.
d'environ 8 millions de dollars par an. L'ENAOL a donc eu chaque année un
impact négatif d'environ 16 millions de dollars sur la balance des
paiements; ce montant aurait pu permettre la création de quelques
6.000 nouveaux emplois chaque année.
4.17 L'impact de La Minoterie sur la balance des paiements fut lui
aussi, très négatif. Ses besoins de devises étaient d'environ 45 millions
de dollars par an, soit 14 % des exportations. Quelque 2 millions de
dollars provenaient de l'exportation de paille de blé pour l'alimentation
du bétail, et la farine et la paille produites pour le marché local
représentaient l'équivalent d'environ 31 millions de dollars aux prix
c.a.f.. Le coût net en devises des activités de La Minoterie fut donc
d'environ 12 millions de dollars par an, ce qui aurait pu permettre la
création de 4.500 emplois nouveaux par an.
4.18 Même Ciment d'Haïti, qui utilise des matières premières locales,
était une cause d'hémorragie de devises, principalement à cause de sa
consommation très élevée de combustible. Le coût total équivalent en
devises de la production par l'entreprise d'une tonne métrique de ciment
en sacs était d'environ 52 dollars, alors que l'importation de ce même
produit aurait pu se faire à raison de 50 dollars par tonne métrique. En
d'autres termes, la perte nette annuelle de devises était d'environ
0,5 million de dollars.
Impact _sur l'économie
&.19 Les entreprises industrielles publiques ont eu, dans le passé,
un impact net très négatif sur l'économie haïtienne. Le Tableau IV.3
s'efforce d'en évaluer le coût durant l'AB 82-85 en additionnant les
dépenses d'investissement et l'impact réel des opérations des entreprises
sur les ressources. Les investissements incluent le coût en capital des
travaux directement financés par Haïti, soit à l'aide de ressources
domestiques, soit par emprunt, ainsi que le coût pour Haïti du
dédommagement d'anciens actionnaires étrangers. Afin d'estimer le coût
réel en ressources des opérations en cours, la subvention par le
consommateur fut calculée comme étant la différence entre les coûts de
production des entreprises et le prix c.a.f. des mêmes produits à
l'importation qui auraient été payés par les consommateurs haïtiens si les
entreprises n'avaient pas existé. Comme le taux de rentabilité économique
de toutes les entreprises eat négatif, le capital investi est, lui aussi,
intégralement perdu. On peut voir que le coût économique global des
entreprises industrielles publiques durant 1'AB 82-85 a été de l'ordre de
[page 76]
L
_- 56 —
1,5 milliard de gourdes (300 millions de dollars), soit près de 4 % du PIB
global au cours de cette période de quatre ans. Si les investissements
avaient été faits ailleurs avec une rentabilité de 12 %, le PIB industriel
aurait été de 380 millions supérieur en Ll'AB 90, plutôt qu'en déclin de
près de 400 millions de gourdes par an en termes économiques.
Tableau IV.3 : IMPACT ECONOMIQUE DES ENTREPRISES INDUSTRIELLES
PUBLIQUES, AB 82-85
(millions de gourdes à prix courants)
Entreprise Investissement Subvention par le Total
consommateur
ENAOL . 91 340 431
La Minoterie 25 363 388
Ciment d'Haïti 70 189 259
USN 33 57 89
USND 289 92 381
Total 506 1.040 1.546
Source : Calculs de la mission.
4.20 Actions récentes du Gouvernement : ENAOL ET USND. Considérant
les problèmes que posaient lLl'ENAOL et l'USND, le Gouvernement aprix,
depuis avril 1986, une série de mesures qui, si elles sont maintenues,
réduiront substentiellement les pertes financières et économiques créées
par les entreprises industrielles publiques. D'abord le Gouvernement
libéralise l'importation - jusqu'alors limité - des huiles végétales
rafinées et semi-rafinées en l'assujétissant à un contingentement
interprêté de façon lâche et à un taxe de 20 % sur la valeur. De ce fait
les prix de détail des huiles ont diminué de façon spectaculaire de
1,60 dollar à 1,10 dollar/litre. Ensuite Le Gouvernement a fermi ENAOL au
31 juillet 1986 tout en assurant la responsabilité de la dette de
l'entreprise; il offrit une généreuse solde de départ aux 200 travailleurs
et leur permit d'examiner la possibilité de gérer l'entreprise sous une
forme coopérative. A la mi-août quelques 100 travailleurs avaient opté
pour la solde. Enfin le Gouvernement a fermé l'usine sucrière USND
offrant une solde de départ et des compensations pour les travailleurs et
pour les producteurs de canne à sucre affectés; en plus le Gouvernement
donnera aux producteurs de canne l'assistance technique et
l'infrastructure nécessaire pur permettre la reconversion de la culture de
la canne. Il reste à déterminer la façon de disposer des actifs des deux
entreprises (ENAOL et USND) qui demeurent propriétés d'Etat momentanément.
4.21 Options ouvertes : La Minoterie, Ciment d'Haïti et USN. Afin
d'assiter la prise de décisions politiques visant à empêcher ou minimiser
les pertes futures, une analyse économique des options concernant les
[page 77]
- 57 -
trois entreprise fut préparée par la mission. Chaque analyse se concentre
sur le choix entre la poursuite des activités actuelles, ou leur
développement après avoir fait les investissements requis. Dans le cas de
la poursuite ou du développement des activités, des hypothèses extrêmement
favorables sont utilisées. Les investissements et les pertes accumulés
jusqu'en l'AB 85 sont tous présumés amortis et passés par pertes et
profits. Il est supposé que des niveaux d'efficience internationale
puissent être atteints à La Minoterie, chez Ciment d'Haïti et à Ll'USN
moyennant des investissements modestes. Dans les cas de l'USN, il est
également supposé que Les approvisionnements de canne à sucre
augmenteraient considérablement de manière à assurer une meilleure
utilisation de sa capacité. La valeur des intrants et des produits est
exprimée en prix internationaux à long terme. L'analyse de La Minoterie
pourrait devoir être revue à la lumière de la vérification des comptes en
cours, mais il est peu vraisemblable que les conclusions seront affectées
substentiellement.
4.22 Les résultats des analyses spécifiques pour chaque entreprise
sont :
a) La Minoterie. Les rendements physiques ne peuvent pas être
portés bien au-delà de leurs niveaux actuels insatisfaisants
sans investir dans une nouvelle minoterie; l'équipement de la
minoterie existante est désuet. Aux prix internationaux
toutefois, une nouvelle minoterie aurait une valeur actuelle
nètte très négative, même en supposant des améliorations
considérables de l'efficience des opérations.
b) Ciment d'Haïti. Le maintien de la production de clinker n'est
pas une proposition rentable; passer au broyage et à l'ensachage
de clinker importé aurait une justification marginale, moyennant
des hypothèses favorables et un taux d'escompte de 12 Z.
c) USN. Même sous des hypothèses très favorables concernant
l'offre de canne à sucre, le prix du sucre sur les marchés
mondiaux et les améliorations de l'efficience, le maintien des
activités se traduirait par des valeurs actuelles nettes
négatives dans la raffinerie, et elle n'a donc pas de
justification économique.
Recommandations
4.23 L'ENAOL devrait rester fermée. L'investissement annuel
d'environ 5 millions de gourdes pour stimuler la production locale de
graines oléagineuses - en remplacement du soja importé et pour supporter
ENAOL - devrait cesser. Le marché haïtien des oléagineux devrait rester
ouvert; la dette à court terme de l'ENAOL maintenant assumée par l'Etat
devrait être renégociée.
4.24 De même USND devrait rester fermer et ses actifs physiques
devraient être liquidés. La dette, présentement assumée par l'Etat,
devrait être renégociée.
[page 78]
_ 58 —
4.25 Afin d'assurer la compétition sous toutes formes de gestion,
aucun privilège spécial ne devrait être accordé à quelque coopérative ou
autre groupe privé qui pourrait exploiter ENAOL ou USND. Ceci inclue
l'attribution de monopoles, des restrictions sur les importations, ainsi
que de ressources publiques, crédit ou encore garantie de dettes.
4.26 Le monopole des importations de blé et de farine de blé de La
Minoterie devrait cesser; l'importation de céréales vivrières et de farine
devrait pouvoir se faire librement sous un régime de tarifs douaniers
protégeant la production agricole locale et fournissant des recettes
fiscales. Le contrôle des prix devrait être levé. La Minoterie devrait
réagir à tout ceci en devenant plus efficient, en réduisant ses coûts.
L'Etat ne devrait pas investir dans une nouvelle minoterie dans la
situation actuelle du marché. Des investissements pour améliorer
l'efficience de la minoterie existante pourraient être nécessaires pour
lui permettre de faire face au renforcement de la concurrence, mais aucun
nouvel investissement ne devrait précéder les réformes du marché. Il se
peut qu'importer la farine plutôt que le blé nécessite des investissements
dans des installations de stockage. Ce devrait être soigneusement étudiée
ainsi que les améliorations nécessaires de la gestion du stockage et de la
distribution optimale de la farine.
4.27 Ciment d'Haïti devrait arrêter la production de clinker et
plutôt broyer et ensacher du clinker importé. Le marché du ciment devrait
être libéré et le monopole de la vente et de la production de l'entreprise
devrait être aboli. De nouveaux équipements de génération d'électricité
semblent nécessaires, mais leurs tailles devraient être déterminées par
les seuls besoins du broyage de clinker. Les investissements
complémentaires dans les installations portuaires et de stockage qui
pourraient être nécessaires pour l'importation de clinker devraient être
analysés et soumis à une étude de factibilité.
4.28 La raffinerie de l'USN devrait être fermée pour des raisons
économiques. Elle n'est pas rentable, même si le coût d'opportunité de la
canne à sucre tombait à 30 - 40 gourdes (6 à 8 dollars) par tonne payées
par les guildes (petites distilleries produisant de l'alcool potable),
comparées aux 65 gourdes (13 dollars) par tonne payées par les raffineries
dotées de centrifugeuses (ce qui soutient la thèse selon laquelle les
terres et la main-d'oeuvre consacrées à la production de canne à sucre en
Haïti n'ont pas d'autre utilisation rentable). D'un point de vue social,
en revanche, cette recommandation devrait être appliquée simultanément
qu'on identifie des activités de conversion de la culture de canne à sucre.
4.29 Très peu d‘'investissements seront donc nécessaires pour les
entreprises industrielles publiques durant la période AB 86-89. Seuls La
Minoterie et Ciment d'Haïti pourraient nécessiter des investissements
supplémentaires. Leurs programmes d'investissement pourraient se
présenter dans les grandes lignes comme indiqué au Tableau IV.4. 11 faut
toutefois souligner que ces chiffres ne sont qu'indicatifs.
'
[page 79]
_ 59 -
Tableau IV.4 : ENTREPRISES INDUSTRIELLES PUBLIQUES;
PROGRAMME INDICATIF D'INVESTISSEMENT, AB 86-89
{millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
Exercice
1986 1987-89 1986-1989
La Minoterie 5 35 40
Ciment d'Haïti 20 30 56
USN - - _
Total 25 65 90
Source : Tableau 4.1 de l'Appendice statistique.
b.30 Compte tenu de l'expérience récente des entreprises
industrielles publiques en Haïti, il n'y a pas de raison pour le
Gouvernement de créer ou reprendre quelque entreprise nouvelle. En
particulier, si l'extraction d'or ou de lignite s'avérait rentable, leur
développement devrait être laissé au secteur privé. (Le Chapitre V
examine également brièvement la lignite).
4.31 Enplus de La Minoterie et du Ciment d'Haïti, il y a au moins
cinq petites entreprises industrielles publiques (Flore d'Haïti, Industrie
marbrière haïtienne, Port Dauphin, Produits métalliques, et la Société de
nutrition animale) dont plusieurs sont propriétés de la Société
d'équipement nationale (SEN), un holding public; le Gouvernement pourrait
envisager de s'en désister.
[page 80]
= 60 —
CHAPITRE V
ENERGIE ELECTRIQUE
Le contexte sectoriel
5.01 La mission n'a pas procédé à un examen détaillé des dépenses
publiques pour l'énergie autres que celles d'électricité, principalement
parce qu'aucun gros investissement n'est prévu pour la période AB 86-98.
Avant de passer à l'énergie électrique, il est utile de situer le
sous-secteur dans son contexte et de faire également quelques
recommandations sur la planification sectorielle qui ont des conséquences
pour les investissements dans les années 90 1/.
5.02 En termes calorifiques, le bois est le combustible le plus
utilisé en Haïti. En 1982, il représentait 74 % du total de
l'approvisionnement énergétique, le reste provenant des produits
pétroliers importés (14 %), de l'hydroélectricité (5 %), de la bagasse
(5 %) et du charbon importé (2 %). Les ressources energétiques locales
sont limitées. Les ressources forestières s'épuisent du fait de leur
utilisation pour la cuisine ménagère, le commerce et l'industrie. Ceci a
provoqué de gros problèmes d'érosion menaçant sérieusement la productivité
agricole. En outre, l'envasement dû à l'érosion empêche d'irriguer et il
a réduit le volume utile du principal système hydroélectrique haïtien,
Peligre. Le potentiel hydroélectrique qui reste à mettre en valeur ne
représente que 90 MW, comparé à la capacité installée actuelle de 173 MW.
Aucun gisement de pétrole n'a été identifié, bien qu'il y ait un potentiel
de production d'hydrocarbures. Dans les conditions actuelles,
l'exploitation du plus grand gisement de lignite du pays (Maissade) à des
fins de production d'énergie n'est pas rentable.
5.03 La demande d'énergie non satisfaite peut contraindre la
croissance économique d'Haïti. Un approvisionnement énergétique fiable
est tout à fait indispensable à la croissance de l'industrie d'assemblage
orientée sur l'exportation. Les objectifs principaux du secteur
énergétique sont de satisfaire la demande globale, tout en équilibrant
l'offre et la demande de bois d'une manière soutenue et dans le respect de
l'écologie, en réduisant le coût des importations de pétrole, et en
développant le réseau de production d'énergie au moindre coût. Atteindre
ces objectifs supposera : d'augmenter l'efficience économique de
l'utilisation de l'énergie, domaine dans lequel il y a beaucoup à faire;
de développer un approvisionnement domestique dans la mesure où ceci est
compatible avec une allocation efficiente des ressources; d'asurer
l'importation du pétrole au moindre coût; et d'analyser les possibilités
d'importer des combustibles de remplacement plus économiques.
1/ Une analyse plus complète de la situation énergétique en Haïti se
trouve dans les rapports PNUD/Banque mondiale : Haïti : Problèmes et
choix énergétiques : (3672-HA, juin 1982) et Haïti: Energy Assessment
Status Report (Haïti : rapport sur l'activité énergétique) (041/85,
août 1985).
Él
[page 81]
- 61 -
5.04 Trois institutions se partagent la responsabilité de l'énergie.
Le Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du
développement rural (MARNDR) s'occupe de la foresterie et de l'agriculture
(voir le Chapitre 3); Electricité d'Haïti de l'électricité (commentée plus
bas); et le Ministère des mines et des ressources énergétiques (MMRE) des
combustibles de remplacement (y compris certains combustibles fossiles
indigènes) et du rendement énergétique. En outre, le Ministère du
commerce, qui supervise l'industrie d'approvisionnement en pétrole, traite
la question de l'obtention de pétrole au moindre coût. Le Ministère du
plan ne joue aucun rôle réel dans ce secteur. Compte tenu de cette
fragmentation des responsabilités, la coordination est vitale pour assurer
une approche cohérente et équilibrée de l'ensemble du secteur. Les
efforts dans cette direction doivent être énergiquement poursuivis.
5.05 Au sein du MMRE, une petite unité telle que l'actuelle Direction
des ressources énergétiques (DRE) pourrait renforcer le rôle du ministère
en matière : a) de conseil au Gouvernement en matière de planification
sectorielle globale et b) d'exploration des options énergétiques (par
exemple, les combustibles de remplacement et l'amélioration de
l'efficience}, deux sujets non couverts par d'autres institutions. Les
travaux de préinvestissement de la DRE dans les années qui viennent auront
des conséquences sur les investissements dans les années 90. La DRE
devrait donc orienter son programme de travail de manière à jouer un rôle
de catalyseur dans l'acheminement des investissements vers les domaines
prioritaires.
5.06 La DRE attache actuellement une grande importance à la
possibilité d'utiliser la lignite de Maissade pour remplacer le bois de
feu. La mise en valeur de ce gisement ne devrait être envisagée qu'une
fois qu'il aura été établi que la production d'un combustible approprié
est techniquement et économiquement faisable au départ de ce gisement.
Dans les années qui viennent, la DRE devrait mettre à nouveau l'accent sur
: a) la collecte de données sur la demande d'énergie; b) la promotion de
la gestion de la demande d'énergie auprès des principaux consommateurs
industriels de pétrole, d'électricité et de bois; c) l'étude des guildes
(petites distilleries d'alcool) afin de réduire leur consommation de bois
et, peut-être, de le remplacer par la bagasse; d) la mise au point d'un
réseau autonome de production et de distribution de poêles à charbon de
bois à Port-au-Prince; et e) l'exécution en liaison avec le MARNDR
d'analyses régionales de la situation du bois de feu.
5.07 En ce qui concerne l'exploration pétrolière, compte tenu de son
risque élevé et de la pénurie de capitaux, le Gouvernement devrait faire
en sorte que ses coûts soient supportés par des compagnies pétrolières
internationales. Ce point est examiné dans le cadre d'un programme
MMRE/BID qui vise à formuler une stratégie de promotion de l'exploration
pétrolière.
L
[page 82]
ÿ
- 62 -
Le secteur électrique et sa planification
5.08 Ed a une capacité installée de 173 MW; il existe également une
capacité estimée à 40 MW dans les centrales captives. En octobre 1985,
EdH disposait d'une capacité de 160 MW pour satisfaire une demande de 68
MW de la région de Port-au-Prince. Malgré des réserves apparemment
vastes, EdH a eu des difficultés à satisfaire la demande durant la saison
sèche les deux dernières années. La faiblesse des précipitations et les
effets de l'envasement ont limité la capacité disponible des 47 MW de
Peligre.
5.09 Il n'existe aucun relevé détaillé de la capacité des centrales
captives. Les plus grandes centrales sont celles de Ciment d'Haïti
(14,5 MW), de La Minoterie (5,6 MW), et des quatre raffineries de sucre
(USND 5,2 MW, HASCO 2,5 MW, USN et Dessalines); le solde appartient à des
usagers isolés et à des clients d'EdH prenant des précautions contre les
coupures.
5.10 Le principal obstacle à l'expansion est le coût élevé des
programmes d'investissements hydroélectriques du fait que les variations
du débit des fleuves et rivières rendent des réservoirs nécessaires; les
grands réservoirs sont très coûteux du fait de la configuration du terrain
et du manque de routes.
5.11 EdH est Le seul organisme responsable de l'approvisionnement en
électricité. Le Ministre des travaux publics, des transports et des
communications préside son Conseil d'administration auquel siègent
également les ministres des Finances, du Commerce et de l'Industrie, et du
Plan, le gouverneur de la banque centrale, et le directeur général d'EdH.
Les orientations politiques sont fixées par le Président; le Conseil
approuve les principaux plans d'investissement, les tarifs, les emprunts
et les politiques générales. Le directeur général est nommé par le
Président et son autonomie est assez grande.
5.12 L'organisation actuelle d'EdH, basée sur une étude faite par des
consultants étrangers en 1981, est satisfaisante. Les améliorations ont
été plus modestes dans les services techniques que dans les services
administratifs, ce qui tient en partie au personnel en place. En fait,
d'EdH devra continuer à faire appel à des consultants étrangers pendant
plusieurs années jusqu'à ce qu'un certain nombre de jeunes cadres haïtiens
aient une formation et une expérience suffisantes pour assumer les
responsabilités techniques et de gestion. Malgré les limitations de ses
effectifs, la capacité d'EdH de mettre en oeuvre des projets est assez
bonne. Sa gestion financière est saine. EdH a maintenu une rentabilité
moyenne de 6 % de ses actifs réévalués sauf en l'AB 83 lorsque des
mauvaises conditions climatiques et techniques prévalèrent.
5.13 La planification du secteur électrique est basée sur un
programme d'expansion du réseau préparé par EdH, assité de consultants
étrangers, à la suite de “L'étude de préinvestissement à long terme du
secteur électrique" préparée en 1978 et périodiquement remise à jour
L
t
[page 83]
_— 63 -
depuis. Cette étude, qui mit l'accent sur l'expansion de la production
d'électricité à Port-au-Prince et dans d'autres agglomérations
principales, fut approuvée par le Gouvernement et les principaux
organismes extérieurs qui soutiennent le secteur électrique. Le dernier
programme d'expansion a été révisé en mai 1985 par une Commission
consultative indépendante. Les donateurs engagés dans le secteur (ACDI,
BID, CCCE, IDA, K£fW, PNUD et USAID) soumettront leurs opinions à la
Commission de coordination technique dans le courant de 1986. Cette
commission a été crée en 1980 et, depuis lors, elle a coordonné
l'assistance technique et financière au secteur électrique de manière
satisfaisante.
5.14 La future croissance d'EdH nécessitera un renforcement du
contrôle budgétaire des projets en cours d'exécution. Des consultants
étrangers aident EdH en cette matière, ainsi que pour d'autres problèmes
de gestion. .
Demande d'électricité
5.15 L'électrification est limitée. En 1985, 10 % de la population
étaient raccordés au réseau, principalement à Port-au-Prince où 45 % de la
population avaient l'électricité, contre 3 % seulement ailleurs.
L'industrie représente 45 % des ventes d'EdH. Elle est suivie par les
particuliers (38 Z), les organismes publics (12 %}) et le négoce (5 %4). Au
cours de l'AB 85, les ventes totales ont augmenté de 6 % par rapport à
l'AB 84, ce qui est légèrement inférieur à la moyenne de 6,3 % pour la
période AB 80-85. Avec 87 % des ventes, Port-au-Prince continue à dominer
le marché.
5.16 Le taux de croissance de la demande du secteur privé de
Port-au-Prince est comparable à celui de l'économie, atteignant en moyenne
16 % par an durant AB 75-80 et 5 % depuis lors, suite à la stagnation
économique qui s'est emparée d'Haïti depuis l'AB 80. En revanche, la
demande publique a augmenté de 6 % par an durant AB 75-80 mais elle a
connu une augmentation vertigineuse depuis lors, passant à 14 % durant
AB 80-85. Cette croissance inquiétante de la consommation publique
globale s'est produite en dépit d'un déclin de 6,4 % de l'éclairage des
voies publiques bien que ce réseau fut élargi - sous l'effet de mesures
techniques telles que l'espacement plus grand et l'utilisation de lampes
très efficientes; les autres formes de consommation du secteur public ont
augmenté de 23 %. En outre, l'Etat est en retard de 6 à 12 mois dans ses
paiements de l'électricité. ‘
5.17 Comme dans la plupart des marchés en développement de
l'électricité, le taux de consommation en Haïti est déterminé par
l'augmentation de connexions. Le nombre d'usagers actifs à Port-au-Prince
a augmenté de 6,2 % par an durant AB 80-85 alors que la consommation
annuelle par usager n'a augmenté que de 0,2 %. La consommation a augmenté
plus rapidement en province, suite aux investissements dans la
distribution et la conversion de la consommation non comptabilisée en
ventes, L ‘
[page 84]
- 64 —
5.18 Les pertes d'électricité représentant environ 27 % de la
production totale, demeurent encore un problème majeur à Port-au-Prince,
et elles se répartissent à parts égales entre les pertes d'origine
technique et les vols. Elles s'élèvent à environ 18 millions de gourdes
par an. Un programme de réduction des pertes est en cours et vise à
rénover environ 75 % du réseau de distribution d'ici l'AB 87 et à réduire
les pertes d'origine technique et les vols à environ 17 % de la production
brute d'ici 1'AB 89. Une fois cet objectif atteint, EdH devra poursuivre
ses efforts pour ramener les pertes à des niveaux encore plus
acceptables. Les vols ont très fortement augmenté au cours du premier
trimestre de 1986. Le problème des pertes ne se pose plus en province, où
la remise en état du réseau et l'application de la réglementation les ont
ramené de 26 % de la production brute en 1'AB 78 à 15 % en l'AB 84.
5.19 Deux scénarios de consommation de l'électricité ont été élaborés
afin d'évaluer les programmes d'investissement d'EdH durant AB 86-85; ceci
reflète l'incertitude sur les perspectives de croissance de l'économie en
générale et de l'industrie en particulier. Les longues périodes de
gestation des projets d'électricité signifient que la période d'évaluation
doit nécessairement être plus longue que l'horizon temporel des
investissements propres. Le scénario minimal suppose que les ventes
globales augmenteront de 6 % par an tandis que le scénario fort suppose un
taux annuel de 8 %; ce dernier est compatible avec le taux supposé par
EdH pour la planification de son expansion. Pour atteindre ce taux il
suffirait qu'une partie de la réduction des pertes à Port-au-Prince soit
ajoutée au taux de croissance sous Le scénario minimal.
5.20 Sous les deux scénarios, il est supposé que la croissance des
ventes en province ralentira fortement, car l'effort d'expansion à
Cap-Haïtien, Gonaiîves et Les Gayes durant AB 80--85 est maintenant achevé
et il est supposé que la croissance se poursuivra au rythme normal du
développement du réseau. Le scénario minimal est basé sur des plans déjà
modeste d'expansion du réseau de distribution et une croissance de la
consommation inférieure à 6 % par an est improbable. Une croissance de
plus de 8 % par an ne peut toutefois pas être exclue, sauf si la
consommation publique est strictement contrôlée.
Tarifs et dépenses d'exploitation
5.21 La structure des tarifs est basée sur la structure des coûts
marginaux d'approvisionnement de catégories différentes d'usagers; ceci
est conforme aux recommandations d'une analyse fait en 1983. Les tarifs
sont révisés chaque année pour tenir compte des conditions d'exploitation
du réseau.
5.22 Le tarif moyen par kWh a atteint 0,146 dollar en l'AB 85, ce qui
en à fait l'un des plus élevés de l'hémisphère occidental. En l'AB 85, le
taux de rendement des actifs immobilisés fut estimé à 5,3 % et EdH a pu
autofinancer 39 % de ses besoins en capitaux. En revanche, les dépenses
d'exploitation ont augmenté comme ses effectifs sont devenus excédentaires
passant de 1.130 personnes en AB 82 à 1.430 en AB 85. Le nombre des
’
[page 85]
= 65 —
clients par employé est tombé de 65 à 60 et ne soutient plus la
comparaison avec d'autres pays de la région tels que le Brésil (146) et
l'Equateur (90).
5.23 Si l'objectif de réduction des pertes est atteint (par. 5.18),
les tarifs moyens de l'électricité pourraient être réduits d'environ 6 Z
par rapport aux niveaux actuels.
Plan d'expansion, AB 86-95
5.24 Suite à l'étude de l'expansion du réseau et à sa révision en
1985 par une Commision consultative indépendante, EdH a mis à jour son
programme d'expansion de la production pour AB 86-95. Bien que la
Commission consultative ait retenu un taux de croissance annuel des ventes
d'énergie de 10,9 % à Port-au-Prince, EdH suppose une croissance d'environ
8 % par an pour l'ensemble du pays, ce qui est compatible avec l'hypothèse
qu'une partie des réductions des pertes du réseau sera convertie en ventes.
5.25 Pour Port-au-Prince, le plan AB 86-95 inclut la réalisation du
projet hydroélectrique 4 C sur l'Artibonite et sa mise en service en
AB 92, ainsi que les premiers investissements dans une centrale à vapeur
alimentée au charbon qui serait mise en service en l'AB 96, avec des
capacités initiale et finale respectives d'environ 35 et 210 MW. Ces deux
réalisations desserviront Port-au-Prince pour les 20 ans à venir. La
réalisation d'un autre projet hydroélectrique (La Chapelle, d'une capacité
d'environ 60 MW) reste douteuse compte tenu de son coût très élevé
(4.000 dollars par KW contre 3.000 dollars pour Artibonite 4 C) et des
problèmes sociaux liés au déplacement de 6.000 personnes et à la perte de
4.000 hectares de terres agricoles. Artibonite 4 C et la centrale à
vapeur sont toutes deux inclues dans Le programme d'expansion au moindre
coût de la Commission consultative. Le programme révisé d'expansion de la
production d'EdH n'inclut pas d'autres nouvelles centrales électriques au
diesel à Port-au-Prince (20 MW durant AB 86-95) inclues dans des
programmes antérieurs. Toutefois, si les ventes d'énergie augmentaient
plus vite que prévu, ou si Artibonite 4 C n'était pas prêt en l'AB 92, une
nouvelle capacité électrique au diesel deviendrait nécessaire.
5.26 Pour les provinces, EdH prévoit la poursuite d'une expansion
modérée, basée sur la réalisation de nouveaux petits projets
hydro-électriques (augmentation de 8 MW d'ici l'AB 95) et des centrales
électriques au diesel (augmentation de 18 MW).
5.27 L'envasement du barrage de Peligre progresse rapidement; d'ici
les années 2020, aucune régulation du débit de l'Artibonite ne sera
possible à des fins de production d'électricité, d'irrigation et de
contrôle des inondations. La Commission consultative a recommandé
d'élever le barrage de Peligre afin de prolonger la durée de vie utile de
son réservoir; le programme d'expansion d'EdH ne comporte aucun fonds à
cette fin. La CCCE finance actuellement une étude de ce qui devrait être
fait.
[page 86]
- 66 -
5.28 Le plan d'expansion global d'EdH est néanmoins raisonnable. (Le
Tableau 5.1. de l'Appendice statistique résume le système de production de
l'AB 95, lorsque que le programme sera achevé). La construction
d'Ârtibonite 4 C permettrait à EdH d'avoir une exploitation plus souple de
la centrale en amont de Peligre sans nuire aux besoins d'eau pour
l'irrigation. Au cours de la saison sèche, le réglage du débit de l'eau
par Artibonite 4 C permettrait à Peligre de produire jusqu'à 35 MW en
demande de pointe, comparé aux 15 MW du maximum actuel. La seule
faiblesse du plan est l'absence de mesures pour arrêter l'envasement du
barrage de Peligre; elles ne pourront être chiffrées que lorsque l'étude,
mentionnée plus haut, sera achevée.
Programme d'investissement et plan de financement, AB 86-89
5.29 Le Tableau V.1 résume le programme d'investissement d'EdH pour
la période AB 86-89. Il indique un équilibre satisfaisant entre les
investissements dans la production et la distribution, d'une part, et
entre Port-au-Prince et les provinces d'autre part. Les investissements
prévus dans les provinces sont modestes mais suffisants pour satisfaire
une croissance du marché de l'électricité de 8 % par an, qui ferait passer
le pourcentage de la population en dehors de Port-au-Prince qui dispose de
l'électricité de 3 à 6 %. L'ACDI finance 1a préparation d'un plan
directeur de l'électrification rurale dont le démarrage est prévu pour
1986. A l'heure actuelle, EdH ne prévoit que des investissements mineurs
dans les zones rurales, y compris l'extension du réseau lignes près des
petites villes et la construction de petites centrales hydroélectriques.
Tableau V.1 : EdH : PROGRAMME D'INVESTISSEMENT 86-89
(en millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
Port-au-Prince 504
Production et transmission : Artibonite 4 C (partiel) 221
Distribution et centrale principale 283
Provinces 72
Production et transmission 51
Distribution et centrale principale 21
Total des investissements directs 576
Intérêts intercalaires 42
Fonds de roulement 26
Total des investissements et du fonds
de roulement 644
Sources : EdH, Tableau 5.3 de l'Appendice statistique.
L
[page 87]
- 67 -
5.30 Le programme d'investissement AB 86-89 d'EdH, intêrêts
intercalaîres et besoins de fonds de roulement compris, s'élève à
644 millions de gourdes à prix constants de l'AB 86, dont 89 %
représentent les coûts des investissements directs. Les travaux en cours
représentent 278 millions de gourdes (43 %) et comprennent : a) la
rénovation du réseau de distribution, des lignes de transmission et des
sous-stations de Port-au-Prince; b) la construction d'un nouveau bureau
principal; c) les études techniques d'Artibonite 4 C3; et d) des
investissements de routine. Les travaux futurs représentent 298 millions
de gourdes (46 %) et comprennent a) la construction partielle
d'Artibonite & © et b) les investissements généraux et dans la
distribution à Port-au-Prince. La composante en devises est estimée à
464 millions de gourdes (93 millions de dollars) aux prix de l'AB 86, soit
75 % du total.
5.31 EdH financerait par autofinancement le programme à concurrence
de 314 millions de gourdes (49 %); la contribution de l'Etat et des
consommateurs serait de 23 millions de gourdes (3 %); et le solde, soit
307 millions de gourdes, serait financé par l'aide externe, dont
165 millions (26 4) sous des prêts et dons en cours et 142 millions (22 4%)
devraient être couverts par de futurs prêts et dons. L'expérience passée
indique qu'EdH à de bonnes chances d'obtenir le financement complémentaire
en devises.
Tableau V.2 : EDH : PLAN DE FINANCEMENT, AB 86-89
(en millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
Exercices
AB 86 AB 87-89 AB 86-89
Emplois 192 &52 644
Investissements 201 417 618
Variations du fonds de roulement -9 35 26
Ressources 192 452 644
Autofinancement par EdH 63 252 314
Emprunts 124 183 307
Prêts de l'IDA en cours (73) (48) (122)
Autres prêts en cours (44) - (44)
Futurs prêts (7) (135) (142)
Contributions des consommateurs 2 6 8
Gcuvernement & 11 15
Source : Tableau 5.3 de l'Appendice statistique.
5.32 Outre qu'elle pourrait subvenir aux’ dépenses en monnaie locale
du programme et atteindre les taux de rentabilité élevés convenus avec les
donateurs étrangers, EdH pourrait subvenir à environ un tiers des dépenses
[page 88]
_ 68 -
en devises du programme, dans la mesure où elle aura accès aux devises.
Toutefois, les limites imposées par la Banque centrale pour les achats en
devises de pièces de rechange et même de combustible ont affecté
l'efficience opérationnelle d'EdH dans le passé.
Recommandations
5.33 En dépit des limitations des effectifs et d'autres obstacles,
EdH gère la croissance du secteur électrique haïtien de manière
satisfaisante. La compagnie a prouvé qu'elle a une bonne capacité
d'exécution de projets et qu'elle sait gérer ses finances de manière
saine; elle doit cependant améliorer le contrôle budgétaire des projets en
cours d'exécution. EdH doit par ailleurs réduire ses pertes d'une manière
agressive et se débarasser de son excédent de personnel.
5.34 Le Gouvernement devrait a) restreindre la croissance de la
consommation d'électricité par les institutions du secteur public;
b) payer une fois pour toutes les arriérés du secteur public et tenir le
paiement des factures d'électricité à jour; et c) lever les restrictions
concernant les devises pour ce qui est d'EdH.
5.35 Le personnel de l'IDA a revu, en juillet 1986, le programme
d'expansion à moindre coût après la chute du prix de pétrole sur les
marchés mondiaux. Il en ressort que le projet Artibonite 4 C demeure
préférable à une solution alternative thermique. Le programme
d'investissement AB 86-89 est raisonnable et bien équilibré, tant en ce
qui concerne les constructions planifiées qu'en ce qui concerne sa
viabilité financière. En fait, à 576 millions de gourdes aux prix de
l'AB 86 sur quatre ans, le total des investissements directs sera
légèrement inférieur aux 592 millions de gourdes aux prix de l'AB 86
investis au cours des quatre années précédentes.
5.36 La seule faiblesse du programme d'investissment, du plan
d'expansion, est l'omission du problème posé par l'envasement du barrage
de Peligre qui menace de plus en plus la fiabilité du système et peut
diminuer le potentiel hydro-électrique du pays à moins qu'il n'y soit
remédié en temps utile. D'une certaine manière, il s'agit d'un problème
qui dépasse largement celui du secteur électrique; une attention
interministérielle doit être portée l'ensemble des questions de l'érosion,
de l'envasement et de l'aménagement des bassins fluviaux. Toutefois, EdH
ne peut pas se permettre de supposer que des projets d'aménagement des
bassins fluviaux massifs, à gestation longue et difficiles à financer lui
fourniront la solution. L'étude de faisabilité de l'élévation du barrage
financée par la CCCE est donc essentielle et des mesures doivent être
prises une fois qu'elle sera achevée. Elever le barrage provoquerait la
submersion d'une petite partie du territoire de la République Dominicaine
et des discussions devraient donc commencer entre pays voisin, pour
s'assurer de la faisabilité politique du projet. En outre, et à plus long
terme, les deux pays pourraient bénéficier d'une interconnexion de leurs
réseaux d'électricité.
|
[page 89]
- 69 —
5.37 Durant l'AB 86-89, 142 millions de gourdes (28 millions de
dollars) devront provenir de l'aide externe, sous forme de nouveaux prêts
et dons. Des engagements plus importants seront probablement nécessaires
pour financer la totalité du coût du projet Artibonite 4 C, dont la
construction se poursuivra jusqu'en 1'AB 91.
5.38 Récemment certains donateurs furent approchés pour considérer la
possibilité de financer à raison de 50 millions de dollars
l'interconnexion des réseaux de Cap Haïtien, Gonaives et Saint Marc et
celui de Port-au-Prince, ceci serait mise en service en 1990, et
permettrait d'absorber d'importantes charges captives qui existent le long
de la côte. Cet important investisement est maintenant prévu pour la fin
des années 90 dans le programme d'extension du réseau et il ne devrait pas
démarrer plus tôt.
[page 90]
Ü
_- 70 —
CHAPITRE VI
TRANSPORTS
Le secteur et sa planification
6.01 Le plan cadre d'investissement dans le secteur des transports
est consigné dans le document intitulé "Etude des transports nationaux",
réalisé par des consultants étrangers en 1975-1977. Parmi les
investissements prioritaires, cette étude recommandait : (a) un meilleur
entretien des routes, (b) la réfection et la remise en état de certaines
routes principales et secondaires et des structures d'écoulement des eaux,
(c) la remise en état de certains ports de cabotage de façon à différer la
nécessité d'un développement coûteux du réseau routier,
6.02 Les investissements réalisés depuis lors reflètent ces
priorités. Au nombre des réalisations les plus importantes, on peut
citer :
(a) le renforcement du Service d'entretien permanent du réseau
routier national (SEPPRN) pour assurer l'entretien satisfaisant
de quelque 2.655 km de routes contre 1.450 km en 1979;
(b) la réfection et la remise en état d'environ 473 km de routes
revêtues, notamment le tronçon Port-au-Prince/Cap Haïtien
(250 km), Port-au-Prince/Les Cayes (180 km) et Grand
Goave/Jacmel (43 km);
(c) la construction ou l'amélioration d'environ 1.600 km de routes
secondaires et tertiaires;
(d) la réfection et la remise en état de quelque 70 ponts et
ponceaux;
(e) l'amélioration et la réfection des ports internationaux de
Port-au-Prince et Cap Haïtien et la remise en état de dix ports
de cabotage; et
(f) le rebitumage et l'extension de la piste d'atterrissage de
l'aéroport international de Port-au-Prince.
Les principaux objectifs de l'étude des transports nationaux ont ainsi été
largement réalisés.
6.03 La rentabilité de la plupart des routes semble bonne et paraît
pouvoir être maintenue, grâce à un meilleur entretien. Les travaux
d'aménagement du port de Cap-Haïtien n'ont toutefois pas permis, comme
l'on s'y attendait, de bien desservir l'arrière-pays et d'accueillir des
bateaux de tourisme; le trafic n'a pas dépassé deux bateaux par semaine en
moyenne. Etant donné qu'il est assez proche de Port-au-Prince, qui est
[page 91]
Ji =
mieux développé et à la fois situé un centre administratif et commercial,
il est peu probable qu'un jour Cap-Haïtien joue le rôle important qui
avait été envisagé à son sujet. En rétrospective, les investissements
consentis pour le. port de Cap-Haïtien ne peuvent être justifiés
économiquement. Les investissements dans Les ports de cabotage n'ont pas
donné de bien meilleurs résultats; des tarifs inadéquats et la faiblesse
du Service maritime et de navigation d'Haïti (SEMANAH) n'en ont pas
encouragé la pleine utilisation.
6.04 Le Département des transports (DDT) du Ministère des travaux
publics, des transports et des communications (MTPTC) est responsable de
la gestion générale du secteur, y compris la formulation des politiques,
la planification et la coordination des investissements. Le DDT est
également responsable du sous-secteur routier. Le MTPIC a également sous
sa tutelle l'Autorité aéroportuaire nationale (AAN) l'office national
d'aviation civile (OFNAC) et SEMANAM. Le MEF est responsable pour
l'Autorité portuaire nationale (APN) et influence les investissements dans
le secteur des transports au travers des dotations budgétaires annuelles
pour les dépenses d'investissement et les dépenses de fonctionnement.
Comme c'est le cas d'en d'autres secteurs, le Ministère du Plan (MP) est
en principe responsable de la définition de la stratégie nationale de
développement ainsi que de l'approbation, la consolidation et la
coordination des propositions d'investissements émanant des divers
ministères et agences.
6.05 Dans ce cadre institutionnel, la planification des
investissements dans le secteur des transports commence par la définition
de la stratégie nationale de développement par le Ministère du Plan. Le
DDT définit alors une stratégie d'investissements dans les transports ce
qui permet aux agences responsables des différents modes de transport de
préparer des propositions d'investissement, ensuite coordonner et
consolider en plan de transports national par le DDT. Ce plan est ensuite
examiné par le Ministère du Plan qui s'assure qu'il s'inscrit dans les
objectifs nationaux et dans les limites financières fixées par le MEF.
L'ensemble du processus fait appel à une coopération intense d'une part
entre le DDT et les diverses agences responsables des modes de transport
et de l'autre, entre le DDT, le Ministère du Plan et le MEF.
6.06 Dans la pratique toutefois, le Ministère du Plan n'a pas assumé
son rôle de direction de façon suffisante. D'où il résulte que la
planification des transports est réduite à une compilation des besoins
perçus par chaque service responsable d'un mode de transport. Par
ailleurs, le DDT n'a pas vraiment essayé jusqu'à présent de passer au
crible les propositions de ces agences et de les coordonner pour en faire
un plan cohérent. En outre, le DDT n'examine pas et n'actualise pas de
manière systématique le plan annuel de transports afin qu'il reflète
l'évolution des besoins et des ressources financières et pour étayer les
requêtes de crédits budgétaires. Dans une certaine mesure cela provient
du fait qu'en réalité, le DDT manque d'autorité vis-à-vis des agences
financièrement autonomes, chargées de l'exécution des investissements. Il
semble également que le manque de planificateurs et d'économistes
expérimentés :en matière de transport contribue à cette carence du DDT.
[page 92]
- 72 -
6.07 Au nombre des donateurs actifs dans le secteur des transports, on
peut citer la CCCE (aéroports), la CEE (routes), le FAC (routes et ports),
l'IDA (routes et ports), la BID (routes et ports), la KfW (ports) et
l'USAID (routes); l'OPEP envisage de contribuer au financement des routes
en cofinancement avec la BID.
6.08 Il n'y a pas de compagnie publique de transport, exception faite
de CONATRA, compagnie d'autobus de Port-au-Prince (Chapitre VIII).
Dépenses de fonctionnement
6.09 I1 n'existe pas de données exactes concernant les dépenses de
fonctionnement du secteur des transports dans le passé. Selon les
renseignements recueillis auprès du MEF, renseignements qui diffèrent de
ceux provenant d'autres sources, 285 millions de gourdes environ ont été
dépensés au cours de la période AB 83-85, soit un peu plus que les
275 millions de gourdes dépensés pour les investissements,
6.10 Les propositions budgétaires annuelles pour lLl'APN, l'AAN et
l'OFNAC sont préparées par ces agences elles-mêmes qui jouissent d'une
autonomie financière. Elles sont incluses actuellement dans le budget
consalidé. Toutefois, les propositions de dépenses de fonctionnement du
MTPTC doivent être soumises au MEF qui, en dernier ressort, détermine les
dotations budgétaires définitives. Les propositions du MIPTC compilent
les propositions de ses différents départements sans que leur
justification fasse l'objet d'un examen sérieux. Tout comme pour les
autres ministères, la plus grosse partie du budget du MTPTC couvre les
traitements et salaires, et les indemnités. Les autres postes du budget
de fonctionnement sont traditionnellement inflatés étant donné lors de
leur soumission, car le MTIPIC s'attend à ce qu'ils seront de toutes
manières réduits par le MEF. Cette pratique, qui dure depuis un certain
temps déjà, enlève tout réalisme aux demandes de crédits budgétaires et
entraîne invariablement des dotations insuffisantes pour les dépenses de
matériel et d'équipement.
6.11 Le MTPTC exerce un contrôle lâche sur les dépenses publiques dans
le secteur des transports Tout d'abord, le budget prévoit une somme assez
importante que le ministre du MTPTC peut utiliser à sa discrétion. Bien
que le montant exact n'en soit pas connu, il est certainement assez élevé,
surtout au MTPTC qui est un gros employeur dans le secteur public.
Ensuite, contrairement à la plupart des autres ministères (Chapitre II),
le MTPTC n'est pas tenu de justifier les dépenses par chapitre ou par
rubrique budgétaire : les fonds sont considérés comme étant totalement
fongibles. Le MEF se trouve donc dans l'impossibilité de justifier
l'utilisation des fonds selon les chapitres ou les rubriques du budget du
MTPTC. Ainsi, la mission reçüt à plusieurs reprises des chiffres
différents au sujet des dépenses de fonctionnement du MEF, du MTPTC et de
l'agence concernée. Il faudrait absolument : (a) baser les propositions
budgétaires sur des programmes de travail convenus, (b) justifier les
dépenses selon les rubriques budgétaires individuelles et (c) s'assurer
qu'il existe une certaine cohérence entre les comptes du MEF, du MIPTC et
des entités individuelles au sein du ministère.
1
[page 93]
- 73 —
6.12 Le budget des dépenses de fonctionnement pour l'AB 86 pour
l'ensemble du secteur, y compris le MTPTC, L'AAN, L'APN, l'OFNAC et le
SEMANAH, s'élève à environ 88 millions de gourdes. La plus grosse partie
de cette somme est allouée au SEPPRN pour l'entretien des routes
(40 millions de gourdes) et à L'APN (32 millions de gourdes). Les
opérations du SEPPRN ont été transférées du budget de développement au
budget ordinaire en 1l'AB 84; de manière générale, des fonds suffisants
(environ 36 millions de gourdes par an) ont été alloués par le passé pour
l'entretien des routes; les dotations pour 1l'AB 86 montrent que cette
tendance qui est justifiée va se poursuivre. Cela permet à l'APN,
financièrement autonome, de réaliser des bénéfices, alors que ses tarifs
se situent à mi-chemin des tarifs imposés dans d'autres ports des Caraïbes.
6.13 Les effectifs du MIPIC sont pléthoriques. Les deux-tiers des
dépenses de fonctionnement budgétisées sont destinés au paiement des
salaires des agents, et ceci n'inclut pas les dépenses discrétionnaires du
Ministre. Î1 n'existe pas d'information de ce type pour les agences
autonomes. Etant donné qu'il n'existe pas de données détaillées sur les
traitements et salaires, les matériels, etc., il est difficile d'évaluer
avec exactitude le budget consacré au personnel. Il parait évident
toutefois qu'il existe une pléthore d'effectifs aussi bien parmi les
cadres que parmi le personnel d'exécution. Le nombre des cadres du MTPTC
a augmenté sans relation avec l'augmentation du volume de travail car
chaque nouveau ministre amène un grand nombre de nouveaux cadres, le plus
souvent pour satisfaire sa base politique, et sans qu'il soit mis fin aux
fonctions des cadres déjà en place. La rapidité avec laquelle se
succèdent les ministres - quatre rien qu'en 1985 - a fortement aggravé ce
problème.
6.14 Au niveau du personnel d'exécution, de nombreux employés engagés
au départ sur contrat de durée déterminée pour répondre à des besoins de
pointe, figurent encore sur les états de paie, même si dans certains cas,
leurs services ne soient plus requis. Le dernier ancien ministre du MIPIC
a estimé que le renvoi de cette catégorie de personnel permettrait de
réduire de près de 20 % les effectifs du ministère.
6.15 Le personnel excédentaire n'émarge pas néssairement au budget de
fonctionnement. Au sein du MTIPIC, les dépenses de fonctionnement et la
contribution du Gouvernement au budget de développement sont considérées
comme fongibles. Un grand nombre d'agents chargés de tâches supportées
par le budget de fonctionnement sont en fait rémunérés sur le budget de
développement, même après le transfert du SEPPRN. Au cours de l'examen du
budget de l'AB 86, le MEF a essayé de réduire le personnel en surnombre au
MIPTC en éliminant tous salaires, traitements et indemnités associés à des
programmes qui ne figurent plus au budget de développement. Le MTPTC a
estimé que le licenciement de tel personnel permettrait de diminuer de
53 % environ la masse salariale. Ii serait possible de redéployer près de
30 % environ de ces agents à des tâches opérationnelles justifiables ou à
des travaux de développement utiles. Quelques 20 à 25 % pourraient encore
être licenciés sans affecter la production du MIPTC, mais en permettant
une économie d'environ 24 millions de gourdes par an. Il n'a pas encore
[page 94]
|
_ J4 =
été possible de licencier ces agents à cause des changements fréquents de
ministres et de l'interprétation que le MIPIC a donnée au communiqué du
ministre des Finances du 18 octobre 1985, à savoir qu'aucun fonctionnaire
ne pouvait être renvoyé (Premier Chapitre).
Programme d'investissement et plan de financement, AB 86-89
6.16 Comme nous l'avons indiqué plus haut, il n'y a pas de
planification intégrée dans le secteur des transports. IL n'existe donc
pas de programme officiel à présenter pour la période AB 86-89 ou pour
quelque autre période. Il existe par contre un budget d'investissements
pour l'AB 86 et une liste de projets à l'étude au DDT pour le prochain
plan quinquennal (période AB 87-91) (Tableau VI.1). Il n'existe pas de
plan de financement au-delà de 1l'AB 86 bien que certains prêts et dons
importants soient attendus; c'est pourquoi le Tableau VI.1 n'indique pas
le financement.
Tableau VI.1 : Programme préliminaire d'investissements
dans les transports, AB 86-91
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-91 AB 86-91
Routes-budgétisés 67 1188 1255
—hors budget 17 — 17
Ports et invest. maritimes 9 239 248
Aviation Civile 15 101 116
Total 107 1527 1634
Sources : Tableaux 6.1 et 6.2 de l'Annexe statistique
6.17 AB _ 86. Une provision de 91 millions de gourdes figure au budget
pour les investissements dans le secteur des transports au cours de
l'AB 86, ceci représente une très légère augmentation en termes réels par
rapport aux dernières années. Le programme consiste en neuf projets
couvrant Les routes (73 %), les ports (10 %) et les aéroports (17 %).
6.18 Deux des projets routiers constituent des extensions de projets
en cours : construction de routes secondaires (32 millions de gourdes) et
remise en état de la section nord de la Route Nationale N° 1 entre
Port-au-Prince et Cap Haïtien (22 millions de gourdes), Mais ce dernier
projet n'a pas une dotation financière suffisante. Sont également
prévues, des études de ponts et ponceaux (3 millions de gourdes), la
construction du pont de Guinodee (4 millions de gourdes) et l'amélioration
de la route Milot - Citadelle (2 millions de gourdes). Aucune étude de
factibilité économique n'a été réalisée concernant la route
Milot-Citadelle, dont le principal avantage consisterait à faciliter
l'accès à la principale attraction touristique d'Haïti. Le budget ne
prévoit pas de fonds pour commencer la réfection des ponts et des ponceaux.
[page 95]
= 75 -
6.19 Les investissements dans les ports comprennent des travaux
d'achèvement du port de Cap Haïtien (3 millions de gourdes),
l'amélioration de la gestion du port (1 million de gourdes) et
l'amélioration des ports de cabotage à l'Ile de la Tortue et l'Ile à Vache
(6 millions de gourdes), qui constituent l'unique lien entre ces îles et
l'ile principale. Le seul nouvel investissement proposé pour l'AB 86
concerne la modernisation de l'aéroport de Cap-Haïtien.
6.20 Quelques 81 % environ du programme d'investissements de
91 millions de gourdes seraient financés par des dons ou prêts à termes
concessionnaires. Ce montant est déjà engagé par divers donateurs.
Environ 82 % du coût des deux ports de cabotage seraient financés par
K£W. La modernisation de l'aéroport de Cap-Haïtien seraot fomamcé par
L'APN sur fonds propres. 11 y a d'importantes omissions au budget, entre
autres 10 millions de gourdes pour le démarrage du programme de remise en
état des ponts entrepris dans le cadre du projet proposé IDA Transport
VII, et 7 millions de gourdes pour l'achèvement des travaux en cours sur
la Route Nationale N° 1. Cela signifie que le programme total
d'investissements prévu pour l'AB 86 est en fait de 107 millions de
gourdes, dont 73 millions (68 %) seront financés sur l'aide externe et
34 millions (32 %) par le secteur public haïtien.
6.21 AB 87-91. Les projets retenus sur la liste préliminaire de
travaux pour cette période coûteront environ 1.527 millions de gourdes au
prix de l'AB 86. La composante routes représentera la plus grosse dépense
avec quelque 1.188 millions de gourdes (78 Z), comprenant l'amélioration
d'environ 430 km de routes principales en gravier qui seront converties en
routes bitumées, la remise en état d'environ 170 km de routes bitumées
existantes, la construction ou l'amélioration d'environ 1.100 km de routes
secondaires et tertiaires, la construction ou la remise en état de
certaines structures d'évacuation des eaux usées et l'achèvement d'études
de factibilité et d'ingénierie concernant 480 km environ de routes
primaires. Les investissements dans le sous-secteur portuaire _et
maritime, d'un montant d'environ 239 millions de gourdes (16 2?)
comprendraient l'extension des installations de Port-au-Prince y compris
des facilités supplémentaires de manutention de marchandises et équipement
d'entretien, la remise en état de cinq ports supplémentaires de cabotage,
des installations additionnelles à Cap-Haïtien pour rendre le port
totalement opérationnel, un centre de formation maritime, un système de
radiocommunications maritimes et une cale pour l'inspection et la
réparation des bateaux. La composante aviation civile représentera
environ 101 millions de gourdes (7 %} pour poursuivre la modernisation de
l'aéroport de Cap-Haïtien, agrandir les salles d'arrivée et de départ dans
l'aéroport de Port-au-Prince, fournir un système de navigation aérienne
national et acquérir cinq camions et des générateurs de secours.
Recommandations
6.22 11 y a un financement externe pour presque chacun des projets
dans le domaine des transports de sorte que les préférences des donateurs
pèsent fortement sur le choix des investissements. Jusqu'en 1983, le
[page 96]
ü
- 76 -
Gouvernement se réunissait régulièrement avec les donateurs pour discuter
et coordonner avec eux l'assistance dont bénéficierait le secteur. Le
Gouvernement aïmerait reprendre ces réunions, ce qui parait tout à fait
indiqué si l'on se réfère à l'excellent précédent que représente le
secteur de l'énergie électrique (Chapitre V). La tenue de réunions de
coordination de l'assistance permettrait d'éviter la mise en oeuvre
d'investissements de faible priorité, d'assurer un équilibre entre les
dépenses d'investissement et les dépenses de fonctionnement, e, enfin, de
coordonner le développement institutionnel et les changements de politique
dans le secteur des transports.
6.23 L'on prévoit que les dépenses de fonctionnement requises pour
l'entretien des investissements existants s'élèveront en moyenne à
100 millions de gourdes par an, soit une augmentation réelle d'environ 7 %
par rapport aux dépenses effectuées au cours des dernières années. Ce
montant pourrait être diminué de manière substantielle si l'on parvenait à
réduire les effectifs du MIPTC. La mise en place d'un programme à cette
fin pendant les années couvrant la période AB 86-91 impliquerait des
compressions annuelles de personnel de 5 ou 6 % seulement et réduirait les
dépenses de 6 millions de gourdes environ par an.
6.24 Au cours de la prochaine décennie, le secteur des transports aura
pour rôle principal de soutenir l'agriculture et les industries
d'exportation. En conséquence, les investissements qui seront effectués
au cours des prochaines années devraient mettre l'accent sur l'achèvement
des projets en cours à priorité élevée et des travaux de remise en état,
ainsi que sur la consolidation des progrès réalisés dans le domaine
institutionnel.
6.25 Le budget AB 86, les engagements supplémentaires et la liste
préliminaire des projets retenus pour la période AB 87-91 couvriraient la
quasi-totalité des besoins de Haïti en matière de transports pour les deux
prochaines décennies, à un coût estimé à 1.634 millions de gourdes. Le
Gouvernement n'a pas encore essayé d'établir des priorités pour ces
investissements ou de déterminer leur échelonnement dans le temps, tenant
compte des contraintes financières ou de la capacité de mise en oeuvre.
Plus de 60 % de ces investissements pourraient être prématurés compte tenu
de leur faible rendement économique.
6.26 Dans le domaine routier, les investissements prioritaires sont
les suivants :
(a) achèvement du programme concernant les ponts et ponceaux;
(b) reconstruction des ponts de Fer-à-Cheval et de Guayamouc (Hinche);
(c) construction, amélioration et remise en état d'environ 600 km de
routes secondaires et tertiaires, soit 120 km de routes environ
par an, au lieu des 1.100 km proposés (soit 220 km par an);
(4) amélioration de la route Mirebalais-Pont Sondé;
8
[page 97]
71 -
(e) remise en état de sections de la route entre Port-au-Prince et
Mirebalais;
(£) études relatives à la construction d'environ 200 km de routes.
Des études de factibilité ont démontré la justification économique de tous
ces investissements. Ils sont tous directement liés au besoin d'assurer
l'accès aux zones agricoles et aux principaux centres de consommation et
d'exportation. La route Milot-Citadelle ne devrait pas être construite
avant qu'une étude de factibilité ne soit achevée. Par ailleurs, il
faudrait augmenter le budget AB 86 de 17 millions de gourdes pour les
travaux de remise en état de la Route Nationale N° 1 et pour la réfection
de ponts et de ponceaux. Les investissements recommandés sur la période
AB 87-91, coûteraient environ 597 millions de gourdes au prix de l'AB 86,
dont 76 % environ (soit 454 millions de gourdes ou 91 millions de dollars)
seraient en devises.
6.27 Les priorités portuaires et maritimes sont :
(a) l'entretien de l'équipement portuaire, surtout à Port-au-Prince;
(b) quelques travaux mineurs pour terminer les installations à
Cap-Haïtien;
(c) la remise en état du port de Jérémie;
(d) la nécessité de doter le SEMANAH d'un système de
radiocommunications;
(e) l'aménagement d'une cale pour l'inspection et la réparation des
bateaux; et
(f) doter SEMANAH d'un centre de formation.
IL existe également des projets à long terme en vue d'agrandir le port de
Port-au-Prince et ses installations; ces projets sont liés au programme du
Gouvernement prévoyant la création d'une zone industrielle franche
(Chapitre IV). Il est peu probable que les investissements requis soient
réalisés avant Ll'AB 89.
6.28 La remise en état envisagée des ports de cabotage additionnels
devrait être différée. Les études font apparaître un taux de rendement de
7-8 %, bien inférieur au coût d'opportunité du capital. Facteur plus
important encore, la remise en état déjà effectuée des dix autres ports
démortre que cette amélioration n'a pas donné les avantages qui en étaient
atterdus en raison de problèmes de tarification et de la faiblesse
institutionnelle du SEMANAH. Aucun autre port de cabotage ne devrait être
- construit avant que ne soient améliorés ceux en place, un renforcement de
la gestion de SEMANAH et à l'élaboration d'une tarification plus adquate.
Seuls les travaux portuaires à l'Ile de la Tortue et à l'Ile à Vache
pourraient faire exception car bien que dépourvus de justification
[page 98]
- 78 -
économique, ils représentent le seul moyen de communication entre ces îles
et l'ile principales 82 % de ces travaux seraient financés par des dons
extérieurs. Il serait préférable que 1a totalité des travaux soit financé
par des donateurs étrangers.
6.29 Tenant compte des deux ports de cabotage, les investissements
prioritaires pour les installations portuaires et maritimes s'élèveraient
à environ 74 millions de gourdes pendant la période AB 86-91, dont 79 %
environ (soit 58 millions de gourdes ou 12 millions de dollars) seraient
en devises.
6.30 À deux exceptions près, les projets proposés dans le domaine de
l'aviation civile sont relativement peu importants et peuvent être
justifié économiquement. Les exceptions sont l'aéroport de Cap-Haïtien et
le système national de navigation aérienne. Même si le projet en soi est
modeste, la modernisation de l'aéroport de Cap Haïtien ne se justifie ni
au plan économique ni au plan financier; on peut espérer, au plus, un ou
deux vols commerciaux par semaine. Il serait impossible de recouvrer les
coûts d'exploitation, et encore moins l'investissement initial et en
conséquence, ce projet entraînerait des charges continues pour le budget.
Le système de navigation aérienne nécessite également une étude économique
et financière plus poussée. A moins qu'une telle étude ne démontre la
factibilité du système, les investissements consentis dans le domaine de
l'aviation civile devraient être limités à 8 millions de gourdes pendant
la période AB 86-91.
6.31 S'il advenait qu'une compagnie aérienne haïtienne privée éprouve
des difficultés financières, il ne faudrait pas qu'elle bénéficie de
subventions, qu'elle soit reprise ou encore que sa dette soit garantie par
le secteur public.
6.32 Une liste des investissements dans le secteur des transports
établie en tenant compte des considérations ci-dessus entraînerait des
dépenses d'environ 683 millions de gourdes pendant la période AB 86-91.
Le Tableau VI.2 indique les investissements de 465 millions de gourdes
recommandés pour la période AB 86-89 et leur mode de financement. Quelque
80 % de ces investissements ou 372 millions de gourdes, soit 74 millions
de dollars seraient en devises. La mise en oeuvre d'une tranche de
quelque 200 millions de gourdes du programme AB 86-91 serait reportée sur
les AB 90-91.
[page 99]
- 79 - |
Tableau VI.2 : Programme d'investissements recommandé pour
le secteur des transports, AB 86-89
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
1986 1987-89 1986-89
Emploi 88 377 465
Routes 77 319 396
Ports et inst. maritimes 9 53 62
Aviation civile 2 6 8
Source 88 378 466
Autofinancement (AAN, APN) 4 21 25
Gouvernement 26 60 86.
Aide extérieure engagée 58 17 75
Aide externe additionnelle _ 279 279
Source : Annexe statistique, Tableau 6.4.
6.33 En termes de coûts, le programme recommandé ne représente que
42 % de la liste présentement examinée par le DDT. Il représenterait tout
de même une augmentation annuelle réelle de 14 % des investissements dans
le secteur des transports, tout en maintenant la contribution du
Gouvernement à environ 20 millions de gourdes par an. Ce programme réduit
pourrait encore excéder la capacité technique d'exécution du secteur; par
le passé, 60 à 70 % seulement des investissements projetés en matière de
transports ont pu être effectués. C'est pourquoi un programme plus réduit
encore que celui recommandé ci-dessus est toujours réaliste.
[page 100]
- 80 — |
Tableau VI.3 : Dépenses recommandées en matière
de transports, AB 86-89
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87 AB 88 AB 89
Dépenses d'investissement 88 109 121 148
Autofinancement et contribution
gouvernementales 30 27 28 26
Aide externe 58 82 92 122
Dépenses de fonctionnement 82 96 84 78
Dépenses totales 170 205 205 -236
Autofinancement et contribution
bouvernementales 112 123 112 104
Aide externe 58 82 92 122
Source : DPT, Annexe statistique, Tableau 6.43 estimations de la mission.
6.34 Ces dépenses d'investissement et de fonctionnement sont
regroupées dans le Tableau VI.3. La part que représenteraient les
dépenses du secteur public dans les dépenses totales sera sans doute
légèrement plus élevée en termes réels que par le passé.
!
[page 101]
- 81 - |
CHAPITRE VII
TELECOMMUNICATIONS
Le secteur et sa planification
7.01 Les Télécommunications d'Haïti (TELECO) ont le monopole de la
fourniture, l'exploitation et la gestion du réseau public de
télécommunications bidirectionnelles, nationales et internationales, des
services de téléphonie et de télex. La BRH détient au nom du Gouvernement
96 % de ses actions, les 4 % restants étant souscrits par des actionnaires
privés. Le Ministre des finances préside le Conseil d'administration dont
le Ministre des travaux publics, des transports et des communications est
membre. TELECO semble bien organisée au plan de la gestion; au cours des
dernières années, il y a eu une amélioration considérable . de sa
planification, de son fonctionnement et de la formation de son personnel
en partie grâce à l'assistance fournie par l'Union internationale des
télécommunications (UIT). La CCCE est le seul donateur externe qui
participe actuellement aux investissements dans ce secteur. Le Japon a
indiqué être intéressé dans une participation dans des investissements
futurs mais il n'a encore pris aucun engagement
7.02 Au cours de 1985, la nouvelle direction de TELECO a amélioré
l'efficience et la planification de la société dont elle a réduit la dette
et renforcé les finances. Le département de la planification de TELECO,
créé en 1984, est en train d'achever un plan directeur de développement
des télécommunications avec l'aide d'experts de l'UIT. Ce plan, qui
devrait être prêt au début de 1986, évaluera la demande globale de
services pour tout Haïti et idnetifiera la façon de satisfaire la demande
qui existe déjà dans la région de Port-au-Prince tout en améliorant la
couverture des provinces et des régions rurales. La technologie numérique
est actuellement introduite dans certaines parties de Port-au-Prince; il
est fort probable que l'on proposera de l'étendre à tout le pays tout en
veillant à améliorer en même temps la qualité des transmissions. Des
recommandations seront également faites en matière de politique tarifaire
et de gestion de l'information.
7.03 Depuis 1983, les améliorations quantitatives suivantes ont été
apportées sur le plan technique, de l'exploitation et du service :
(a) accord passé avec EdH en vue d'utiliser les pylônes électriques
pour les lignes téléphoniques à raison de 75 gourdes par pylône
par an, en remplacement des pylônes utilisés exclusivement pour
les lignes téléphoniques;
(b) amélioration des installations extérieures et de l'entretien
immédiat des lignes ramenant de 1,9 à 1,3 la moyenne annuelle des
pannes par ligne directe;
[page 102]
= 82 -
(c) prise en charge de l'exploitation et de l'entretien de la station
terrienne de satellite et du central international de télex;
(4) élaboration et mise en oeuvre réussie d'un nouveau code d'emploi
et de recrutement qui indique clairement les qualifications
requises et les responsabilités attribuées à chaque grade et à
chaque poste.
7.04 Des problèmes majeurs demeurent cependant :
(a) Couverture du service : En dépit des extensions du réseau
récentes ou en cours, la densité du réseau téléphonique demeure
très faible et il est difficile d'avoir accès au service en
dehors de l'agglomération de Port-au-Prince. Il y avait environ
32.000 lignes directes en octobre 1985, soit en moyenne
0,6 téléphone pour 100 habitants contre 5,5 en Amérique latine et
0,8 en Afrique. Cinq centraux totalisent 24.000 lignes directes
desservent l'agglomération de Port-au-Prince. I1 existe
également des centraux aux Cayes, à Cap Haïtien et aux Gonaives
et des installations vétustes à Port de Paix et à Jérémie. Les
communications dans d'autres régions s'effectuent fréquemment par
système radio bidirectionnel. Dans les villes, un tiers environ
des demandes d'installations de téléphones et la moitié des
demandes de services télex demeurent insatisfaites.
(b}) Redevances. La structure de tarification s'appuie de façon
exagérée sur les recettes des communications internationales
alors que les tarifs communications domestique ne couvrent pas
les coûts.
(c) Personnel. Les effectifs de TELECO sont trop élevés : les
1.500 agents représentent 50 agents pour 1.000 lignes directes en
service. Aux Etats-Unis et en Europe occidentale, les normes
industrielles modernes sont d'environ 10 agents pour 1.000 lignes
directes. Haïti, en tant que pays en développement, devrait
ramener le ratio à 30 agents pour 1.000 lignes.
(d) Passation de marchés. Bien que la nouvelle direction de TELECO
ait promu l'appel d'offres, le plupart des nouveaux
investissements continuent de se faire dans le cadre de l'aide
liée.
(e) Contacts avec le Gouvernement. Le Gouvernement central n'exerce
pratiquement aucune influence sur la planification ou la mise en
oeuvre des politiques de TELECO. Le MEF n'a pas encore usé de
‘ l'autorité qui lui fut conférée par l'inclusion de TELECO dans le
budget consolidé de 1'AB 86. Le MTPTC et le MP ne jouent pour
ainsi dire aucun rôle dans la détermination de la politique ou
des investissements de TELECO. Etant donné que la direction de
TELECO a une compétence certaine, il n'y a pas lieu de
s'inquiéter pour l'heure, mais le système est fragile aux abus.
[page 103]
- 83 -
Les comptes de la société ne sont pas examinés par un
vérificateur externe. Les procédures de budgétisation des
investissements sont adéquates, le processus de planification
s'est considérablement amélioré, et le Gouvernement n'intervient
pour ainsi dire à aucun stade dans le processus des
investissements de TELECO. Cependant, bien que le Gouvernement
ne dirige pas TELECO, la manière dont il l'utilise comme source
de fonds et de devises limite la liberté d'action de la société
pour procéder à des améliorations du réseau. TELECO et la
Minoterie sont les deux entreprises publiques qui font de larges
bénéfices, en outre TELECO rapporte des devises. Dans le passé
les fonds qu'elle génère ont été utilisés, entre autres, pour
couvrir les dépenses ordinaires et certaines dépenses
d'investissement de la sucrerie USND qui n'est pas rentable
(Chapitre IV).
Aspects financiers
7.05 Lorsqu'on analyse les états financiers de TELECO, il faut garder
présent à l'esprit que ses comptes ne sont pas examinés par un
vérificateur externe. Sans cette réserve, les résultats financiers
récents ont été bons, le coefficient d'exploitation étant de 50 #4 en
moyenne depuis l'AB 81. La rentabilité par rapport aux actifs nets fixes
a été en moyenne de 35 %. (Le bilan de TELECO à la fin de l'AB 84 figure
au Tableau 7.2 de l'Annexe statistique).
[page 104]
_- 84 -
Tableau VII.L : TELECO : Comptes d'exploitation,
AB 81-85 et Budget, AB 86
(en millions de gourdes au prix courant}
AB 81 AB 82 AB 83 AB 84 Est. Budget
AB 85 AB 86
Recettes d'exploitation 82 123 151 196 185 169
Dépenses d'exploitation 30 48 68 60 81° 76°
Excédents d'exploitation 53 75 83 137 104 93
Intérêts il 16 9 9 9 3
Amortissement 15 20 21 27 _ -
Recettes nettes 27 39 54 102 95 90
Coefficient d'exploi-
tation (en Z) 54 56 58 L4 bb L6
Rentabilité par rapport aux
actifs nets (en 4) 25 34 36 46 38 44
a/ Incluent l'amortissement en les AB 85 et 86.
Source : Tableau 7.1 de l'Annexe statistique.
7.06 Près de 80 % des recettes totales proviennent du trafic
international. Sur ces recettes, 85 % proviennent des appels venant de
l'étranger (y compris les appels en P. C. V. depuis Haïti), dont 90 % en
provenance des États-Unis. Par rapport aux normes internationales, les
redevances que perçoit TELECO sur les appels internationaux au départ
d'Haïti sont extrêmement élevées. Les appels vers l'Europe sont facturés
au tarif forfaitaire de 25 gourdes (soit 5 dollars) par minute et les
appels vers les Etats-Unis coûtent en moyenne 10 gourdes par minute (soit
2 dollars). TELECO est peu disposée à réduire ses tarifs internationaux;
elle préfère que l'étranger appelle Haïti, ce qui lui - et par voie de
conséquence, Gouvernement - permet de gagner des devises. Les recettes
ont atteint leur niveau le plus élevé en l'AB 84. Les recettes plus
faibles enregistrées en l'AB 85 et celles prévues pour l'AB 86 indiquent
une réduction d'environ 20 millions de gourdes, due aux restrictions
imposées en matière d'utilisation des cartes de crédit à La suite de la
découverte de fraudes importantes aux Etats-Unis.
F
[page 105]
- 85 -
7.07 Les recettes provenant du trafic domestique sont également en
augmentation. Le nombre de lignes directes est passé de 11.500 en 1978 à.
32.000 aujourd'hui, soit un taux de croissance annuelle de 16 %. Les
redevances applicables au service domestique ont été augmentées de 20 # en
février 1984 et consistent actuellement en une redevance mensuelle fixe de
75 gourdes, quel que soit Le nombre d'appels effectués ou leur durée. Ces
redevances du service domestique ne couvrent pas les coûts et il y a une
forte subvention croisée à partir des recettes générées par le service
international. L'étude relative aux redevances, qui sera bientôt achevée
avec le concours de l'UIT, recommandera sans doute l'introduction
progressive de redevances sur base du nombre et de la durée des appels.
7.08 Il existe sans doute une forte demande non exprimée pour les
services domestiques et surtout internationaux dont l'élasticité par
rapport au prix est élevée. Une amélioration de la qualité du service,
telle que l'accès direct aux lignes internationales stimulerait la
demande. Mais la direction de TELECO craint ceci ne surcharge le système,
encourage la fraude et réduise les recettes en devises.
7.09 Les dépenses annuelles en espèces sont passées de 40 millions
de gourdes en l'AB 81 à 76 millions en 1l'AB 85. L'augmentation de ces
dépenses est due surtout à l'augmentation spectaculaire de la masse
salariale qui est passée de 10 millions de gourdes en l'AB 81 à
54 millions en l'AB 86, soit un taux de croissance annuel nominal de 42 3,
et de 30 % en termes réels. Cette augmentation est due en partie à la
restructuration des salaires et des grades au cours de L'AB 84, ce qui a
entraîné une augmentation de la masse salariale de 71 %, nécessaire pour
recruter et garder le personnel qualifié, tout en maintenant également des
effectifs trop importants.
Programme et plan de financement des investissements, AB 86-89
7.10 Le Tableau VII.2 donne une estimation du coût du programme actuel
d'investissements; des plans détaiilés d'investissements n'ont pas encore
été arrêtés car on attend que soit terminée l'élaboration de la section
financière du plan cadre. On estime que le total des investissements sera
de 211 millions de gourdes au prix de l'AB 86, soit 61 millions en l'AB 86
-et environ 50 millions par an durant l'AB 87 -89. Environ 75 Z du coût de
ces investissements seront en devises.
7.11 La partie principale du programme en cours est la modernisation
en deux temps du réseau téléphonique de Port-au-Prince en introduisant les
centraux électroniques numériques. Cela doublera presque le nombre
d'abonnés en augmentant le nombre de lignes directes de 60.000 au cours de
la phase I et d'encoure 15.000 au cours de la phase II.
7.12 Plus de la moitié de cette demande a été clairement identifiée
grâce aux demandes de lignes directes et il est vraisemblable que la
nouvelle capacité sera rapidement utilisée. Au cours des travaux de la
a
[page 106]
— 86 -
phase II, il est prévu d'installer l'équipement existant à Port-au-Prince
dans certaines villes de province. Cet équipement sera compatible avec
le nouvel équipement numérique de la capitale et contribuera à
l'amélioration à la fois des communications entre Port-au-Prince et
l'intérieur du pays et entre villes de province. Le nombre des lignes en
province passera de 8.000 à environ 23.000. Les travaux de la phase I!
ont démarré au cours de l'AB 85 et devaient être achevés au début de
l1'AB 86. Les travaux de la phase II doivent commencer au milieu de
l'AB 86 et s'achever à la mi-AB 88.
Tableau VII.2 : TELECO : Programme d'investissement et
de financement, AB 86-89
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-89 AB 86-89
Emplois 61 150 211
Réseau téléph. de Port-au-Prince 50 130 180
Télex 3 6 9
Autres 8 14 22
Ressources 61 150 211
Autofinancement 21 105 126
Aîde concessionnelle
(CCCE) 40 45 85
Sources : TÉLECO; estimations de la mission.
4
7.13 Le coût total de cette extension du service est estimé à environ
175-200 millions de gourdes de l'AB 86, dont 65 % environ (25 millions de
dollars) seront en devises. Le détail des coûts n'a pas encore été établi
pour les travaux de la phase II. La CCCE finance approximativement la
moitié du programme, soit cinq sixièmes environ du coût en devises, avec
une contribution de 105 millions de francs français pour la phase I et
peut-être 55 millions de francs français pour la phase Il. La
contribution de TELECO devrait être du même ordre et impliquera donc le
financement d'environ un sixième du coût en devises. Il n'y aura pas de
financement du Gouvernement . L'aide de la CCCE est une aide liée et
seules les sociétés françaises peuvent soumissionner pour la fourniture de
l'équipement. Le coût d'ensemble du projet (y compris tout 1'équipement
de transmission, de distribution, les bâtiments, les véhicules, etc.) que
l'on évalue à 1.000 dollars environ par nouvelle ligne installée est
raisonnable bien que l'expérience de la Banque mondiale dans d'autres pays
montre que le recours aux appels d'offres internationaux peut réduire les
coûts de près de 30 %. Cela se vérifie tout particulièrement dans un
î
[page 107]
_- 87 -
secteur industriel à la pointe du progrès technologique; l'offre et la
demande s'accroissent à des taux sans précédents et la concurrence
internationale est particulièrement intense.
7.14 TELECO prévoit également d'installer un nouveau centre télex
domestique et international, ainsi que le remplacement de
500 téléscripteurs loués, dont plusieurs ont été installés il y a plus de
20 ans. Il semblerait que la société qui exploitait le service télex
international avant janvier 1985 ait négligé l'entretien du service. Le
nouveau centre permettra de quadrupler le volume du trafic et de supprimer
les motifs nombreux de mécontentement des clients. Les problèmes de
saturation causent quelques problèmes aux usagers actuels mais, ce qui est
plus grave, ils empêchent de nouveaux usagers d'avoir accès au système.
Au cours des trois prochaines années, la capacité du réseau s'étendra à
800 téléscripteurs. Un équipement de traitement de données sera également
acquis pour le système de gestion de l'information récemment mis en
place. Ces investissements coûteront environ 15 millions de gourdes au
total durant AB 86-88, dont 90 % environ (soit 2,7 millions de dollars)
seront en devises et seront entièrement financés par les ressources
propres de TELECO.
Tableau VII.3 : TELECO : Investissement programmé
et réalisé, AB 84-86
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
AB 84 AB 85 AB 86
Prévisions budgétaires 46 81 61
Réalisation 15 50 _
Taux de réalisation (en 4) 32 si _
Source : Annexe statistique, Tableau 7.3.
7.15 Le Tableau VII.3 indique que le taux de réalisation des
investissements a été très faible en L'AB 84, et bien qu'il ait augmenté
de façon remarquable en l'AB 85, il est soit possible de diminuer encore
l'écart important qui existe entre la programmation et la réalisation,
soit préparer des budgets plus réalistes. Il apparaît d'ores et déjà que
le budget de l'AB 86 sera épuisé au cours du premier semestre.
Recommandations
7.16 Jusqu'à présent, TELECO a financé la quasi totalité de $es
modestes investissements sur fonds propres mais sa part dans le programme
actuel de modernisation représentera une ponction importante sur ses
[page 108]
- 88 —
réserves financières. Par ailleurs, pour continuer à moderniser et à
étendre son réseau, particulièrement dans les provinces et les régions
rurales, elle devra vraisembilablement faire face à des coûts
d'investissement par ligne bien plus élevés. L'expérience de la Banque
mondiale dans d'autres pays démontre qu'un coût de 3.000 dollars par
nouvelle ligne, dans les régions rurales isolées des petits pays en
développement, n'est pas exceptionnel.
7.17 11 est donc important que TELECO continue de générer des
excédents d'exploitation importants. Pour ce faire, il faudra mettre en
oeuvre trois mesures complémentaire. Premièrement, les redevances
applicables au service domestique devront être majorées et calculées en
fonction de la durée des appels téléphoniques de façon à couvrir les coûts
marginaux; les redevances applicables au service international sont déjà
très élevées et devraient en fait être diminuées. Deuxièmement, le
Gouvernement devrait cesser d'utiliser les ressources financières de
TELECO pour .les investissements ou les dépenses ordinaires de projets non
rentables ét sans rapport avec TELECO. Troisièmement, TÉLECO doit
restreindre ‘ses propres dépenses de fonctionnement. Le programme
d'investissement devrait permettre de réduire considérablement les
dépenses d'entretien à Port-au-Prince et d'accroître fortement la
productivité des effectifs. En priorité, le coût des salaires par ligne
posée devrait être réduit de moitié lorsque la capacité sera augmentée de
60.000 lignes. Les effectifs en surnombre doivent être supprimés.
7.18 TELECO ne devrait pas avoir besoin de financement extérieur
supplémentaire jusqu'à la fin de l'AB 89. A l'avenir toutefois, TELECO
aurait avantage à diversifier autant que possible ses sources de
financement extérieur et éviter une dépendance trop grande d'un pays
fournisseurs ou de l'aide liée. TELECO devrait pouvoir réaliser des
économies en recourant à des appels d'offres internationaux,
particulièrement si elle demande des soumissions tant pour les prix que
pour les termes de paiement, comme cela est de plus en plus souvent le cas
dans le secteur des télécommunications.
7.19 Le programme d'investissement de TELECO répond aux besoins
immédiats en visant à satisfaire la demande identifiée et à améliorer la
qualité des prestations de service. Il est regrettable que les principaux
investissements actuels et ceux programmés pour les deux prochaines années
aient été décidés avant l'élaboration du plan cadre; tous les autres
investissements devraient être identifiés et analysés dans le cadre de ce
plan avant leur mise en oeuvre. Il faut espérer que le plan cadre
s'appuiera sur les améliorations organisationnelles récentes et
encouragera une analyse plus approfondie des futurs projets.
7.21 Une analyse économique et financière complète des principaux
investissements devrait être intégrée dans les procédures de planification
de TELECO. Le nouveau système téléphonique automatique de Port-au-Prince
a fait l'objet d'une analyse technique exhaustive mais aucune étude de
factibilité économique n'en a été faite. Il est presque certain que la
demande non exprimée à Port-au-Prince, combinée à l'augmentation
importante des sérvices ailleurs résuitera en un taux élevé de rentabilité
sociale et économique du projet. Il se pourrait toutefois qu'il n'en
aille pas de même pour d'autres investissements futurs.
:
[page 109]
- 89 -
CHAPITR'E VIII
LE SECTEUR URBAIN
Le secteur et_ sa planification
8.01 Avec une population urbairie qui représente moins de 30 % de la
population totale, Haïti est l'un des pays de l'hémisphère occidental les
moins urbanisés. On peut y distinguer trois catégories de villes dont les
besoins en matière de planification,, investissements et gestion sont très
différents : la capitale, trois villes secondaires majeures et 22 centres
urbains plus petits.
8.02 Port-au-Prince est le centre tant administratif que de
l'activité économique du pays. Quelques 85 % de la production
industrielle industrielle, 60 % cles activités commerciales, 70 % des
activités immobilières, les services du logement, les services
administratifs et gouvernementatx sont localisés dans la zone
métropolitaine. La zone compte environ i million d'habitants et son taux
de croissance annuelle dépasse 5 %. Les problèmes liés à une croissance
rapide et non planifiée sont encore exacerbés par une forte concentration
d'habitants à faibles revenus, des zones résidentielles fortement
peuplées, une circulation très intense et des services essentiels
insuffisants.
8.03 Les trois villes secondaires sont Cap Haïtien
(70.000 habitants), Gonaives (47.000) et Les Cayes (32.000). Elles se
développent beaucoup plus lentement que la capitale. Leurs problèmes
principaux résident dans la fourniture d'abris et de services de base.
Ces villes souffrent également d'um manque de planification de base, d'une
carence administrative et de manque d'attention de la part des ministères
pertinents qui ne coordonnent pas leurs activités à leur niveau.
8.04 Les 22 centres urbains plus petits sont éparpillés
géographiquement et comprennent une population totale d'environ
350.000 habitants. Ils souffrent des mêmes problèmes que les villes
secondaires mais par manque de nioyens de transports et de communications,
ces problèmes sont en fait ignoréis par le Gouvernement.
8.05 Les gestionnaires municipaux ne sont pas élus et relèvent du
Gouvernement central. Leurs responsabilités sont réduites à la gestion de
quelques services urbains, tels le service de la voirie. Les agents
municipaux sont en nombre insuffisant et ils sont mal formés. La
situation financière des municipalités est précaire car plus de la moitié
de leurs recettes provient des taxes perçues par le ministère des Finances
tels que l'impôt foncier et l'impôt sur les licences des entreprises. Le
reste de leurs ressources financières provient essentiellement de
transferts du Gouvernement central. En termes réels, les recettes
provenant des impôts locaux omt baissé au cours des dernières années et
leur collecte est effectuée de façon inefficace.
[page 110]
Î
. 90 -
8.06 La responsabilité du Gouvernement en matière de planification et
de gestion du secteur urbain est dispersée et pleine de chevauchement.
L'agence principalement responsable est la Direction de l'urbanisme du
MTPIC qui comprend trois ditrisions :
(a) la division chargée de la planification urbaine, responsable de
tous les plans urbains et ruraux, des spécifications et plans
pour tous les types de consitruction dans les secteurs public et
privé. Les tâches courante:: absorbent la division au point où
elle ne peut pas donner des conseils valables en matière de
planification;
(b) la division des travaux urbiains est censée n'exécuter que des
travaux d'infrastructure. ‘Dans la pratique, elle s'occupe
également de la constructiont des bâtiments publics et réalise
des travaux qui . relèvent officiellement du ressort des
municipalités;
(c) la division de l'entretien s'occupe de l'entretien des
infrastructures urbaines. ‘Toutefois, elle compte si peu
d'effectifs et est si mal équipée que le SEPPRN, qui est censé
ne s'occuper que de l'entretien des routes inter-urbaines, est
souvent appelé à la rescousse pour des travaux urbains urgents
ou prioritaires de remise en état, surtout à Port-au-Prince.
Le MTPTC est également responsable de la CONATRA, compagnie publique
d'autobus de Port-au-Prince, et de la CAMEP, Centrale autonome d'eau
potable de la capitale (Chapitre IX).
8.07 Le deuxième ministère intervenant dans le secteur urbain est le
ministère de l'Intérieur qui est responsable des 29 municipalités, y
compris la solde de leurs agents. Il a également dans ses attributions le
bureau national du cadastre qui n'est pas encore attaqué aux zones
urbaines.
8.08 La ‘communauté urbaine” de Port-au-Prince est sous la tutelle du
ministère de l'Intérieur; elle ne sert que de base juridique à quatre
municipalités puisqu'elle n'a ni personnel. ni procédures de coordination
propres. Port-au-Prince, municipalité principale parmi les quatre, ne
dispose pas d'une capacité financière ou administrative pour s'acquitter
de ses tâches de voirie. Par ailleurs, son administration est déficiente
et les tâches ne sont pas clairement répatties entre Port-au-Prince, les
trois autres municipalités, la communauté urbaine et les ministères
compétents du Gouvernement central en matière de planification urbaine, de
l'application des lois foncières, de l'investissement et de l'entretien.
D'où une inefficience et un gaspillage sérieux.
8.09 L'Entreprise publique des logements sociaux (EPPLS), qui est
autonome, relève du Ministère des affaires sociales. Son rôle est de
préparer des programmes et d'exécuter des projets de logements sociaux
pour la population à revenus modestes, pour en assurer la rentabilité
!
[page 111]
_ gl -
économique et le recouvrement intégral des coûts de ces projets par la
location et la vente des logements. Parmi les autres ministères
intervenant dans le logement au début 1986, on peut citer le ministère à
la Présidence qui mit en oeuvre deux piojets de 400 logements sans
recouvrer les coûts, et le ministère de l'e\griculture qui jouait un rôle
minime dans ce domaine.
8.10 Vu la dispersion et le manque de c'oordination caractérisant la
gestion du secteur urbain, le Gouvernement ne peut avoir de stratégie -
globale précise pour ce secteur. Le Chapitre II souligne le caractère
futile des efforts déployés par le Ministère alu Plan en vue de promouvoir
la planification régionale. Il n'existe pas de plan cadre urbain pour
Port-au-Prince. Il n'existe pas de plans, o\: très peu, en matière de
transports urbains. Il n'y a pas de politique de logement. Des
investissements urbains importants sont entre pris dans le domaine de
l'évacuation des eaux usées, mais ils ne sont pas accompagnés de mesures
visant à protéger le bassin fluvial avoisinant dont l'érosion engorge les
nouvelles structures de drainage.
8.11 Les dépenses du secteur urbain exami nées dans ce chapitre
comprennent les dépenses pour l'écoulement des e:tux usées, le logement,
les marchés et les transports; l'adduction d'eau est discutée au
Chapitre IX. Au cours des dernières années, Comme le montre le
Tableau VIII.1, deux tiers environ des irivestisseme nts planifiés ont été
réalisés; deux tiers de ceux-ci ont été consacrés à l'évacuation des eaux
usées à Port-de-Prince. Environ 48 % du coût total ét'ait en devises.
Tableau VIII.1 : Investissement:s urbains E'rogrammés
et réalisés, AB 81-85
(en millions de gourdes au prix coura nt)
Programmés Réalisés
Syst. de Drainage (Port-au-Prince) 241 198
Habitat 71 53
Marchés 65 5
Transports 46 22
Assistance technique 10 10
Divers 5 __5
Total | 438 292
Source : Annexe statistique, Tableau 8.1.
8.12. Les investissements dans les systèmes d'écoulemen: t des eaux
usées de Port-au-Prince ont été principalement financés par la BID. Ces
investissements ne furent pas fructueux du fait d'un éck telonnement
inadéquat des travaux, d'un manque d'harmonisation avec 1,8 autres
investissements d'infrastructure et d'un service de voirie inadéq 'uat. Les
[page 112]
- 92 —
systèmes d'égouts, récemment achevés, font déjà l'objet d'un vaste
programme d'entretien; certains travaux de réfection sont également
nécessaires par manque d'entretien dans le passé. Le financement du
programme d'entretien n'est pas encore assuré. Les ordures non ramassées
encombrent la chaussée et bouchent les canalisations, empêchant le bon
fonctionnement du système ci‘écoulement des eaux usées. I1 est donc
essentiel que s'effectue le ramassage des ordures pour que
l'investissement dans le dra’inage: soit rentable. I1 n'y a toujours pas de
mécanisme pour recouvrer ne. serait-ce que les coûts de fonctionnement et
d'entretien du nouveau parc de camions de voirie qui est censé porter le
taux de ramassage de 40 à ‘90 %. Une claire définition des responsabilités
respectives du MIPTC et de la municipalité de Port-au-Prince est
indispensable pour assurer: un rendement adéquat des investissements dans
le système d'écoulement des eawt usées et pour le bon fonctionnement du
système urbain.
8.13 Depuis 1982, l'EPPLS, a réalisé cinq projets d'habitat,
produisant 1.100 nouvea ux logements environ par an, ainsi que la
rénovation de nombrewc autres logements, financée par l'IDA et la
République fédérale d'Allemagne. L'efficacité de L'EPPLS a souffert des
événements politiques r écents et il faudra quelque temps pour la restaurer.
Dépenses de fonctionne ment
8.14 I1 n'y a pris de données historiques valables sur les dépenses de
fonctionnement. Le }judget de 1'AB 86 pour ce chapitre s'élève à environ
18,4 millions de gourdes, soit quelque 2,5 dollars par citadin
(Tableau VIII.2). Ie coût du jersonnel représente presque 60 % du coût
total. En fait, le s dépenses de personnel sont sans doute supérieures car
sur les 7,8 millior.s affectés aux dépenses ordinaires, autres que celles
de personnel, 6 mil.lions de gourdes représentent un transfert du ministère
de l'Intérieur au bénéfice de la municipalité de Port-au-Prince, dont la
plus grosse partit: est certainement utilisée pour les salaires. Bien que
légalement Port-au-Prince devrait avoir son budget propre, dans la
réalité, il n'en est rien.
8.15 En supposant un coût moyen d'entretien annuel équivalant à 4
de l'investisse ment initial, le: coût de l'entretien des investissements
exécutés durar t AB 81-85 en transports et en écoulement des eaux usées
s'élèvera à € nviron 8 millions de gourdes par an. Les dépenses totales
d'entretien ‘snvisagées par le MTPIC pour l'AB 86 ne s'élèvent qu'à
4 millions d'2 gourdes, somme qui est supposée couvrir la totalité des
travaux d'en tretien et des travaux urbains pour l'ensemble du pays. Cette
somme est, ‘par contre, plus importante que ce qui a été réalisé par le
passé.
il
[page 113]
— 93 - |
Tableau VIII.2 : Budget de fonctionnement
du secteur urbain, AB 86
(en millions de-gourdes).
Ministère/Agence a/ Personnel Autres Total
MTPTC 6,9 0,8 7,7
EPPLS 1,4 0,2 1,6
Intérieur 2:3 6,8 9,1
Total 10,6 7,8 18,4
a/ Le Ministère à la Présidence n'est pas inclus, faute de données.
Source : Annexe statistique, Tableau 8.2
8.16 Le MIPTC a une provision budgétaire de 1,3 million de gourdes
pour la CONATRA, compagnie publique d'autobus de Port-au-Prince. Le parc
de véhicules de cette compagnie est passé de 80, à sa création en l'AB 80,
à 15 véhicules seulement aujourd'hui. Son rôle est tout-à-fait
insignifiant dans le marché actif et compétitif de transport de passagers
de Port-au-Prince qui est desservi de façon très efficace par les petits
bus privés connus sous le nom de “tap-taps", st
8.17 Comme indiqué au Chapitre VI, les effectifs de MTPIC sont
pléthoriques.
Programme d'investissement et Plan de financement, AB 86-89
8.18 Port-au-Prince occupe une place tellement prépondérante et ses
besoins sont si vastes, que le reste du présent chapitre ne traite que de
cette ville. Le Tableau VIII.3 résume les intentions des divers donateurs
et agences intervenant dans le secteur urbain. Aucun d'entre eux n'a de
plans concrets pour l'AB 89; pour les . AB 87-88 Les plans ne sont pas
établis sur une base annuelle, bien que la plupart des agences projettent
des déboursements annuels qui représentent environ la moitié des
engagements prévus pour la période des deux ans. Le tableau n'inclut pas
les investissements des ministères de l'Intérieur et à la Présidence,
faute de renseignements disponibles.
8.19 Les investissements totaux prévus en décembre 1985 pour les
trois années suivantes s'élèvent à 270 millions de gourdes au prix de
. l'AB 86 dont 48 % (soit 130 millions de gourdes ou 26 millions de dollars)
seront en devises. Celles-ci seront entièrement couvertes par un
financement extérieur de 206 millions de gourdes. |
[page 114]
_- 94 —
Tableau VIII.3 : Investissements proposés dans le
secteur urbain, AB 86-88
(en millions de gourdes au prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-88
Emplois 149 121
Système de drainage 56 54
Logement 27 20
Marchés 34 36
Transports 24 _-
Assistance technique et formation 8 12
Ressources 149 121
Gouvernement 53 12
Aide à des conditions de faveur
(Prêts et dons) 97 109
Source : Annexe statistique, Tableau 8.3.
8.20 Le projet d'écoulement des eaux usées de Port-au-Prince
demeurera la plus grande part de l'investissement dans ce secterur. C'est
le seul projet pour lequel un financement extérieur est attendu avec
certitude d'ici 1l'AB 90 - nouveau prêt de la BID de 45 millions de
dollars. Par ailleurs, un programme de remise en état du système
d'écoulement d'environ 30 millions de gourdes est en cours d'exécution.
Aucun investissement n'est prévu dans le secteur des transports après
l'AB 86; en fait pour l'AB 86, ce sont des études et non des réalisations
matérielles qui sont prévues. Les projets d'assistance technique et de
formation augmentent rapidement et représenteront 9 % du total après
l'AB 86.
Recommandations
8.21 Non seulement les responsabilités ne sont pas clairement
délimitées entre les agences actives dans le secteur, mais il n'existe pas
de stratégie de développement ou de plan d'urbanisation. Il faudrait
élaborer un plan d'ensemble pour la zone métropolitaine de Port-au-Prince
pour guider les choix des futurs investissements, y compris ceux relatifs
à l'adduction d'eau (Chapitre IX). Ce plan devrait couvrir l'utilisation
des terres, les études de reboisement des bassins versants entourant la
ville, et il conviendrait de définir des procédures de contrôle des
applications de ceux-ci. Si un tel plan n'est pas préparé et utilisé pour
orienter les investissements des années 90, la croissance rapide de
certaines zones de la métropole et l'absence de coordination dans la
planification illustrée par les projets en cours pi emvosagés d'écoulement
des eaux usées et d'adduction d'eau (Chapitre IX), aboutiront à ce que
[page 115]
_ 95 —
certaines parties importantes de la ville soient mal ou pas du tout
desservies et ajouteront aux pressions qui pèsent déjà sur les
infrastructures existantes.
8.22 Le programme d'investissements pour AB 86-89 est inadéquat en
termes de capacité de mise en oeuvre, d'équilibre sous-sectoriel et de
provisions financières pour les coûts de fonctionnement. En plus, le sort
futur du marché des Croix-des-Bossales, financé par l'IDA, est incertain.
8.23 Capacité de mise en oeuvre. Bien que l'ensemble des dépenses
sectorielles planifiées soit modeste, exprimé en termes de coût par
habitant, les prévisions de dépenses pour la seule AB 86 représentent - en
termes nominaux - 250 % de la moyenne annuelle réalisée au cours de la
période 1981-85. Par ailleurs, la part de 30 % des investissements à
financer par le Trésor n'est pas réaliste étant donné qu'au cours des
dernières années, elle s'est située en moyenne aux alentours de 19 %. En
fait, le vaste programme proposé pour l'AB 86 reflète les retards
accumulés dans la réalisation des investissements planifiés depuis 1982.
Le Gouvernement tout comme les donateurs sont trop optimistes en supposant
que ce retard pourra être totalement rattrapé en un an. Il serait
beaucoup plus raisonnable d'étaler le programme proposé pour la période
1986-88 sur les quatre années 1986-89, avec une modeste croissance chaque
année.
8.24 Equilibre sous-sectoriel. Le système d'égouts représente une
question de haute priorité pour Port-au-Prince. La ville est située sur
et en contre-base d'une colline abrupte qui est sujette à de fortes pluies
et à l'érosion; beaucoup de quartiers sont construits sur des marécages en
proie à des inondations. La ville s'étend dans la zone marécageuse. Il
est difficile d'évacuer l'eau de pluie dans la mer. Néanmoins, il ne
faudrait entreprendre aucun investissement d'écoulement des eaux tant que
certaines mesures n'auront pas été prises pour s'assurer que le système
pourra fonctionner lorsqu'il sera en place. Le Gouvernement devrait
formuler un plan global pour l'ensemble de la métropole (par. 8.21),
prendre des dispositions pour établir des redevances pour le service de la
voirie à un niveau qui permette de couvrir au moins les coûts
d'exploitation, établir un système d'entretien régulier des canalisations
et, enfin, définir clairement les responsabilités qui incombent
respectivement à la municipalité et au MTPTC. Par ailleurs,
l'échelonnement dans le temps des travaux d'investissement dans les
canalisation d'écoulement a été fait de façon arbitraire, défini selon la
disponibilité d'une somme de 50 millions de dollars, mais sans tenir
compte du travail réel à effectuer; il conviendrait que ce programme de
travail soit réexaminé. L'échelonnement actuel a conduit à des
aberrations; ainsi, des travaux ne sont pas entrepris dans des zones
contigués mais non connectées. Le programme d'investissement pour
l'évacuation des eaux usées des AB 86 et 87 devrait donc être réduit et
celui des AB 88 et 89 augmentés pour que les conditions préalables
puissent être prises avant l'AB 88.
8.25 Une décision devrait être prise concernant la construction du
marché des Croix-des-Bossales, dont les travaux sont arrêtés.
[page 116]
- 96 —
8.26 Les transports urbains auxquels une attention insuffisante a été
accordée au cours des dernières années, devraient maintenant venir au
premier rang. Cela ne signifie pas nécessairement qu'il faille
entreprendre un vaste programme d'investissements. Afin d'alléger le
trafic et donc réduire les importations de pétrole, de faciliter les
déplacements des travailleurs de leur domicile au lieu de travail, et
d'accélérer la livraison des matières premières et des produits finis
entre l'aéroport, le port et l'industrie de montage, il est crucial de
mettre en place une série de petits travaux et un programme de gestion du
trafic. Ce programme pourrait être élaboré assez rapidement, Les
donateurs n'ont pas, jusqu'à présent, manifesté beaucoup d'intérêt pour
les transports urbains en Haïti et on devrait les encourager à s'y
intéresser davantage.
8.27 Il faudrait rééxaminer la gamme de l'assistance technique et de
la formation qui augmentent rapidement. La priorité devrait être accordée
à l'amélioration des finances municipales et à 1a mise en place d'un
service du cadastre, financé par l'aide de l'Allemagne fédérale.
8.28 Financement des coûts de fonctionnement, Le programme
d'investissements proposé pour la période 1986-88 provoquerait une
augmentation des coûts de fonctionnement d'environ 5 milllions de gourdes
par an. I1 est évident qu'il faudrait évaluer la capacité physique
d'entretien, de programmation et de financement avant d'entreprendre de
nouveaux investissements, surtout en matière d'évacuation des eaux usées,
comme indiqué ci-dessus.
8.29 La CONATRA devrait être fermée. Aucun nouvel autobus ne devrait
être acheté à son intention.
8.30 En tenant compte des considérations ci-dessus, le programme
d'investissements pour la période 86-89 pourrait être révisé comme indiqué
au Tableau VIII.4. Environ 48 % de ces investissements seraient en
devises.
[page 117]
_- 97 -
Tableau VIII.4 : Programme d'investissements
recommandé pour le secteur urbain, 1986-89
(en millions de gourdes au prix de 1986)
1986 1987-89 1986-89
Emplois 67 278 345
Drainage (Port-au-Prince) 10 97 107
Habitat 20 60 80
Marchés 17 51 68
Transports 15 45 60
Plan d'urbanisation _- 10 10
Assistance technique 5 15 20
Ressources 67 278 345
Gouvernement 13 53 66
Aide existante/planifiée
pour eaux usées (BID) 8 78 86
Aide existante/autre 46 74 120
Aide additionnelle - 73 73
Source : Annexe statistique, Tableau 8.4
Ce programme inclut cependant la construction du marché des
Croix-des-Bossales comme prévue initialement, ce qui est peu
vraisemblable. Même le programme d'investissements recommandé pourrait se
révéler trop ambitieux car il suppose une augmentation annuelle de 15 %,
en termes réels, des dépenses. Au cours de la période 87-89, environ
73 millions de gourdes (soit 17 millions de dollars) d'aide additionnelle
seront nécessaires; ceci pourrait peut-être signifier que les engagements
totaux de 25 millions de dollars, consacrés entièrement au plan
d'urbanisation, au logement et aux transports urbains s'étendront sur une
période plus longue. Si le financement local pour le logement était
renforcé, l'aide externe pourrait être réduite. La composante critique du
programme est la préparation d'un plan d'urbanisation : il faudrait
trouver de toute urgence un donateur pour en assurer le financement.
8.31 Qutre les dépenses d'investissement décrites ci-dessus, les
dépenses de fonctionnement pour le secteur urbain devront passer de 4
millions de gourdes environ à 12 millions au moins au cours de l'AB 87 et
peut-être même atteindre 18 millions de gourdes d'ici à 1989. La plus
grande partie de ces montants pourrait provenir de coupes effectuées dans
des postes non essentiels du budget du MTPTC (agents en surnombre,
CONATRA) et d'un recouvrement effectif des coûts de fonctionnement pour le
service de voirie et des services d'évacuation des eaux usées.
[page 118]
{
- 98 - :
CHAPITRE IX
L'ADDUCTION D'EAU
Le secteur et sa planification
9.01 Le niveau des services d'adduction d'eau et d'assainissement
est extrêmement bas en Haïti. Environ 40 % de la population urbaine et
5 % de la population rurale ont accès aux canalisations d'eau de qualité
variable, soit par branchement domestique, soit par des prises publiques.
Le reste de la population est approvisionné en eau par des colporteurs, la
prise dans des cours d'eau ou des sources, ou encore la collecte d'eau de
pluie. 11 n'existe pas de systèmes d'égouts; moins de 40 % de la
population dispose d'une évacuation sûre des excréments sous forme de
latrines ou de fosses septiques. Les maladies liées à l'eau et aux :
conditions et sanitaires sont parmi les principales causes de morbidité et
de mortalité. Il est difficile d'obtenir des données en matière
d'assainissement; ce chapitre se concentre donc sur l'adduction d'eau.
9.02 Partiellement en raison de la densité démographique,
l'insuffisance des services d'adduction d'eau et d'assainissement
susmentionnés est fort critique à Port-au-Prince. Environ 17 % de a
population de l'agglomération a un accès direct à l'eau par le biais de
28.000 raccordements domestiques et environ 28 % par des prises
publiques. Comme l'approvisionnement est limité et que les pertes sont
élevées, toutes les catégories de consommateurs sont soumises à un sévère
rationnement. Ce sont les gens à revenu modeste qui en souffrent le
plus. Les plus fortunés évitent le problème en construisant de coûteux
réservoirs privés ou en achetant de l'eau, pour usage non alimentaire, à
des camions-citernes à 7-20 gourdes le mètre cube, et de l'eau potable
mise industriellement en bouteilles. L'on ne dispose pas de données
fiables sur la consommation ou les prix, mais on peut dire sans crainte de
se tromper que la consommation moyenne n'atteint même pas un tiers de
celle de villes comparables de la région et est très coûteuse.
9.03 Le MIPIC est chargé de formuler la politique d'adduction
d'eau et de sanitation et de coordonner les projets en ces domaines. Le
Ministre du MIPTC est le président de deux entreprises chargées de la
distribution d'eau : la Centrale autonome d'eau potable (CAMEP) à
Port-au-Prince et le Service national d'eau potable (SNEP) partout
ailleurs sans le pays. Elles sont toutes deux inefficientes, ont un
personnel pléthorique et souffrent de mauvaise gestion. Théoriquement
autonomes, elles sont fortement influencées dans leurs politiques
tarifaire et de recrutement par l'administration centrale qui n'a pas
donné son appui à une gestion de haut calibre.
9.04 Depuis bien longtemps, la CAMEP a eu une direction générale
compétente, ce qui ne n'empêche pas la Centrale de fort mal fonctionner.
Avec un personnel pléthorique, peu formé et peu discipliné de
600 personnes, le service et l'entretien sont médiocres. Avec un ratio de
'
[page 119]
= 99 —
20 employés par 1.000 branchements, la CAMEP se compare défavorablement
avec les entreprises analogues d'Amérique latine et des Caraïbes, où le
ratio est d'entre 5 et 10. Un indicateur éloquent de l'inefficience de la
CAMEP est la quantité énorme d'eau perdue, estimée à 60 %; celle-ci
provient essentiellement du nombre de fuites du système et des
raccordements frauduleux. Les efforts de la direction d'améliorer
l'organisation n'ont pas abouti, car elle ne s'est pas révélée capable de
recruter du personnel qualifié ou de licencier les incapables et les
indisciplinés.
9.05 Le SNEP dessert environ 450.000 personnes dans
230 localités. Il fournit gratuitement de l'eau par des prises publiques
aux deux tiers de cette population; le tiers restant est desservi par des
raccordements domestiques à des prix fortement subventionnée, sans aucun
compteur. Bien qu'il ait également 20 employés par 1.000 branchements, il
n'assure pratiquement aucun entretien ni assistance opérationnelle pour.
les services dont il est responsable. La direction du SNEP n'a aucune vue
en matière de planification ou d'organisation, sauf qu'elle croit
fermement au principe du subventionnement de l'eau. La gestion et la
capacité d'exécution de projets sont tellement médiocre, que certains
donateurs, comme l'USAID et une institution belge non gouvernementale en
sont venues à exécuter elles-mêmes directement des projets
d'investissement, quitte à en laisser ensuite l'exploitation au SNEP.
Enfin, le Bureau d'assainissement (BA) est en charge de l'assainissement.
La République fédérale d'allemagne finance une assistance technique aux
SNEP et BA en vue de renforcer ces institutions.
9.06 Le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP)
n'a pas de responsabilité juridique pour l'approvisionnement en eau, mais
il n'en exécute pas moins des projets en ce domaine dans le cadre de son
programme ‘Postes communautaires d'hygiène et d'eau potable" (POCHEP),
financés par la BID dans les petites localités pour lesquelles le SNEP est
responsable. Les POCHEP n'ont que la responsabilité de la supervision de
projets et n'ont pas de capacité opérationnelle. Vu l'inefficience du
SNEP, il est bien compréhensible que la BID insiste que le projet soit
exécuté par une unité de projet distincte.
9.07 Dans le secteur aucune institution ne possède une capacité
adéquate de planification ni d'exécution de projets. Elles sont tout
aussi incapables d'assurer, sur fonds propres, le financement, ne fût-ce
qu'en partie, de leurs investissements, Le secteur ne peut même pas
financer ses propres frais de fonctionnement et d'entretien, à plus forte
raison ses investissements. Le manque de recouvrement des coûts a encore
aggravé les faiblesses institutionnelles. Il en est résulté un entretien
inadéquat, des investissements insuffisants, le recours aux subventions de
l'Etat pour couvrir les frais de fonctionnement, et la dépendance de
l'aide externe pour le financement de la quasi-totalité des
investissements.
9.08 Durant les AB 80-85, les investissements s'élevaient
annuellement à 22 millions de gourdes en moyenne, fluctuant entre 5 et
34 millions. Cela suffisait à peine à renouveler le capital existant
[page 120]
- 100 -
(12 millions de gourdes de dépréciation réévaluée) et à maintenir les
niveaux de service (5 millions de gourdes) en fonction de la croissance
démographique. Les principaux donateurs ont été la BID (40 millions de
gourdes durant les AB 80-85), la KfW (20 millions) et l'IDA
(11 millions). La participation de l'Etat aux investissements s'élevait à
40 millions de gourdes, auxquels s'ajoutent 10 millions pour couvrir les
frais d'exploitation. On trouvera aux Tableaux 9.1-9.4 de l'Annexe
statistique des relevés détaillés des revenus et des flux financiers pour
l'ensemble du secteur ainsi que pour la CAMEP, le SNEP et les POCHEP,
9.09 Malgré les problèmes, en matière de planification et
d'exécution de projets, les derniers investissements effectués par ces
organismes étaient justifiés. Comme le financement provient de l'aide
externe, les donateurs ont fixé les priorités et les techniciens étrangers
ont assuré la bonne exécution matérielle des projets. Les donateurs
bilatéraux et la BID ont financé de petits systèmes (principalement par
gravité) dans plus de 100 petites communautés ne disposent auparavant pas
d'eau potable. L'IDA a financé l'expansion du système du SNEP dans sept
localités.
Aspects financiers
9.10 Comme on l'a noté tant la CAMEP que le SNEP ne recouvrent
pas leurs coûts d'exploïtation. Depuis l'AB 80, la CAMEP a subi des
pertes annuelles nettes d'exploitation s'élevant à 1 - 3 millions de
gourdes et le SNEP de 2 à 3 millions.
9.11 Afin de remédier les faiblesses institutionnelles et
financières de la CAMEP le Gouvernement considère - à un moment - de
confier la location des opérations de la CAMEP ainsi que l'exécution de
ses investissements à une compagnie étrangère d'adduction d'eau. En ce
moment, le Gouvernement considère que les conditions nécessaires à dla
réussite d'un tel aménagement dans l'immédiat ne sont pa réunies. Une
compagnie de gestion pourrait contribuer à l'efficience opérationnelle
ainsi que la performence financière de la CAMEP. + le
Gouvernement pourrait veiller à augmenter les tarifs, accorder son appui à
la direction et permettre à CAMEP de profiter d'une expertise étrangère en
gestion sous un projet financé par la CCCE (Programme d'urgence). La
performance du Gouvernement et de CAMEP sous ce programme déterminera,
d'une part la capacité de CAMEP d'exécuter des investissements futurs et,
d'autre part, la stratégie gouvernementale de formuler des objectifs
sectoriels. |
9.12 Le SNEP pourrait également améliorer sa capacité de gestion
ainsi que sa situation financière, mais ce serait là une tâche plus ardue
qui exigerait un changement profond d'attitude de la part de la direction
comme des clients. Toutefois, la plupart de ses systèmes pour les petites
agglomérations sont basés sur la pesanteur, de sorte que leur coût de
fonctionnement et d'entretien est minime. On ne s'attend à aucun
changement important dans le proche avenir.
LL
[page 121]
- 101 -
Programme d'investissement et plan de financement
9.13 Le Gouvernement a fixé pour 1990, dans le cadre de la
Décennie internationale de l'eau potable et de l'assainissement (DIEPA)
les objectifs suivants :
a) porter de 40 à 80 % la part de la population urbaine disposant de
services d'adduction d'eau;
b) porter de 5 à 50 % la part de la population rurale disposant de
services d'adduction d'eau;
c) fournir des services égouts à 40% de la population de
Port-au-Prince et de six localités de taille moyenne;
d) fournir des services d'assainissement “adéquats” au reste de la
population urbaine et rurale.
La réalisation de ces objectifs exigerait des investissements annuels de
l'ordre quintuple de ce qu'ils furent les dernières années; elle est donc
de toute évidence utopique.
9.14 Les plans d'investissement tels qu'ils sont formulés
présentement démontrent que les objectifs de la DIEPA sont irréalisables.
Bien que le Gouvernement n'ait pas de plan structuré pour l'ensemble du
secteur, il dispose des matériaux de base à cet effet. Ainsi pour
Port-au-Prince il existe un plan bien déterminé d'investissement et de
finarcement pour l'amélioration des services d'adduction d'eau durant la
décernie AB 85-95. Comme l'insuffisance de l'approvisionnement en eau
constitue un obstacle au développement industriel et commercial pour
Port-au-Prince, le Gouvernement a assigné une haute priorité aux
investissements dans cette agglomération. Il existe en outre un programme
d'investissement pour les villes de province et les zones rurales
AB 86-87, ainsi qu'un programme indicatif partiel pour AB 88-89. On
pourrait combiner ces plans, comme on l'a fait au Tableau IX.1.
L'investissement total durant AB 86-89 s'élèverait à 201 millions de
gourdes aux prix de l'AB 86. L'on ne dispose pas d'estimations
détaillées, mais l'expérience indique qu'environ 60 % de ce montant serait
en devises.
9.15 Conformément aux priorités du Gouvernement, 48 % du montant
des investissements prévus seraient destinés à la CAMEP pour
l'agglomération de Port-a-Prince et couvrirait :
a) l'assurance technique, les études techniques, la construction de
puits et l'acquisition d'équipements nécessaires d'urgence, qui
seront essentiellement financés par le programme d'urgence de la
CCCE, et
b) la première phase d'un projet de 300 millions de gourdes, que
l'IDA est en train de préparer, destiné à améliorer les services
d'adduction d'eau de la CAMEP et sa capacité institutionnelle,
[page 122]
- 102 -
Ce projet de dix ans ferait passer de 17 à 25 % de la population
de l'agglomération le nombre de ceux qui aurait des connections
domestiques et satisferait la demande de la majorité du reste de
la population par un système de prises publiques gérées
commercialement; environ 90 % de la population serait donc
approvisionné en eau courante.
Dans l'hypothèse où la CAMEP sera bien gérée, la capacité
d'autofinancement de la Centrale devrait permettre le financement
d'environ 20 % de son programme d'investissement.
Tableau IX.1 : PROGRAMME D'INVESTISSEMENT EN ADDUCTION D'EAU
ET SON FINANCEMENT, AB 86-89
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-89 AB 86-89
Emplois 38 162 201
Port-au-Prince (CAMEP) 14 80 93
Petites localités (POCHEP) 7 24 31
Petites localités et campagnes (SNEP}) 17 55 72
Variations du fonds de roulement — [A &
Ressources 38 162 201
Autofinancement 3 18 22
Prêts et dons d'aide engagés . 31 78 109
Nouveaux dons et prêts d'aide - 63 63
Contribution de l'Etat k 3 7
Source : Annexe statistique, Tableau 9.1.
9.16 L'autre moitié du programme d'investissement (52 %) en
dehors de Port-au-Prince, comprendrait :
a) des systèmes d'adduction d'eau à construire dans le cadre du
programme des POCHEP financés par la BID; et
b) des systèmes d'adduction d'eau dans les petites localités ainsi
que, dans le milieu rural, des puits à pompes à main à construire
par le SNEP et à financer par des dons de donateurs.
L'on ne dispose pas de données sur l'amélioration du niveau de services
qui en résulterait. Dans les petites communautés la capacité
d'autofinancement est nulle et les subventions de l'Etat aux systèmes des
petites localités et des campagnes sont insignifiantes; ces
investissements dépendront donc presque entièrement d'un financement
externe par des donateurs.
Ll
[page 123]
- 103 -
9.17 Aucun investissement important n'est prévu pour des systèmes
d'égouts ou d'assainissement, bien que le système d'écoulement des eaux de
Port-au-Prince doit nécessairement comporter des égouts, même si ce n'est
pas là le but premier. En tout cas, l'écoulement doit précéder le système
d'égouts.
9.18 Le programme d'investissement proposé serait financé à 54 %
par des prêts et dons engagés d'aide externe, à 31% par une aide
additionnelle, à 11% par autofinancement de la CAMEP grâce à une
meilleure gestion, et à 4 % par des contributions de l'Etat. Une aide
additionnelle est donc nécessaire pour un montant de 63 millions de
gourdes (13 millions de dollars) dont 46 millions (9 millions de dollars)
sous forme de prêts et 17 millions (4 millions de dollars) sous forme de
dons.
Recommandations .
9.19 Le programme d'investissement, qui émerge des plans de la
CAMEP, du SNEP et des POCHEP, est bien équilibré et justifié. Il est
réalisable techniquement et financièrement, bien qu'il implique une
augmentation de l'investissement de 30 % par an; il est donc bien possible
qu'il se produise des retards importants. Pour les AB 86-89, de nouveaux
engagements d'aide externe seront nécessaires, de l'ordre de 13 millions
de dollars; c'est là un chiffre raisonnable, bien qu'il faudra peut-être
faire appel à des engagements plus importants si l'on veut couvrir la
totalité du programme de la CAMEP jusqu'en l'AB 92.
9.20 Aucun projet important d'assainissement n'est prévu, bien
soit probable que des programmes de développement urbain ou rural intégré
comprennent de tels travaux. Cette approche est judicieuse, car
l'expérience démontre que des projets comme la construction de latrines ne
réussissent que comme s'ils sont intégrés dans des programmes de
développement plus larges.
9.21 Comme on l'a vu au Chapitre VIII, un obstacle majeur à
l'investissement urbain à Port-au-Prince, y compris l'adduction d'eau et
l'écoulement des eaux, est le manque de plan de développement urbain. La
préparation du projet proposé par la CAMEP a forcément produit
l'élaboration d'un tel plan, mais couvrant uniquement la distribution
d'eau. Avant que de nouveaux investissements soient entrepris dans les
années 90, il faudra que soit établi un plan urbain d'ensemble,
9,22 La faisabilité de la composante du programme pour
Port-au-Prince et, partant, l'augmentation réelle de 30 Z, est
conditionnée par une amélioration substantielle de la CAMEP dans sa
gestion, son fonctionnement, ses finances et sa capacité d'exécution des
projets. Une telle amélioration ne peut résulter que de mesures
financières rigoureuses et d'une amélioration de la gestion de CAMEP;:
l'alternative étant que l'Etat fasse appel aux services d'une société
étrangère pour la gestion de la compagnie. CAMEP doit augmenter les
tarifs de la plupart de ses consommateurs, restructurer son personnel,
[page 124]
!
- 104 -
réduire le ratio d'effectif par 1.000 branchements de près de 50 %, en
recruter et former un personnel local qualifié qui puisse un jour
reprendre l'administration, non seulement de la CAMEP renforcée, mais de
tout le secteur de l'eau. Les projections financières et
d'investissements utilisées dans le présent chapitre supposent une
amélioration de la performance financière et administrative.
9.23 Le renforcement du SNEP et des POCHEP requiert unerévision
radicale des politiques financière et institutionnelle vis-à-vis des
petites communautés, y compris l'introduction du recouvrement tout au
moins partiel des coûts. Bien qu'un tel changement ne semble guère
probable dans l'immédiat, il faut absolument l'encourager. Les POCHEP
considèrent en ce moment l'introduction de tarifs qui permettraient le
recouvrement des frais d'exploitation. Il convient également de diminuer
le les couts en réduisant le ratio effectifs-branchements, d'autant plus
que les systèmes de pesanteur appliqués presque partout par le SNEP
requièrent peu d'entretien. Le fait que les résultats financiers ne sont
pas satisfaisants n'est, toutefois, pas une raison pour différer des
investissements proposés qui sont indispensables au maintien des niveaux
présents des services dans les campagnes. Comme la capacité de mise en
oeuvre des projets est médiocre, les donateurs devront continuer à mettre
les projets en oeuvre eux-mêmes. Afin de préparer les investissements
supplémentaires à effectuer dans les années 90 le Gouvernement devra
toutefois solutioner d'ici quelques années le problème du recouvrement
(d'au moins les coûts de fonctionnement), de la gestion et de la capacité
d'exécution de projets. Sinon les objectifs de la DIEPA ne seront
toujours pas réalisés à la fin du siècle, et encore moins en 1990.
t
[page 125]
— 105 -
CHAPITRE X
ENSEIGNEMENT
Le secteur et ses projets
10.01 D'après les indicateurs de l'enseignement, Haïti est plus proche
d'un pays africain à faible revenu que de ses voisins des Caraïbes ou de
pays asiatiques à revenu faible, Le taux d'alphabétisation des adultes
est d'environ 35 %, ce qui s'explique par la faiblesse du taux
d'enrôêlement au niveau primaire (69 %) et par un système d'enseignement
fort peu efficace. Certes, l'enrôlement total de la population de 6 à
24 ans est passée de 22 % en 1971 à 38 % en 1982, la hausse la plus
spectaculaire (de 15 à 32 %) ayant été enregistrée dans les campagnes.
Environ 1 % de la population a suivi quelque enseignement supérieur, 9 Z
un enseignement secondaire et 26 % un enseignement primaire. Les trois
quarts des enrôlements sont dans l'enseignement primaire, dont environ
60 % dans des institutions privées.
10.02 En effet, une caractéristique frappante du système haïtien
d'enseignement est le rôle dominant qu'y joue le secteur privé, qui
comprend des écoles payantes ou dirigées par des ONG et religieuses. Le
secteur privé qui a absorbé l'accroissement de la demande d'enseignement :
79 % de l'augmentation de l'enrôlement primaire depuis l'AB 79, ainsi que
93% au niveau secondaire et la quasi-totalité au niveau des
établissements professionnels, techniques ou supérieurs. Il comprend en
ce moment les deux tiers des élèves de l'enseignement primaire et plus des
trois quarts du secondaire, du professionnel et du technique. Seul
l'enseignement supérieur fait exception, l'Université d'Etat d'Haïti (UEH)
étant publique.
Tableau X.1 : ROLE DU SECTEUR PRIVE DANS L'ENSEIGNEMENT, AB 84
(pourcentage)
Elèves
Niveau inscrits Etablissements Enseignants Enseignants /a
Primaire 58 69 67 34
Secondaire 85 92 86 Us.
Professionnel/technique 70 79 77 ..
Supérieur 21 .. .. .
Total 62 .. .. ..
Ja Instituteurs ayant fait au moins 10 ans d'études de base. :
Sources : Annexe statistique, Tableaux 10.3-10.7.
[page 126]
- 106 -
10.03 Le Ministère de l'éducation nationale (MEN) est chargé depuis
1978 de la politique nationale d'enseignement, ainsi que, à quelques
exceptions près, de toutes les dépenses publiques pour l'enseignement. La
principale exception est l'UEH, autonome depuis l'AB 86, qui est financée
directement sur le budget ordinaire général, sauf ies facultés d'agronomie
et de médecine vétérinaire qui ressortent du budget ordinaire du MARNDR,
et celles de médecine, pharmacie et dentisterie, qui ressortent du budget
du MSPP. En outre, le Ministère des affaires sociales dirige six centres
de formation professionnelle.
10.04 Le Département de planification du MEN, créé en 1970 avec
l'assistance technique de 1l'ACDI et de L'UNESCO, est chargé de
l'élaboration et du suivi des plans quinquennaux et annuels, de la
programmation et de l'évaluation de la réforme fondamentale de
l'enseignement qui est en cours (voir ci-après), de la coordination de
l'aide extérieure et de la compilation des statistiques. A l'origine,
c'était une unité relativement efficace, mais le pouvoir politique s'en
étant désintéressé les trois dernières années, ses fonctions ont été
limitées et la qualité de son travail s'est dégradée. La collecte des
statistiques est actuellement la seule tâche dont elle s'acquitte
efficacement; elle ne fait guère de travail valable en matière de
planification des dépenses, d'évaluation et de suivi.
10.05 Enseignement primaire. L'enrôlement dans l'enseignement
primaire s'est accéléré depuis le début des années 70, augmentant de 3,3 %
par an durant 1'AB 58-70, de 5,9 % durant l'AB 70-79 et de 8,2 % par la
suite, ces chiffres sont bien supérieurs à celui de la croissance
démographique de 1,8 % par an. Depuis 1979, la population scolaire des
établissements privés s'est accrue de 12 % par an, soit trois fois plus
vite que celle des écoles publiques (4 %); ces dernières sont concentrées
dans les agglomérations urbaines.
10.06 La structure de l'enseignement primaire est très complexe et
varie selon la localisation urbaine ou rurale, le caractère public ou
privé, ou le programme suivi traditionnel ou "réformé". Dans 70 % des
classes primaires, les programmes et les méthodes didactiques sont
toujours du type classique; l'enseignement y est de six ans précédés d'une
année préparatoire et est donné de bout-en-bout en français (la langue
officielle d'Haïti parlée par quelque 20 % seulement de la population).
Le système traditionnel se caractérise par le grand nombre d'élèves trop
âgés pour leur classe, les taux élevés de doublements de classes et
d'abondon, ainsi que par la qualité médiocre de l'enseignement. En
moyenne, il faut environ 12 à 13 ans pour qu'un élève obtienne son
certificat d'études primaires, vVairant d'environ huit ans dans les
meilleures écoles privées urbaines à quinze ans dans les écoles payantes
rurales. Ces chiffres donnent peut-être une image encore trop optimiste
de l'efficience interne du système primaire, car une proportion non
identifiée mais, quitte le système d'éducation pour s'y enrôler à nouveau
plus tard et tout recommencer, ce qui représente un coût de plus pour le
système.
1
[page 127]
- 107 -
10.07 Le système réformé, qui touche actuellement environ un tiers des
élèves du primaire, est introduit progressivement depuis 1982 et s'efforce
d'éviter les principaux inconvénients du système traditionnel. D'après
les intentions, il devrait s'étendre à toutes les écoles d'ici 1991. Il
se compose de deux cycles d'enseignement primaire (de #4 à 3 ans
respectivement), suivis d'un cycle d'enseignement secondaire de base. Dès
la fin du premier cycle primaire, l'élève devrait avoir acquis une
alphabétisation fonctionnelle. La restructuration du cycle s'accompagne
de nouveaux programmes; le créole que tout le monde connaît est la langue
d'instruction; les méthodes d'enseignement sont changées (par exemple, un
enseignant reste avec un groupe d'élèves pendant deux ans; l'étude se fait
par découverte plutôt que par mémorisation; les élèves sont groupés
suivant leur degré d'aptitude); les élèves sont automatiquement promus de
la lère année à la 2ème et de la 3ème à la 4ème année; le suivi et
l'inspection des écoles sont améliorés. Les écoles réformées sont
fortement concentrées dans le secteur public. La ventilation des écoles
réformées suivant leur localisation en milieu urbain et rural n'est pas
aisément déterminée.
10.08 En général, toutefois, la situation de l'enseignement primaire
est bien pire dans les campagnes qu'en milieu urbain. Les zones rurales,
avec environ 80 % de la population, ne comptent que 46 % des élèves du
primaire et, pis encore, seulement 41 % des instituteurs. Ce déséquilibre
est encore plus prononcé dans le secteur public, qui ne compte en milieu
rural que 4h % des élèves et 39 % des instituteurs. Ainsi donc, le taux
brut d'enrôlement rural est fort inférieur au taux urbain et le ratio
élèves/enseignant est relativement élevé, surtout dans les écoles
publiques où il est près de 60/1. Le nombre d'enseignants qualifiés est
insuffisant en général, mais tout particulièrement dans les campagnes :
seulement 28 % des instituteurs ruraux, et pas plus de 17 % de ceux
enseignant dans les écoles privées rurales -— ont au moins dix ans de
formation de base, contre 48 % pour l'ensemble du pays. Les diplômés
d'écoles normales primaires sont encore plus rares et ils travaillent
presque tous en milieu urbain.
10.09 La qualité des enseignants constitue donc un grave problème pour
l'enseignement primaire, surtout dans les écoles privées et rurales. Il
est même difficile d'amener des candidats à s'inscrire à une des dix
écoles normales et à poursuivre leur formation; les diplômés ont à peine
atteint 250 par an durant lLl'AB 82-84, soit la moitié de l'objectif
officiel. Les traitements sont trop faibles pour attirer des candidats
appropriés. Le traitement moyen des employés du MEN n'était que de
7.310 gourdes par an en l'AB 84, contre 14.250 gourdes en moyenne pour la
totalité des agents de l'Etat. Un instituteur dans une école privée gagne
en moyenne 315 gourdes par mois. Jusque tout récemment, le revenu moyen
mensuel d'un instituteur diplômé d'une école publique s'élevait à
500 gourdes. Ni les écoles publiques ni les écoles privées n'offrent
d'incitations pour aller enseigner dans les campagnes sous forme de
provision de logement, d'indemnités de frais ou autres. Afin de
consolider la réforme de l'enseignement de base, la Charte de
l'enseignant, promulguée en 1984, prévoit en principe des barèmes
[page 128]
Ü
- 108 -
salariaux et des perspectives de carrière pour tout le personnel de
l'enseignement public, basés sur les qualifications et l'expérience des
individus. Jusqu'à ce jour, elle n'a encore été appliquée qu'aux
instituteurs de l'enseignement primaire. Dans l'enseignement primaire, le
traitement des instituteurs diplômés ayant quatre ans d'expérience est
porté à 640 gourdes (à 840 gourdes après 20 ans) et celui des enseignants
non qualifiés est abaissé de 500 à 400 gourdes.
10.10 L'application de la Charte de l'enseignant a été toutefois
entravée depuis 1'AB 85 par le manque de ressources, les ambiguïtés de son
application et l'absence d'un système fiable d'administration du
personnel. Au lieu de servir comme un outils pour amélioration du
personnel enseignant la Charte semble plutôt être utilisée pour réduire au
minimum la charge salariale, maintenant que les ressources sont
extrêmement limitées. La rémunération moyenne des instituteurs n'a pas
été augmentée en 1'AB 86. Le personnel en place ne reçoit pas de
promotion (seuls 2.400 instituteurs ont reçu une augmentation et
600 identifiés comme éligibles ne l'ont pas reçue à cause de quelque
anomalie dans les dossiers); en outre, il semble que presque tous les
instituteurs nouvellement engagés ne sont pas qualifiés et ne reçoivent
donc que le minimum de 400 gourdes par mois.
10.11 Enseignement secondaire, La croissance des enrôlements dans
l'eneignement secondaire est encore plus forte que dans le primaire, bien
qu'elle est partie d'une base plus faible; en effet, elle est de l'ordre
de 11 % par an depuis l'AB 79, le taux des écoles privées (12 %) dépasse
ici également celui des écoles publiques (5 Z) et sur 316 établissements
26 seulement sont publics. Le cycle de 7 ans du secondaire est
sous-divisé en un cycle inférieur de 4 ans et un cycle supérieur de
3 ans. 11 faut environ 5,5 années/élève pour produire un diplômé du cycle
inférieur et presque 9 années pour le cycle supérieur. Le ratio
élèves/professeur par classe tend à être plus élevé encore que dans le
primaire. La qualité des professeurs est également un problème sérieux :
43 % seulement des professeurs du secondaire de l'enseignement privé et,
pis encore, 18 % du public sont diplômés d'un institut de formation
professorale ou d'une université. Les traitements relativement bas en
sont ici aussi une cause fondamentale. La plupart des écoles secondaires
sont situées dans les agglomérations urbaines, presque toutes dans
l'agglomération de Port-au-Prince. La majorité des Haïtiens n'ont pas les
moyens de payer pour l'enseignement secondaire, même pas dans les quelques
écoles publiques.
10.12 Enseignement _ professionnel __et technique. Vu le manque
d'information centralisée et l'absence de collecte systématique de
données, il est fort difficile de se faire une idée d'ensemble de
l'enseignement professionnel et technique. 11 existe environ
500 établissements de ce genre, dont 20 publics, situés en grande majorité
dans l'agglomération de Port-au-Prince. Quelque 80 % de ces
établissements privés que publics consistent, en écoles ménagères pour
filles; ces écoles représentent les deux tiers du total des élèves. La
croissance du système privé n'y a pas été aussi rapide que dans
l'enseignement secondaire, en raison des investissements nécessaires.
b
[page 129]
- 109 -
Pas mal de formation sur le tas est offerte dans l'industrie et
l'industrie d'assemblage ne requiert que relativement peu de personnel
formé, sauf pour quelques spécialités comme la mécanique. Jusqu'à présent
l'enseignement professionnel et technique en agriculture n'a suscité que
peu d'intérêt; par contre l'accent a été mis sur l'enseignement
universitaire, au détriment de la formation agricole au niveau moyen et
inférieur.
10.13 Les principaux problèmes en matière d'enseignement professionnel
et technique, généralement interdépendant, sont d'ordre structurel, de
coordination et de normalisation des programmes, de qualité de la
formation, d'adaptation aux besoins en personnel et de pratiques
financières. Pris ensemble, ils résultent en un système peu efficient et
de qualité médiocre qui ne réponde pas aux besoins du marché du travail,
et qui est relativement coûteux.
10.14 Enseignement __supérieur. Les 4.500 étudiants de l'Université
d'Etat d'Haïti représentent 80 % de l'enrôlement dans l'enseignement
supérieur. Les institutions privées représentent une composante
relativement nouvelle, quoiqu'en augmentation rapide. Environ 90 % des
diplômés de l'enseignement secondaire commencent des études supérieures,
environ 60 % en Haïti et le reste à l'étranger. L'inscription à l'UEH est
gratuite, mais l'entrée est limitée par le nombre de places disponibles.
Plus d'un tiers des étudiants est inscrit aux facultés de droit et de
sciences économiques, d'ethnologie et de sciences humaines, qui ne
semblent pas efficace : 2 % seulement des inscrits obtiennent leur diplôme
de fin d'études. Les facultés de médecine et pharmacie, de dentisterie,
des sciences, d'agronomie et médecine vétérinaire sont plus efficaces,
avec environ 80 % des inscrits obtenant un diplôme. L'accès aux
institutions privées est limité par la capacité financière des étudiants.
L'émigration de Haïtiens ayant reçus une bomme formation réduit le taux de
rendement des ressources publiques affectées à l'enseignement supérieur.
10.15 Objectifs du Gouvernement. Le Gouvernement a deux objectifs à
long terme pour l'enseignement :
a) l'alphabétisation universelle d'ici l'an 2000; et
b) la consolidation de la réforme de l'enseignement de base, y
compris l'application intégrale de la Charte de l'enseignant.
Il à en outre deux objectifs précis à court terme :
a) un enrôlement brut de 83 % au niveau du primaire pour l'AB 86; et
b} l'application intégrale de la réforme de l'enseignement de base
d'ici AB 82.
10.16 L'objectif d'enrôlement de 83 % au niveau du primaire est déjà
atteint, grâce à la croissance rapide des enrôlements dans l'enseignement
privé.
[page 130]
L
- 110 -
10.17 L'introduction de la réforme progresse de façon satisfaisante,
mais des retards ont été accumulés, si bien qu'elle ne pourra être achevée
avant 1'AB 93, soit un an plus tard que prévu. Les divergences de vue
parmi les experts quant à l'utilisation du créole dans le second cycle du
primaire a ralenti l'élaboration des nouveaux programmes et manuels. Les
résultats en matière de lecture et d'écriture en créole sont décevants,
avant tout parce que les instituteurs autant que les élèves ont dû
apprendre à lire et à écrire ce qui avait été jusqu'alors une langue
uniquement parlée; y a également contribué la politique selon laquelle les
parents doivent uniquement supporter le coût des nouveaux manuels et des
autres matériaux pédagogiques - avec le résultat que, par exemple, un
quart seulement des enfants des campagnes ont les nouveaux livres. En
outre, l'usage du créole s'est heurté à une vigoureuse résistance de la
part de puissants groupes urbains qui l'interprètent comme le rejet du
français, estimé indispensable à la réussite dans une carrière. En
réalité, l'enseignement du français comme seconde langue après le premier
cycle semble être faite de façon très efficace, aussi la résistance
s'affaiblit-elle à mesure que l'impact de la réforme sur le niveau de
connaissance des élèves devient plus évident.
10.18 Jusqu'à présent, il s'est révélé impossible de grouper les
élèves suivant leur degré d'aptitude. Certains problèmes logistiques ont
retardé le passage automatique à une classe suivante : de nouveaux
conseillers, nommés spécifiquement pour introduire la réforme, ont été
intégrés au corps des inspecteurs, mais celui-ci est encore trop réduit et
dispose de trop peu d'appui logistique pour pouvoir fonctionner
efficacement. Les contraintes financières du secteur public ont entravé
l'application de la Charte de l'enseignant, le recrutement d'instituteurs
qualifiés et le perfectionnement des non qualifiés. Le MEN essaie
d'introduire la réforme dans les écoles privées grâce à une combinaison de
pressions de la part des parents, d'incitations précises, de formation
d'enseignants, de matériels didactiques et bourses d'étude. Depuis
l'AB 85, les écoles privées, bénéficiant du programme de repas scolaires
sont tenues d'adopter la réforme. Le MEN se propose également de
réintroduire les examens nationaux pour ceux qui quittent l'école après la
septième année.
Dépenses effectuées dans le passé
10.19 Les dépenses totales pour l'enseignement public et privé, tant
de fonctionnement que d'investissement, pour Ll'AB 83 (la dernière année
pour laquelle des données détaillées sont disponibles) se sont élevées à
500 millions de gourdes, soit plus de 6 % du PIB. Environ 20 % de ce
montant a été couvert par le Trésor, 30 % provenant de l'aide externe et
d'oeuvres charitables nationales et étrangères (aide officielle de
donateurs et contributions d' ONG, - religieux ou autres) et 50 %
provenaient des parents. De la contribution de ces derniers, 55 % était à
l'enseignement primaire et 41 % au secondaire. Les dépenses publiques
globales, tant de fonctionnement que d'équipement pour l'enseignement,
représentaient environ 120 miilions de gourdes, soit 9 % des dépenses
publiques totales ou environ 1,5 % du PIB. Ceci est considérablement en
..
[page 131]
- 111 -
deça des 2,8 % constatés en Afrique au sud du Sahara. Toutefois, si l'on
tient compte de l'apport du secteur privé, les dépenses totales
d'enseignement sont fort probablement plus élevées en Haïti qu'en Afrique.
10.20 Suivant le niveau et le type d'établissement, la contribution
familiale varie de 12 à 100 % du coût. Par définition, elle s'établit à
100 % pour les écoles privées à but lucratif. Dans le secteur public,
elle représente en moyenne 25 % au niveau du primaire, environ 34 % dans
le secondaire, 3 % dans les écoles professionnelles et techniques et 5 4 à
l'UEH. À 12 %, les écoles rurales dirigées par des ONG requièrent, la
plus petite contribution familiale. La contribution des familles consiste
en droits d'inscription, livres et autres fournitures, uniformes et, sauf
pour les écoles primaires, transport. Les droits d'inscription varient de
12,5 gourdes par an dans les écoles publiques à 900 gourdes dans des
établissements urbains de haute qualité. Cependant, les parents qui
essaient d'inscrire leurs enfants dans des écoles publiques doivent
parfois payer plus que le droit normal. Les livres et fournitures pour
l'école primaire coûtent en moyenne 50 gourdes par an. I1 s'y ajoute
50 gourdes pour les uniformes. La contribution familiale augmente à
mesure que les enfants montent de classe, au point qu'en troisième année
elle représente le triple de ce qu'elle était en première; ceci explique
pourquoi les enfants pauvres quittent l'école dans les calsses supérieures.
10.21 Les contributions familiales constituent une lourde charge pour
le revenu disponible des ménages. Il est d'ailleurs très impressionnant
que les parents haïtiens soient disposés à payer pour l'instruction de
leurs enfants. Etre disposé à payer est, toutefois, différents de pouvoir
payer. Les ménages pauvres, tant en milieu rural qu'urbain, disposent
d'un revenu inférieur à 2.500 gourdes, et qui repréentent les deux tiers
de la population, sont donc à peine en mesure de supporter le coût
d'inscription dans les écoles privées dirigées par des ONG, bien que
ceux-ci ne prélèvent souvent que des droits d'inscription très modestes.
Dans tout enseignement au-delà du primaire, le niveau des contributions
familiales les met hors de la portée de la masse de la population.
10.22 L'essentiel des dépenses publiques est financé par les recettes
générales et l'aide extérieure. La récupération des coûts est très limité
et très inefficace; par exemple, une taxe de 1 % sur les salaires à charge
de l'employeur, est censée servir à l'enseignement professionnel êet
technique; il y a aussi les droits d'inscriptions perçus par les écoles
publiques mais qui ne semblent pas figurer aux recettes générales de
l'Etat. ‘
10.23 Les dépenses publiques ordinaires ont augmenté en termes réels
d'environ 4 % par an depuis 1'AB 79, soit à peu près au même rythme que
l'enrôlement dans les établissements publics. On peut voir au Tableau X,2
que 62 % des dépenses publiques ordinaires vont à l'enseignement
primaire. De ces dépenses, près de 90 % sont consacrées aux frais de
personnel, dont environ 10 % est estimé être versé à des employés
"fantômes" inexistants, y compris parmi le personnel auxiliaire, les
administrateurs et les enseignants, 11 ne reste donc qu'environ 10 % du
[page 132]
- 112 -
montant total inscrit au budget ordinaire pour couvrir les frais de
fonctionnement autres que les salaires. Un tiers de ces 10 % est destiné
à l'administration centrale et au programme d'alphabétisation des adultes;
des 7 % restants un tiers sert à couvrir les frais de location d'immeubles
et d'autres transferts au secteur privé. Ceci laisse moins de 5 millions
de gourdes pour couvrir les matériels à tous les niveaux du système public
d'enseignement, soit environ 12 gourdes par élève. Les effets de ce
sous-financement ne sont que trop visibles dans toutes les institutions
publiques d'enseignement : entretien äinadéquat ou nul des bâtiments
scolaires, inspecteurs scolaires ruraux sans moyens de transport et donc
inefficaces, etc. Les besoins matériels de base, tels que livres et
fournitures, sont en fait couverts par les contributions des parents ou
des donateurs étrangers (et, dans ce dernier cas, cachées dans le budget
d'investissement).
10.24 Quelque (90 % des dépenses publiques ordinaires d'enseignement
figurent au budget du MEN. Ce dernier a exédé son budget de
fonctionnement de 4,2 millions de gourdes en AB 85, essentiellement en
appliquant la Charte de l'enseignant sans avoir pris les mesures
nécessaires pour en assurer le financement. Ce dépassement s'est en fait
chiffré à 5,5 millions de gourdes pour l'enseignement primaire, soit un
peu plus du double du crédit supplémentaire de 2,6 millions de gourdes
prévu pour l'application de la Charte. Des économies importantes ont été
réalisées toutefois sur les dépenses de fonctionnement non salariales, qui
sont restées de 10 % en-dessous du budget. On en revenait ainsi à une
vieille habitude : les dépenses excessives de salaires ont eu un effet
négatif sur le financement des autres dépenses de fonctionnement avec des
conséquences souvent désastreuses pour l'efficacité du système public
d'enseignement.
Tableau X.2 : DEPENSES PUBLIQUES ORDINAIRES DE
L'ENSEIGNEMENT PAR NIVEAU, AB 85
(pourcentage)
Répartition Part du personnel
Administration centrale 6 68
Primaire /a 69 94
Secondaire 10 96
Professionnel/technique 9 "81
Supérieur (UEH) 13 90
Alphabétisation des adultes 5 92
Total 100 89
Dépenses (millions de gourdes) 106 95
Ja Y compris la formation des instituteurs et l'inspection.
LA
Source : Annexe statistique, Tableau 10.11.
[page 133]
- 113 -
10.25 Les dépenses publiques d'investissement ont été financées à
raison de 80 % par l'aide externe. Le principal donateur est l'IDA, qui a
finéncé plus de la moitié du budget d'investissement. Les autres
donateurs furent Ll'ACDI, le FAC, le PNUD, l'UNESCO et d'autres organismes
de L'ONU.
10.26 L'investissement public a fléchi constamment en valeur réelle
depuis AB 79. Durant les AB 82-89, le plan global prévoyait des dépenses
de 290 millions de gourdes, mais les budgets ne s'élevaient qu'à
168 millions (58 Z) et les dépenses réelles furent seulement de
105 millions (36 %). Plus grave encore, plus de 37 % des dépenses
d'investissement n'étaient en fait que des dépenses ordinaires inscrites
sous deux lignes budgétaires : le Programme de renforcement institutionnel
et le Programme hors-plan. Ce dernier en particulier était utilisé pour
transférer des crédits ordinaires à l'UEH. Le sous-financement chronique
du budget ordinaire résulte en l'utilisation de la partie du budget .
d'investissement financée par le Trésor pour couvrir des dépenses
ordinaires; ceci a réduit la contrepartie de l'aide extérieure disponible
pour les investissements réels. En conséquence, l'investissement physique
n'a reçu que 57 % du montant total.
10.27 Le sous-financement de l'investissement et l'allocation erronée
des crédits defonctionnement tout à la base du recul continuel de
l'enseignement public par rapport au privé. Très peu d'investissements
réels sont achevés : en AB 82-83 seulement 377 salles de classe ont été
construites dans le réseau primaire alors que l'objectif était de 1.000;
aucune des 400 salles de classes du réseau primaire qui devaient recevoir
des équipements n'en a reçu; les 200 logements qui devaient être
construits pour des instituteurs du réseau primaire ne l'ont pas été; les
constructions prévues pour l'enseignement professionnel et technique n'ont
pas été exécutées. Le sous-financement du budget d'investissement est
lui-même causé par le sous-financement du budget ordinaire.
Programme de dépenses et plan de financement, AB 86-89
10.87 I1 n'existe pas de programme de dépenses publiques comme tel
pour les prochaines années. On peut, toutefois, avoir une image globale
de la situation en examinant les objectifs du Gouvernement pour
l'enseignement, les budgets ordinaires et d'investissement pour l'AB 86,
les intentions de l'administration en matière de nouveaux projets et les
projets à financer par des donateurs qui sont en préparation.
10.29 Le budget ordinaire du MEN pour l'AB 86 représente une
augmentation de 4,8 % en termes nominaux par rapport aux dépenses de
l'AB 85, ce qui ne représente pas d'augmentations en termes réels. Les
traitements doivent augmenter de 4 % au total et de 5% dans
l'enseignement primaire, tant pour les instituteurs que pour le personnel
auxiliaire. L'augmentation moyenne pour les instituteurs du primaire sera
toutefois inférieure à l'augmentation accordée aux professeurs du
secondaire ou aux cadres administratifs. Ceci confirme que la Charte de
l'enseignant n'est pas utilisée pour améliorer la qualité des instituteurs
du primaire, et que tout nouveau recrutement concerne du personnel non
qualifié et donc moins bien payé.
[page 134]
- 114 -
10.30 Sous un aspect important, toutefois, le budget pour l'AB 86
représente un net progrès. Comme tous les ministères, le MEN était
affligé d'une pléthore de personnel improductif et parfois même ‘fantôme,
spécialement dans l'administration centrale et parmi le personnel
auxiliaire. Ce dernier a été réduit de 30 % dans le budget de 1l'AB 86,
tandis que les effectifs totaux n'augmentaient que de 7 %. Il semble y
avoir eu un réel effort pour élaguer les effectifs et utiliser la
réduction des services auxiliaires pour augmenter les cadres enseignants
mais surtout les cadres administratifs. En outre, les dépenses de
personnel non salariales (indemnités et frais de représentation} ont été
amputées de plus d'un tiers et le budget des services de personnel
extérieur a été pratiquement supprimé.
10.31 Le budget d'investissement pour 1'AB 86 poursuit la tendance des
dépenses de l'AB 85 (Tableau X.3). On constate que se poursuit le
démantèlement du Programme de soutien institutionnel, qui est maintenant
repris en partie au budget ordinaire, et que l'accent est mis davantage
sur la construction et l'équipement au travers d'un plus petit nombre de
projets. En revanche, les conséquences des coupes arbitraires dans les
fonds locaux de contrepartie sur les décaissements d'aide externe ne
semblent toujours pas être perçus. Les réductions des montants budgétisés
impliquaient qu'une diminution de 64 % des dépenses du Trésor (de 12 à
5 millions de gourdes) n'entraînerait qu'une diminution de 34 % des
décaissements de l'aide externe (de 62 à 41 millions de gourdes); or, cela
n'est pas réaliste.
Tableau X.3 : INVESTISSEMENT DANS L'ENSEIGNEMENT PUBLIC ET
SON FINANCEMENT, AB 86-91
(millions de gourdes aux prix courants)
AB 86 AB 87-91
Emplois 22 264
MEN 57 193
Primaire et secondaire 46 144
Professionnel et technique 7 30
Non structuré 4h 19
Ressources 15 70 |
UEH 10 41
Divers 5 29
Sources 72 264
Trésor . 9 18
Aide extérieure 63 246
Sources : Annexe statistique, Tableaux 10.17 et}10.18. L
[page 135]
- 115 -
10.32 Le Tableau X.3 indique également des investissements probables
durant AB 87-91, la période du prochain plan quinquennal. Environ
264 millions de gourdes doivent être investis par le secteur public, dont
93 % à financer par l'aide externe. En outre, des donateurs étrangers ont
l'intention de financer 86 % de l'investissement identifié du secteur
privé, qui est de l'ordre de 81 millions de gourdes. L'essentiel de cette
aide sera fournie par l'USAID à l'enseignement primaire et secondaire
privés. L'USAID et la BID, de concert avec l'IDA, procureraient plus de
70 % de l'aide au MEN et plus de 60 % de celle à l'ensemble du secteur.
Les trois projets se concentreraient sur l'enseignement de base,
particulièrement l'enseignement primaire. Le programme pour les AB 87-91
représente une réorientation fondamentale portant moins d'attention aux
constructions et aux fournitures matérielles, et plus d'attention aux
activités de support qui requièrent relativement peu de financement de
contrepartie locale (assistance technique, formation, soutien logistique
et institutionnel, etc.). De cette façon, le montant total des fonds du
Trésor requis pour toute la période de cinq ans équivaudrait au double de
celui inscrit au budget pour la seule AB 86.
10.33 Le projet financé par l'USAID (sous forme de contrat-programme)
fournira, à certaines écoles en milieu rural et dans les zones urbaines
déprimées, un ensemble de matériels pédagogiques et de fournitures durant
une période continue de 4 à 5 années. Le projet de la BID financera la
construction d'écoles primaires publiques, la fourniture gratuite de
manuels pour les quatre premières années d'étude des écoles réformées,
publiques et privées, l'agrandissement des écoles normales pour la
formation d'instituteurs et enfin, la formation en cours d'emploi des
instituteurs du premier cycle primaire. L'IDA aidera les autorités à
consclider la réforme, à financer en partie l'explication de la Charte de
l'enseignant et à fournir du soutien logistique au corps des inspecteurs.
L'ACDI et le FAC continueront vraisemblablement à être très actifs dans ce
secteur; la première se concentrant sur l'enseignement supérieur et sur
l'enseignement professionnel et technique, et la seconde consacrant 50 %
de sa contribution à l'enseignement de base et 25 % respectivement à
l'enseignement supérieur et à l'enseignement professionnel et technique.
Recommandations
10.34 En raison du rôle prédominant que joue le secteur privé, il
convient de considérer les dépenses publiques dans le contexte global du
secteur de l'enseignement. A tous les niveaux, le système d'enseignement
se caractérise par la qualité médiocre de l'instruction et par son
inefficience; celles-ci résultent du délabrement des locaux, du manque
d'enseignants qualifiés et du faible prestige de la profession, du
caractère désuet des programmes et des méthodes pédagogiques et du manque
de matériel nécessaire. Ce nonobstant, l'analyse - sur base d'un modèle
informatique développé pour estimer les dépenses ordinaires de
l'enseignement primaire - montre que les objectifs, particulièrement
d'achever la réforme et de réaliser un enrôlement scolaire de 100 % (à
défaut d'une alphabétisation universelle) d'ici l'an 2000, peuvent être
atteints, à condition que certaines modifications importantes des
politiques soient introduites.
[page 136]
- 116 -
10.35 Les principales modifications nécessaires sont les suivantes :
a) un ralentissement, par rapport au passé récent, de l'expansion
des réseaux public et privé d'enseignement;
b) le recouvrement des coûts par l'Université d'Etat et par les
écoles professionnelles et techniques;
c) des améliorations de l'efficience et de la qualité dans
l'ensemble du système, particulièrement dans le secteur public;
d) la réduction des contributions familiales pour l'enseignement
primaire, tant public que privé:
e) une majoration du budget ordinairede l'enseignement, avec une
concentration sur le réseau primaire; et
f) un budget d'investissement qui tient compte de la capacité
d'absorption du secteur, surtout dans le primaire.
10.36 Ralentissement de l'expansion. L'alphabétisation universelle,
objectif du Gouvernement, peut être atteinte à terme si, d'ici l'an 2000,
tous les enfants de 6 ans ont accès à l'enseignement de base. Cela
n'exigerait qu'une augmentation relativement modeste de 3 % par an des
enrôlements en première classe du cycle primaire; le chiffre est très
inférieur à la moyenne de 10 % enregistrée durant 1l'AB 78-82, Le même
taux de 3 % pourrait être appliqué à la fois aux deux réseaux, le public
et le privé, car on s'attend en tout cas à un ralentissement de
l'expansion du réseau privé. Beaucoup de familles consacrent déjà à
l'enseignement le maximum dont elles sont capables; il est peu probable
que les ONG pourront disposer de plus amples sources extérieures; et,
enfin, les améliorations indispensables de la qualité ne peuvent que se
traduire par des coûts accrus. Le secteur public devrait donc
nécessairement créer de nouvelles places pour les élèves si les autorités
veulent atteindre l'objectif d'un accès universel à l'enseignement de
base. Le coût de cette expansion de l'enseignement public semble
supportable.
10.37 Le Gouvernement devrait revoir sa politique en matière de
recrutement, qualifications et rémunération des enseignants. Avec les
barèmes présents, fixés par la Charte de l'enseignant, les écoles normales
pleinement subventionnées ne sont pas capables d'attirer des étudiants
qualifiés et les diplômés quittent la profession aussitôt que possible.
Certes, un relèvement des barèmes de rémunération pourrait attirer de
meilleurs éléments vers la profession, et le subventionnement des écoles
normales pourrait être supprimé, mais il pourrait être préférable de
réévaluer le niveau de qualification requis pour les instituteurs des
années 1-4. En abaissant les normes, on pourrait éviter de devoir
subventionner la formation avant la prise de service et les barèmes
actuels pourraient suffir à retenir les enseignants dans la profession.
3
[page 137]
- 117 -
10.38 Il ne faudrait augmenter ni l'enrôlement ni les installations
dans l'enseignement public secondaire, professionnel et technique jusqu'à
l'AB 89. Par contre, il est indispensable d'améliorer la qualité et
l'efficience de ces secteurs, y compris une augmentation des rémunérations
des enseignants et des crédits de fonctionnement non salariaux. S'il se
produit une expansion, elle ne pourra pas être financée par le budget et
devra être entièrement couverte par des droits d'inscriptions de ce fait
l'expansion du secondaire se limiterait donc au seul enseignement privé.
Le taux élevé d'émigration et la modicité de la demande actuelle de
main-d'oeuvre qualifiée font que le rendement social de ces institutions
d'enseignement est fort limité. Cela ne signifie pas que la formation à
certaines qualifications ne soit désirée, mais IL est imortant
d'entreprendre une étude approfondie de l'enseignement professionnel et
technique afin d'identifier ces besoins. En outre, l'Etat pourrait
souhaiter se dessaisir de tout ou partie des écoles professionnelles ou
techniques, sauf probablement de celles qui assurent une formation
agricole. D'ici les années 90, une certaine expansion de l'enseignement
secondaire sera sans doute nécessaire s'il y aura une croissance
économique soutenue et afin d'absorber ceux qui auront terminé leurs
classes primaires.
10.39 L'UEH ne doit pas croître. I1 y a en effet d'excellentes
raisons pour fermer les facultés inefficientes qui ne contribuent pas au
développement national ou pour s'en dessaisir en faveur du secteur privé.
La Faculté de médecine pourrait réduire de moitié le nombre d'étudiants,
La Faculté d'agronomie et de sciences vétérinaires devraient se concentrer
sur la formation au niveau secondaire dans les instituts agronomiques,
qu'elles gèrent, plutôt que sur l'enseignement supérieur.
10.39 Recouvrement des coûts à l'UEH. L'UEH compte 0,5 % de
l'ensemble de la population scolaire mais absorbe 13 % du budget
ordinaire. Il faudrait introduire dans toutes les facultés un certain
recouvrement des coûts par le biais des droits d'inscription. Les
étudiants nécessiteux qui s'inscrivent dans les facultés qui contribuent
au développement pourraient être assistés par des bourses d'étude.
L'adoption d'un recouvrement complet des coûts -- avec certaines
provisions pour bourses d'étude et un certain financement renouvelable
pour la Faculté d'agronomie et de science vétérinaire, sous réserve de son
utilisation en faveur des instituts agronomiques secondaires ——
permettrait de réduire le budget de fonctionnement de l'Université de 12 à
5 millions de gourdes aux prix de l'AB 86, à financer par le budget
autonome de l'UEH (20 Z), le MARNDR (40 %) et le MSPP (40 %). Le
recouvrement des coûts pourrait également être adopté dans les
établissements de formation professionnelle et technique.
10.40 L'amélioration _ de la _ qualité et __de l'efficience dans
l'enseignement serait facilitée si :
a) il est fait en sorte que chaque classe ait un enseignant, même
non qualifié et que celui-ci ait reçu une formation et
orientation; que les enseignants qui ne donnent pas de cours
soient transférer à d'autres postes, de sorte que tous les
[page 138]
: — 118 -
postes d'enseignants soient effectivement occupés (ceci serait
facile à réaliser par à la mise sur ordinateur de tous les
dossiers relatifs aux traitements et au personnel);
b) tous les diplômés des écoles normales existantes sont recrutés
par le secteur public, ce qui réduirait au minimum le
recrutement d'instituteurs non qualifiés;
c) les qualifications exigées des instituteurs sont révisées avant
d'agrandir la capacité des écoles normales; il n'y aura
probablement pas lieu de procéder à ces agrandissements, mais
une des écoles normales existantes doit être sérieusement
rénovée ;
d) la qualité de 350 instituteurs non qualifiés des écoles
publiques est améliorée chaque année d'ici l'AB 91 grâce à une
formation en cours d'emploi;
e) le nombre moyen des élèves est réduit graduellement de 52 à 45
par classe d'ici à 1'AB 96 dans les écoles primaires publiques
en milieu rural;
f) un usage croissant est fait, dans les écoles primaires urbaines,
de l'enseignement à double vacation, chaque groupe d'élèves
ayant son propre instituteur;
g) la Charte de l'enseignant est appliquée intégralement;
h) une prime financière est accordée aux instituteurs expérimentés
qui, par manque de qulaification formelle, n'ont pas droit à une
augmentation aux termes de la Charte, mais remplissent d'une
façon satisfaisante leur tâche d'enseignants dans le primaire
réformé;
i) une prime est accordée aux instituteurs travaillant dans des
zones rurales écartées;
3) les manuels et livres du maître sont distribués gratuitement ou
à des prix subventionnés aux élèves et aux instituteurs du
premier cycle primaire dans les établissements réformés tant
privés que publics;
k) les crédits de fonctionnement non salariaux sont augmentés;
1) un corps d'inspecteurs renforcé dispose de crédits de
fonctionnement non salariaux adéquats leur permettant
d'inspecter toutes les écoles, spécialement les écoles privées
en milieu rural; et
[page 139]
- 119 -
m) un programme d'examens nationaux est institué au plus tôt de
façon à pouvoir vérifier l'amélioration de la qualité et à
indiquer les parents quelles écoles privées sont plus
efficientes.
10.41 Réduction de _la contribution familiale à l'enseignement
primaire. Il ne faut pas modifier le montant des droits perçus dans les
établissements primaires publics. La charge financière serait, toutefois,
allégée si les manuels sont distribués gratuitement dans le primaire,
comme nous l'avons proposé. Il en serait de même, le cas échéant, si
l'imposition d'uniforme était abandonnée.
10.42 Augmentation du budget ordinaire. Les mesures d'efficience et
de recouvrement des coûts préconisées ci-dessus ne suffiront toujours pas
à recouvrir les dépenses nécessaires pour assurer l'accès à l'enseignement
de base à tous les enfants d'ici l'an 2000. Il faudra en plus augmenter .
le budget de fonctionnement (Tableau X.4). Jusqu'en 1'AB 96, il faudra
une augmentation annuelle moyenne de 5,6 %, fortement concentrée,
toutefois, dans les années 905 le budget de fonctionnement ne
s'accroîtrait que de 2,8 % jusqu'en l'AB 89. La part de l'enseignement
primaire dans le total passerait de 69 % en L'AB 86 à 75 % en l'AB 89. La
part des dépenses de personnel dans le total du budget de fonctionnement
du primaire fléchirait de 87 % à 69 % d'ici l'AB 96, à mesure que le
budget fournit des crédits de fonctionnement plus adéquats, mais elles ne
reculeérait qu'à 85 % d'ici l'AB 89. Ceci n'est pas nécessairement
souhaitable, mais inévitable si l'on veut que les traitements des
enseignants soient augmentés. Il serait possible d'augmenter la part des
crédits de fonctionnement non salariaux plus rapidement si les donateurs
étaient disposés à financer ces autres dépenses de fonctionnement dans les
prochaines années.
Tableau X.4 : DEPENSES ORDINAIRES RECOMMANDEES POUR L'ENSEIGNEMENT
AB 86-96
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
ANNEE MEN UEH Total
BUDGETAIRE Primaire (% personnel) Autres Total
AB 86 79 (87 2) 24 102 12 115
AB 87 86 (87 4) 24 110 9 119
AB 88 88 (88 4) 26 114 S 119
AB 89 94 (85 2) 26 120 5 125
AB 90 159 (69 7) 35 194 5 199
Source : Annexe statistique, Tableau 10.20.
[page 140]
- 120 -
10.43 Environ 30 % du montant supplémentaire inscrit aux budgets
ordinaires pour l'AB 86-96 seraient consacrés à des dépenses ordinaires
portées actuellement au budget d'investissement, telles que bourses
d'étude, formation des enseignants en cours d'emploi, transport des
inspecteurs et acquisition de manuels. A part les bourses d'étude, tout
cela est financé par des donateurs externes. L'un d'eux, l'IDA,
financerait aussi durant AB 86-91 environ 14 % du supplément de traitement
des enseignants, résultant de l'application de la Charte. Le financement
extérieur ne s'élève qu'à environ 6 millions de gourdes par an durant
l'AB 86-89. Sur le total de ces dépenses de fonctionnement
supplémentaires pour les AB 86-96, environ 30 % iraient aux rémunérations
des instituteurs et directeurs des écoles primaires, 20 % à l'acquisition
de manuels et livres du maître, 20 % aux frais d'entretien et 10 % à la
formation des enseignants en cours d'emploi.
10.44 Le sous-secteur de la formation professionnelle et technique.
devrait faire l'objet d'un examen plus approfondi, qui porterait entre
autres, sur le recouvrement des coûts. Même sans un tel examen, il est
évident qu'une expansion de l'enseignement technique agricole public
s'impose et que l'utilisation de deniers publics pour des cours ménagers
est discutable.
10.45 Les dépenses d'investissement doivent être ramenées à un niveau
susceptible d'être soutenu sur le plan pratique, tout en permettant la
réalisation des objectifs assignés au secteur. Cela serait possible avec
le système de double vacation proposé, permettant une meilleure
utilisation des salles de classe primaires dans les villes. Les dépenses
s'élèveraient à environ 125 millions de gourdes durant 1l'AB 87-89, dont
97 % seraient financés sur les engagements existants des donateurs soit,
sur une base annuelle, moins de 60 % du montant prévu au programme de la
seule AB 86 (Tableaux X.5). La construction absorberait 44 millions de
gourdes et les programmes de support environ 81 millions. La composante
en devises n'a pas encore été déterminée, mais elle représenterait
beaucoup moins que les 93 % du programme pour AB 86-89 à financer par des
donateurs.
[page 141]
- 121 -
Tableau X.5 : PROGRAMME RECOMMANDE D'INVESTISSEMENT DANS
L'ENSEIGNEMENT, AB 86-89
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-91 AB 86-89
Budget Recommandé
Emplois 72 125 197
MEN 57 98 155
Primaire et secondaire 46 78 124
Professionnel et technique 7 20 27
Non structuré k _ &
Supérieur 15 27 42
UEH 10 27 37
Autres 5 - 5
Ressources 72 125 197
Trésor 9 & 13
Aide externe engagée 63 121 184
Sources : Tableau X.4; Annexe statistique, Tableaux 10.22.
10.46 Dans la liste de projets probables établie par l'administration
figurent deux projets qui ne devraient pas être poursuivis. Il n'est pas
nécessaire de construire une nouvelle école normale, car un bâtiment
approprié a identifié. Le support financier accordé par l'Etat à
l'Institut Roi Henri Christophe, institution privée d'enseignement
supérieur, doit être examiné dans le contexte d'une politique possible de
subventions à certaines institutions privées, au lieu et place de
l'extension d'établissement publics. Il convient, toutefois, de formuler
préalablement 1a politique à cet égard.
10.47 Afin d'éviter des doubles emplois et des contradictions entre
les politiques des différents des donateurs et celle du secteur, le
Gouvernement pourrait envisager de modifier considérablement le projet
financé par la BID. Il n'est pas nécessaire de créer de nouvelles écoles
normales d'instituteurs tant que la capacité des écoles existantes n'est
pas pleinement utilisée et que la question des qualifications des
enseignants n'est pas résolue; cette composante du projet pourrait être
différée jusqu'aux années 90. Les fonds libérés de cette façon pourraient
faire l'objet d'une réallocation et être consacrés : 1} à la remise en
état et la construction d'écoles primaires rurales, au-delà des
300 financées sous des projets existants de l'IDA et de la BID; 2) à la
reconstruction éventuelle de l'école normale de Damien qui est dans un
état lamentable. Les projections, basées sur un modèle d'ordinateur
[page 142]
- 122 -
sous-estiment probablement, le nombre des nouvelles écoles primaires
nécessaires en milieu rural; en effet ces projections supposent que
beaucoup d'enfants des campagnes continueront à faire des trajets de
plusieurs heures pour se rendre à l'école en ville. En outre, environ
20 % des écoles primaires existantes sont en mauvais état et ont besoin de
rénovation. Il convient également d'apporter certaines modifications
mineures aux projets de 1'IDA pour éviter des doubles emplois; c'est ainsi
que l'IDA pourrait majorer la composante réorganisation de la gestion et
omettre la formation des instituteurs des années 1-4, présentement
financée par la BID.
10.48 11 n'est pas nécessaire d'engager de l'aide nouvelle durant
l'AB 86-89, à moins que les donateurs ne soient prêts à financer une
partie plus importante des coûts de fonctionnement. Les décaissements sur
les engagements existants, pour un total de 184 millions de gourdes
{37 millions de dollars) aux prix de l'AB 86, suffiront à condition que
les modifications décrites ci-dessus soient effectuées.
10.49 Un nombre de projets prévus pour la période AB 87-91 sans
financement externe et portant sur 57 millions de gourdes ont été exclus
du programme recommandé, surtout dans l'enseignement supérieur
(23 millions) et l'enseignement informel (33 millions). IL s'agit
essentiellement d'aide prévue par l'ACDI et le FAC. Le Gouvernement
devrait encourager les donateurs à ne financer que les sections
d'enseignement supérieur orientées vers le développement, et cela dans le
cadre d'un effort de privatisation croissante. Les apports externes à
l'alphabétisation pourraient être maintenus dans la mesure où il n'y aura
pas d'obligation de contrepartie locale. Ce sont là des domaines à faible
priorité qui devraient être laissés à l'initiation privée. Le
Gouvernement ne peut pas se permettre d'y engager ses propres ressources.
10.50 Le programme recommandé de dépenses de fonctionnement et
d'investissement et son financement figurent au Tableau X.6. Afin de
pouvoir préparer et contrôler ces dépenses ainsi que les dépenses futures
comme il se doit, le MEN devrait renforcer son département de
planification et améliorer ses mécanismes de contrôle. I1 lui faudrait
aussi améliorer son administration des salaires et, comme on l'a noté
ci-dessus, établir un meilleur mécanisme de coordination entre donateurs,
et entre le ministère et les donateurs.
[page 143]
— 123 -
Tableau X.6 : DEPENSES RECOMMANDEES
D'ENSEIGNEMENT ET LEUR FINANCEMENT, AB 86-89
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-89 AB 86-89
EMPLOIS 186 488 674
Fonctionnement 114 363 477
MEN 102 344 4&6
UEH 12 19 31
Investissement 72 125 197
MEN 57 38 155
UEH 10 27 37
Autres 5 _ 5
RESSOURCES 186 488 674
Trésor 117 362 L84
Aide externe engagée 69 127 190
Sources : Tableau X.4 et 5.
10.51 Une meilleure coordination doit être établie entre
l'administration et les donateurs qui financent l'enseignement de base.
On a déjà pu constater des doubles emplois et des contradictions entre les
projets de l'IDA, de la BID et de lLl'USAID; comme signalé ci-dessus,
certaine modifications devraient être apportées aux projets en cours.
[page 144]
— 124 -
CHAPITRE XI
SANTE PUBLIQUE
Le secteur et sa planification
11.01 Les 5,3 millions d'habitants d'Haïti vivent dans de mauvaises
conditions de santé et de nutrition; en cela le pays ressemble davantage à
d'autres pays à faible revenu, plutôt qu'à ses voisins des Caraïbes.
L'espérance de vie à la naissance n'est que de 53 ans; la mortalité
infantile était de 120 par 1.000 naissances en 1984; et plus de 25 % des
enfants souffrent de malnutrition au premier ou au deuxième degré. Le
taux brut de natalité (36 pour 1.000) et le taux de fécondité totale
(4,6 naissances par femme) sont comparables à ceux des pays africains à
niveau égal de revenu. Plus d'un quart des mères haïtiennes n'ont pas
allaité leurs enfants entre les deux dernières naissances.
Quatre-vint-dix pour cent des décès d'enfants agés de 1 à 4 ans sont liés
à la malnutrition et aux maladies diarrhéiques 1/.
11.02 Haïti compte 516 dispensaires de soins de santé dont 90 hôpitaux
et centres de santé disposant de lits, publics pour la plupart. Le taux
d'occupation, particulièrement dans les centres publics, est généralement
inférieur à 50 %. Le Ministère de la santé publique et de la population
(MSPP} emploie environ 810 médecins, dont plus de la moitié localisés à
Port-au-Prince, où pratiquent également la majorité la plupart des
médecins privés. En dehors de ia capitale, on ne compte qu'1,k médecin
par 10.000 habitants. Plus de 20 % des agents de l'Etat travaillent pour
le MSPP, le second employeur du pays après le Ministère de l'éducation
nationale.
11.03 Plus de 200 établissements privés de soins de santé, souvent
dirigés par des organisations bénévoles financées par l'étranger, gèrent
près de la moitié des dispensaires. La plupart sont situés dans des
localités éloignées et souvent servent les pauvres et les nécessiteux. Il
existe une assez bonne coopération entre ces centres et l'administration,
surtout depuis la création de l'Association des organismes privés de santé
(AOPS) en 1982. Environ 28 affiliés de l'AOPS offriront les soins
primaires de santé à environ 500.000 ruraux dans un proche avenir,
conformément à la politique du MSPP, qui paye d'ailleurs le traitement
d'une partie du personnel de ces organismes.
11.04 Etat de la population et politique démographique. Le principal
problème démographique auquel Haïti doit faire face depuis le début de ce
siècle est celui de la pression que la population exerce sur les
ressources naturelles limitées. Le problème risque fort d'empirer
1/ Outre les observations faites sur le terrain par la mission, le
présent chapitre utilise les travaux antérieurs résumés dans le
Rapport N°5699-CRG de la Banque : Haïti, mai 1985.
[page 145]
- 125 -
pour deux raisons : premièrement, l'amélioration des soins de santé
fondamentaux dans les campagnes peut féduire spectaculairement et très
rapidement la mortalité infantile, ce qui accélère encore la croissance
démographique; deuxièmement, la diffusion des méthodes modernes de
contraception est encore trop limitée pour répondre à la demande
potentielle, spécialement dans les campagnes.
11.05 La population s'accroît actuellement d'environ 1,8 % par an.
Port-au-Prince, dont la population est officiellement de 750.000 habitants
mais qui en compte peut-être un million, est au moins dix fois plus grand
que Cap-Haïtien, la deuxième ville par ordre d'importance. Plus de 15 4
des Haïtiens de naissance (près un million de personnes) vivent maintenant
à l'étranger. La population totale d'Haïti atteindra 7 millions en
l'an 2000 et peut-être 13 millions d'ici l'an 2050 2/. Si la fécondité
recule plus rapidement, de même que la mortalité, la population en
l'an 2050 pourrait ne pas dépasser 10 millions. L'équilibre
population-ressources naturelles deviendra de plus en plus précaire dans
les campagnes haïtiennes, à moins que soient prises des mesures efficaces
pour freiner la croissance démographique. Les techniques modernes de
contraception sont assez bien connues mais, d'après des enquêtes récentes,
moins de 5 % des femmes mariées utiliseraient des contraceptifs, bien que
les chiffres officiels fassent état de 11 % Que ce soit 5 ou 11%, il y
a sûrement un abîme entre la pratique et les besoins.
11.06 Le plan quinquennal AB 81-86 contient une ébauche de politique
démographique; elle est reprise dans les plans annuels plus récents. La
“Nouvelle Orientation" du MSPP -- une politique de la santé formulée en
1982 -— pose comme objectif pour l'an 2000 un taux brut de natalité de
20 sur mille, un taux de fécondité de 3 enfants par femme, un taux brut de
mortalité de 8 sur mille, un taux de mortalité infantile de 50 sur mille
et une espérance de vie de 65 ans. Le MSPP a récemment établi une
Direction de la population chargée de collaborer avec d'autres ministères
clés, particulièrement le MARNDR et le MP, qui ont dans leurs attributions
la dynamique de la population et la nutrition.
11.07 Etat_ de la santé et politique. en la matière. Le taux de
mortalité est tombé de plus de 16 sur mille au début des années 70 à 13
sur mille environ de nos jours. Seule une fraction des personnes
nécessitant des soins de santé les reçoivent. Les enfants en âge
pré-scolaire sont malades la moitié du temps, le plus souvent de
diarrhée. Le paludisme est le plus souvent cité comme cause de la
morbidité adulte, suivi des pneumonies, bronchites, diarrhées et de la
malinu:rition. Les cas diagnostiqués de typhoïde, syphilis, parasites
intestinaux et de tuberculose des voies respiratoires représentant moins
de 50 % des cas de malnutrition. D'autres causes fort répandues de santé
déficiente sont l'anémie, les infections de l'oreille, des yeux ou de la
peau, ainsi que les complications de l'accouchement. :
2/ Banque mondiale, Rapport sur le développement dans le monde, 1984.
[page 146]
- 126 -
11.08 Les statistiques concernant les services de santé, établies la
base de données incomplètes, reflétant une couverture tout à fait
inadéquate des besoins de santé. Seules 40 % des femmes qui les
requièrent reçoivent les soins prénataux. Le recours aux services de
planning familial est entravé par un système inadéquat de distribution.
Les services pédiatriques n'atteignent qu'un quart des enfants de O0 à
$ ans. La vaccination ne protège qu'une infime partie des enfants de
moins de 5 ans : 5 % sont vaccinés contre la diphtérie, la coqueluche et
le tétanos, 3 % contre la polio; 2 % contre la tuberculose et 0,1 % contre
la rougeole. En 1978, le nombre moyen de visites de patients était de
neuf par jour dans les dispensaires du MSPP contre 26 dans les
dispensaires privés. En 1979, les dispensaires de la région du Petit
Goâve traitaient en moyenne 46 patients par jour; ceux de la région de
Jacmel seulement cinq. D'après une enquête informelle menée par l'USAID,
en 1985 les niveaux d'utilisation des installations étaient tout aussi
faibles. Dans la région du Nord en 1979 il y avait 0,69 visites de
patients par personne, à Jacmel 0,10. On pourrait rendre les opérations
beaucoup plus efficientes, rien qu'en transférant les programmes
régionaux léthargiques au niveau des sous-systèmes qui fonctionnent bien.
11.09 Le problème de l'inefficacité ne se limite pas à un manque de
services; en effet, le degré de sous-utilisation des services existants
est très élevé. Le coefficient très bas d'occupation des lits (36,5 %)
n'est pas attribuable à un manque de clients : ceux-ci font la file aux
dispensaires pendant des heures pour être traités; il est plutôt du au
manque de personnel, de matériel et de fournitures. La plupart des
médecins ne sont pas préparés pour travailler dans des hôpitaux
sous-équipés et dans un état lamentable de délabrement (la plupart de
ceux-ci furent construits durant l'occupation américaine entre 1915 et
1930). Certains membres du personnel persévèrent par pur dévouement et en
dépit des difficultés; leur aptitude à fournir les soins médicaux
nécessaires est cependant sérieusement entravée par l'absence de matériel
en état de marche, par le manque de fournitures et par un environnement
fort peu hygiénique. Dans ces circonstances, le moral du personnel est
souvent fort bas et la surveillance irrégulière. Les patients ont appris,
à leurs dépens, qu'il arrive qu'après des heures de marché, ils trouvent
le dispensaire fermé. Si le personnel est présent, il arrive trop souvent
qu'ils n'ont pas les médicaments dont les patients ont besoin, de sorte
que ces derniers ont à faire de longues distances de marche jusqu'à une
ville où ils pourront trouver, dans les pharmacies, des médicaments qu'ils
ne peuvent payer. Les dispensaires privés sont généralement mieux équipés
et fournis, ce qui est reflété dans les statistiques des services de santé. /
11.10 La politique de “Nouvelle Orientation" met l'accent sur les
soins médicaux de base et identifie six priorités pour le programme
d'action du MSPP : 1} le contrôle des maladies diarrhéiques;
2) l'immunisation contre les maladies contagieuses; 3) le contrôle de la
tuberculose; 4) l'amélioration de la nutrition; 5} la protection
maternelle et infantile, et le planning familial; 6) le contrôle du
paludisme et des maladies endémiques. Chacune de ces priorités doit
[page 147]
— 127 -
faire l'objet d'un effort spécial pendant une période bien déterminée. La
première, le programme de contrôle des maladies diarrhéiques, fut lancé en
juillet 1983 sur le plan national, et a disséminé la connaissance de la
réhydratation orale, généralisé l'utilisation des paquets de sels à cet
effet, disponibles dans le commerce, et a ainsi considérablement réduit le
nombre de cas de diarrhée présentés pour traitement aux dispensaires. La
seconde priorité, le programme élargi d'immunisation, fera l'objet d'un
effort spécial pendant les deux années à partir d'octobre 1985. Dans ce
cas aussi les besoins sont immenses; comme indiqué plus haut, seuls 5 %
des enfants de moins de 5 ans sont vaccinés contre la diphtérie, la
coqueluche et le tétanos, pour ne donner que ces exemples.
11.11 La politique officielle qui met l'accent sur les soins primaires
de santé n'était pas reflétée de faôn adéquate dans le budget de
fonctionnement du MSPP avant l'AB 86. Quarante pour cent des effectifs du
MSPP étaient assignés aux hôpitaux et aux écoles de médecine, et plus de
la moitié de l'ensemble du personnel médical du secteur public
travaillaient dans l'agglomération de Port-au-Prince. Y comrpis les frais
d'administration environ 60 % du budget de fonctionnement du MSPP était
alloué de façon à être dépensé à Port-au-Prince, où n'habite pourtant que
20 % de la population.
11.12 Etat de la nutrition et politique en la matière. La
malnutrition est un des problèmes les plus sérieux en Haïti : environ 30 Z
des enfants de la campagne et 48 % de ceux des villes sont anémiques.
D'après quatre enquêtes par échantillonages menées dans les années 60 et
70, entre 24 % et 57 % des enfants de O0 à 6 ans souffrent de malnutrition
au deuxième ou troisième degré selon l'échelle poids-âge de Gomez,
D'après Les données plus récentes de l'Enquête nationale sur la nutrition,
seul un quart des enfants de moins de cinq ans se trouvent dans la
fourchette normale (90 % de la médiane de référence) du rapport
‘ poids-âge. En milieu rural, beaucoup d'enfants à l'âge du sevrage ne sont
pas nourris suffisamment pour les protéger de la malnutrition; ils ne
reçoivent pas suffisamment d'attention de la famille et ils ne reçoivent
pas leur part du repas commun. Un accès de maladie (par exemple, de
diarrhée) s'avère souvent fatal parce que la sous-alimentation a sapé la
résistance de l'enfant; en plus, les habitudes d'alimentation entravent la
guérison (par exemple, on ne donne pas à boire à l'enfant ou on n'insiste
pas pour que l'enfant léthargique mange). La pratique d'alimentation,
substituait le biberon à l'allaitement, menace de plus en plus la santé
des enfants avant l'âge du sevrage, car des familles de plus en plus
nombreuses émigrent des campagnes à Port-au-Prince et y adoptent cette
coutume typiquement urbaine.
11.13 La malnutrition a de nombreuses causes : la pauvreté, les
pénuries de nourriture, la sécheresse ou les inondations qui détruisent
les récoltes, l'érosion des terres arables, certaines pratiques
traditionnelles d'alimentation des enfants (par exemple, un seul repas par
jour} et certaines pratiques “modernes” d'alimentation des nourrissons.
L'usage du biberon au lieu de l'allaitement s'est répandu en Haïti : les
mines ont, à raison de 96 % en milieu urbaine et 59 Z en milieu rural,
[page 148]
- 128 -
utilisé à un certain moment le biberon pour nourrir leur dernier né. Ce
sont ià des chiffres extraordinairement élevés si l'on songe que seulement
2% des Haïtiens en milieu rural ont accès à de l'eau raisonablement
potable, que les combustibles (pour bouillir l'eau) sont rares, et que les
mélanges lactés adéquats sont trop chers pour la plupart des familles
haïtiennes. Dans les zones rurales l'âge du sevrage (18-20 mois) est
beaucoup plus élevé que dans les villes, où les mères qui allaitent leurs
bébés durant leur seconde année sont de moitié moins nombreuses que dans
les campagnes. Le lien étroit entre l'usage du biberon, la diarrhée
fréquente et la grave mainutrition est solidement établi.
11.14 La contrainte fondamentale à l'amélioration de la nutrition est
le manque de nourriture. Ce n'est sûrement pas que les familles
gaspillent la nourriture qu'elles ont; une solution à long terme du
problème de la sous-alimentation doit inclure la croissance du revenu
global et de la productivité. Un problème supplémentaire est celui du
traitement de l'aide alimentaire considérable qu'Haïti reçoit. Les
problèmes de gestion sont énormes et les améliorations au niveau de la
nutrition ne sont pas toujours évidentes.
11.15 Une enquête, faite en 1975, révéla que la cécité due au manque
de vitamine À était de 8,1 % dans le Nord et de 1,2 % dans le Sud. Dans
le Nord, le taux est élevé au point d'être alarmant, au regard des normes
de l'OMS. Face à ces fait, une campagne nationale de distribution de
vitamines À aux enfants malades ou sous-alimentés et aux mères qui
allaitent fut lancée en 1976. Pour 1979 une enquête évalua ce programme
et constata que le taux de fréquence d'enfants de moins de sept ans
frappés de kératomalacie était tombé à 0,9 dans le Nord, soit un dizième
du taux de 1975. La chute du taux n'est pas exclusivement due au
programme, car en 1975 le Nord subissait une famine. Toutefois, un suivi
efficace et une intervention au moment opportun, comme le démontre le
programme Vitamine A, peut empêcher certaines conséquences tragiques de la
malnutrition.
11.16 Des interventions dans un but bien précis peuvent s'avérer
efficaces. Dans la Cité Simone, un bidonville de Port-au-Prince typique
des quartiers pauvres, 3 % des enfants souffrent de sous-alimentation
aiguë. Or ce petit groupe à risque élevé représentait 10 % des patients
dans un centre de réhydratation orale, 35 % de l'ensemble des
hospitalisations d'enfants de moins de 5 ans, et une proportion énorme de
65 % de l'ensemble des décès de moins de 5 ans d'âge. Le risque de décès
pour ce petit groupe d'enfants gravement sous-alimentés est 25 fois plus
élevé que pour le groupe bien plus nombreux de ceux qui souffrent de
malnutrition du deuxième degré 3/. Cette constatation semble indiquer que
des interventions destinées à un groupe bien défini et à un coût
raisonnable devraient être mises en place dans le cadre des services de
protection maternelle et infantile.
3/ Voir Réginald Boulos et al., "Cité Simone, an urban slum of Haiti,
the malnutrition challenge", polycopié, Complexe médical Cité Simone,
ps. 7.
ï
[page 149]
- 129 -
11.17 La autrition n'est pas du ressort d'un seul ministère unique
— mais de plusieurs (le MSPP, le MARNDR et le MP) s'en partagent la
responsabilité -- et le Gouvernement n'a pas de réelle politique en ce
domaine. L'immunisation, le suivi de la croissance, la réhydratation
orale, le planning familial et la promotion de l'allaitement maternal sont
des éléments essentiels du système de soins de santé primaires, formule
dans les programmes-pilotes existent. Ces programmes donnent un certain
espoir que l'amélioration de la nutrition puisse être atteinte, et
représentent un progrès par rapport à d'anciens programmes dont le coût
par enfant traité était prohibitif.
Dépenses passées
11.18 Considérant le niveau très bas de revenu en Haïti et le mauvais
état de la santé et de la nutrition, le total des dépenses tant publiques
que privées (de fonctionnement et d'investisement) est étonnamment élevé,
atteignant 81-116 gourdes (16-23 dollars) par habitant dans les années 80
(Tableau XI.1). Aucun autre pays à faible revenu parmi les dix étudiés
par la Banque mondiale n'atteint ce taux de dépenses; le Sri Lanka s'en
rapproche le plus mais l'état de la santé y est bien meilleure 4/. Le
niveau élevé des dépenses en Haïti est probablement dû avant tout à
l'inefficience; mais il reflète aussi la localisation géographique d'Haïti
à proximité de l'Amérique du Nord qui à un niveau élevé de revenu; ceci
pousse à La hausse les rémunérations des professionnels qui ont un taux de
mobilité géographique élevé.
Tableau XI.1 : DEPENSES TOTALES DE SANTE, AB 81-85
(Millions de gourdes aux prix courants)
Ressources AB 81 AB 83 AB 85
Dépenses publiques 160 215 230
Organismes non gouvernementaux 30 80 120
Paiements directs aux établissements
privés 215 255 265
Total 405 550 615
Total par habitant 81 108 116
Source : Annexe statistique, Tableau 11.3.
e:
4/ Voir David de Ferranti, Paying for Health Services in Developing
Countries: An Overview, World Bank Staff Working Paper 721, 1985,
p. 99.
[page 150]
ë
- 130 -
11.19 Les particuliers rémunèrent directement leurs pourvoyeurs de
soins de santé. Les organisations bénévoles privées fournissent environ
20 % des ressources du secteur en coopération avec le Gouvernement et des
donateurs externes. Comme dans d'autres secteurs, l'aide acheminée par
les ONG a augmenté considérablement en cours des dernières années; les
programmes de 71 de ces organisations, qui ont fait l'objet d'une enquête
officielle, ont triplé durant 83-85.
11.20 Les 40 % restants des ressources du secteur proviennent de
crédits publics, financés de façon approximativement égale par des
ressources domestiques et externes. Cependant, que le financement dit
“‘domestique" provient environ pour moitié par des fonds de contrepartie du
PL-480 des Etats-Unis. Le Trésor couvre donc seulement un quart des
dépenses publiques de santé de façon directe. Les dépenses publiques
réelles de santé sont tombées de 51 gourdes par habitant (aux prix de
1986) en l'AB 80 à 43 en l'AB 85. ;
11.21 Les dépenses privées de soins sont essentiellement à des fins
curatives. Il en va malheureusement de même des dépenses publiques. On
estime qu'à peine 5 % des dépenses de santé sont à des fins préventives,
ce qui est la cause principale de l'inefficience du secteur.
11.22 Le principal donateur externe est lLl'USAID, à la fois par le
biais du PL-480 et sous forme d'aide directe; les organismes des Nations
Unies, la BID, le Japon, la République fédérale d'Allemagne et la France
jouent un rôle secondaire. Les donateurs ont contribué à renforcer les
services du MSPP, soutenu le programme de lutte contre le paludisme et
contribué au programme de protection maternelle et infantile.
L'assistance externe totale en l'AB 85 excédant les 100 millions de
gourdes (les fonds du PL-480 inclus), comparé à 70 millions en l'AB 80.
11.23 Les dépenses publiques totales de santé représentaient 8 % des
dépenses de l'administration centrale en l'AB 85. Ceci est bien supérieur
à la moyenne de 3 % enregistrée pour l'ensemble des pays à faible. revenu
et même la moyenne de 5 % pour les pays à revenu moyen. Le taux est
également élevé du fait que les donateurs accordent une telle priorité à
ces services.
11.24 11 fait analyser les dépenses publiques de santé en considérant
les dépenses de fonctionnement et les dépenses d'investissement. Cela
pour deux raisons : premièrement, la toute grande partie des dépenses,
indépendamment du budget où elles sont inscrites, sont consacrées à des
services et sont donc, à proprement parler, des dépenses ordinaires qui ne
relèvent pas de l'investissement, Les dépenses de personnel et de
matériel de la Division d'hygiène familiale et de nutrition (DHFN), du
MSFP de son Service national des endémies majeures (SNEM) et certains
autres projets inclus dans le budget d'investissement sont de toute
évidence des dépenses ordinaires. La seconde raison que tout nouvel
investissement cause des dépenses ordinaires futures.
[page 151]
- 131 -
11.25 Plus de 85 % du budget officiel de fonctionnement est utilisé
pour traitements et salaires, ce qui limite les crédits de fonctionnement
des services tels que médicaments, tests médicaux, transports et
entretien. Un rapport préparé de 1982 estimait que les crédits de
fonctionnement devraient augmenter considérablement si l'on voulait rendre
efficaces les projets en cours de soins de santé en milieu rural, de lutte
contre le paludisme, d'entretien des centres médicaux et de soins aux
mères et enfants; selon le rapport ces crédits devraient augmenter de 22 %
en l'AB 83, de 15 % en l'AB 89 et de 10 % en l'AB 85 et l'AB 86 5/. En
fait, les dépenses de fonctionnement financées par le budget ordinaire ont
diminué de 25 % en valeur réelle durant 1'AB 82-85 et devraient fléchir
encore durant l'AB 86 (Tableau XI.2). De ce fait, l'Etat n'a pu assurer
la couverture des frais de fonctionnement de tous les projets devenus
opérationnels au début des années 80. Pour ce faire, il aurait dû
augmenter le budget de fonctionnement de près de 50 % en l'AB 86.
11.26 L'écart entre les dépenses estimées nécessaires dans les
projections et les décaissements effectifs a été partiellement comblé de
trois façons. Premièrement, certains donateurs ont continué à soutenir le
programme de lutte contre le paludisme ainsi qu'à financer certains
traitements et suppléments de salaire, comme dans le cas du programme de
protection maternelle et infantile. Deuxièmement, les salaires réels ont
été réduits sensiblement pour l'ensemble du personnel du MSPP, plus
particulièrement pour les employés qui ne touchent plus de suppléments de
salaire. Troisièmement, certaines activités dans le domaine de la santé
ont été reprises par des ONG privés. Malgré tout cela, la qualité des
services a indubitablement souffert, particulièrement les soins primaires
de santé dans les campagnes et le planning familial, car les crédits de
fonctionnement non salariaux, tels que les transports et médicaments, ont
été fortement amputés.
5/ Peter Cross “Financial Analysis and Financial Projections prepared
for DSPP", polycopié, Management Sciences for Health, 1982. La façon
dont le rapport a été mis en application a été examinée par
C. Leighton, "Issues and Recommendations for Addressing the Recurrent
Cost Problems of the Ministry of Health, Gouvernement de Haïti."
USAID et Birch & Davis Associates, 1985.
[page 152]
- 132 -
Tableau XI.2 : DEPENSES PUBLIQUES DE SANTE, AB 80-85,
ET BUDGET POUR l'AB 86
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
Année Budget
budgétaire Fonctionnement d'investissement Total
AB80 100 93 193
AB81 95 67 162
AB82 131 107 238
AB83 105 109 214
AB85 102 100 202
AB85 97 134 231
AB86 Budget 90 116 206
Source : Annexe statistique, Tableau 11.6.
11.27 Partiellement à cause du premier facteur mentionné ci-dessus,
ainsi qu'en raison de la priorité que les donateurs ont accordée au
secteur de la santé, le budget d'investissement est resté plus ou moins
constant aux alentours de 100 millions de gourdes durant les années 80.
Il est cependant prévu de le diminuer d'environ 18 millions de gourdes en
l'AB 85 par rapport à l'AB 85. Le montant, le contenu et le dosage de
projets du budget d'investissement dépendent entièrement des donateurs
externes.
Programme de dépenses et plan de financement, AB 86-89
11.28 Le budget du MSPP de l'AB 86 contient une mesure assez
radicale : il prévoit la suppression d'environ 900 postes dans
l'agglomération de Port-au-Prince et la création d'environ 1.000 postes
dans les provinces. Il convient de noter, toutefois, qu'il s'agit là des
postes figurant au budget; dans la réalité, le nombre des postes affectés
peut être assez différent (Chapitre II).
11.29 Les dépenses d'investissement pour l'AB 86 devaient, suivant le
budget initial, s'élever à 116 millions de gourdes, montant qui fut réduit
par la suite à 102 millions. Toutefois, même ce dernier chiffre ne
concorde pas avec les décaissements attendus des donateurs. L'USAID
s'attend à des difficultés de déboursement pour le projet rural de soins
médicaux qui, suivant le budget, devait absorber environ 55 % des fonds du
PL-480; le FNUAP est sujet à des contraintes budgétaires qui pourraient
bien entraîner des coupes; les plans de la BID pour la construction et le
rééquipement des hôpitaux et centres médicaux sont différés jusqu'au plus
tôt en 1987. Plutôt qu'un niveau de dépenses de 102 millions, dont
environ 80 millions proviendraient de donateurs si l'on compte le PL-480,
un montant plus vraisemblable serait de 70 millions de gourdes, dont
[page 153]
- 133 -
55 millions pourraient provenir de donateurs. Ceci suppose que les
décaissements du Trésor n'atteindront pas le montant de 22 millions de
gourdes inscrit au budget, vu le fléchissement des décaissements des
donateurs. Le total probable des dépenses, de 70 millions de gourdes,
serait le plus bas, en termes réels depuis l'AB 81 (Tableau XI.2).
11.30 La régionalisation et le renforcement des services ruraux ont
été tous deux assistés par l'USAID et la BID, dans le dessein d'étendre en
milieu rural les soins primaires de santé peu coûteux. Des progrès ont
été accomplis dans les domaines de la thérapie par réhydratation orale, du
suivi de la croissance et, dans une certaine mesure, des services de
planning familial. Toutefois, les programmes de formation de volontaires
pour les communautés n'ont pas atteint leur objectif; en fait, les
donateurs ont suspendu leurs décaissements en attendant que ce problème
ainsi que d'autres soient résolus. De plus, la construction de nouvelles
installations, que la BID devrait financer, a été retardée jusqu'à ce que
le MSPP et la BID aient élaboré un plan afin d'éviter que ces projets
n'entraînent pour l'Etat d'énormes coûts de fonctionnement.
Tableau XI.3 : MSPP : EMPLOIS ET RESSOURCES DES FONDS D'INVESTISSEMENT,
AB 86, BUDGET ET ESTIMATIONS
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
Budget Estimations
Emplois 102 70
Régionalisation des services 25 13
Renforcement des services en milieu rural 10 3
PMI/Planning familial 25 16
Nutrition 1 1
Contrôle des maladies endémiques (paludisme) 34 34
Divers 6 3
Ressources 102 70
Trésor 22 15
Donateurs 80 55
USAID : PL-480 18 17
Aide directe 19 17
BID 21 k
Autres 22 17
Sources : Annexe statistique, Tableau 11.7; estimations de la mission.
[page 154]
- 134 -
11.31 La protection maternelle et infantile et le planning familial
ont fonctionné depuis le milieu des années 70 jusqu'à 1'AB 83 sous forme
de programme vertical assisté par l'USAID et le FNUAP. Son efficacité
s'est détérioré depuis qu'il a été intégré dans les programmes réguliers
du MSPP, et les services de planning familial se sont dégradés.
11.32 Le programme d'éradication du paludisme est le programme le plus
important et le principal bénéficiaire d'aide externe.
11.33 Le poste le plus important qui figure au budget comme devant
être financé entièrement par le Trésor est la construction d'une maternité
à Port-au-Prince. Le montant inscrit au budget est de 10 millions de
gourdes, soit 10 % du budget total d'investissement et presque la moitié
des 22 millions de gourdes que le Trésor consacrera au secteur de la santé.
Recommandations
11.34 La situation annuelle est caractérisée par une croissance
démographique rapide, un état de santé médiocre et par la malnutrition dus
à l'extrême pauvreté du pays. Une décision politique importante
consisterait à changer au sein du budget l'importance relative des
programmes de population, de santé et de nutrition. En 1982, seulement
16 % du total des budgets de fonctionnement et de développement du MSPP
étaient consacrés aux programmes de population au sens large; cette part
fut encore réduite en 1985. Le programme de nutrition ne représente que
1 à 3% du budget du MSPP. Les programmes de population et de nutrition
sont nettement sous-financés et devraient être amplifiés par rapport aux
activités de santé.
11.35 Afin de pouvoir concentrer davantage de ressources sur les
programmes de population et de nutrition, il faudra utiliser d'une façon
bien plus efficiente les fonds destinés aux programmes de santé, qu'il .
s'agisse des dépenses de fonctionnement inscrites au budget ordinaire ou
des dépenses d'investissement financées par le budget de développement.
On peut identifier diverses sources d'économies : une utilisation plus
efficiente des ressources hospitalières existantes, une réduction des
consultations médicales au-delà de celles effectuées par le système de
soins primaires, un usage plus intensif des dispensaires et des centres de
santé, une allocation plus profonde des crédits de fonctionnement des
ministères au bénéfice des soins primaires dans les régions rurales et, si
possible et si les coûts continuent à être prohibitifs, le transfert des
soins tertiaires à des praticiens privés. |
11.36 Le problème le plus urgent est la couverture limitée offerte par
les services de base, ainsi que leur manque d'efficience; la cause
principale en est que l'accent est mis avant tout sur le curatif et fort
peu sur le préventif. ŒEn ce qui concerne la population, le coût annuel
de 750 gourdes (150 dollars) par utilisateur de méthodes modernes du
planning familial est excessivement élevé; la couverture est faible, car
les besoins non satisfaits représentent le sextuple des besoins
satisfaits. En matière de santé, les soins curatifs sont coûteux, les
[page 155]
- 135 -
établissements manquent de personnel et de matériel nécessaires et sont
donc sous-utilisés; la plupart des personnes qui ont besoin de soins
primaires et de services préventifs ne peuvent les obtenir. Pour ce qui
est de la nutrition, les méthodes curatives se sont révélées trop
coûteuses, les programmes préventifs en sont encore au stade expérimental
et la responsabilité pour ces programmes est dispersée entre un trop grand
nombre d'organismes.
11.37 L'équité présente également un grave problème : il y a une bien
trop grande différence d'accès aux services de santé entre la ville et les
campagnes et entre les diverses régions. Les dépenses favorisent
exagérément Port-au-Prince aux dépens de l'intérieur du pays. Cependant,
ni l'insuffisance de la couverture ni le manque d'équité ne peuvent être
corrigés si l'efficience ne s'améliore. Au travers de la “Nouvelle
Orientation" de sa coopération constructive avec les ONG et de sa
redistribution des postes de son personnel inscrit au budget de
fonctionnement pour l'AB 86, le MSPP a fort bien reconnu que
l'élargissement de son champ de couverture sous des contraintes
budgétaires, exige l'abandon de certains services hospitaliers en ville et
surtout leur fonctionnement plus efficient.
11.38 Le MSPP doit exécuter les plans de réduction des effectifs dans
l'agglomération de Port-au-Prince pour renforcer les services ruraux et
régionaux. La suppression d'environ 900 postes à Port-au-Prince est
recommandable et pourrait se traduire par des économies d'environ
9,5 millions de gourdes, soit environ 12 % des traitements et salaires
prévus au budget du MSPP en juillet 1986 ceci n'était pas encore entré en
vigueur.
11.39 On pourrait obtenir des économies supplémentaires en réduisant
le nombre des étudiants en médecine. Moins de la moitié de la centaine
d'étudiants qui obtiendront leur diplôme cette année (déjà en diminution
par rapport aux 250 par an dans les années 70) trouveront du travail en
Haïti 6/3 si le nombre d'étudiants était ramené à 50, et le corps
professoral réduit en conséquence, l'Etat économiserait sur les
subventions à la Faculté de médecine et à ses étudiants, et une économie
directe d'environ 0,5 million de gourdes par an en coûts directs de
personnel s'y ajouterait. Les bâtiments de la faculté de médecine furent
prévus pour desservir seulement 35 étudiants par an; aussi la qualité
s'améliorerait-elle si le nombre des étudiants était réduit.
11.40 L'augmentation proposée de plus de mille unités du personnel
régional est excessive. Rien ne garantit que ceux dont le transfert est
prévu voudront quitter Port-au-Prince ou auront les qualifications
6/ R. Bicknell et al., Paying for the Public's Health: Haïti, 1984-1994,
Health Policy Institute, Boston University, 1985.
[page 156]
- 136 -
nécessaires pour assurer les services de soins de santé primaires dans les
zones rurales. Ces services peuvent être fournis par des volontaires, des
auxiliaires, des infirmiers ou infirmières de façon efficace et à moindre
coût que par des médecins; ceux-ci ne devraient intervenir qu'à un niveau
supérieur pour les patients qui leur sont envoyés par les centres
primaires. Un bon nombre de personnes dont les postes seraient abolis à
Port-au-Prince pourraient bien refuser d'être transférées ailleurs, donc
l'emploi total du MSPP pourrait diminuer de 500 postes, représentent une
économie d'environ 5 millions de gourdes, soit 5 % du budget de
fonctionnement. Un signe important de progrès serait une gestion plus
efficace du budget ordinaire qui n'est pas financé par l'aide externe.
11.41 11 serait utile de geler le recrutement au MSPP afin d'augmenter
le rendement du personnel. Des réductions et réeffectations d'effectifs,
comme préconisé ci-dessus, pourraient résoudre leproblème tout en passant
- des contrats pour la prestation de services avec le secteur privé, et
particulièrement les ONG. Jusqu'à présent, la coopération du MSPP avec le
secteur privé a été bonne, mais il y a moyen de faire davantage à cet
égard.
11.42 La réallocation des ressources au bénéfice des soins primaires
et préventifs doit être soutenue; dans la mesure du possible, il faut
mobiliser les ONG pour assurer les services en zone rurale.
11.43 L'efficience pourrait également être améliorée par une
utilisation plus intensive des dispensaires et centres de santé. Le
transfert à des pourvoyeurs privés de certains soins primaires et
l'introduction de certaines formes d'assurance privée ou sociale pour
financer les soins de santé mériteraient d'être envisagés. Un
recouvrement des coûts sous forme de droits d'usagers pour les services
curatifs est actuellement à l'essai; c'est 1à une pratique qu'il faudrait
généraliser. Le MSPP a fait ces derniers temps des progrès dans l'analyse
de l'affectation des ressources et dans la compilation de meilleures
statistiques en matière de santé; il s'agit maintenant de consolider et de
poursuivre ces réalisations, afin de jeter les bases d'une plus grande
productivité dans l'ensemble du système public de santé.
11.44 Il ne faut pas construire la nouvelle maternité à Port-au-Prince
envisagée pour l'AB 86, vu la capacité excédentaire des installations
existantes; en plus, ce projet n'est pas compatible avec les priorités
formulées dans la "Nouvelle Orientation". Ainsi 10 millions de gourdes
pourraient être économisées.
11.45 Si les ajustements recommandés ici sont apportés aux budgets de
fonctionnement et d'investissement de 1l'AB 86, les dépenses totales
pourraient être limitées à 155 millions de gourdes, le total le plus
faible depuis les années 70. Bien qu'une part importante des soins de
santé ait déjà été transférée aux ONG et continuera de l'être, des
dépenses publiques à ce titre plafonnant à 155 millions de gourdes sont
insuffisantes. Le MSPP devra non seulement améliorer son efficience mais
aussi augmenter progressivement son budget de fonctionnement; une
‘
[page 157]
. — 137 -
augmentation annuelle de 6 millions de gourdes aux prix de l'AB 86, soit à
peu près 6 %, doit suffire pour la période 87-89. Ceci suppose,
toutefois, que les donateurs continuent à couvrir certains coûts
ordinaires au travers de leurs apports au budget ‘d'investissement.
11.46 Si le MSPP réussit à effectuer l'ajustement qu'il a proposé pour
l'AB 86, c'est-à-dire la réduction des effectifs à Port-au-Prince et
l'augmentation de la capacité à rendre des services de santé dans les
campagnes, les donateurs pourraient envisager d'intensifier leur aide à
partir de 1l'AB 87. On trouvera au Tableau XI.4 les montants recommandés
de flux financiers pour les dépenses publiques pour les programmes de
population, de santé et de nutrition durant l'AB 86-89. Cela suppose
évidemment que la période d'ajustement (AB 86) sera couronnée de succès et
que le budget d'investissement augmentera à partir de 1l'AB 87. Cette
augmentation sera essentiellement conditionnée par deux facteurs : 1) une
plus grande efficience dans la production de services par le MSPP et 2) la
qualité des divers projets proposés.
Tableau XI.4 : MSPP : PROGRAMME RECOMMANDE DE DÉPENSES ET SON FINANCEMENT,
AB 86-89
(millions de gourdes aux prix de l'AB 86)
AB 86 AB 87-80 AB 86-89
EMPLOIS 155 615 770
Budget de fonctionnement 85 285 370
Budget d'investissement 30 330 400
Régionalisation des services 13 82 94
Renforcement des services ruraux 3 39 L2
PMI/Planning familial 16 72 87
Nutrition l 9 10
Maladies endémiques (paludisme) 34 108 142
Divers 3 21 24
RESSOURCES 155 615 770
Trésor 95 330 425
Budget de fonctionnement : 85 285 370
Budget d'investissement 10 /a 45 55
Donateurs /b 60 285 345
USAIÏD : PL-480 17 63 80
aide directe 17 78 95
BID /c 4 67 71
Autres 22 77 99
Ja En supposant que le projet de la maternité de Port-au-Prince est
abandonnée.
/b Aide engagée uniquement pour l'AB 86, et pour 10-20 % des besoins
pour la période AB 87-89. ! :
Je En supposant que le MSPP et la BID élaborent un programme
satisfaisant (voir texte).
Sources : Tableau XI.3, 11.8 et 11.9.
[page 158]
— 138 -
11.47 Les projets de régionalisation et de renforcement des services
ruraux ont leur valeur, mais l'efficacité de leur conception, gestion et
exécution reste à être démontrée. Si le MSPP peut améliorer sa capacité
d'assumer Îles services de santé dans les campagnes durant l'AB 86, un
financement plus élevé pourrait lui être accordé durant la période
AB 87-89.
11.48 Une réduction des ressources aux services curatifs doit
permettre un soutien plus important aux programmes de population et de
nutrition dont les budgets furent insuffisants dans le passé.
11.49 Les programmes de PMI et de planning familial ont des problèmes,
mais il est possible de les relancer. Il faut absolument renverser la
tendance à ia diminution des services du planning familial. I1 existe un
besoin croissant et non satisfait de moyens contraceptifs dont la
distribution doit être intégrée dans les soins primaires de santé. Il
pourrait être nécessaire de combiner un système horizontal et vertical des
prestation de ces services, pour assurer que l'accent mis sur la
protection maternelle et infantile ne soit pas affaibli lorsque ces
services sont combinés avec d'autres soins de santé au niveau régional.
Les programmes de planning familial, ainsi que les autres programmes de
soins préventifs, doivent continuer à être favorisés et fermement soutenus
par la direction centrale du MSPP et bénéficier du soutien technique du
DHFN. On pourrait envisager le paiement de primes d'encouragement. La
nouvelle direction de la population au MSPP doit être renforcée.
11.50 Au cours des dernières années moins de 2 % des ressources du
secteur ont été allouées au problème majeur de la nutrition et il en sera
de même en l'AB 86. Le soutien devrait quadrupler à l'avenir, si les
programmes lucratifs actuels de réhydratation peuvent être appliqués à
plus grande échelle et à un coût modeste par bénéficiaire. Les actions en
matière de nutrition doivent être spécifiquement dirigées vers les plus
nécessiteux.
11.51 Plusieurs experts, s'interrogent sur l'importance accordée au
programme de lutte contre le paludisme, qui est le principal bénéficiaire
d'aide externe. Il faudrait revoir les études d'évaluation originales,
afin de pouvoir juger si un programme de contrôle, plutôt que
d'éradication, ne serait pas plus efficace, compte tenu des autres besoins
du secteur.
11.52 Le programme d'investissement prévoit de modestes montants pour
la surveillance épidémiologique et pour la santé et l'assainissement
urbains. Les montants sont suffisants et devaient être complétés par des
ressources du Trésor pour l'entretien et le rééquipement de l'hôpital
universitaire.
11.53 En prix constants de l'AB 86, le programme total de dépenses
recommandé pour la période AB 86-89 est de 770 millions de gourdes, dont
425 millions (soit 55 %) devraient provenir du Trésor. Les donateurs
étrangers devraient financer les 452 restants, soît 345 millions de
gourdes (69 millions de dollars). Autun nouvel engagement d'aide n'est
[page 159]
— 139 -
nécessaire pour l'AB 86, mais 80 à 90 % du programme recommandé pour la
période AB 87-89 exigera de nouveaux engagements, à concurrence de
250 millions de gourdes (50 millions de dollars). La composante en
devises du programme n'est pas encore connue, mais il est peu probable
qu'elle dépassera les 45 % à financer par des dons de l'étranger. Les
donateurs devraient continuer à financer des coûts en fait ordinaires,
bien qu'ils figurent au budget d'investissement.
11.54 L'Etat devra consacrer toutes ses ressources au budget de
fonctionnement, dont on recommande qu'il augmente annuellement de 5 % en
valeur réelle. Il est par conséquent peu réaliste de prévoir la moindre
augmentation des contributions du Trésor au budget d'investissement; elles
devraient être maintenues à un niveau constant, de 15 millions de gourdes
(aux prix de l'AB 86). Le total du financement du secteur de la santé par
l'Etat devrait donc passer de 95 millions de gourdes en l'AB 86 à
115 millions en Ll'AB 89, soit une augmentation annuelle de 7 % en termes
réels.
11.55 Comme on l'a noté ci-dessus, il n'a pas été fait d'engagements
d'aide pour la majeure partie du programme d'investissement recommandé au
Tableau XI.4, sauf pour l'AB 86, De plus, il n'est pas certain que
certains donateurs seront à même de financer l'assistance nécessaire telle
qu'elle est indiquée au Tableau XI.4. Ces dernières années, l'USAID a
dirigé de plus en plus son aide vers les ONG; le programme de la BID reste
à formuler; le FNUAP voit réduire ses ressources dans le monde entier, ce
qui pourrait se répercuter sur son programme en Haïti; selon les
projections, l'aide de l'UNICEF atteindra un niveau supérieur à ce
qu'exige l'importance qu'elle attache normalement à l'assistance technique
accompagnée d'une aide financière directe limitée.
11.56 Si le MSPP ne réussit pas dans son effort d'ajustement durant
l'AB 86, il ne pourra pas obtenir les montants d'aide externe recommandés
ci-dessus. Cela pourrait entraîner une dégradation de la situation déjà
peu enviable du peuple haïtien en matière de santé et de nutrition. Si le
secteur public veut ne pas gaspiller ses propres ressources et s'il veut
attirer des ressources étrangères, il faut absolument qu'il améliore
nettement son efficience.
[page 160]
[page 161]
[page 162]
.
!
[page 163]
IDWSSD International Drinking Water Supply and Sanitation Decade
IPN Institut pédagogique national (MEN)
K£W Kreditanstalt für Wiederaufbau (Rép. féd. d'Allemagne)
MARNDR Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du
développement rural
MEF Ministère de l'économie et des finances
MEN Ministère de l'éducation nationale
MMRE Ministère des mines et des ressources énergétiques
MP Ministère du Plan
MSPP Ministère de la santé publique et de la population
MTPTC Ministère des travaux publics, des transports et des
communications
NTS National Transport Study (1975-77)
OEA Organisation des Etats américains
OFNAC Office national de l'aviation civile
OMS Organisation mondiale de la santé
ONG Organisation non gouvernementales
CPEP Organisation des pays exportateurs de pétrole
OPS Organisation panaméricaine de la santé
PMI Protection maternelle et infantile .
PNUD Programme des Nations unies pour le développement
POCHEP Postes :ommunautaires d'hygiène et d'eau potable (MSPP)
SEYMANAH Service maritine et de navigation d'Haïti
SEPPRN Service d'entretien permanent du réseau routier national
SNEM Service national des endémies majeures
SNEP Service national d'eau potable
SONAPI Société nationale des parcs industriels
TELECO Télécommunications d'Haïti
UEH Uriversité de l'Etat haïtienne
UIT Union internationale des télécommunications
UNESCO Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science
et la culture
UP Unité de programmation (MARNDR)
USAID Agence des Etats-Unis pour le développement international
USDA United States Department of Agriculture
USN Usine sucrière du Nord
USND Usine sucrière nationale de Darbonne
WFP Programme mondial de l'alimentation
TABLEAUX
Les chiffres ayant été arrondis, les totaux figurant dans les tableaux
peuvent ne pas correspondre à la somme de leurs éléments.
++ non connu
- nul ou insignifiant
[page 164]
00m © À