(2010-04) Bilten ISPAN, No 11: Pak Nasyonal Istorik la ak menas yo
Rezime — Sa enskripsyon nan Patrimwàn Mondyal la egzije Ayiti fè. UNESCO klase pak Sitadèl, Sans-Souci, Ramiers la an 1982, sa ki angaje Leta a, epi nimewo a mete menas yo anfas valè inivèsèl eksepsyonèl la.
Deskripsyon Konple
Sa enskripsyon nan Patrimwàn Mondyal la egzije Ayiti fè. UNESCO klase pak Sitadèl, Sans-Souci, Ramiers la an 1982, sa ki angaje Leta a, epi nimewo a mete menas yo anfas valè inivèsèl eksepsyonèl la. Yon nimewo Bilten ISPAN, bilten mansyèl Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, ki parèt depi jen 2009 rive omwen novanm 2011, epi ki dokimante yon moniman, yon sit oswa yon sant istorik pa nimewo.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Photo : ISPAN 2010
numéro 11, 1er avril 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
• Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers
Citadelle, Sans-Souci, Ramiers
Les menaces
Notre vie continue…
Celle de notre patrimoine également.
Avec le souvenir du 12-janvier.
Avec la réalité de l’après-12-janvier.
Il était de notre intention, suite au numéro 8 paru au mois de décembre 2009 et consacré aux 30
années de l’ISPAN, d’initier une série d’articles de fond sur la dure problématique de la conservation du patrimoine en Haïti. Après deux numéros consacrés au séisme du 12 janvier, il nous a paru
essentiel de poursuivre cette démarche initiale tout en gardant un œil attentif sur l’actualité “post
séisme” et ses graves conséquences sur notre patrimoine.
Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers (PNH) dans le Nord, objet de toutes les
convoitises, vit actuellement une période particulièrement difficile de son histoire.
Centre de gravité du pôle touristique Nord, défini par le plan directeur du tourisme revisé, le Parc
National Historique attire, de jour en jour l’attention d’investisseurs étrangers, des tours operators,
des entrepreneurs en aménagement touristique, d’ONGs, d’associations... Des réunions, des débats,
des rencontres questionnent les éventuelles exploitations touristiques du Parc National Historique.
Quels seront les bénéfices ? Quels seront les risques?
Le BULLETIN de l’ISPAN de ce mois d’avril tente de recentrer ces débats quelque peu éparpillés en
rappellant la donnée essentielle qui trop souvent est oubliée ou ignorée : Haïti a signé puis ratifié la
Convention Internationale du Patrimoine Mondial en 1980 et le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers est un bien culturel classé Patrimoine Mondial par l’UNESCO (1982).
A ce titre, le statut du Parc National Historique fait obligation à l’Etat-Partie, en l’occurrence Haïti,
au respect d’engagements pris.
BULLETIN DE L’ISPAN, No 11, 12 pages
Pour figurer sur la liste du Patrimoine
Mondial, un bien culturel doit posséder une
«valeur universelle exceptionnelle» et satisfaire au moins un des dix critères de sélection
définis par l’UNESCO. Dans le rapport d’évaluation produit par le Conseil International
des Monuments et des Sites (ICOMOS) en
mai 1982, la Citadelle Henry est perçue à la
fois comme «un ouvrage militaire et un manifeste politique et constitue l’un des meilleurs
témoins de l’art des ingénieurs militaires au
début du XIXe siècle».
La description du Conseil est éloquente
et met en exergue la beauté et la complexité
de cette construction militaire.
«Ses plans seraient dus à l’Haïtien Henri
Barré, mais il est probable que la part prise par
le général Christophe à leur élaboration fut
Sommaire
• Citadelle Sans-Souci, Ramiers. Les menaces
• Les Casernes Dessalines détruites
• Chronique ....
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 1
Photo : ISPAN 2010
• Le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, vue de la Citadelle Henry.
A dr. la Batterie Coidavid et la crête du Bonnet-à-l’Evêque. Au fond, la silouhette du morne du Cap.
par des eaux de ruissellement qui lui donnent
un aspect ruiniforme ; de massifs volcaniques
(morne Jérôme, morne Ginette...) entaillés de
nombreuses ravines qui descendent au Nord
vers Milot et au Sud longeant la vallée de Brostage, dépression plate qui est le passage obligé
entre le Nord du pays et l’intérieur, formant la
passe du Dondon.
Le Parc Naitonal Hisorique se trouve ainsi
à une charnière entre l’espace-plaine côtier et
l’espace-montagne à l’intérieur. Le choix de
construire la Citadelle Henry sur des sommets
répond à une logique stratégique de protection intérieure qui se différencie de la défense
côtière héritée de la colonisation française,
qui elle, érigeaient ses ouvrages de défenses
essentiellement le long des côtes. La Citadelle
Henry, le site fortifié des Ramiers et le site du
Palais de Sans-Souci ont fait entrer ces mon-
tagnes dans l’Histoire universelle. L’impression
ressentie par le visiteur en présence de ces
monuments résulte, certes, de leur qualité,
mais aussi de leur environnement grandiose
où la noblesse des formes naturelles et l’architecture s’harmonisent en une unité paysaOCEAN ATLANTIQUE
gère remarquable. La volonté
de préserver cet
écrin naturel des réalisations du roi Christophe
fut à l’origine de la création du Parc National
Historique qui, à partir de ces grandes lignes
GOLFE DE LA GONAVE
d’idées,
s’est doté d’objectifs bien définis :
• Culturels : préservation et mise en valeur
des zones monumentales (Citadelle, Ramiers,
Sans-Souci).
• Paysagers : protection et mise en valeur des
milieux caractéristiques
de CARAIBES
cette région : morMER DES
nes volcaniques, mornes calcaires, vallées...
• Humains : amélioration des conditions de vie
dans la région.
FICHE SIGNALETIQUE AU PATRIMOINE MONDIAL (UNESCO)
Etat-partie : République d’Haïti
Nom du bien : Parc National Historique Citadelle Sans-Souci Ramiers
Critères d’inscription : (iv) et vi)
(iv). offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou
technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ;
(vi). être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes,
des idées, des croyances ou des oeuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle.
Coordonnées géographiques : 19˚34’ 24.996” N / 72˚ 14’ 39.012” O
Date d’inscription sur la liste du Patrimoine Mondial : 1982
Organisation responsable : Institut de Sauvegarde du Patrimoine National ( ISPAN)
Ministère de la Culture et de la Communication (MCC)
« Ce bien offre l’exemple imminent d’un type de structure illustrant la situation historique d’Haïti
au lendemain de son indépendance. L’éphémère république de Jean Jacques Dessalines revêt une
signification historique universelle. C’est le premier État fondé à l’époque contemporaine par des
esclaves noirs ayant conquis leur liberté. »
Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 2
Photo : ISPAN 2010
prépondérante : les corps avancés, remarquablement articulés pour permettre un emploi
intégral des possibilités de l’artillerie, un système très élaboré de canalisations et de citernes,
des murailles colossales devaient rendre cette
Citadelle inexpugnable».
Dans son argumentaire, l’ICOMOS qualifie le Palais de Sans-Souci de «bizarre beauté»,
due non seulement à «un accord exceptionnel
avec le site montagneux mais aussi au recours
à des modèles architecturaux divers et réputés
inconciliables».
«D’ailleurs la description du Palais de
Sans-Souci renvoie au rêve : les escaliers baroques et les terrasses classiques, les jardins
étagés où passent les souvenirs du Postdam et
de Vienne, les canaux et les bassins librement
inspirés de Versailles donnent à la création du
roi mégalomane une indéfinissable valeur onirique».
En ces termes, l’ICOMOS a donné un avis
favorable en se fondant essentiellement sur
deux critères de la Convention du Patrimoine
Mondial (Voir encadré).
Ces deux critères ont permis le classement d’une vaste aire géographique au titre
de «Patrimoine Mondial de l’Humanité», sous
le nom officiel de «Parc National Historique
- Citadelle, Sans-Souci, Ramiers».
Le Parc National Historique
Situé dans la partie septentrionale de la
République d’Haïti, le Parc National Historique
s’inscrit dans la zone centrale des massifs du
Nord qui se prolongent en République Dominicaine. Il s’étend, dans le département du
Nord, sur trois communes : celle de Milot, celle
de Dondon et celle de la Plaine-du-Nord. Il est
caractérisé par une structure morphologique
complexe formés de massifs calcaires aux pentes abruptes à l’Ouest (la chaine du Bonnet-àl’Evêque), au Sud (le morne Ka-Madi), rongés
Océan Atlantique
PNH
MILOT
Palais de Sans-Souci
T
Morne Jérôme
Bégot
AIN
E
DU
PLAINE-DU-NORD
CH
MILOT
Cabaret
MILOT
Grand-Boucan
Palais de
Sans-Souci
Choiseul
Morne Ginette
Porte Saint-Jacques
DONDON
1
RN
Ramiers
00
Carrefour Sèze
Grand-Gouffre
VALLEE
DONDON
STAGE
Ramiers
Citadelle Henry
DE BRO
Citadelle Henry
GRANDE-RIVIERE
Ka Nadi
• Localisation du parc
• Le parc réparti sur quatre communes
• Ortho-photo du parc
La complexité des problèmes, le souci
de mener une action efficace et d’éviter la
dispersion, ont conduit à limiter sa superficie
à environ vingt-cinq kilomètres carrés. Cette
délimitation a été établie à la suite d’une mission de l’UNESCO menée par Yves Renard en
1983. En l’absence de toute législation nationale, ce sont les propositions de Renard qui
constituent jusqu’à aujourd’hui les références
spatiales pour le parc, à savoir une aire d’environ comprenant le parc proprement dit et sa
zone périphérique, dite zone-tampon.
Le Parc National Historique se trouve
ainsi délimité au nord par le site de Sans-Souci,
de la route d’accès à la Citadelle Henry jusqu’à
la ravine Brisement ; à l’Ouest par le versant
ouest de la chaîne du Bonnet-à-l’Evêque jusqu’au Grand-Gouffre, (côte d’altitude comprise entre les 500 et 600 mètres). A l’Est, le parc
coupe la vallée de Brostage, près du bourg de
Dondon entre les mornes Godignant et Bellevue. Au Sud, il longe les crêtes des mornes
Corneille, Ginette et Jérôme.
Carte : ISPAN 2010 • Sc. : M. Oriol / CNIGS 2009
Carte : ISPAN 2010 • Sc. : M. Oriol / CNIGS 2009
Morne Grand-Gilles
BO
N
NE
Mer des Caraïbes
Morne Bellevue
DONDON
• Le Parc National Historique Sans-Souci, Ramiers
Les monuments historiques
Le parc enserre les principaux monuments historiques «christophiens».
En premier lieu, la Citadelle Henry,
construite à 900 m d’altitude, est la plus grande
forteresse des Caraïbes. Elle a été érigée selon
une ordonnance de Dessalines après l’Indépendance d’Haïti (1804) pour défendre la partie nord de l’île contre un éventuel retour des
Français. 20.000 personnes participèrent aux
travaux de construction qui durèrent quatorze
années. Sa défense est complétée par le site
fortifié de Ramiers, formé de quatre redoutes
entourant un vaste complexe résidentiel et militaire dit “Palais de la Reine”.
Le Palais de Sans-Souci constitue un
grand ensemble architectural, répondant à la
nécessité de concentrer autour de la résidence
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 3
royale, l’essentiel des fonctions administratives
de la nouvelle monarchie. Le chantier débuta
en 1811 et fut achevé en 1815. Entouré de
massifs montagneux couverts d’une végétation
luxuriante, l’ensemble était agrémenté de jardins, de bassins et de fontaines.
Les monuments historiques du parc ont
été inscrits par la suite sur la liste du Patrimoine
National par arrêté en date du 23 Août 1995.
Le territoire du parc est témoin d’un
processus historique à portée universelle.
Ses monuments ont été érigés pour protéger
l’indépendance d’Haïti, premier État fondé à
l’époque contemporaine par des esclaves victorieux. C’est précisément pour cette raison
que le parc a été classé Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO.
Ce statut de Patrimoine Mondial fait obligation à l’Etat partie de la Convention du Patrimoine Mondial de prendre en charge le parc
selon les articles 4, 5, 6 et 7 de ladite Convention. L’Institut de Sauvegarde du Patrimoine
National (ISPAN) , organisme autonome placé
sous la tutelle du Ministère de la Culture et de
la Communication (MCC) est l’agence gouvernementale qui, de sa création en 1979 à nos
jours, gère des destinées de ce parc.
De 1979 à 1990, avec la collaboration
soutenue et fondamentale de l’UNESCO et
du PNUD, l’Institut a réalisé un ensemble de
travaux de conservation et de mise en valeur
des monuments du parc, qui sont parvenus à
les sauver d’une destruction irréversible.
De nos jours, le Parc National Historique
Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, limitrophe à
deux agglomérations urbaines en pleine expansion, Milot et Dondon, est soumis à une
forte pression démographique. Le parc a également été localisé dans une zone définie par
le Plan Directeur du Tourisme comme un pôle
touristique prioritaire. Ce qui crée potentiellement des intérêts financiers dont les revers
non contrôlés peuvent constituer de graves
menaces.
Vingt-cinq années après son inscription
sur la liste du Patrimoine de l’Humanité, le Parc
National Historique - Citadelle, Sans-Souci, Ramiers fait face à de nouveaux défis d’envergure
qui décideront de son avenir.
Rappel
À la mort du roi Henry 1er, le 8 octobre 1820, le pillage du Palais et l’abandon de la
Citadelle Henry et du site fortifié de Ramiers
déclenchèrent un mécanisme de la destruction qui se poursuivit dès lors dans l’indifférence et dans l’oubli des hommes, alimenté
par le mythe d’Henry Chrisophe. En 1842 un
terrible tremblement de terre, dont l’épicentre
situé non loin de la côte nord d’Haïti, ruina en
grande partie le Palais de Sans-Souci, ébranla la
Citadelle Henry en endommageant gravement
la Batterie Coidavid. Puis pendant plus de trois
quarts de siècle, «le martèlement incessant
• Le Palais de Sans-Souci en 1871. La toiture du corps principal du Palais du Roi encore en place.
• La première gravure de la Citadelle Henry, publiée en 1881, par Edgard La Selve
des eaux de pluie s’infiltrant à travers fissures
et lézardes, l’érosion lugubre du vent, l’assaut
silencieux de la végétation et les rapines des
hommes, investirent inexorablement ces ruines désertées» .
En 1934, le gouvernement du Président
Sténio Vincent fit entreprendre des travaux de
nettoyage et de mise à jour des vestiges tant
au Palais de Sans-Souci qu’à la Citadelle Henry.
Pour la première fois des relevés assez complets des plans de ces édifices sont dressés et
l’on procéda à la reconstruction de la chapelle
de Milot.
En 1940, la première loi organique pour la
protection des Sites et Monuments historiques
fût promulguée.
Mais, de nouveau, la vigilance se relâche,
la dégradation recommence, s’aggrave. Il faut
attendre le début des années 50 pour une
nouvelle intervention de restauration. Des travaux partiels de consolidation structurelle, de
réfection et de rejointoiement de murs, de colmatage de fissures et de reprise des surfaces
de terrasses sont entrepris au Palais de SansSouci et à la Citadelle Henry. L’engouement
touristique pour la visite de ces monuments
historiques suscite une relative continuité dans
l’entretien, mais l’absence de la mise en place
d’une organisation permanente spécialement
consacrée à cette tâche laisse la voie libre à la
dégradation qui, de nouveau et, très vite, s’aggrave. (Voir BULLETIN DE L’ISPAN No 9)
Ce n’est que sous le gouvernement du
Président Jean-Claude Duvalier qu’est envisagée une approche systématique de l’ensemble
des problèmes de sauvegarde des monuments,
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 4
en accord avec les normes scientifiques internationales. En 1973 un projet conjoint du gouvernement d’Haïti et de l’OEA réalise l’étude
préliminaire des problèmes de protection, de
sauvegarde, de restauration appropriées de
l’ensemble monumental du Palais de Sans-Souci, de la Citadelle Henry et du site fortifié de
Ramiers. L’étude fut dirigée par le Service de
Conservation des Sites et Monuments Historiques d’Haïti, sous la direction de l’architecte
haïtien Albert Mangonès. Cette étude bénéficia de l’aide précieuse et de l’assistance technique de l’Organisation des Etats Américains
(O.E.A.).
Ce travail préliminaire a permis de
constituer en 1974 le dossier-cadre de l’état
de dégradation avancée de ces monuments
historiques, de présenter une documentation
graphique méticuleuse, des relevés précis des
structures existantes, accompagnés de descriptions détaillées des dommages techniques
et de l’analyse des causes de ces dommages.
On en a tiré la formulation de propositions d’ensemble pour enrayer la dégradation
des ruines, organiser une action graduelle de
restauration de ces monuments et projeter
une gestion cohérente de l’utilisation de ces
hauts lieux de notre Patrimoine National.
Cette première action polarisa graduellement l’intérêt des organismes étrangers nationaux et internationaux spécialisés. En 1976,
Léopold Senghor, Président du Sénégal, après
une visite officielle des monuments christophiens qu’il réalisa comme « un pèlerinage aux
sources vives de la négritude », apporta une
contribution de US $ 60.000,00 à la constitution d’un fonds consacré à la restauration du
Palais de Sans-Souci et de la Citadelle Henry.
Au cours du mois d’août 1977, le gouvernement de Duvalier, face à la gravité du
problème, choisit d’engager sans équivoque sa
responsabilité pour assumer à la fois les travaux essentiels de protection, d’actualisation
et d’approfondissement des études techniques
pour sauver et mettre en valeur ces éléments
exceptionnels du Patrimoine de la Nation.
Le 8 octobre 1977 marque la date officielle de l’ouverture du projet de restauration
des monuments christophiens du Nord, doté
d’un budget annuel d’opération de l’ordre de
US $ 360.000,00,
Répondant aux démarches du Gouvernement haïtien, l’UNESCO manifesta un intérêt
soutenu pour le projet de sauvegarde du Palais
de Sans-Souci, de la Citadelle Henry et du site
fortifié des Ramiers. En 1978 la visite du Directeur Général de cette institution, M. Amadou
Matar M’Bow, donne une impulsion décisive à
la coopération internationale dans ce domaine,
par l’apport de missions d’experts, d’une aide
financière substantielle pour l’acquisition de
matériel et d’équipement. C’est également au
cours de cette année que le projet de restauration des monuments du Roi Christophe est
inscrit sur la liste des projets susceptibles de
bénéficier d’une campagne de solidarité internationale sous l’égide de l’UNESCO.
En 1979, le gouvernement d’Haïti crée
l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) sous la direction de l’Architecte
Albert Mangonès, initiateur du projet de restauration. L’ISPAN est, désormais, l’organisme
officiel ayant à charge la définition de la politique de protection du Patrimoine National
d’Haïti ainsi que le programme de restauration
du Palais de Sans-Souci, de la Citadelle Henry
et du site fortifié de Ramiers, programme dont
le budget d’opération est désormais inscrit au
budget régulier de développement national (Le
programme d’investissements publics [PIP]).
Des missions d’experts financées conjointement par l’UNESCO et le PNUD ont apporté une contribution précieuse à la programmation des travaux, ainsi qu’une aide financière du
PNUD, de l’ordre de US $ 100.000,00, pour
l’acquisition d’équipement et de matériel indispensables au projet.
C’est également au cours d’une de ces
missions en 1979 qu’a été établi un accord de
principe entre l’UNESCO et les services de
l’UNESCO pour un plan d’action d’une campagne internationale pour la protection, la préservation, la restauration et la mise en valeur
du Palais de Sans-Souci, de la Citadelle Henry
et du site fortifié de Ramiers. Ce plan d’action
a été ratifié par le Gouvernement d’Haïti.
De 1980 à 1990, les travaux de restauration et de mise en valeur de ces monuments
historiques se concentrèrent sur la mise hors
d’eau de la Citadelle Henry et la stabilisation
des ruines du Palais de Sans-Souci.
Pour la gestion du Parc, mise à part de
nombreuses études et recherches réalisées, le
Projet ISPAN/PNUD/UNESCO réalisa la route
Milot - Choiseul (au lieu-dit Parking) et le chemin Choiseul - Citadelle. Les deux ouvrages furent revêtus d’une chaussée de maçonnerie de
moellons, s’intégrant parfaitement au paysage.
En 1989, peu avant la fin du Projet, la mission d’évaluation du PNUD conclut :
La Mission supporte sans restriction l’approche globale et interdisciplinaire entreprise jusqu’à
ce jour dans le domaine de la préservation, de la
restauration et de la mise en valeur de la Cita-
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1. Le sol non imperméabilisé du Palais du Roi à Sans-Souci laissant infiltrer l’eau de pluie
dans les fondations
2. Lavoir public au abord de l’enceinte du Palais du Roi à Sans-Souci
3. Constructions sur l’emprise du site de Sans-Souci
4. Déjointoiement des briques et des pierres à la base des murs du Palais du Roi
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 5
Photos : ISPAN 2010
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valeur universelle exceptionnelle retenu pour
leur classification et satisfaire un cahier de
charges soumis aux responsables des dits biens
culturels. Ce processus doit être achevé avant
la date butoir de juillet 2013. Autrement dit
pour conserver son statut de Patrimoine mondial, le Parc National Historique devra répondre à une série de conditions impliquant un
ensemble d’actions qui doivent être entrepris
dans les meilleurs délais en vue de sa mise aux
normes de la Convention du Patrimoine Mondial. Parmi ces actions, citons la cartographie
du parc, son bornage légal, la définition légale
de son statut, son zonage, son plan d’utilisation
du sol, son plan de gestion, etc.
En fait, l’ISPAN a su, au long des dernières décennies, tant bien que mal conserver les
monuments historiques dans un état appréciable. Mais il en est tout autrement pour le cadre
environnemental et naturel du Parc National
Historique, soumis à des menaces se précisant
de jour en jour.
Quoique ces facteurs de détérioration
soient liés par des relations de cause à effet,
nous énumérerons en vrac quelques uns affectant actuellement l’intégrité et l’authenticité du
Parc National Historique et qui risquent de remettre en cause les critères de valeur universelle exceptionnelle qui l’ont permis de figurer
sur la liste du Patrimoine Mondial :
L’urbanisation incontrôlée
Un rapport d’experts de l’UNESCO, produit suite à une mission réalisée en 2006 se
prononce sur l’état de dégradation du Parc
dix-huit années après la fermeture du projet
en 1990. Ce rapport décrit la menace qui pèse
sur le Parc National Historique en ces termes:
La ville de Milot s’est développée énormément à partir des années 70, en partie à cause
de l’arrivée des travailleurs impliqués dans la
campagne de sauvegarde de la Citadelle. Il faut
préciser que, dès 1955, un rapport d’experts avait
annoncé la croissance de la ville, mais qu’aucune
mesure ne fut prise pour endiguer ce phénomène.
Aujourd’hui la petite ville de Milot s`étend sur le
territoire du parc…
… L’architecture et l’environnement de Milot se dégradent progressivement en raison de la
construction de nouveaux logements qui menacent l’intégrité visuelle de l’accès à Sans-Souci et
commencent à s’étendre à l’intérieur du parc en
utilisant parfois les structures historiques ellesmêmes…
… Environ 40 logements ont été bâtis de
manière anarchique aux abords de Sans Souci,
dont 70 % d’entre eux avec des matériaux et un
style contemporains qui portent atteinte à l’architecture unique et traditionnelle du site, progressivement substituée par des constructions en béton
armé, peu esthétiques et qui ne sont pas reliées
aux réseaux d’eau, d’électricité, et d’égouts, augmentant ainsi la pollution environnementale…
La combinaison de phénomènes migratoires, de déstructuration de l’économie
agricole et l’absence de contrôle municipal du
développement des agglomérations de Milot
et de Dondon favorisent l’établissement de
nouvelles zones de logements le long des rares
infrastructures routières existantes, la pollution
par des déchets solides et l’extraction anarchique de matériaux de construction.
Des constructions anarchiques poussent
le long de la route Milot-Choiseul et la ville
de Dondon s’accroit en direction de Carrefour-Seize, dans la vallée de Brostage. Ces extensions urbaines se situent en plein dans le
périmètre du Parc National Historique.
Agriculture libre et déboisement.
Les deux phénomènes sont intimement
liés. La pratique des cultures sarclées nécessitant un fort pourcentage d’ensoleillement
(maïs, haricots, patates douces, etc.) incite ainsi
* Les critères de sélection d’un bien culturel au rang de
Patrimoine Mondial peuvent être consultés à la page
WEB : http://whc.unesco.org/fr/critères/
Photo : ISPAN 2010
delle, du Palais de Sans-Souci et du site fortifié de
Ramiers dans le cadre du Parc National Historique et reconnaît la nécessité de poursuivre cet
effort sans relâche.
En 1990, à la fin du Projet, les monuments historiques du Parc sont pratiquement
mis hors de danger. Cependant, à cause de
troubles politiques sévères que connut Haïti
durant la décade 1990 - 2000, le Parc National Historique et ses monuments historiques
furent pratiquement laissé à l’état d’abandon,
mis à part quelques interventions sporadiques
dues essentiellement à l’initiative des techniciens de l’ISPAN.
Menaces pour l’authenticité
Menaces pour l’intégrité
L’UNESCO considère qu’un bien culturel
possède une valeur universelle exceptionnelle
si ce bien répond à des critères bien précis *
permettant son classement sur la liste du Patrimoine Mondial. Dans le cas du Parc National
Historique, ce sont les critères suivants qui ont
permis sa classification en 1982, suite à une
recommandation du conseil International des
Monuments et des sites (ICOMOS) :
Critère (iv) : offrir un exemple éminent d’un
type de construction ou d’ensemble architectural
ou technologique ou de paysage illustrant une ou
des périodes significative(s) de l’histoire humaine;
Critère (vi) : être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions
vivantes, des idées, des croyances ou des oeuvres
artistiques et littéraires ayant une signification
universelle exceptionnelle.
En décembre 2009, le Centre du Patrimoine Mondial, organisme de l’UNESCO
chargé de la gestion des bins culturel inscrits
sur la liste, a entrepris un inventaire rétrospectif
des monuments classés au patrimoine mondial
en Amérique Latine et dans la Caraïbe (LAC).
En fait, pour rester sur la liste du Patrimoine
Mondial, les sites classés de la région LAC doivent être réévalués en fonction des critères de
• Le Quartier des Officiers (au fond) et la cour centrale de la Citadelle Henry
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 6
Photo : ISPAN 2010
• A dr., la vallée de Brostage que surplombe la Citadelle Henry et où passera la RN 003.
À noter le dénuement des terres autour de la Citadelle Henry et du site fortifié de Ramiers
l’abattage systématique des arbres, entraînant
à leur tour la dégradation du site. Selon un récent rapport réalisé fin 2009 par Michèle Oriol
sur le PNH : «Le système agraire est présent
dans tous les éléments de dégradation de l’environnement identifiés dans des système du même
type à travers le pays : coupe de bois, élevage
à la corde de bovins et de caprins, élevage libre
sur les terres de l’Etat, production de charbon,. ...
La partie la plus dégradée de l’espace est justement la partie centrale du parc telle que définie
par Renard, l’espace «monumental» autour de la
Citadelle Henry, des Ramiers et de sans-Souci et
les sommets du Bonnet-à-l’Evêque, tous propriété
de l’Etat haïtien.»
A cela il convient d’ajouter, le besoin en
énergie de plus en plus croissant à Milot et
à Dondon, voire le Cap-Haïtien, conduisant
également à l’abattage d’arbres en vue de la
production de charbon de bois.
La pollution
La production des déchets affectant le
Parc est du essentiellement aux visiteurs arrivant par Milot, notamment lors de grande
affluence : de la période s’étalant de janvier
au mois de mai avec un pic durant la semaine
sainte. Selon des chiffres non confirmés le Jeudi-Saint la Citadelle Henry et le Palais de SansSouci accueilleraient, pour cette seule journée,
25.000 personnes. Depuis 2006, des festivals
de musique (méga concerts) sont organisés
à Milot, drainant vers les monuments historiques une population importante de jeunes,
sans encadrement, sans dispositif didactique et
sans dispositif d’accueil. Le Parc National Historique n’est pas pourvu de système de gestion d’ordures. Les mesures infimes prises par
l’ISPAN pour tenter de palier à ce phénomène
demeurent presque sans effet : pose de trois
poubelles à la Citadelle Henry et d’une poubelle au Palais de Sans-Souci, embauchage de
gardiens, de techniciens de surface, en nombre
nettement insuffisant...
Extraction de matériaux
Il s’agit strictement de pierres calcaires,
en abondance dans le parc. Trois paramètres
identifiés sont à l’origine de l’ouverture de ces
sites d’extraction. En premier lieu, la demande
en matériaux de construction se fait de plus
en plus croissante dans les villes de Milot et de
Dondon. Puis, l’aggravation de la pauvreté dans
ces villes mène à exploiter tout produit susceptible de pourvoir à des revenus immédiats.
Enfin, l’accessibilité par l’infrastructure routière
carrossable du parc aux sites d’extraction de
matériaux de construction rend aisé ce type
d’exploitation.
La construction de la RN-003
Le Gouvernement haïtien a récemment
signé un accord de financement avec l’Union
Européenne pour de la réalisation du tronçon
Hinche-Cap-Haïtien. Ces travaux permettront
d’achever la réhabilitation totale de la RN 003
reliant Port-au-Prince au Cap-Haitien. Ce projet, capital pour le développement des départements du Nord, du Nord-Est et du Centre,
est parvenu au stade de passation de marché.
Six kilomètres de cette route traverseront
le parc par la vallée de Brostage. Des études
d’impacts de ce projet ont été réalisées antérieurement, mais sans tenir compte du parc
et de son statut exceptionnel de Patrimoine
Mondial.
Une fois achevée, cette route, plus courte
de 50 km que la RN 001, recevra, en plus du
trafic local régénéré, la totalité du trafic routier de la RN 001 reliant actuellement le CapHaïtien à Port-au-Prince . De plus, passant par
la ville de Dondon, elle servira de support au
développement sauvage que connaît déjà l’urbanisation de cette ville en direction du parc.
Par ailleurs, ce tronçon de la RN 003, tra-
versera la vallée de Brostage, sur laquelle la
Citadelle Henry offre une vue panoramique,
une des principales composantes du critère
(iv) qui a permis le classement du parc au titre
de Patrimoine mondial. Cette vallée, dont le
zonage est toujours inexistant, sera désormais
à moins de 45 minutes du Cap-Haïtien. Ce qui
engendrera d’énormes pressions foncières et
mènera à l’occupation incontrôlée de cette
importante partie du parc.
Les effets pervers du tourisme
La proximité du port de croisière Labadie (situé à 20 km du parc) qui reçoit chaque
semaine une bonne dizaine de milliers de
croisiéristes, crée une forte demande pour
une exploitation accrue du Parc. La construction prochaine de la route touristique reliant
l’Acul à Milot, permettant d’éviter la ville du
Cap-Haïtien et ses insolubles problèmes, est
l’expression concrète de cette pression. Cette
route, financée par l’Agence Internationale des
Etats-Unis d’Amérique pour le Développement (USAID) est en cours de construction.
L’étude de ce projet n’est également pas accompagnée d’étude d’impacts sur le Parc National Historique.
De plus, la demande touristique en visite
guidée pour le parc et ses monuments historiques ne cesse de s’accroître en provenance
de la République Dominicaine, notamment de
la côte nord, où ce sont implantés plusieurs
chaînes d’hôtels internationales.
Le Ministère du Tourisme s’est doté en
2008 d’un plan directeur pour le Nord d’Haïti,
considéré par ce secteur comme priorité première. Dans ce plan, dans lequel des projets
d’architecture ont été identifiés, il est prévu
bon nombre d’aménagements, tel un centre
d’accueil à Sans-Souci, l’aménagement d’un
parc de stationnement à Choiseul (à mis chemin entre la Citadelle Henry et le Palais de
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 7
Photo : ISPAN 2010
• La charpente de la Batterie Royale exposée aux violents vents d’Est
Sans-Souci), un plan d’aménagement de la Citadelle Henry, incluant des boutiques, des salles
d’exposition, des musées, etc. Ces projets sont
proposés sans une évaluation des impacts et
des conséquences sur les monuments historiques et sans considération aucune des chartes
et recommandations internationales (Charte
de Venise, Convention du Patrimoine Mondial,
Charte Internationale du Tourisme Culturel,
Document de Nara, l, etc.).
Les catastrophes naturelles
Les dommages causés par les perturbations atmosphériques affectant Haïti durant
ces dernières années ne sont pas dus aux
vents mais plutôt aux pluies qui en général
les accompagnent. Après un certain nombre
d’heures d’averses, les sols rendus instables
par le déboisement deviennent saturés, provoquant des glissements de terrain, des coulées
de boue et des inondations. La situation actuelle du Parc ne fait pas exception à ce processus, eu égard à sa topographie mouvementée,
sa géologie et le déboisement accéléré dont
il est soumis. Une dégradation de la situation
actuelle par palier exponentiel dans les prochaines années est à prévoir si aucune mesure
n’est prise. De toute manière, le parc et ses
monuments historiques ne sont pas pourvus
de système de prévention contre les risques
de désastres naturels (cyclone, séisme, etc.).
Par ailleurs, il faut signaler que la Citadelle
Henry est située dans une zone, qui face à
l’Océan Atlantique, est soumise quotidiennement à l’effet de Foehn occasionnant périodiquement des tempêtes. Les dommages subis
par les toitures de la Batterie Coidavid et de
la Batterie Royale, pleinement exposées aux
vents de l’Est, n’ont pas attendu les périodes
cycloniques pour subir des désordres.
Le séisme du 12 janvier dont l’épicentre
a été localisé à 17 km de Port-au-Prince, n’a
été que faiblement ressenti dans la partie nord
d’Haïti. Cependant, la côte nord longe une importante faille sismique qui causa le terrible
tremblement de terre de 1842. Ce séisme
endommageat gravement le Palais de SansSouci, le réduisant, à peu de chose près, aux
ruines que nous connaissons aujourd’hui, causa
la déstabilisation des principales structures de
la Citadelle Henry et fissura profondément
le bastion Coidavid. Une étude sur les réactions de ces ruines face aux secousses telluriques s’avère indispensable afin d’y porter des
contreventements et autres ouvrages antisismiques que requiert leur fragile stabilité
Dans le cas de Sans-Souci, les principaux
murs du Palais du Roi, s’élevant sur plus de dix
(10) mètres de hauteur pour une épaisseur
maximale de 50 cm à leur base, ont perdu depuis fort longtemps, les solives des planchers
qui jouaient le rôle de tirants, participant à la
stabilité générale de l’édifice. Des travaux délicats de contreventement des murs par structures ajoutées seraient à prévoir. Enfin, l’infiltration d’eau de pluie au Palais du Roi ruisselant
au travers du parquet non revêtu de pavage
engendre des poussées excédentaires tendant à déstabiliser les murs du sous-sol et les
fondations. Une expertise structurelle, suivie
d’interventions appropriées serait nécessaire à
ce niveau. On se rappelle que l’ISPAN avait du
entreprendre en toute urgence des travaux de
stabilisation de l’escalier monumental du Palais du roi qui menaçait de s’effondrer sous le
poids des remblais destabilisés par l’infiltration
des eaux de pluie (voir BULLETIN DE L’ISPAN
No 9)
Arrêt des chantiers
L’arrêt des chantiers de restauration
en 1990, suivi du non-financement par l’Etat
haïtien des coûts récurrents à ces travaux a
entraîné un arrêt brusque de leur entretien
général. Des signes de dégradation manifestes
ont été observés.
A la Citadelle Henry, la dégradation du
système d’évacuation des eaux pluviales de la
toiture du Quartier des Officiers et celle de
la terrasse de la Batterie Royale, les récentes
détériorations de la couverture en bacs d’aluminium de la Batterie Coidavid sont essentiellement du au manque d’entretien.
De même, au Palais de Sans-Souci, l’absence d’entretien et de contrôle soutenu a
causé également une progressive mais sensible
détérioration des ruines : perte d’aplomb des
structures portantes, détérioration des arases
des murs, désagrégation de la maçonnerie, remontées d’eau par capillarité dans les murs,
décollement des enduis, etc.
Insécurité
Hormis la production de déchets, la fréquentation du site par des visiteurs locaux ou
des touristes étrangers draine avec elle, face à
l’inexistence de structures d’accueil, des actes
de vandalisme, tel les vols de munitions, vols
d’équipement et graffitis sur les murs.
Des rumeurs persistantes font état de
vols de projectiles. Ces faits n’ont pas été documentés. Mais il demeure certain que ces
projectiles sont une proie extrêmement facile,
compte tenu des conditions de gardiennage
du monument historique et des caractéristiques physiques du site, lui-même. Les petits
projectiles (type calibre 1, très rares), sont les
plus menacés. Enfin, les abords de la Citadelle
Henry et du site fortifié de Ramiers sont encore riches de boulets de tous types, égarés au
fil des hasards de l’Histoire.
Il est cependant utile de noter qu’à la faveur des Rencontres Fondatrices de Caraïbes
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 8
en Créations, tenues à la Citadelle Henry en
2006, l’ISPAN a pu mettre en place un système de gardiennage et d’entretien permanent
composée de six gardiens de nuit, de onze gardiens de jour et de onze techniciens de surface
affectés à l’entretien de la Citadelle, du Palais
de Sans-Souci et du site fortifié de Ramiers.
Ce nombre est malgré tout insuffisant pour le
contrôle effectif du PNH et de ses monuments
historiques.
Signalétique absente
Le parc et ses monuments historiques ne
sont équipés d’aucune sorte d’informations
immédiatement accessibles aux visiteurs. Pourtant, une abondante documentation très variée
sur les diverses dimensions (culturelles, environnementales, géographiques, etc.) du PNH
et ses monuments historique existe, archivée
dans les dépôts de l’ISPAN. Ces informations
devront êtres mis à la disposition des visiteurs
en quête d’informations sous forme d’affiches,
de dépliants, pamphlets, brochures, de plans, de
tables de lecture, de vidéo-documenaires, de
signaux logotypes, etc.
Cette absence d’information didactique
a pour effet immédiat d’augmenter le taux
d’insécurité dans le parc et facilite le vandalisme. De plus il a été constaté que, hormis
l’expérience de contact physique avec les monuments historiques du parc, le visiteur revient
de sa randonnée sans informations supplémentaires, très peu enrichi culturellement.
Une autorité pour le parc
Déclaré «zone réservée» par la loi du 7
août 1962, dénommé «parc national» par le
décret du 18 mars 1968, classé Patrimoine
mondial par l’UNESCO en 1982, le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, a,
selon les Gouvernements qui se sont succédés
en Haïti, soit bénéficié d’une attention soutenue, soit laissé dans un état de quasi abandon.
A plus d’un titre, il importe que ce patrimoine soit doté d’un plan d’aménagement et
de développement, engageant le respect des
responsabilités de l’Etat haïtien mais aussi celui
des partenaires internationaux impliqués dans
la préservation, la conservation, la restauration
de Monuments et des sites historiques, tout
particulièrement l’UNESCO et le Centre du
Patrimoine Mondial. Lieu symbolique et espace
culturel, le Parc est également un outil de développement économique pour la zone Nord
d’Haïti.
Il s’agit, à cette étape cruciale de la vie du
Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers, de réaliser scrupuleusement l’Inventaire Rétrospectif initié par le Centre du Patrimoine Mondial. Mis à part le déclassement
au rang de Patrimoine Mondial de l’Humanité,,
les Haïtiens risquent, face aux menaces qui se
précisent, de perdre le parc et ses monuments
historiques.
À cet effet, la Direction générale de l’ISPAN a conçu le projet de la mise en place
d’un bureau national du patrimoine mondial
(BNPM), tel qu’il en existe dans les autres
pays de l’Amérique latine possédant un bien
culturel inscrit sur la liste Patrimoine Mondial.
Ce bureau, interdisciplinaire et jouissant d’une
large autonomie, serait chargé de la gestion
du parc, de la réalisation de l’Inventaire rétrospectif lancé par le Centre du Patrimoine Mondial (CPM-LAC) et de la mise en œuvre de la
Convention du Patrimoine Mondial.
À ce titre, le BNPM réaliserait, en autres, la
cartographie officielle du PNH, entreprendrait
son bornage et son zonage, tout en dressant
sa carte d’utilisation du sol et définissant son
statut légal.
Dans ce cadre, le BNPM serait également
chargé de la préservation et de la mise en valeur du parc et de ses zones monumentales
en conformité avec les critères (iv) et (vi) du
Patrimoine Mondial [critère (iv)], de la protection et de la mise en valeur les milieux
caractéristiques naturels du Parc National Historique [critère (vi)]. Il s’agira également pour
cette autorité de mettre en place, d’améliorer
les conditions de vie de la population du parc
estimé à 3 000 habitants et de satisfaire les
conditions de visite de ses monuments historiques, tout en les protégeant et les mettant
en valeur.
•••
À espace exceptionnel, gestion exceptionnelle.
1
2
3
4
1. Aire de stationnement de Choiseul
2. Le clocher de Milot
3. L’église de Milot
4. Logement type des habitants du parc
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 9
Questions récurrentes
Qu’est-ce que le Patrimoine Mondial ?
Sont considéréc comme Patrimoine Mondial de l’Humanité, les biens culturels et naturels dotés d’une valeur universelle exceptionnelle. Ce sont des
biens inestimables et irremplaçables non seulement de chaque nation mais
de l’humanité tout entière. La perte, par suite de dégradation ou de disparition, de l’un quelconque de ces biens éminemment précieux constitue un
appauvrissement du patrimoine de tous les peuples du monde.
Le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont définis aux articles 1 et
2 de la Convention du patrimoine mondial.
Sont considérés comme « patrimoine culturel » :
- les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture
monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle
exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en
raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans
le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de
l’histoire, de l’art ou de la science,
- les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la
nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une
valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique,
ethnologique ou anthropologique.
Sont considérés comme « patrimoine naturel » :
- les monuments naturels constitués par des formations physiques et
biologiques ou par des groupes de telles formations qui ont une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue esthétique ou scientifique,
- les formations géologiques et physiographiques et les zones strictement
délimitées constituant l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la
science ou de la conservation,
Haïti a ratifié la Convention du Patrimoine Mondial en 1980.
Quels sont les critères pour qu’un bien soit inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial ?
Pour être inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial, le bien doit répondre à,
au moins, l’un des critères suivants :
i. représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain ;
ii. témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de
la planification des villes ou de la création de paysages ;
iii. apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une
tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue;
iv. offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble
architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine ;
v. être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de
l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture (ou de cultures), ou de l’interaction humaine avec
l’environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable
sous l’impact d’une mutation irréversible ;
vi. être directement ou matériellement associé à des événements ou des
traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et
littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle. (Le Comité considère que ce critère doit préférablement être utilisé en conjonction
avec d’autres critères);
vii. représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles ;
viii. être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de
l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus
géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou
d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ;
ix. être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques
et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques,
côtiers et marins ; contenir les habitats naturels les plus représentatifs
et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une
valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la
conservation.
Comment défini-t-on la valeur universelle exceptionnelle?
La valeur universelle exceptionnelle signifie une importance culturelle et/ou
naturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales
et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles
et futures de l’ensemble de l’humanité. A ce titre, la protection permanente
de ce patrimoine est de la plus haute importance pour la communauté internationale toute entière.
Depuis quand le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers a été inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial ?
Le Parc National Historique Citadelle Sans-Souci, Ramiers a été inscrit sur
la liste du Patrimoine Mondial en 1982, suite à une recommandation du
Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS).
Haïti a-t-il d’autres biens culturels ou naturels inscrits sur la liste du
Patrimoine Mondial ?
Haïti n’a pas d’autres biens inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial de
l’UNESCO. Cependant, en 2004, le Gouvernement haïtien a fait inscrire
le centre historique de la ville Jacmel sur la liste indicative du Patrimoine
Mondial, selon les critères (ii) et (iv) de la Convention. Le numéro de référence de cette inscription est le 1947. L’ISPAN projette de poursuivre cette
inscription au cour de l’année 2010.
Les Casernes Dessalines
détruites
C‘est dans le cadre d’une réforme en
profondeur de l’armée haïtienne que furent
construites les casernes Dessalines. Cincinnatus Leconte, nommé à la présidence de la
République en août 1911, entrepris de transformer en une armée régulière ce que « les
avatars de la politique haïtienne avaient réduite
au rang de d’armée de mercenaires » (: Corvington). La première pierre de la construction
de cet immense immeuble, « le plus beau de la
capitale », fut posée le 3 mars 1912. Le projet
fut confié à l’architecte Georges Baussan qui
exécuta l’ouvrage en seize mois mois. Entretemps, le 8 août 1912, une explosion détruisit
le Palais National, emportant Cincinnatus Leconte qui n’eut pas le temps de voir achever la
construction des casernes Dessalines.
Pour réaliser cet important édifice Baussan, utilisa des briques fabriquées à La Bauderie
de l’Arcahaie et fit venir des pierres calcaires
dures de la rivière Froide. Baussan choisit pour
l’édifice un plan en L, dont une branche suit
au Sud, sur plus de 200 mètres linéaires, la rue
Magny et, sur 70 mètres, la portion de la rue
Geffrard longeant le Champ-de-Mars. L’édifice
qui devait être pour longtemps le plus important de la capitale haïtienne, s’élève sur deux
niveaux et un étage sous combles couverte
d’une mansarde. Le choix d’un module répétitif pour la composition des façades reflète sans
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 10
D’après rapport dressé par E. Colas / ISPAN • 2010
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Photo : ISPAN • 2009
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Courtoisie de Georges Corvington
Les techniciens de l’ISPAN ont entamé le mois denier une série de rapports-constats sur les monuments historiques abimés ou détruits par le séisme du 12 janvier 2010.
Ces constats présentent sous forme de fiche technique, le diagnostic de l’état de conservation du
monument historique suite à la secousse tellurique, précédé d’un rappel historique et d’une description de l’édifice avant le séisme ou dans son état d’origine. Une estimation de travaux de mesures
conservatoires complète le document.
Ces rapports seront présentés sous forme d’article aux lecteurs du BULLETIN à chaque parution.
Nous inaugurons cette série par les Casernes Jean-Jacques Dessalines de Port-au-Prince.
Photo : ISPAN • 2010
équivoque le programme du projet et facilita
l’exécution de l’ouvrage. Une galerie couverte
longe, au rez-de-chaussée, le périmètre interne
de l’édifice donnant sur une vaste cour d’honneur. La structure des Casernes Dessalines
était réalisée en murs porteurs : maçonnerie
de roche et pilastres de briques liées au mortier de chaux et mesurant 40 cm d’épaisseur à
leur base. Ils sont renforcés de tirants en acier
de 2 pouces de diamètre.
Dès le lendemain des débarquements des
troupes américaines, le 15 juillet 1915, les casernes furent occupées par les Marines. Ils devaient y séjourner jusqu’en 1934, lors de leur
évacuation.
En janvier 1951, une salle de spectacle,
pouvant contenir jusqu’à 300 spectateurs, dessinée et exécutée par l’ingénieur Henry Armand, fut accolée à l’aile sud de l’édifice. Les
Casernes Dessalines servirent de logement
des troupes des FAD’H jusqu’en 1997. Depuis,
quasiment abandonné, elles abritèrent l’Unité
Spéciale de la Garde du Palais National.
Des nombreuses interventions malheureuses visant à accommoder, tant bien que mal,
des services connexes au logement de troupes
accélérèrent la dégradation de l’édifice, mal
entretenu et souvent, par endroit, insalubre.
La cour d’honneur squattérisée de bâtiments
dont l’absence de planification rendit difficile
la gestion du complexe : érection d’un dispensaire, aménagement de bureaux et logements
pour les officiers supérieurs, construction de
cellules pour prisonniers politiques sous la
dictature de François Duvalier, aménagement
d’une aire de stationnement, etc.
Plusieurs projets de restauration ont été
proposés par l’ISPAN, pour sauver ce bâtiment
désormais historique, tout en lui affectant une
nouvelle utilisation. Tous sont restés sans lendemain.
Lors séisme du 12 janvier 2010, l’ensemble de la structure de l’édifice fut ébranlé. La
maçonnerie des murs porteurs, affaiblis par le
manque d’entretien et rongée par les infiltrations d’eau de pluie, n’ont pas résisté au choc.
Seul les cages d’escalier ont pu jouer un rôle
de contreventement qui a permit que l’édifice
ne s’effondrât complètement.
Néanmoins, les Casernes Dessalines sont
« restaurables », d’autant plus qu’il existe une
assez bonne documentation dans les archives
de l’ISPAN, constituée de relevés topographiques, architecturaux et photographiques, etc.).
Les Casernes Dessalines de Port-au-Prince :
1. Vue prise du Champ-de-Mars en 1913, peu après l’achèvement des travaux de construction
2. Les Casernes Dessalines, en 2009
3. Les Casernes Dessalines, le 13 janvier 2010
4. Elévation sud des Casernes Dessalines
Archives: ISPAN
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 11
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
Note de presse No 008
Port-au-Prince, le 28 mars 2010
La Direction générale de l’Institut de Sauvegarde
du Patrimoine National (ISPAN) informe qu’elle a
reçu du Bureau du Représentant de l’Organisation des Nations-Unies pour l’Education, pour la
Sciences et pour la Culture (UNESCO) en Haïti, la
somme de dix-neuf mille cinq-cent cinquante-cinq
dollars américains & 00/100 (US $ 19.555,00), destinée à la protection des monuments historiques de
Port-au-Prince endommagés lors du séisme du 12
janvier 2010.
Ces fonds ont servi à construire 203 mètres linéaires de clôtures provisoires à l’église Sainte-Anne
du Morne-à-Tuf, à l’église du Sacré-Coeur de Turgeau et à la Cathédrale de Port-au-Prince. Ces protections périphériques sont actuellement achevées.
Ces fonds constituent, à date, l’unique financement reçu par l’Institut, depuis le 12 janvier 2010
et destinés à intervenir directement sur les biens
immobiliers à valeur culturelle et historique de la
République d’Haïti affectés par le séisme.
La Direction générale de l’ISPAN
Identification de biens culturels
Le Service de l’Inventaire a entrepris, du 12 au 28
mars une mise à jour de l’identification des maisons
« gingerbread » du Bois-Verna à Port-au-Prince, suite au séisme du 12 janvier. Les fiches produites permettront une fois leur traitement terminé d’avoir un
profil exact de dommages causés par le séisme sur
ces maisons datant de la fin du XIXe siècle au premier quart du XXe siècle. La première identification
de cette collection de résidences avait été réalisée
en octobre de l’année dernière, lors de la mise au
point du Manuel d’Identification des Biens Immobilier à Valeur Culturelle de l’Institut. L’identification
de maisons gingerbread du Bois-Verna rentre dans
le cadre de la préparation d’un projet de restauration et de mis en valeur que l’ISPAN compte réaliser
avec la collaboration de la Fondasyon Konesans ak
Libète (FOKAL) et l’appui technique et financier de
la World Monument Fund. Cette campagne d’identification de biens culturels a été menée sous la direction de l’ingénieur Elsoit Colas de l’ISPAN. Un total
de 56 maisons de style gingerbread a été identifié.
Precédemment, cette même opération d’identification avait été réalisée du 22 au 24 février dernier
Résidence gingerbread au Bois-Verna, endommagée
par le séisme du 12 janvier
à-Tuf (63 ml) et de la Cathédrale Notre-Dame de
Port-au-Prince (21 ml). Ces fonds mis gracieusement à la disposition de l’Institut par le Représentant de l’UNESCO en Haïti, M’ Teeluck Buhanee, a
permis de sécuriser et, probablement, mettre hors
de dangers in extremis ces bâtiments menacés d’actes de vandalisme ou de destruction pure et simple.
Ainsi, 203 mètres linéaires de clôture en feuilles de
tôle ondulé, montées sur structure de bois ont été
posée sous la supervision de l’ISPAN.
Résidence gingerbread au Bois-Verna (Maison Bazin)
sur le centre historique de Jacmel, exclusivement
sur les bâtiments endommagés par le séisme. Cette
enquête, très exhaustive, a décrit et classé les dommages subis par les 103 maisons identifiés. Cette
enquête permettra une évaluation quantitative des
mesures conservatoires à prendre pour sauver les
bâtiments anciens de ce centre historique, inscrit sur
la liste indicative du Patrimoine Mondial. Au cours de
cette campagne, l’ISPAN a apposé un sceau sur les
façades des bâtiments identifiés. Les techniciens de
l’ISPAN ont également procédé, à toutes fins utiles,
à une identification informelle de leur propriétaire
et/ou gérant responsable.
Bâtiments historiques sécurisés
Grâce à un financement du bureau du Représentant résident de l’UNESCO en Haïti, l’ISPAN a
clôturer l’enceinte de trois bâtiments historiques
de Port-au-Prince, estimés les plus menacés par les
actes de vandalisme qui ont suivi s le séisme du 12
janvier 2010. Il s’agit de l’église du Sacré-Cœur de
Turgeau (119 ml), de l’église Sainte-Anne du Morne-
L’église du Sacré-Coeur de Turgeau clôturée
L’ISPAN au Clinton Global Initiative
En marge de la réunion du Clinton Global Initiative, qui s’est tenu à New-York le 24 mars dernier,
Mme Monique Rocourt, représentante de l’ISPAN, a
eu diverses rencontres à New York avec des organismes interessés à soutenir les initiatives de l’Institut. Au cours de son séjour, Mme Rocourt a eut des
entretiens positifs avec les représentants du World
Monument Fund présents à cette réunion, Mmes
Norma Barbacci, Sharon Breland et Erica Avrami,
décidés à apporter un encadrement technique à
une exposition photographique sur le patrimoine
architectural haïtien en danger. Cette exposition
itinérante, proposée par l’ISPAN, sera présentée
dans plusieurs villes des Etats-Unis. M. Gary Hattem,
directeur administratif de la Deutsche Bank, participant à cette entrevue, a accepté spontannément de
financer une partie des frais de cette exposition.
Mme Rocourt à également eut une séance de
travail avec M. Ralph Appelbaum de la célèbre firme Ralph Appelbaum Associates (RAA), l’un des
meilleurs créateurs de centres d’interprétation
culturels. M. Appelbaum a offert de mettre les services de sa prestigieuse compagnie à la disposition de
l’ISPAN pour la création du site Internet de l’Institut.
M. Appelbaum a offert également les services de
sa firme pour l’étude d’un plan de visite culturelle
du Parc National Historique - Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers et de ces monuments historiques et aussi
pour la création, au Palais de Sans-Souci, d’un centre
d’interprétation du parc et de ses monuments historique. M. Appelbaum, à l’initiative de l’ISPAN, visitera
bientôt Haïti.
A la rencontre du Clinton Global Initiative, Mme
Rocourt a présenté, au sein du groupe de travail
«Initiatives culturelles», une conférence sur les besoins urgents de l’ISPAN tant au niveau de la restructuration de son bureau qu’à celui des interventions à réaliser sur le monuments historiques haïtiens
affectés par le séisme du 12 janvier. Mme Rocourt
a également présenté les travaux de restauration
et d’aménagement programmés par l’ISPAN pour le
Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers afin de faciliter la visite culturelle de ses monuments historiques. Mme Rocourt, a en outre fait
état des enjeux du processus de l’Inventaire retrospectif initié par Centre du Patrimoine Mondial pour
ce bien culturel, processus qui, mené à bien, devrait
assoir définitivement le parc sur des bases durables.
Au cours de sa présentation, Mme Rocourt a insisté sur le fait que ce parc national historique, seul
site haïtien classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité, représentait un potentiel économique extraordinaire qui n’exigerait que relativement peu de
ressources en investissements.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 11 • 1er avril 2010 • 12