(2011-04) Bilten ISPAN, No 23: Pikolè, kwòk defans Okap la
Rezime — Fò Pikolè bò Okap, ak istwa premye kolon endepandan yo — boukanye yo — ke otorite kolonyal yo te mete sou kote. Nimewo a note tou efasman sit ansyen Katedral la.
Deskripsyon Konple
Fò Pikolè bò Okap, ak istwa premye kolon endepandan yo — boukanye yo — ke otorite kolonyal yo te mete sou kote. Nimewo a note tou efasman sit ansyen Katedral la. Yon nimewo Bilten ISPAN, bilten mansyèl Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, ki parèt depi jen 2009 rive omwen novanm 2011, epi ki dokimante yon moniman, yon sit oswa yon sant istorik pa nimewo.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Photo : picasaweb • Google • 2011
BULLETIN DE L’ISPAN
numéro 23, 1er avril 2011
• Vue aérienne du fort Picolet, près du Cap-Haïtien
Le Picolet,
verrou de la défense du Cap
Du tupi (langue amérindienne du Brésil) mokaém ou bokaém,
«gril de bois» sur lequel les Indiens des Caraïbes faisaient fumer
viandes et poissons.
dants de lopins de terre cultivés en tabac, indigo
et autres épices pour le remplacer par celui des
grands domaines agricoles. L’occupation française
de cette partie de l’île va, dès lors, se caractériser
par une économie de plantation. Ces domaines en
exploitation s’établissent d’abord sur les plaines
côtières fertiles et accessibles cultivées surtout en
canne à sucre, puis vont se développer avec le café
sur les contreforts des montagnes environnantes.
En effet, à partir de 1720, le café et le sucre vont
constituer les denrées d’exportation par excellence de la colonie. Dès les années 1740, la France
devint le premier producteur mondial de sucre et
vers la fin de la période coloniale française, Saint
Domingue produisait 40% de l’offre mondiale de
café. (voir BI-18, 1er novembre 2010) Vers le milieu du XVIIIe siècle, la colonie de Saint-Domingue
assure à elle seule les deux tiers du commerce
Photo : ISPAN • 2011
On peut considérer que l’histoire de la colonisation de Saint-Domingue débute officiellement en
1697 avec la signature du Traité de Ryswick, qui
mit fin à la Guerre de la Ligue d’Ausbourg entre
Louis XIV et la «Grande Alliance». Avec ce traité,
l’Espagne reconnaît l’autorité de la France sur le
tiers occidental de sa colonie dans les Antilles, l’île
d’Hispagnola.
Avant cette date, la présence française sur cette
partie de l’ile antillaise consistait essentiellement
en quelques centaines de flibustiers qui, pour
diverses raisons, ne pouvaient plus participer aux
courses contre les galions espagnols, se sédentarisèrent et se livraient à la chasse et à la culture
de quelques denrées de traite. La technique, héritée des indigènes de l’île et qu’ils utilisaient pour
sécher la viande au dessus d’un feu de bois (le
boucan1), leur valu le nom de «boucaniers».
Cette paix acheva de créer les conditions favorables à la réalisation du projet colonial de la
France. Les autorités coloniales réussirent à marginaliser ces premiers colons, propriétaires indépen-
BULLETIN DE L’ISPAN, No 23, 12 pages
Sommaire
• Le Picolet, verrou de la défense du Cap.
• Le site de l’ancienne Cathédrale, effacé.
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti.
• Le passage voûté, à l’abri des bombes au fort Picolet
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 1
L’époque où la défense terrestre de la Colonie
était l’affaire de quelques colons possédant une
connaissance très limitée dans l’art de fortifier est,
bel et bien révolue. Des hommes de métier, des
ingénieurs en fortifications viendront en mission
de la Métropole, «chargés de dresser des mémoires et des plans sur les fortifications existantes
et les moyens de les améliorer». Ces mémoires
décrivent de façon détaillée les constructions proposées, leur implantation, leurs composantes ainsi
que leur fonctionnement en diverses situations
d’attaque. Les dessins ne se contentaient pas uniquement de préciser la forme et les dimensions
des ouvrages. Ils indiquaient aussi le type d’artillerie qui devait y être installé et la couverture de
leurs champs de tir. Des devis précis complétaient
ces études. Sous la supervision d’arpenteurs et
d’ingénieurs, une main d’œuvre composée d’artisans, d’esclaves le plus souvent appartenant au
roi de France, était réquisitionnée. Vers la fin du
XVIIIème siècle les Français ne construiront pas
Document : ANOM-France
Document : Gallimard • 1999
• Reconstitution du fort Picolet
extérieur de la Métropole qui est évalué, à cette
époque, à trois milliards de francs or et mobilisait
763 navires et 30 000 marins.
Pour faire fonctionner à plein rendement l’appareil
économique colonial, de lourds investissements en
machinerie et en main d’œuvre ont été consentis.
Dès le début, la nécessité de défendre la colonie
et ses richesses contre les puissances rivales de
la France va se faire sentir. Après une première
période pendant laquelle la défense de la colonie
reposait presqu’uniquement sur une force navale
se déplaçant au gré des besoins, la défense des
villes coloniales, à partir d’un réseau de fortifications côtières va se développer au point de se
constituer progressivement en un système organisé aux dimensions du territoire. (Voir BI-15, 1er
août 2010)
La défense de la Colonie de Saint-Domingue se
systématisa à la suite de la terrible Guerre de Sept
Ans. Les principales villes de la Colonie reçurent
toutes leur plan de défense élaboré par des ingénieurs militaires envoyés de la Métropole.
La défense de la baie du Cap-Français
S’appuyant sur la production de la riche plaine du
Nord et de son arrière-pays, la ville du Cap Français devient en cette seconde moitié du XVIIIème
siècle le pôle économique de la colonie de Saint
Domingue.
2 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
FORT PICOLET
CRIQUE DE RIVAL
FORT SAINT-JOSEPH
BATTERIE DU GRI-GRI
FORT AUX DAMES
LE CARRENAGE
POINTE DE PICOLET
ITE-PASSE
LA PET
LA CORNE-DU-MOUTON
DE-PASS
E
LA GRAN
LA COQUEVIEILLE
LA TROMPEUSE
LE PETIT-MOUTON
• Accès à la rade du Cap
de Rival qu’il domine. Puis suit le fort aux Dames
(1745) à qui fut confié la mission «d’éclairer de
ses feux» la Petite-Passe face au Grand-Mouton.
Cette petite redoute à plan carré, construite sur
une avancée vers la mer, croise ses feux avec ceux
du fort Saint-Joseph. La batterie de mortiers dite
du Gri-Gri 2 construit en 1758, est placée sur un
monticule au-dessus du fort aux Dames complète
celui-ci en protègeant ses arrières. Pouvant diriger
ses feux sur un demi-cercle, il domine à la fois les
passes et la partie est de la ville du Cap, abritant
ainsi le mouillage du Grand-Carénage de tout
éventuel débarquement de troupes ennemies.
Afin d’assurer leur autonomie, chacune d’elles, à
l’exception de la batterie du Gri-Gri, furent pouvues d’un magasin à poudre.
Pour la défense directe de son port, la ville comptait, entre autres, sur le Dernier Bastion, la Batterie
Royale (1741) et la Batterie Circulaire, laquelle
fut équipée d’une muraille à embrasures en 1744.
Enfin, placé au Sud de la ville sur une colline s’élevant au milieu de marécages, le fort Saint-Michel,
2. Pour rendre hommage aux militaires français morts à la
guerre de Saint-Domingue, Leclerc nomma cette place, batterie
Pambour, du nom d’un des généraux de son armée. ( : Rouzier).
Henry Christophe, devenu roi d’Haïti, lui donna le nom de fort
Magny, en hommage à Etienne Magny, dont la tombe, couverte
d’un plaque de marbre blanc, est placée dans l’enceinte de
la fortification. Cet ancien colonel de la garde d’honneur de
Toussaint Louverture, qui s’illustra à la bataille de la Ravines-àCouleuvre et celle de la Crête-à-Pierrot, fut signataire de l’Acte
de l’Indépendance d’Haïti, Duc de Plaisance et grand Maréchal
d’Haïti. Il est mort au Cap-Haïtien en 1827 ( : Supplice)
Document : ISPAN • 2011
LE GRAND-MOUTON
LA RADE DU CAP-FRANCAIS
• La prise du Cap-Français par l’armée française (1802)
• Profil du fort Picolet en 1779
BATTERIE CIRCULAIRE
BATTERIE
LE CAP-FRANCAIS
BATTERIE
Document : ANOM-France
• Plan du fort Picolet en 1773
mois d’une quarantaine de fortifications sur la côte
nord de Saint-Domingue, du Môle Saint-Nicolas à
la baie de Fort-Liberté. Une extraordinaire collection de places fortes allant du simple redan à la
citadelle complète, toutes orientées vers un éventuel ennemi venant de la mer.
Chacun de ces ouvrages s’inscrivait dans un système global de défense se développant autour du
lieu à protéger tout en ayant la vocation spécifique
de contrôler l’accès parmi les récifs, de croiser
les feux et, enfin, de s’opposer directement à un
débarquement de troupes. La conception d’un tel
système suppose au préalable l’établissement de
paramètres précis issus d’une connaissance parfaite de la topographie du sol et de fonds marins,
du régime des vents dominants et d’une maîtrise
des sciences de l’armement et des techniques de
fortifications les plus avancées.
La défense du Cap-Français
La défense du Cap-Français, à cause du modèle
qu’elle représentait et de l’importance de la place
à défendre, fit l’objet de nombreux mémoires, qui
tout en s’accordant sur sa grande efficacité, proposaient souvent des perfectionnements.
On accède à la rade du Cap-Français par une entrée unique située entre le récif de la Coquevieille
et le cap du Picolet (voir carte ci-dessus). Cette
passe, étroite de moins de 700 mètres, se divise
ensuite en deux branches. La première, la PetitePasse, entre le rivage qu’elle longe et le récif du
Grand-Mouton, est réservée aux vaisseaux de petit et moyen tonnage. La seconde, principale, dirige
les vaisseaux importants entre les hauts-fonds de
la Corne-du-Mouton et les récifs du Petit-Mouton
puis évite ceux de la Trompeuse avant de déboucher dans les eaux sûres de la rade du Cap.
Mettant à profit ces voies obligées d’accès maritime à la ville, les fortifications défendant l’accès à
la rade du Cap furent placées en enfilade le long
de la côte, contrôlant aisément ces passes qui forcent les vaisseaux à s’exposer à leurs feux. Elles ont
cependant chacune un rôle spécifique. Selon Moulut, directeur général de fortifications (ca 1800), le
fort Picolet a pour objet de donner des feux sur
l’entrée principale où les bâtiments sont forcés de
s’approcher dangereusement de son enceinte. Le
fort Saint-Joseph, plus au Sud, contrôle à la fois la
Petite-Passe et la Grande-Passe. Son parapet pour
tir à barbette épousant la forme du rivage peut
entraver efficacement une descente dans la crique
d’importance majeure pour la défense du Cap,
«tant par rapport au commandement qu’il a sur
l’accès de la Petite-Anse (bourg voisin du Cap) et
de l’hôpital que par rapport à la rade qu’il voit
aussi parfaitement». Sa position élevée face à la
grande plaine sucrière du Cap, lui confie un rôle
de vigie pouvant sonner l’alerte plusieurs heures
avant l’arrivée de l’ennemi à la ville.
Le Picolet
Le fort Picolet, par le contrôle sûr qu’il exerce
sur l’entrée unique à la baie, se définit comme
la clé de voûte de la défense. du Cap-Français
Jusqu’au début du XVIIIe siècle, la défense de la
ville ne reposait que sur la misérable construction
que l’on «décorait du nom pompeux de batterie Circulaire», sur quelques retranchements disséminés aux abords de la plaine et, surtout, sur
divers plans d’évacuation de ses habitants. Déjà en
1702, le gouverneur Honon de Gallifet, dans ses
démarches pour doter la Colonie d’une défense
efficace, fit placer à grande peine une batterie de
canons en face du rocher à Picolet, à l’extrême
pointe nord de la baie du Cap. Cette petite batterie fut l’embryon de ce qui deviendra plus tard
un système de défense organisé. Le plan du fort
Picolet, tel que nous le connaissons actuellement
est probablement dû à Amédée-François Frézier,
ingénieur du Roi, qui en fit la conception lors d’une
mission en 1719. Ce n’est que vingt plus tard qu’il
fut exécuté (1739) par Charles Brunier de Larnage, Gouverneur général de la colonie. Depuis
il n’a eut de cesse de subir des modifications et
• L’incendie du Cap-Français en 1802
BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 3
• La rue du Commerce à Jacmel
Photos : ISPAN • 2007, 2011
1
des améliorations jusqu’à la fin de la colonie. En
1741, on y ajouta «le magasin à poudre avec son
mur d’enveloppe, la citerne et le corps de garde»
( : Moreau).
Dans sa configuration actuelle, le fort Picolet est
formé de deux batteries à plan incurvé, placées
de manière étagée, s’incrustant parfaitement dans
la roche calcaire qui forme son site d’implantation. La batterie supérieure est conçue pour les
tirs à embrasures, c’est-à-dire par une ouverture
pratiquée dans le parapet de la muraille ; tandis
que la batterie inférieure ou batterie basse, placée
en bordure du rivage à 10 mètres au-dessus du
niveau de la mer, est destiné aux tirs à trajectoire
parabolique par-dessus un parapet aveugle, dits
tirs à barbette. Il est intéressant de noter que les
relevés réalisés en 1773 (voir p. 2) et 1780 par
les ingénieurs du Roi montrent des dispositions
de tirs exactement contraires : la batterie basse
possède 16 embrasures et la batterie supérieure
un parapet à barbette. Le bastion nord également
est crénelé d’embrasures sur le plan de 1780, alors
qu’actuellement il est pourvu d’un parapet pour
tirs à barbette. Des recherches plus poussées tant
sur la fortification, elle-même, qu’en archives devaient tirer au clair cette énigme.
La plateforme supérieure reçut un revêtement fait
de belles pièces de grès de Barzac et hébergeait
un corps de garde, une poudrière, des magasins et
autres baraquements militaires. On y accède de la
batterie basse par un escalier protégé sur toute sa
longueur par une voûte le mettant à l’abri des projectiles. Un second escalier droit et à découvert,
placé dans une avancée au nord de la plateforme
supérieure et jouant le rôle de bastion, relie également les deux niveaux. Du coté terre, l’ensemble
est fermé par un chemin de ronde, suivant une
ligne polygonale tenaillée et épousant la topo-
graphie accidentée du site. Elle est desservie par
des escaliers très pentus. Ce chemin de ronde est
protégé par une haute muraille percée de meurtrières, prévenant ainsi les attaques à revers.
Une porte d’architecture soigneusement exécutée ornait l’accès principal de la fortification et
dénotait, par cette attention, l’importance que l’on
avait accordée à cette construction. Elle était formée de deux pilastres d’ordre ioniques faits de
pierre de taille supportant un fronton triangulaire
dont le tympan était orné des armes de la France
avec des attributs guerriers ( : Moreau). Cet élément d’architecture a, aujourd’hui, complètement
disparu.
Février 1802
En dépit des modifications sensibles dont
constamment il faisait l’objet et malgré le renforcement portant sur ses équipements destinés à
prévenir une éventuelle invasion, le Picolet mena
3
4 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
une existence relativement paisible tout au long
du XVIIIème siècle. Ironie de l’Histoire : ces soins à
préparer la fortification contre un assaillant étranger ne servirent, en fin de compte, que contre
les Français, eux même. En effet, depuis 1791, des
troubles révolutionnaires agitent la colonie de
Saint-Domingue, compromettant la production et
le commerce. Toussaint-Louverture, nommé gouverneur de la Colonie, en 1801, dote celle-ci d’une
constitution qui l’émancipe de la France. La Métropole, en réaction, décide d’envoyer une importante expédition militaire afin d’y rétablir l’ordre
dans la colonie frondeuse. Lors de l’arrivée dans
la baie du Cap de l’expédition napoléonienne le
29 janvier 1802, la flotte commandée par le Capitaine-Général Leclerc fut tenu en respect, durant
une semaine, par les feux du Picolet, ne pouvant
ainsi franchir la passe du Grand-Mouton.
A Leclerc qui lui demandait la reddition pure et
4
simple de la garnison du Picolet afin que la flotte
placée sous son commandement puisse appareiller dans la rade du Cap-Français, le général Henry
Christophe, commandant de la place, répondit par
une lettre dont la teneur épique laisse pantois le
Gapitaine-Général : «Je veux bien croire que j’ai
affaire à des Français, et que vous êtes le chef de
l’armée appelée expéditionnaire, mais j’attends les
ordres du Gouverneur (Toussaint-Louverture), à
qui j’ai dépêché un de mes aides-de-camp, pour
lui annoncer votre arrivée et celle de l’armée
française, et vous permettre de débarquer. Si vous
avez la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général
; et si le sort des armes vous est favorable, vous
n’entrerez dans la ville du Cap que lorsqu’elle sera
réduite en cendres, et même sur ces cendres, je
vous combattrai encore». Après ces menaces, il
passa aux actes. «Il était nuit close quand le fort Pi-
colet tira une vingtaine de coups de canon sur un
vaisseau qui, en courant sa bordée, s’était approché de terre» (: P. de Lacroix) La garnison du fort
Picolet ne dut abandonner la place que le 4 février
1802, à la suite de l’annonce de la prise du fort
Labouque et celle du fort Dauphin à Fort-Liberté
par le général français Rochambeau, craignant une
attaque à revers. Avant la retraite, Christophe fit
encloué les lumières des bouches à feu du Picolet, livrant ces dernières muettes pour un temps à
l’ennemi puis, donnant suite à sa menace écrite, il
fit incendier la ville du Cap en commençant par
mette le feu à sa propre maison.
Photos : ISPAN • 2007, 2011
2
Le fort Picolet :
• 1. Le parapet du bastion de la batterie supérieure
• 2. Les ruines du corps de garde
• 3. Le rempart de la batterie supérieure et ses 9 embrasures
• 4. Le bastion de la batterie supérieure
• 5. Vue des batteries supprposées à partir du chemin de ronde
• 6. Margelle de la citerne (Batterie supérieure)
5
BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 5
6
Les autres ouvrages de défense
du Cap-Français
Photos : ISPAN • 2007
Coordonnées géospatiales
du fort Picolet :
Longitude : 19˚ 46’ 57,50” N
Latitude : 72˚ 11’ 21,45” O
Altitude : 13 m (Batterie inférieure)
Sc. : Googlearth 2011
1
2
Coordonnées géospatiales
du fort Saint-Joseph :
Longitude : 19˚ 46’ 30,75” N
Latitude : 72˚ 11’ 27,78” O
Altitude : 14 m
Sc. : Googlearth 2011
soufrait le monument historique et ainsi identifier
les interventions d’urgence.
Après un nettoyage complet diverses parties
en maçonnerie de l’édifice furent restaurées ou
consolidées selon les techniques anciennes de
construction. L’accès au monument historique,
partant de la crique de Rival et longeant les falaises
escarpées du rivage fut également aménagé.
Par faute d’entretien et de gardiennage permanent, force est de constater aujourd’hui une accélération de la dégradation du fort. Les techniciens
de l’ISPAN ont noté lors de la dernière visite
d’inspection du monument historique en date du
25 mars 2011, des prélèvements récents de morceaux des carreaux de grès de Barzac qui pavent
la plateforme supérieure . Les vents, chargés d’embrun, poursuivent, infatigables, leur tâche destructrice de descellement et d’érosion des briques et
des moellons de la maçonnerie.
L’abandon de la place forte en tant que lieu stratégique, permit le développement d’un autre type
d’usage : le Picolet serait devenu, selon l’avis de
nombreux Capois, le site vodou le plus utilisé de
toute la région du Cap-Haïtien. Pas moins de 70
loas y «résideraient» recevant des services quotidiens. Ezili Bora y est célébré tous les mercredis, tandis que le jeudi est réservé à Ogou-Feray,
à Ogou-Badagri et à Ogou Balenndjo, attirant une
foule de pratiquants.
Des observations ethnologiques plus poussées
devraient établir les caractères sociaux et culturels
de cet usage devenu traditionnel, telles caractères,
relevant de pratiques immatérielles, qui devront
être pris en compte dans le cadre de tout projet
futur de restauration et d’exploitation touristique
intégrée du monument historique.
Coordonnées géospatiales
du fort aux Dames :
Longitude : 19˚ 46’ 20,77” N
Latitude : 72˚ 11’ 31,45” O
Altitude : 9 m
Sc. : Googlearth 2011
Coordonnées géospatiales
de la batterie du Gri-Gri (fort Magny) :
Longitude : 19˚ 46’ 17,38” N
Latitude : 72˚ 11’ 34,61” O
Altitude : 14 m
Sc. : Googlearth 2011
3
• Le rocher à Picolet. Vue prise de la fortification
5
6
4
7
Photo : ISPAN • 2011
• L’escalier menant au chemin de ronde
• La batterie basse du fort Picolet et ses canons en fonte
6 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
Le BI-23 a été réalisé par :
• Philipe Châtelain, Daniel Elie pour la documentation et
la rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René et Philipe Châtelain pour la relecture et les
corrections;
La direction et la distribution du BI sont assurées par le
Service de la Promotion de l’ISPAN.
Photos : ISPAN • 2011 / Documents : ANOM-France
Par cet évènement débuta la Guerre de l’Indépendance d’Haïti…
Le fort Picolet continua, sans histoire, tout au long
du XIXème siècle son rôle de verrou de la défense du Cap-Haïtien, qui tombait en désuétude.
A la suite des événements politiques qui entrainèrent la mort de l’homme politique capois Séide
Télémaque, dans la nuit du 28 au 29 septembre
1888 à Port-au-Prince, le Cap et toute la partie
Nord de la République d’Haïti s’embrasèrent. En
représailles, Denis Légitime, son rival, élu président
de la République, dépêcha le vaisseau de guerre, le
Toussaint-Louverture, vers la ville rebelle qui arriva
au large du Cap-Haïtien tout au début du mois de
décembre 1888. Le Picolet fit feu sur le navire qui
tentait de pénétrer dans la rade. Après quelques
échanges de tir, le Toussaint-Louverture neutralisa la
fortification, pourvu d’une artillerie complètement
obsolète datant du XVIIIème siècle et probablement défendu par une garnison mal commandée
et peu entrainée, parvint à la rade et canonna la
ville du Cap causant trois foyers d’incendie. L’incident s’arrêta là : les troupes à bord du vaisseau
de guerre, en faible effectif, n’osèrent opérer un
débarquement (: Rouzier).
Depuis le fort Picolet fut complètement abandonné, laissant aux broussailles, aux vents, aux chèvres
et aux hommes le soin de le transformer en ruines.
Suite au classement du Fort Picolet sur la liste du
Patrimoine National par l’Arrêté présidentiel du
23 août 1995, le projet Route 2004 du Ministère
de la Culture et de la Communication entrepris
des travaux de restauration. Ces travaux consistèrent en un relevé architectural précis du monument historique suivi d’un bilan sanitaire qui permit de diagnostiquer les diverses pathologies dont
Photo : ISPAN • 2011
• Erosion par voie éoliènne des briques de meurtrières
Photo : ISPAN • 2011
• Pavage en grès de Barzac des batteries
8
• 1. Le mur de rempart à redan du fort Saint-Joseph.
• 2. Plan et coupe du fort Saint-Joseph (ca 1780)
• 3. La batterie du fort Saint-Joseph, aménagée pour le tir à
barbette.
• 4. Le fort aux Dames, vue de la route de Rival.
• 5. La poudrière du fort aux Dames, servant de logement à
une famille.
• 6. Plan et coupe du fort aux Dames vers la fin du XVIIIème
siècle.
• 7 et 8. Les ruines de la batterie du Gri-Gri (fort Magny).
BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 7
Dans ces moments de doute et de perplexité, on
ne peut s‘empêcher de s’interroger sur la portée et
l’efficacité de notre travail de sensibilisation. Nous
admettons volontiers qu’il est sans aucun doute nettement insuffisant.
Depuis le séisme du 12 janvier 2010 qui a détruit,
saccagé et abimé un grand nombre de nos monuments historiques, nous continuons à constater et
déplorer comment la bêtise des hommes poursuit
et amplifie la dévastation implacable et aveugle
que nous a infligé la nature. Après les actes iconoclastes perpétrés ou encouragés à dessein sur de
nombreux bâtiments anciens du centre historique
de la capitale haïtienne touchés par le séisme, c’est
au tour du site de l’ancienne Cathédrale de Portau-Prince de subir l’assaut inconsidéré des pics et
des pioches dans le cadre d’un projet d’aménagement d’une église provisoire, destinée à remplacer
la Cathédrale métropolitaine effondrée lors du
séisme. En effet, au courant du mois de février 2011,
un chantier de construction a été inauguré sur ce
site de Mémoire hautement symbolique, commandité par l’Eglise catholique d’Haïti. Informés de ce
fait le 9 mars 2011, les techniciens de l’ISPAN se
sont rendus dès le lendemain sur les lieux pour
constater l’ampleur de la catastrophe. Un chantier
largement avancé. D’importantes tranchées ont été
réalisées pour construire de puissantes fondations
en béton armé. L’érection des colonnes et des murs
en parpaings est en cours et les fermes métalliques
devant recevoir la couverture de la future église
• L’ensemble monumental de l’Intendance en 1787 En b., à g.,
l’église paroissiale. En b. au centre, le Mur de la Terrasse
sont déjà à pied d’œuvre. Et pourtant, l’histoire du
site de l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince est
connue et son importance symbolique a fait l’objet
de publications parmi lesquels le No 188-189 Spécial Ancienne Cathédrale de Port-au-Prince de la
revue franco-haïtienne Conjonction (ISPAN/ICOMOS-Haïti Février 1991) ou l’Ancienne Cathédrale
• Vues du chantier au mois de mars 2011
8 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
Photos : ISPAN • 20011
La préservation du patrimoine en Haïti, s’assimile
souvent à un combat contre l’hydre de Lerne et la
tentation du découragement est forte pour inciter
à baisser les bras.
Dans cette lutte incessante contre l’indifférence,
contre les intérêts spéculatifs à courte vue, contre
les notions trop répandues de dévalorisation de
l’ancien ayant comme corollaire le culte du neuf,
synonyme de progrès, l’ISPAN continuera à prendre
résolument le parti de la Mémoire, de la Culture et
de la Beauté.
Les défis sont immenses lorsqu’on considère la faiblesse des moyens disponibles pour la préservation
et la mise en valeur de notre patrimoine historique
et culturel, mais aussi la réserve et même la suspicion avec laquelle cette question est abordée
par nos dirigeants, qu’ils soient politiques, spirituels,
intellectuels ou économiques. Les maisons « Gingerbread » de Port-au-Prince tombent l’une après
l’autre. Le centre historique du Cap-Haïtien disparaît. Jacmel, Saint-Marc et Jérémie sont menacés et
se poursuit inexorablement la destruction des ouvrages militaires témoins de la guerre de l’indépendance. Nous sommes encore trop nombreux à ne
pas réaliser que cela constitue un appauvrissement
culturel mais aussi économique pour notre pays qui
n’a déjà pas suffisamment de ressources.
Combien de monuments et sites à haute valeur
culturelle auraient pu être sauvés si il y avait eu une
plus grande implication des Autorités et une participation plus active de la population ?
Document : ANOM - France
• Le site de l’ancienne Cathédrale de Port-au-Prince en mars 2011
Document : Anta lontan - Internet
• L’ancienne et la nouvelle cathédrales de Port-au-Prince au début du XXème siècle
de ce fait, le témoin d’événements importants de
l’histoire d’Haïti comme la proclamation de la «
Guerre du Sud» par le Général Toussaint Louverture ou les débats de l’assemblée constituante qui
créa la République d’Haïti après la mort de l’Empereur Jean-Jacques Dessalines en 1806.
Sa position relativement isolée dans la trame urbaine préserva l’église des multiples incendies qui
ravagèrent la ville. À l’occasion du sacre de l’Empereur Faustin 1er en 1842, des travaux d’agrandissement réalisés à la hâte donneront à l’église la silhouette massive et caractéristique qui reste encore
gravée dans la mémoire des Port-au-Princiens. Suite
au concordat signé entre Haïti et le Saint-Siège en
1860, l’église paroissiale fut élevée au rang de cathédrale, Port-au-Prince étant devenu siège d’un évêché. La construction au début du XXe siècle d’une
nouvelle cathédrale en béton armé plus spacieuse
et plus grandiose précipita sa désaffectation puis son
abandon pur et simple.
Au cours des émeutes occasionnées par la tentative de coup d’État de janvier 1991, l’ancienne
Cathédrale de Port-au-Prince disparut dans les
flammes et le pillage. À cette époque, l’État haïtien,
à travers l’ISPAN, avec la collaboration du Ministère
français de la Coopération et d’Actions Culturelles
(MCFAC) et le Programme des Nations Unies pour
le Développement (PNUD), s’apprêtait à initier
d’importants travaux de restauration. Les études
étaient à la phase de finalisation, l’outillage et l’équipement pour le chantier étaient à pied d’œuvre et
un important stock de bois précieux en provenance
de la Guyane française déjà en route vers Port-auPrince.
Cette catastrophe causa la disparition d’un des plus
anciens édifices de la foi chrétienne d’Haïti, mais
n’enleva rien à la valeur symbolique et au potentiel
d’enseignement scientifique de ce site. Point de départ de la construction de la ville de Port-au-Prince,
le site de l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince
reste un site archéologique de première importance qui, dans le cadre de travaux d’investigation
scientifiques menés par des spécialistes, révélerait
des informations inestimables sur la genèse de notre
capitale.
Sur ce site également ont été enterrés des personnages importants de l’histoire politique, sociale
et religieuse de notre pays. On y retrouvait par
exemple la tombe de André Dominique Sabourin, mort en 1819, qui a été adjudant-général des
Documents : ISPAN
Photo : ISPAN • 20011
Le site de l’ancienne Cathédrale,
effacé
de Port-au-Prince, Perspectives d’un vestige de
carrefours de Rachel Beauvoir-Dominique, Editions
Henri Deschamps, ISPAN / CRUT • Mars 1991,
ou encore le précieux et savant ouvrage du talentueux dessinateur haïtien Roger Rivière sur le tracé
architectural de l’église. Et aussi des nombreuses
entrés dans l’index des quatre tomes de «Port-auPrince au cours des ans» de l’historien de la ville, M.
Georges Corvington.
Lorsqu’au milieu du XVIIIe siècle se posa la nécessité d’établir une nouvelle capitale pour la colonie
française de Saint Domingue dans une position géographiquement plus centrale et suite à la résolution
de faire établir cette capitale au «Port-au-Prince»,
une ordonnance royale ordonne au boucher et au
curé du Trou-Bordet de s’établir sur l’Habitation
Randot au Port-au-Prince. Le seul édifice de la zone
capable de servir de lieu de réunion, c’est-à-dire la
grande halle de la sucrerie de l’habitation Randot
débarrassée de ses chaudières, devient la première
église de Port-au-Prince. Notre-Dame de l’Assomption, patronne du Trou-Bordet, devint celle de la
chapelle improvisée. Le 26 novembre 1749, un décret émis par le roi de France consacre la nouvelle
ville «Capitale des Isles-sous-le-vent» Dès 1750 un
projet de construire une nouvelle église digne de la
nouvelle capitale est lancé. Après diverses péripéties
et surtout à cause de différents tremblements de
terre, ce n’est qu’en 1771 qu’une église définitive
fut construite à l’emplacement de la première chapelle. Ce fut la cinquième église que connut la ville
en 22 ans. Toutes les autres ayant été abandonnées
ou détruites par des intempéries. C’est un édifice en
pan de bois d’acajou érigée avec la contribution des
paroissiens à l’angle de la rue des Favoris (actuellement rue Docteur-Aubry) et celle des Fronts-Forts.
Elle définit avec le presbytère, le bureau de l’Intendance et ses jardins, la Place de l’Intendance, l’Hôtel
de la Marine, le Mur de la Terrasse, et la Place de
l’Abreuvoir, un ensemble monumental surplombant
la ville marchande.
En plus de sa fonction proprement religieuse, l’église
servait aussi de salle de réunions politiques et a été,
• Pierres tombales de R. P Juan Matta d’Eccheverria, de l’abbé Moussa et du R. P. Jean Césaire Salgado,
BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 9
listes, historiens ou restaurateurs, aurait permis de
déboucher, sans coûts supplémentaires, sur l’adoption d’une alternative technique plus convenable
pour aménager les espaces nécessaires, tout en
préservant l’intégrité de ce lieu de Mémoire. En
plus d’avoir ignorer le site historique, détruit des
sépultures de personnages historiques et éliminer
à coup sûr de précieux indices archéologiques, les
concepteurs de cette «église provisoire» n’auront
donc pas permis qu’à travers ce projet soit initié
la revalorisation de la dimension historique du site
et du quartier de la Cathédrale en général et sa
participation dans le cadre de la reconstruction du
centre historique de Port-au-Prince, au développement culturel et au renforcement des potentialités
touristiques de la ville.
Cet acte pose encore une fois le problème généré
par les sévères limites budgétaires auxquels est
confronté l’ISPAN : l’institut ne dispose d’aucun
budget lui permettant d’assurer durablement et de
façon organisée l’une de ses missions essentielles
qui est la promotion et de la diffusion de la connaissance de notre Patrimoine auprès de la population,
permettant de prévenir telle catastrophe.
Ainsi va l’effacement de notre Mémoire de Peuple.
Note :
La Direction générale de l’ISPAN renouvelle sa volonté d’œuvrer
au côté de l’Eglise catholique d’Haïti à la sauvegarde, à la mise
en valeur et à la promotion des sites et monuments historiques
liés à sa genèse dans le pays.
Suite à une suggestion de Monseigneur Joseph Lafontant, Administrateur Apostolique Sede Plena de l’Archidiocèse de Portau-Prince, une première identification préliminaire de ces biens
culturels a été instruite par la Direction générale de l’ISPAN et est
actuellement en cours.
Une des toutes premières fiches de cet important recensement.
vous est présentée ci-après.
IDENTIFICATION DES BIENS CULTURELS IMMOBILIERS DE L'EGLISE CATHOLIQUE D'HAITI
Nom SAINT-LOUIS
Département GRANDE-ANSE
Arrondissement JEREMIE
Commune JEREMIE
Ville/Bourg JEREMIE
Quartier Rue ABBE-HUET
No Longitude 18˚ 38' 40" N
Latitutde 74˚ 06' 52" O
Altitude 21
Saint(e)-patron(ne) SAINT-LOUIS
Date de patronale 25 AOUT
Date de construction 1877 - 1901
Diocèse JEREMIE
Date d'érection de la paroisse 1725
Etat de conservation* BON
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
Le site de Sans-Souci clôturé
Le 25 mars s’est déroulée la cérémonie de remise des
travaux de sécurisation du site du Palais de Sans-Souci à
Milot. Durant la période allant de août 2010 à mars 2011,
ces travaux ont consisté essentiellement en l’achèvement
et 1 453 mètres linéaires de clôture de type cyclone fence
supporté par 500 mètres linéaires d’écran végétaux ont été
réalisés. Il faut aussi mentionner la restauration de la clôture en maçonnerie du Palais du Roi séparant celui-ci des
casernes de Sans-Souci au sud. L’idée de la protection du
• Vue de la clôture historique du Palais de Sans-Souci restaurée
Photo : ISPAN • 20011
site du palais de Sans-Souci remonte au début du projet de
restauration des monuments du Parc National Historique
réalisé conjointement par l’ISPAN le PNUD et l’UNESCO.
Dès 1983, ce projet entama une vaste campagne d’investigation en archives et sur le site, afin d’interpréter, à défaut de
comprendre, l’histoire, la morphologie, les composantes et
les articulations du complexe administratif et résidentiel qui
constituaient le siège du monarque Henry 1er roi d’Haïti. Au
cours de cette campagne d’investigation, sous la direction de
M. Eddy Lubin, responsable des fouilles archéologiques du
projet, les vestiges des Jardins du Roi furent mis à jour, ceux
de la Reine, tout comme le système de drainage alimentant
les bassins et fontaines qui ornaient l’ensemble à l’époque.
C’est à cette occasion également que le tracé historique de
la clôture périphérique du Palais du Roi fut révélé. Dès lors,
l’idée de la restauration de la clôture historique du Palais du
Roi fut évoquée et le projet étudié.
Ces travaux purent enfin être réalisés par l’ISPAN grâce
à un financement de l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), à travers le CHF. Cette
• Vue partielle de la clôture restaurée du jardin du Roi du Palais de Sans-Souci
Photographie d'identification
Ilustration 2
de la clôture historique, par la poursuite de la restauration
des colonnettes de support et la mise en place de 145
mètres linéaires de grillages en fer forgés, dont le design
reproduit celui de l’époque de Christophe. Deux paires de
vantaux ont également été placés aux entrées principales
Photo : ISPAN • 20011
armées et Grand Juge de la République d’Haïti,
ou celle du père Pierre Moussa décédé le 23 juillet 1860 et qui, selon les informations recueillies
par l’ISPAN de M. Amadou Mathar M’Bow, ancien
Directeur Général de l’UNESCO, a été le premier
Sénégalais à être sacré prêtre. Il étudia en France
où il se mêla aux événements politiques de 1848.
Apres être retourné au Sénégal pour une brève
période, il du a nouveau quitter son pays et s’exila
en Haïti qui représentait a ses yeux « la terre de la
liberté ». On peut citer aussi la tombe du père Jean
Césaire Salgado, curé de Port-au-Prince pendant de
longues années et mort le 8 février 1836.
La décision d’implanter profondément sur le site
archéologique cette construction, qualifiée de
«provisoire», dénote, pour le moins, la recherche
de solutions faciles et une absence de sensibilité
face à l’Histoire. Une consultation avec des spécia-
Ilustration 3
Ilustration 4
Ilustration 5
Ilustration 6
Notes
La construction de la nouvelle église paroissiale de
Jérémie débuta en 1877 et ne prit fin qu’en 1901.
Dédiée à Saint Louis, (Louis IX, roi de France), elle
fut élevée au rang de cathédrale en 1972. Élément central du paysage urbain, c’est une élégante
construction en briques, dont le parvis donne sur la
place d’Armes, aujourd’hui place des Trois-Dumas,
et sa fontaine surmontée de l’énigmatique statue
polychrome surnomée «Ti Amélie». La couleur
caractéristique de ses façades peintes de vermillon
10 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
rehaussée par la démarcation contrastée de certains détails architecturaux, donne à ce bâtiment
une présence très singulière dans la ville. Son clocher demeure encore le point le plus élevé du profil
urbain et sert de point repère visuel aux visiteurs.
Photo : ISPAN • 20011
Institut de Sauvegarde du Patrimoine National • Ministère de la Culture et de la Communication • République d'Haïti
• Vue du Palais de Sans-Souci à travers les grilles en fer forgé de la clôture historique
BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011 • 11
Le Patrimonio 48 à Jacmel
Du 17 au 29 mars 2011, a séjourné en Haïti une mission
d’expert de la firme espagnole spécialisée en conservation
de biens culturels Patrimonio 48 venue participer au diagnostic de six des cent trois édifices d’intérêt patrimonial
du centre historique de Jacmel, après le tremblement de
terre du 12 janvier 2010. Cette mission entre dans le cadre
des activités du projet de préservation et de mise en valeur
centre historique de la ville de Jacmel (Voir BI-21, 1er février
2011), piloté par l’ISPAN et l’AECID.
A cette occasion, les ingénieurs et architectes de Patrimonio
48, spécialisés en structure et conservation du patrimoine
ont procédé à la mise à jour et la réadaptation de l’étude
structurelle du projet de réhabilitation de la vielle Prison de
Jacmel qui sera bientôt restaurée et réaménagée en Centre
d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP)
de la ville de Jacmel.
Ils ont également procédé à des évaluations préliminaires
de la Maison Dougé logeant actuellement l’Ecole-Atelier de
Photo : AECID/ISPAN • 20011
réalisation a pour objectif d’assurer le contrôle effectif du
site, pour améliorer sa gestion et permettre une exploitation
plus rationnelle d’un tourisme durable. La restauration de la
clôture historique du Palais de Sans-Souci permet, en outre,
de franchir une étape supplémentaire dans la restitution de
l’image de ce que fut le Palais de Sans-Souci à l’époque du
roi Henry 1er.
La sécurisation du site de Sans-Souci permet désormais
d’envisager d’autres travaux importants tels l’étanchéîté des
ruines du Palais du Roi et leur stabilisation antisismique, la
création d’un centre d’interprétation de l’architecture et du
patrimoine et l’aménagement de facilités d’accueil pour les
visiteurs.
Cette cérémonie de remise de travaux s’est déroulée en
présence de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en
Haïti, M. Kenneth Merten, du ministre du Tourisme, M. Patrick Delatour, du Maire de Milot, M. Paul, du DG de l’ISPAN,
M. Daniel Elie et de M Alberto Wilde, Directeur du CHF
International pour Haïti.
1
Photo : AECID/ISPAN • 20011
• Maquette réalisée à l’Atelier-Ecole de Jacmel pour la mission
Document : AECID/ISPAN/Patrimonio 48 • 20011
2
Photo : AECID/ISPAN • 20011
3
• 1. Réunion de travail des techniciens de Patrimonio 48 et du projet ISPAN/AECID
• 2. Modélisation des dommages causés par le séisme à la Vieille Prison de Jacmel
• 3. Visite technique de la Vieille Prison de Jacmel
12 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 23 • 1er avril 2011
Jacmel (AEJ), de la Résidence de la Banque Nationale de
Crédit (BNC), de la résidence logeant la direction régionale
des impôts de Jacmel, des halles en fer et fonte des Douanes
de Jacmel ainsi que de l’édifice de l’hôtel de ville, à la place
Toussaint-Louverture.Tous ces édifices, biens privés de l’Etat,
ont été, à des degrés divers, endommagés par le séisme du
12 janvier 2010.
Ces consultations techniques devront permettre d’orienter
le parti architectural ainsi que les solutions techniques qui
devront être adoptées dans le cadre de la préservation et
de la restauration de ces monuments historiques.
Une visite du Marché municipal de Jacmel a également été
l’occasion pour ces experts d’envisager avec les techniciens
de l’ISPAN et ceux de la firme d’architecture JB Millet des
solutions techniques pour la restauration de cet édifice hautement symbolique du centre historique de Jacmel.
Vers la Conférence des Donateurs
Dans le cadre de la préparation de la Conférence des Donateurs pour la Culture en Haïti organisée par l’UNESCO
et qui se tiendra à Paris le 19 avril prochain, une mission
composé de Mme Nuria Sanz et de Mme Denise Bax a
séjourné à la capitale haïtienne en vue de rencontrer les
divers acteurs impliqués dans la culture. A partir de ces rencontres de travail, la mission Sanz-Bax en collaboration avec
ces acteurs établira une sorte de shopping list des grands
projets structurants pour le secteur culture pour les trois
années à venir. Les actions qui seront programmées concerneront une quinzaine de projets couvrant cinq domaines
: le patrimoine mondial (culturel et naturel), le patrimoine
immatériel, le patrimoine mobilier (musées, archives et bibliothèques), les industries et les politiques culturelles.
Ces programmes agiront dans leur ensemble dans des
zones particulièrement touchées par le séisme du 12 janvier 2010. La région de Léogane, le centre historique de
Jacmel, celui de Port-au-Prince figureront en tête de liste.
Un programme touchera également le renforcement structurel du secteur. Le Parc National Historique Citadelle, SansSouci, Ramiers (PNH-CSSR), classé Patrimoine Mondial par
l’UNESCO en 1982, fait l’objet d’une considération spéciale,
vue les enjeux du développement touristique dans le Nord
du pays et la mise en place de sa gestion (voir BI-11, 1er avril
2010). La mission Sanz-Bax a eu d’importantes séances de
travail, notamment avec le Ministère du Tourisme, celui des
Travaux Publics, et celui de la Culture. Les Organismes autonomes de la Culture, la Fondation Kilti ak Libète (FOKAL),
Comité Artisanal Haïtien, le Bureau de Sauvetage des biens
culturels (BSBC), la fondation Digicel ont également participé à ces charrettes. La mission a également rencontré les
partenaires internationaux, tels le PNUD et l’ONU-Habitat.
L’UNESCO, pour sa part, a déjà convié les donateurs : Etats
membres, institutions, organisations multilatérales, banques
de développement, secteur privé et organisations de la société civile à cette conférence qui exposera l’importance de
la culture comme moteur de la reconstruction en Haïti et
qui présentera les projets proposés au financement.
La mission a pris fin le 14 mars 2011, après 7 journées de
travail intense.