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(2019-11) Bilten ISPAN, Numéro spécial

(2019-11) Bilten ISPAN, Numéro spécial

Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) 2019 23 paj
Rezime — The Bulletin de l'ISPAN, Special issue, of November 2019. The issue covers Vertières, the last battle of the indigenous army: the colonial slave system, the resistances, and the tactics of the opposing armies. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 23 pages.
Deskripsyon Konple
The Bulletin de l'ISPAN, Special issue, of November 2019. The issue covers Vertières, the last battle of the indigenous army: the colonial slave system, the resistances, and the tactics of the opposing armies. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 23 pages.
Sije
Pwoteksyon SosyalGouvènans
Jewografi
Nasyonal
Peryod Kouvri
2019 — 2019
Mo Kle
ISPAN, patrimoine bâti, monuments historiques, Bulletin de l'ISPAN Numéro spécial, series:ispan-bulletin
Antite
Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN)
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VERTIERES : • Archives : ISPAN DERNIERE BATAILLE DE L’ARMEE INDIGENE •Monument aux Héros de la bataille de Vertières, erigé sous le gouvernement du général Paul E. Magloire (1950­1956) BULLETIN DE L’ISPAN, Numéro spécial , 23 pages Sommaire......................... •Contexte général et résumé succinct du système colonial esclavagiste •Résistance contre le système esclavagiste et ses mul ples expressions au cours des siècles •Tac ques, stratégies et mission des armées qui se font face à Saint Domingue •Recons tu on de la bataille de ver ères par l’Académie Militaire d’Haï •Que rapporter ? Quoi dire ? et comment Contexte général et succinct du système esclavagiste résumé colonial page 3 Résistance contre le système esclavagiste et ses multiples expressions au cours des siècles expliquer ? page 4 BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destiné à vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispanmc.info@gmail.com pour recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN ou visitez le www.ispan.gouv.ht . Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci. 2 EDITORIAL Chers lecteurs, Les écoliers haïtiens, qui ont étudié l’Histoire d’Haïti dans le livre de J. C. Dorsainvil, ont été marqués par le récit de la bataille de Vertières, mais surtout par les prouesses exceptionnelles de François Capois dit Capois La Mort. Ce général émérite, est l’un des illustres héros qui s’est immortalisé en ce jour du 18 novembre 1803 et symbolise à lui seul ce cri de guerre « vivre libre ou mourir ». Exemple de bravoure, d’intrépidité, d’abnégation, et d’engagement, cette armée en guenille s’est aguerrie tout au long de ces treize années de lutte. On peut citer la révolte générale des esclaves, la bataille de la Ravine à Couleuvre, celles de Gros­Morne et de la Crète­a­Pierrot, les différentes confrontations dans les quartiers de Marmelade, de Plaisance, de Dondon, de Mirebalais, autour du camp de la Tannerie, de la Croix­des­ Bouquets, la prise de Port Républicain etc., ont porté ses capacités militaires à son paroxysme. Aussi, est­elle galvanisée face à l’armée napoléonienne et confiante en ses stratèges, ses tacticiens et surtout en son général en Chef Jean­Jacques Dessalines, quand elle se présente le 16 Novembre 1803 dans le quartier du Haut du Cap vis­à­vis des camps militaires et du blockhouse de Breda (disparu). Cependant la marche pour la prise de la place forte du Cap­Français est parsemée d’ouvrages militaires et de bouches à feu redoutables tel que : Vertieres qui est un verrou d’importance stratégique, le block house de Champein (disparu), la butte Charrié, le fort Bel­Air (disparu), en fait il faut enlever et réduire au silence toutes les fortifications, redoutes, vigies, block house, fortins, qui sont aux mains des troupes françaises. C’est seulement au prix de cette tâche meurtrière que la liberté peut être acquise. Aujourd’hui, la totalité de ces lieux de mémoire et témoins muets qui matérialisent cette remarquable victoire collective et ce haut fait d’arme exceptionnel sont en mauvais état de conservation et ne flattent nullement la fibre patriotique nationale ainsi que la fierté quotidienne des citoyens haïtiens d’aujourd’hui. Aussi est­Il indispensable qu’une prise en charge étatique harmonise le discours, et les actions afin que la nation se vivifie, se fortifie et se reconnaisse quotidiennement à travers ces lieux historiques fédérateurs. Ce plaidoyer de l’ISPAN espère trouver un écho favorable pour la reconstruction de l’AME NATIONALE par le biais d'un programme de restauration de ces monuments couplé à une campagne d’éducation civique et de diffusion destiné à redonner à l’homme haïtien sa fierté dessalinienne. Bonne lecture à tous Jeanpatrickdurandis Architecte de monument Directeur Général ISPAN Angle des Rues Magny et Capois Port-au-Prince, Haïti Téléphone : (509) 3600-8709 Email : ispanmc.info@gmail.com Site web: www.ispan.gouv.ht BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 3 Contexte général et résumé succinct du système colonial esclavagiste • Source : www.lewebpedagogique.com • Le Code Noir, promulgué par le roi Louis XIV en 1685, se compose de soixante articles qui règlementent la vie, la mort, l´achat, la vente, la religion et l´affranchissement des esclaves. Si, d´un point de vue religieux, les Noirs sont considérés comme des êtres susceptibles de salut, ils sont définis juridiquement comme des biens meubles transmissibles et négociables. Pour faire simple : canoniquement, les esclaves ont une âme ; juridiquement, ils n’en ont pas. •Carte du commerce triangulaire L e système colonial esclavagiste est en place et structuré par les Monarchies Européennes dès le début du XVIème siècle par le biais de différentes actions. On estime à 12 millions d’Africains le nombre de déportés dans le cadre de la traite des Noirs qui s’opérait de cette manière. 1 Les bateaux négriers partent de France, d’Espagne, du Portugal, d’Angleterre, de Hollande. A leurs bords se trouvent des armes à feu, du tissus, de l’alcool, des colifichets et pacotilles de toutes sortes. 2 Des Africains, très souvent victimes et prisonniers des guerres tribales, séquestrés, kidnappés, enlevés dans leur village et mis en captivité, ces noirs dénommés ‘’bois d’ébène’’ sont échangés contre ces divers produits de bas de gamme. 3 Le trajet entre l’Afrique et le Nouveau-Monde dure généralement trois à six semaines en fonction des difficultés de la traversée. Les noirs sont entassés dans les cales des ‘’navires négriers’’ et sont traités en tant que ‘’bétail humain’’. 4 En effet, leur prix se négocie dans les comptoirs et bazars comme du bétail et les navires repartent vers l’Europe avec leurs cales remplies de sucre, de cacao, de tabac, de café, de tafia et d’autres produits tropicaux exotiques. •Coupe transversale d’un navire Négrier •Le code Noir, Gravure de Moreau le Jeune, XVIIIe siècle • Dans l’infâme lettre de Willie Lynch qui est un document suscitant beaucoup de controverses, ce suprémaciste blanc, prône autour des années 1742 le suivant… ''Le procédé du cassage est le même pour le cheval que pour le nègre... LAISSEZ LE CORPS, PRENEZ L’AME !...'' ''Il faut casser chez le nègre la volonté de résister…NE LE TUEZ PAS, METTEZ LA CRAINTE DE DIEU EN LUI afin qu’il soit utile pour les futures reproductions…'' ''...La meilleure façon de traiter les esclaves noirs est de raser leur histoire mentale et de créer une multiplicité BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 4 de phénomènes d’illusions… Vous devez utiliser les esclaves à la peau foncée contre ceux à la peau claire et vice versa… la famille n’a pas droit d’exister… prenez le nègre le plus fier… dénudez-le et fouettez-le en présence de la femme et de l’enfant afin de casser son image de mâle protecteur… Utilisez cette méthode de façon intense, les esclaves eux-mêmes resteront perpétuellement méfiants entre eux et attachés à nous au point que notre absence les inquiète… après réception de cet endoctrinement ils se mettront de leur propre gré à notre recherche... ils resteront attachés à nous durant des centaines… voire des milliers d’années…'' •Premier plan, bastonnade par un commandeur blanc / arrière plan, esclave au pilori battu par un commandeur noir •Instruments de torture Résistance contre le système esclavagiste et ses multiples expressions au cours des siècles •Plaquettes montrant les différentes facettes de la résistance contre le système esclavagiste (cérémonie Bois Caïman, Révolte des esclaves, incendies du Cap) L e marronnage, l’avortement, le suicide, la rébellion, la révolte, l’empoisonnement, l’assassinat, le meurtre, la pendaison, l’infanticide sont entre autres, les multiples expressions de rejet et de lutte contre ce système avilissant, dégradant et bestial. Ayant atteint son apogée, en aout 1791, la tornade noire : des centaines d’habitations sucrières, caféières et d’indigoteries sont détruites, des milliers de colons sont massacrés et certains d'entres eux ont pris la fuite vers Cuba ou des cieux plus cléments. Dans l’unique région du Nord, le bilan se ramène à 1000 Blancs tués, 200 sucreries et 2000 caféières parties en fumée, soient 600 millions de francs de pertes... C'est le début d’une guerre de treize ans, longue épuisante et meurtrière qui aboutira à l'indépendance en Janvier 1804.... BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 5 Le 29 août 1793, Sonthonax prend une mesure radicale, qui représente l’un des événements les plus importants de l’histoire des Amériques; il décrète l’abolition générale de l'esclavage dans la province du Nord (assortie néanmoins du devoir de reprendre le travail sur les plantations pour ceux qui ne combattent pas). Dans son •Proclamation de l’abolition d’esclavage •Portrait du Commissaire Civil Léger Félicité Sonthonax •Débarquement de l’armée expéditionnaire au Cap Français décret, il affirma que sa mission était de «préparer graduellement, sans déchirement et sans secousses, l’affranchissement général des esclaves ». vaillante armée du monde. Les Alpes, l’Italie, le Rhin et le Nil ne retentissent que du bruit de ses exploits. Et tout ce qu’il y a alors de marins expérimentés est embarqué. Au cap Samana, Leclerc La France Monarchique est énumère ses forces de terre et de située à sept mille kilomètres mer : 60 vaisseaux et plus de 30 000 environ de "ses possessions" dans hommes. Avec tant de navires et de le nouveau monde. La contrainte si braves capitaines, il se croit d’avoir des troupes coloniales invincible. Il s’enorgueillit même aguerries pour défendre ses d’apprendre, à ses dépens, que intérêts contre les nations rivales Toussaint, désespéré, ordonne des avoisinantes, l’oblige à former des fêtes pour l’accueillir. soldats noirs et mulâtres, en dépit Rochambeau attaque le Fortdu système esclavagiste. Toussaint Louverture de lignée royale, fort de Dauphin par mer et par terre et ses succès s'empare de la partie ensanglante la baie de Mancenille espagnole de l'île et se désigne avec les dépouilles d’un régiment de soldats noirs innocents et Gouverneur général à vie le 8 désarmés. juillet 1801 avec sous ses ordres directes les généraux Leclerc, de son côté, Jean Jacques Dessalines et arrive avec ses Henri Christophe. Au sommet vaisseaux dans la de sa gloire il s’adresse à rade de la ville l’Empereur N. Bonaparte dont du Cap, dont il admire le génie militaire : Christophe tient "du premier des noirs au le commandement. Il premier des blancs…" Arrêté lui presse de rendre à l’armée expéditionpar traîtrise, il prononce cette naire cette place phrase illustre et annonciatrice forte. sur le bateau LE HÉROS : « En Christophe me renversant à St-Domingue, répond à on n’a abattu que le tronc de l‘envoyé de l’arbre de la liberté, elle Leclerc : repoussera par les racines, car « Allez dire elles sont profondes et • Portrait de Toussaint Louverture, lithographie de delpech d’après Nicolas­Eustache Maurin à votre génombreuses »... (Perpignan, 1799­ Paris, 1850) néral, que Nous tenons à faire les Français ne marcheront ici que sur remarquer que nombre de navires des cendres et que la terre les brûlesont fournis par la Hollande, ra ». Il écrit ensuite sa résolution en ces conquise par les armes francaises, et termes : « je vous opposerai toute la l'Espagne, qui s'allie à la France par résistance qui caractérise un général, et crainte. Cette première flotte (une si le sort des armes vous est favorable, autre arrivera en renfort) se compose vous n’entrerez que dans une ville en de 21 frégates et 35 vaisseaux de cendre, et sur ces cendres, je vous guerre, dont l’un est armé de 120 combattrai encore ». bouches à feu, et transporte la plus BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 6 TACTIQUES, STRATEGIES et mission des armées qui se font face à Saint Domingue •Vue sur la Batterie à barbette du Fort Picolet / ce fort français contrôlait la passe vers la rade du Cap Français T émoins muets, en ruine, et de plus, en très grand péril à cause de l’action combinée de l’homme et des injures du temps, le patrimoine militaire de la République d’Haïti que sont les forts, redoutes, vigies, block-house, arsenal et installations militaires coloniales ont été conquis par le fer, le feu, le sang, la sueur et les armes. A ce titre, ils constituent à tout jamais les éléments fondateurs et identitaires de la Nation Haïtienne, il en est de même pour les habitations sucrières et caféières. Ils méritent, du fait de ce rôle fondamental un meilleur traitement que ce qui leur est infligé jusqu’à date. La Nation a pour devoir impérieux de se montrer reconnaissante, en favorisant non seulement des programmes d’interventions destinées à les protéger, les classer et les restaurer, mais surtout, en s’assurant de leur lègue aux futures générations afin que la mémoire de nos aïeux et de nos origines demeure vivace. Aussi, devient-il nécessaire et urgent, dans le cadre de ce devoir de mémoire et d’appropriation du patrimoine, qu’ils soient dans le meilleur état de conservation possible pour une large campagne de vulgarisation, de diffusion et d’éducation civique à l’échelle nationale, en vue du réveil de l’âme patriotique. • Vue aérienne du Fort Picolet BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 7 Vicomte de Rochambeau, face à l’armée indigène sous le commandement du général en Chef Jean Jacques Dessalines. Dès lors, il n’est pas superflu de présenter l’issue de la dernière bataille, celle de Vertières, comme la résultante des dispositions tactiques, et stratégiques adoptées par ces deux armées qui se sont affrontées durant vingt-et-un mois environ. •Le Général Leclerc En effet, le système général de défense, mis en place par la France Monarchique dès le XVIème siècle, pour protéger l’ensemble des établissements et places fortes de la colonie est bien maitrisé par certains soldats et généraux de l’armé indigène. Au •Le Vicomte de Rochambeau •Le Capitaine Général Leclerc moment où ils étaient soldats français au service de la métropole, ils s’en étaient servis contre les nations européennes rivales, et possèdent donc une parfaite connaissance de leur puissance de feu ainsi que de leur point de faiblesse et surtout des opérations tactiques et stratégiques à mettre en œuvre pour les enlever. Le premier choc s’est produit en février 1802, lorsque l’armée expéditionnaire française assaille, ordonne et prend systématiquement le contrôle de l’ensemble des équipements militaires et places fortes St-Dominguois. De ce fait, à partir de cette date, au cours des différentes batailles faisant partie de la guerre de l’indépendance, ceuxlà furent des acteurs actifs exclusivement au service de l’armée expéditionnaire française, commandée d’abord par le Capitaine-général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, ensuite par Donatien Marie Joseph de Vimeur L’une d’entre elles est maitresse de toutes les installations militaires de St-Domingue. Cependant elle est déployée sur ce territoire mal connu de la plupart des hommes de troupes, mais pétrie dans l’art de la guerre conventionnelle et régulière pour l’époque, la lecture des cartes d’état-major et géographique, la préparation classique des stratégies d’attaque, de défense, de retranchement et de repli, mieux équipée (possédant guides et •Le Général de Rochambeau BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 8 Quant à l’autre armée, elle allie une meilleure connaissance géographique du terrain d’opération, à une formation militaire sur le tas pour la majeure partie des hommes de troupes. La condition physique exceptionnelle de ses membres est due à la rigueur du système esclavagiste qui leur a fourni la capacité de supporter la faim, la soif ainsi que les aléas •Portion de lettre du Général Leclerc au Ministre de la Marine Denis Decrès (Mars 1802) climatiques tropicaux. En réalité, espions), et plus habile dans en tout genre des soldats sur le tous les mauvais traitements infligés l’utilisation de toutes les armes telles front. D’ailleurs dans le rapport final à ces hommes depuis environ trois que : canons de campagne, pierriers, adressé au ministre de la marine, siècles en ont fait physiquement et obusiers, boulets ramés, cou- l’absence de vivres alimentaires le psychologiquement une formidable leuvrines, mousquet, pistolet, jour du 18 novembre, a été machine de guerre. L'histoire de baïonnette etc… C’est l’une des présenté comme l’un des facteurs ces soldats d’élite avant la lettre, plus fortes armées du monde au qui a joué sur le mauvais moral des ont probablement inspiré plus d’un XVIIIème siècle, mais les conditions troupes. Richelieu, dans son stratège dans la formation des climatiques de Saint Domingue ont testament politique, disait qu’il hommes faisant partie des forces s’était toujours trouvé « plus spéciales telles que nous les d’armées péries faute de pain que connaissons aujourd’hui. L’indispopar l’effort des armées ennemies », nibilité ou la simplicité (patate et Frédéric II affirmait que « l’art de douce, arbre à pain, racines et vaincre est perdu sans l’art de tubercules, bananes, maïs, etc…) subsister ». Elle a pour mission le des rations alimentaires n’ont eu rétablissement de l’esclavage même aucune incidence sur l’engagement au prix d’un génocide, ce que de cette horde de soldats en révèle d’ailleurs le général en Chef guenilles et armés pour la plupart Leclerc dans sa lettre du 30 de machette. Ces soldats de l’arfructidor au Ministre de la Marine mée indigènes, qui hier, étaient des Denis Decrès « [...] une grande esclaves ont puisé dans leur soufpartie des cultivateurs qui, france et humiliation séculaire cette accoutumés au brigandage depuis dix ans, ne s’assujettiront jamais à •Expédition de Saint Domingue : Pétion, travailler... j’aurai à faire une guerre Dessalines et Toussaint / en grand uniforme d’extermination, et elle me coûtera mis son effectif à mal par une bien du monde.. .» (17 Septembre épidémie de fièvre jaune. De plus, 1802). Il s’agira dès lors de faire elle nécessite un support logistique « peau neuve », c’est-à-dire complexe pour la mise en place et d’exterminer 300.000 Nègres de l’adaptation au besoin des Saint-Domingue et de les équipements et matériels militaires remplacer par de nouveaux sur les champs de bataille ainsi que Africains (des bossales). C’est un pour l’efficacité des lignes de véritable fantasme génocidaire qui •Le Général Jean Jacques Dessalines, père de la nation haïtienne communication et de ravitaillement anime l’armée expéditionnaire. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 9 charge haineuse du système esclavagiste qui s’est muée en un catalyseur explosif alimentant ainsi leur fougue, leur bravoure et leur mépris de la mort sur le champ de bataille. Le « vivre libre ou mourir » a conduit l’armée indigène vers des sommets d’abnégation et d’héroïsme jusqu’alors méconnu et Il en sera ainsi durant ces vingt-et-un mois, où cette guerre totale, prend des formes et des tournures surprenantes telles que : l’empoisonnement, la pollution des variation est fonction de l’armement, de la topographie, et des objectifs militaires à enlever. Cette guerre totale s’exprime non seulement par la destruction des • Combat à Saint Domingue d'après un dessin de Raffet gravé par Frilley •Timbre en souvenir du Général Capois La Mort infrastructures coloniales, mais surtout par la suppression totale de la classe des représentants du système esclavagiste. Pour l’esclave, lui, qui est en opposition, en rébellion et en révolte contre le système sanguinaire, il s’agit surtout aujourd'hui de « vivre libre ou mourir ». •Papier monnaie à l’effigie du Général Capois La Mort inattendu par les soldats européens. Le Capitaine général Leclerc, luimême reconnait ce fait en ces termes « les nègres ne sont point lâches en plaine, mais ils avaient peu l’habitude de faire une guerre régulière, ils connaissaient très bien l’avantage qu’ils avaient à faire cette guerre d’embuscade à la Crête-à-Pierrot, ils se battirent supérieurement et habilement et nous bravement mais inhabilement ». cours d’eau, des sources et rivières par des cadavres d’animaux et de tous les points d’eau, harcèlement des troupes françaises chargées du ravitaillement en tous genres, de la logistique, du bivouac etc… La mobilité des troupes indigènes sur le terrain d’opération est tout à fait nouvelle, inusitée et incompréhensible pour certains généraux français. Cette stratégie en constante Cette guerre d’embuscade, comme l’a si bien compris le général Leclerc est faite en permanence de mouvement, d’ailleurs le terrain d’opération couvre entre 5 à 8 km2 et débute du haut du cap jusqu’à la place forte du Cap-français y compris celle de la petite anse. Cette forme de combat dissymétrique est l’une des stratégies d’affrontement adaptées à la topographie et aux lieux d’opéra-tions militaires que tous BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 10 •Plan et profil du BlockHouse de Breda / Bibliothèque national de France les généraux de l’armée indigène ont imposé aux troupes expéditionnaires françaises dans l’objectif de les vaincre et de renverser le système esclavagiste que l’armée française est venue restaurer. du général en chef de l’armée indigène Jean Jacques Dessalines. L’armée indigène met en place une stratégie de harcèlement ainsi que des effets de surprise alliés à une forte capacité de concentration, de dispersion, de duperie, de leurre, d'embuscades de sabotages « Koupe tèt boule kay » etc. face à cette armée suréquipée et réputée la plus puissante du monde au début du XIXème siècle. Point n’est besoin de vous dire qu’au XXème siècle cette stratégie mise en place par l’armée indigène a fait des émules, plus d’un stratège militaire d’ici et d’ailleurs ont analysé ce haut fait d’arme, et le classe en tant que ‘’guérilla rurale’’. Les tactiques et stratégies utilisées sont étudiées à l’école militaire pour une compréhension judicieuse de l’application sur le terrain des consignes stratégiques Vertières ! « Lorsque la bataille entame sa phase finale le jour du 18 novembre, Vertières est un poste stratégique d’importance Vertières : Verrou Sur la route de la place forte du Cap-Français récente dans l’histoire du CapFrançais » ( J.-P. Le Glaunec, L’armée indigène, La défaite de Napoléon en Haïti, p.63). Vertières, (ou Verrières, Verdière, Verdièrre, Vertière, Verthiere, dépendamment des sources françaises consultées), tirant son nom de Marie-FrançoisJoseph Pourcheresse de Vertières, fils de l’ancien président du Conseil supérieur du Cap, qui l’aurait affermé dans les années 1790, n’est ni un blockhaus, ni une redoute, ni un fortin, mais plutôt « une habitation fortifiée, et plus précisément une ancienne dépendance de l’hôpital des Pères » (p.61) sise sur un promontoire. Dessalines décrit ce poste comme une simple « maison percée à meurtrières », « située avantageusement sur une éminence » (p.62). « Le système de défense (du Cap) s’articule (plutôt), vers la fin de l’année 1802, autour de postes jugés plus importants, nommés blockhaus » (P.63). Par exemple, à proximité de Vertières, s’érigent plusieurs buttes, dont celle de Charrier, qui le surplombe, et •Plan, profil et élévation du Bockhouse de Champein / Bibliothèque national de France BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 11 des blockhaus, dont celui de Champein, situé de l’autre côté du chemin du Haut-du-Cap. Rochambeau en a fait ériger une centaine sur toute l’île en faisant prévaloir des arguments raciaux plutôt que militaires : selon lui, « un blockhaus serait censé effrayer des Noirs supposément lâches et désorganisés » (p.63). L’importance stratégique de Vertières vient du fait qu'il doit absolument articuler le contrôle défensif des deux voies de commu- nication du Cap, celle du Haut-duCap et celle des approches de la ville. Ce qui explique l’ordre émanant du général Clausel, le 1er avril 1803, de fortifier le site. Ce dernier, quartier général de l’officier Michel Marie Claparède en charge de la défense du Haut-duCap, (carte ci-dessous), doit être l’objet d’une forte concentration de troupe afin d’empêcher la prise de Vertières, parce que « qui prendrait Vertières prendrait assurément la ville » (p.65). Aussi, l’Institut dans le cadre de la commémoration des 216 ans de la bataille de Vertières met-il à votre disposition chers lecteurs un document inédit, il s’agit d’un exposé de la reconstitution de la bataille de Vertières réalisée par l’Académie Militaire d’Haïti en 1953, lors des festivités du tri cinquantenaire de ce haut fait d’armes. •Camps militaire du Haut du Cap BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 12 Reconstitution de la bataille de vertières par l’Académie Militaire d’Haïti •legend BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 13 TEMOIGNAGE D’ADMIRATION DE L'ACADEMIE MILITAIRE AU COMMANDANT SUPREME DES FORCES ARMEES, LE GENERAL DE DIVISION PAUL E. MAGLOIRE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE D'HAITI, ET AU CHEF D'ETAT-MAJOR DE L'ARMEE. LE GENERAL DE BRIGADE ANTOINE LEVELT EXPOSE DE LA BATAILLE DE VERTIERES par le major Paul Corvington, Directeur de l'Académie Militaire La page 5 Le combat de Vertières qu'il faudrait plus judicieusement appeler l'attaque générale des lignes du Cap compte parmi les plus violents livrés dans la guerre de l'Indépendance. Dans un dernier élan, nos titans nègres, lancés sur la ville, culbutaient - à jamais - les derniers représentants de trois siècles de tyrannie. Ce combat de Vertières couronne la sublime aventure où fourmillent tant de héros à travers une série de batailles offertes à l'admiration étonnée des uns et la stupéfaction des autres. ‘’Coupé têtes, boulé cailles ‘’ telle avait été la consigne du Général en Chef. ’’Coupé têtes, boulé cailles’’ Cri sauvage, a-t-on dit, cri de nègres assoiffés de sang blanc, cri sadique d'africains cannibales. Non ! "Coupé têtes, boulé cailles". Victimes révoltées, bêtes de somme à bout de sacrifices. La chair noire trop souvent dévorée par les chiens, trop souvent crucifiée, trop souvent jetée aux requins. ‘’Coupé têtes, boulé cailles’’ nouvelle méthode de guerre inaugurée par un grand Général. ‘’Coupé têtes, boulé cailles’’ c'est-à-dire ’’Pas de quartier pour l'ennemi’’, attaquez-le en ligne de bataille, dans ses retranchements, dans ses centres de production : détruisez-le partout. Faites sauter ses munitions, pillez ses convois, incendiez ses ravitaillements. Guerre totale! ‘’Coupe têtes, boulé cailles" formule lumineuse, annonciatrice des grands bombardements aériens de la 2e Guerre mondiale. Que de têtes en effet ont été coupées, que de ‘’cailles’’ ont brûlé, que d'hôpitaux, de villes entières ont sauté en l’air ! Le ‘’coupé têtes, boulé cailles’’ de nos ancêtres armés de machettes et de torches reste bien innocent, en vérité, en face de la bombe atomique dont le spectre effraie le genre humain.... BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 14 La page 5 Dessalines arrive au Morne Rouge le 15 Novembre 1803, il installe son quartier général à Vaudreuil sur l'habitation Lenormand. Il a décidé d'en finir. L'ennemi, bousculé joue sa dernière carte. Aucun renfort, aucun approvisionnement ne peut lui parvenir car les voies de communication avec Santo-Domingo sont coupées et les Anglais sillonnent la mer au large du Cap. Une troupe privée de ses communications et de son ravitaillement est perdue. Rochambeau s'en rend compte : mais encore confiant dans les ouvrages de défense de la ville, il espère pouvoir tenir jusqu’à ce que la marine française arrive à percer la flotte anglaise pour entrer au Cap. En effet, le plan de défense du Cap est de très haute valeur, c’est toute une ceinture de fortifications qui bloque l'accès de la ville: un coup d'œil sur la carte permet de s’en rendre compte : en partant du Nord-Est on rencontre d'abord le retranchement du bourg de la Petite- Anse. Armé de 8 canons, il barre la route de l'Est et couvre la plaine, Plus au Nord, la batterie Circulaire, la batterie du Mort, la batterie St. Joseph ainsi que le Fort Picolet défendent l'entrée de la rade. D'ailleurs, au large, les bateaux anglais sillonnent la mer. Picolet peut, au demeurant, tourner ses canons sur les mornes à l'Ouest pour défendre la ville. Plus au Sud, à quelque 75m, de l'Hôpital Français, trois batteries veillent sur les mornes. Défendent le grand chemin et au besoin, peuvent exécuter un tir plongeant sur le Haut du Cap. Ce sont les batteries des Mornes. En direction du Sud-Est, le Redan de la Barrière-Bouteille couvre avec ses deux canons le chemin qui conduit à la ville. A l’Ouest, sur la ligne de faite, la Vigie St. Martin éclaire les deux versants du Morne du Cap. C'est un poste d'observation idéal pour les opérations possibles. A 4150 m. de la Vigie, sur le versant Sud du même massif. Pierre Michel domine la Grande route. A hauteur du Haut du Cap et un peu à l’Ouest se trouve la blockhauss de Bréla, fortification à étage pentagonal, armée de pierriers et de canons. C’est la fortification la plus avancée sur la route d'approche des forces indigènes. Un peu en retrait, mais toujours dominant la route. Charrier pour le moment dépourvu d'armement. Enfin Vertières, le fort le plus puissant de ce système de défense au triple point de vue de sa position, à proximité de la route, de son orientation et de son armement. Une telle ceinture de fortifications ne pouvait être brisée que par l’héroïsme des indigènes au service du génie de Dessalines. Dessalines passe ses troupes en revue. Il sent dans l’air que le moment est venu. Il tressaille de la fougue de ses hommes. Ils ne doivent pas se refroidir. Ils sont affamés il est vrai, ils sont en guenilles: depuis Port-au-Prince, ils ne vivent que de maïs et de patates boucanées; mais qu’importe, leurs yeux étincellent de la joie d'être libres: ils souhaitent même ce dernier combat. On attaquera le Cap sans délai. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 15 La page 13 Dessalines analyse la situation: quelles sont les troupes dont il dispose : a) Les 3e, 11e, 20e demi-brigades et 2 bataillons de la 4e, sous les ordres de Gabart. b) La 10e demi-brigade et le 3e bataillon de la 4e, composée de l’élite de la jeunesse Port-au-Princienne commandée par le Général Jean-Phillipe Daut. c) La 6e demi-brigade commandée par Clerveaux, le plus ancien des généraux. d) Les 1ère et 12e demi-brigades commandées par Christophe et Romain. e) La 9e demi-brigade commandée par Capois-La-Mort, cette demi-brigade est en uniforme. Les hommes s'étaient emparés d'un dépôt français, à l'Ile de La Tortue. f) Les 21e, 22e, 24e, commandées par Cangé. Ces troupes étaient aussi en uniforme. Les hommes s'étaient approvisionnés aux Cayes. g) Les 14e et 17e commandées par Vernet. h) Les dragons de l’Artibonite, commandés par le Colonel Charlotin Marcadieux assisté des chefs d'escadrons Paul Prompt et Bastien. Ils font partie de la réserve. Au total 27.000 hommes. Les munitions abondent depuis la prise de Port-au-Prince. L’objectif final est le Cap. La route par laquelle devront passer les troupes et le matériel est couverte par les Forts Pierre-Michel, Bréda, Vertières. D'autre part la Vigie St. Martin, les batteries des Mornets et Picolet protègent le Cap au Nord et au Nord-Ouest ; de plus leurs feux peuvent être dirigés sur la ville si celle-ci était prise. Enfin, les retranchements de la Petite-Anse couvrent la plaine et une contrattaque de ces troupes peut nous prendre de flanc. Dessalines attaquera donc sur quatre colonnes La première commandée par Clerveaux effectuera l’attaque principale sur la Barrière Bouteille, par la grande route. La deuxième sous les ordres de Christophe passera par la bande du Nord, les hauteurs d'Estaing et la gorge de la Providence, s’emparera de la Vigie St. Martin, de la batterie des Mornets et canonnera la ville. La troisième sous les ordres de Romain ira tourner Picolet. La quatrième ira masquer la Petite-Anse. La réserve restera au Haut du Cap, prête à être engagée le cas échéant. Un tel plan d'attaque ne pouvait être conçu que par un Grand Chef, On y remarque tout de suite le génie militaire du Général en Chef. D'abord: le facteur psychologique: les troupes veulent se battre, il ne faut pas les refroidir: de plus l’ennemi est inquiet, le moral est donc nettement supérieur de notre côté. Facteur militaire: Le passage est bloqué par les points-clés : Bréda, Pierre Michel, Vertières, il faut les réduire. En même temps la manoeuvre de flanc vers d'autres objectifs pour créer la diversion et diluer la défense ennemie. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 16 La page 9 ` Dessalines enverra donc d'abord Christophe et Romain. Ils ont une longue route à parcourir par des chemins impossibles. Leurs canons escaladeront les pentes les plus abruptes et à l'heure convenue ils seront en position. Dessalines attendra leurs messages d'arrivée avant de mettre en branle la colonne de Clerveaux. Cette précaution se comprend aisément: la Vigie, la Batterie des Mornets convergent leurs feux plongent sur la route, il faut donc avant d'engager l'attaque principale, s’assurer que ces points de défense sont réduits. De plus, ces deux fronts ouverts quelques heures avant l'attaque principale vont attirer la réserve du Cap au Nord et au Nord-Ouest. Le 17 Novembre 1803, Christophe annonce qu’il est en position: il a enlevé la Vigie St. Martin et la batterie des Mornets. Romain campe en face de Picolet et s’apprête à prendre ce fort d'assaut. Le message de Cangé est catégorique. Les forces françaises retranchées à la Petite-Anse sont encerclées. Elles font des tentatives de sortie, vite contenues. Dessalines fait alors une reconnaissance du blockhauss de Breda. Pourquoi va-t-il personnellement inspecter les alentours de cette fortification ? Breda est le premier obstacle à vaincre. Il faut le canonner d’importance. Il faut vérifier ses ouvrages pour mieux déterminer ses points faibles. La reconnaissance personnelle du terrain est essentielle au Chef Militaire : Dessalines le sait. Il arrive si près du blockhauss que les français le reçoivent à coups de mitraille. Il pique son cheval fringant et rentre sain et sauf. Quelle imprudence! Il aurait pu si facilement se faire tuer. Oui ! Mais il existe des gestes qui sont l'apanage des grands ! Qui peut oublier Bonaparte au Pont d'Arcole ! Le métier de chef comporte des risques qu'il faut prendre sous peine d'abdication. Dessalines retourne à son QuartierGénéral. Il décide de faire exécuter un feu d'artillerie sur Bréda pour couvrir l'avance de la colonne de Clerveaux. Conception tactique inscrite dans tous les manuels militaires modernes ! Dans la nuit du 17 au 18 Novembre, Clerveaux fait dresser une batterie à 200 toises du Fort Bréda (200 toises équivalent à 390 m.). Cette batterie se compose d'un obusier de 6 pouces, d'une pièce de 4 et d'une pièce de 8. Les généraux Daut et Gabart sont mandés à son Quartier-Général et reçoivent le commandement de la réserve composée de leurs troupes: les 3e, 10e, 11e et 20e demi-brigades et 3 bataillons de la de demi-brigade auxquels s'ajoutent les dragons de l'Artibonite sous les ordres de Marcadieux et toute la jeunesse de Port-au-Prince qui, à défaut de connaissance technique du métier des armes, allait donner la mesure de son ardent désir de vivre libre. Le 10 Novembre 1803, la diane sonne au Fort Bréda. Les artilleurs Zénon et Lavelanet n'attendaient que ce signal. Des quatre pièces ils ouvrent le feu sur le blockhauss de Bréda. Tous les forts français répondent. Dessalines dirige les opérations. Les troupes sont déjà engagées sur la grand'route, en direction de la Barrière-Bouteille: Capois est à l'avantgarde avec sa 9e demi-brigade. Le feu des forts se fait plus intense. La colonne est en danger, elle reçoit le feu de Breda, Pierre Michel et Vertières. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 17 La page 11 La page 13 Dessalines analyse rapidement la situation : malgré la diversion créée par Christophe et Romain, la route est encore fermée: trois points clés bloquent le passage. Il faut les neutraliser, sinon on ne passera pas. En grand tacticien, il n’hésite pas une seconde à changer ses plans pour faire face aux nouvelles contingences de la bataille. Vertières reste le plus dangereux des forts ; sa proximité avec la route, son armement plus puissant, son orientation, tout fait de ce point-clé un ilot de résistance à réduire pour rouvrir la marche sur la Barriere-Bouteille. Mais cette colline fortifiée comporte des retranchements puissants, et surtout une barricade qu’il faut coute que coute neutraliser par l’artillerie. Or la seule base de feu qui puisse efficacement bombarder Vertières est la butte de Charrier, au Sud. Il faut donc occuper cette butte qui n'est d'ailleurs pas défendue, y amener des hommes et de l'artillerie. Cependant pour arriver à Charrier, il faut contenir Vertières, car toute colonne qui s’aventurera vers Charrier essuiera un feu de flanc de Vertières. En même temps, pense Dessalines, Il faut contourner Bréda pour transporter son feu de la route vers les mornes et ainsi diminuer la pression de ce fort sur la colonne Clerveaux. La manœuvre est extrêmement habile. Qui se permettra ensuite de penser que Dessalines n'était qu'un chef de bande ignorant et incapable ! On ne doit jamais perdre de vue que les Généraux Indigènes avaient gagné leurs grades sur le champ de bataille contre les Anglais et les Espagnols. Sitôt pensé, sitôt exécuté. Dessalines fait contourner Bréda par Clerveaux et il lance Capois déjà à l'avant-garde, contre Vertières, Capois assisté de Vernet fonce sur Vertières avec les 9e, 17e et 14e demi-brigades. Ils sont culbutés par l'artillerie et la mitraille du fort. Ils se replient sur la grande route. Dessalines réalise que la pression doit être maintenue sur Vertières. Pas une seconde à perdre. Il emploie la réserve et ordonne à Gabart de renforcer Capois avec les 3e, 11e et 20e. Le feu de Vertières se fait encore plus meurtrier. Gabart et ses hommes sont repoussés. Entre temps Capois a rassemblé sa troupe. II prend un cheval richement caparaconne et s’élance de nouveau, il encourage ses hommes, il s’énerve ; un boulet renverse son cheval: il tombe, se relève, tire son sabre ‘’En avant ! En avant’’ ‘’Bravo ! Bravo !’’. Ce geste de courage soulève l’admiration des français. Un roulement de tambour se fait entendre. Le feu cesse ; un cavalier se présente et transmet, en ces termes, les compliments du Général Rochambeau : ‘’ Le Capitaine Général Rochambenu envoie son admiration à l’Officier Général qui vient de se couvrir de tant de gloire’’. L’estafette se retire, le combat recommence. Dessalines juge le moment venu pour occuper Charrier y installer sa batterie et canonner Vertières. Capois restera au pied du Fort pour y contenir les français. La réserve, avec Gabart et Jean-Philippe Daut, occupera Charrier. Encore une décision qui marque lumineusement le sens tactique du General en Chef qui garde en pleine bataille une image d’ensemble des opérations. C’est la 2e fois qu’il emploie sa réserve. Ici encore nous voyons l’application classique du feu et du mouvement. C’est en maitre que Dessalines agit. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 18 La page 14 La page 17 La nouvelle base de feu est enfin établie. Charrier canonne Vertières. Rochambeau fait mettre une pièce de ’’16’’ en batterie dans la savanne Champin, et ouvre le feu sur Charrier: c'est un duel d'artillerie. Charrier démonte la pièce de ‘’16’’. Les Français se rendent compte que cette position est la plus dangereuse pour eux. C'est pourquoi ils concentrent sur la butte un feu nourri. La maison de Charrier est écrasé ; plus aucun abri pour les indigènes. Clerveaux ordonne à ses soldats d'élever un parapet en terre contre la mitraille. Le Général Daut sort aussitôt des rangs et trace avec la pointe d'une baïonnette la ligne des retranchements, sous les milliers de balles qui pleuvent autour de lui. En moins d'une heure les travaux de retranchement sont achevés. Charrier canonne sérieusement Vertières. La maison crénelée de Vertières saute. Devant la pression sur Vertières les français sortent du fort avec 2 pièces de canon et tentent une contre-attaque par la route, pour prendre de flanc Capois et enlever Charrier. Jean-Philippe Daut descend de Charrier à la tête de ses hommes pour les combattre. Il est repoussé par un bataillon français. Dessalines analyse la situation : le désordre qui règne au Fort de Vertières peut favoriser la marche vers la Barrière-Bouteille, par la grand'route. Cependant le bataillon français hors du fort le gêne, il faut le repousser dans l'enceinte de Vertières. Il décide donc de le charger avec sa cavalerie. Ici encore, nous voyons l'emploi judicieux que le Général en Chef fait de sa réserve ; il l’emploie à bon escient, pour renforcer les points critiques et amorcer une nouvelle manœuvre. Il appelle donc Paul Prompt le commandant d'escadron de cavalerie, en réserve et lui dit : ‘’ Paul Prompt il faut que dans quelques minutes, il n’y avait pas un seul blanc hors du fort, ou que j’apprenne ta mort’’. Paul Prompt, au son des clairons, charge les français. Ceux-ci demeurent inébranlables. La première ligne, genoux à terre et les deux autres lignes debout, font feu. Les cavaliers de Paul Prompt sont arrêtés. Par intervalles les rangs français s'ouvrent et les deux canons font une trouée parmi les cavaliers. Rien n’y fait. Les brèches sont colmatées. Paul Prompt rallie ses hommes, fonce à nouveau, cette fois Avec une telle impétuosité que les français sont refoulés dans le fort. Paul Prompt les poursuit, les sabre, pénètre dans les fossés et se fait tuer. Sa cavalerie se replie et rentre au quartier-général avec de son chef. Soudain les indigènes reçoivent un feu d'artillerie venant du flanc droit: les boulets crèvent les rangs. C'est un canon français, place sur un bac sur la rivière du Haut-du-Cap qui tire sur eux. Cette manœuvre française a pour but de diminuer la pression exercée sur Vertières, en attirant les feux sur un autre front. Elle a aussi un but psychologique : créer la pagaille dans les indigènes en les atteignant par surprise, presque par derrière. Rien n'y fait, l'élan est trop fort et cette tentative avorte ; une bonne fusillade sur le banc et celui-ci disparait. Les français se battent aussi avec courage et Rochambeau ne perd BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 19 La page 18 ACTE DE REDDITION DE LA VILLE DU CAP pas une seconde la physionomie tactique de déroulement des opérations. Entre Dessalines et lui, tous deux grands tacticiens, c’est une savante partie d'échecs qui se joue. C’est à qui présentera le premier la fissure par laquelle l’adversaire plongera dans son sein la pointe mortelle. Dessalines, rusé et aussi plein d'expérience de la tactique française n'oublions pas qu’il a combattu sous leur commandement surveille attentivement les moindres mouvements ennemis. Des observateurs bien placés le renseignent rapidement. Ils sont les uns sur des arbres, les autres dans les broussailles, bien cachés, ils ne prennent pas part à l'action. Ils sont les yeux et les oreilles de Général en Chef. Les files de liaison, choisies parmi les soldats les plus agiles, les plus rapides, sont échelonnées sur le champ de bataille. Leur mission unique: apporter sans délai à I ’Etat-major les messages des poste d'observation. Rochambeau réalise que la situation est désespérée. La pression indigène est irrésistible. Charrier surtout est meurtrier : son tir tombe en plein dans Vertières. Il faut tenter quelque chose contre Charrier ! Il ne reste plus que la Garde d’honneur. Rochambeau décide de tenter l’escalade de Charrier en y lançant sa garde. On passera derrière le monticule, on tournera Charrier du côté Ouest. La colonne s’ébranle. Mais notre service de renseignements fonctionne à plein rendement. Clerveaux est immédiatement prévenu. Ils auront ce qu'ils cherchent. Une compagnie est rapidement dissimulée dans le bois, non loin de Charrier, côté Ouest. Une fusillade en plein dans les rangs de l’ennemi surpris, et c'est la débandade. Les français au pas de course regagnent leur lignes. C’est la fin. Rochambeau s’en rend compte. Il est 5 heures de l'après-midi. Bréda est encerclé. Pierre Michel ne tire plus depuis plusieurs heures, peut-être ses munitions sont-elles épuisées. Christophe ne cesse de canonner le Cap: d’un moment à l’autre il va foncer sur la ville. Romain est à Picolet. La Petite-Anse n’a rien donné, elle est Contenue depuis le commencement de la bataille. Vertières n’en peut plus: plus on les tue, les nègres, plus il en revient. Et aussi, qu’ils sont terribles ! Il faut évacuer et rentrer au Cap. De là on tentera un compromis avec les Anglais ; si ça ne marche pas, on capitulera avant que les indigènes n'entrent dans la ville. On va donc tenir jusqu’à la tombée de la nuit ; et à la faveur de L’obscurité, on abandonnera les forts. L'intelligence de Dessalines pénètre la pensée de Rochambeau. Il est maintenant certain de la Victoire. L'ennemi résiste encore, mais c'est un dernier sursaut. Il s'agit seulement de maintenir les doigts bien serrés sur la gorge, jusqu'au dernier râle, et ce sera la fin. Dessalines monte à Charrier. Toujours le flair du Grand Chef: il sent sa présence personnelle indispensable parmi ses hommes. Après tout, ils ont bien souffert. Les blessés amoncèlent sur la butte: il pleut à torrents. Les soldats sont affamés, leurs gorges sont brûlantes. Dessalines les inspecte, accompagné de l'adjudant-général Bazelais. II est 6 heures du soir. Des acclamations de toutes parts. Dessalines informe des blessés, il ordonne de les transporter au Quartier Général de Vaudreuil. Dessalines donne à Clerveaux l'ordre d'attaquer de nouveau l'ennemi au point du jour. Rochambeau profite de l'obscurité pour faire évacuer les forts et Vertières est enfin occupé. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 20 Quelles sont les conséquences de la chute de Vertières ? Le Cap doit tomber, Rochambeau tente une nouvelle manœuvre, cette fois diplomatique. A minuit, un Officier Français se présente aux avant-postes de l'Armée Indigène. II est conduit à Dessalines. Un armistice est demandé de la part de Rochambeau. Dessalines refuse: il ne traitera que de la capitulation du Cap. Rochambeau, écrit immédiatement au Commodore Loring de la flotte anglaise pour traiter avec lui. Les conditions de Loring sont trop dures; Rochambeau ne les accepte pas. II demande à Dessalines une cessation des hostilités. Toutes ces manœuvres dilatoires de Rochambeau n’ont qu’un but : gagner du temps pour essayer de voir clair dans ce chaos. Dessalines, aussi malin et bon tacticien, ne y laisse pas prendre : ‘’ Allez dire au Général Rochambeau que ses négociations avec les Anglais ne me regardent pas; ceux-ci font la guerre pour leur compte et les indigènes pour le leur. Diteslui que si dans 24 heures rien n’a été arrêté entre lui et moi, je reprends les opérations avec la plus grande vigueur". A 5 heures de l’après-midi, le 19 Novembre 1803, I‘Adjudant Commandant Français Duveyrier, muni des pleins pouvoirs, se présente à l’Armée Indigène pour traiter de la reddition du Cap. L'Acte de reddition est dressé et signé: La page 20 ACTE DE REDDITION DE LA VILLE DU CAP Aujourd'hui 27 Brumaire (19 Novembre 1803), l'Adjudant-Commandant Duveyrier chargé des pouvoirs du Général en Chef Rochambeau, Commandant l'Armée Française, pour traiter de la reddition de la Ville du Cap, et moi Jean-Jacques Dessalines, sommes-convenus des articles suivants: Art. 1er.- La Ville du Cap et les Forts qui en dépendent seront remis dans dix jours, à dater du 28 présent, au Général en Chef Dessalines. Art. 2.- Les munitions de guerre qui seront dans les arsenaux, les armes et l'artillerie seront laissées dans l'état où elles sont présentement. Art. 3.- Tous les vaisseaux de guerre et autres qui seront jugés nécessaires par le Général Rochambeau tant pour le transport des troupes et des habitants que pour l'évacuation, seront libres de sortir au jour nommé. Art. 4.- Les Officiers militaires et civils, les troupes composant la garnison du Cap, sortiront avec les honneurs de la guerre, emportant leurs armes et les effets appartenant à leurs demi-brigades. Art. 5.- Les malades et blessés hors d'état d'être transportés sont traités dans les hôpitaux jusqu'à leur guérison. Ils seront spécialement recommandés à l'humanité du Général Dessalines. Art. 6.- Le Général Dessalines, en donnant l’assurance de sa protection aux habitants qui resteront dans la place, réclame de la justice du Général Rochambeau, la mise en liberté des hommes du pays quelle que ce soit leur couleur, lesquels ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 21 être contraints à s'embarquer avec l'Armée Française. Art. 7.- Les troupes des deux armées resteront dans leurs positions respectives jusqu'au dixième jour fixé pour l'évacuation. Art. 8.- Le Général Rochambeau enverra, pour sûreté des présentes conventions, l'Adjudant-Commandant Urbain Deveau en échange duquel le Général Dessalines remettra un Officier de même grade. Fait en double et de bonne foi, au Quartier-Général du Haut-duCap, les dits jour, mois et an précités. (s)DESSALINES (s) DUVEYRIER Ainsi se terminait, sur une note d’apothéose, le 18 Novembre 1803, la guerre de l’Indépendance qui s’inscrit éblouissante au nombre des grands exploits de l’humanité. A Vertières, il y a 150 ans, au sein de cette chaude végétation nourricière du sang bouillant de l’homme tropical, nos sublimes ancêtres gravaient de leur fer et de leur feu, le nom d’une nation sur la carte du monde. 150 ans et le canon tonne encore à nos tympans, la fusillade crépite, les blessés gémissent, le chant des grenadiers se lançant à l’assaut, parcourt encore nos veines et nous monte brûlant jusqu’au cerveau. Et pressés par un besoin irrésistible de communion plus profonde avec nos grands forgeurs de liberté, nous nous sommes réunis à Vertières le 2 janvier 1954 pour les rejoindre dans le passé. Trempons nos âmes dans leur sanglante épopée pour cimenter à jamais le bloc haitien autour du bicolore afin qu’il flotte toujours plus haut et plus étincelant parmi les drapeaux des peuples libres. BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 22 LISTE DES OFFICIERS AYANT PARTICIPE À LA RECONSTITUTION DE LA BATAILLE DE VERTIERES Major PauL A. CORVINGTON Directeur de l’Académie Militaire Directeur Technique des opérations et commentateur de la bataille Major EDGAR O. BUTEAU Chef du Poste central de contrôle Capitaine JULEMA J. RiCHE Quartier-Maitre Assistant-Directeur de l’Académie Quartier-Maitre de l’Académie Capitaine MARCEL COLON Officier de contrôle Commandant des Cadets Lieutenant GERARD BOYER – SS Officier de contrôle Médecin de l’Académie Lieutenant FRANCK BAYARD Officier de contrôle Instructeur Lieutenant ROBERT ANDRE - ST Officier de transmission Chef du service de Transmission LISTE DES OFFICIERS Lieutenant ANTONIO DOUBLETTE Officier de contrôle Instructeur St. Lt MAUREPAS AUGUSTE Général Jn Philippe Daut Instructeur St. Lt FRANCK LARAQUE dans le rôle de l’estafette Officeir de service au G Q G St. Lt. ADRIEN BLANCHET Officier francais charge du contrôle des hommes à Vertières Instructeur Attaché au Bureau Haïtiano Américain de Géodésie Officier charge des relevés topographiques et de la confection de la carte des opérations St. Lt MARC JN BAPTISTE Général Gabart St. Lt. FRITZ ETIENNE Instructeur St.Lt. FREDERIC M. ARTY Général Capois La Mort Officier de service au dept. Militaire de la Police de Port-au-Prince St.Lt. FREHEL ANDRAL COLON Officier chargé de la mise de la carte en couleurs Officier de service District de la Police du Cap-Haitien St.Lt VALDEMUS REGIS Assistant-Quartier-Maitre Officier de service à l’Académie Militaire LISTE DES OFFICIERS St.-Lt. CLAUDE L. RAYMOND Officier de contrôle et Général Indigène Instructeur Adjudant MICHEL DESRIVIERES chargé du contrôle des artilleurs Officier de service au Dept. Militaire du Palais National (28e Cie.) BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019 23 C Que rapporter ? Quoi dire ? et comment expliquer ? omment donc rapporter au monde et aux générations futures que les Haïtiens, anciens esclaves, assoient “leur liberté sur les ossements de soixante mille Français, les plus vaillants soldats du monde, morts à Saint-Domingue pendant les vingt-et-un mois qu’avait duré la guerre entre ces deux armées ? (Métral, A. Histoire de l’expédition des Français à SaintDomingue, Éditions KARTHALA, 1985, pp.223-224). Comment expliquer que des Africains, amenés à Saint-Domingue comme esclaves, considérés comme des êtres inférieurs, chosifiés, désarmés, puissent se rendre maîtres de la plus prestigieuse des colonies françaises ? Surtout lorsqu’on considère que l’expédition de Saint-Domingue se compose des plus braves guerriers français dont Napoléon veut s’éloigner pour ne pas avoir à croiser leurs baïonnettes sur le chemin du trône impérial ! (Ibid. p.162) Pourtant à peine reste-t-il assez de navires pour la fuite de ce qu’il reste de l’expédition. Une fuite que Métral qualifie d’effroyable, de douloureux, de misérable. Il ne serait pas superflu de reproduire ici un extrait de sa description des faits : « Le départ de l’armée dans les différentes villes, fut un spectacle d’effroi, de douleur et de misères. Les familles des colons et beaucoup de personnes manquèrent de navires pour fuir la vengeance des noirs irrités. Des épouses, des enfants étaient obligés de se séparer de leurs époux et de leurs pères. Les rivages ne retentissaient que de cris et de pleurs ; les uns sur terre, allaient tomber entre les mains de leurs anciens esclaves, les autres sur mer entre celles des Anglais. Nombre de gens confiaient leur vie et leur fortune à de fragiles barques. On fut obligé d’abandonner les malades, et toute l’artillerie. Alors de la mer, Rochambeau, les soldats et les colons virent des feux allumés par les noirs sur les sommets des montagnes. Ces feux étaient le signe de leur joie présente, ils avaient été celui de leur fureur passée. Ainsi lors de leur arrivée et de leur départ, les Français ne virent que des flammes » (pp.216-217). Comité de rédaction : • Jean Patrick DURANDIS, D.G / ISPAN Architecte de Monument • Sabry ICCENAT Communicateur ISPAN • Emmanuel TANIS Historien ISPAN Recherche historique et photographique : • Jean Patrick DURANDIS, www.ispan.gouv.ht D.G / ISPAN Architecte de Monument • Eddy Lubin Tech. Archéologue ISPAN • Rhoddy Attilus (ISPAN) Membre du jurry des prix Deschamps Les fortifications, installations militaires et armement remis à l’armée indigène selon les conditions de la capitulation, constituent aujourd’hui encore un butin qui scande les mots « liberté et droits humains » avec une éloquence inégalable. Quant à l’armement, il consacre la suprématie militaire de l’armée indigène à travers la grande batterie des Caraïbes qu’est la Citadelle Henry, ainsi que des forts Culbuté, Décidé, Innocent, Doko, Madame, Fin du Monde, Jacques & Alexandre, Ralliement, Bonnet Carré, Platons, Rivière, Neuf, Desbois, Marfranc, Gary, Campan, Ogé…, pour ne citer que celles-là, construites après la guerre de l’indépendance. On retrouve donc cet armement dans toutes les fortifications de la République qui composent le système défensif ordonner par le Général en chef Jean Jacques Dessalines. Par ailleurs, celui-là, désormais est muet et dort un peu partout sous les broussailles, orne quelque fois l’entrée de quelques misérables propriétés campagnardes, mais partout, le même langage, la même éloquence « vivre libre ou mourir ». Correction, Avis et relecture : • Eddy Lubin / Patrick Delatour Tech. Archéologue / Architecte de Monument consultant ISPAN • Rhoddy Attilus (ISPAN) Membre du jurry des prix Deschamps Graphiste: • Roberson ETIENNE Ingénieur Informaticien ISPAN Supervision : • Jean Patrick DURANDIS, D.G / ISPAN Architecte de Monument Distribution : Service de promotion BULLETIN DE L’ISPAN • Numéro spécial • Novembre 2019