(2011-07) Bilten ISPAN, No 26: Sant istorik Jeremi ak richès achitektiral li
Rezime — Achitekti Jeremi nan kòmansman difisil li: apre konkèt panyòl 1493 la ak disparisyon Tayino yo mwens pase senkant an apre, rejyon ki jodi a se Grandans lan rete lontan sou kote.
Deskripsyon Konple
Achitekti Jeremi nan kòmansman difisil li: apre konkèt panyòl 1493 la ak disparisyon Tayino yo mwens pase senkant an apre, rejyon ki jodi a se Grandans lan rete lontan sou kote. Yon nimewo Bilten ISPAN, bilten mansyèl Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, ki parèt depi jen 2009 rive omwen novanm 2011, epi ki dokimante yon moniman, yon sit oswa yon sant istorik pa nimewo.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
• Photo : ISPAN • 2009
numéro 26, 1er juillet 2011
BULLETIN DE L’ISPAN
Le centre historique de Jérémie
et ses richesses architecturales
BULLETIN DE L’ISPAN, No 26, 16 pages
Les débuts difficiles
Après la conquête de l’île d’Haïti, par les Espagnols,
en 1493, et la disparition tragique, moins de cinquante ans plus tard, de ses premiers habitants – les
Taïnos -, la région qui correspond aujourd’hui à la
Grande-Anse resta longtemps très peu occupée.
Vers la fin du XVIIème siècle, seule la présence de
quelques ressortissants français est signalée dans la
région, encore sous dépendance espagnole. Selon
Moreau de Saint-Mery, chroniqueur de l’époque,
en 1673, des boucaniers s’y étaient installés et «en
1681 des religieux carmes avaient déjà formé une
paroisse de la Grande-Anse et de la Grande Rivière,
nom donné à la portion baignée par la rivière, qui
étant considérable et coulant dans la Grande-Anse,
devait avoir la même épithète.»
Les Français s’installèrent clandestinement en un
premier temps sur le côté est de la Grande-Rivière,
à un emplacement qu’ils appelèrent le bourg de
• Photo : ISPAN • 2009
Dans le premier numéro du BULLETIN DE L’ISPAN nous
signalions que, dans la perspective de la construction prochaine
de la route reliant Jérémie à la ville des Cayes, il est à prévoir
que le centre historique de Jérémie sera particulièrement affecté
par les brusques changement sur le mode de vie des Jérémiens,
que cette route amènera avec elle. D’autant plus que cette route
devrait, en principe, traverser de part en part ce centre historique pour aboutir à Carrefour-Carton, quartier situé en banlieue ouest de la ville. L’ISPAN souhait que des mesures conservatoires soient prises en toute urgence et des moyens financiers
mis à la disposition de la municipalité pour permettre à celle-ci
de développer des structures administratives et techniques adéquates de gestion, planifier son développement et sauvegarder le
centre historique des Jérémie.
Aujourd’hui, cette route est en chantier. Déjà, les terrassements
terminés, Jérémie n’est plus qu’à trois heures des Cayes, contre
les pénibles six heures d’avant. Son achèvement est prévu pour
janvier 2012.
Le BI-26 est entièrement consacré au centre historique de Jérémie et à ses richesses architecturales. Il présentera la synthèse de
deux études menées presque simultanément en 2009, l’une par
l’architecte Christophe Charlery et l’ingénieur Patricia Balandier et l’autre par les architectes Daniel Elie, Philippe Châtelain et l’ingénieur Elsoit Colas de l’ISPAN.
Question d’attirer l’attention, une fois de plus, sur cette extraordinaire richesse culturelle d’Haïti.
• Maisons typiques du centre historique de Jérémie
Sommaire
• Le centre historique de Jérémie et ses
richesses architecturales.
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti.
• Une résidence du centre historique de Jérémie
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 1
• Doccument : Coll. privée
• Plan de la ville du Trou-Jérémie, relevé en 1752
Il contient 65 emplacements, «sans compter ceux
occupés par diverses maisons jetées au hasard.»
Ce plan épouse la topographie escarpée du site qui
la sépare en deux parties distinctes : la basse ville
construite le long du rivage et constituée essentiellement de la rue de la Marine (l’actuelle rue Sténio-Vincent) et la haute ville, placée en arrière sur
une élévation. La ville a la forme d’un carré long
qui mesure environ 400 m par 300 m. Vers 1780,
elle contient 110 maisons. La plupart, constate
M. de Saint-Méry, «sont jolies et à étage, faites de
charpente ou de roches-à-ravets maçonnées entre
poteaux. Elles sont couvertes d’essentes et de tuiles
; elles ont des galeries hautes et basses qui ont depuis six jusqu’à 10 pieds de large; il est beaucoup
de maisons dont l’enceinte n’est pas close. Celles
de la Basse-Ville ont du côté du morne le désagrément de n’avoir point de cour, et du côté de la mer
l’inconvénient de souffrir des dommages par les raz
de marée ; elles sont d’ailleurs toutes très chaudes à
cause de l’enfoncement de ce point.» En cette fin
de siècle, le commerce se développe rapidement à
• Doccument : ISPAN
• Photo : Livre bleu d’Haïti • 1919
la Grande-Anse (au lieu dénommé, actuellement,
Vieux-Bourg), entre les rivières Guinaudée et
Voldrogue. Ils furent délogés peu de temps plus tard,
en 1683, par les Espagnols qui reprirent le contrôle
de la région. À la suite du Traité de Ryswick (1697),
par lequel l’Espagne concéda le tiers occidental de
l’île d’Hispagnola à la France, les Français s’installèrent à nouveau au bourg de la Grande-Anse et y
construisirent une église en 1720.
La ville coloniale
Vers le milieu du XVIIIème siècle, suite à une succession de catastrophes, la population du bourg de
la Grande-Anse décide d’abandonner définitivement ce lieu pour s’installer vers l’Ouest, à TrouJérémie, une anse estimée plus aisé à défendre et
offrant plus de sécurité au mouillage de navires.
Un premier plan de la ville est dressé dès 1750 qui
déterminera sa configuration actuelle.
Selon Moreau de Saint-Méry, en 1756, un plan définitif de la ville est officiellement établi par les Arpenteurs du Roi de France qui implantent un tracé formant onze îlots réunis autour d’une place centrale.
la faveur de l’augmentation de la production agricole de la région, particulièrement celle de café, de
cacao et du bois de campêche. La population passe
de 2 643 habitants en 1751 à 19 000 en 1789, dont
1 000 blancs, 1 000 affranchis et 17 000 esclaves.
La prospérité de la région repose largement sur les
affranchis qui, mettent en valeur les riches terres
environnantes. Ne jouissant pas des mêmes droits
civiques que les blancs, ils trouvèrent, à travers l’exploitation du café, un créneau qui, au départ, avait
été négligé par les colons français.
Les retombées de la Révolution française provoquent, à Saint-Domingue, de vives tensions entre
les différentes factions saint-dominguoises. L’esclavage est de fait aboli en 1791, à la suite du soulèvement général des esclaves, mais ne le sera officiellement qu’en 1793, par la Convention française.
Afin de conserver leurs privilèges, les négociants et
les planteurs de Jérémie font appel dès 1793 aux
Anglais qui débarquent dans la ville le 19 septembre
sous les acclamations des colons. Ils occupèrent
toute la région de la Grande-Anse durant quatre
années : le 22 août 1798, les Britanniques finirent
par livrer Jérémie aux forces coloniales françaises,
commandées par Toussaint-Louverture. La bourgeoisie marchande et les planteurs de la région
resteront cependant très puissants et fidèles au
système esclavagiste, ce qui occasionna le massacre
des Rigaudins, perpétré par Jean-Jacques Dessalines
à l’encontre des «gens de couleurs». Cependant, ce
ne fut que peu avant la proclamation de l’Indépendance d’Haïti, le 1er janvier 1804 aux Gonaïves, que
l’armée indigène rentra à Jérémie sous le commandement du général Férou et mit définitivement fin
à cette situation intolérable.
La ville au XIXème siècle
Pendant le XIXème siècle, l’organisation fonctionnelle ainsi que le tracé de la ville subissent peu de
transformations. Les maisons coloniales sont rénovées, transformées et de nouvelles maisons sont
construites sur les mêmes emplacements. Surtout,
c’est grâce à l’importante production caféière,
• Vue de la ville de Jérémie (ca 1789), tiré de l’Atlas de Moreau de Saint-Méri
2 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
• Maison Lestage à la Grand-Rue (rue Sténio-Vincent)
• Document : Coll. privée
• Document : Coll. privée
• Intérieur d’une halle type de Jérémie, vers 1919
• Un comptoir de vente à Jérémie au début du XXème siècle
• Document : Coll. privée
• Photo : Livre bleu d’Haïti • 1919
fonte sont commandées en pièces détachées pour
être montées par rivetage sur place, avant de recevoir leur remplissage de maçonnerie.
Cependant, dans leur grande majorité, les bâtiments
du centre-ville de Jérémie sont réalisés par des
artisans locaux. Il s’agit aussi bien de constructions
en maçonnerie de pierre et de briques que, plus
couramment, d’édifices à ossature en bois maçonnés entre poteaux ou triangulés avec bardages en
planches.
Comme à Jacmel ou au Cap-Haïtien, la maisontype de Jérémie, particulièrement à la ville basse,
est conçue et aménagée principalement autour du
commerce du café et des autres denrées d’exportation. Ces édifices répondent pour la plupart au
même schéma de fonctionnement, avec un rezde-chaussée réservé au commerce et formé d’une
halle de stockage et un étage ou plus rarement
deux, servant de résidence.
A la fin du XIXème siècle, Jérémie compte 15 000
habitants dont 5 000 en ville. La croissante démographique semble forte. La ville s’est quelque peu
étendue hors de ses limites coloniales et de belles
maisons ont été édifiées sur les hauteurs proches,
notamment le long de la route de Bordes, alimen-
• Photo : Livre bleu d’Haïti • 1919
• Plan de la ville vers la fin du XIXème siècle
tirant partie du climat favorable sur le piedmont
des contreforts du massif de la Hotte, que Jérémie devient, dans la deuxième moitié du XIXème
siècle, une ville riche et prospère, à l’image de ses
villes sœurs de Jacmel (voir BI-21, 1er février 2011)
ou de Santiago de Cuba. Des travaux d’infrastructures sont réalisés et la ville sort de ses limites coloniales, en dépit de troubles politiques, de cyclones
et d’incendies qui provoquent périodiquement des
destructions plus ou moins importantes.
Jouissant d’une prospérité, certes moins importante,
que celle des villes de Jacmel ou du Cap-Haïtien, au
cours la seconde moitié du XIXème siècle, Jérémie
profita cependant largement des prix favorables des
produits d’exportation sur le marché international.
Participant aux courants de pensées en vogue à Paris, Londres ou Bruxelles, la bourgeoisie jérémienne
adopte, elle aussi, les codes esthétiques européens
aussi bien dans la musique et la littérature que dans
l’architecture. Durant cette période, des éléments
d’architecture préfabriqués en métal tels galeries à
double niveau, balcons, portes, fenêtres, escaliers,
etc., sont importés d’Europe et intégrés à de solides
constructions en maçonnerie. Egalement, dans des
cas exceptionnels, des ossatures entières en fer et
• La place des Trois-Dumas et léglise paroissiale Saint-Louis
• Vue intérieure d’une résidence bourgeoise à Jérémie vers 1919 (Résidence Chéron)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 3
• Photo : Coll. privée
• Photo : Livre bleu d’Haïti • 1919
• La maison Desquiron en 1923
• La maison Chassagne vers 1919
tée en eau courante. L’historien haïtien Sémexant
Rouzier nous fait cette description de la ville dans
son dictionnaire géographique d’Haïti :
«La ville est située à la chute d’une montagne, couverte de villas dans une position agréable par son
élévation, en face de l’île la Cayemite. (...) Belles
maisons de ville et de campagne. Derrière elle se
dresse comme un rempart un morne surmonté de
deux blockhaus, construits par Salnave et restaurés
par Salomon en 1883, et par le fort Télémaque,
auxquels elle appuie sa tête, tandis que ses pieds
trempent dans la mer. (...) Jérémie est divisée en
haute et basse ville : la première a la forme d’un
rectangle, dont le côté nord est appelé Côte-deFer et le côté sud la Pointe, et la Basse ville, toute
commerçante, suit la forme de l’anse où se trouve
le port. (...)
Le port, ouvert depuis 1807 au commerce étranger, n’offre aucun abri contre les vents du Nord
qui règnent une grande partie de l’année sur les
côtes de la Grand’ Anse. (...) Pendant l’hivernage de
fréquents raz-de-marée viennent s’ajouter aux dangers que courent les navires, en les détruisant et en
les jetant sur la côte.
Sur la place d’armes se trouvent une fontaine et
l’autel de la Patrie ombragé du palmier de la Liberté, les bureaux publics, l’église (...)
Vue de la mer, la ville de Jérémie présente l’aspect
d’un amphithéâtre aux maisons superposées.
Un plateau allongé du Nord au Sud, constitue la géographique, la rendant difficilement accessible par
Haute-Ville, où se trouvent la Place-d’Armes, l’Hô- terre lui a valu, dès sa création, d’être toujours isotel de l’arrondissement, les bureaux de Place, de lée du reste du pays. Jérémie a reçu sa part de miPolices administratives et communale, le Marche, la gration brutale des années 1990 venant des régions
Boucherie, la Fontaine monumentale, le Cimetière, agricoles environnantes et liée à la forte déstructule Jubilé, les tribunaux civils, de Paix et de Com- ration sociale et économique de son milieu rural. La
merce, le greffe, la Prison, la Loge la «Réunion des ville de Jérémie comptait, selon les estimations faites
Cœurs N˚ 3», l’Hospice. Cette partie de la ville en en 2006, 34 788 habitants et la commune 122 149.
est la plus saine, parce que la plus aérée. Le Trou- Au cours des dernières décennies, la ville s’est déveBœuf, où l’on abat des bœufs, et la Pointe, y sont loppée à partir du tracé d’origine, de manière orgadeux bains de mer estimés. L’avenue de la Source nique, le long des voies de pénétration vers la camest appelée à un grand avenir ; elle s’alimente des pagne environnante. Il s’est créé ainsi aux abords
eaux de la source de Bordes.
du centre-ville historique quatre grandes zones
La Basse-Ville où fleurit le commerce, n’est formée de concentration faites de quartiers populaires. Il
que de la Grand-Rue étroite mais longue et des s’agit de Sainte-Hélène, Platon, Côte-de-Fer (Kòtrues des Philanthropes et des Philosophes, consis- fè) et Makandal. L’absence de planification dans le
tant à elle deux le Fond Augustin. On y voit la développement de ces zones crée des pressions
Douane et l’Administration, la Chapelle protestante, énormes sur le centre-ville historique, notamment
le Palais national. Le service hydraulique, administré à la Basse-Ville autour du port.
par la commune, est le mieux fait du pays.»
Le centre historique
Le déclin
Les limites du centre historique de Jérémie sont
Le début du XXème siècle en Haïti reste marqué déterminées, en premier lieu, par le plan de 1750,
par un contexte de grande instabilité politique, de tracé par les Arpenteurs du roi de France, auquel il
malversations publiques et de troubles graves. Les convient d’inclure les deux blocs ajoutés plus tard
intérêts étrangers impliqués économiquement dans vers le nord, suivant la même trame réticulaire. Ainsi,
le pays sont menacés, notamment ceux des amé- ce centre historique est délimité au Nord par la rue
ricains. Depuis la fin du XIXème siècle des tractaOcéan Atlantique
tions entre plusieurs gouvernements successifs et
certaines oppositions régionales et les États-Unis
sont menées autour de droits de douanes et d’une
base territoriale au Môle Saint-Nicolas. Les tensions
autour de cette ingérence et des corruptions qui
l’accompagnent montent dans le pays. L’occupation
militaire d’Haïti par l’armée des Etats-Unis débute le
22 juin 1915. Elle durera jusqu’en 1934.
La centralisation vers Port-au-Prince qui commença Jérémie
Port-au-Prince
à partir de cette période modifia profondément le
fonctionnement de la ville de Jérémie. La fermeture
des ports de province au commerce extérieur va
Mer des Caraïbes
brutalement enlever à Jérémie son rôle d’entre• Localisation géo-spatiale du centre historique de Jérémie :
pôt des denrées destinées à l’exportation. Ses
18°38’39.26” N
activités économiques se cantonneront dès lors
74° 6’50.22” O
au commerce par cabotage vers Port-au-Prince, la
(Sc. Googlearth • 2011)
capitale, de qui elle recevait en retour des produits
Alexandre-Pétion, à l’Ouest par la rue Abbé-Huet
de consommation courante, fabriqués au pays ou
et sa prolongation la rue Source-Dommage, au Sud,
importés de l’étranger.
par la rue Destinville-Martineau et à l’Est, longeant
Avec l’ascension au pouvoir de François Duvalier
le rivage, la rue Sténio-Vincent (la Grand-Rue) et
en 1957, la volonté de revanche des classes défavosa prolongation, la rue Saint-Léger-Pierre-Louis. Il
risées, majoritairement noires, sur les classes bourmesure environ 23 hectares.
geoises mulâtres, prend à Jérémie une dimension
La plupart des constructions du centre historique
raciale dramatique.
de Jérémie datent de la période allant de la seconde
Dès le début des années 1960, celles-ci commoitié du XIXème siècle à la fin de la seconde
mencent à quitter la ville, plus particulièrement à
guerre mondiale. Il s’agit en majorité - environ
la suite d’un épisode particulièrement sanglant que
60% - de constructions à ossature en bois avec
l’on a appelé «les vêpres de Jérémie» perpétré
un bardage de planches ou une maçonnerie entre
contre les familles mulâtres (1964). Des enfants et
poteaux. Dans la plupart des cas, le bardage de
des personnes âgées font partie des victimes.
planches a été progressivement remplacé, en tout
Un important parc immobilier, riche et varié, témoin
ou en partie, par la tôle ondulée.
du dynamisme, de l’ingéniosité, du savoir-faire et
A cause de son isolement géographique et de la
d’une conception esthétique et architecturale partifaiblesse des activités économiques le centre hisculière d’une société qui s’est développée, au cours
torique de Jérémie s’est trouvé relativement préde son histoire, dans une très large autonomie s’est
servé, alors même que de nombreux bâtiments
ainsi retrouvé abandonné.
sont actuellement sous-utilisés et mal entretenus,
La ville actuelle
ou carrément tombent en désuétude.
Chef-lieu du département de la Grande-Anse, Jérémie est placée au pied de la montagne des Castaches (ou Cases-Tâches), un contrefort du puissant massif de la Hotte qui culmine à 2 348 mètres
d’altitude en son sommet, le pic Macaya. Sa position
4 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
• La ville de Jérémie en 2009
E-PETION
ALEXANDR
IS
MONSEIG
NE
UR-BAUGE
NORD-ALEX
3
REVOLUS-H
YPPO
4
LITE
S-MERLET
BRICE-AINE
N
8
R
GUERRIER-MOUSSIGNAC
STENIO-VINCENT
7
SAINT-LE
GER-PIERR
6
E-LOUIS
11
LE CENTRE HISTORIQUE DE JEREMIE
• Jérémie, vue du port : ville basse, ville haute et campagne
• La centre historique de Jérémie
• La ville vue de la rade
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 5
• Photos & documents : ISPAN • 2009
LEGENDE
1. Cathédrale Saint-Louis de Jérémie
2. Hôtel de Ville
3. Délégation de la Grande-Anse
4. Ecole des Frères
5. Cimetière
6. Port
7. Douane
8. Place des Trois-Dumas
9. Eglise méthodiste libre
10. Eglise méthodiste d’Haïti
11. La-Pointe
1
ARGRON
HORTENCIU
RY
RE-FER
HONO
ABBE-HUET
EUGENE-M
BRUTUS-AD
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9
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10
ND-LA
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FORET
2
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5
Le centre historique de
Jérémie...
• L’église Saint-Louis de Jérémie
• Le 77, rue Monseigneur-Beaugé (Architecte : Eugène Guilbaud)
• Le bâtiment de la Douane à la rue Sténio-Vincent
• Photos : ISPAN • 2009
• L’Hôtel de Ville au 21 de la rue Destinville-Martineau
• Le 160 de la rue Sténio-Vincent
• L’école de Frères de l’Instruction Chrétienne, à l’angle des rue Guerrier-Moussignac et Brutus-Adrien
6 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
• Le 41, rue Sain-Léger-Pierre-Louis (Collège Elim)
• Le 32 à l’angle des rues Hortensius-Merlet et Eugène-Margron
• Groupe de maisons à la rue Brice-Ainé
• Les grandes-lucarnes de Jérémie
• Ffaçades de la rue Eugène-Margron
• Le 63, angle des rues Abbé-Huet et Docteur-Hyppolite
• La toiture mansardée à lucarnes du 100 de la rue Sténio-Vincent
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 7
Une typologie combinatoire
Les études d’inventaire préliminaire sur les bâtiments anciens du centre historique de Jérémie,
réalisées par l’ISPAN, ont permis de mettre en
évidence un vocabulaire assurant une forte unité
architecturale. La modulation de la volumétrie
des bâtiments due à un parcellaire régulier à l’origine, la présence quasi constante des lucarnes et
des grandes-lucarnes ajoutées aux toitures, les façades sur rue presque toujours précédées d’une
galerie à un ou à deux niveaux, leurs colonnes en
bois, en briques, en fonte ou en béton observant
un rythme constant ont permis un essai de typologie des bâtiments du centre historique de Jérémie basée sur la combinaison de ces éléments.
• 27, rue Brice-Ainé
Quelques exemples de combinaisons entre
volumes, galeries, colonnes, lucarnes
et grandes lucarnes
• 63 - 65, rue Monseigneur-Beaugé
• 2, Rue Brive-Ainé (Local PARQUE)
• 153 -155, rue Sténio-Vincent
• Photos & docs : ISPAN • 2009
• 67 - 69, rue Monseigneur-Beaugé
• 91, rue Sténio-Vincent
• 95, rue Eugène-Margron
8 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
• 189, rue Sténio-Vincent
• 84, rue Sténio-Vincent
• 75, rue Saint-Léger-Pierre-Louis
• 199, rue Sténio-Vincent
• 58, rue Eugène-Margron
• Combinatoire des volumes, des galeries, des colonnes des lucarnes et des grandes lucarnes
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 9
Fiche technique
des bâtiments anciens du centre historique de Jérémie
• Photos : ISPAN • 2009
Riches d’enseignement sur les techniques anciennes
de construction, les bâtiments anciens du centre historique de Jérémie, par leur qualité et leur richesse
ont incité à en faire une description analytique par
principaux éléments constructifs permettant de
comprendre leur production et, ainsi, mieux apprécier leur valeur culturelle.
Le recensement des techniques constructives
observées sur 239 bâtiments du centre historique
de Jérémie (enquête Charléry-Balandier • avril
2009) porte sur les quatre principaux éléments
des constructions traditionnelles ou d’architecture
vernaculaire : les murs de façade, les planchers, les
couvertures et les ouvertures. Ils sont complétés
par des éléments secondaires mais jouant un rôle
important dans la caractérisation et l’identification
de l’architecture du centre historique par le jeu des
volumes, des ombres et des lumières, vides et pleins,
tel les lucarnes, les galeries et les balcons.
Les murs porteurs
Mur en maçonnerie
48% des bâtiments répertoriés sur le centre historique de Jérémie possèdent un étage, donc deux
niveaux de murs qui n’ont pas toujours le même
système constructif. 40 % des bâtiments répertoriés ont des murs porteurs en maçonnerie au
rez-de-chaussée, et 15% en ont également à l’étage.
L’épaisseur de ces murs est de l’ordre de 50 à 55
cm. Lorsque les bâtiments à rez-de-chaussée de
maçonnerie ont un étage, il est très fréquent que
celui-ci soit plus léger, fait en pans de bois (le bâti-
•Maison avec mur en maçonnerie porteur avec
chainage de briques (101 de la rue Margron)
ment de l’Hôtel de Ville à la rue Destinville-Martineau) ou, rarement, en métal. Deux types ont été
identifiés :
• Les murs en maçonnerie de tout venant à parement entre deux parements en briques.
• Les murs en maçonnerie de moellons avec
chaînage d’angle en maçonnerie de briques, renforçant la solidité de l’ouvrage.
L’usage de tirants métalliques horizontaux, bloqués
par des clés en leurs extrémités, ont été observé
sur bon nombre de ces bâtiments en maçonnerie.
Ces tirants assurent exclusivement une transmission
d’effort de traction destiné à stabiliser l’ouvrage.
Les murs à ossature
Murs à pan de bois à remplissage maçonné
56 % des bâtiments répertoriés ont des murs à
pans de bois avec remplissages maçonnés au rezde-chaussée. 21% en possèdent à l’étage, sur rezde-chaussée en pans de bois ou sur rez-de-chaussée en maçonnerie. Il s’agit du mode constructif
• Maison avec ossature métallique à l’étage (angle des rues
Destinville-Martineau et Guerrier-Moussignac)
•Maison avec ossature en bois à remplissage maçonné
(21, rue Destinville-Martineau, logeant l’Hôtel de Ville)
dominant que l’on rencontre dans des versions très
soignées pour les maisons bourgeoises et des mises
en oeuvre plus rudimentaires pour les petits entrepôts et les résidences modestes.
Ces murs en bois ont une quinzaine de centimètres
d’épaisseur. En général, le contreventement par
écharpe est soigneusement réalisé. Les remplissages
sont en briques ou en pierres calcaires non taillées.
Cette dernière technique est vraisemblablement
le type de construction dénommé «roches à ravet
entre poteaux» signalé par Moreau de Saint-Méry
en 1789. Une semelle de briques est généralement
mise en oeuvre entre le soubassement en maçonnerie de pierres et la sablière basse de l’ossature
en bois. Les poteaux d’angles sont généralement
fichés en terre, traversant au moins partiellement,
le soubassement maçonné, s’il y a lieu. Les assemblages des sablières inférieures et supérieures sont
réalisés en traits de Jupiter. Les écharpes de contreventement sont assemblées aux sablières hautes et
basses par tenons et mortaises chevillées.
Mur à ossature de bois triangulée avec
bardage en planches
Seulement 7 % des bâtiments répertoriés pour
l’étude ont des murs à ossature en bois au rezde-chaussée, et 1% à l’étage d’un rez-de-chaussée
en maçonnerie ou en pans de bois. La nature des
assemblages entre les sablières, les montants et les
écharpes est identique à celle des maisons à pans
de bois à remplissages maçonnés. Les planches sont
clouées et constituent une peau simple ou double.
Murs à ossature métallique à remplissage maçonné
Deux des bâtiments répertoriés ont des murs
porteurs à ossature en profilés métalliques avec
remplissages de briques. L’un, situé au 57 de la rue
Sténio-Vincent (Magasin Bethel). Ces murs ont
au rez-de-chaussée une trentaine de centimètres
10 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
d’épaisseur. L’ossature métallique des murs de ces
maisons livrées en kit a été assemblée sur place par
rivetage. Les montants et les chaînages horizontaux
sont constitués de profilés (cornières et tés), apparents sur les faces des murs, et reliés dans l’épaisseur
des murs par des plats métalliques. La largeur des
côtés des cornières observées autour des portes
des magasins Bethel est de 6 cm. Celle des plats
d’assemblage de 5 cm. Ils sont espacés de 54 cm.
Murs à ossature en béton armé et murs
de maçonnerie
Les inventaires réalisés ont enregistré deux bâtiments anciens entièrement à ossature en béton
armé et mur de maçonnerie. L’un situé à l’angle des
rues Abbé-Huet et Brice-Ainé et l’autre donnant
sur la place des Trois-Dumas, au 77, rue Monseigneur-Beaugé. Ce dernier retient l’attention. Son
ossature a la particularité d’avoir été coulé dans des
coffrages comportant des motifs délicats. L’exécution de l’ouvrage étonne : tant par la richesse de
forme que par la sveltesse des sections. C’est l’un
des rares bâtiments anciens du centre historique
de Jérémie dont le nom de l’architecte nous soit
parvenu : Eugène Guilbaud.
Les planchers
Les enquêtes ont mis en évidence la présence de
planchers en bois, des planchers à voutains ou de
dallettes sur poutrelles métalliques et des dalles de
béton armé nervuré.
Planchers en bois dans la maçonnerie
Les sections modérées des poutres apparemment
disponibles pour réaliser les franchissements sous
• Halle avec plancher en bois soutenu par un poteau et renforcé en ses extrémités de potences (100, rue Sténio-Vincent)
les planchers ont conditionné la mise en oeuvre.
Les planchers de petites portées (petites maisons
et galeries) sont réalisés avec des solives assez rapprochées encastrées dans la maçonnerie des murs.
Dans les édifices de dimensions plus importantes,
on observe l’utilisation de jambes de force fixés
dans la maçonnerie des murs, pour réduire les portées effectives des poutres. Des poteaux en bois ou
en métal au centre des locaux ont la même finalité
de réduire les portées, ce qui permet d’utiliser des
poutres de faibles sections.
Planchers en bois sur murs à pans de
bois
Les enquêtes n’ont pas pu déterminer de manière
exhaustive le système constructif utilisé pour assembler des planchers en bois aux parois verticales
également à ossature en bois. Cependant les ruines
d’une maison à deux niveaux et à ossature de bois
maçonné ont révélé des solives directement assemblées par embrèvement sur la sablière basse du mur
de l’étage. Cette technique pourrait être courante.
Planchers en voutains
Il est difficile de dire combien de planchers en poutrelles et voutains ou dallettes ont remplacé les
planchers en bois sur les bâtiments en maçonnerie,
mais quelques spécimens ont été repérés en attendant plus d’investigations.
En ce qui concerne les deux bâtiments à ossatures
métalliques, notamment celui qui comprend deux
niveaux, on observe que les poutrelles métalliques
du plancher franchissent des portées importantes
(environ 6 m). La hauteur et la nature de ces poutrelles sont pour le moment inconnue.
Plancher en béton armé
Il a été observé des planchers en béton armé datant
de la première partie du XXème siècle, notamment sur les galeries. Le cas le plus fréquent de ces
observations est le remplacement d’une ancienne
galerie par une galerie en béton armé en façade des
maisons en maçonnerie (cas fréquent autour de la
Place des Trois-Dumas). Quelques dalles intérieures
de même conception ont été observées, notamment en couverture du bâtiment situé à l’angle des
rues Abbé-Huet et Brice-Ainé.
Les toitures
Les charpentes des toitures, dans le cadre des
études, n’ont pas pu être observées systématiquement durant les enquêtes. Il semble, cependant, à
l’examen de maisons en ruines que, dans les bâtiments à ossature en bois, que l’utilisation de fermes
à entraits simples serait courante. Elles sont posées
de manière assez rapprochées en raison de des
sections modérées des pièces de bois.
Les lucarnes et les grandes-lucarnes
Destiné a aérer et à éclairer les combles d’une toiture, la lucarne est une baie verticale placé en saillie sur la pente d’une toiture qui peut prendre des
formes diverses. Ces dimensions sont en général
relativement restreintes, mais joue toujours dans
la volumétrie de la toiture ce qui lui vaut souvent
d’être enrichie de détail décoratif. A Jérémie, ces
lucarnes souvent s’étalent en largeur prennent des
proportions volumineuses arrivant jusqu’à couronner entièrement le bâtiment, créant ainsi dans les
combles un espace spacieux et amplement ventilé,
destiné aux chambres à coucher. Ces grandes-lucarnes, toujours construites avec leur façade reposant sur les frêles colonnes de bois des galeries,
constituent une particularité qui s’est imposée
comme l’élément d’identification majeure des
constructions traditionnelles aussi bien dans la ville
que dans ses environs. Tous les bâtiments à comble
aménagé ont une lucarne ou, plus souvent une
grande lucarne à ossature et bardage en bois. Les
grandes lucarnes, comme les petites, ont leur façade
à l’aplomb de l’extérieur de la galerie au dessus du
rez-de-chaussée ou de l’étage.
Les ouvertures, type d’encadrement
de baies
Les encadrements en maçonnerie
Les parements de briques sont généralement choisis pour obtention de cadres bien dressés. Les encadrements en pierre sont très rares.
Les encadrements en bois
Les montants de l’ossature servent de cadre latéral
à la baie et une ou deux sablières créent le haut
de l’appui et la base de l’imposte. Des planchettes,
quelques fois moulurées, posées en applique, apportent une finition intérieure et extérieure et protègent les montants et les sablières.
• Les lucarnes et les grandes-lucarnes du centre historique de Jérémie
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 11
avoir toutes sortes de structures, sauf les ossatures
métalliques. Les galeries en bois ne sont contreventées, de manière irrégulière que par leurs liaisons au
bâtiment. Les assemblages utilisés sont sommaires.
Les arcades en maçonnerie à parements de brique
9 % des bâtiments répertoriés pour l’étude présentent des arcades en maçonnerie à parements
de briques.
• Bâtiment avec galerie à ossature en béton
(angle des rues Abbé-Huet et Brice-Ainé)
Les encadrements à ossature métallique
Des cornières extérieures et intérieures d’encadrement baies, qui font partie de l’ossature, sont
reliées entre-elles par des plats soudés régulièrement espacés.
Les galeries
Selon les dispositions du règlement d’urbanisme en
vigueur dans la Colonie de Saint-Domingue, tous
les bâtiments doivent avoir une galerie publique,
longeant sa ou ses façades sur rue. On retrouve
ces galeries, généralement, à chaque niveau de la
construction. Certaines galeries d’étage ont été
closes de bardages pour créer une pièce supplémentaire.
Pour des raisons de commodité, on trouve parfois
aussi des galeries côté cour.
Les galeries en bois
69 % des bâtiments répertoriés pour l’étude ont
une galerie sur rue en bois. Ces bâtiments peuvent
• Colonne en béton moulé dans un coffrage décoratif
(77, rue Monseigneur-Beaugé • Architecte : Eugène Guilbaud)
• Galleries en maçonnie et bois (179, rue Sténio-Vincent)
• Photos : ISPAN • 2009
• Ouvertures à encadrement en bois
(21, Destinville-Martineau
• Les galeries à ossature de fonte (57 et 164, rue Sténio-Vincent • Magasin Solution Pam)
12 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
Les galeries à ossature métallique
5 bâtiments recensés présentent une galerie en
profilés métalliques rivetés et soudés. Les assemblages du rez-de-chaussée, voire de l’étage, peuvent
être renforcés longitudinalement et transversalement par des goussets formés par des profilés
cintrés. Ces bâtiments se trouvent dans la zone
commerciale de la Basse-Ville, le long de la rue Sténio-Vincent. Les exemples les plus remarquables se
retrouvent à la rue Sténio-Vincent, au 147, ancien
siège de la Délégation allemande, actuellement
magasin Bethel, au 96, les bureaux de l’Electricité
d’Haïti et au 164, le magasin Solution Pam.
Les galeries à ossature en béton armé
18 % des bâtiments recensés présentent des galeries en béton armé sur un ou deux niveaux. Ces
bâtiments sont localisés autour de la place des
Trois-Dumas, à la rue Brice-Ainé et la rue Monseigneur-Beaugé et dans la partie nord de la basse ville.
Ces galeries semblent être des ouvrages ayant remplacé des galeries plus anciennes dans les années
30. Il s’agit généralement d’ouvrages soignés, peu
d’entre elles présentent des éclats de béton. Les
coffrages utilisés présentent des décors.
Les galeries à arcades en maçonnerie de
briques
9 % des bâtiments répertoriés pour l’étude présentent des galeries à arcades en maçonnerie
à parements de briques. Elles sont à simple ou à
double niveau. Corniches, clés de voûte, moulures
et autres éléments décoratifs sont généralement
faits de briques.
Les galeries en maçonnerie et bois
4 bâtiments présentent une galerie, à un ou deux
niveaux, dont le niveau bas est constitué de piles de
maçonnerie et de plancher en bois, l’éventuel étage
étant une galerie en bois. Il est possible que les
briques aient servi de coffrage perdu à un poteau
en béton armé.
Les balcons
Seulement 10 bâtiments répertoriés pour l’étude
possèdent ou ont possédé un balcon sur rue, c’està-dire une avancée en saillie sur un mur de façade,
soutenu par des consoles ou par des poutres. Dans
tous les cas observés, il s’agit de balcons longeant
la façade. On les trouve dans la basse-ville sur des
bâtiments dont les rez-de-chaussée sont des entrepôts. Les balcons sur cours sont peut-être plus
nombreux, ce qui n’a pas pu être vérifié. Le balcon
offre un usage proche de celui de la galerie, sans
l’inconvénient dans les rues passantes de l’emprise
au sol, mais sa réalisation nécessite l’encastrement
des consoles, technique plus délicate à mettre en
oeuvre que celle des assemblages «sommaires» des
galeries en bois sur poteaux, omniprésentes dans
la ville.
Deux types ont été dénombrés :
Balcons en bois sur maçonnerie
Le plus remarquable des balcons en bois est celui
du bâtiment des Douanes, logeant également le Bureau des Contributions. Quelques rares bâtiments
de petites dimensions présentent des vestiges de
balcons dont les consoles sont réalisées par prolongement des solives et des sablières du plancher
intérieur
Les balcons à consoles métalliques
Les études ont identifié deux bâtiments possédant
des balcons à consoles métalliques. Celui du bâtiment situé à l’angle des rues Destinville-Martineau
et Guerrier-Moussignac repose sur des consoles
métalliques qui semblent ne reprendre qu’une partie des charges, voire que sa fonction ne serait que
décorative.
• Balcon en métal du bâtiment situé à l’angle
des rues Destinville-Martineau et Guerrier-Moussignac
• Les galeries à arcade de maçonnerie de briques : 91, rue SténioVincent et 75, rue Saint-Léger-Pierre-Louis (détail)
• Balcon en bois du bâtiment de la Douane,
à angle des rues Sténio-Vincent et Destinville-Martineau
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 13
Le centre historique de
• Plafond de halle au 100 de la rue Sténio-Vincent
• Petite halle de la rue Sténio-Vincent aménagée en bar-restaurant
• Photos : ISPAN • 2009
Jérémie...
• Etage du 115 - 117 de la r
14 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
rue Sténio-Vincent
• La halle de la Douane
• Le salon à l’étage du 100 de la rue Sténio-Vincent
• Rez-de-chaussée du 72 de la rue Monseigneur-Beaugé
BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011 • 15
• L’église Saint-Louis, la place des Trois-Dumas et la rue Monseigneur-Beaugé, vus de la galerie haute du 79, rue Monseigneur-Beaugé
Petit glossaire
de charpente et de maçonnerie
Les mots sont cités par ordre d’apparition dans l’article précédent.
Moellons : Pierre de construction maniable en raison de son poids
et de sa forme. En Haïti, la pierre calcaire est le moellon le plus souvent
utilisé.
Tirants : Pièce de bois ou de métal destinée à maintenir l’aplomb
d’un mur ou à empêcher l’écartement des murs ou des pièces de charpente. Il est bloqué en ses extrémités par des clés boulonnées.
Echarpe : Pièce de bois ou de fer posée obliquement servant de
contreventement ou de support
Semelle : Ouvrage d’infrastructure, en maçonnerie de briques ou
de moellons, ou en béton armé, qui reprend les charges linéaires d’un
organe de structure d’une construction et qui transmet et répartit ces
charges sur le sol
Soubassement : Partie inférieure d’une construction sur laquelle
porte l’édifice. Partie inférieure des murs d’un appartement, d’une
fenêtre.
Sablière : Poutre horizontale placée à la base du versant de toiture,
sur le mur de façade. Dans un pan de bois, la sablière est la poutre
horizontale qui sépare les étages entre eux et reprend les charges du
plancher en plus des charges verticales.
Trait de Jupiter : Assemblage en bois, utilisé en charpente, liant
deux pièces de même section afin d’en faire un plus long. Son nom
vient du fait que cet assemblage suit une ligne brisée en zig-zag, allusion
à l’éclair, attribut de Jupiter.
Tenon et mortaise : Le tenon est la partie mâle d’une pièce de
construction destinée à être enfoncée dans la partie femelle d’une
autre pièce et qui tient les deux par emboîtement. La partie femelle
est appelée la mortaise. Cet assemblage est souvent joint à l’aide d’une
cheville de bois.
Montant : Pièce verticale d’une charpente, d’un pan de bois. Les
pièces horizontales sont appelé traverses.
Voutains : Appareillage de maçonnerie, généralement en briques
pleines, formant un hourdis voûté disposé entre des poutrelles métalliques.
Jambe de force : Pièce fait de bois ou d’autres matériaux, destinée
à renforcer deux autres pièces se rencontrant ordinairement à un angle
de 90°; la jambe de force est ordinairement posée à un angle de 45°.
Solives : Pièce de charpente placée horizontalement en appui sur les
murs ou sur les poutres pour constituer le plancher d’une pièce.
Embrèvement : En charpente, assemblage oblique ou perpendiculaire de deux pièces de bois.
Ferme : Elément de forme triangulaire d’une charpente supportant le
poids de la couverture d’un édifice avec un toit à pentes.
Entrait : Pièce principale placée à l’horizontale d’une ferme qui empêche l’écartement des arbalétriers (arbalétrier : pièce de bois oblique
qui sert à soutenir le toit d’un bâtiment).
Comble : Ensemble constitué par la charpente et la couverture d’une
toiture. Il désigne par extension l’espace situé sous la toiture.
Lucarne et grande lucarne : Baie verticale placée en saillie sur
la pente d’une toiture, pour donner du jour, de l’aération et/ou l’accès
au comble. Les lucarnes peuvent prendre de l’ampleur jusqu’à devenir
le couronnement d’un corps de bâtiment. Elle est alors dénommée
grande-lucarne.
Imposte : Partie supérieure d’une baie de porte ou de fenêtre.
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
• Le fort Jacques néttoyé et les pierres récupérés, attendant les travaux de restauration
Le BI-26 a été réalisé par :
• Philipe Châtelain, Daniel Elie pour la documentation et la rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René, Monique Rocourt-Martinez et Guerda
Romain pour la relecture et les corrections;
La direction et la distribution du BI sont assurées par
le Service de la Promotion de l’ISPAN.
• Dépose d’une bouche à feu
• La cour centrale après le séisme
• La cour centrale néttoyée
soins de son commerce, à l’entrée du Parc National
Historique des Forts Jacques et Alexandre (PNH-FJA).
Ces travaux ont duré 40 jours et ont employé 40
hommes et 20 femmes, tous de la section communale
de Soisson-la-Montagne où se situe le parc.
Cette première phase devrait se poursuivre par l’achèvement de la clôture du parc, et les travaux d’étaiement
des voutes des casemates.
Stage en Inventaire
Du 30 avril au 2 mai 2011, le Ministère de la Culture de
France à accueilli en résidence Patrick Durandisse, Directeur technique de l’ISPAN et M. Elsoit Colas, Directeur adjoint, comme stagiaire sur la méthodologie d’inventaire général des monuments historiques. Ce stage
qui rentre dans le cadre de l’accord de coopération
signé entre les deux ministères de la Culture - France
et Haïti - vise un transfert de savoir-faire en matière de
recensement de biens culturels immobiliers.
Organisée par M. Bruno Favel, chef du département des
affaires européennes et internationales de la Direction
générale du Patrimoine, et Mme Véronique Dez, responsable au département des affaires internationales,
avec la collaboration de Mme Régine Estimé, ministreconseiller à l’ambassade d’Haïti à Paris, cette formation
s’est principalement déroulée à l’Institut National du
Patrimoine de France (INP) avec un stage en travaux
pratiques au Service Régional d’Inventaire d’Auvergne
du 16 au 18 mai, où les stagiaires purent se familiariser
avec les techniques de cartographie SIG et de webmapping, les logiciels de traitement de données utilisées en
France et le montage de dossier électroniques et photographiques d’inventaire.
Ce stage précède le programme de mise en place
de l’inventaire général des biens culturels d’Haïti que
monte l’ISPAN en partenariat avec l’INP de France.
En préparation de ce programme, l’ISPAN a entamé
l’informatisation de son centre de documentation, la
numérisation des cartes et plans, la constitution de la
bibliographie de base de l’inventaire et le remplissage
électronique des fiches d’identification de biens culturels d’Haïti.
16 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 26 • 1er juillet 2011
• Photos : ISPAN • 2010, 2011
Mesures conservatoires au fort Jacques
La première phase des travaux de mesures conservatoires du Fort Jacques s’est achevée au courant de la
dernière semaine du mois juin 2011. Le fort Jacques,
le monument historique le plus visité d’Haïti (voir B-7,
1er décembre 2009) et inscrit sur le liste du Patrimoine National en 1995 a subi de graves dommages
lors du séisme du 12 janvier 2010. Le fort fut visité par
les techniciens de l’ISPAN dès le 26 janvier 2010 pour
constater l’effondrement du bastion principal, dite de la
Rotonde, entrainant dans sa chute l’un des canons qui
s’y trouvait placé sur le terre-plein. Déjà en juillet 2009,
lors d’une visite d’inspection de ce monument historique, les techniciens de l’ISPAN avaient pu observer
l’apparition d’une nouvelle fissure horizontale longue
de 20 mètres linéaires au niveau supérieur de ce bastion (voir BI-4, 1er septembre 2009).
Suite au séisme, de sérieux désordres également ont
été enregistrés au niveau des voûtes des casemates et
de l’entrée principale, situées au Nord.
Ces travaux de mesures conservatoires, dirigés par
l’architecte Patrick Durandisse, directeur technique de
l’institut, ont consisté principalement au déblaiement
des gravats et au stockage des pierres taillées (pierres
d’angle et pierres taillées du cordon), la récupération
et l’entreposage des onze canons de la fortification, la
construction de 800 mètres linéaires d’une clôture de
type cyclone fence, munie d’un portail pour voie carossable et d’une entrée pour piéton.
Ces travaux ont été également l’occasion de procéder
au déplacement d’un containeur converti en échoppe,
qu’un particulier avait placé illégalement, pour les be-
• Le PNH-FJA partiellement clôturé