(2020-04) Bilten ISPAN, No 42
Rezime — The Bulletin de l'ISPAN, No 42, of April 2020. The issue covers Toussaint Louverture, governor general of the island of Saint-Domingue: a man and a monument. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 21 pages.
Deskripsyon Konple
The Bulletin de l'ISPAN, No 42, of April 2020. The issue covers Toussaint Louverture, governor general of the island of Saint-Domingue: a man and a monument. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 21 pages.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
• Archives : Source inconnue
Toussaint Louverture,
Gouverneur Général de l’île de Saint-Domingue,
un homme, un monument
• Portrait de Toussaint Louverture
BULLETIN DE L’ISPAN, No 42, 21 pages
Sommaire.........................
•Mise en contexte et considéra ons
historiques spécifiques
•Du statut d’esclave à celui de Gouverneur
Général de l’île de St‐Domingue
•Toussaint Louverture Général conquérant
éminemment complexe & énigma que
•Certes, un soldat monumental mais un
libérateur surtout
Toussaint Louverture Général
conquérant éminemment complexe
& énigmatique
page 13
Après 181 années retour d’éxil
symbolique du génie de la race
page 19
•Après 181 années retour d’exil
symbolique du génie de la race
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
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22
Lettre aux lecteurs
Chers lecteurs,
Ce mardi 07 Avril 2020 ramène les 217ème années du
décès au fort de Joux de ce général émérite qu’est TOUSSAINT
LOUVERTURE. En hommage à cette importante figure de l’histoire
universelle, L’ISPAN lui consacre ce bulletin spécial afin de mieux
faire connaître aux écoliers, aux universitaires et aux haïtiens en
général une partie de l’héritage monumental qu’il a légué à la
nation haïtienne.
Son statut d’esclave, son apparence physique ingrate, et
ses traits jugés disgracieux par les canons de beauté de l’époque lui
ont valu des quolibets de tous genres. Il est affublé du surnom
dévalorisant de « fatras bâton », malgré ces conditions
d’existence exécrables il apprit à lire et à écrire…. ainsi pour
l’époque, le voilà déjà muni dès son jeune âge des rudiments de
base du savoir académique, ce qui était interdit aux esclaves. Grâce
à son intelligence tactique, son esprit de discernement, sa lecture
et sa compréhension des enjeux territoriaux dans le ‘’nouveau
monde’’ ,il analyse et comprend les rapports antagoniques de
même que les conflits entre les nations esclavagistes rivales. Son
esprit militaire le maintien toujours aux aguets, et, le porte à
tirer parti de la situation révolutionnaire exceptionnelle régnant à
StDomingue ainsi que de toutes les contradictions internes du
système colonial esclavagiste. Ainsi donc, il exploite
judicieusement en faveur de sa cause encore secrète tous les
évènements tumultueux et révolutionnaires, ce qui le propulse aux
commandes des armées coloniales espagnoles et françaises pour
finalement aboutir au gouvernorat de l’ile de StDomingue.
Pour l’ISPAN, ce 217ème anniversaire est une occasion
supplémentaire qui permet de camper brièvement cet illustre
personnage non seulement par le biais de ses diverses conquêtes
militaires et territoriales ….mais surtout à travers ses multiples
réalisations physiques qui constituent de nos jours une part
importante du patrimoine bâti. Ces faits exceptionnels impriment
à tout jamais son empreinte de manière indélébile dans l’histoire
territoriale et militaire de la République d’Haïti. Cependant, en
dépit de son œuvre monumentale et sa stature de Chef d’État
visionnaire, il est très mal connu des Haïtiens d’aujourd’hui.
Pourtant son parcours hors normes est riche en enseignements de
toutes sortes, sa lucidité politique, sa posture égalitaire avec le
Consul Français Bonaparte par son fameux « du premier des
noirs au premier des blancs », son esprit d’abnégation, son
sentiment d’appartenance, son ambition d’atteindre les sommets,
son âme de soldat, sa lutte en faveur de la liberté des noirs et
l’indépendance de StDomingue, ont finalement conduit à son
arrestation, à sa déportation et à sa mise à mort. Malgré ce revers
de fortune, même étant chargé de lourdes chaines sur le vaisseau «
le Héros », il a déclaré ces mots « En me renversant, on n’a
abattu à SaintDomingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais
il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ». Était
ce donc les paroles d’un leader visionnaire et d’un général
conquérant revendiquant lucidement sa victoire totale face à
l’ennemi ? Ho bien sûr que oui
Du statut d’esclave, en passant par celui d’un lieutenant
général galonné pour aboutir au Gouvernorat de l’ile de St
Domingue, son ascension fulgurante et atypique en une dizaine
d’années a suscité l’admiration des uns, ou encore la haine des
autres et certaines fois le refus d’obtempérer à ses ordres par
certains de ses pairs qui se jugent supérieurs à cause de leur teinte
épidermique. Bien que l’histoire universelle au fil du temps le
conforte dans ses multiples positions prises il y plus de deux
siècles, cette figure énigmatique qu’est le Général Toussaint
LOUVERTURE est aujourd’hui encore l’objet de controverses et de
jalousie à cause de ses nombreux succès militaires, l’aboutissement
de sa vision en faveur d’une cause juste comme celle de la liberté
générale des noirs, son rôle d’administrateur de la colonie de St
Domingue et surtout celui du précurseur de l’indépendance d’Haïti.
Bonne lecture à tous !
Jeanpatrickdurandis
Architecte de monument
Directeur Général ISPAN
Angle des Rues Magny et Capois
Port-au-Prince, Haïti
Téléphone : (509) 3600-8709
Email : ispanmc.info@gmail.com
Site web: www.ispan.gouv.ht
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
33
François-Dominique Toussaint Louverture
20 mai 1743 - 07 avril 1803
Le portrait de L'Ouverture est authentique. —Il fut
donné par L'Ouverture lui-même à l'agent Roume. L'original du
portrait est religieusement conservé dans la
famille de Roume, chez M. le comte Roume de SaintLaurent, qui habite Paris.
St-REMY
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
44
Mise en contexte
et considérations historiques spécifiques
… TOUSSAINT.
• Archives : Musée d’Aquitaine
Article 1. Comme destructeurs de la
colonie, les généraux Leclerc,
Rochambeau, Kerverseau, et
Desfourneaux, sont mis hors la loi ;
j'ordonne à tous les citoyens de
cette colonie, amis de leur liberté et
de leurs droits, de leur courir sus,
et de les arrêter morts ou vifs...
•Toussaint Louverture sur son cheval Bel Argent, Denis Alexandre Volozan
T
ous les manuels d’histoire
s’accordent sur l’origine, la
naissance,
le
parcours
militaire et politique de cette
grande figure historique qu’est
Toussaint Louverture. En fait, il est
et demeure l’un des grands
hommes énigmatiques de l’histoire
universelle et suscite encore
beaucoup d’interrogations quant à
ses multiples réalisations au cours
d’une époque aussi complexe que
le XVIIIème siècle à St-Domingue.
En effet, en ce temps-là,
quelle personne assez folle
s’hasarderait à prédire un destin
aussi exceptionnel à cet esclave au
physique malingre qui n’occupe
que des fonctions de cocher, de
palefrenier
ou
encore
de
vétérinaire sur l’Habitation Bréda
au ‘’Haut du Cap’’ ? C’était tout
simplement inimaginable, impossible,
irréaliste. Certes, Il faisait partie des
esclaves à talents et possédait sans
doute assez d’autonomie pour
amasser un pécule en vue
d’acheter son affranchissement.
Grâce à ce savoir particulier de
l’anatomie des chevaux et de
certains autres mammifères, il peut
passer d’une habitation à l’autre
pour monnayer ses services, ce qui
le met en contact avec une masse
importante d’esclaves sans éveiller
de soupçons sur la nature réelle de
ses intentions et de ses ambitions.
Cavalier émérite, il est affranchi à
l’âge de 33 ans sous le nom de
‘’Toussaint Breda‘’ vers 1776 et
acquiert une confortable aisance.
Par la suite il se perfectionne dans
l’apprentissage de la lecture et de
l’écriture et fait l’acquisition d’une
modeste plantation produisant du
café sur laquelle se trouvent une
dizaine d’esclave dont l’un d’entre
eux fut Jean-Jacques Dessalines,
rapporte-t-on. D’ailleurs, ce dernier
deviendra l‘un de ses fidèles
lieutenants et marquera à jamais
l’histoire d’Haïti.
En dépit de cette réussite
apparente, ‘’Toussaint Breda’’, diton, prend une part active dans la
révolte antiesclavagiste de 1791qui
fait suite à la cérémonie du ‘’BoisCaïman’’.
Les
blancs
affolés
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
55
réclament une armée à la métropole.
Les résultats se font attendre. Ils se
livrent donc aux Anglais et aux
Espagnols qui envahissent la colonie.
Les affranchis de leur côté
prennent le parti du Roi de France.
Le code noir établi par Louis XIV
prévoit qu’ils jouissent des mêmes
prérogatives que les blancs, aussi
ont-ils peur que les colons refusent
de leur reconnaître ces droits. Une
minorité d’entre eux, les noirs
libres, affranchis par leurs maîtres,
jouissent eux, du moins en théorie,
des mêmes droits que les blancs et
les mulâtres. Les esclaves, par
contre, n’ayant rien à perdre,
préparent leur insurrection. Le
colorisme lié à l’exercice des droits
civils et politiques, à l’appartenance
sociale et au degré de richesse crée
un
enchevêtrement
d’intérêts
rendant la situation sociale à StDomingue extrêmement tendue et
explosive pour toutes les couches
sociales et la métropole.
‘’Toussaint Breda’’, alors âgé
de 48 ans, s’engage en tant
qu’homéopathe dans les rangs des
insurgés grâce à ses connaissances
des herbes et autres plantes
médicinales.
Il
fait
preuve
d’intelligence tactique, d’autorité et
de bravoure au combat, ce qui le
fait rapidement remarquer par
Biassou et devient son premier
lieutenant. Dès lors, il connaitra une
ascension fulgurante qui ne
s’arrêtera que par sa déportation,
son enfermement et sa mise à
mort au fort de Joux; tout
soigneusement planifié par les
généraux Bonaparte et Leclerc.
Nourrie assurément aux
idéaux des grands penseurs des
Lumières de 1789, la colonie STDominguoise est l’espace où le
message émancipateur de la
révolution française trouve un écho
particulier qui irrigue la conscience
de tous les exploités. Alors, ces
derniers remirent en cause l’ordre
colonial, dénoncent la traite
négrière, fustigent le système
esclavagiste avec le traitement
bestial infligé aux esclaves, les
privilèges établis, les hiérarchies
raciales et sociales, et revendiquent
leur droit à la liberté et à l’égalité.
La déclaration des droits de
l’homme, en retentissant à StDomingue, déchaîne toutes les
passions des diverses couches
sociales. Le système colonial
esclavagiste se heurte à la
contestation et à la rébellion qui
prennent ouvertement l’allure d’une
révolution.
Ouest, l’ambiance révolutionnaire à
St-Domingue se structure solidement
et oblige alors Sonthonax, envoyé de
la Convention, à proclamer
l’abolition de l’esclavage le 29 Aout
1793. Dès lors, le général Toussaint
Louverture envisage de revenir vers
la colonie française de StDomingue, où déjà sa renommée
le précède puisqu’il se prononce ce
même jour en ces termes :
« J'ai entrepris la vengeance de ma
race. Je veux que la liberté et l'égalité
règnent à Saint-Domingue. Unissezvous, frères, et combattez avec moi
pour la même cause. Déracinez avec
moi l'arbre de l'esclavage ».
Ces propos émanent d'un article
de Philippe Peter intitulé ''Toussaint
Louverture Père de l’Émancipation
des esclaves ''.
Entre temps,
Toussaint, recherchant
à tout prix la liberté
générale des esclaves,
se met au service de
l’Espagne,
dans
la
partie Est de l’ile
d’Hispaniola avec son
armée. Il remporte
plusieurs
victoires
éclairs et se construit
dès lors, dit-on, ce
patronyme légendaire
de Louverture, tout
en accédant au grade
prestigieux
de
« GENERAL DES
ARMEES DU ROI
D’ESPAGNE ». Tandis
que dans la partie
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• Archives : Source inconnue
Du statut d’esclave
à celui de Gouverneur Général de l’île de St-Domingue
C
• Portrait de Toussaint Louverture
omment Toussaint parvientil, en ce temps-là, à faire
tomber le code noir,
l’esclavage, la traite négrière, la
discrimination
raciale,
la
stratification sociale, le collorisme,
les tortures et injures infligées aux
noirs, le préjugé de couleur,
l’analphabétisme et le climat social
antagonique entre les individus
blancs, noirs et mulâtres, alors
portés à leur paroxysme ?
Comment parvient-il à anéantir
toutes ces barrières pour gravir
non seulement tous les échelons
militaires, sociaux et économiques
mais surtout émerger de son statut
d’esclave
jusqu’à
celui
de
gouverneur général à vie de l’ile de
St-Domingue ? Le sachant muni des
rudiments académiques de base qui
étaient interdits aux esclaves à
l’époque, certains le disent alors
prédestiné et pensent qu’il a
probablement pris connaissance du
fameux livre de l’Abbé Raynal
intitulé l'Histoire des Deux Indes
où l'on peut lire le
passage
suivant :
« Il ne manque aux nègres qu'un
chef assez courageux pour les
conduire à la vengeance et au
courage. Où est-il, ce grand homme,
que la nature doit peut-être à
l'honneur de l'espèce humaine ? Où
est-il ce Spartacus nouveau, qui ne
trouvera point de Crassus ? Alors
disparaîtra le Code noir. Et que le
Code blanc sera terrible, si le
vainqueur ne consulte que le droit de
représailles ».
Aujourd’hui encore, son
parcours atypique est inspirant et
porteur
de
messages
qui
provoquent des interrogations
constantes sur l’étanchéité, le
cloisonnement, la stratification
sociale et l’impossibilité réelle que
confrontait les noirs, les mulâtres et
toutes autres personnes de couleur
pour accéder aux plus hautes
fonctions dans la colonie. Bien que
verrouillé, cloisonné et stratifié le
système colonial tel qu’on nous le
décrit et rapporte a en réalité des
anfractuosités insoupçonnées et lui,
Toussaint Bréda (fatras bâton)
passe au travers pour être à la
fois propriétaire de plantations et
d’esclaves, et général en chef d’une
armée composée de cultivateurs,
de miliciens et de militaires
galonnés de teintes épidermiques
variées. Tous les récits historiques
nous enseignent que son emprise
sur ST-Domingue et sa population
est réelle et totale à un point tel
que le Capitaine Général Leclerc, à
travers ses lettres, lors de
l’expédition de 1802, lui promet
d’abord la reconnaissance de la
République tout en le rassurant sur
sa fortune personnelle, l’éducation
de ses enfants, son bien-être et son
confort matériel, ou encore un
déluge de feu et les plus grands
malheurs s’il persiste sur cette voie
pernicieuse qu’est la liberté
générale, l’appropriation de la
colonie avec l’aide d’officiersgénéraux noirs galonnés et
l’indépendance de St-Domingue.
L’armée
expéditionnaire
française arrive à un moment où les
revendications sociales, motrices du
climat révolutionnaire de la
colonie, atteignent pratiquement un
niveau irréversible. L’entreprise
visant à rétablir l’esclavage reste
incertaine, même à travers une
grande effusion de sang quand on
se réfère à ces paroles du Général
Louverture
«…. Mais non, la main qui a rompu
nos chaînes ne nous asservira pas à
nouveau. La France ne reniera pas
ses principes, elle ne nous enlèvera
pas le plus grand de ses bienfaits,
elle nous protègera contre tous nos
ennemis ; elle ne permettra pas que
sa morale sublime soit pervertie, que
ses principes qui sont son plus grand
honneur soient détruits… et que son
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• Archives : Bibliothèque national de France
décret du 16 pluviôse-4 février 1794
qui est un honneur pour l’humanité
soit révoqué .Mais si, pour rétablir
l’esclavage à Saint-Domingue, on
faisait cela, alors je vous le déclare,
ce serait tenter l’impossible ; nous
avons su affronter des dangers pour
obtenir notre liberté, nous saurons
affronter la mort pour la maintenir ».
indigènes, un protocole lui assure
et garantit le respect dû à son rang.
Aussi les deux généraux sont-ils
très conscients qu’il est hors de vue
que l’un d’entre eux s’autorétrograde et se retrouve sous le
commandement de l’autre sans
combattre. Profondément pénétrés
de part et d’autre par l’esprit et
l’honneur militaire, on ne capitule
importance capitale. Elle permet
d’une part de saisir le contexte de
l’arrestation et la déportation du
général Louverture. D’autre part,
elle laisse transpirer le matraquage
ainsi que l’énorme pression à
laquelle
étaient
soumis
constamment le général Louverture
et l’armée coloniale st-dominguoise
dès le débarquement de l’armée
expéditionnaire française jusqu’à sa
déportation. Est-ce pourquoi nous
soumettons à votre appréciation
les suivantes :
XVIII
PROCLAMATION AU NOM DES CONSULS
DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Au Quartier Général du Cap,
le 19 Pluviôse, l’An X de la
République Française
(8 février 1802).
Leclerc, général en chef de l’armée
de Saint-Domingue,
Capitaine général de la colonie.
Aux citoyens de Saint-Domingue.
•Prise du Cap français par l’armée expéditionnaire
Citoyens,
Au regard des multiples
succès jalonnant la carrière militaire
du général Louverture qui est en
poste, ces paroles sont loin d’être
vaines. Ainsi donc, poussant encore
plus loin sa posture égalitaire, de
reconnaissance, et d’indépendance,
il
engage
une
constitution
révolutionnaire en 1801 en ces
termes
auprès
du
Consul
Napoléon Bonaparte : ‘’ du Premier
des Noirs au Premier de Blancs’’.
En tant que Gouverneur
Général à vie auto-proclamé de la
colonie de St-Domingue et
commandant des forces armées
point sans combattre ne serait-ce
que d’abord par le biais d’une
correspondance. Alors ils engagent
une guerre latente et épistolaire
afin de se donner le temps de se
jauger et d’évaluer les forces en
présence. Cette correspondance,
tout en étant
apparemment
courtoise, utilise un ton martial,
très ferme, intimidant et sans
équivoque
sur
l’objectif
à
atteindre. Parfois certains passages
pleins de morgue et d’arrogance
sont chargés de menaces à peine
voilées. Est-ce pourquoi, cette
correspondance de guerre du
Capitaine général Leclerc revêt une
Par la Constitution française, SaintDomingue fait partie de la
République… Le gouvernement
français
croyait
avoir
des
récompenses à décerner au général
Toussaint ; il m’avait chargé de lui
ramener ses enfants. Ces jeunes gens
ne doivent pas être victimes des
fureurs de leur père. Je les lui ai
renvoyés hier…Généraux, officiers et
soldats, employés sous les drapeaux
du général Toussaint, qui ne sont plus
ceux de la République, je suis venu ici
pour vous décerner les récompenses
que votre bonne conduite dans la
guerre que vous avez soutenue
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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contre nos ennemis vous a mérité.
Venez vous rallier à l’armée française
que je commande…
…La République française ne
souffrira pas que vos magasins soient
de nouveau incendiés, et que le
produit de tant d’années de travaux
puisse vous être enlevé en un jour.
Mais, citoyens de Saint-Domingue,
n’oubliez pas que si le gouvernement
français est bon et généreux pour ses
véritables enfants, il est terrible dans
sa justice.
D’après ces principes, j’ordonne
l’exécution des dispositions
ci-après :….
Article 3. — Tout individu faisant
partie de l’armée du général
Toussaint, qui sera pris les armes à la
main, sera prisonnier de guerre, et,
comme tel, employé à la
reconstruction du Cap et des
établissements incendiés.
Le général en chef, Capitaine
Général de la colonie de SaintDomingue.
Leclerc.
XXIII
23 Pluviôse, An X (12 février 1802).
Le Général en chef Leclerc au Général
Toussaint.
J’ai reçu la lettre que vous m’avez
écrite et qui m’a été remise par vos
enfants, il paraît que vous n’êtes pas
instruit de la manière dont les
événements se sont passés. L’armée
navale s’est d’abord présentée en
amie et ce n’est que d’après le refus
formel du général Christophe de la
recevoir, qu’elle a été forcée de
prendre une attitude hostile….
J’aime à voir dans votre lettre,
Citoyen Général, que vous n’avez
point ordonné cet excès, j’aime à voir
que vous avez le désir de sauver la
colonie, il en est temps encore ;
rendez-vous auprès de moi, j’aimerai
à profiter de vos lumières.
Vous avez une grande réputation,
vous pouvez la conserver intacte,
soyez sans aucune inquiétude sur
votre fortune, elle vous sera
conservée, elle est trop légitimement
acquise par vos travaux ; quant à
votre rang, rapportez-vous en à la
promesse du général Bonaparte dont
vous avez les lettres dans les
mains…
Vous avez à choisir, Citoyen Général,
entre le titre de Pacificateur et celui
de Dévastateur de la colonie de SaintDomingue….
…Je vous attends, Citoyen Général,
venez conférer avec franchise, avec
un de vos camarades. Pour vous
prouver la loyauté de mes
sentiments, je vous préviens que
pendant 4 jours les divisions qui
couvrent le Cap ne commettront
aucun acte d’hostilité : si elles sont
attaquées elles répondront…
…Vous voyez, Citoyen Général, que
tous les ordres qui sont en mon
pouvoir pour arrêter l’effusion du
sang, je les ai donnés, mais si le délai
de 4 jours expiré, vous n’êtes pas
venu conférer avec moi sur les
moyens de rendre la paix et la
tranquillité à la colonie, je regarderai
cela comme un refus de votre part
de contribuer à sauver la colonie, et
je suivrai le cours de mes opérations.
XXV
Au Quartier Général au Cap,
le 26 Pluviôse, (15 février 1802).
Le Général en Chef au Ministre de la Marine.
Citoyen Ministre,
Toussaint ne veut pas venir. Je suis
décidé à entrer en campagne le 28.
Il cherche dans ses lettres à
m’amuser. Vous trouverez ci-joint
l’arrêté que j’ai pris contre lui.
Je veux conduire la guerre avec
vigueur.
XXXII
AU NOM DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS
ARMÉE DE SAINT-DOMINGUE
PROCLAMATION
Au Quartier Général du Cap,
le 28 Pluviôse, An X de la
République
une et indivisible
Leclerc, général en chef de l’Armée
de Saint-Domingue,
Capitaine Général de la Colonie,
aux Habitants de Saint-Domingue.
Citoyens,
Je suis venu ici, au nom du
Gouvernement
français,
vous
apporter la paix et le bonheur ; je
craignais de rencontrer des
obstacles dans les vues politiques
des chefs de la Colonie, je ne me
suis point trompé.
Ces chefs, qui annonçaient leur
dévouement à la France dans leurs
proclamations, ne pensaient à rien
moins qu’à être Français ; ils voulaient
Saint-Domingue pour eux et s’ils
parlaient quelquefois de la France,
c’est qu’ils ne se croyaient pas encore
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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en mesure de la méconnaître
ouvertement.
Aujourd’hui leurs intentions perfides
sont démasquées. Le général
Toussaint m’avait envoyé ses enfants,
avec une lettre dans laquelle il
assurait qu’il ne désirait rien tant que
le bonheur de la colonie, et qu’il était
prêt à obéir à tous les ordres que je
lui donnerais.
Je lui ai ordonné de se rendre auprès
de moi ; je lui ai donné ma parole de
l’employer comme mon lieutenantgénéral ; il n’a répondu, à cet ordre,
que par des phrases ; il ne cherche
qu’à gagner du temps….
J’entre en campagne, et je vais
apprendre à ce rebelle qu’elle est la
force du Gouvernement français…
…J’ai promis aux habitants de SaintDomingue la liberté ; je saurai les en
faire jouir. Je ferai respecter les
personnes et les propriétés.
J’ordonne ce qui suit :
Article premier. — Le général
Toussaint et le général Christophe
sont mis hors la loi ; il est ordonné à
tous les citoyens de leur courir sus, et
de les traiter comme des rebelles à
la République française…
…Article IV. — Les soldats des demibrigades qui abandonneront l’armée
de Toussaint, feront partie de l’armée
française.
Article VI. — Le général, chef de
l’état-major, fera imprimer et publier
la présente proclamation.
Signé : Leclerc.
Pour copie conforme,
Le général de Division, chef de l’ÉtatMajor Général :
Dugua
XXXVIII
Au Quartier Général au Port-Républicain,
le 14 Ventôse, (5 mars 1802).
Le Général en Chef au Premier
Consul.
Citoyen Consul,
Vous verrez par le rapport que
j’adresse au ministre de la Marine,
que notre position militaire est
bonne….
…J’ai dans les mains presque tous
les conseillers de Toussaint ; je les ai
maintenus presque tous dans les
places qu’ils occupaient. Je m’en
servirai tant que j’en aurai besoin.
Toutes vos instructions seront
fidèlement remplies, car elles sont les
seules propres à assurer à la France
la possession de Saint-Domingue….
…Entre mille lettres qui me sont
tombées sous les mains du général
Toussaint et qui annoncent son
intention bien prononcée d’être
indépendant, je vous envoie celle-ci.
J’en ai beaucoup datées du 14
pluviôse, adressées aux généraux
Dessalines, Christophe et Maurepas,
par le même et qui toutes annoncent
les mêmes dispositions. Elles sont de
trois jours antérieurs à notre entrée
au Cap, et prouvent très clairement
que si je me fusse laissé abuser par
les folles protestations de Toussaint,
je n’aurais été qu’un imbécile….
Agréez l’assurance de mon respectueux
dévouement, Citoyen Consul.
Leclerc
XLVIII
Au Cap, le 13 Floréal (3 mai 1802).
Au nom du Gouvernement Français
Le Général en Chef au Général
Toussaint
Je vois avec plaisir, Citoyen Général,
le parti que vous prenez de vous
soumettre aux armes de la
République ; ceux qui ont cherché à
vous tromper sur les véritables
intentions du Gouvernement Français
sont bien coupables. Aujourd’hui, il ne
faut plus nous occuper à rechercher
les auteurs des maux passés ; je ne
dois plus m’occuper que des moyens
de rendre le plus promptement
possible la colonie à son ancienne
splendeur. Vous, les généraux et les
troupes sous vos ordres, ainsi que les
habitants de cette colonie qui sont
avec vous, ne craignez point que je
recherche personne pour sa conduite
passée ; je jette le voile de l’oubli sur
tout ce qui a eu lieu à SaintDomingue avant mon arrivée. J’imite
en cela l’exemple que le Premier
Consul a donné à la France après le
18 brumaire….
Vos généraux et vos troupes seront
employés et traités comme le reste
de mon armée. Quant à vous, vous
désirez du repos ; le repos vous est
dû ; quand on a supporté pendant
plusieurs années le fardeau du
gouvernement de Saint-Domingue, je
conçois qu’on en ait besoin. Je vous
laisse le maître de vous retirer sur
celles de vos habitations qui vous
conviendra le mieux. Je compte assez
sur l’attachement que vous portez à
la colonie de Saint-Domingue, pour
croire que vous emploierez les
moments de loisir que vous aurez
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
10
10
dans votre retraite, …….
Aussitôt que l’état de situation des
troupes aux ordres du général
Dessalines me sera parvenu, je ferai
connaître mes intentions sur la
position qu’elles doivent occuper.
Vous trouverez à la suite de cette
lettre l’arrêté que j’ai pris pour
détruire les dispositions de celui du
28 pluviôse, qui vous était personnel.
Au Quartier Général du Cap, le 13
floréal an Dix de la République
française.
Je vous salue.
Le général en chef,
Signé : Leclerc
LIX
Au Quartier Général du Cap,
le 18 Floréal, (8 mai 1802).
Le Général en Chef au Ministre de la
Marine et des Colonies.
Citoyen Ministre,
Le général Toussaint s’est rendu ici. Il
en est reparti parfaitement content
de moi et prêt à exécuter tous mes
ordres. Je crois qu’il les exécutera,
parce qu’il est persuadé que s’il ne
les exécutait pas, je l’en ferais
repentir. Il faut que je lui aie inspiré
une grande confiance, puisqu’il a
couché au quartier général d’un de
mes généraux et qu’il n’avait avec lui
que quelques hommes. Je ne perds
pas un instant pour rétablir la
tranquillité et n’avoir rien à craindre
dans la colonie de qui que ce soit.
J’ai l’honneur de vous saluer.
Leclerc.
LXXII
Au Quartier Général du Cap,
le 17 Prairial, (6 juin 1802).
Le Général en Chef au Premier
Consul de la République Française.
Citoyen Consul,
Ma position devient plus mauvaise
de jour en jour. Les maladies
m’enlèvent des hommes. Je vous
prie de vous faire représenter la
lettre que j’écris à cet égard au
ministre de la Marine. Toussaint est
de mauvaise foi, comme je m’y
étais bien attendu ; mais j’ai retiré
de sa soumission le but que j’en
attendais, qui était de détacher de
lui Dessalines et Christophe avec
leurs troupes….
Je vais ordonner son arrestation et
je crois pouvoir compter assez sur
Dessalines, de l’esprit duquel je me
suis rendu maître, pour le charger
d’aller arrêter Toussaint. Je crois ne
pas le manquer, mais si je venais à
le manquer, je le ferais poursuivre
par Christophe et Dessalines…
…Ces mesures sont toujours
subordonnées à celles que je serai
obligé de prendre, soit après
l’arrestation de Toussaint, soit
après l’avoir manqué. Ne soyez pas
étonné si je dis qu’il soit possible
qu’il soit manqué. Depuis 15 jours
cet homme est extrêmement
méfiant. Ce n’est point que j’aie
donné de prise à sa méfiance, mais
il regrette le pouvoir et ses regrets
s’exhalent fréquemment et lui font
naître l’idée de renouveler son
parti…
LXXVIII
Au Quartier Général du Cap ,
le 22 Prairial (11 juin 1802).
Le Général en Chef au Ministre de
la Marine.
Citoyen Ministre,
Je vous ai instruit par une de mes
dernières dépêches du pardon que
j’avais bien voulu accorder au général
Toussaint. Cet homme ambitieux,
depuis le moment que je lui ai
pardonné, n’a cessé de conspirer
sourdement. S’il s’était rendu, c’est
que les généraux Christophe et
Dessalines lui avaient signifié qu’ils
voyaient bien qu’il les avait trompés
et qu’ils étaient décidés à ne plus
faire la guerre….J’ai intercepté des
lettres qu’il écrivait à un nommé
Fontaine qui était son agent au Cap.
Ces lettres prouvent sans réplique
qu’il conspirait et voulait reprendre
son ancienne influence dans la
colonie. Il attendait l’effet des
maladies sur l’armée…Dans ces
circonstances, je n’ai point dû lui
laisser le temps de consommer des
projets criminels. J’ai ordonné de le
faire arrêter ; la chose n’était pas
facile, cependant elle a réussi, par les
bonnes dispositions du général de
division Brunet que j’en avais chargé,
et par le zèle et le dévouement du
citoyen Ferrari, mon aide de camp,
chef d’escadron…
….j’envoie en France, avec toute sa
famille, cet homme si profondément
perfide, qui avec tant d’hypocrisie
nous a fait tant de mal. Le
Gouvernement verra ce qu’il doit en
faire. L’arrestation du général
Toussaint
a
produit
des
rassemblements.
Deux
chefs
d’insurgés sont déjà arrêtés. J’ai
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11
J’ai l’honneur de vous saluer.
Leclerc.
LXXX
Au Quartier Général du Cap,
le 22 Prairial, (11 juin 1802).
Le Général en Chef au Premier
Consul.
Citoyen Consul,
Je viens de prendre un parti qui fera
un grand bien à la colonie. J’ai
comme je vous le marquais fait
arrêter le général Toussaint et je vous
l’envoye en France avec toute sa
famille. Cette opération n’était pas
aisée, elle a réussi on ne peut plus
heureusement. Depuis quelques jours,
il avait rassemblé auprès de lui 6 à
700 cultivateurs et nombre de
déserteurs ; il avait refusé de se
rendre à deux rendez-vous que le
général Brunet lui avait donnés
quelques jours avant. Il m’avait écrit
pour se plaindre de ce que j’avais
établi des troupes à Dennery qu’il
avait choisi pour sa résidence. Je lui
répondis que pour lui ôter tout sujet
de plainte je l’autorisais à conférer avec
le général Brunet sur le placement des
troupes dans le canton. Il s’est rendu
chez le général Brunet. Là il a été
arrêté et embarqué…
….Recevez l’assurance de mon
attachement respectueux et de mon
entier dévouement, Citoyen Consul.
Leclerc.
Il ne faut pas que Toussaint soit
libre, faites-le emprisonner dans
l’intérieur de la République ; que
jamais il ne revoye Saint-Domingue.
LXXXI
Au Quartier Général du Cap ,
le 26 Prairial (15 juin 1802).
Le Général en Chef au Ministre de la
Marine.
Citoyen Ministre,
Le général Toussaint possède des
biens très considérables dans ce
pays. Je crois que le Gouvernement a
le droit de les confisquer. Quant à ses
fermes, je vais les faire louer à
d’autres. Vous trouverez dans la lettre
ci-jointe que m’écrit le général
Debelle, une preuve de la conduite
que tenait ce misérable. Les troubles
que j’avais craint ont été apaisés…
d’armée il a dû sans doute analyser
lucidement cette équation à
variables multiples sur tous les
angles pour finalement se rendre
compte qu’il ne lui est pas très
favorable.
Aussi lance-t-il simultanément
plusieurs
attaques
avec
les
généraux Maurepas, Dessalines,
Christophe, Gabart etc. sur
différents fronts afin de diluer la
puissance de feu de l’armée
expéditionnaire française à travers
les zones les plus difficiles d’accès.
L’important
n’est
pas
nécessairement de gagner toutes
les
batailles
mais
d’épuiser
physiquement l’ennemi et de
démoraliser les troupes françaises.
Cette stratégie est mise en place
par le général Louverture de sorte
J’ai l’honneur de vous saluer
Leclerc
Le général Louverture, lui,
de son côté, loin de rester inactif,
met en place une stratégie et agit
simultanément sur deux axes,
certains extraits tirés du document
intitulé « Mémoires du Général
Toussaint Louverture écrits par luimême » nous les montre
clairement. Sur le plan politique, il
ranime et maintient vivace son
alliance avec son armée, les
esclaves noirs opprimés, la classe
des anciens et nouveaux libres sans
•Toussaint Louverture sur son cheval Bel Argent,
droits civiles et politiques réels,
Denis Alexandre Volozan
ceux qui lui sont fidèles en dépit de
son différend avec le général que l’armée expéditionnaire ne
Rigaud, les blancs et planteurs s’attende ni à sa reddition, ni à sa
républicains
partisans
de capitulation, il est en campagne afin
l’indépendance, les antiroyalistes, de forcer une solution négociée
tous les habitants de St-Domingue. entre officiers-généraux. Cette
En effet en tant que général démonstration de force est surtout
• Archives : Musée d’Aquitaine
ordonné de les faire fusiller.
J’ai ôté aux noirs leur point de
rassemblement, mais je suis bien
faible et ce n’est que par une force
morale extraordinaire que je supplée
à mes forces physiques…Le départ
de Toussaint a causé une joie
générale au Cap….
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TOUSSAINT
« … On ne peut pas donner à une
personne ce dont elle a déjà la
jouissance ; le général Leclerc ne
peut donc donner aux habitants de
la colonie une liberté qu'ils avaient
déjà reçue de Dieu qui leur avait été
ravie par l'injustice de leurs tyrans, et
qu'ils ont dû reconquérir et conserver
au prix de leur sang…
En conséquence, et en vertu des
pouvoirs qui me sont attribués par la
Constitution de Saint-Domingue, et
vu que le général Leclerc ne m'a pas
encore exhibé les pouvoirs dont il est
nanti,
J'ordonne ce qui suit :
TOUSSAINT.
Article1. Comme destructeurs de la
colonie, les généraux Leclerc,
Rochambeau,
Kerverseau,
et
Desfourneaux sont mis hors la loi ;
j'ordonne à tous les citoyens de cette
colonie, amis de leur liberté et de
leurs droits, de leur courir sus, et de
les arrêter morts ou vifs.
Article2. Les autres généraux de
l'armée française qui, ne connaissent
pas la colonie, auront été pris les
armes à la main, seront faits
prisonniers de guerre, traités avec
tout le respect dû à leur caractère,
pour être renvoyés au gouvernement
français….»
« …Ces ordres donnés, je pris six
compagnies
de
grenadiers
commandés par Gabart, chef de la
4e demi-brigade, et le chef de
bataillon Pourcely. Je marchai sur
Ennery, J'y trouvai la proclamation du
général Leclerc qui me met hors la
loi. Persuadé que je n'avais aucun
tort à me reprocher, que tout le
désordre qui régnait dans le pays
avait été occasionné par le général
Leclerc ; me croyant d'ailleurs
légitime commandant de l'île, je
réfute sa proclamation et le mets luimême hors la loi. Sans perdre de
temps, je me remets en marche et
reprends sans coup férir Saint-Michel,
Saint-Raphaël, le Dondon et la
Marmelade. Dans cette dernière
place, je reçus une lettre du général
Dessalines qui m'instruisait que le
général Leclerc avait marché contre
la Petite-Rivière sur trois colonnes ;
que l'une de ces colonnes, passant
par le Cahos et les Grand-Fonds,
s'était emparée de tous les trésors
de la république venant des
Gonaives….
… Instruit de ces faits, je me portai
sur Plaisance et m'emparai d'abord
du camp de Bidouret, qui domine
cette place. Ce camp était occupé
par des troupes de ligne. J'emportai
également d'assaut tous les postes
avancés….Je retournai aux Gonaives,
et me rendis maître de la plaine qui
environne cette ville, prêt à marcher
sur le Gros-Morne pour aller délivrer
le général Maurepas, qui devait être
au Port-de-Paix, ou qui devait s'être
retiré dans les montagnes où je lui
avais ordonné de camper, ignorant
s'il avait déjà capitulé et fait sa
soumission au général Leclerc. Je
reçus une troisième lettre du général
Dessalines, qui me faisait le rapport
que le général Leclerc, ayant réuni
toutes ses forces, avait ordonné
l'assaut général, qu'il avait été
repoussé, ce qui l'avait déterminé à
faire cerner cette place et à la faire
bombarder. Dès que j'appris le
danger dont elle était menacée, je
me hâtai d'y porter ma troupe pour
la délivrer. Arrivé devant le camp, je
fis une reconnaissance, pris les
renseignements nécessaires et me
disposai à l'attaque. Je devais
infailliblement entrer dans le camp
par un côté faible que j'avais
reconnu, et m'emparer de la
personne du général Leclerc et de
tout son état-major ; mais au
moment de l'exécution, j'appris que
la garnison, manquant d'eau, avait
été obligée d'évacuer le fort. Si le
projet avait réussi, mon intention
était de renvoyer le général Leclerc
au premier consul, en lui rendant un
compte exact de sa conduite, et en
le priant de m'envoyer une autre
personne digne de sa confiance, à qui
j'eusse remis le commandement… »
(Mémoires du Général Toussaint Louverture écrits
par lui-même page 53 à 57)
• Archives : Musée d’Aquitaine
destinée à persuader l’ennemi qu’il
a pris toutes les dispositions pour
renouveler les combats encore et
encore…Aussi
prenons
donc
connaissance de certains extraits
des
mémoires
du
général
Louverture où il déclare la guerre
au Capitaine Général Leclerc
Commandant en chef de l’armée
expéditionnaire :
•Toussaint Louverture sur son cheval Bel Argent,
Denis Alexandre Volozan
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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Toussaint Louverture Général conquérant
éminemment complexe & énigmatique
F
• Archives : Le monde illustré du 31 juillet 1937, page 9
igure de proue éminemment,
complexe et énigmatique, de
son statut d’esclave à celui de
Gouverneur Général à vie de StDomingue, il est passé du sobriquet
le plus dégradant « fatras bâton »
aux
comparaisons les plus
flatteuses « le Napoléon Noir, le
Spartacus Noir, le David Noir, le
premier des noirs » et j’en passe.
Son parcours militaire et politique
est marqué par les conquêtes les
plus audacieuses et tout aussi bien
par de flagrantes contradictions. Il
se rallie à la France en 1794, et
parvient au généralat puis au
gouvernorat de la colonie où il se
comporte en véritable chef d’État.
L’ordre louverturien s’installe et se
taille une constitution faite sur
mesure, dit-on, mais ne reflète-telle pas l’esprit du moment ? La
sincérité de son allégeance à la
France peut-elle s’assimiler à un
leurre ? Peu lui importe, il s’agit
d’une lointaine métropole en
guerre avec tous ses voisins
européens. Dans ce contexte, peutelle prendre le risque d’une expédition
punitive et budgétivore ? N’ayant
que la réponse relative à
l’expédition remettons-nous donc à
certains extraits des mémoires du
Général Louverture que voici :
…Je livrai et gagnai aux Anglais une
fameuse bataille qui dura depuis six
heures du matin jusqu'à la nuit. Cette
bataille fut si sanglante que les
chemins étaient couverts de morts, et
qu'on voyait de
toutes parts des
ruisseaux de sang. Je
m'emparai de tous
les
bagages
et
munitions
de
l'ennemi ; je fis un
grand nombre de
prisonniers. J'envoyai
le tout au général
Laveaux, en lui
rendant compte de
l'action Tous les
postes des Anglais
sur les hauteurs de
Saint-Marc
furent
repris par moi ; les
fortifications en mur
dans les montagnes
du Fond-Baptiste et
des Délices, le camp
de Drouët dans la
montagne des Matheux, que les
Anglais
regardaient
comme
imprenable, les citadelles du
Mirebalais, appelé le Gibraltar de l'île,
occupées par onze cents hommes, le
fameux camp de l'Acul du-Saut, les
fortifications à trois étages en
maçonnerie du Trou-d’ Eau, celles du
camp de Décayette et du Beau-Bien,
en un mot toutes les fortifications que
les Anglais avaient dans cette partie
ne purent me résister, non plus que
celles de Neybe, de Saint-Jean de la
Maguâna, de Las-Mathas, de
Banique et autres lieux occupés par
les Espagnols tout fut remis par moi
au pouvoir de la République. Aussi, je
courus les plus grands dangers ; je
faillis plusieurs fois être fait
prisonnier ; je versai mon sang pour
ma patrie…
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 93)
A l’instar de tous les
forgeurs de peuple et de nation, il
s’érige en meneur d’hommes,
redéfinit la ligne frontalière francoespagnole en conquérant la
Montagne des Grands Bois (plateau
central aujourd’hui), taille en pièces
les forces armées européennes
esclavagistes
espagnoles
et
anglaises, tout en promettant à ces
derniers de ne pas envahir la
Jamaïque.
Confiant
dans
le
potentiel militaire de l’armée
indigène Saint-Dominguoise qui est
sous ses ordres, il contrôle l’ile
entière.
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• Archives : Bibliothèque national de France
Général émérite, partout où
il passe, il confirme l’émancipation
des esclaves. Il mise, dit-il, sur
l’honneur et la probité. N’est-il pas
évident pour tous que Toussaint
Louverture, tout en étant l’un des
bénéficiaires,
choisit sciemment
d’ouvrir cette énorme brèche qui
conduira vers l’indépendance la
colonie de St-Domingue en 1804
et l’effondrement général du
système esclavagiste mondial en
1848 ? Tel un oracle, ses
prédictions prophétiques pour la
liberté à St-Domingue au moment
de sa déportation s’accomplissent
dans la foulée de son internement
au fort de Joux. En des temps les
plus reculés, et dans d’autres
cultures, on l’assimilerait sans doute
à un Demi-Dieu.
La dimension humaine des
grands hommes fait qu’ils restent
avant tout des hommes. Tous les
géants
des
autres
périodes
révolutionnaires ont eux aussi
révélé leur part d’ombre quand les
historiens se penchent sur eux. Le
Général Louverture ne fait pas
exception à cette règle universelle
lors même qu’il force l’admiration
et le respect. Certains le jugent et
lui reprochent des faits sanglants
extrêmement graves disent-ils que
nous jugeons inutile d’évoquer ici.
D’autres l’accusent de s'être enrichi
illicitement aux dépens de la
colonie. Alors certaines questions
nous
viennent
spontanément.
Toussaint ne sait-il pas qu’en faisant
ce choix en faveur de la liberté
générale des esclaves il compromet
certainement la sienne ? Ne le fait-il
pas sciemment ? Disposons-nous
aujourd’hui de tous les éléments
permettant d’apprécier réellement
certaines décisions prises dans des
circonstances particulières il y a de
cela plus de deux cent ans ?
L’éloignement par rapport au
contexte évènementiel, les véritables
jeux d’intérêts, la personnalité des
acteurs et leur véritable motivation
ne faussent-elles pas certaines de nos
assertions ? Ardues sont donc les
recherches et encore plus les
analyses et conclusions. Cependant
en nous léguant ses mémoires, lui
Toussaint, il nous amène à cerner
une facette dans sa gestion de la
chose publique en harmonie avec
son choix de refuser la fortune, la
vie confortable et la tranquillité que
lui a offert le général Leclerc contre
notre liberté à tous. Il sacrifie
toutes ces facilités au profit de sa
vision et l’émancipation de sa race,
ce qui lui confère indubitablement
une dimension immense qu’il est
indispensable d’étayer par ces
extraits qui lui font honneur :
« ….A l'arrivée du général Leclerc, il
a trouvé trois millions cinq cent mille
livres en caisse l. Quand je rentrai
•Plan du fort de Mirbalais / le Gibraltar de l’île
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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15
aux Cayes, après le départ du
général Rigaud, la caisse était vide ;
le général Leclerc y a trouvé trois
millions il en a trouvé de même et à
proportion dans toutes les autres
caisses particulières de l'île. Ainsi on
voit que je n'ai pas servi ma patrie
pour l’intérêt ; mais qu'au contraire,
je l'ai servie avec honneur, fidélité et
probité, dans l'espoir de recevoir un
jour des témoignages flatteurs de la
reconnaissance du gouvernement
toutes les personnes qui m'ont connu
me rendront cette justice. J'ai été
esclave, j'ose l'avouer ; mais je n'ai
jamais essuyé même des reproches
de la part de mes maîtres… »
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 90)
« …je versai mon sang pour ma
patrie ; je reçus une balle dans la
hanche droite, que j'ai encore dans le
corps ; je reçus une contusion violente
à la tête, occasionnée par un boulet
de canon ; elle m'ébranla tellement
la mâchoire que la plus grande partie
de mes dents tomba et que celles
qui me restent sont encore trèsvacillantes, Enfin je reçus dans
différentes
occasions
dix-sept
blessures dont il me reste encore les
cicatrices honorables. Le général
Laveaux fut témoin de plusieurs de
mes actions…
…J'avais de la fortune depuis
longtemps ; la révolution m'a trouvé
avec environ six cent quarante-huit
mille francs. Je les ai épuisés en
servant ma patrie. J'avais seulement
acheté une petite propriété pour y
établir mon épouse et sa famille.
Aujourd'hui,
malgré
mon
désintéressement, on cherche à me
couvrir d'opprobre et d’infamie… »
Ici il faut interpréter : L'Ouverture
parle sans doute de la révolution du
10 août où Louis XVI fut arrêté et
non point de l'époque de 89 ; je
Pense ainsi, parce que j'ai remarqué
que dans beaucoup de ses lettres, il
ne manque jamais d'ajouter au mot
de révolution, ceux-ci : du 10 août.
En effet, à cette époque seulement, il
pouvait avoir une fortune si
considérable, bien qu'il fût déjà riche
de ses économies, alors qu'il était
esclave. (Mémoires du Général Toussaint
Louverture page 93 et 94)
Certes, un soldat monumental
mais un libérateur surtout
T
oussaint Louverture est une
figure
universelle,
monumentale
et
intemporelle, il suscite et entretient
toutes sortes de controverses dès
qu’on aborde sa vie privée, sa vie
publique et politique ou encore sa
carrière militaire. Aujourd’hui à
l’ISPAN, on se saisit de sa stature
de soldat aguerri pour le mettre
en évidence sur un plan méconnu
par plus d’un, en présentant
certaines de ses réalisations
physiques. Celles-là impriment à
jamais leur empreinte sur le
territoire de la République d’Haïti,
et une fois de plus c’est par le biais
de ses mémoires que nous
illustrons pour vous chers lecteurs
l’une de ses plus glorieuses victoires
qui impactent positivement le
territoire haïtien en l’agrandissant
considérablement par la conquête
de la zone géographique du
Plateau Central. Les cartes ci-après
illustrent ce haut fait d’armes
exceptionnel digne des plus grands
guerriers, nous citons l’extrait qui
suit où il met l’emphase sur
l’inaptitude
du
‘’général
Desfourneaux et de sa troupe de
ligne bien disciplinée’’.
Français. Le général Desfourneaux
fut envoyé pour attaquer SaintMichel avec de la troupe de ligne
bien disciplinée ; il ne put prendre
cette place. Le général Laveaux
m'ordonna
de
l'attaquer,
je
l'emportai. Il est à remarquer que
lors de l'attaque du général
Desfourneaux, la place n'était pas
fortifiée, et que lorsque je m'en
emparai, elle était fortifiée et
flanquée de bastions dans tous les
coins. Je pris également SaintRaphaël, Hinche, et en rendis
compte au général Laveaux… »
« …La partie espagnole s'était jointe
aux Anglais pour faire la guerre aux
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 91 et 92)
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• Archives : Bibliothèque national de France
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16
•Plan de la montagne des Grands Bois. Rendue à la République Française
par les armes du Général Toussaint Louverture, le 15 Germinal l’an 5 de la
République Française une et indivisible.
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• Archives : Bibliothèque national de France
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•Carte de la partie française de l’ile Hispaniola / StDomingue 1776
•Ligne frontalière haïtianodominicaine tracée le 21 janvier 1929.
•Ligne frontalière francohispanique de 1776.
•Ligne frontalière haïtianodominicaine tracée le 21 janvier 1929.
•Portion de territoire rendue à la France par les armes du Général Toussaint Louverture.
•Cette partie est officialisée le 21 janvier 1929 par les gouvernements haïtien et dominicain.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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18
Sa carrière militaire est
certes marquée par des faits
d’armes exceptionnels et étonnants
qui forcent le respect, cependant
son génie militaire s’exprime tout
aussi bien à travers le renforcement
du système défensif de la colonie. Il
existe tout un réseau de fortifications
(le petit fort de Bayonnais, fort
Louverture) sur les hauteurs
environnants le bourg d’Ennery qui
s’articule avec certaines fortifications
placées dans la baie de la ville de
Gonaïves. Il est évident qu’il s’agit
d’infrastructures
destinées
à
protéger d’une part le repli dans les
hauteurs et d’autre part à contenir
toute attaque venant du côté de la
mer. Son administration s’investit
dans l’infrastructure civile en
établissant les plans du nouveau
bourg d’Aquin, mais l’acte politique
majeur par lequel lui est venu
réellement toutes les déboires
reste et demeure cette constitution
révolutionnaire envoyée au Premier
Consul Napoléon Bonaparte, elle
exprime sans nul doute la vision
indépendantiste
Général à vie.
du
Gouverneur
….« Titre II de ses habitants 3. Les
esclaves ne sont points soufferts dans
ce territoire; l’esclavage est aboli pour
jamais. Tous les hommes nés dans
ce pays vivent et meurent hommes
libres et Français.
4. Chaque homme de quelque
couleur qu’il puisse être, est éligible à
toutes les places.
4. Il n’y a parmi eux d’autre
distinction que celui des talens et des
vertus, et de supériorité que celle que
la loi confie par l’exercice de quelque
fonction publique. La loi est la même
pour tous, soit qu’elle punisse ou
protège… »
• Plan d’un fort situé à la pointe soleil, au sud de l’entrée de la
•Plan du nouveau Bourg d’Aquin situé à l’Embarcadère. Tracé d’après les ordres et les
instructions du citoyen Toussaint Louverture, Général en chef de StDomingue.
• Archives : Bibliothèque national de France
baie des Gonaïves
• Plan d’un fort construit à la Grande Saline de l’Artibonite
BULLETIN DE L’ISPAN • No 42 • Avril 2020
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19
Après 181 années
retour d’éxil symbolique du génie de la race
« …Lorsque je fus arrêté, je n'avais
d'autres vêtements que ceux que je
portais sur moi… »
ARMÉE DE SAINT-DOMINGUE.
« Au quartier-général de
l'habitation Georges «, le18 prairial
an X de » la République
Brunet général de division au
général de division Toussaint
L’Ouverture
« …Voici le moment, citoyen
général, de faire connaître d'une
manière incontestable au général en
chef que ceux qui peuvent le tromper
sur votre bonne foi, sont de
malheureux calomniateurs et que vos
sentiments ne tendent qu'à ramener
l'ordre et la tranquillité dans le
quartier que vous habitez… Nous
avons, mon cher général, des
arrangements à prendre ensemble
qu'il est impossible de traiter par
lettres… mais ne pouvant ces joursci sortir, faites-le vous-même si vous
êtes rétabli de votre indisposition, que
ce soit demain quand il s'agit de faire
le bien, on ne doit jamais retarder.
Vous ne trouverez pas dans mon
habitation champêtre tous les
agréments que j'eusse désiré réunir
pour vous y recevoir…Je vous le
répète, général, jamais vous ne
trouverez d'ami plus sincère que moi.
De la confiance dans le capitainegénéral, de l'amitié pour tout ce qui
lui est subordonné et vous jouirez de
la tranquillité… »
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 83)
Je vous salue cordialement.
(Signé) BRUNET. »
«…. Après ces deux lettres, quoique
indisposé… pour voir le général
Brunet, accompagné de deux
officiers seulement…il me fit ensuite
des excuses sur ce qu'il était obligé
de sortir un instant ; il sortit en effet,
après avoir appelé un officier pour
me tenir compagnie. A peine était-il
sorti, qu'un aide-de-camp du général
Leclerc entra accompagné d'un trèsgrand nombre de grenadiers, qui
m'environnèrent, s'emparèrent de
moi, me garrottèrent comme un
criminel et me conduisirent à bord de
la frégate la Créole. Je réclamai la
parole du général Brunet et les
promesses qu'il m'avait faites, mais
inutilement ; je ne le revis plus. Il
s'était probablement caché pour se
soustraire aux reproches bien mérités
que je pouvais lui faire… »
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 78 et 79)
(Mémoires du Général Toussaint Louverture
page 80 et 81)
« …En arrivant en France, j'ai écrit
au premier consul et au ministre de
la marine, pour leur rendre compte
de ma position et leur demander des
secours pour ma famille et moi. Sans
doute, ils ont senti la justice de ma
demande,
et
ordonné
qu'on
m'accordât ce que je demandais.
Mais au lieu d'exécuter leurs ordres,
on m'a envoyé de vieux haillons de
soldats, déjà à moitié pourris, et des
souliers de même. Avais-je besoin
que l'on ajoutât cette humiliation à
mon malheur ? …»
Après s’être assuré de sa personne
par félonie « Sa mort fut un
assassinat, plus hideux encore que
celui du duc d'Enghien », écrit Victor
Schoelcher à propos de la manière
utilisée pour le faire mourir.
Aussi s’adresse-t-il ainsi au général
Caffarelli
« J'espérais une justice, on
me donne des tortionnaires. Allez,
monsieur, mon sang retombera sur
vos têtes », dit Toussaint Louverture
recevant,
lors
de
son
emprisonnement au fort de Joux, le
général Caffarelli.
Mis aux arrêts le 7 juin 1802, isolé
dans un cachot non chauffé, livré à
la famine et au rigoureux climat du
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Le tapis rouge déployé sur
le tarmac de l’aéroport international
François DUVALIER, les ‘’cendres
symboliques’’
du
Gouverneur
général à vie de St-Domingue Toussaint
Louverture sont reçus le 05 Avril
1983 après 181 années d’exil avec
le protocole et les honneurs dus à
son rang de chef d’État. L’urne
funéraire est posée sur un
catafalque portatif et recouverte
par le bicolore national, il n’est
transporté que par des officiers de
rangs supérieurs de l’armée d’Haïti
en tenue de circonstance (pantalon
et bottes d’équitation, sabre et
• Archives : Dietz
•Le fort de Joux embrumé, dans le massif du Jura.
•Couple présidentiel et Officiers supérieurs de l’Armée d’Haïti en tenue de gala pour le
rapatriement symbolique des cendres du Général Toussaint Louverture.
• Archives : Dietz
massif du Jura, dix mois après il
s’éteint le 7 avril 1803. Inhumé en
secret dans l’enceinte de la
fortification, dans des fosses
communes, ce sépulcre glacial et
muet est destiné à mettre sous
l’éteignoir pour l’éternité ses
dépouilles aussi bien que sa
mémoire. C’est alors que se
réalisent ses prédictions par sa
victoire
posthume
du
18
Novembre 1803, ainsi donc, sa
mémoire s’échappe de ce tombeau
qui
brusquement devient trop
étroit pour la stature herculéenne
de ce général visionnaire qu’est
Toussaint Louverture qui prend dès
lors une dimension universelle
marquant le temps et l’espace.
Même le Consul déchu Napoléon
Bonaparte exprime sa culpabilité
en ces termes
«… J'ai à me reprocher une tentative
sur cette colonie, lors du consulat ;
c'était une grande faute que de
vouloir la soumettre par la force; je
devais me contenter de la gouverner
par l'intermédiaire de Toussaint… » (Mémoires
du Général Toussaint Louverture page 123)
•Gardes d’honneur transportant les cendres symboliques de Toussaint Louverture,
rapatriés le 5 avril 1983.
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aiguillettes dorées, vareuse vert olivre);
on remarque au centre le couple
présidentiel, Jean Claude DUVALIER
et son épouse M. B. DUVALIER
présent pour la circonstance.
De nos jours, nul ne visite
le Fort de Joux sans que les guides
et le personnel ne vous parlent de
cette
figure
captivante
et
emblématique qu’est Toussaint
Louverture. Ils relatent son histoire
tout en guidant le visiteur vers
l’ obscur cachot dans lequel il passa
de vie à trépas le 07 avril 1803.
Cette fortification est désormais
indissociablement liée à la mémoire
du général conquérant qu’il est. Lui,
Toussaint Louverture, fidèle à ses
habitudes de soldat émérite, il a fait
la conquête de cette bâtisse
s’offrant ainsi son ultime victoire
posthume. En faisant sienne cette
installation militaire française de la
métropole, le soldat de haut rang a
bénéficié d’un coup de pouce du
destin
lui
permettant
de
s’approprier pour l’éternité d’une
•Cachot au fort de Joux où Toussaint Louverture passa de vie à trépas le 7 avril 1803.
FORTIFICATION-MAUSOLEE
digne de son rang. Dans ce lieu où
on le destinait à un oubli total,
aujourd’hui, il y est devenu le
centre d’intérêt. Sa légende, son
histoire et sa mémoire sont
divulguées par les français à travers
le monde, ce qui nous amène à
citer St-REMY :
« ..Toussaint L'Ouverture est une
figure immense, qui appartient à
toutes les races et à tous les âges.
Correction, Avis et relecture :
Comité de rédaction :
• Sabry ICCENAT
• Rhoddy Attilus (ISPAN)
Communicateur ISPAN
• Jean Patrick DURANDIS,
D.G / ISPAN
Architecte de Monument
Recherche historique et
photographique :
• Jean Patrick DURANDIS,
D.G / ISPAN
Architecte de Monument
www.ispan.gouv.ht
Cet homme a prouvé par sa haute
intelligence, par son génie, qu'en
donnant à la peau humaine une
coloration blanche ou noire, Dieu n'a
voulu que varier ses œuvres, et non
établir
la
hiérarchie
et
la
dépendance.
Mulâtre…je viens
accomplir un devoir, et au nom de la
patrie lointaine, remercier Lamartine
d'avoir relevé et entouré des flots de
sa poésie la mémoire du héros qui a
illustré ma race… »
Membre du jurry des prix Deschamps
• Eddy Lubin
Technicien Archéologue / ISPAN
Supervision :
• Jean Patrick DURANDIS,
D.G / ISPAN
Architecte de Monument
Distribution :
Service de promotion
Graphiste:
• Roberson ETIENNE
Ingénieur Informaticien / ISPAN
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