(2010-12) Bilten ISPAN, No 19: Patrimwàn istorik: chanjman sans, ak Chat Vniz la
Rezime — Nimewo doktrinal seri a: kijan lide patrimwàn istorik la ak pratik ki mare avè l chanje, epi tèks konplè Chat Vniz la. Sou kouvèti a, kloche kolonyal Sen Mak.
Deskripsyon Konple
Nimewo doktrinal seri a: kijan lide patrimwàn istorik la ak pratik ki mare avè l chanje, epi tèks konplè Chat Vniz la. Sou kouvèti a, kloche kolonyal Sen Mak. Yon nimewo Bilten ISPAN, bilten mansyèl Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, ki parèt depi jen 2009 rive omwen novanm 2011, epi ki dokimante yon moniman, yon sit oswa yon sant istorik pa nimewo.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
• Photo : D. Elie / ISPAN • 2009
numéro 19, 1er décembre 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
• Biens culturels à Jacmel : le marché construit aux Ateliers et Aciéries de Bruges (Belgique) en 1896, et, en arrière-plan, le double clocher de l’église Saint-Jacques et Saint-Philippe
Patrimoine historique,
évolutions sémantiques
sauvegarde ont accompagné la gestion de ces
mutations.
L’engouement pour patrimoine culturel est en
fait due à une autre nécessité.
Dans la société post-coloniale haïtienne, comme dans toutes les sociétés issues de l’esclavage, l’héritage du passé n’est, au départ, que
très imparfaitement assumé et, dans certains
aspects, refusé avec traumatisme. Cette difficulté à remémorer globalement le passé et à
identifier ces traces patrimoniales concrètes,
se retrouve en Haïti aggravée par une histoire
particulièrement mouvementée (guerres, mas• Photo : D. Elie / ISPAN • 2005
Le patrimoine historique est devenu, en Haïti,
une préoccupation majeure.
Rattacher ce phénomène uniquement à une
mode ou à un quelconque snobisme conduit
à se méprendre sur les mobiles profonds qui
justifient une telle préoccupation. Dans le
contexte des mutations radicales que vit actuellement le peuple haïtien, pris au carrefour
d’un passé médiéval et d’une entrée dans la
modernité, présentée comme la seule alternative de survie identifiée possible, le patrimoine
historique a pris naturellement valeur de repère et est devenu force de cohésion et facteur
de réconciliation.
L’expérience n’est pas inédite. D’autres pays,
qui ont subi leurs premières mutations vers
la modernité au XIXème siècle, au début de
l’ère industrielle en Europe, et d’autres, plus
récemment ont, de manière ininterrompue,
tenté de gérer les déséquilibres engendrés par
ces dites mutations arrivés de manières plus
ou moins profondes. Partout, la découverte du
patrimoine historique et de ses pratiques de
BULLETIN DE L’ISPAN, No 19, 9 pages
• Le clocher colonial de Saint-Marc,
Sommaire
• Patrimoine historique, évolutions
sémantiques
• La charte de Venise (texte intégral)
• Le patrimoine du Nord, atout clé
• Page retrouvée : “Insensé Dominguois”
• Marché Hyppolite, la dernière ligne droite
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Photos : D. Elie/ISPAN • 2009, 2007, 2010, 2007, 2004, 2010.
sacres, incendies, pillages, cataclysmes naturels,
etc.) responsable, entre autres, en grande partie de la perte d’éléments patrimoniaux. De
surcroît, cette difficulté a été et est encore
alimentée par les interprétations formelles de
l’Histoire haïtienne émises successivement par
les classes dominantes (économiques et intellectuelles) au service d’idéologies conservatrices et souvent rétrogrades.
Les mouvements sociaux revendicateurs qui
ont débuté dans les années 1980 en Haïti ont
dénoncé cette situation. Leur logique tentait
de puiser désespérément, dans cette Histoire
occultée et dépossédée, les arguments à la fois
équilibrants et dynamisants de leur lutte.
Dans ce contexte, la question du patrimoine
s’est révélée d’une importance particulière.
Comme ailleurs, sa connaissance, sa reconnaissance et son intégration dans le présent devenaient une nécessité et devaient «participer
de l’équilibrage tant au niveau de la conscience
collective qu’à celui des psychologies individuelles» (: Giraud / Marie).
En fait, la protection et la mise en valeur du
patrimoine culturel est une Epiphanie par laquelle se révèle notre propre image. Une
sorte de reconnaissance, donc une acceptation de soi-même. En rejetant la culture prise
comme une cumulation d’expériences mais
plutôt en la subissant comme une succession
atomisée de refus et d’acceptation aveugles,
vécue de manière souvent convulsive, notre
communauté produit ses propres tensions, ses
propres entraves et ses propres blocages et
s’handicape elle-même dans la construction
d’un avenir meilleur.
En plus de cette mission d’équilibrage et de
cohésion sociale que doit jouer le patrimoine
culturel, la connaissance des valeurs du passé
est nécessaire, voire indispensable pour que
s’opère l’intégration assumée de toutes les expériences, des savoirs et des savoir-faire sans
lesquelles notre communauté est condamnée à reproduire ses erreurs ou à imiter des
modèles extérieurs, comme moyen unique et
aléatoire de promotion. Attitude simiesque
qui sera toujours boiteuse et imparfaite et
qui ne sera jamais qu’un artifice puisque devant compter avec des survivances culturelles
complètement incontrôlées, non maîtrisées ou
souvent inconnues.
L’importance fondamentale de l’intégration du
patrimoine culturel dans le développement
des sociétés modernes est connue. Rappelons
brièvement certaines de ses dimensions les
plus importantes. Les finalités cognitives, éducationnelles et sociales de la préservation du
patrimoine sont fondamentales. Elles fournissent à la population le support indispensable à
la formation civique sans lequel toute mobilisa• 1. Le fort Jacques à Fermathe, avant le séisme de janvier 2010
• 2. La maison Cadet à Jacmel
• 3. L’habitation caféières de Lamothe, aux Délices des Matheux
• 4. Une maison du centre historique du Cap-Haïtien
• 5. L’aqueduc de l’habitation coloniale de Caradeux, Plaine du
Cul-de-Sac
• 6 La douane de Jacmel
tion pour une tâche nationale est vaine. Monuments (signifiant étymologiquement “qui nous
avertit” !) et tous les éléments du patrimoine
culturel fournissent des repères indispensables
dans le temps et dans l’espace. Cette mémoire
spatio-temporelle s’est révélée, pour l’être humain, indispensable à l’adaptation, à la création
et à l’évolution.
De même, les monuments historiques, les sites
et les ensembles historiques sont porteurs des
valeurs de savoir et de savoir-faire spécifiques
et générales. Ils donnent l’accès à une multiplicité d’histoires, toutes les facettes de l’Histoire
: politique, société, mœurs, art, technique, etc.
Enfin, l’accumulation des expériences, dont il
est fait mention plus haut, y trouve un champ
expérimental d’une inestimable valeur.
Ainsi posé le sauvegarde du patrimoine culturel
impose une réflexion profonde et nécessaire,
tant les enjeux sont énormes et l’équilibre à
atteindre apparement utopique et fragile...
Evolutions sémantiques
et pratiques associées
Comprendre le patrimoine culturel, ses composantes et ses pratiques exige un retour aux
sources. Ces notions et disciplines ont subi
avec le temps, et continuent de subir, des transformations, des adaptations et des évolutions
sémantiques.
La protection et la mise en valeur du patrimoine en tant que discipline organisée d’intervention sur le bâti sont un concept moderne,
quoique se situant en prolongation de mouvements culturels de la Renaissance européenne.
En effet le terme de “monument historique”
apparaît pour la première fois dans le vocabulaire des artistes et des humanistes au XVème
siècle en Italie et, à l’origine, cette notion s’appliquait exclusivement aux constructions datant
de l’Antiquité européenne. Si la transmission
de diverses formes de patrimoines culturels,
tangibles ou intangibles, appartient à des sociétés aussi diverses qu’éloignées les unes des
autres, appliquée au bâti ancien, elle devient un
concept nouveau et est à l’origine essentiellement occidental. Selon Françoise Choay, dans
la préface du Culte moderne du Monument
d’Aloïs Riegl, le terme «monument», pour qui
est «l’artefact qui nous interpelle pour nous
faire ressouvenir», fait partie d’un art de mémoire universel que l’on trouve dans toutes
les cultures et civilisations. Tandis que l’invention du terme «monument historique» est
solidaire aux concepts d’Arts et d’Histoire. En
fait, à cause de l’Histoire et à cause des Arts,
un élément bâti peut acquérir la qualité de
«monument historique», en tant que «document concret du passé» . Cette invention appartient à l’Europe post-gothique qui a élaboré
ce concept au fil d’un long travail, d’une lente
évolution dont les premières strates peuvent
être repérées au Quattrocento italien.
Certes, la pratique de récupération des espaces construits a existé bien avant cette époque. Déjà les Romains manifestèrent une fasci-
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
en 1748 vont donner une impulsion décisive à
l’Architecture et particulièrement au mouvement de protection des monuments historiques en Europe. On exige des constructeurs
la connaissance approfondie des monuments
anciens par l’analyse détaillée et méthodique.
Dès le début du siècle, le sujet est largement
défini et la protection des monuments devient
un domaine public.
C’est la Révolution française de 1789 qui
consacre ce fait, avec la première loi sur les
monuments historiques (1790) et qui lui découvre des bases matérielles plus fondamentales, autrement importantes pour le développement de la société.
En effet, à travers les idées sociales qu’elle
véhicule, la Révolution française fait du monument historique la “propriété par héritage
du peuple tout entier”. La situation nouvelle,
qui se présente en Europe après 1789 et avec
l’élimination du système féodal et des fiefs
régionaux, est celle d’une France affaiblie qui,
face à la menace des royaumes européens,
doit aboutir rapidement à une unité nationale.
Les Révolutionnaires français trouvent dans le
patrimoine une puissante source de cohésion
sociale et culturelle qu’il convient justement
d’exploiter. Dans l’impérieuse nécessité d’alors
de créer cette cohésion, en rassemblant toute
les couches de la société autour d’une Histoire
commune et d’un projet consensuel minimum,
le patrimoine se voit doté d’une valeur nationale dominante - inexistante auparavant - et
lui sont assignées des destinations éducatives,
scientifiques et pratiques. Le patrimoine devient bien collectif que le Peuple s’approprie
par la connaissance directe.
La valeur cognitive et éducative du patrimoine
qui en découle se révèle à plusieurs niveaux.
D’une part, le patrimoine est composé d’éléments concrets véhiculant toute l’Histoire
c’est-à-dire l’histoire dans sa globalité humaine,
dépassant une simple chronologie de faits d’armes ou des biographies d’hommes politiques
célèbres. Il se présente comme base concrète
à l’éducation civique de la population. De plus,
il prend également valeur fondamentale pour
à la fois la recherche intellectuelle et la formation de professions et d’artisanats divers. Il
est, enfin, porteur de savoir et de savoir-faire
nécessaires au développement harmonieux de
la société.
Considéré désormais comme bien de la collectivité, le contrôle de l’Etat sur le patrimoine
s’accrut. Les excavations archéologiques furent
inspectées et supervisées; les monuments et
les œuvres d’art mis sous tutelle, la spoliation
du patrimoine mise hors-la-loi. A Rome, l’Etat
pontifical renforça sa main mise sur les antiquités romaines, ruines et sculptures. Les aca• 1. Maison du centre historique du Cap-Haïtien
• 2. la villa Bismarckshoe à Pacot, Port-au-Prince
• 3. Fort Décidé à Marchand-Dessalines
• 4. L’église Saint-Louis, Roi de France, de Jérémie
• 5. La résidence de Claire-Heureuse à Marchand
• 6. Le pavillon central du Marché Hyppolite de Port-au-Prince
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Photos : D. Elie/ISPAN • 2007, 2010, 2004, 2009, 2009, 2009.
nation pour l’art de la Grèce classique, dont ils
collectionnaient et conservaient les objets. Ils
s’approprièrent également de leur architecture
et, plus particulièrement, leurs ordres architecturaux (ionique, dorique et corinthien) pour
la monumentalité qu’ils leur suggéraient. Cette
attitude face à l’art grec était surtout liée a
l’idéologie politique et économique, joint à des
préoccupations d’ordre esthétiques et non à
une valorisation de ces objets considérés comme des témoins uniques de l’histoire d’une civilisation, un patrimoine historico-artistique, à
transmettre aux générations futures. Si les Romains inventèrent le terme restaurare, il était
pris dans le sens de rénovation, de reconstruction voire de réparation. Par restaurare, ils entendaient re-actualisation d’une oeuvre d’art
et, en tant que tel, il s’agissait de doter l’œuvre
d’art abîmée ou incomplète d’une intégrité qui
va au-delà de son authenticité ou, même, audelà de son état d’origine. Aux yeux des Romains, les antiquités grecques ne prenaient de
valeur que si elles étaient “complètes”.
La Renaissance, qui prend naissance en Italie
au XVème siècle produit le premier changement important dans l’évolution du concept
de patrimoine historique. Cette période invente le monument historique, assimilé à un
témoin de l’Antiquité grecque et romaine. La
structure circulaire du Théâtre de Marcellus de
la Rome antique, transformée en forteresse au
Moyen-Age puis en un palais au XVIème siècle, constitue un exemple classique de ce type
d’intervention. La transformation des imposantes ruines des termes de Dioclétien en l’église
de Santa Maria dei Angeli de Rome par Michelangelo Buonarrotti (1457-1564) est aussi un
des exemples les plus connus d’appropriation
et de transformation de « structures anciennes”. Cette attitude face au bâti ancien est déjà
fortement assujettie à une intégration fonctionnelle dans la vie sociale et économique.
C’est également durant le XVème siècle que
s’élabore le concept de «monument historique», concept qui est, par ailleurs, lié à un effort de théorisation de l’Architecture qu’opéraient les humanistes, les artistes, les hommes
de lettres de l’époque et pour qui il n’y a d’Architecture que celle de l’Antiquité. Le terme
“monument historique” n’est de ce fait réservé
qu’aux constructions d’architecture gréco-romaine. Implicitement, se conçoit leur protection et leur mise en valeur.
L’Illuminisme du XVIIIème siècle remet en
question toutes les institutions traditionnelles
en les passant au crible de la Raison, seule faculté qui permette, selon leur théoriciens, de
fixer des critères de vérité et d’erreur, de discerner le bien du mal et de mettre en œuvre
des moyens en vue d’une fin donnée. Ainsi la
connaissance de la portée exacte des règles de
l’Art de bâtir ou de restaurer se fera plus systématique. Parallèlement, les développements de
l’archéologie avec les découvertes des ruines
d’Herculanum en 1711 et de celle de Pompéi
Photos : D. Elie/ISPAN • 2009, 2009, 2009, 2009, 2009, 2004.
démies d’art s’érigèrent comme instruments
fondamentaux de l’action institutionnelle des
Etats dans la prise en charge et la conservation
du patrimoine historico-artistique.
Les collections et les galeries s’ouvrent au public avec une vocation pédagogique. Naquirent
ainsi les premiers musées et bibliothèques de
l’Etat. En France, un réseau de musées est créé,
en particulier à Paris, avec la création du Musée des Monuments français, chargé de sauver
les fragments d’édifices livrés à la vindicte populaire. Et c’est à la Convention que revient le
mérite de la création du Muséum central des
arts (1792) installé au Palais du Louvre, réhabilité à cet effet.
Parallèlement, l’histoire de l’Art en tant que
discipline scientifique émerge avec les travaux
de Mengs et, surtout, ceux de Johann Joachin
Winckelmann. Celui-ci propose une histoire de
l’Art présentée de manière organique, conçue
comme une succession d’étapes de naissance,
croissance, d’éclosion (florecimiento, florescence), et de disparition : l’art est comparé à la
nature organique, à la vie. Selon Winckelmann,
l’histoire de l’art doit «enseigner son origine,
son développement, sa transformation et sa
décadence ainsi que, parallèlement, les styles
distinctifs des peuples, des époques et des artistes». Pour Winckelmann, le critère fondamental du Beau qui n’est pas une reproduction du
réel mais d’un idéal défini par de proportions
certes inspirées de la nature, mais à partir d’un
modèle précis. Ces théories de l’histoire de
l’Art et du Beau, transposées à l’Architecture
vont fortement déterminer une nouvelle approche de l’étude des monuments historiques
légués par l’Antiquité. Durant tout le XIXème
siècle, diverses théories de la restauration de
monument historique s’opposeront, de celles
« interprétatives » du français Eugène ViolletLeduc aux celles de la «passivité» de l’anglais
John Ruskin. Si pour Violet-Leduc «restaurer un
édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou
le refaire, c’est le rétablir dans un état complet
qui peut n’avoir jamais existé à un moment
donné. », pour Ruskin, tirant partie des théories de Winckelmann, le monument historique
est comparé à un ensemble organique qu’il
faut soutenir, en le restaurant le moins possible,
mais qu’il faut aussi laisser mourir.
En marge de ces débat théoriques, l’approche
scientifique de la conservation des biens culturels (meubles et immeuble) débuta par l’identification et l’établissement d’un registre, tâches
qui se réalisèrent au moyen d’un inventaire et
d’un catalogage des œuvres d’art. Ce catalogage est basé sur un travail d’investigation et
donne des informations spécialisées sur l’objet
d’art immobilier ou mobilier. L’inventaire, lui,
est constitué d’une collection de fiches descriptive et signalétiques complètes de ces ob• 1. Le fort Alexandre de Fermathe
• 2. La Vieille Prison de Jacmel
• 3. La poudrière du fort de la Crête-à-Pierrot
• 4. L’église Saint-Louis, de Deschapelles
• 5. L’église d’Aquin, (la maison à g. a été récemment démolie)
• 6. La forteresse des Platons, près de Dussis
jets. Les fiches sont enregistrées et archivées
pour permettre un repérage aisé de l’objet
d’art inventorié.
Dès ces premières systématisations dues à
cette nouvelle perception du bâti ancien et de
l’application des disciplines qui lui sont associées dans des pratiques de conservation, le
patrimoine se double d’une valeur attractive,
implication subséquente de la valeur cognitive et éducative du monument historique. Il
se transforme progressivement, mais assez
rapidement, en objet à voir et à montrer. Le
patrimoine prend de ce fait une valeur économique par son rôle incitateur d’une circulation
d’individus disposés à acheter sous forme de
services toute une série de facilités : transport,
logement, restauration alimentaire, informations diverses et spécialisées, etc. Le tourisme
- à l’origine le Grand Tour of Europe des jeunes
et riches gentilshommes anglais au XVIIIème
siècle - naît donc comme une conséquence
directe de cette sauvegarde organisée du patrimoine culturel.
Parallèlement, tout un ensemble de pratiques
conservatoires naissent, en faisant appel à la
science, à l’histoire, à la sociologie, à l’administration, etc. Il est en effet impératif de savoir recenser, analyser, protéger, conserver, promouvoir et mettre en valeur le patrimoine. Des
disciplines spécialisées prennent donc forme
dans ces différents domaines.
Cette notion du bâti ancien en tant que «propriété par héritage du peuple tout entier» et
revêtue de valeur cognitive, éducative et économique, ainsi que les pratiques conservatoires qui lui sont associées, va se répandre hors
des frontières de France, d’Italie, de GrandeBretagne, ... et se propager dans le reste du
monde. Au fur et à mesure des confrontations avec les réalités autres et de l’importance
qu’acquièrent progressivement les valeurs du
Patrimoine dans le développement des sociétés, la notion de patrimoine va subir au début
du XXème siècle de fortes transformations.
Les architectes et techniciens des monuments
historiques, venus de divers pays d’Europe
en 1931 se réunissent à Athènes (Grèce) et
tentent, pour la première fois, d’uniformiser
les pratiques liées à la conservation des monuments historiques et produisent la fameuse
Carta del Restauro qui allait donner une forte
impulsion au mouvement. Sans toutefois établir une définition consensuelle du monument
historique, la Charte d’Athènes va normaliser
les pratiques des interventions sur ces biens
culturels.
Bien vite, de la notion initiale de patrimoine
synonyme de bâtiments anciens exceptionnels,
considérés hors de leur environnement immédiat, l’on passe à celle de constructions anciennes, importantes aussi bien que modestes indissociablement liées à leur contexte physique
et symbolique.
La Charte internationale sur la conservation
et la restauration des monuments et des sites
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
souvent un ensemble d’effets pervers : l’exclusion des populations locales, l’usure accélérée
d’un patrimoine fragile, non conçu originellement pour un usage aussi intensif, l’altération
de ce patrimoine en vue d’assurer sa rentabilité souvent aux dépends de son authenticité
et de son originalité ou, pire, la dénaturation
de la notion même de patrimoine, porteur de
valeurs intellectuelles, esthétiques, artistiques,
scientifiques et civiques et sa transformation
en bien de consommation, sujet aux aléas de la
mode et des lois du marché touristique.
Trop souvent, particulièrement dans les pays
où le savoir intellectuel demeure le privilège
d’une minorité, (les pays les plus faibles et les
plus dépendants), il arrive que seule la valeur
économique du bien patrimonial est prise en
compte. Il s’agit de restaurer pour exploiter à
grande échelle un type de tourisme bien défini
qui est à la recherche d’images pittoresques,
simplifiées, stéréotypées, épurées, aseptisées et
hors de la réalité locale. La valeur cognitive du
patrimoine historique se réduit, dans ces cas,
à des slogans publicitaires et quelques informations «folklorisées», divulguées sous forme
de clichés de promotion. Dans ces situations,
la population autochtone est maintenue quasiment à l’écart et dans l’ignorance de la signification réelle de son patrimoine. Pire, l’objet
ancien restauré se vide pour elle de toute sa
substance et perd de ce fait toute notion de
propriété collective et de facteur de cohésion
sociale donc de patrimoine culturel et historique. Le bâti ancien restauré s’est converti en
«machine à sous» qui, en cas de dysfonctionnement, devient inutile et s’expose à toutes
sortes d’altérations pouvant aller jusqu’à son
abandon ou à sa destruction pure et simple.
Le concept continue à évoluer et aujourd’hui
des experts se réunissent afin de définir et
d’élaborer les notions de paysage en tant que
patrimoine historique, pouvant éventuellement
ignorer les frontières des États. La notion d’esprit du lieu (le genius loci), pouvant intégrer les
catégories de patrimoine, a été débattue à la
XVIème Assemblée générale du Conseil international des monuments et sites (ICOMOS)
tenue à Québec, Canada, en 2008.
Les notions de patrimoine, monuments, ensembles et sites historiques, de conservation,
de conservation intégrée, de revitalisation et
de réhabilitation ne cessent donc d’évoluer. Au
départ, étroites, elles se sont largement étendues et diversifiées. Le patrimoine historique
parait inépuisable : il semble qu’actuellement,
au-delà des critères strictement esthétiques,
tout ce qui, venant du passé, matériel ou immatériel, permet de comprendre le présent et
de projeter l’avenir, mérite l’attention et enrichit la liste des patrimoines culturels.
• 1. Cour centrale du fort Innocent à Marchand-Dessalines
• 2. La maison natale de Tertulien Guilbaud au Cap-Haïtien
• 3. La fontaine coloniale de la place d’Armes de Fort-Liberté
• 4. Le fort Picolet au Cap-Haïtien
• 5. L’église Notre-Dame du Cap-Haïtien
• 6. La poudrière du fort Saint-Joseph de Fort -Liberté
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Photos : D. Elie/ISPAN • 2008, 2010, 2004, 2009, 2009, 2009.
(Charte de Venise, 1964), rédigée lors de la
seconde réunion internationale des architectes et techniciens des monuments historiques
consacre cette évolution. Cette charte stipule
que la notion de monument historique s’étend
à toutes créations architecturales isolées ou
groupées qui portent témoignage d’une civilisation particulière, d’une évolution significative ou d’un événement historique. Cette
Charte - la première à ëtre signé par des pays
non européens (Mexique, Pérou et Tunisie) consacre, et du même coup étend la notion de
monument historique à des ensembles urbains
ou ruraux. Ces ensembles historiques se définissent en tant que groupement de constructions
formant une agglomération qui, par son homogénéité, comme par son unité architecturale et
esthétique, présente un intérêt historique, archéologique et artistique. La notion, au départ occidentale, du concept de monument historique
s’est universalisée. Chaque pays, chaque région,
chaque culture y retrouve les moyens de s’y
affirmer, d’approfondir et d’enrichir les valeurs
dont il est porteur.
Parallèlement à ces évolutions de la notion
de patrimoine, les pratiques conservatoires y
relatives s’adaptent également. Si, au départ, il
s’agissait de considérer le bâtiment ancien dans
son aspect physique tel un document d’archives
ou de musée, intouchable, désormais la Charte
de Venise préconise également son affectation
à une fonction utile à la société. Il s’agit d’une
tâche paradoxale, difficile et complexe se résumant à «réintroduire un monument désaffecté
dans le circuit des usages vivants, à l’arracher à
un destin muséal...» (: Choay). Ceci n’implique
pas forcément une homologie avec la destination d’origine de l’édifice mais une prise en
compte de l’état matériel actuel de l’édifice
face au flux de ces utilisateurs potentiels. Un
passage aux normes actuelles de construction
et d’aménagement (technique, services, sécurité, fonctionnement, etc.) et les nécessités
actuelles du développement économique et
social, local, régional et national deviennent des
paramêtres incontournables. Difficile et complexe, cette conservation intégrée s’est révélée
bien vite la seule garante de la nouvelle vie du
bien culturel sauvegardé.
De pair à cette internationalisation du concept
de patrimoine, les valeurs des biens immobiliers culturels ont subi également des avatars.
Les avantages économiques sans cesse croissants que procure la visite des biens culturels
restaurés et mis en valeur tentent d’occulter
leurs dimensions fondamentales. La réduction
progressive des biens culturels en simple produit de consommation touristique constitue
très vite une menace grave sur l’authenticité,
l’intégrité et la vocation du patrimoine. Cette
situation est le fait de l’importance sans cesse
croissante de l’apport fondamental du secteur
touristique au budget des nations; apport sur
lequel elles basent souvent leur survie et leur
avenir économique. De cette situation découle
Photos : D. Elie/ISPAN • 2009, 2010.
• Le Palais aux 365 Portes, à la Petite-rivière de l’Artibonite
• La poudrière du Môle Saint-Nicolas
Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites
IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques, Venise, 1964.
Adoptée par le conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS) en 1965.
Texte intégral
Chargées d’un message spirituel du passé, les oeuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie présente le témoignage
vivant de leurs traditions séculaires. L’humanité, qui prend
chaque jour conscience de l’unité des valeurs humaines, les
considère comme un patrimoine commun, et, vis-à-vis des générations futures, se reconnaît solidairement responsable de leur
sauvegarde. Elle se doit de les leur transmettre dans toute la
richesse de leur authenticité.
Il est dès lors essentiel que les principes qui doivent présider à la
conservation et à la restauration des monuments soient dégagés
en commun et formulés sur un plan international, tout en laissant à chaque nation le soin d’en assurer l’application dans le
cadre de sa propre culture et de ses traditions.
En donnant une première forme à ces principes fondamentaux, la Charte d’Athènes de 1931 a contribué au développement d’un vaste mouvement international, qui s’est notamment traduit dans des documents nationaux, dans l’activité de
l’ICOM et de l’UNESCO, et dans la création par cette drenière
du Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels. La sensibilité et l’esprit critique
se sont portés sur des problèmes toujours plus complexes et plus
nuancés; aussi l’heure semble venue de réexaminer les principes
de la Charte afin de les approfondir et d’en élargir la portée
dans un nouveau document.
En conséquence, le IIe Congrès International des Architectes et
des Techniciens des Monuments Historiques, réuni, à Venise du
25 au 31 mai 1964, a approuvé le texte suivant :
Définitions
Article 1.
La notion de monument historique comprend la création architecturale isolée aussi bien que le site urbain ou rural qui porte
témoignage d’une civilisation particulière, d’une évolution significative ou d’un événement historique. Elle s’étend non seulement aux grandes créations mais aussi aux oeuvres modestes qui
ont acquis avec le temps une signification culturelle.
Article 2.
La conservation et la restauration des monuments constituent
une discipline qui fait appel à toutes les sciences et à toutes les
techniques qui peuvent contribuer à l’étude et à la sauvegarde
du patrimoine monumental.
Article 3.
La conservation et la restauration des monuments visent à sauvegarder tout autant l’oeuvre d’art que le témoin d’histoire.
Conservation
Article 4.
La conservation des monuments impose d’abord la permanence
de leur entretien.
Article 5.
La conservation des monuments est toujours favorisée par
l’affectation de ceux-ci à une fonction utile à la société; une
telle affectation est donc souhaitable mais elle ne peut altérer
l’ordonnance ou le décor des édifices. C’est dans ces limites qu’il
faut concevoir et que l’on peut autoriser les aménagements exigés
par l’évolution des usages et des coutumes.
Article 6.
La conservation d’un monument implique celle d’un cadre à
son échelle. Lorsque le cadre traditionnel subsiste, celui-ci sera
conservé, et toute construction nouvelle, toute destruction et tout
aménagement qui pourrait altérer les rapports de volumes et de
couleurs seront proscrits.
Article 7.
Le monument est inséparable de l’histoire dont il est le témoin
et du milieu où il se situe. En conséquence le déplacement de
tout ou partie d’un monument ne peut être toléré que lorsque la
sauvegarde du monument l’exige ou que des raisons d’un grand
intérêt national ou international le justifient.
Article 8.
Les éléments de sculpture, de peinture ou de décoration qui font
partie intégrante du monument ne peuvent en être séparés que
lorsque cette mesure est la seule susceptible d’assurer leur conservation.
Restauration
Article 9.
La restauration est une opération qui doit garder un caractère
exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le
respect de la substance ancienne et de documents authentiques.
Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps.
La restauration sera toujours précédée et accompagnée d’une
étude archéologique et historique du monument.
Article 10.
Lorsque les techniques traditionnelles se révèlent inadéquates, la
consolidation d’un monument peut être assurée en faisant appel
à toutes les techniques modernes de conservation et de construction dont l’efficacité aura été démontrée par des données scientifiques et garantie par l’expérience.
Article 11.
Les apports valables de toutes les époques à l’édification d’un
monument doivent être respectés, l’unité de style n’étant pas un
but à atteindre au cours d’une restauration. Lorsqu’un édifice
comporte plusieurs états superposés, le dégagement d’un état
sous-jacent ne se justifie qu’exceptionnellement et à condition
que les éléments enlevés ne présentent que peu d’intérêt, que
la composition mise au jour constitue un témoignage de haute
valeur historique, archéologique ou esthétique, et que son état
de conservation soit jugé suffisant.
Le jugement sur la valeur des éléments en question et la décision sur les éliminations à opérer ne peuvent dépendre du seul
auteur du projet.
Article 12.
Les éléments destinés à remplacer les parties manquantes doivent s’intégrer harmonieusement à l’ensemble, tout en se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie
pas le document d’art et d’histoire.
Article 13.
Les adjonctions ne peuvent être tolérées que pour autant qu’elles
respectent toutes les parties intéressantes de l’édifice, son cadre
traditionnel, l’équilibre de sa composition et ses relations avec
le milieu environnant.
Sites monumentaux
Article 14.
Les sites monumentaux doivent faire l’objet de soins spéciaux
afin de sauvegarder leur intégrité et d’assurer leur assainissement, leur aménagement et leur mise en valeur. Les travaux
de conservation et de restauration qui y sont exécutés doivent
s’inspirer des principes énoncés aux articles précédents.
Fouilles
Article 15.
Les travaux de fouilles doivent s’exécuter conformément à des
normes scientifiques et à la “Recommandation définissant les
principes internationaux à appliquer en matière de fouilles archéologiques” adoptée par l’UNESCO en 1956. L’aménagement
des ruines et les mesures nécessaires à la conservation et à la
protection permanente des éléments architecturaux et des objets découverts seront assurés. En outre, toutes initiatives seront
prises en vue de faciliter la compréhension du monument mis
au jour sans jamais en dénaturer la signification. Tout travail
de reconstruction devra cependant être exclu à priori, seule
l’anastylose peut être envisagée, c’est-à-dire la recomposition des
parties existantes mais démembrées. Les éléments d’intégration
seront toujours reconnaissables et représenteront le minimum
nécessaire pour assurer les conditions de conservation du monument et rétablir la continuité de ses formes.
Documentation et publication
Article 16.
Les travaux de conservation, de restauration et de fouilles seront
toujours accompagnés de la constitution d’une documentation
précise sous forme de rapports analytiques et critiques illustrés de
dessins et de photographies. Toutes les phases de travaux de dégagement, de consolidation, de recomposition et d’intégration,
ainsi que les éléments techniques et formels identifiés au cours
des travaux y seront consignés. Cette documentation sera déposée
dans les archives d’un organisme public et mise à la disposition
des chercheurs; sa publication est recommandée.
Ont participé à la commission pour la rédaction de la charte
internationale pour la conservation et la restauration des monuments : M. Piero Gazzola (Italie), président, M. Raymond
Lemaire (Belgique),Rapporteur, M. José Bassegoda-Nonell (Espagne), M. Luis Benavente (Portugal), M. Djurdje Boskovic
(Yougoslavie), M. Hiroshi Daifuku (U.N.E.S.C.O.), M. P.L.
de Vrieze (Pays-Bas), M. Harald Langberg (Danemark), M.
Mario Matteucci (Italie), M. Jean Merlet (France), M. Carlos
Flores Marini (Mexique), M. Roberto Pane (Italie), M. S.C.J.
Pavel (Tchékoslovaquie), M. Paul Philippot (Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens
culturels), M. Victor Pimentel (Pérou), M. Deoclecio Redig de
Campos (Vatican), M. Jean Sonnier (France), M. François Sorlin (France), M. Eustathios Stikas (Grèce), Mrs. Gertrud Tripp
(Austriche), M. Jan Zachwatovicz (Pologne), M. Mustafa S.
Zbiss (Tunisie)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Patrimoine culturel du Nord d’Haïti,
atout clé
Chers amis,
Opérateurs dans le domaine du tourisme, j’ai
accepté aujourd’hui de m’adresser à vous en
tant que représentant de l’ISPAN, l’Institut de
Sauvegarde du Patrimoine National, car j’ai
compris la relation dynamique qui doit exister entre le patrimoine et le tourisme. Cette
relation est tellement importante qu’elle doit
dépasser tous les conflits de valeurs.
Dans la Charte Internationale du Tourisme
Culturel, l’accent est porté sur l’importance
du Patrimoine aussi bien pour les populations
locales que pour les visiteurs. Ceci implique sa
protection et son exploitation viable et rationnelle.
Partout dans le monde, les peuples s’accrochent à leurs patrimoines. Chez nous, les patrimoines naturels, historiques et culturels aussi
bien que la diversité des cultures vivantes tel
que nos croyances, le rara, les saveurs de nos
plats cuisinés, notre carnaval sont des attractions touristiques que nous devons sauvegarder et exploiter valablement.
Le développement du tourisme dans le Nord
du pays est directement lié au patrimoine bâti
qui existe dans la région. La relation tourisme
et patrimoine doit donc être gérée de manière
durable par tous les concernés, ceci au profit
des générations d’aujourd’hui et ceux de demain.
L’ISPAN est responsable de ce Patrimoine qui,
dans le Nord du pays est très riche. Le Parc
National Historique Citadelle, Sans-Souci, Raniers (PNH-CSSR), classé Patrimoine Mondial
par l’UNESCO s’y trouve. De plus, nous avons
dans cette même région, les forts français
construits en vue de la défense de la superbe
baie de Fort-Liberté, de celle du Cap Français
d’alors et d’autres forts de la côte Nord qui
sont aussi importants pour Haïti que pour la
France en ce qui à trait à la présentation du
génie militaire français de l’époque coloniale.
L’ISPAN est conscient de l’importance de ce
patrimoine comme étant l’atout majeur pour
le développement du tourisme dans le Nord
et le chemin vers le développement du tourisme sur tout le territoire.
Cette Institution a donc la lourde tâche de
protéger et de sauvegarder, tout en aidant à
une mise en exploitation rationnelle de ce patrimoine en vue du développement de notre
tourisme.
Dans la Charte Internationale du tourisme
Culturel, il est dit qu’un tourisme excessif peut
nuire, de la même façon qu’un tourisme inexistant ou mal géré, à l’intégrité physique ainsi
qu’à la signification même du patrimoine.
Tout en prônant le tourisme culturel comme
étant l’élément clé vers le développement de
la région Nord, l’ISPAN a pour devoir de faire
comprendre que les projets de développements touristiques et d’infrastructures doivent
prendre en compte les dimensions esthétiques,
sociales et culturelles, ainsi que la protection
des paysages naturels, des caractéristiques de
la biodiversité, qui sont primordiaux en ce qui
à trait à l’environnement visuel des ensembles
patrimoniaux ; particulièrement dans le Parc
National Historique, qui risque d’être déclassé
si nous ne faisons pas ce qui est commandé
par les principes et les accords qui ont amenés
au classement du Parc et de ses monuments
historiques en tant que Patrimoine Mondial.
Les objectifs de l’ISPAN sont donc liés à ceux
mentionnés dans la Charte Internationale du
Tourisme Culturel de l’UNESCO et de ICOMOS, à savoir, encourager et faciliter :
• le travail de ceux qui participent à la conservation et à la gestion du patrimoine afin de le
rendre accessible aux visiteurs et bénéfique
aux communautés d’accueils.
• le travail des membres de l’industrie touristique dans le but de promouvoir et gérer le
tourisme, dans le respect et la mise en valeur
du patrimoine et des cultures vivantes des
communautés locales.
• le dialogue entre les responsables du patrimoine et ceux des industries du tourisme, afin
que nous soyons tous au courant de l’importance ainsi que de la fragilité des ensembles patrimoniaux, des collections, tels que les canons
et boulets de la Citadelle Henry, sans oublier
l’importance des cultures vivantes.
C’est dans le cadre de ce dialogue que je suis
avec vous aujourd’hui.
L’ISPAN encourage tous ceux qui ont des propositions, des idées, des programmes et des
politiques, à se manifester, dans le but de développer des projets précis qui aideront à établir
des stratégies qui vont permettre l’exploitation
rationnelle ainsi que la protection et la conservation du patrimoine.
En ce qui a trait au Parc National Historique
classé Patrimoine Mondial par l’UNESCO, il est
important de comprendre que si les projets
proposés sont inacceptables, ils devront être
modifiés ou seront rejetés par le Centre du
Patrimoine Mondial.
L’ISPAN est le seul interlocuteur tenu à rendre
des comptes périodiquement au Centre du
Patrimoine Mondial. Vu l’importance du tourisme culturel dans le développement rationnel et viable du Parc, l’ISPAN a tout à gagner à
faire avancer les projets valables, respectant les
normes établies pour les sites à classification
exceptionnelle comme le PNH-CSSR. Avec
l’aide et la collaboration de l’ISPAN, les projets
peuvent être ajustés pour répondre aux normes exigées par le Centre.
Comme vous le savez, l’industrie du tourisme
joue un rôle fondamental dans les domaines
sociaux, culturels, éducatifs, scientifiques, écologiques, économique et favorise le développement continu. Mais, dans le cadre du tourisme
culturel qui nous intéresse particulièrement
dans la région du Nord, le temps semble
vouloir s’arrêter à une période particulière.
Dans ce contexte, le visuel se trouve être un
élément capital afin d’atteindre les attentes
des visiteurs. Dans ce cas précis, la Charte
Internationale du Tourisme Culturel nous fait
comprendre que les projets touristiques et
d’infrastructures doivent donner la préférence
aux matériaux locaux et surtout prendre en
compte les caractéristiques de l’architecture
locale et les particularités des constructions
vernaculaires. Ce, dans le but de créer un ensemble agréable et harmonieux. Tel est le cas
dans le PNH-CSSR.
En vue du développement touristique de ce
parc national historique, l’ISPAN reconnaît l’importance et travaille à établir dans les meilleurs
délais, un schéma d’aménagement du parc ainsi
qu’un plan de gestion qui prendra en compte,
les valeurs naturelles ainsi que les ressources
patrimoniales, tout en tenant compte de l’impact de la fréquentation touristique sur les
monuments, sur l’écologie, ainsi que sur la biodiversité des espaces du Parc. L’institut se penche aussi sur une intégration harmonieuse des
infrastructures (routes et chemins d’accès), des
systèmes de transports à l’intérieur du PNHCSSR, ainsi que sur l’importance d’intégrer les
communautés locales dans le processus de
développement économique et social de la
région du parc.
Mesdames, Messieurs, l’ISPAN encourage donc
et attend la contribution de tout un chacun, de
toutes les organisations et institutions agissant
dans le domaine du tourisme et du développement réel en vue d’atteindre les objectifs
fixés.
Jean Lionel Pressoir, industriel
et entrepreneur de nationalité haïtienne, est diplômé
de l’École des Hautes Études
Sociales et de l’École Supérieur
du Journalisme (Paris, France).
Il participe, dès son retour en
Haïti, à la création des Guides
Panorama. Il est membre de la
Fondation Destination Haïti,
de Fond’Art et du Conseil de
Réflexion pour le Développement de Milot, Haïti. Il
anime tous les lundis, l’émission
Vision-Destination-Saveurs sur
Radio Vision-2000, dédiée à la
promition du tourisme.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Photo : Fond’Art • 2010.
Intervention de M. Lionel Pressoir, représentant de l’ISPAN à la réunion du Programme pour le Développement
de la Région Nord d’Haïti, organisée par la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Cette réunion s’est
tenue au Cap-Haïtien, le 28 Octobre 2010, à l’Hostellerie
du Roi Christophe.
Page retrouvée :
“insensés Domingois”
Insensés Domingois, dors donc, puisque tu en as l’intrépidité, dors sur la couche fragile et mince qui
te sépare de l’abime de feu, qui bouillonne sous ton chevet. Ignore le péril qui te menace, puisque tes
alarmes empoisonneraient tous les instants de ta vie et ne te garantiraient de rien. Ignore combien ton
existence est précaire. Ignore qu’elle tient à la chute fortuite d’un ruisseau, à l’infiltration peut-être
avancée d’une petite quantité des eaux qui t’environnent dans la chaudière souterraine à laquelle on a
voulu que ton domicile servit de couvercle. Si tu sortais un moment de ta stupidité, que deviendrais-tu ?
Tu verrais la mort circuler sous tes pieds. Le bruit sourd des torrents de souffre mis en expansion, obséderait ton oreille. Tu sentirais osciller la croûte qui te soutient. Tu l’entendrais s’entrouvrir avec fracas. Tu
t’élancerais de ta maison. Tu courrais éperdu dans tes rues. Tu croirais que les murs de ton habitation,
que tes édifices s’ébranlent et que tu vas descendre au milieu de leurs ruines, dans le gouffre creusé, sinon
pour toi, du moins pour tes infortunés descendants. La consommation du désastre qui les attend sera
plus courte que mon récit. Mais s’il existe une justice vengeresse des grands forfaits, s’il est des enfers : c’est
là, je l’espère, qu’iront gémir dans les flammes qui ne s’éteindront point, les scélérats qui aveuglés par des
vues d’intérêts, en ont imposé au trône, et dont les funestes conseils ont élevé le monument d’ignorance
et de stupidité que tu habites, et qui n’a peut-être qu’un moment à durer ».
Sc : Internet
Histoire philosophique et politique des établissements
et du commerce des Européens dans les deux Indes, 1780, Livre XIII, chap. 40
Etablissements formés dans l’Ouest de Saint-Domingue
• L’abbé Guillaume Thomas Raynal, (1713 - 1796)
Ce terrible texte a été publié par l’abbé Guillaume Thomas Raynal en 1780 et réfère au séisme de 1770 qui
détruisit la ville de Port-au-Prince, trente ans après celui
de 1751. Raynal participe ardemment à la polémique
qui fit rage autour du choix de reconstruire la capitale
de la Colonie de Saint-Domingue à cet emplacement
souvent frappé par des séismes. Ce texte a été retrou-
vé lors de recherches documentaires sur l’histoire de la
ville de Port-au-Prince. Nous le soumettons à l’appréciation de nos abonné(e)s. Il illustre combien les études
sur le patrimoine historique peuvent nous renseigner
sur le «mode d’emploi du territoire». Déja, le séisme
précédent, «qui renversa les trois quarts des maisons
inspira l’idée de ne rebâtir qu’en bois» (: Moreau).
Le chantier de restauration du Marché Hyppolite est entré en charrette : il fonctionne
désormais : 24 heures par jour et 7 jours par
semaine.Toutes les équipes sont au travail sous
la direction vigilante et inlassable de l’ingénieur
Georges Howard, chef du chantier. Le montage du pavillon central, revêtu de sa couche
de protection a commencé. Deux des quatre
«minarets» sont déjà installés, fraîchement sortis des ateliers de restauration Arts et Ambiances de Drouillard, où une floppée d’ouvriers
les ont soigneusement restaurées. Sur la halle
Nord, les premières persiennes ont été posées
ainsi que les premières tôles de la couverture.
Toutes les conditions ont été réunies pour que
M. Denis O’Brien, propriétaire de la compagnie Digicel, qui a consenti un investissement
de l’ordre de US $ 8.000.000,00 tienne son
pari de livrer à la population port-au-princienne ce bâtiment emblématique à l’occasion
du premier anniversaire du séisme, soit le 12
janvier 2011. Maarten Boute, DG de la DigicelHaïti, inspecte régulièrement le chantier, s’assurant de sa bonne marche. Les techniciens de
l’ISPAN, l’ingénieur Elsoit Colas et l’architecte
Dorphy Léonard, adjoint à la firme de supervision technique IDCO, contrôlent les mises en
oeuvre et supervisent tous les corps de métier,
Photo : D. Elie/ISPAN , 2010.
Marché Hyppolite,
la dernière ligne droite
• Jour J-44 : Erection du pavillon central du Marché Hyppolite au 1er décembre 2010
signalant les moindres imperfections, portant,
quand il le faut, des corrections à la mise en
oeuvre de la pose des briques au scellement
des pylones. Le marché Hyppolite fut érigé en
1891 sous le gouvernement de Florville Hyppolite, président d’Haïti. Il devint, dans les an-
nées 1970, la principale attraction touristique
de la capitale haïtienne. Détruite, en partie, par
un incendie en 2008, elle fut à nouveau endommagée par le séisme du 12 janvier. Au 1er
décembe 2010, le compte à rebours pour la
livraison de l’ouvrage affiche le jour J-44...
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
riser ces ruines et d’arrêter leur dégradation. Elles précéderont les travaux de restauration de ce monument
historique ayant acquis la plus haute signification pour
la population haïtienne.
En effet, cet édifice, consacré le 20 décembre 1914,
correspond en tous points à la définition du Monument
Historique adopté en 1964 par le Conseil International
des Monuments et des Sites de l’UNESCO :
La notion de monument historique comprend la création architecturale isolée aussi bien que le site urbain ou
rural qui porte témoignage d’une civilisation particulière,
d’une évolution significative ou d’un événement historique.
Elle s’étend non seulement aux grandes créations mais
aussi aux œuvres modestes qui ont acquis avec le temps
une signification culturelle.
De plus notre pays est signataire de la Convention
du Patrimoine Mondial de l’UNESCO qui stipule que :
Chacun des Etats parties à la présente Convention reconnaît que l’obligation d’assurer l’identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission
aux générations futures du patrimoine culturel et naturel
… situé sur son territoire, lui incombe en premier chef.
La Direction générale de l’ISPAN vous réaffirme sa
pleine et entière disponibilité à vous accompagner dans
toutes démarches visant à la sauvegarde de ce bien
culturel et historique exceptionnel qu’est la Basilique
Notre-Dame de Port-au-Prince.
Recevez, Monseigneur, les salutations distinguées de
la Direction générale de l’ISPAN.
Daniel Elie
Directeur Général
cc. Marie Laurence Jocelyn Lassègue,
Ministre de la Culture et de la Communication
1
Sc : Album religieux d’Haïti
1
mezzanine surmontée d’un lourd dôme à base carrée
au niveau du choeur et d’un second clocher, intégrant
sa façade est, ont très probablement été à l’origine des
dommages causés par le séisme du 12 janvier 2010.
Ces structures en béton armé beaucoup plus rigides
ont dû transmettre de violentes ondes de chocs aux
murs de la structure ancienne et provoquer ainsi l’effondrement de la façade principale de l’édifice.
Après la chapelle Saint-Louis, Roi de France, l’église
Saint-Joseph de la Croix-des-Bossales, l’église du Perpétuel-Secours du Bel-Air et la petite chapelle de l’école
du Sacré-Coeur, l’église du Sacré-Coeur de Turgeau est
le cinquième lieu de culte catholique, construit après le
Concordat, à être rasé, suite aux dommages causés par
le séisme du 12 janvier 2010.
Ouverture de l’AIPPC-ISPAN
Au début du mois d’octobre denier, l’ISPAN a ouvert
le bureau d’Appui aux Initiatives de Préservation du
Patrimoine Culturel ayant pour cigle AIPPC/ISPAN Ce
projet est financé par les Fonds de l’Ambassadeurs des
États Unis d’Amérique pour un montant total de U.S. $
254.930,00. Le chèque avait été remis à l’ISPAN le 17
septembre 2010, au cours d’une cérémonie qui s’est
déroulée à la Citadelle Henry (Voir Bulletin de l’ISPAN
No 17, 1er octobre 2010).
La création de cette unité est conforme à l’objectif
du financement reçu qui est de développer les capacités de l’ISPAN afin de commencer le processus de
l’inventaire et l’évaluation des risques sismiques pour
les monuments historiques et des bâtiments à Port-auPrince. Cette unité a également pour mission d’appuyer
les efforts de l’institut dans l’élaboration de projets de
préservation et de mise en valeur des monuments historiques ainsi que dans la recherche de financement
et de suivi.
Adresse électronique : aippc.ispan@gmail.com
• M.-H. Cauvin,. Collection particulière
Démolition des ruines
de l’église du Sacré-Coeur de Turgeau
Le curé de la paroisse de Turgeau, Père Hans Alexandre, a fait procéder à la fin du mois d’octobre à la démolition des ruines de l’église du Sacré-Coeur. Dans
une lettre adressée à la DG de l’ISPAN en date du
25 octobre 2010, le curé a fait savoir que «le Conseil
s’estime heureux de voir son église avoir une si haute
considération aux yeux de l’ISPAN. Mais, il croit préférable, vu l’état des choses, d’opter pour une reproduction
externe du bâtiment en lieu et place d’une conservation.»
On se rappelle que le Bureau du Représentant résidant de l’UNESCO avait financé, au mois de mars dernier, un clôture de protection du monument historique
(voir BULLETIN DE L’ISPAN No 11, 1er avril 2010),
sauvant provisoirement l’édifice des actes de vandalisme dont il était menacé. Cette démolition a été réalisée alors que les techniciens de l’ISPAN effectuaient les
relevés architecturaux du monument historique ainsi
que les premières expertises en vue de sa restauration intégrale. Oeuvre de l’architecte haïtien Georges
Baussan, cet édifice centenaire entièrement construit
en briques avec une ossature de bois portait le témoignage de l’implantation de l’église catholique en Haïti
suite à la signature du Concordat signé entre Haïti et le
Saint-Siège à Rome, en 1860, sous la présidence de Nicolas Geffrard. Le savant appareillage des briques de ce
monument historique était exemplaire et constituait un
témoignage éloquent sur la qualité de la main d’œuvre
des ouvriers maçons haïtiens, au début de XXème siècle. De malheureux ajouts en béton réalisés par la suite
ont sensiblement modifié l’architecture intérieure ainsi
que la silouhette du bâtiment : l’aménagement d’une
2
• 1. l’église du Sacré-Coeur de Turgeau au début du XXème siècle
• 2. Les parties ajoutées : le second cloher, le dôme
et la mezzanine) à structure en béton armé
La DG de l’ISPAN écrit à l’Administrateur apostolique sede plena d’Haïti
Monseigneur Joseph Lafontant
Administrateur Apostolique sede plena
Archidiocèse de Port-au-Prince
Port-au-Prince, le 24 novembre 2010
Monseigneur,
La Direction générale de l’Institut de Sauvegarde du
Patrimoine National vous présente ses compliments et
à l’avantage de vous informer qu’elle appuie et encourage toutes les initiatives visant à rechercher les voies
et moyens pour réaliser les mesures conservatoires des
ruines de la Basilique Notre-Dame de Port-au-Prince,
sévèrement endommagée par le séisme du 12 janvier
2010.
Ces mesures conservatoires consisteront au nettoyage et l’élimination des débris, à la dépose des éléments dangereux ou irrécupérables et à l’étaiement et
la consolidation de la structure dans l’objectif de sécu-
2
Photo : D. Elie/ISPAN , 2010.
Photo : D. Elie/ISPAN , 2010.
• Le logotype de l’AIPPC-ISPAN : dessin stylisé de la façade
principale du Marché Hyppolite de Port-au-Prince
• 1. “La Cathédrale”, Lythographie de l’artiste haïtienne
Marie-Hélène Cauvin
• 2. Les ruines de la Cathédrale métropolitaine de Port-au-Prince
Le BULLETIN DE L’ISPAN No 19 a été réalisé par :
• Philipe Châtelain, Daniel Elie, Lionel Pressoir pour la
documentation et la rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René, Monique Rocourt-Martinez et Guerda Romain
pour la relecture et les corrections;
• Daniel Elie pour les photographies;
La direction et la distribution du BULLETIN sont assurées
par le Service de la Promotion de l’ISPAN.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 19 • 1er décembre 2010 •