Plan nasyonal relans filyè kafe Ayiti
Rezime — Plan nasyonal relans filyè kafe Ayiti, ke MARNDR ak INCAH pibliye kòm dokiman travay nan me 2015. Li konekte klèman ak pwogram triyanal relans agrikòl gouvènman an.
Deskripsyon Konple
MARNDR ak Enstiti Nasyonal Kafe Ayiti pibliye l ansanm kòm dokiman travay nan me 2015. Se plan nasyonal pou relanse kafe ayisyen an. Estrikti li remakab: koneksyon ak pwogram triyanal relans agrikòl gouvènman an vini touswit apre rezime a, anvan kontèks ak metodoloji. Li soti dirèkteman nan aktyalizasyon dyagnostik KOREKAFE janvye 2014. Nòt: non fichye a di jen 2015 men kouvèti a di me 2015.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
MINISTERE DE L’AGRICULTURE DES RESSOURCES NATURELLES ET DU
DEVELOPPEMENT RURAL (M.A.R.N.D.R)
INSTITUT NATIONAL DU CAFE D’HAITI (INCAH)
PLAN NATIONAL DE RELANCE DE LA FILIERE CAFE D’HAITI
Document de Travail
Mai 2015
Table des matières
Sommaire ................................................................................................................................... 3
Articulation avec le programme triennal de relance agricole ....................................................... 6
Contexte ................................................................................................................................... 10
Méthodologie ........................................................................................................................... 13
Axe 1 : Structuration de la filière et gouvernance ...................................................................... 15
1.1
État de la situation ..................................................................................................... 15
1.2 Objectifs .......................................................................................................................... 17
1.3 Stratégies ........................................................................................................................ 18
1.4
Rôles des acteurs ....................................................................................................... 20
1.5
Concertation à assurer ............................................................................................... 21
Axe 2 : Renforcement des capacités et recherche ...................................................................... 22
2.1 État de la situation ........................................................................................................... 22
2.1.1 Compétences et capacité des ressources humaines ...................................................... 22
2.1.2 La recherche dans la filière café .................................................................................... 26
2.1.3 Besoins spécifiques de recherche.................................................................................. 26
2.2 Objectifs .......................................................................................................................... 29
2.3 Stratégies ........................................................................................................................ 30
Axe 3 : Développement de la production ................................................................................... 37
3.1
État de la situation ..................................................................................................... 37
3.2 Les orientations au niveau de la production .................................................................... 45
3.3 Objectifs .......................................................................................................................... 47
3.4
Stratégies pour la petite et moyenne entreprise ........................................................ 47
3.5 Soutien au développement de grands investisseurs ......................................................... 53
Axe 4 : Développement des marchés ......................................................................................... 56
4.1 État de la situation ........................................................................................................... 56
4.2 Objectifs .......................................................................................................................... 64
4.3 Stratégies ....................................................................................................................... 65
Identification des risques et mitigation...................................................................................... 69
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
2
Sommaire
La filière du café a toujours revêtu une importance stratégique fondamentale pour Haiti
au triple point de vue économique, social et environnemental. Mais, depuis les années 1980, le
secteur caféier accuse une régression constante en raison de contraintes multiformes, au grand
désarroi des 200,000 exploitations agricoles impliquées dans la production, des 80,000
travailleurs saisonniers ainsi que des milliers d'acteurs des autres segments de la filière
(production de café de qualité, torréfaction, commercialisation...).
La faiblesse des investissements productifs dans le secteur caféier constitue l’une des
contraintes majeures à lever, en vue de permettre un renversement de la tendance à la baisse
affichée depuis plusieurs décennies. Quelles sont les stratégies à envisager pour encourager les
investisseurs? Quels segments de marchés doivent être priorisés? Quels systèmes de production
à encourager? Quelle est la place de la formation et de la recherche? Quel type de gouvernance
pour une meilleure coordination des actions? Toute une série d’interrogations, auxquelles les
principales parties prenantes tentent de trouver des éléments de réponses à travers ce plan de
relance de la filière du café en Haïti.
L’Institut National du Café d’Haïti (INCAH), grâce à l’appui du projet KOREKAFE financé
par le Fonds Multilatéral d’Investissement (FOMIN) de la Banque Interaméricaine de
Développement (BID) et l’Agence Française de Développement (AFD) et exécuté par Agronomes
et Vétérinaires sans Frontières (AVSF), a donné corps au Plan, tel que prévu au niveau de ses
attributions a l’article 4 de l’arrêté présidentiel de sa création.
Depuis, plusieurs mois l’INCAH a réalisé un travail de concertation avec l’ensemble des
acteurs de la filière café haïtienne afin de produire une planification stratégique pour assurer le
développement de la filière du café en Haïti. Cette démarche de concertation a permis de
produire un plan structuré en quatre grands axes : la structuration et gouvernance de la filière,
la recherche et formation, le développement de la production et enfin le développement des
marchés.
Pour chacun de ces axes, suite à un état des lieux, il a été possible de proposer des
objectifs de croissance ainsi que des stratégies pour les atteindre. Une attention a été portée
envers deux dimensions qui ont une forte importance dans cette filière soit la préservation de
l’environnement et le soutien envers les jeunes. Ce plan de relance pourra se mettre en place si
le contexte agroenvironnemental et socio-économique n’est pas bouleversé, certains risques
ont été identifiés et des mesures de mitigation sont proposées.
Les principaux objectifs et stratégies sont résumés dans les lignes qui suivent. Ce
document présente le plan de relance de façon détaillée.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Présentation abrégée
Axe 1 : Structuration de la filière et gouvernance
Objectifs
1- Après 5 ans, les volumes commercialisés officiellement représentent 50% de la production
2- Après 5 ans, le nombre de producteurs participants activement dans les structures formelles
à augmenter de 15%.
3- L’INCAH a revu son fonctionnement et sa structure et exerce un réel rôle de concertation et
de soutien pour la filière dans le respect du plan de relance que l’Institut va piloter.
123456-
Stratégies
Diagnostic interne INCAH et positionnement stratégique en lien avec le plan de relance
Programme de renforcement des capacités des cadres de l’INCAH
Développer une stratégie pour le financement des activités de l’INCAH et des activités
de pilotage de la filière
Soutien à la PNPCH
Facilitation à la structuration d'organisations privées
Des ententes de partenariats sont signées entre l’INCAH et les principaux acteurs de la
filière
Axe 2 : Développement de la recherche et de la formation
Objectifs
1- Des programmes de formation sont mis en place pour de jeunes agriculteurs (production
caféières) et pour les caféiculteurs élites (gouvernance, gestion associations).
2- Des programmes de formation sont mis en place pour près de 150 d’agronomes et
techniciens agricoles.
3- Un système de formation continue est mis en place pour assurer des formations
complémentaires aux différents cadres et experts de la filière.
4- Un Programme de recherche spécifique pour la filière est mis en place.
Stratégies
1- Mise en place d’une formation non diplômante en alternance travail étude qui s’appuie
sur le modèle champs-écoles pour les jeunes agriculteurs.
2- Responsabilisation et soutien à l’INCAH pour la formation de cadre et encadreurs au
niveau des cooperatives.
3- Responsabilisation et soutien à la PNPCH pour la formation des agriculteurs élites.
4- Responsabilisation et soutien aux réseaux de producteurs pour la formation des
extentionnistes.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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5- Formation au moyen d’une série de stage à l’étranger pour créer une masse critique
d’agronomes et techniciens agricoles avec une expertise en production de café.
6- Responsabilisation de l’INCAH pour recenser les besoins de formation et assurer la
formation continue auprès des experts de la filière.
7- Renforcement de la structure Recherche au sein de l’INCAH pour une meilleure
orientation de la recherche et servir d’interface aux partenaires.
8- Implantation d’une chaire de recherche au sein de la faculté d’agronomie haïtienne.
Axe 3 : Développement de la production
Objectif
10 000 producteurs ont réhabilité, renouvelé leurs parcelles ou mis en place de nouvelles
plantations. Les principaux bioagresseurs sont contrôlés et la production nationale augmente de
15 000 sacs avec un potentiel de 100 000 sacs les années suivantes
1
2
3
4
5
1
Stratégies pour les petites et moyennes entreprises
Renforcer les réseaux et structures privées afin qu’ils offrent un service d’encadrement
technique en partenariat avec l’état haïtien.
Établir un plan de veille et de contrôle intégré contre la rouille (Hemileia vastatrix) et le
scolyte des cerises (Hypothenemus Hampei) et d’autres maladies d’importance
économique pour la filière.
Structurer un système de production de plantules saines et/ ou résistantes à la rouille
pour approvisionner les parcelles à régénérer et renouveler.
Renforcer les réseaux et des structures privés afin qu’ils développent des services
d’approvisionnement en intrants.
Implantation de produits de crédits/subventions à l’investissement pour permettre la
régénération et la rénovation des jardins créoles et l’implantation de nouvelles
plantations
Promotion de la création d`initiatives privées
Soutien au développement de moyens et grands investisseurs (production).
Axe 4 : Développement des marchés
Objectifs
1234-
Maintien et développement de l’expertise pour des marchés de qualités et d’exportation
Réorientation des activités des réseaux de coopératives
Structuration des échanges avec la République dominicaine
Structuration des marchés informels nationaux
Stratégies
1- Assurer la tenue de concours de qualité nationaux et la participation à des concours
internationaux.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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2- Soutenir les réseaux de caféiculteurs pour orienter leurs marketings vers des segments
de marché à volume très faible et prix très élevé (micro-lots, concours qualité
internationaux, etc.).
3- Création de tables de concertations pour le développement des exportations et pour le
marché informel national, pour la structuration des échanges avec la République
dominicaine.
4- Réalisation d’études de caractérisation : sur le marché informel avec la République
Dominicaine et le marché informel national.
Articulation avec le programme triennal de relance agricole
Le plan de relance de la filière café s’insère dans le cadre du programme triennal de relance
agricole du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural
(MARNDR). Ce programme de relance agricole s’articule selon quatre sous-programmes qui
s’énoncent comme suit :
1- Renforcement Institutionnel et de la gouvernance du secteur agricole (PRIGSA);
2- Appui à l’Agriculture Familiale (PAAF) ;
3- Renforcement de l’Agriculture à finalité Commerciale (PRAC);
4- Développement des Infrastructures Rurales et Aménagement des Bassins Versants
(DIRAB).
Comme on peut le constater ci-dessous le plan de relance de la filière s’articule dans la
même logique d’intervention que ce programme triennal de relance :
1. Renforcement Institutionnel et de la gouvernance du secteur agricole (PRIGSA);
Pour ce sous-programme, différentes actions doivent être mises en place qui pourront
assurer le développement des filières agricoles. Chacune de ces actions correspond à un axe
spécifique du plan de relance de la filière du café d’Haïti.
1.1 Restructuration du MARNDR et des organismes affiliés
Cette action est en correspondance avec l’Axe 1 du plan de relance de la filière café soit
l’axe « Structuration de la filière et gouvernance »
1.2 Mise en place d’un système de recherches et formation
Correspondance avec l’Axe 2 : Développement de la recherche et de la formation
1.3 Développement de service agricole de types privés
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Correspondance avec l’Axe 3 : développement de la production, notamment les stratégies 1,
2 et 3 qui s’intitulent :
1- Renforcer les réseaux et structures privées afin qu’ils offrent un service d’encadrement
technique en partenariat avec l’état haïtien.
2- Structurer un système de production de plantules saines et/ou résistantes à la rouille
pour approvisionner les parcelles à régénérer et renouveler.
3- Renforcer les réseaux et des structures privés afin qu’ils développent des services
d’approvisionnement en intrants.
1.4 Développement d’un système de financement et d’assurance agricole
Correspondance avec l’Axe 3 : développement de la production, notamment la stratégie 4
qui s’intitule :
4- Implantation de produits de crédits/subventions à l’investissement pour permettre la
régénération et la rénovation des jardins créoles et l’implantation de nouvelles
plantations
2- Appui à l’Agriculture Familiale (PAAF)
Dans ce sous-programme, les actions envisagées sont l’enregistrement exhaustif des
agriculteurs, Subvention des campagnes agricoles et appui à l’élevage et la vulgarisation de la
stratégie Champs Écoles Paysans. Ces actions sont intégrées dans le plan de relance de la filière
café.
Afin de permettre l’enregistrement exhaustif des agriculteurs actifs dans la filière café, la
voie privilégiée est celle de l’accès aux financements et aux services conseils. Tel que mentionné
dans la section sur la structuration et la gouvernance, les maillons de la transformation et de la
commercialisation ne peuvent constituer des points de concentration permettant la
formalisation des acteurs. L’accès aux financements ainsi qu’aux services agricoles constituent
les voies qui permettront d’assurer l’enregistrement des caféiculteurs. Ces enregistrements
apparaissent essentiels pour la mise en place de produits de crédits/subventions aux
caféiculteurs.
Concernant les subventions qui pourront être accordées pour les campagnes agricoles et
d’appui à l’élevage. L’organisation de la filière en matière d’organisation du soutien aux
agriculteurs permettra une gestion plus structurée de ce type d’appui.
Enfin, toute la stratégie de formation des jeunes caféiculteurs sera centrée sur des
méthodes de vulgarisation de type Champs Écoles Paysans tel que mentionné précédemment.
3- Renforcement de l’Agriculture à finalité Commerciale (PRAC)
Dans ce sous-programme, les actions envisagées sont le renforcement des capacités des
bénéficiaires sur le plan technique, organisationnel et commercial, la promotion de la création
d`initiatives privées et d’un système d’assurance agricole et le développement de paquets
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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technologiques pour les filières des sous-secteurs végétal et animal. Encore une fois, ces actions
sont intégrées dans le plan de relance de la filière café.
Le renforcement des capacités des bénéficiaires sur le plan technique, organisationnel et
commercial est intégré dans l’axe 2 du plan de relance, les besoins en formation ont été
recensés pour l’ensemble des acteurs et des stratégies de formation ont été formulées pour
chacun des groupes d’acteurs. Concernant les aspects relatifs aux marchés, il fait l’objet d’un
axe spécifique du plan de relance. Pour cet axe, une série de stratégie de renforcement des
capacités des acteurs et organisations a été élaborée.
Les actions permettant la promotion et le soutien à la création d`initiatives privées ont fait
l’objet d’une réflexion et ont été traités, elles font l’objet de la stratégie : Soutien au
développement de moyens et grands investisseurs (production).
Le développement de paquets technologiques pour la filière café se fera par l’entremise
d’un triple partenariat entre les porteurs de recherches tel que décrit dans le plan de relance qui
pourront proposer des paquets technologiques adaptés, l’INCAH qui devra valider et synthétiser
ces propositions et les réseaux de producteurs et associations privées qui pourront assurer la
vulgarisation.
4- Développement des Infrastructures Rurales et Aménagement des Bassins Versants (DIRAB)
Dans ce sous-programme, les actions envisagées sont le développement de bonnes
pratiques agricoles et promotion des cultures à haute valeur environnementale, la conduite de
travaux de protection des infrastructures collectives /gestion risques et désastres,
l’aménagement et la réhabilitation d'infrastructures économiques et agricoles et la mise en
place de structures sociales légales de gestion des périmètres irrigués et des bassins versants/
sécurisation foncière
Pour s’assurer du développement de bonnes pratiques agricoles et promotion des cultures à
haute valeur environnementale. Les acteurs du milieu ont établi un consensus sur les
orientations à donner au niveau de la production. Voir section 3.2 de l’axe trois du plan de
relance.
Puisque le plan de relance de la filière café est spécifique à une filière, il n’est pas indiquer
de lui faire porter des actions reliées à des travaux d’aménagement qui doivent convenir à
l’ensemble du monde rural. Néanmoins les acteurs de la filière café sont interpellés par les
problématiques reliées aux développements des infrastructures rurales et à l’aménagement des
bassins versants.
Ainsi, une concertation sera nécessaire avec le Système National de Gestion des risques et
désastres (SNGRD) afin d’assurer le développement d’un service d’assurance agricoles pour la
filière. De même, l’aménagement et la réhabilitation d'infrastructures économiques et agricoles,
notamment l’aménagement de routes rurales permettant le désenclavement des zones
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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caféières sera essentiel. Les caféiculteurs sont interpellés par les impératifs de gestion des
bassins versants. Une coordination avec les Comités de Bassins Versants (CBV) devra se faire dès
que leur structuration sera assurée. Enfin, la sécurisation foncière constitue un facteur limitant
important pour permettre le développement de produits de crédits. Une coordination avec
l’INARA et le CIAT devra donc être assurée.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Contexte
Économiquement, socialement, du point de vue environnemental, en termes d’emplois
ou de renforcement des pouvoirs publics et de la société civile, la filière café est historiquement
stratégique pour les paysans haïtiens et le développement durable du pays. La caféiculture
protège l’environnement montagneux par son système de production agroforestier (jardin
créole et autres), génère des revenus pour 200.000 familles de producteurs et pour 80.000
saisonniers, procure des devises au pays et à l’État. Elle est cependant en crise depuis un demisiècle, crise illustrée notamment par la précarité persistante de la majorité des familles de
producteurs, la grande faiblesse des rendements et la baisse constante de la production
nationale, les difficultés rencontrées par l’État ou les coopératives à pérenniser des services aux
producteurs, la déforestation du territoire, etc.
La filière café était jusque dans les années 1950 l’un des piliers de l’économie du pays.
L’instabilité politique, la ruine des infrastructures, l’abandon de l'activité par certains
exportateurs, les crises successives et la volatilité des prix, les maladies et ravageurs (rouille,
scolyte du grain, pourridiés, cyclones, etc.), l’ont depuis déstructurée. Un grand nombre de
paysans ont par conséquent délaissé les plantations de café et renforcé leur production vivrière
annuelle sarclée dégradant les sols de manière accélérée. La superficie plantée en café serait
aujourd’hui de 40% inférieure à ce qu’elle était dans les années 50. Dans la même période, la
production aurait baissé de 740.000 à 365.000 sacs de café et les exportations de 580.000 à
moins de 100.000 sacs.
Toutefois le café reste avec les mangues et le cacao un des trois principaux produits
agricoles d’exportation d’Haïti. Ce sont des petits paysans pour la plupart qui en tirent 15 à 20 %
de leurs revenus agricoles1. La production extensive de café, presque de cueillette (moins de 225
kg/ha), intégrée à des systèmes de production minifundiaires de jardins hautement diversifiés
(avocats, agrumes, mirliton, banane…), mais chaque fois plus orientés vers des productions
vivrières de cycle court (maïs, pois, légumes), reste un pilier des stratégies familiales de sécurité
et de survie. Avec la vente de main d’œuvre, la vente de café est souvent la principale source de
revenus nécessaires à l’acquisition de nourriture, biens de première nécessité, services et à la
scolarisation des enfants. Tous les départements d’Haïti ont des zones de productions du café,
mais les grandes régions de production restent le Sud-est, Centre (Baptiste), la Grande Anse, le
Nord et le Nord Est. Ces systèmes agro forestiers de production de café, agrumes et avocats ont
un intérêt écologique déterminant.
1
Les 75 à 80% restants provenant des cultures associées au café, généralement issues des arbres de
couverture (chadéquiers, orangers, citronniers, avocatiers).
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
10
Avec la création de l’Institut National du Café en février 2003, les différentes parties
prenantes entendaient œuvrer en vue d’une prise en charge effective de la filière café tenant
compte de son importance stratégique pour le maintien et la protection de l’environnement,
comme source de revenus pour plus de 200 000 familles et comme facteur de cohésion sociale
et de frein à l’exode rural.
Plusieurs initiatives ont été prises tant par l’INCAH que par certaines ONG d’appui, les
partenaires bilatéraux et multilatéraux, principalement en termes de renforcement
organisationnel, d’amélioration de la compétitivité du café haïtien. Mais ces interventions
restent limitées à des projets pilotes, qui ont un impact mitigé sur le développement réel de la
filière café.
Entre temps, la filière continue à enregistrer de mauvaises performances, tant au niveau
de la production que de l’exportation (rendement et volume au plus bas de toute l’Histoire).
Vient ensuite le scolyte du caféier et la rouille orangée qui affecte les parcelles cultivées dans les
régions à fortes potentialités.
Une Proposition de Cadre Stratégique pour le Développement de la Filière a été
formulée en 2011 pour la période 2011-2015 par l’INCAH avec l’appui de la Banque
Interaméricaine de Développement mais elle n’a été que très partiellement mise en œuvre,
jusqu’à présent dans un contexte marquée par le séisme de janvier 2010 et ses conséquences
sur les priorités à définir au niveau de l’État.
Les éléments de réponses apportés aux différentes contraintes de la filière du café
restent timides. La volonté politique manifestée au plus haut niveau de l’État, notamment
l’intervention du Président de la République, lors d’une rencontre avec les caféiculteurs de
Beaumont en septembre 2013 vient propulser la problématique caféière au-devant de la scène.
Les interventions du MARNDR tant à travers les programmes de subventions pilotés par les
projets RESEPAG, DEFI financés par la BID et la Banque Mondiale et à travers l’INCAH,
notamment au niveau du Programme National de Crédit Café ont contribué à sensibiliser les
caféiculteurs à la prise en charge des parcelles, dans les zones d’interventions. Mais les
investissements pour la relance effective de la filière café n’ont pas encore été mobilisé.
C’est dans ce souci que Le Ministère de l’Agriculture sous la Direction de l’INCAH en
collaboration avec le projet KOREKAFE financé par la BID à travers le FOMIN (Fonds Multilatéral
d’Investissement) et l’AFD (Agence Française de Développement) et exécuté par l’AVSF
(Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière) a lancé l’Atelier National Sur la Relance de la Filière
Café d’Haïti, les 10 et 11 avril 2014 au KARIBE Convention Center. Lors de ces assises, il y avait
eu une forte participation des principaux acteurs de la filière. Suite à une mise à jour de la
situation de la filière validée par les participants, les principaux axes d’intervention du plan ont
été retenus.
Pour une meilleure appropriation de ce plan, des Consultations ont été engagées auprès
des différentes parties prenantes (coopératives, agro-industries, Universités, ONG d’appui,
Bailleurs de Fonds). Les discussions ont été notamment engagées sur les stratégies de mises en
œuvre et les moyens à mobiliser. L’atelier de finalisation du Plan de relance du 8 au 10 avril
2015, ou quatre experts, deux nationaux et deux internationaux, notamment du CIRAD et du
DID, avec des compétences diverses sur le sous-secteur café ont été engagés, a permis de
dégager des pistes pour une relance effective.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Finalité
Le Plan de relance de la filière café a été conçu dans le but de doter au secteur agricole
d’un outil capable d’assurer le développement durable du sous-secteur café au niveau des zones
potentielles pour la culture.
Ce nouveau plan de relance cherche à :
renforcer et améliorer les agro écosystèmes caféiers (les jardins créoles),
inciter à l’établissement de moyennes et grandes plantations caféières
contribuer à la réduction de la pauvreté des familles rurales pratiquant la
caféiculture (intensification des systèmes de production et amélioration des
revenus),
développer un moteur économique porteur (structuration de la filière café).
Enjeux du plan de relance
Mobiliser tous les moyens humains et matériels en vue de maintenir une production en
quantité et en qualité suffisante pour assurer la place du café haïtien sur la carte
d’exportation internationale tout en satisfaisant la demande nationale ;
Professionnaliser le sous-secteur Café d’Haïti ;
Renforcer la Gouvernance de la filière café.
Vision de la filière pour les dix prochaines années
Les acteurs de la filière souhaitent que d’ici 10 ans, le café redevienne un element
majeur du développement économique du pays. Pour ce faire, il faudra que :
123456-
la production nationale augmente à 900 000 sacs;
Le rendement moyen national augmente à 550 kg/ha ;
Les agriculteurs sont majoritairement membres actifs de structures de production;
Les exportations se situent à plus de 660 000 sacs par année
Les deux tiers de caféiculteurs détiennent une formation professionnelle de base;
La majorité des intervenants possédant une formation professionnelle spécialisée adaptée à
leur fonction.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Méthodologie
L’approche utilisée dans l’élaboration de ce plan de relance de la filière du café est
basée sur deux grands principes :
-
-
garantir l’application de solutions techniques, sociales, économiques, etc.
cohérentes et en lien avec les difficultés et capacités réelles des intervenants de la
filière ainsi que de l’agro-écosystème, et
s’assurer une appropriation par les différents intervenants des enjeux et
orientations de la politique.
Pour ce faire, différentes étapes ont été suivies :
La première a consisté en l’élaboration d’un diagnostic partagé par l’ensemble des acteurs
de la filière sur l’état de la situation, les grands enjeux et défis ainsi que les grands axes à
prioriser dans le cadre d’un plan de relance.
Dans un premier temps, en vue d’arriver à un meilleur partage d’informations sur les
principaux atouts de la filière café, les différentes contraintes et les éléments de solutions à
envisager, plusieurs rencontres préliminaires ont été organisées au siège de l’INCAH avec les
partenaires intéressés, un mois avant la tenue du premier atelier. Ces rencontres regroupaient
les partenaires par champs de compétences et d’activités (Productions, distributions,
formation, financement, etc.) Ces rencontres ont permis aux acteurs de mieux préparer leurs
interventions au niveau de l’atelier et de plus ont favorisé une participation massive des
acteurs.
Par la suite, un atelier national de relance de la filière s’est tenu. L’objectif était à la fois de
réunir les principaux acteurs et de sensibiliser l’opinion publique sur la question. La forte
participation et la représentativité des parties prenantes pendant les deux jours de cet atelier
ont confirmé l’intérêt accordé à la problématique.
La deuxième étape a consisté formulation des objectifs à atteindre et des stratégies à
mettre en œuvre pour répondre aux défis de la filière. Encore une fois, les partenaires, acteurs
et experts ont été consultés pour construire cette stratégie.
C’est pourquoi, cinq groupes de travail ont été formés. Ils ont regroupé différentes
personnes possédant une expérience ou une expertise spécifique dans le thème de travail choisi
et représentant différents types d’acteurs (producteurs, experts indépendants, secteur privé,
État). Les groupes de travail ont eu comme mandat de contribuer à l’opérationnalisation de la
politique filière en clarifiant les enjeux propres à leur thème de travail, proposant des solutions
et activités pour répondre à ces enjeux, suscitant des partenariats, etc. en vue de produire un
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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document d’orientation sur le thème qui leur a été assigné. Ces groupes de travail ont réalisé
différentes rencontres de travail, consultés des experts nationaux et internationaux, organisés
des missions dans le pays et à l’étranger pour enrichir les travaux.
Les groupes de travail portaient sur les domaines suivants :
12345-
Financement de la régénération ;
Orientations concernant les méthodes et stratégies de production ;
Gouvernance et formalisation de la filière ;
Développement des marchés ;
Formation et recherche.
Ils ont produit des notes de travail au cours des mois de janvier à mars 2015.
Pour finaliser le Plan, une équipe d’experts a été recrutée pour permettre d’arriver à un
document équilibré. En fonction des enjeux soulevés par le plan de relance, un expert
international en financement agricole ainsi qu’une spécialiste des systèmes agroforestiers à
base de caféiers sont venus apporter un regard extérieur sur les travaux. De même, deux
spécialistes haïtiens ont apporté leur soutien à l’élaboration du document final. Cette équipe a
réalisé quelques jours de visites de terrain dans deux zones représentatives de la filière. Par la
suite, en compagnie de représentants de l’INCAH et de la PNPCH, ces experts ont participé à un
atelier de travail de trois jours où ont été conviés plusieurs intervenants de la filière pour faire
l’analyse du plan de relance et apporter leurs recommandations. Les notes produites par les
différents experts ont permis d’harmoniser les stratégies proposées pour produire le plan de
relance qui fait l’objet du présent document.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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Axe 1 : Structuration de la filière et gouvernance
1.1
État de la situation
1.1.1
État de situation concernant le pilotage de la filière
Au cours des différents ateliers de travail menant à la conception du plan de relance, il a
été maintes fois souligné que l’INCAH a d’importantes difficultés à jouer son rôle de pilotage.
Les intervenants ont mentionné qu’au sein de la filière, on dénote une faible visibilité de l’INCAH
sur le terrain. Par ailleurs, les capacités financières limitées de l’INCAH, la non-existence de
pouvoir coercitif et le faible niveau d’influence de l’INCAH permettent de comprendre que
l’INCAH a un pouvoir d’action limité dans la filière. Cette situation est le résultat de plusieurs
dynamiques.
Tout d’abord, s’il existe un consensus sur les difficultés de la filière, il n’existe pas de
consensus partagé sur les stratégies et priorités d’actions concernant le développement de la
filière, l’INCAH ne peut se reposer sur ce consentement pour légitimité son rôle de direction ou
de pilotage des actions.
De plus, depuis sa formation en 2003, le renouvellement des instances démocratiques
n’a pas été opéré de manière formelle et l’évaluation rigoureuse des activités de l’INCAH par
l’entremise d’une tierce partie indépendante n’a pas encore eu lieu, ce qui entrave sa
modernisation, après plus de douze années d’existence. On peut donc comprendre que
l’Institut n’a peut-être pas réalisé l’adaptation nécessaire à l’évolution de la filière.
Par ailleurs, pour différentes raisons, déficit de formations théoriques ou pratiques
adaptées à la tâche et formations complémentaires peu disponible, faible capacité de présence
sur le terrain, etc., les ressources humaines de l’INCAH n’ont pas les moyens de faire valoir leurs
compétences. Dans un même ordre d’idée, l’organigramme actuel de l’INCAH reflète peu les
besoins réels de la filière (aucun agent de concertation pour la commercialisation, champs de
spécialité en production non défini, etc). Toutes ces raisons ne permettent pas aux
professionnels de l’INCAH de se positionner en tant qu’intervenants de premier ordre sur le
terrain.
Enfin d’autres difficultés sont aussi à souligner. Parmi celles-ci, figure le faible niveau de
concertation entre l’INCAH et l’ensemble des autres acteurs du MARNDR ainsi que des projets
menés au sein du ministère ou même des autres acteurs actifs dans le secteur (bailleurs, ONG).
Pour finir, certains intervenants peuvent ne pas comprendre l’implication de l’INCAH dans
certaines actions au sein de la filière. D’où l’importance d’une meilleure définition et
vulgarisation des rôles de l’INCAH.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
15
Par ailleurs, bon nombre d’initiatives sont prises qui ont des impacts importants pour le
développement de la filière sans qu’une réelle concertation soit faite. Ainsi des projets émanent
du MARNDR, entrent en action afin de développer le sous-secteur, qui vont adopter des
stratégies spécifiques. Plusieurs autres projets, ONG, réseaux initient eux aussi des actions sans
réelles concertation avec les intervenants de la filière. On constate, sur le terrain, une réelle
cacophonie des actions. Bien souvent, d’ailleurs ces initiatives qui devraient se compléter entre
elles viennent plutôt en contradiction les unes avec les autres. Étant donné le nombre
importants d’interventions dans cette filière, il est essentiel qu’une coordination soit faite et
qu’une communication sur les orientations de la filière soit mise en place. Ainsi l’INCAH a de
grandes difficultés à exercer ce rôle fédérateur.
1.1.2
État de situation concernant le caractère déstructuré de la filière
Le fonctionnement de la filière café est largement informel, moins de 5 % du marché
institutionnalisé. Les principales voies de commercialisation disponibles pour la filière café
haïtienne sont des marchés informels. Par ailleurs, la facilité de manutention de la récolte
permet une multitude de traitements à des échelles très variables sans obligation d’attache
géographique. De plus, les voies et méthodes de distribution sont elles aussi très flexibles. Enfin,
la structure informelle des réseaux de commercialisation des denrées alimentaires en Haïti n’a
pas d’effets stimulants sur la structuration des acheteurs. On remarque donc qu’il n’existe pas
de goulot d’étranglement ou de points névralgiques permettant d’assurer un contrôle efficace
des activités commerciales de la filière. Cette situation est accentuée par la porosité de la
frontière entre la République dominicaine et Haïti. Dans ce cas de figure, tenter d’imposer des
systèmes coercitifs de contrôles de la commercialisation nécessiterait une dépense d’énergie
importante qui n’apparaît pas à la portée des différents acteurs étatiques ou intervenants de la
filière. Le développement d’une filière d’exportation forte permettrait cette structuration mais il
est clair que le développement de cette filière ne va se faire que sur un horizon de moyen à long
terme (plus de cinq ans).
En dressant l’état de situation de la filière, l’accès au financement a été identifié comme un
important facteur limitant. Les sources de financements pour les caféiculteurs sont limitées. Le
développement de mécanisme de financement assurera un accès des producteurs au capital.
Par contre, ceci ne devrait pas conduire vers une multiplication de points de services informels.
C’est pourquoi l’accès au financement pourra constituer un réel goulot d’étranglement, une voie
de passage obligée pour une majorité de producteurs afin de formaliser leur situation.
Devant cette situation plusieurs considérations sont à établir :
1- Il n’existe pas de goulot d’étranglement favorisant une centralisation des achats
2- La structuration de la filière café ne pourra pas se mettre en place d’une manière
coercitive
3- La commercialisation du café n’est pas le maillon de la chaîne de valeur qui permettra, à
lui seul, d’assurer une meilleure structuration de la filière
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
16
4- Le maillon de la production et du financement des investissements constitue le meilleur
point d’ancrage pour assurer une structuration de la filière
Les principales organisations ayant des effets structurants sur la filière sont les réseaux de
producteurs. Par contre, ceux-ci ne représentent que 30 000 producteurs plus ou moins actifs
dans leurs organisations. Si on tient pour acquis que cette filière a pu compter un nombre de
100 000 caféiculteurs, il est possible que plus des deux tiers des producteurs aient donc un
mode de fonctionnement tout à fait informel. Les réseaux même s’ils jouent un rôle structurant
majeur laissent donc de côté un nombre important d’agriculteurs. Par ailleurs, les liens entre ces
réseaux et leurs membres sont tenus. Les réseaux et coopératives ou associations affiliées ne
possèdent que très peu d’informations sur leurs membres. En effet, le lien d’affaire et
relationnel avec les membres peut être assez faible.
Avec un tel niveau de déstructuration, il est difficile d’obtenir de l’information sur les
acteurs présents, de vérifier les tendances et de la même façon la transmission d’informations
aux acteurs est aussi hasardeuse. C’est pourquoi, si on souhaite implanter une stratégie pour la
chaîne de valeur, il faut s’assurer que des mesures réellement structurantes viennent soutenir la
stratégie. Il convient de s’assurer que, dans l’ensemble des stratégies et actions proposées dans
ce plan de relance, les mesures permettront une meilleure intégration des acteurs dans les
réseaux officiels.
1.2 Objectifs
Il est essentiel pour le développement de la filière que les initiatives de développement
soient harmonisées. C’est pourquoi, il faudra :
Après 5 ans, il existe une cohésion entre les acteurs impliqués dans la filière, l’INCAH a
revu son fonctionnement et exerce un réel rôle de concertation et de soutien pour la
filière dans le respect du plan de relance que l’Institut va piloter.
Suite aux constats réalisés, on peut comprendre que la filière fonctionne de manière
fortement informelle. De plus, les moyens disponibles pour structurer cette filière seront
surtout de type volontariste. Dans ce cas de figure, on ne peut s’attendre à une formalisation
complète de la filière en moins de cinq ans. Malgré tout, différentes mesures vont permettre
une amélioration de la situation. Il est donc possible de fixer comme objectifs que :
1. Après 5 ans, les volumes commercialisés officiellement représentent 50% de la
production
2. Après 5 ans, le nombre de producteurs participants activement dans les structures
formelles à augmenter de 15%.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
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1.3 Stratégies
1.3.1
Pour assurer le pilotage du plan de relance
Le premier objectif pour cet axe ne pourra être atteint que si certaines stratégies sont
adoptées. Ainsi, une fois le plan de relance de la filière adopté, il faudra procéder à :
1- Un diagnostic interne de l’INCAH et positionnement stratégique en lien avec le plan de
relance.
Tel qu’il a été affirmé lors de l’atelier national sur la relance de la filière en avril 2014, la
légitimité de l’INCAH a été confirmée par les intervenants. Par contre, nombreux sont les
acteurs qui ont souligné les difficultés auxquelles l’institut fait face de façon chronique depuis sa
formation. Il convient donc de faire un diagnostic organisationnel complet de l’INCAH. Il faudra
revoir son mandat, sa structure de gouvernance, son fonctionnement interne, ses ressources
humaines, son mode de financement les principales contraintes organisationnelles, etc. Ce
diagnostic sera fait par une structure indépendante de l’INCAH.
Par la suite, en prenant en considération ce diagnostic et selon les orientations du plan de
relance, une nouvelle planification stratégique pourra être produite pour les cinq prochaines
années de l’INCAH.
2- Programme de renforcement des capacités des cadres de l’INCAH.
Une fois cette planification stratégique terminée, un organigramme de l’INCAH sera
disponible et un plan de renforcement des ressources humaines de l’INCAH devra se mettre en
place afin de renforcer l’équipe de travail de l’Institut.
3- Développer une stratégie pour le financement des activités de l’INCAH et des activités de
pilotage de la filière.
Depuis la fondation de l’INCAH, il a été mentionné qu’un fond national du café devait être
mis en place afin de financer les activités de l’INCAH ainsi que toutes les activités relatives au
pilotage de la filière. La mise en place de ce fond ne s’est jamais concrétisée. Ainsi le problème
de financement récurrent est toujours en place et la filière est toujours dépendante de fonds
extérieurs. L’INCAH devra donc être responsabilisé pour la mise en place de ce fond et il devra
proposer des stratégies pour que des modes de financement stables des activités de pilotage de
la filière voient le jour. Par la suite, l’INCAH devra s’assurer de l’application de ces stratégies.
4- Soutien à la PNPCH
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
18
La Plate-forme Nationale des Producteurs de Café d’Haïti a été formée depuis 2008. Sa
mission fondamentale consiste à défendre les intérêts de producteurs de café d’Haïti et soutenir
le développement de la filière. Dans le cadre de ce plan de relance, cette organisation se voit
proposer plusieurs responsabilités. Pour permettre à cette structure d’assumer ces nouveaux
rôles, il faudra apporter un soutien technique, administratif et financier à la PNPCH.
5- Facilitation structuration organisations privées
Dans le cadre du plan de relance, il est proposé que des organisations privées proposent des
services aux planteurs de café. L’INCAH devra assurer un suivi auprès de ces organisations et
faciliter des initiatives afin de ces activités de ces organisations maintiennent une cohérence
avec le plan de relance.
6- Des ententes de partenariats sont signées entre l’INCAH et les principaux acteurs de la filière
Afin de s’assurer que le plan de relance se concrétise dans un cadre formel, il faudra que les
principaux acteurs s’entendent sur leurs tâches et responsabilités. Ainsi L’INCAH devra conclure
des ententes de partenariats avec les réseaux et organisations qui assureront des services
auprès des caféiculteurs. Ces ententes porteront sur les échanges de services rendus, le partage
d’information, etc.
1.3.2 Structuration de la filière
Pour les deux derniers objectifs de cet axe soit l’augmentation à 50% de la
commercialisation passant par des voies officielles et l’augmentation du nombre de producteurs
participants activement dans les structures formelles, on peut remarquer que dans chacun des
trois premiers axes du plan de relance, des stratégies ont été proposées qui permettront
d’atteindre ces objectifs :
Création de tables de concertations
Structuration des échanges avec République Dominicaine (30% du marché)
Développement d’une gamme de services répondant aux besoins de caféiculteurs
Développement de produits de financement et de sécurisation financière
Soutien au développement des structures associatives
Formation des jeunes
Système d’information (Chaire de recherche)
INCAH, structure globale
Réseaux, organisations privées: pour la prise des données
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
19
Ces mesures auront des effets structurants sur la filière qui devraient permettre
d’obtenir une meilleure connaissance des acteurs, de leurs réalités et de leurs enjeux et défis. Si
ces stratégies sont appliquées avec succès, il va en découler que les objectifs de structuration de
la filière seront atteints.
1.4
Rôles des acteurs
Deux organisations principales ont des rôles dans le pilotage de la filière et par conséquent
le suivi du plan de relance soit l’INCAH et la PNPCH. Pour chacun des axes du plan de relance,
des rôles ou responsabilités ont été confiés à ces deux structures. Dans les lignes qui suivent, les
principales responsabilités qui incombent à ces deux organisations sont énumérées :
Les rôles de L’INCAH dans le cadre du plan de relance :
Pilotage du plan de relance
o Promotion du plan
o Suivi des activités
o Concertation avec les acteurs étatiques
o Orientation des acteurs (anciens et nouveaux)
Concertation entre les acteurs
Encadrement des comités de concertation dans le cadre du développement des
marchés
Certification de producteurs de semences
Soutien aux services-conseils (production de matériels et concertation)
Concertation avec structures de financement
Assurer la mise en place d’un fond national du café
Soutien à la formation aux agriculteurs et aux agronomes
Développement de la formation professionnelle
Encadrement du comité d’orientation de la recherche
Assurer la communication avec les acteurs de la filière et à l’ensemble du pays
Les rôles de la Plate-forme National des producteurs de Café dans le cadre du plan de relance
Participation au comité de commercialisation
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
20
Soutien au développement de la qualité
o
Organisation concours qualité
o
Valorisation de la qualité dans les coopératives et réseaux
Soutien à l’administration des coopératives et réseaux
o
Sensibilisation des caféiculteurs au développement de la production
Participation à la concertation avec structures de financement
Soutien à la formation aux agriculteurs et aux encadreurs
Participation au comité d’orientation de la recherche
1.5
Concertation à assurer
Pour que le plan de relance soit un facteur de réussite pour le sous-secteur, la concertation
avec tous les acteurs pouvant intervenir dans la filière est un carrefour à ne pas négliger. Cette
concertation permettra aux intervenants de travailler ensemble pour la relance de la filière en
visant les mêmes objectifs. Une première liste d’acteurs à concerter peut être formulée :
MARNDR :
o Direction de la Protection végétales/Protection Sanitaire (DPV/PCS),
o Institut National de la Réforme Agraire (INARA),
o Banque de Crédit Agricole (BCA),
o Système de Financement et d’Assurance Agricole en Haïti (SYFAAH)
o La Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV)
Différents ministères : Industrie et Commerce, Planification, Finances Ministère de
l’environnement (MDE)
Bailleurs de Fonds (BID, AFD, Banque Mondiale, UE, USAID, ETC…)
Les Institutions financières (BNC, ACME, …….)
Différentes ONG :
o CRS
o GIZ/GTZ
o IICA
o AVSF
o Root Capital
o Etc.
Le secteur privé
o REBO S.A.
o Café Sélecto
o Etc.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
21
o Les institutions d’enseignements universitaires
Axe 2 : Renforcement des capacités et recherche
2.1 État de la situation
2.1.1 Compétences et capacité des ressources humaines
Pour permettre une compréhension globale de la problématique de la formation dans la
filière café, il faut prendre en compte deux axes d’analyse, à savoir les différentes ressources
humaines qui possèdent des besoins en formation ainsi que les champs de compétences
nécessaires à ces différentes ressources.
Les ressources humaines présentes au sein de la filière
Concernant les différentes ressources humaines, il est possible de définir deux grands
groupes soit le groupe des caféiculteurs et le groupe des professionnels impliqués dans le
secteur. Il est par la suite possible de distinguer différents sous-groupes à chacun de ces
ensembles.
Les caféiculteurs
Le diagnostic mis à jour concernant la filière café n’a pas permis d’actualiser le nombre de
producteurs actifs au sein de la filière. On peut seulement affirmer qu’ils sont moins de 100 000.
Par ailleurs, l’âge de moyen de ceux-ci est plutôt élevé en effet, selon une étude réalisée en
2012, on estime l’âge moyen à 56 ans. La très grande majorité d’entre eux ont un niveau de
formation ne dépassant pas l’alphabétisation fonctionnelle.
Pour l’ensemble de ces caféiculteurs, il n’existe, pour le moment, aucun programme
d’enseignement dédié à la caféiculture. La DFPEA (direction de Formation Professionnelle et
d’Entrepreneuriat Agricole) qui fait la gestion de centre de formation et de bourse témoigne que
depuis quelques années les 4 centres de formation qu’ils gèrent sont fermés. Les activités de
formation sont donc réalisées de façon ponctuelle sous la forme de projet. Ces dernières
années, plusieurs organismes ont pris des initiatives variées pour offrir des formations à
différents acteurs de la filière café.
Il est évident qu’il n’est pas possible de mobiliser les ressources nécessaires pour renforcer
les capacités de l’ensemble des caféiculteurs du pays. Des choix doivent donc se faire, dans le
cadre du plan de relance, deux groupes précis sont priorisés soit les jeunes caféiculteurs et les
producteurs élites.
Les jeunes caféiculteurs
Un premier groupe constitué par les jeunes caféiculteurs qui représente la relève et donc le
futur de la production caféière en Haïti. Leur nombre est inconnu, mais il est manifeste qu’il
faudra privilégier cette tranche de la population pour relancer la production, il convient même
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
22
de trouver des moyens d’intégrer plus de jeunes dans cette filière. Ce groupe n’a pas encore été
défini clairement, si bien que les niveaux de compétences sont encore à étudier.
Les producteurs élites
Le deuxième groupe qui peut être différencié est constitué par les agriculteurs élites. Ce
deuxième groupe est formé par des agriculteurs qui occupent des positions d’importance dans
la filière. Ceux-ci sont appelés à jouer un rôle de direction auprès de l’ensemble des
producteurs. Ils sont aussi appelés à occuper différentes fonctions décisionnelles au cœur de la
filière (membres de conseils ou comités au sein des coopératives ou d’autres instances de
décisions dans la filière). Ce groupe est composé de producteurs impliqués dans les comités des
réseaux de coopératives. On compte autour de 8 réseaux actifs dans cette filière. En prenant en
compte les membres des conseils d’administration, de surveillance, etc., on estime à environ 80
agriculteurs actifs au niveau des réseaux. À ceux-ci s’ajoutent les producteurs impliqués au sein
des différentes coopératives. Encore une fois chaque réseau compte entre 5 et 10 coopératives
ce qui permet d’évaluer à environ 500 agriculteurs impliqués. Chaque année un renouvellement
des instances permet d’intégrer environ 150 nouveaux producteurs. Ce groupe de producteurs
possède des niveaux de compétences très variés. Très souvent, ils exercent un autre métier que
celui de producteurs (enseignants, commerçants, etc.). Les niveaux de compétence générale
sont souvent plus élevés que pour la masse des caféiculteurs.
Dans le cadre du projet KOREKAFE, plus de 200 producteurs élites ont reçu une formation
sur les thèmes de gestion de coopératives caféières (comptabilité, gouvernance, planification
des activités, etc.)
Les professionnels
Pour le groupe des professionnels, les sous-groupes sont plus petits et les fonctions
occupées sont plus variées. Néanmoins, il est possible de distinguer quelques professionnels
occupants des postes similaires.
Les extentionistes
Tout d’abord, en contacts étroits avec les producteurs, on peut considérer les
extentionistes. Ce groupe ne possède pas une existence formelle réelle. En effet, ces
extentionistes sont plus ou moins actifs sur le terrain. Leurs existences propres dépendent
presque exclusivement des projets en activités. Ils constituent par contre, un groupe
professionnel de première importance, car ils représentent la principale courroie de
transmission des savoirs auprès des caféiculteurs. Le plus souvent, ces extentionistes ont
des liens de travail avec les réseaux caféiers impliqués sur le terrain. Ces réseaux vont proposer
différents mandats à ces extentionistes en fonction des occasions qui sont offertes par les
projets et ONG. Les compétences de ces extentionistes proviennent des formations qui ont été
réalisées par les projets ou ONG. Il n’existe pas de système permettant de valider leur niveau de
compétences.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
23
Le nombre d’extentionistes qui ont œuvré ces dernières années dans la filière café est
imprécis, mais on peut estimer que chaque réseau possède un groupe de moins de cinq
d’extentionistes possédant une expérience de travail. Dans une perspective d’augmentation de
la production et donc de services-conseils accrus vers les producteurs, il faudra déterminer le
nombre de producteurs pouvant être conseillé par un extentioniste.
Tout comme pour les groupes de producteurs, il n’existe pas de programme de formation
spécifique pour ces professionnels. Chaque projet réalise la formation de ces groupes de façon
spécifique. Pourtant comme intervenants de première ligne auprès des producteurs ces acteurs
doivent faire part d’une attention importante.
Les techniciens agricoles et les agronomes
Le deuxième sous-groupe est composé par les agronomes et techniciens agricoles qui
possèdent une formation théorique en agriculture et qui ont une implication dans la filière. Ces
professionnels peuvent agir au sein des structures gouvernementales dans les régions ou la
production caféière est importante. Cette catégorie de professionnels n’a pas bénéficié de
soutien pour le renouvellement de ces compétences depuis plusieurs années et n’a pas pu avoir
une implication forte dans la filière qui lui permet de développer une expertise à jour pour cette
filière. D’autres agronome et techniciens peuvent aussi être en lien plus ou moins direct avec les
réseaux de coopératives caféières et exercent leur travail en fonction des occasions offertes par
les projets et ONG. Ces techniciens et agronomes ont le plus souvent des liens d’emploi avec les
ONG et projets et non directement avec les réseaux ou organisations propres à la filière. On
peut estimer le nombre de techniciens ou agronomes ayant une certaine implication dans la
filière à moins de 70 personnes dont peu consacrent la majeure partie de leurs activités au
soutien de la filière caféière. De même, un nombre beaucoup plus faible possède des
compétences à jour en termes de techniques de production permettant d’assurer un soutien
adéquat pour la filière.
Différentes actions ont été prises pour développer la compétence de ces
techniciens. Certaines universités dans le pays assurent un cours de caféiculture (FAMV, UNEPH,
QUISQUEYA) dans le cadre de leur programme de formation en agronomie. Un stage de
formation de deux mois a été proposé à 8 agronomes dans le cadre du projet KOREKAFE. Ce
stage s’est déroulé en Colombie auprès de centre de formation Manuel Mejia. Ces agronomes
constituent un groupe de professionnels qu’il serait intéressant de valoriser pour développer un
programme de développement des compétences.
Gérants de coopératives et agents commerciaux privées
Comme troisième groupe de professionnelles actif dans la filière, il convient de nommer
l’ensemble des acteurs actifs dans le maillon de la commercialisation. Ce groupe renferme une
soixantaine de gérants de coopératives œuvrant au sein de la voie café lavé. De plus, certaines
études estiment à plus de 700 grands spéculateurs sur le terrain qui réalisent des activités de
médiation commerciales importantes. Par la suite, un nombre encore plus important de petits
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
24
intervenants s’insèrent dans la distribution (Madam Sara, etc.). (Voir actualisation diagnostic
filière)
Parmi ces intervenants, le groupe des gérants de coopératives a reçu des formations en
gestion de coopératives (gestion de la collecte, principes comptables, gestion de la qualité, etc.)
par l’entremise du projet KOREKAFE. Les autres acteurs n’ont pas de formation spécifique. Par
contre ces différents agents n’exercent qu’une fonction d’intermédiaire. Les compétences
demandées sont peu complexes. Par ailleurs, en prenant en compte que cette filière
fonctionnera d’une façon de plus en plus structurée, ces agents joueront des rôles de moins en
moins importants dans l’avenir.
Employés-cadres au sein des réseaux et des organisations privées
Un quatrième sous-groupe est formé par les employés-cadres au sein des réseaux et des
organisations privés. Ce quatrième sous-groupe est composé de professionnels occupant des
fonctions variées et possédant donc des besoins en compétences plus disparates. Il peut s’agir
de comptables, d’administrateurs, d’agents commerciaux, etc. Parmi ce groupe, on peut
néanmoins distinguer quelques compétences clés qui doivent être possédées par certains
d’entre eux. Parmi celles-ci figurent le traitement de la récolte et la gestion de la qualité du café
qui constitue un champ de compétences précis et complexe. Des compétences doivent être
également développées pour faire face à tous les aspects reliés à la commercialisation et au
marketing particulièrement en lien avec la dynamique des marchés, les politiques et économies
mondiales propres au commerce international du café. Enfin un dernier champ de compétences
est constitué par tous les aspects gestion, administration et gouvernance de la filière et des
organisations.
Concernant les compétences en termes de qualité du café, un groupe de 12 personnes a été
formé dans le cadre du projet KOREKAFE par un expert péruvien (Q grader du Coffee Quality
Institute). De même, lors du projet PACCHA, un groupe d'une dizaine de personnes a aussi été
formé en contrôle de qualité. De plus, les structures privées possèdent aussi des experts dans ce
champ de compétence. On perçoit donc qu’un noyau d’expertise est maintenant disponible
dans la filière. Il convient donc maintenant de développer l’expertise et surtout de s’assurer de
la rétention de celle-ci.
Les réseaux de coopératives ne possèdent aucun expert en commercialisation du café. Le
plus souvent elles dépendent des projets internationaux pour obtenir de l’expertise. Cette
expertise ne peut être conservée par les réseaux par la suite, car le volume d’affaires est trop
faible pour assurer de maintenir une compétence. Les grands groupes privés ont du personnel
affecté à la commercialisation, mais ces ressources ne bénéficient pas à l’ensemble de la filière.
Dans le cadre du projet KOREKAFE, un comité marketing nationale a été formé et dans les
principaux réseaux de coopératives des ressources (21 personnes) ont reçu une formation
sommaire en commercialisation. Ces ressources qui sont constituées de producteurs élites ou
d’administrateurs de réseau, par contre, n’ont pas la capacité par elle-même de développer une
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
25
stratégie marketing pour faire face à une concurrence internationale très compétitive. D’autres
ressources gravitant autour de la filière possèdent aussi des compétences en commercialisation
du café. Elles ont été impliquées au sein des réseaux dans des projets passés et ont gardé des
liens plus ou moins forts avec la filière. Pour ce qui concerne les groupes privés, l’expertise est
bien présente.
Le dernier champ de compétence à évaluer est celui des compétences administratives. Il
existe un bassin de ressources humaines important en Haïti dans ce domaine. Le problème se
situe plutôt dans la capacité de rétention de la ressource au sein des réseaux. Les autres
torréfacteurs n’ont pas de difficulté dans ce domaine.
2.1.2 La recherche dans la filière café
Comme dans plusieurs filières agricoles en Haïti, il n’existe pas de mécanisme de
concertation actif afin de déterminer et prioriser les axes de recherches nécessaires au
développement de la filière. Certaines recherches ont été conduites telles que l’évaluation de
l’impact des changements climatiques par l’ONG CRS ou encore des évaluations de variétés par
l’INCAH. Ces initiatives intéressantes ne sont pas toutefois intégrées dans une cadre de
recherche structurée qui permet de conserver et valoriser les connaissances acquises.
En plus de l’absence de structure permettant de stimuler et canaliser la recherche, peu de
ressources peuvent actuellement revendiquer le titre de chercheur reconnu dans un domaine
propre à la filière café. De plus, il n’existe pas de système stable permettant la diffusion et la
vulgarisation des avancées technologiques et des résultats de recherches. La diffusion des
informations techniques et économiques au sein de la filière n’a pas non plus une structure
formelle. Enfin, il n’existe pas de fonds stables permettant le développement d’un programme
de recherche spécifique à la filière café ni même de ressource humaine habilité à faire de la
mobilisation financière dans le domaine de la recherche.
Pourtant les besoins de recherches au sein de la filière sont nombreux, ils ont été recensés
par les acteurs. Dans le cadre de l’exercice de formulation d’un plan de relance, le besoin
d’information sur la filière et donc les besoins de recherche se sont avérés criants. L’exercice a
aussi permis de préciser ces besoins de recherche qui se regroupe en différents thèmes :
2.1.3 Besoins spécifiques de recherche
Sociologie
Caractérisation sociologique des milieux dans les régions café
Il a été identifié comme principaux facteurs limitant la relance de la production le système
de tenure des terres, L’important exode rural caractérisant ces régions qui se traduit entre
autres par un vieillissement important des caféiculteurs dans la majorité des zones caféières.
Une recherche doit donc être conduite pour analyser ces difficultés spécifiques et voir quelle est
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
26
l’importance de ces facteurs dans la déprise agricole qui semble se remarquer dans ces milieux.
Bien sûr cette étude devrait aussi identifier des voies de solutions pour faire face à ces
difficultés.
Économie, gestion et marché
Caractérisation des marchés informels
Des études ont été conduites pour caractériser le secteur informel du café. Les systèmes
sont donc connus dans leur ensemble. Par contre, le plus souvent, ces études datent de plus de
5 ans. Dans un contexte de chute constante de la production, il est clair que ce secteur a dû
connaître de fortes évolutions. Il est donc essentiel que ces études de caractérisation soient
mises à jour.
Par ailleurs, dans un objectif de structuration de ce secteur, les acteurs exerçant un
leadership dans le milieu doivent pouvoir être identifiés de même que le fonctionnement de
leur réseau et leur motivation afin que les cibles à atteindre dans une démarche de
structuration du secteur soient identifiées.
Enfin afin d’établir une stratégie commerciale claire pour la filière il est essentiel qu’une
analyse de la demande réelle soit faite. Cette analyse devra porter sur le marché national mais
aussi sur le marché binational et devra comporter une dimension sur les interactions avec la
demande mondiale.
Caractérisation des systèmes de production
Un des objectifs principaux du plan de relance consiste à établir un système de financement
viable pour la filière café (crédit, assurances, etc.). Nul doute que ce système doit s’implanter
sur des bases solides. Il faut donc qu’une étude permettant d’avoir une connaissance
approfondie des coûts de production ainsi que des revenus dégagés par les jardins créoles soit
conduite.
Étude sur les facteurs limitant l’investissement sur les jardins caféiers
En plus d’une analyse sociologique expliquant la déprise agricole de ces milieux, il faut aussi
identifier les facteurs économiques limitant l’investissement sur les parcelles.
Production
Caractérisation génétique des variétés présentes et études des variétés les plus adaptées
En constatant l’état de friche de plusieurs parcelles caféières, on doit se questionner sur
l’évolution génétique des caféiers haïtiens. Le potentiel génétique ayant possiblement évolué,
est-il encore concevable d’assurer le renouvellement des parcelles avec le matériel génétique
couramment utilisé par les caféiculteurs?
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
27
À ce moment, il faudra déterminer quelles sont les souches de café typica qui devront être
mises en valeur et quelles sont les autres variétés à favoriser.
Étude sur la durabilité du système agro forestier a base de café (Jardin creole) et les
méthodes de productions adaptées aux réalités par zone (potentiel de production: sol, etc.).
Il n’existe pas de consensus sur le type les systèmes agroforestiers à valoriser dans les zones
caféières. Les potentiels et contraintes agroécologiques sont en effet mal connus (Durabilité,
impact environnemental, niveau de dégradation des sols, importances réelles des bioagresseurs,
besoins économiques des agriculteurs, etc.). Une étude pour préciser ces dynamiques et
proposer les modèles de production adaptés à ces contraintes doit se faire. Les méthodes de
luttes contre les bioagresseurs tel que la rouille, le scolyte ou encore le pourridié pourront être
adaptés à ces systèmes de production devront faire l’objet d’une attention particulière.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
28
2.2 Objectifs
Pour chaque groupe d’acteurs identifiés, il est possible de constater qu’un nombre
important de personnes doivent voir leurs compétences renforcées. Le tableau qui suit fait
l’inventaire des besoins en renforcement des capacités pour la filière en prenant pour appui
l’objectif de réhabiliter les parcelles de 10 000 producteurs.
Les ressources nécessitants un renforcement des capacités
Groupes cibles
Jeunes
producteurs
Actifs
dans la
filière
Inconnu
Ressources à
former
Types de compétences à renforcer
Techniques de production, gestion de la
production, du crédit, choix de culture,
Producteurs
élites
Environ
500
Les besoins
potentiels sont de
10 000 producteurs
environ 150 par
année
Extentionistes
Quelques
dizaines
Moins de
100
À déterminer
moins de 200
À déterminer
moins de 100
Moins de
700
Moins de 100
Moins
d’une
vingtaine
Moins d’une
vingtaine
Agronomes et
techniciens
agricoles
Gérants et agents
commerciaux
Employés-cadres
réseaux et
privées
Gouvernance d’organisation, gestion de
coopératives, mise en marché, gestion
des ressources humaines, etc.
Technique de production, principes de
base en services-conseils
Technique de production, principes de
base en services-conseils; gestion des
ressources humaines, etc.
Gestion des coopératives,
transformation des aliments, gestion de
la qualité, commercialisation
Transformation des aliments, gestion de
la qualité, commercialisation et
marketing
En termes de recherche, l’objectif sera de mettre en place un programme de recherche
spécifique pour la filière café pour répondre au besoin de recherche établie par les acteurs de
la filière. La structure recherche au niveau de l’INCAH doit jouer un role fondamental dans la
Coordination et l’animation.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
29
2.3 Stratégies
Étant donné la variété des ressources humaines présentes au sein de la filière et la
diversité des compétences à acquérir, il est important de structurer un système de formation
qui intègre l’ensemble des acteurs ainsi que les stratégies de formation propres à chacun. Dans
la section qui suit, quelques énoncés pour orienter la formation sont proposés.
Dans ce système de soutien au développement des compétences, la formation de base peut
être adaptée, mais aussi la formation continue ainsi que le service-conseil.
2.3.1 Stratégies de formation
Formation auprès des jeunes agriculteurs
Stratégies pour cibler les personnes à former
-
Cibler la formation auprès des publics restreints qui peuvent assurer un impact
maximum soit principalement les jeunes caféiculteurs qui bénéficieront de crédits à
l’investissement
Stratégies en termes de compétences priorisés
-
Privilégier la formation en techniques de production
Privilégiées les savoirs faire et les savoir êtres
Stratégies pédagogiques :
-
-
Champs-écoles :
Les champs-écoles pourront être sélectionnés parmi les producteurs actifs au sein des
réseaux ceci permettra de valoriser, démontrer l’applicabilité des notions apprises, de
diminuer les coûts d’implantation des parcelles et assurera une meilleure cohésion
entre la formation et le travail de terrain
Alternance travail étude :
La formation sera construite en suivant le cycle de production d’un jardin caféier. Ceci
permettra d’augmenter les capacités de valoriser les savoirs-faire et savoirs-être.
Stratégies de pérennisation :
-
Assujettir l’octroi de crédit à la rénovation des parcelles à l’inscription d’un jeune à un
programme de formation
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
30
-
Établir des partenariats régionaux entre les institutions d’enseignements, les réseaux
caféiers, les institutions financières locales, ainsi que d’autres structures locales
(municipales, etc.) afin de créer une synergie locale.
Les acteurs stratégiques :
-
L’implication des structures régionales permettra :
o de bénéficier des compétences en matière de suivi et conception de programme
pédagogiques présentes au sein des écoles
o d’assurer aux jeunes une transition entre le milieu scolaire et le milieu du travail
o de bénéficier de certaines économies d’échelle en termes de gestion
administrative et en termes d’infrastructures
o de créer une synergie favorisant le développement régional
-
L’implication des réseaux caféiers régionaux permettra :
o de maintenir les attentes en termes de formation pratique
o de bénéficier de certaines parcelles de producteurs élites qui pourront
constituer les champs-écoles
o de bénéficier des compétences techniques spécialisées des techniciens présents
au sein des réseaux
L’implication de l’INCAH permettra :
o D’assurer une cohésion en termes de formation développée
o De maintenir des standards de qualité en termes de formation
o De favoriser les échanges et assurer la diffusion des innovations en termes de
formation
-
Formation auprès des agriculteurs élites impliqués dans la production
Stratégies pour cibler les personnes à former
cibler la formation auprès des publics restreints qui peuvent assurer un impact
maximum soit tout d’abord les producteurs impliqués dans les comités des réseaux de
coopératives puis les producteurs impliqués au sein des différentes coopératives et par
la suite, les producteurs qui fraîchement nommées au sein de leurs coopératives ou
réseaux.
Stratégies en termes de compétences priorisés
-
Privilégiés les formations en terme de gestion des organisations, gestions financières
gouvernance, commercialisation du café, gestion de la qualité, etc.
- Privilégiées les savoirs faire et les savoir êtres
Stratégies pédagogiques :
-
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
31
Élaborer des ateliers de formations en coordination avec le calendrier annuel des
réseaux de coopératives (tenue d’assemblée générale, élaboration de plan d’action
annuelle, préparation d’une campagne de collecte, etc.)
Les acteurs stratégiques :
-
-
-
L’implication de la PNPCH permettra :
o D’assurer un maintien des compétences au sein d’une structure présente dans le
milieu
o de créer une synergie favorisant la concertation nationale
L’implication des réseaux caféiers régionaux permettra :
o de maintenir les attentes en termes de formation pratiques
o de bénéficier des compétences des experts présents au sein des réseaux
Stratégies pour les professionnels (deuxième niveau)
Formation auprès des extentionistes
Stratégies pour cibler les personnes à former
-
Travailler en partenariat avec les réseaux pour cibler les extentionistes potentiels.
Stratégies en termes de compétences priorisés
-
Privilégier des formations en termes de techniques de production
Développer des compétences en termes de services-conseils agricoles
Assurer des compétences en termes de gestion et suivis des crédits
Stratégies pédagogiques :
-
Élaborer des ateliers de formations au sein des réseaux
Les acteurs stratégiques :
-
-
L’implication des réseaux caféiers régionaux permettra :
o de maintenir la cohésion entre les agronomes et les extentionistes
o de bénéficier des compétences des experts présents au sein des réseaux
L’implication de l’INCAH permettra :
o D’assurer un maintien des compétences au sein d’une structure présente dans le
milieu
o de créer une synergie favorisant la concertation nationale
Formation auprès des techniciens et agronomes
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
32
Stratégies pour cibler les personnes à former
Dans le cadre du plan de relance de la filière, ces techniciens agricoles vont œuvrer au sein
de trois structures organisationnelles. Soit les réseaux de coopératives qui assureront un
service-conseil aux producteurs, les institutions financières qui fourniront des services financiers
aux producteurs et qui devront donc assurer le suivi des crédits et enfin les structures de
formation qui assureront la formation des jeunes agriculteurs. Il faudra travailler en partenariat
avec les réseaux et les Institutions Financières (IF) pour cibler les agronomes potentiels.
Stratégies en termes de compétences priorisés
-
Développer des compétences en termes de services-conseils agricoles
Assurer des compétences en termes de gestion et suivis des crédits
Assurer des compétences en termes de gestion de ressources humaines et
d’administration
Stratégies pédagogiques :
Élaborer des programmes de formation en partenariats avec des Facultés nationales et
des Institutions de formation internationales avec des cursus déjà établis
- Privilégier des formations en termes pratiques par des stages à l’étranger pour créer une
masse critique d’agronomes et techniciens ayant de bonnes aptitudes pratiques et
techniques. Idéalement, il faudra veiller à ce que plusieurs pays soient visités par ces
agronomes afin de profiter de différentes approches de travail.
- Effectuer une formation en plusieurs étapes :
o Formation d’une première cohorte à l’étranger
- L’implication des réseaux caféiers régionaux permettra :
o de maintenir la cohésion entre les agronomes et les extentionistes
o de bénéficier des compétences des experts présents au sein des réseaux
Les acteurs stratégiques :
-
-
Les universités nationales
L’implication de l’INCAH permettra :
o De disposer d’une structure capable de donner les orientations en termes de
recherches et d’études sur la filière.
o D’assurer un maintien des compétences au sein d’une structure présente dans le
milieu
o de créer une synergie favorisant la concertation nationale
Formation auprès des gérants de coopératives et agents commerciaux
Ces formations sont moins prioritaires pour le moment. En effet, les activités de
commercialisation de la récolte ont fait l’objet de formation récemment dans le cadre du projet
KORAKEFE. Par ailleurs, les activités de commercialisation pour le café lavée vont rester stables
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
33
les prochaines années. Il semble plus pertinent de renforcer les réseaux qui vont offrir des
services plus importants dans les prochaines années.
Employés-cadres au sein des réseaux et des organisations privées
Les cadres au sein des réseaux et organisations privées vont avoir besoin de
renforcement dans les aspects de gestion administrative et de gouvernance démocratiques.
Étant donné le nombre de cadres présents et les formations disponibles à ce sujet en Haïti, il
semble que ces cadres pourront bénéficier des formations continues. La PNPCH mais surtout
l’INCAH devra assurer une veille concernant le suivi des compétences de ces cadres.
En termes de renforcement des capacités pour la gestion de la qualité, le système
qualité mis en place avec la pérennisation des concours qualité et d’activités de ce type
permettra le maintien et la valorisation de ces compétences.
La formation au sein de la filière
Groupes cibles
Acteurs clés
Stratégies
INCAH
Programme de formation continue
en production,commerce
international (café) et gestion de la
qualité
Formation continue,
stage à l’étranger…
Deuxième niveau
Employés-cadres de
l’industrie
Employés-cadres au
sein des réseaux
Agronomes
Techniciens
agricoles au sein des
réseaux et org
privées
Extentionnistes au
sein des réseaux
Faculté haïtienne avec
partenaires étrangers
Programme cours de formation
continue en production caféière
Réseaux/INCAH
Formation continue
Formation à
l’étranger pour
créer une masse
critique
Formation par les
agronomes des
réseaux et orga.
Premier niveau, caféiculteurs
Producteurs élites
impliqués dans la
filière
PNPCH en partenariat avec les
réseaux
Jeunes agriculteurs
Des structures locales en
partenariat avec les acteurs
locaux (réseaux, IF, etc.)
Accrédités par l’INCAH
Formation continue
Formation non
diplômante, en
alternance, Champs
écoles
2.3.2 Stratégie pour la recherche
Mise en place d’une chaire de recherche consacrée à la recherche sur la filière café :
Ainsi un partenariat sera développé avec une faculté d’agriculture en Haïti afin qu’un
professeur prenne en charge la direction d’une chaire de recherche consacrée à la filière café. Le
mandat de cette chaire sera de mettre en place un comité de recherche et de proposer un
programme de recherche en fonction des orientations proposées dans le plan de relance. Il
devra par la suite développer des relations avec différents instituts de recherche dans le monde
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
34
tel que le CIRAD, PROMECAFE ou encore le CATIE. Le titulaire de cette chaire devra aussi assurer
des démarches de mobilisation financières pour assurer le développement de la chaire et du
programme de recherche.
Un mandat spécifique sera donné à la recherche concernant la collecte, l’analyse et
l’interprétation de données provenant du terrain. Cette chaire devra donc établir des
partenariats avec les réseaux et autres organisations du terrain pour favoriser l’échange de
données ainsi que leur interprétation.
Cette chaire de recherche n’aura pas forcement une exclusivité pour les différents mandats
de recherche. En effet, l’INCAH devra se garder le choix de faire jouer la concurrence pour
s’assurer d’une saine compétition dans le secteur de la recherche.
La recherche au sein de la filière
INCAH
Comité de priorités
Représentants
caféiculteurs
Industrie,…
Axes de
recherche
Structures
privées
Partenariats
nationaux
Chaire de recherche
Au sein d’une faculté
Professeur titulaire
Étudiants chercheurs
Mobilisation
financière
Échanges
internationaux
Partenariats
internationaux
Collecte et
interprétation de
données terrains
Réseaux
coop
Organis.
privées
Acteurs
Investisseurs
Pour permettre une meilleure visibilité et une meilleure coordination des activités de recherche
et de formation dans le sous-secteur, il sera important que le Service de Recherche de INCAH
soit mieux structurée et renforcée, et se concerte via le comité de priorités avec :
-
la DFPEA (Direction de la Formation Professionnelle et de L’Entreprenariat Agricole),
la direction de la Recherche et de l’Innovation du MARNDR,
les principales universités du pays principalement l’Université d’état d’Haïti et les ONGs
évoluant dans le secteur.
En ce qui a concerne à la formation une démarche importante doit être initiée l’INCAH à
plusieurs niveaux selon les professions envisagées dans le secteur pour assurer la sensibilisation
des besoins en formation dans le secteur :
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
35
-
Concertation avec les écoles moyennes d’agriculture ( EMAD, EMAH, ect…)
Concertation avec les universités locales (FAMV, UNEPH, UNIQA etc…)
Recherche d’opportunités de formation aux niveaux des Universités étrangères versées
dans le domaine, pour la formation de cadres de haut niveau avec un Master Sc, un PH
D.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
36
Axe 3 : Développement de la production
3.1
État de la situation
Les grandes zones de production
La superficie plantée en café en Haïti était évaluée à 171.000 ha en 1950. Il serait passé
à 135,000ha en 1958. Selon les estimations, il serait seulement de 97,500 ha en 1981, soit une
perte de 37,500 ha en valeur absolue équivalent à une réduction de 27 % de la superficie sur 40
ans et une décroissance annuelle d’environ 1% sur 50 ans (Actualisation diagnostic filière 2013).
Depuis ces années, l’évolution des superficies n’a pas fait l’objet d’une évaluation précise.
Aujourd'hui, l'essentiel de la production est concentré au niveau des régions Thiotte
(sud-est), Dondon (Nord), Carice / Mont-organisé (Nord 'est) Baptiste / Savanette (Plateau
Central) et Beaumont (Grand 'Anse). En dépit du déclin de la production, ces régions de grandes
potentialités continuent à produire un café de haute qualité avec des caractéristiques du terroir
hautement appréciées destiné aux marchés locaux et internationaux avec l'implication des
structures organisées.
CARTE CAFEIERE D’HAÏTI
Source BID, 2006 : Restauration de la compétitivité du secteur du café en Haïti.
Altitudes de production et pluviométrie
Avec des altitudes de production oscillant entre 300 et 1 800 mètres, certaines grandes
zones de production reçoivent une pluviométrie moyenne annuelle allant jusqu'à 2500 mm/an.
Les deux grandes périodes pluvieuses s'étendent d'Avril-Mai et Septembre-Novembre.
Les systèmes de production et familles caféiculteurs impliquées
À travers les différentes zones de production du pays, les systèmes de production
inventoriés sont des systèmes agroforestiers, où le café, en proportion très variable, est associé
avec d'autres cultures dans une logique de diversification. D'un côté, on a le système café en
polyculture traditionnellement appelé "Jadin créole" avec beaucoup d'essences fruitières,
forestières et autres cultures vivrières associées, ces systèmes de production représentent entre
95-97% des exploitations caféières du pays. « Ces systèmes agroforestiers constituent une
stratégie permettant au petit producteur de diversifier ses sources de revenus et de garantir
une certaine disposition alimentaire au niveau de l’exploitation agricole. Ces systèmes jouent
aussi un rôle capital en matière de gestion conservatoire de l’eau et des sols et du maintien de la
fertilité. La couverture boisée protège ainsi les caféiers contre la pluie et diminue ainsi les
risques d’érosion dans des régions à caractéristiques climatiques et géomorphologiques
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
37
favorables. La culture de café dans une zone donnée amène vers la régénération de la
couverture boisée et permet de réduire à moyen terme le problème critique de déboisement. »
Étude préparatoire à la formulation d’un programme d’appui à la filière café en Haïti. (2011)
Il existe également en Haïti, d'autres systèmes de production conçus avec le café associé
à très peu d'arbres (2 à 3 espèces associées avec le café avec une disposition spéciale bien
contrôlée). Très peu de caféiculteurs adoptent ce système qui représente moins de 3 % des
exploitations du pays. Quoiqu’il garantisse un plus grand volume et un meilleur rendement à
l'hectare, le producteur est limité dans sa logique de diversification souvent mal contrôlée. Ce
système de production est pratiqué par des exploitants relativement aisés. Le plus souvent ils
ont d’autres sources de revenus importantes .Ils ne sont pas dans une stratégie de survie et n’a
pas diversifier les activités sur leur parcelle car leur mécanisme de gestion de risque étant assuré
par leurs revenus extra-agricole.
Aujourd'hui, la situation des producteurs se présente ainsi pour ce qui est de la prise en charge
de la parcelle. Une première catégorie est constituée de producteurs investissant dans leurs
parcelles et bénéficiant d’aides pour la régénération et l’entretient de leurs parcelles. La
seconde catégorie regroupe la très grande majorité des parcelles dans lesquelles est réalisé un
entretien minimum (sarclage, régénération spontanée des plans de café, récolte). Il s’agit de
parcelles dans lesquelles aucun investissement n’est fait. La dernière catégorie représente les
parcelles en cours d’abandon, ou abandonnées le plus souvent en cours de transition vers une
autre culture annuelle (haricot, maïs, etc.) (voir schéma).
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
38
Système de production au niveau des principales zones de production de café
Zones
Système de production
Beaumont
Café, forestiers (saman, sucrin), fruitiers (oranger, avocatier,
citrus), vivriers (banane, igname, arbre véritable)
Thiotte/Belle Anse
Café, forestiers (mombin, saman, sucrin, Grevillea) fruitiers
(oranger, avocatier, citrus) vivriers (banane, igname)
Dondon/Plaisance/Marmelade/Carice
Café, forestiers (sucrin, saman, trompette) fruitiers (oranger,
avocatier, citrus) Vivriers (banane, igname)
Baptiste/Savanette
Café, Forestiers (sucrin, laurier, trompette, Grevillea),
avocatier, citrus, banane
Maniche /Cavaillon/Tiburon/Baradères
Café, forestier (sucrin, laurier) fruitier (avocatier, citrus),
vivrier (arbre véritable, banane, igname,)
Source : Étude préparatoire à la formulation d’un programme d’appui à la filière café en Haïti. (2011)
Système de tenure des terres
Jusqu'à présent, des cas de conflits terriens ne sont pas constaté dans les zones
caféières comme c'est le cas pour certaines filières où très souvent, l'intervention de l'État est
nécessaire pour calmer les tensions. Cela pourrait être considéré comme un point fort au fait
que les propriétés sont plus moins bien identifiées.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
39
Certaines exploitations acquises par le biais du fermage, de-moitié et même en héritage
ne favorisent pas de grands investissements dans le secteur par le fait que le producteur n'a pas
une assurance de retour sur ses investissements. À ce moment, il peut hésiter quant aux actions
à entreprendre en vue d'implanter convenablement la parcelle caféière.
Selon l’étude préparatoire à la formulation d’un programme d’appui à la filière café en
Haïti réalisé en 2011, il existe au niveau de certaines zones des plantations caféières dont les
propriétaires vivent à l’étranger et qui sont exploitées sous forme de fermage par certains
particuliers. Lors de cette étude, plus de 95% des caféiculteurs ont confirmé exploiter leurs
parcelles en faire valoir direct et les 5% restants sous forme de fermage. Par contre, le
métayage n’a pas été repéré. Les parcelles acquises sous forme d’achat datent de plus 10 ans.
Les nouveaux acquéreurs ont majoritairement obtenu leurs parcelles par héritage.
Âge moyen des producteurs supérieur à 50 ans
Actuellement l’âge moyen des caféiculteurs est élevé (plus de 50 ans, selon l’état des
lieux présenté lors de l’atelier national). À ces âges, on comprend que les objectifs de bon
nombre d’entre eux sont plutôt orientés vers un retrait de la production que vers des
investissements majeurs. Par ailleurs, les enfants de ces producteurs ont aussi un âge avancé.
On comprend donc que le transfert de propriétés ou même de responsabilités quant à
l’exploitation des parcelles n’ont pas été réalisés. En combinant cette donnée à l’âge élevé des
parcelles et l’état de friches qui correspond à celle-ci, il est indéniable qu’un phénomène
d’exode rural et de déprise agricole est identifiable. Les ressources humaines font le choix de se
déplacer pour vendre leur force de travail ailleurs en Haïti et en République dominicaine. Ces
phénomènes doivent être mieux documentés, car ils constituent d’importants facteurs limitants
pour la relance de la production.
Taille moyenne des parcelles caféières
La majorité des caféiculteurs du pays sont des petits producteurs avec des exploitations
de très petite taille. Selon les statistiques, environ 70 % des producteurs ont en leur possession
entre ¼ et 2 hectares. Les données issues d'un recensement qui a été mené dans la région de
Thiotte par COOPCAB en 2013) montrent sur un échantillon de 2020 caféiculteurs enquêtés
qu’une majorité de 31% détient entre 0.5 à 1 ha. En second lieu viennent ceux qui possèdent 1 à
1.5 ha représentant 24.5% du total (Réf. tableau suivant). La tendance n’est pas connue pour
les autres régions caféières on peut présumer, compte tenu des similitudes qui existent, que la
répartition peut être comparable.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
40
Répartition des producteurs membres de COOPCAB en fonction de la superficie
cultivée en café
1.5 - 2
2.0 – 5
Producteurs par
catégorie
244
626
495
208
384
56
3
3
1
2020
% par Catégorie
12.1
31
24.5
10.3 19.01
2.77
0.1
0.15
0.05
100
CATEGORIE
> 20
1 - 1.5
TOTAL
15.0 - 20
0.5 - 1
10. - 15
0 - 0.5
5.0 - 10
Superficie en Ha
Vieillissement et délaissement de la plantation
La majorité des plantations de café sont vieillies avec une prédominance de la variété
Arabica typica à plus de 80%. De telles plantations relativement âgées ne peuvent pas conférer
aux producteurs le volume espéré. De plus, le manque de soins prodigués aux caféiers via des
pratiques culturales adéquates ce qui les rend très vulnérables aux maladies. À cela s’ajoute la
sensibilité du typica à la rouille orangée qui affecte les plantations avec une sévérité sans
précédents.
Dans la région de Thiotte par exemple, on peut observer des caféières très hétérogènes
dans un système plurispécifique, dans laquelle il y a des caféiers de variétés résistantes à la
rouille(Catimore) de moins de 4 ans, et une majorité de Typica d’âge divers allant de la plantule
à des pieds âgés, mais les souches ne sont pas forcément très vieilles (plus de 20 ans). En effet le
producteur gère le renouvellement des caféiers en laissent les plantules issues de la
régénération spontanée de la population, le taux de renouvellement de la population reste à
déterminer mais semble assez élevé. Les caféiers sont donc d’âge très variable, avec une
répartition dans l’espace totalement aléatoire et une forte densité. Les caféiers sont très hauts,
présentent plusieurs axes verticaux, peu de ramifications secondaires et une production qui se
localise principalement au sommet de la plante. Les principales pratiques sont la gestion des
plantules (ce qui inclue le renouvellement avec l’élimination des vieux pieds), le sarclage, la
fertilisation et la récolte. Les problèmes rencontrés sont le manque d’engrais, et les problèmes
phytosanitaires (rouille, scolyte et pourridiés), le manque de main-d’œuvre et donc au finale de
ressources financières.
Vu le niveau de vieillissement des plantations, les tailles de régénération se révèlent
aujourd'hui insuffisantes. Il faudrait que ces parcelles soient rénovées afin de pouvoir améliorer
le rendement moyen actuellement est nettement inférieur à 250 kg/ha.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
41
Principaux bioagresseurs rencontrés
Les principaux bioagresseurs d’importance économique rencontrés sont la Rouille
orangée, avec des taux d’infestation supérieurs à 80% dans certaines zones (forte incidence sur
les rendements ces dernières années), le Scolyte des cerises avec des taux d’infestation
supérieurs à 40%, et causant 15% de pertes et le pourridié qui attaque les plantes au niveau des
racines et du collet. Les plantations font face à d'autres attaques provenant d'autres insectes et
champignons mais leur incidence est plus faible.
Les problèmes de maladies et ravageurs sont souvent cités comme le principal facteur
limitant la production leur impact est d’autant plus forts que les parcelles manquent de
l’entretien et de l’investissement nécessaires nécessaire pour assurer un minimum de contrôle
des bioagresseurs. Le cas par exemple de l’épidémie de rouille, qui a été observée à l’échelle de
toute l’Amérique centrale et qui est déterminée en majorité par une modification de son aire de
répartition et des conditions climatiques favorables à son développement en raison du
changement climatique, a des conséquences d’autant plus fortes sur la production en Haïti que
les caféières sont vielles et mal entretenues.
Accès aux intrants limité
Compte tenu du niveau de lessivage des sols dans certaines zones et la pression exercée
sur le sol, il y a un besoin de renforcer la fertilité desdits sols annuellement. L'accès aux intrants
chimiques et organiques constitue une limitation.
Dans la région de Thiotte, plusieurs acteurs ont souligné l'absence des poulaillers et
d'initiatives de production de compost ceci fait qu'aujourd'hui l'approvisionnement en fumier à
base de fientes de poules provient en majeur parti de la République dominicaine. Par ailleurs,
dans la région de Baptiste, d’autres ont souligné que pour un nombre important d’agriculteurs
l’approvisionnement en intrants se fait dans les grands centres. Les agriculteurs doivent donc
souvent parcourir de grandes distances pour pouvoir s’approvisionner.
L'approvisionnement du marché est confié à quelques fournisseurs en nombre très
réduit qui sont le plus souvent dans les grands centres urbains voir uniquement à Port-auPrince (période d'achat, choix des intrants, rupture stock...). Le problème de disponibilité se
pose annuellement. Très souvent, le prix de l’engrais peut tripler d’une année sur l’autre. Par
ailleurs, les formulations d’engrais sont rarement adaptées aux besoins de cultures. Cela va de
mal en pire et constitue un manque à gagner énorme pour les producteurs.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
42
Les marges sont généralement basses dues au vieillissement de la parcelle
Dans le cadre du projet KOREKAFE, une étude des coûts de production est amorcée. Les
résultats ne sont pas finaux et ne sont que parcellaires néanmoins, on constate que les revenus
associés au café sont souvent très faibles du fait du manque de rendement des caféiers. On
estime que les recettes provenant du café constituent moins du tiers de revenu de la parcelle.
Dans un jardin créole bien entretenu, les revenus provenant du café pourraient plutôt
représenter plus de 40% des recettes de la parcelle. Le manque à gagner est flagrant. Il a été
évalué que la marge à l’hectare peut être aussi faible que 250$/ha (estimation lors de l’étude
préparatoire en 2011). Selon les résultats obtenus dans le cadre du projet KOREKAFE, il semble
que les résultats peuvent être plus intéressants et se situer autour de 1 000$ l’hectare (voir
annexe). Toutefois, on reste pour un caféiculteur possédant un demi-hectare bien en dessous de
1,50$/jour ce qui oblige le paysan à s’exiler pour espérer combler une partie de son coût de vie.
Une parcelle régénérée permettrait de doubler la marge obtenue et fournir des marges
supérieures à 2 000$/ha (voir annexe).
L’accès au financement
Le secteur café, à l’instar de bien des filières agricoles, souffre d’une déficience d’accès
au financement agricole. Cet accès difficile, jumelé à une mauvaise connaissance des bonnes
pratiques culturales, a contribué à une baisse continue de la production (superficie et
rendement). Devant ces faits (manque de connaissance et ressources financières restreintes),
les caféiculteurs, qui sont en réalité des producteurs agricoles de plusieurs spéculations, font le
choix économique d’investir leurs ressources dans des secteurs où le cycle de production est
plus court. Ils ont ainsi la perception de réaliser un investissement meilleur, sans analyse
économique plus poussée, car ces productions génèrent des revenus à court terme, mais la
réalité n’est peut-être pas si évidente. Les producteurs ont eu peu accès à des notions
d’éducations financières et d’éducation au crédit pour appuyer leurs décisions
d’investissements.
La fourniture de services financiers (crédit, assurances, transactionnelles) en milieu rural
constitue également un défi de taille en raison notamment de l’étalement de la clientèle, un
centre décisionnel loin des demandeurs et de la taille modeste des crédits. Le financement
agricole est souvent présenté comme un secteur plus risqué, car il est caractérisé par l’ampleur
et la nature de risques en présence. Plusieurs risques sont qualifiés de covariants, c'est-à-dire
qu’ils peuvent affecter simultanément un grand nombre d’emprunteurs d’une même zone. Le
secteur présente des risques au niveau de la variabilité des rendements : faible maîtrise
technique des caféiculteurs haïtiens, climat incertain, présence de bioagresseurs …; des risques
au niveau de la variabilité des prix : prix modulé par le commerce mondial, mais où le marché
local informel a une forte influence sur la fixation des prix. Ces risques jumelés à une faible
connaissance du secteur expliquent une plus grande réserve des IF dans l’offre de crédit
agricole. De plus la concentration des demandes sur un court laps de temps rend difficile un
traitement rapide de ces dossiers.
La problématique des taux des intérêts est importante lorsqu’on parle de régénération
des parcelles. Il importe ici de distinguer le crédit de campagne visant à supporter les
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
43
opérations annuelles régulières dans le cadre de la production, le crédit « commercial-café » qui
facilite les opérations « achat – traitement- et vente » et un produit de crédit s’échelonnant sur
une plus longue période permettant la régénération des plants (crédit régénération ou crédit
jardin –créole). Les expériences actuellement en cours (Korejadin) montrent que les
caféiculteurs ne sont pas demandeur d’un mécanisme « tout-subvention », mais sont plutôt à la
recherche d’un accès au financement leur permettant de bien développer leur parcelle.
Malgré la littérature existante traitant des effets perturbateurs de la subvention des
taux d’intérêt, il apparaît difficile, voire peu réaliste, dans le contexte haïtien de considérer que
les caféiculteurs puissent honorer un « crédit régénération » aux taux d’intérêt actuellement en
vigueur sur le marché (entre 2% et 3,75% par mois). L’accès au financement de façon pérenne
demeure un aspect fondamental du développement du secteur, cependant les efforts doivent y
être consentis en complément aux interventions visant à améliorer la performance des
producteurs, ce qui constitue la meilleure garantie de remboursement pour les IF.
Synthèse des difficultés et atouts concernant la production
La production très faible observée aujourd’hui est liée à une conjoncture de facteurs,
interdépendants. En effet les contraintes socio-économiques comme le mode égalitaire de
transmission de l’héritage foncier ainsi que l’incapacité des producteurs de générer des
bénéfices pour agrandir leurs exploitations font qu’aujourd’hui les parcelles cultivées sont de
tailles très réduites. De plus , l’exode rural entraîne un vieillissement de la population de
caféiculteurs conduisant à la perte du savoir-faire nécessaire à une bonne gestion des parcelles
ainsi qu’un manque de force de travail également nécessaire à une bonne gestion des parcelles.
Les problèmes de maladies et ravageurs sont des difficultés présentes mais secondaires étant
donné la situation globale. Les leviers au niveau des pratiques culturales sont nombreux pour
pouvoir augmenter la production. Mais ne peuvent être entrepris sans un effort
d’investissement du producteur, qui actuellement préférera investir sur les cultures annuelles
associées, qui génère un revenu à court terme plutôt que dans le café.
Les stratégies à mettre en place pour augmenter la production peuvent donc s’appuyer
sur un ensemble de solutions socio-économiques et techniques. Par contre, il faut dans un
premier temps concevoir un important programme de réhabilitation des parcelles qui prend en
compte les besoins en investissements. Bien sûr, il faut pour cela une meilleure compréhension
des systèmes de production, afin de quantifier et hiérarchiser les leviers d’actions disponibles.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
44
3.2 Les orientations au niveau de la production
Avant de fixer des stratégies d’actions détaillées, il convient de clarifier quel type de
production caféière est souhaitable dans le pays. Pour ce faire, quelques enjeux sous-tendent
ces orientations :
1- Répondre aux besoins des marchés à court et long terme
2- Assurer un mode de production accessible aux caféiculteurs et permettant la rentabilité
de l’exploitation
3- Assurer la valorisation des écosystèmes caféiers
4- Adapter la production aux changements climatiques
Soutenir la production pour les 5 grandes régions de production
Étant donné que le gros du volume café produit en Haïti provient actuellement de 5
grandes régions du pays à grande potentialité, le plan de relance entend concentrer les efforts
pour les cinq premières années, au niveau desdites régions qui sont le Sud-Est, le Nord, le
Nord'Est, le Plateau Central et la Grand'Anse . Parallèlement, des initiatives de relance de la
production seront encouragées dans d'autres zones réputées "caféières" à travers des
structures organisées. Au niveau des grandes régions retenues, les structures de production
existantes seront renforcées et d'autres initiatives de groupe seront encouragées et facilitées.
Soutenir la production à des niveaux d’altitude supérieures à 500 m
Le café représente une alternative pour protéger la couverture végétale du pays. Dans
les bassins de montagnes humides et semi-humides, dans des altitudes de 400 m allant à plus de
1500 m, les espaces les mieux protégés sont ceux cultivés en café.
Le café produit dans les zones de haute altitude représente le point fort du commerce
du pays. Par contre en dessous de 800 mètres les qualités organoleptiques des cafés sont
beaucoup moins recherchées et la forte incidence des maladies et ravageurs rend la production
moins contraignante. L’orientation donnée dans le cadre du plan de relance est de favoriser la
production dans les altitudes de 500 m et plus sans toutefois décourager les producteurs des
zones basses qui produiront pour la consommation locale.
Avec la variété typica cultivée à plus de 80%, on trouve à travers le pays des poches
caféières bien en dessous de 400 mètres. Cette variété réputée pour son adaptabilité facile aux
différents niveaux d'altitude connaît aujourd'hui ses limites avec le fléau rouille-orangée qui
attaque les plantations. Les investigations menées rapportent que dans les zones de basse
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
45
altitude les variétés typica et catura sont très vulnérables à la maladie (avec des taux
d'infestation élevés) à cause des conditions climatiques favorables. Même dans les zones
d’altitude comprises entre 1000-1200 m la majeure partie des variétés entrant dans les
ecosystèmes caféiers sont très vulnérables à la maladie. À travers le plan de relance, il est
envisagé d'intervenir au-delà de 500 m. Au niveau des zones de basse et moyenne altitude, les
variétés tolérantes et résistantes à la maladie (celles déjà identifiées et en phase
d'expérimentation sur le terrain : Catimor et autres lignées d'arabica) seront priorisées.
Maintenir et favoriser les systèmes de production agroforestier en favorisant
l’intensification du système productif
Le contexte socio-économique et environnemental dans lequel évoluent les acteurs de
la filière impose des modèles de production basés sur l'association du café avec des cultures
vivrières. Le plan de relance se donne pour objectif d'améliorer la productivité du système café
en polyculture traditionnellement appelé "Jardin créole" pratiqué à plus de 95% par les petits
producteurs. Pour y arriver, des modèles seront proposés avec une priorisation des espèces en
fonction des zones d'intervention (distance et types de plantation suivant la pente, adaptabilité
des cultures, valeur marchande, service environnemental offert, etc.).
Favoriser l’intégration de jeunes agriculteurs
L'âge moyen du caféiculteur haïtien se situe autour de 51 ans. Le plan de relance
compte encourager l'intégration de jeunes entrepreneurs dans le secteur afin d'assurer une
certaine durabilité des actions à poser et de faciliter des investissements dans le secteur. Une
attention particulière sera portée au producteur de moins de 40 ans. Il sera appelé à assurer une
prise en charge de l'exploitation d’un aîné (sur la base d'une entente établie) afin de combattre
en partie "l'abandon des fermes" après la mort du père.
Les jeunes producteurs seront aptes, une fois conformes aux critères de sélection
établis, à recevoir des crédits destinés à la rénovation des plantations caféières ou à la mise en
valeur des surfaces cultivables en leur possession.
Soutenir le maintien de la variété Arabica typica
Pour ce qui est de la variété typica, vu son importance, la culture sera encouragée dans
les hauteurs (plus de 1000 mètres) tout en encourageant les différentes méthodes de lutte
intégrées contre la rouille (réf. itinéraire technique nécessaire afin de maintenir la productivité
de la parcelle).
Des investigations de terrain ont permis d'identifier certaines variétés qui s'adaptent et
qui se comportent bien face à la rouille, notamment à Thiotte et à Dondon. C'est le cas pour la
variété Catimor. À travers le plan relance, on entend procéder à la mise en place des pépinières
de production avec les semences issues desdites variétés. Les pépinières seront mises en place à
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
46
proximité des zones de production avec l'implication des réseaux organisés et des initiatives
individuelles.
Le plan de relance entend profiter des résultats d'expérimentations en cours sur des variétés
résistantes à la rouille testées dans certains endroits du pays. Toujours est-il que les variétés à
propager devront satisfaire les critères d'adaptabilité, de productivité, de résistance ou
tolérance à la maladie rouille et des caractéristiques organoleptiques.
À travers des services-conseils, les producteurs seront informés des stratégies et choix
de cultures à faire dépendamment de la zone de travail. À cette fin, les plantules présentant une
certaine tolérance ou résistance à la rouille seront rendues disponibles là où le besoin se ferait
sentir. Les résultats des recherches réalisées vont orienter certaines actions à entreprendre.
3.3 Objectifs
Pour l’axe de la production un seul objectif permet de résumer l’ensemble des actions
qui devront être entreprises ainsi il est formulé comme suit :
10 000 producteurs (petits, moyens et grands) ont réhabilité, renouvelé, établi des
parcelles et les principaux ravageurs et maladies pour ces parcelles sont contrôlées, ce qui
permet la production nationale augmente de 15 000 sacs d’ici 5 ans avec un potentiel de 100
000 sacs les années suivantes.
3.4
Stratégies pour la petite et moyenne entreprise
L’ensemble des stratégies développées pour remplir cet objectif se regroupe en 5 points
majeurs :
1- Renforcer les réseaux et structures privées afin qu’elles offrent un service d’encadrement
technique en partenariat avec l’état haïtien
2- Structurer un système de production de plantules saines et/ou résistantes à la rouille pour
approvisionner les parcelles à régénérer et renouveler ainsi que la mise en culture de
nouvelles plantations
3- Renforcer les réseaux et des structures privées afin qu’ils développent des services
d’approvisionnement en intrants
4- Implantation de produits de crédits/subventions à l’investissement pour permettre la
régénération et la rénovation des jardins créoles et l’établissement de nouvelles plantations
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
47
3.4.1
Renforcer les réseaux et structures privées afin qu’elles offrent un service
d’encadrement technique en partenariat avec l’état haïtien
Étant donné que le nombre important de caféiculteurs, il n’est pas possible de former
l’ensemble de ceux-ci. Pour rejoindre un nombre plus important de personnes, un système de
services-conseils doit être mis en place.
Institutions offrants le service-conseil
Plusieurs paramètres peuvent être pris en compte pour faire le choix des organisations
qui assureront le service-conseil aux producteurs :
-
Proximité avec les caféiculteurs
Importance de l’étendue nationale
Capacité de pérennisation des services
Capacité de collaboration avec les Institutions financières locales et nationales
(l’arrimage appui technique-crédit agricole est obligatoire)
En fonction de ces quatre critères, les différents réseaux caféiers sont les structures qui
possèdent le plus d’atouts pour offrir les services mentionnés. En effet, en ce qui concerne la
proximité avec les producteurs, peu d’organisations peuvent revendiquer une proximité plus
grande. De plus, des réseaux sont présents sur l’ensemble des régions caféières. Enfin, il sera
possible à l’avenir d’envisager des méthodes de prélèvements de quotes-parts sur les activités
de commercialisation pour assurer, au moins en partie, le financement des services.
Malgré tous les avantages que recèlent les réseaux de producteurs, il faut prendre en compte
que ce type de structure ne convient pas à tous. Par ailleurs, il est aussi important que les
réseaux soient confrontés à une concurrence qui permettra d’assurer l’amélioration continue
des services. C’est pourquoi, il faudra ouvrir la porte à des structures-conseils privées.
Types de services offerts
En prenant pour base le service-conseil offert dans le cadre du projet KOREKAFE il est
possible de présenter un modèle d’offre-conseil qui alternera suivi individuel et rencontres de
groupe. Chaque producteur obtenant un crédit se verra dans l’obligation de participer aux
services-conseils de son service d’appartenance.
Parmi les services offerts par les réseaux, on pourra trouver ceux-ci :
1- Soutien à l’élaboration de plan d’action pour le renouvellement d’une parcelle :
a. Caractérisation et évaluation du potentiel agroécologique de la parcelle
b. Élaboration d’un plan de développement de la parcelle
c. Élaboration d’un plan d’investissements et d’un budget de production
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
48
d. Etc.
2- Conseil et suivi en technique de production
a. Dépistage des maladies et ravageurs
b. Conseil à l’achat et l’application d’intrant
c. Conseil à la taille et la régénération
d. Techniques de compostage
e. Etc.
3- Conseil et suivi en comptabilité et gestion
a. Soutien à l’évaluation du coût de production
b. Analyse de rentabilité
c. Soutien au suivi des documents légaux
d. Soutien à la tenue de registre technico-économique
e. Etc.
Financement des services
Étant donné, les difficultés liées à la production, il est difficile pour le moment
d’autofinancer le service-conseil qui sera fourni au producteur. Par contre, on peut penser qu’à
l’avenir un prélèvement réalisé par les coopératives sur le café produit pourra permettre
d’assurer une part du financement du service. Par contre, il faut dès maintenant développer un
service-conseil à coût contrôlé afin de maximiser la capacité de prise en charge par le milieu.
3.4.3 Structurer un système de production de plantules saines et/ou résistantes à la
rouille pour approvisionner les parcelles à régénérer et renouveler
Pour produire les 17 500 000 plantules nécessaires, il faudra prévoir un objectif global
de 20 millions de plantules pour la période, incluant les éventuelles pertes. Cette production se
fera à travers un réseau de pépiniéristes certifiés qui auront à bénéficier d'un programme
préalable de formation qui leur permettra d'acquérir ainsi un nouveau métier. Des jeunes seront
privilégiés pour intégrer ce réseau de pépiniéristes attitrés.
L’INCAH sera chargé de donner les orientations concernant le type de variétés à
valoriser et pourra assurer la certification de producteurs de semences.
Par la suite, les réseaux et associations de producteurs et organisations privés auront la
responsabilité d’assurer la multiplication des plantules ainsi que leur distribution. Cette
distribution pourra se faire en lien avec les activités de régénération et de mise en place de
nouvelles plantations
3.4.4 Renforcer les réseaux et des structures privés afin qu’ils développent des services
d’approvisionnement en intrants
Les producteurs ont peu accès aux intrants de qualité et adéquats pour leur production,
un système d’approvisionnement soit par un système d’achat groupé ou par le développement
d’un centre d’intrant doit être envisagé, et ce en fonction du calendrier cultural.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
49
Pour ce faire, un appui au niveau des réseaux et associations de producteurs ainsi que
d’organisations privées sera fourni pour structurer ces services. Pour ce faire, il faudra tout
d’abord assurer la réalisation de plan d’affaires pour les centres de services (structurer la
demande en fonction du scénario choisi : achat groupé ou centre), fixer un mode de paiement,
etc.). Par la suite, il faudra assurer la formation des gérants. Une mise de fonds pourra être faite
pour permettre le démarrage des activités.
Plusieurs expériences de ce type ont été menées par le passé. Elles n’ont pas toutes été
couronnées de succès. Un suivi rapproché des activités de fournitures d’intrants devra se faire
afin de soutenir les réseaux dans le développement de ces activités.
Représentation du secteur de la production selon le plan de relance
Soutien
administratif
PNPCH
Org. partenaires
Soutien
technique
INCAH
Org. partenaires
Évaluation
des variétés
(Rouille)
Institutions
Financières
locales
Crédit
Commerce
Médiation
financière
Crédit
jardins
créoles
3.4.2
Réseaux
coop
Organis.
privées
Services
conseil
Service
d’intrants
Producteur
leader
Producteur
leader
Multiplication
plantules
Distribution
Plantules
Producteur
leader
Implantation de produits de crédits/subventions à l’investissement pour
permettre la régénération et la rénovation des jardins créoles et la mise en
place de nouvelles plantations
Tout en tenant compte du rôle de booster que peut joué la subvention a l’établissement des
plantations caféières. Lors de l’atelier national sur la relance de la filière café, l’ensemble des
partenaires a demandé l’implantation d’un système de crédits qui permettra aux caféiculteurs
d’investir sur leurs parcelles. Les responsables de la Plate-forme Nationale des Producteurs de
Café d’Haïti ont mentionné que leurs membres avaient un fort intérêt dans le développement
d’un système de crédit accessible. Dans l’ensemble des pays producteurs de café, un système de
crédit à l’investissement est en place pour permettre de maintenir le capital productif des
systèmes caféiers. Ce système est inexistant en Haïti.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
50
Suite à une activité de crédit à la régénération dans le cadre du projet KOREKAFE,
plusieurs initiatives de crédit à la régénération se sont développées avec plus ou moins de
succès au sein de la filière. Ainsi dans les cinq grandes régions caféières des initiatives de crédit
pour le financement des investissements sont en cours. Dans le cadre du projet KOREKAFE, il y a
pour la région du Sud-Est et la région du plateau central des activités de crédit regroupées sur le
nom de KOREJADEN.
Enfin dans les régions du Nord, en prenant pour base l’activité KOREJADEN, un système
de crédit s’implante avec le réseau RECOCARNO.
Différents mécanismes devront donc être mis en place pour permettre un accès aux
crédits adéquats aux caféiculteurs. Ces mécanismes concernent les aspects suivants :
le renforcement des capacités des institutions financières;
La mise en place de mécanisme de sécurisation soit un fonds de garantie et une
assurance-récolte/revenu;
le développement de produits de crédit adaptés à la production caféière en
Haïti;
la mise en place d’un mécanisme de subvention;
un cadre de collaboration avec les réseaux coopératifs ou opérateurs privés
pour faciliter le traitement rapide et efficace des demandes de crédit.
Actuellement un projet du MARNDR est en action qui se nomme Système de
Financement et d'Assurances Agricoles en Haïti (SYFAAH). La démarche de ce projet consiste à
mettre en place de telles actions. Les éléments à mettre en place devront s’intégrer au SYFAAH,
en effet, il serait inopportun et inefficace de lancer des travaux dans un autre cadre alors qu’il
en existe un qui est en activité.
Le renforcement des capacités des IF passe par les éléments suivants : l’assurance d’un
approvisionnement en capitaux pour l’ensemble des acteurs financiers et le renforcement des
capacités des employés, car une meilleure connaissance du secteur amène une meilleure
évaluation des risques, un accès amélioré et un meilleur service à la clientèle.
La mise en place d’un fonds de garantie permettra de faciliter l’accès aux crédits pour
les caféiculteurs auprès des IF qui participeront à un processus de professionnalisation de leurs
activités de financement agricole. L’accès à ce fonds pour les IF devrait s’accompagner d’une
certaine réduction des taux d’intérêt chargés aux producteurs.
Le développement d’une assurance récolte/revenu est un mécanisme qui nécessite plus
d’analyse étant donné qu’il faut mesurer l’impact d’un grand nombre de variables sur les
rendements sur une période de temps relativement longue. Des travaux à faire en collaboration
aux structures existantes (SYFAAH …) devront être entamés sur la période du plan de relance.
Les institutions financières devront également recevoir des appuis pour le
développement de produits financiers spécifiques à la filière café, les produits à envisager
devront porter sur le financement de la production (crédit de campagne), de la
commercialisation et de régénération à partir des acquis et expériences déjà en cours (SYFAAH,
KOREJARDIN …).
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
51
Le développement d’un mécanisme de subvention pour la régénération et la rénovation
des parcelles devra également être réalisé. Tout d’abord, il faut noter qu’une grande partie des
coûts de production est constituée de main d’œuvre, néanmoins l’analyse d’un « compte
d’exploitation type » laisse voir qu’il peut être envisageable de porter la subvention sur d’autres
aspects comme des plantules certifiées ou des fertilisants homologués au lieu de porter
directement sur le taux d’intérêt. La combinaison des stratégies ici présentées devrait
également contribuer à faire diminuer les taux d’intérêt.
Parallèlement au renforcement des IF, des activités de renforcement devront également
être réalisées au niveau des Réseaux. Un cadre concertation devra être mis en place afin
faciliter le traitement des demandes de crédit. Par exemple, l’implication et la validation des
besoins faits aux niveaux local/ régional (fait en partenariat organisation paysanne – IF) permet
le traitement d’un grand nombre de dossiers individuels de façon simultanée. Un autre scénario
à envisager (qui peut se faire en complémentarité au précédent) est le traitement «
informatique » des demandes, l’utilisation de tablette avec informations sur la culture du café «
prédéterminé » peut faciliter l’analyse et accélérer le processus décisionnel grâce à une
meilleure utilisation de la télécommunication.
L’approche pour renforcer l’accès au financement pour les caféiculteur et diminuer les
taux d’intérêt doit se faire sur un certain horizon de temps et cumuler l’effet de plusieurs
mesures « distinctes ». L’expérimentation dans le cadre de pilote se veut d’une importance
capitale compte tenu du caractère nouveau de plusieurs stratégies, permettre de « casser » les
habitudes de « tout-subvention », de bien distinguer les activités d’entretien et d’investissement
et permettre une meilleure appropriation de la part des acteurs du secteur.
Les principaux acteurs dans ce volet sont les IF et les Réseaux. Ces deux groupes
devront avoir des appuis externes afin de permettre le développement espéré et les impacts
positifs pour les caféiculteurs.
Le renforcement des Institutions Financières vise notamment le renforcement des
capacités de leurs employés et le développement de produits de crédits. Un aspect important
d’éducations financières devra également être développé. Les IF n’ont pas les compétences
pour accompagner les caféiculteurs et méconnaissent ce secteur. Cette méconnaissance
entraîne peu d’efforts déployés envers cette clientèle. Plusieurs de ces actions pourront être
déployées en partenariats avec des actions déjà existantes : embauche et formation d’officiers
de crédit des IF; développement d’instrumentation concernant la production de café (schéma
de production, calendrier cultural, coûts de production …), développement de produits de crédit
collaboration / entente sur le mécanisme de subvention.
Le développement de mécanismes de sécurisation via un mécanisme similaire au
SYFAAH. La mise en place d’un fonds de garantie et le développement d’un mécanisme
d’assurance récolte / revenu contribuent à favoriser l’accès aux crédits et diminuer les risques
de pertes lorsque des investissements sont réalisés.
Activités à mettre en place
Obtention pour capitaliser le fonds de garantie (ou un fonds existant FAPAH).
Analyse des données/variables pour le développement
Expérience pilote pour les mécanismes de sécurisation
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
52
Mise en place d’un fonds de liquidité pour les IF en ayant besoin
Certaines IF sont bien capitalisées et possède les liquidités nécessaires pour appuyer les
caféiculteurs, cependant pour d’autres institutions la disponibilité des fonds peut constituer un
frein important à un tel accompagnement. Il faudra analyser les besoins du secteur (notamment
pour les IF bénéficiant des mesures de renforcement et assurer une mobilisation des fonds.
Le système de financement
Fonds de garantie
Subvention sur le taux
d’intérêt
Outils
d’Assurance récolte
Soutien technique
Développement produit
Institutions
Financières
Réseaux
coop
Organis.
privées
Conseil technique
Médiation financière
Producteurs
agricoles (présence
d’un jeune)
3.5 Soutien au développement de grands investisseurs
Les torréfacteurs et certains grands industriels sont aussi actifs ou cherchent à
s’implanter dans la filière. Ceux-ci n’ont pas les mêmes capacités ni les mêmes besoins que les
plus petits producteurs. Ces acteurs investisseurs vont plutôt chercher à sécuriser leurs
approvisionnements en café. Comme le titre le mentionne, ceux-ci ont de bonnes capacités
d’investissement, l’accès au financement n’est pas limitatif. Le système productif préconisé vise
à rémunérer les agriculteurs qui ne seront pas des producteurs agricoles propriétaires mais
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
53
deviendront des ouvriers agricoles salariés. Ces investisseurs pourront alors recourir à des
gérants d’exploitation pour assurer le suivi des parcelles. Ces grandes entreprises pourront aussi
assumer leurs propres services de multiplication de semences et d’approvisionnement en
intrants.
Pour ce faire, un soutien spécifique doit leur être fourni et qui répond à leurs attentes.
Ces besoins sont entre autres :
-
-
-
Obtenir des services-conseils et orientations de haut niveau concernant les techniques
de production et les orientations de productions
Ces investisseurs doivent acquérir des terres en quantités importantes, il faut donc un
service qui leur permet d’identifier les terres disponibles et qui peut faciliter les
transactions et ententes d’utilisation des terres.
Des mécanismes de concertations doivent être envisagés, dans les zones a fortes
potentialités pour la culture du café, et ou de grandes espaces ne sont plus disponibles
pour l’acquisition, pour un partenariat gagnant-gagnant, entre les petits producteurs et
les investisseurs pour la mise en valeur des terrains et assuré un approvisionnement
régulier en café vert.
Advenant une augmentation de la production, il faudra s’assurer de pouvoir disposer
des facilités nécessaires pour assurer la gestion de la récolte et son transport. Pour ce
faire, l’état devra investir dans les infrastructures rurales. en ce sens, le sous programme
de développement des infrastructures rurales et aménagement des bassins versants
(dirab) devra prendre en compte les réalités de la filière café d’Haïti.
Différents services de l’état doivent être mis à contribution pour assurer un service à ces
investisseurs. Ainsi l’INCAH devra assurer un service de proximité en termes de soutien-conseil.
Par ailleurs, l’INARA devra aussi assurer un soutien pour faciliter l’acquisition des terres.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
54
Acteurs investisseurs
Structures de production «intégrées»
PNPCH
Concertation
INCAH
Torréfacteurs
industriels
Acteurs
investisseurs
Experts agronomiques
MARNDR
INARA
ÉTAT
Multiplicateur de
plantules
Mains d’œuvres
salariées
Propriétaires
Terrains
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
Services
conseil
Fournitures
semences
Soutien
acquisition
terres
Infrastructures
rurales
Facilitation
réglementation
55
Axe 4 : Développement des marchés
4.1 État de la situation
Les marchés actuellement disponibles pour les cafés haïtiens peuvent être classés en quatre
grandes catégories. On trouve tout d’abord le marché informel national qui absorbe près de
deux tiers de la production. Ce marché bien que très vaste n’est que très peu connut et ne fait
pas l’objet d’un suivi régulier. On peut aussi considérer le marché d’exportation vers la
République dominicaine qui selon les estimations a pu représenter près de 30% de la production
haïtienne. Les voies d’écoulement de la production vers ce marché, tout comme pour le marché
informel national, sont mal connues et ne font pas l’objet de suivi régulier. Ces deux grands
marchés accaparent la grande majorité de la production. Par contre, il existe d’autres marchés
formels qui sont représentés par les torréfacteurs nationaux ainsi que les réseaux de
coopératives ou d’association de producteurs. Ces deux marchés ont des intérêts puisqu’ils ont
des potentiels de développement intéressants et ont des actions structurantes pour l’ensemble
de la filière. Le volume réel de l’ensemble de ces marchés n’a pas fait l’objet d’évaluation
précise depuis plus de 8 ans (voir « Actualisation du diagnostic de la filière café en Haïti» en
document de support). Les estimations sont donc très hasardeuses, elles sont de 335 000 sacs
de 60 kilogrammes. Néanmoins dans les lignes qui suivent, une présentation de ces principaux
marchés permet de mieux les situer.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
56
Le marché national
Une approximation des marchés situe la consommation nationale à 200 000 sacs de
60 kg. Contrairement à certains autres pays producteurs, la population haïtienne est fortement
consommatrice de café depuis de nombreuses années. Il n’existe pas d’information permettant
d’évaluer la tendance de consommation de café en Haïti. Il semble que cette tendance de
consommation soit stable. L’accroissement de la population permet de croire que la demande
sera soutenue et au moins légèrement à la hausse au cours des prochaines années. Peu
d’informations permettent de penser que les habitudes de consommation sont en évolution
rapide. Pour le moment, il faut donc estimer que ce marché semble stable et au moins en légère
croissance pour les prochaines années.
Ce marché semble peu exigeant en qualité. Il n’existe bien évidemment aucune mesure
de contrôle de salubrité ou de qualité du produit. Approvisionné par un réseau de distribution
local qui transige des quantités assez faibles, actuellement aucun importateur ne cherche à
développer ce marché. Le café de type café pilé qui peut avoir subi des modes de traitement et
de torréfaction assez variables.
Le mécanisme de fixation du prix est fonction de la demande nationale, le marché de
référence semble être celui de Croix des Bossales. Le prix moyen au cours des dernières années
pouvait se situer entre 50 à 70 gourdes la livre de café pilé avec une variation annuelle en
fonction de l’arrivée de la nouvelle récolte. Par contre, au cours des 15 derniers mois, le prix a
subi une hausse marquée et il peut se situer à plus de 125 gourdes la livre (début 2015). Cette
tendance permet de comprendre que la demande n’est visiblement pas satisfaite.
Le café est un produit de consommation courante en Haïti et non un produit de luxe. Les
enfants sont initiés à la consommation à un très jeune âge. Il est permis de penser que la
demande pour le produit est plutôt inélastique, c'est-à-dire que le prix du produit n’aurait
qu’une incidence limitée sur la consommation. En conséquence advenant une augmentation
substantielle de la production on pourra assister à une chute importante des prix sans que la
demande augmente fortement. Ces mouvements de marchés auront alors des impacts majeurs
sur le reste de la chaîne d’approvisionnement. Il apparaît donc essentiel d’avoir une meilleure
caractérisation de ce marché pour mieux connaître les réelles habitudes de consommation de la
population et pour avoir une idée précise du potentiel de croissance de ce marché. Tout le
positionnement stratégique de la filière en dépend.
En termes de fonctionnement, il n’existe pas de monopole important d’acheteurs. On
constate plutôt une constellation plus ou moins complexe d’intermédiaires +/- 10 000 (en lien
avec les communautés locales).
Points forts, opportunités
Les prix sont rémunérateurs
Assure une activité économique à bon
nombre de personnes
Points faibles, risques
Le manque d’information sur ce segment de
marché ne permet pas de faire une analyse
précise de besoins du marché et des
potentiels réels
L’organisation informelle peut ralentir le
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
57
développement de la filière
Le marché binational (République Dominicaine)
Toujours de façon aussi incertaine, les exportations vers la République dominicaine sont
évaluées à moins de 100 000 sacs. Cette quantité serait en baisse ces dernières années étant
donné la force du prix sur le marché national haïtien. Selon diverses sources et selon la mission
effectuée en République Dominicaine dans le cadre du projet KOREKAFE en décembre 2014
(voir notes de travail comité développement des marchés en annexe), il semble que le potentiel
de développement de ce marché soit intéressant pour trois raisons fondamentales. Tout
d’abord, l’augmentation de la population dominicaine et l’accroissement du niveau de vie de
cette population de 10 millions d’habitants auront pour effet d’augmenter la demande
nationale. Par ailleurs, les prévisions concernant l’industrie touristique dans ce pays table sur
une augmentation des visiteurs (5 millions annuellement). Ceci devrait également stimuler la
demande. Or, malgré des efforts pour augmenter la production de la part du groupe INDUBAN
(investissements importants notamment par l’achat de 100 000 hectares de terre) et ainsi qu’au
niveau gouvernemental, selon les acteurs rencontrés lors de la mission en République
Dominicaine, la tendance générale dans le pays est plutôt orientée vers une baisse constante
des volumes produits. Il est donc possible de s’attendre à ce que la demande provenant de la
République dominicaine soit encore présente et forte dans les prochaines années.
Ce marché peut être catégorisé comme un marché de masse qui ne recherche pas de haut
standard de qualité. Néanmoins, il devrait tout de même rechercher des variétés de types
arabica typica puisque le principal acheteur a de bonnes capacités d’approvisionnement en
robusta. Encore une fois, toute une série de traitement et de voies d’approvisionnements a été
identifiée pour desservir ce marché. Ce caractère informel rend tout contrôle de qualité très
difficile à mettre en place et démontre le faible intérêt de ce marché pour la qualité du produit.
En République Dominicaine, INDUBAN est l’acheteur qui détient près de 95% du marché. Il
jouit d’un monopole national. C’est donc cet acheteur qui dicte les prix au niveau national ainsi
que les volumes qui seront attribués à chaque fournisseur. Pour préserver ce monopole d’achat,
il pratique une politique d’achat à prix intéressant aux producteurs afin d’éviter qu’un acheteur
ne puisse s’installer sur les marchés du pays. Il peut pratiquer cette politique, car il compense
ses achats élevés par un approvisionnement à bas prix en café de type robusta sur les marchés
internationaux. Ainsi, selon les réseaux de coopératives rencontrés en République dominicaine,
les prix d’achat d’INDUBAN offerts aux producteurs sont régulièrement avantageusement
comparables aux courts mondiaux et ceci en étant moins exigeant en termes de qualité de
produit. Cette politique d’achat se traduit en Haïti par des prix équivalents aux autres acheteurs
locaux. Par contre, les capacités financières de cet acheteur lui permettent d’obtenir un
avantage sur les marchés.
Les transactions transfrontalières se font de manières informelles. Cette situation s’explique
possiblement par la diminution des coûts de taxations pour les acheteurs. Autant en République
dominicaine qu’en Haïti, il semble plus avantageux de maintenir un réseau de fournisseurs non
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
58
structuré que de faciliter l’implantation d’associations de producteurs. Plusieurs raisons sont
évoquées pour justifier ce choix. Il est vrai, entre autres, que ceux-ci pourraient par la suite
s’organiser en groupes de pression. Dans ce cas de figure, les marchés restent désorganisés avec
une constellation plus ou moins complexe d’acheteurs.
Points forts, opportunités
Les prix sont rémunérateurs
Assure une activité économique à bon
nombre de personnes
La demande est en hausse
Les volumes demandés sont importants
Points faibles, risques
L’organisation informelle peut ralentir le
développement de la filière
Une situation de monopole qui ajoute un
risque important
Les torréfacteurs privés haïtiens
Il ne reste en Haïti que deux acheteurs de cafés formels qui sont aussi torréfacteurs. Ces
deux acheteurs vont transiger moins de 30 000 sacs par année de café. Leurs volumes d’achats
sont stagnants ou en baisse puisqu’ils ont des difficultés importantes d’approvisionnement. Ces
torréfacteurs approvisionnent les principaux supermarchés haïtiens ainsi que les principaux
marchés institutionnels (hôtel, restaurants, institutions). Des opportunités de développement
sont présentes au niveau international mais les difficultés d’approvisionnement et les prix sur
les marchés locaux ne leur permettent pas de développer ces marchés. Malgré le manque
d’informations sur les marchés nationaux, on peut comprendre que les opportunités de
développement sont intéressantes.
Ces acheteurs ont un intérêt envers le développement de la qualité des produits
notamment pour le développement des marchés internationaux mais leurs marchés nationaux
qui sont les seuls où ils sont fortement actifs couvrent toutes les gammes de produits. Ils
pourraient donc avoir de l’intérêt à obtenir un approvisionnement à plus faible prix en ayant
recours à l’importation de café robusta par exemple. Malgré quelques demandes en ce sens,
pour le moment aucune importation officielle de café n’est répertoriée. Ces acheteurs de café
s’approvisionnent sur les marchés locaux, ils torréfient donc du café pilé. Pour le moment, étant
donné la rareté du produit et la possibilité pour les producteurs d’écouler leur productions avec
peu de contraintes de qualité (notamment vers la république dominicaine), ils ne peuvent être
exigeants en termes de qualité de produit et exercent donc peu de pression sur les vendeurs au
niveau de la qualité. Le contrôle qualité est fait plutôt, par la suite, en classant les cafés selon
leurs gammes de produits et en effectuant des tris de cafés qui peuvent occasionner des coûts
importants pour eux.
Cette catégorie d’acheteurs ne possède pas un poids assez important sur la filière pour
exercer un contrôle sur les prix. Ils doivent donc suivre les cours locaux. Par contre, étant donné
leurs marchés et leurs incapacités à s’approvisionner en café sur les marchés internationaux, ils
sont à la recherche du prix le plus bas. Ces acheteurs ont mis en place certaines stratégies de
fidélisation de leurs achats (investissements dans des centres de traitements primaires, soutien
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
59
à l’organisation d’une association de producteurs, etc.). Par contre, pour le moment, leurs
principaux volumes d’achats sont majoritairement effectués par des voltigeurs.
Points forts, opportunités
Points faibles, risques
Développement de compétences dans le
secteur de la transformation
Capacité de traitement élevé
Compétence commercialisation, marketing,
etc.
Bonne capacité financière
Peu de capacités à développer les marchés
(volumes)
Niveau de collaboration avec les réseaux
formels faible
Peu d’implications réelles dans le maillon de la
production
Les réseaux de coopératives
Le dernier segment de marché est constitué par la voie café lavé qui a été fortement
encouragée par divers projets et programmes de développement au cours des dernières
années. Ce marché est un marché haut de gamme exclusivement tourné vers les marchés
internationaux. Malgré tous les efforts mis en œuvre, ce marché est stagnant depuis plusieurs
années, il représente moins de 5 000 sacs annuellement. Plusieurs facteurs peuvent expliquer
les causes de son faible développement, mais la force des marchés national et dominicain
constitue assurément une cause majeure de cette stagnation.
Pourtant, le potentiel de développement pour ce type de marché est aussi important.
Selon les enquêtes réalisées dans le cadre du projet KOREKAFE, les principaux acheteurs sur les
grands marchés que constituent l’Amérique du Nord, L’Europe (France, Angleterre, Allemagne)
et même l’Asie (Japon) ont la capacité de multiplier les volumes d’achats plus de dix fois
advenant des assurances concernant les volumes d’approvisionnement.
Ces marchés sont orientés vers différents types de qualité (produits certifiés,
caractéristiques organoleptiques élevées, etc.). Les potentialités de certains des terroirs haïtiens
et les orientations de productions de la filière se prêtent bien au développement de ce type de
marché. Par contre, ces marchés nécessitent des niveaux de compétences élevés qui ne sont pas
encore complètement développés au sein de la filière haïtienne (certification, contrôle qualité,
marketing, etc.). De plus, ces marchés sont très exigeants en termes de qualité, ils nécessitent
une structure de commercialisation plus lourde (investissements en infrastructure importants,
formalisation de la chaîne d’approvisionnement, etc.)
Ce marché est contrôlé en Haïti par différents réseaux de caféiculteurs. On comprend
donc que ces organisations cherchent à donner le meilleur prix possible à leurs membres. Pour
ce faire, ils fixent un prix au moment de l’achat et versent une partie des profits de leurs
exercices à leurs membres en fin d’année en fonction de leurs résultats de campagne. Le prix de
vente de ces réseaux est toutefois fixé en fonction des cours de la bourse de New York auxquels
vont s’ajouter différentes primes en fonction des reconnaissances de qualité. Les réseaux
doivent donc rechercher un équilibre entre les prix obtenus sur les marchés mondiaux et le
marché national. Au cours des dernières années, les réseaux de producteurs ont cherché à offrir
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
60
des prix aux producteurs au moins équivalents voir supérieur au marché national. Par contre, les
liquidités ont été plus difficiles à obtenir et les exigences en terme de qualité sont plus fortes ce
qui n’a pas permis de faire augmenter leurs volumes d’achats. Au cours des dernières années,
dans certaines zones, les acheteurs travaillants pour les marchés dominicains ajustaient leurs
prix à certaines périodes de la campagne de commercialisation afin de s’assurer d’obtenir les
volumes disponibles. On remarque donc que ces réseaux ont exercé une influence positive sur la
rémunération des caféiculteurs. Par contre, depuis les 15 derniers mois, ces réseaux ne peuvent
ajuster leur prix face à l’inflation vécue sur le marché national. Un nombre important de centres
de traitement n'a pas fonctionné réellement et bons nombres de marchés internationaux n'ont
pu être approvisionnés.
Ce segment de marchés est occupé par un groupe formé d’environ 7 réseaux répartis
sur l’ensemble des régions caféières. Ces réseaux regroupent entre 5 et 10 associations ou
coopératives de base qui comptent entre 250 et 750 membres chacun ce qui représente près de
30 000 caféiculteurs. Ces organisations constituent le seul réseau formel de caféiculteur. Ces
organisations sont prises dans un cercle vicieux impossible à briser étant donné le contexte de la
production. La non-disponibilité de la ressource entraîne la commercialisation de faibles
volumes. Ces faibles volumes ne permettent pas de rentabiliser les opérations, ce qui limite les
capacités financières de ces réseaux qui ne peuvent développer une meilleure concurrence face
aux acheteurs informels. Ils n’ont donc pas de capacité d’assurer leur rentabilité et leur
croissance par le biais des marchés. L’assistance internationale par l’entremise de projets et
d’ONG vient soutenir leurs existences. Cette assistance qui assure leur fonctionnement depuis
leurs formations nuit au développement de leurs capacités entrepreneuriales, ceci, combinés
aux difficultés financières des réseaux, rend difficile la rétention de ressources humaines
compétentes.
Points forts, opportunités
Présence sur différents marchés
internationaux
Bon potentiel de qualité
Liens avec les producteurs forts
Capacités de mobilisation financière et
technique
Suivi qualité en développement
Points faibles, risques
Marchés visés peu porteurs dans le contexte
haïtien
Rentabilité financière déficiente
Capacité financière faible
Vision entrepreneuriale à développer
Capacité de rétention de l’expertise faible
Sans soutien externe, ces structures sont
menacées de disparition
Le point sur la qualité
Des efforts importants ont été faits pour le développement des acteurs orientés vers les
marchés de qualité au cours des dernières années qui ont mené entre autres à la construction
de quatre laboratoires de suivi de la qualité, la formation de dégustateurs et d’experts qualité, le
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
61
développement de marchés haut de gamme (Haitien Blue, etc.) et la proposition d’un système
de suivi et contrôle de la qualité pour la voie café lavé.
Par ailleurs, un premier programme de suivi de la qualité de valorisation des experts qualité
a été mis en place par le projet KOREKAFE. Le schéma qui suit résume son fonctionnement. On
peut constater que le système de contrôle qualité mis en place ne concerne que la voie café
lavé. Ce système s’appuie sur les responsables qualité présents dans chaque réseau de
coopératives. Ayant reçu une formation en suivi et contrôle de la qualité, ils sont chargés
d’effectuer le suivi de qualité au sein de chaque coopérative membre de leurs réseaux. Pour ce
faire, ils comptent sur des outils de prises de données (balances, humidimètres, outils
administratifs, etc.). Ces responsables sont aussi chargés d’assurer la sensibilisation et le suivi du
travail des gérants de chaque coopérative. Pour maintenir leur capacité et valoriser leur rôle, un
concours annuel de dégustateurs est mis en place. Lors de ce concours annuel, un concours
pour déterminer le microlot de l’année en Haïti est aussi organisé. Ce système vient tout juste
d’être mis en place et sa pérennisation n’est pas encore assurée.
Ce système de contrôle de la qualité du café ne concerne que le café lavé et que ce système
ne concerne que les réseaux coopératifs. Les groupes privés ont leurs propres systèmes de suivi
et contrôle de la qualité.
Le frein le plus important concernant le développement de la qualité se situe au niveau des
marchés les plus porteurs (informel national et dominicain) qui sont orientés vers la quantité et
minent les actions de développement de la qualité. Dans un tel contexte, il n’est pas possible de
justifier aux producteurs de faire des efforts pour maintenir la qualité du produit. En effet, ces
efforts ne seront pas récompensés et même les marchés visés sont moins rémunérateurs. Ainsi
tant que les marchés nationaux ne seront pas approvisionnés adéquatement, il ne sera pas
possible de structurer une filière qualité.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
62
Bilan de la situation des marchés
Analyse SWOT
Points forts
Il existe une expertise dans les marchés de
qualité et d’exportation
Différents terroirs haïtiens donnent à certains
cafés haïtiens des caractéristiques
organoleptiques élevées
Opportunités
Dans l’ensemble des marchés, la demande
n'est pas satisfaite et souvent en hausse et les
prix fournis sont supérieurs aux cours
mondiaux
Les prix proposés aux producteurs permettent
d’assurer une rentabilité minimale de l’activité
Sur les principaux marchés, la demande est
peu exigeante en qualité
Points faibles
Les principaux marchés sont, mal connus et
peu suivis ce qui rend impossible l’élaboration
de stratégie commerciale
L’approvisionnement en café pour les
torréfacteurs n’est pas assuré pour les
prochaines années
La rentabilité des activités d’exportation est
faible du au volume disponible
Menaces
Les variations de prix sur le marché national
sont imprévisibles et ont des effets
déstabilisateurs importants pour l’ensemble
de la filière
Sans intervention extérieure, les filières café
de qualité et d’exportation sont menacées de
disparition
Un seul acheteur peut représenter 30% des
marchés de la filière
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
63
4.2 Objectifs
Étant donné les difficultés dues à la production du café pour l’ensemble des régions, les
objectifs de développement des marchés seront très conservateurs pour les prochaines années.
En tenant pour acquis que les efforts d’augmentation de la production ne pourront porter fruit
que dans un minimum de cinq ans, on comprend que l’accroissement des marchés sera faible.
Ainsi une augmentation tout au plus de quelques 15 000 sacs peut être proposée ce qui ne
permettra pas de fournir des volumes importants pour les marchés internationaux. D’ici les cinq
prochaines années, les marchés internationaux ne devraient pas représenter plus de 6% des
volumes commercialisés.
Par contre, si après 5 ans les objectifs d’augmentation de production sont atteints, à ce
moment, on peut projeter qu’une offre supplémentaire de 100 000 sacs sera disponible sur les
marchés pour une offre totale entre 400 et 450 000 sacs. Ceci pourrait permettre un réel
développement des marchés internationaux qui représenteront alors près de la moitié de la
production nationale. Devant cette alternative, il existe une réelle importance de maintenir les
acquis pour ce segment de marchés.
Malheureusement avec les quantités disponibles durant les cinq prochaines années, les
acteurs qui ont orienté leurs activités vers les marchés de qualité auront d’importantes
difficultés à rentabiliser leurs opérations. Il faudra donc fixer comme objectif en terme de
développement des marchés de :
Maintenir les capacités et les compétences développées dans les marchés de qualité
et d’exportation tels que les cafés lavés et les systèmes qualité.
Par ailleurs cette faible activité concernant les marchés d’exportation aura un impact sur
l’ensemble des coopératives et associations de caféiculteurs. En effet, pour l’ensemble de ces
organisations, la mission fondamentale consiste à développer les marchés de qualité à
l’international pour leurs membres. Devant cette non-disponibilité de la ressource, ces
structures ne pourront remplir cette mission et sont donc menacées de disparition. Afin de
maintenir ces organisations en activité, il est essentiel que leurs activités soient rapidement
diversifiées afin de répondre réellement au besoin de leurs membres et d’assurer leur
rentabilité. Un objectif à fixer sera donc que
Les Réseaux de coopératives et associations réorientent et diversifient leurs services
et activités économiques pour assurer leurs pérennités.
Concernant les marchés informels, étant donné leur importance, ils ne peuvent être délaissés
d’un plan de relance de la filière. Par contre, avant d’espérer agir face à ces marchés, il faut
passer par une première étape de connaissances et de structuration de ces marchés. Si bien que
pour les objectifs pour ces marchés ne peuvent être ambitieux et ne pourront qu’être de
Formaliser les échanges avec la République Dominicaine
Structurer les acheteurs informels
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
64
4.3 Stratégies
Objectif 1 : Maintien et développement de l’expertise pour des marchés de qualités et
d’exportation
1- Assurer la tenue de concours de qualité nationaux et la participation à des concours
internationaux
Le système de développement et de valorisation de la qualité des cafés dans un nombre
important de pays producteurs passe par l’organisation de concours nationaux de qualité. Ce
système est si bien structuré que pour bon nombre d’entre eux, ces concours nationaux
constituent une mode de sélection qui permet de diriger les meilleurs cafés du pays vers les
grands concours de qualité internationaux. Pour l’industrie mondiale du café, le Specialty Coffee
Association of America (SCAA) s’est affirmé comme la norme internationale en termes de
reconnaissance et valorisation de la qualité. Afin de faire valoir ses produits, il convient donc
que la filière café haïtienne structure un concours national de qualité reconnu selon les normes
internationales.
La Plate-forme Nationale de Producteurs de Café d’Haïti (PNPCH) a pris l’initiative cette
année d’organiser un premier concours national Café de Qualité d’Haïti. Cette première édition
fut un succès. Il est maintenant indiquer de soutenir la PNPCH dans cette initiative et
d’accompagner celle-ci pour que ce concours acquière une renommée internationale solide et
que part ce concours, la qualité des cafés s’améliore et que les professionnelles développent
leurs compétences afin qu’ils puissent se présenter à différents concours internationaux et qu’ils
obtiennent des résultats enviables.
2- Soutenir les réseaux de caféiculteurs pour orienter leurs marketings vers des segments de
marché à volume très faible et prix très élevé (micro-lots, concours qualité internationaux,
etc.)
Il faudra tout d’abord effectuer une étude de marché afin de déterminer une stratégie
marketing pour développer ce type de marchés et produit. Par la suite, une étude de faisabilité
devra être conduite afin de déterminer comment les réseaux de coopératives pourront ajuster
leurs fonctionnements afin que ce type de produits soit développé sans que cela vienne
remettre en question l’équilibre des pouvoirs au sein de ces réseaux.
3- Création d’une table de concertation pour le développement des exportations
Cette table de concertation sera formée par les principaux partenaires actifs dans ce
segment de marchés soit les torréfacteurs ainsi que les réseaux de coopératives. Le ministère de
l’Industrie et du Commerce sera invité à siéger à cette table. L’INCAH agira à titre d’agent de
concertation pour ce comité, il sera notamment chargé d’assurer le suivi administratif de cette
table. Le rôle de cette table sera de coordonner les actions de chacun pour en arriver à des
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
65
stratégies communes afin de mieux développer les marchés internationaux. Cette table pourra
aussi servir de cadre de discussions afin que des partenariats durables voient le jour entre les
différents acteurs.
Objectif 2 : Réorientation des activités des réseaux de coopératives
1. Voir axe développement de la production
Objectif 3 : Structuration des échanges avec la République Dominicaine
1. Caractériser le marché informel dominicain
Il convient d’actualiser les études qui ont été faites concernant ce marché. Notamment pour
vérifier les volumes réellement transigés par cette voie au cours des dernières années.
2. Mise en place d’un comité de stratégie spécifique pour la filière café haïtienne ou
responsabilisation d’une table de concertation
Il a été noté que le principal acteur ne voit pas d’avantage à court terme pour mieux structurer
les échanges. Par contre, différents acteurs de la filière café en République dominicaine ont un
intérêt à travailler en partenariat avec Haïti. On comprend que les discussions seront longues, il
faut donc mettre en place une structure (comité ad-hoc, etc.) pour assurer le suivi des
discussions. Ce comité devra élaborer une stratégie en vue de mener les discussions.
3. Tenue d’ateliers et de tables d’échanges afin de dégager des voies de développement
communes aux filières des deux pays,
Ce comité devra conduire une série d’échanges avec la filière café dominicaine, il devra aussi
être au fait et même possiblement participé aux négociations, plus générales, actuellement en
cours entre les deux pays.
Objectif 4 : Structuration des marchés informels nationaux
1. Réalisation d’une étude de caractérisation du secteur informel
Une recherche de type caractérisation devra être conduite pour actualiser les connaissances
sur ce secteur informel. Il faudra notamment mieux connaître les acteurs clés et les principales
actions qui pourraient être proposées pour permettre une meilleure structuration du secteur
2. Création d’une table de concertation rassemblant les acteurs de cette filière
Suite à cette étude, les principaux acteurs de ce secteur ayant été identifiés, il sera possible
de déterminer quels acteurs il sera pertinent d’inviter pour former ce comité. L’INCAH pourra
prendre en charge la formation et la coordination de ce comité en s’assurant que les
intervenants principaux (caféiculteurs, torréfacteurs, etc.) soient présents.
3. Élaboration d’une stratégie afin de mieux structurer ce secteur
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
66
À la lumière de l’étude menée, le comité pourra statuer sur une stratégie à mettre en place
afin d’assurer une meilleure coordination de ce secteur. Par la suite, ce comité pourra assurer le
suivi des actions.
En fonction des objectifs et stratégies proposés, certains acteurs ont des rôles importants à
jouer. Un schéma des interactions entre chaque acteur est présenté ci-dessous.
Les acteurs dans le secteur de la commercialisation
MCI
Comité
marché
national
INCAH
Comité
développement
exportation
Système contrôle
qualité
Concours
National
qualité
Réseau
informel
Torréfacteurs
Marché
national
informel
PNPCH
Marché
Dominicain
Réseau de
coopératives
Marché
national
formel
Concours
International
qualité
Marchés
internationaux
INCAH :
-
-
-
De par son rôle de pilotage de la filière, l’INCAH doit assumer la coordination des deux
tables de concertation. L’Institut doit donc mettre en place ces comités en s’assurant
d’une participation des acteurs stratégiques de la filière
Il doit s’assurer que des travaux de recherche soient conduits concernant les deux
marchés informels afin que les acteurs stratégiques de ces réseaux commerciaux soient
identifiés et que des actions incitatives soient proposées pour motiver ces individus à
participer activement aux tables de concertation.
Il doit assurer la formation d’un comité à la mise en place d’une stratégie afin de
structurer les échanges avec la République dominicaine
Enfin, il doit aussi fournir un soutien technique à la PNPCH dans la supervision des
concours qualité
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
67
PNPCH :
-
La PNPCH assume l’organisation des concours qualité en collaboration avec l’ensemble
des partenaires de la filière
Cette Plate forme siégera aussi dans les différents comités afin de représenter les
caféiculteurs
MIC :
-
Le Ministère de l’Industrie et du Commerce pourra siéger à chacun de ces comités de
concertation
Torréfacteurs et réseaux de coopératives :
-
Ces groupes devront assurer une participation active à ces comités de concertation
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
68
Identification des risques et mitigation
Les partenaires de la filière café haïtienne font face à des risques importants qui peuvent avoir
un effet sur la réalisation du plan de relance. Il convient de les identifier afin de déterminer des
mesures de mitigation.
Risque 1 :
Suite à l’incapacité de la filière d’approvisionner le marché intérieur,
l’importation de café se développe de manière importante.
-
-
Conséquences
o Les dynamiques de fixation des prix sur les marchés nationaux seront
bouleversées ce qui nuira fortement à la rentabilité globale de la filière.
o Il deviendra difficile de rentabiliser les investissements et les efforts de relance
seront compromis.
Mesures de mitigation
o Rapidement augmenter le volume disponible sur le marché local en augmentant
la production et en formalisant les exportations vers la République dominicaine
afin de les réduire.
Risque 2 :
Les stratégies envisagées ne sont pas adaptées aux zones (altitudes trop
basses par exemple ou diffusion de variétés non adaptées
-
-
Conséquences
o Les investissements ne produiront pas l’augmentation des rendements
escomptés;
o Il deviendra difficile de rentabiliser les investissements, les caféiculteurs ne
pourront rembourser leurs créanciers, etc.
Mesures de mitigation
o Bien caractériser les zones d’intervention et envisager /tester les différents
scénarios possibles; avoir une stratégie pour chaque zone pédoclimatique et
terroir où les problèmes socio-économiques et phytosanitaires ne sont pas les
mêmes
Risque 3 :
commune
-
Les partenaires ne s’entendent pas sur une stratégie d’investissement
Conséquences
o Les caféiculteurs, bailleurs, ONG pourront ne pas adhérer à un système qui leur
paraît moins avantageux.
Plan national de relance de la filière café d’Haïti INCAH/2015
69
-
o Les bailleurs de fonds et ONG pourront ne pas adhérer à une stratégie qui remet
en cause leurs actions.
o Les caféiculteurs pourront ne pas saisir les différences entre les différentes
stratégies ce qui occasionnera des problèmes de remboursement des crédits
Mesures de mitigation
o Une bonne préparation des acteurs, et des concertations pour que la stratégie
nationale soit unique et acceptée par tous les acteurs.
Risque 4 :
Les opérateurs (réseaux, structures privées) n’ont pas la capacité à intégrer les
nouveaux services à dispenser aux producteurs
-
-
Conséquences
o Les caféiculteurs, bailleurs, ONG pourront ne pas adhérer à un système qui leur
paraît moins avantageux.
o Les bailleurs de fonds et ONG pourront ne pas adhérer à une stratégie qui remet
en cause leurs actions.
o Les caféiculteurs pourront ne pas saisir les différences entre les différentes
stratégies ce qui occasionnera des problèmes de remboursement des crédits.
Mesures de mitigation
o Fournir un accompagnement à ces structures pour les accompagner dans leur
transition.
Risque 5 :
Difficultés de remboursement suite aux pertes de récoltes dues aux risques
climatiques ou au risque du marché.
-
-
Conséquences
o Il deviendra difficile de rentabiliser les investissements, les caféiculteurs ne
pourront rembourser leurs créanciers, etc.
Mesures de mitigation
o Implantation d’un système assurance-récolte.
o Implantation d’un fonds de garantie pour les prêts.
Risque 6 :
-
-
Risque de déperdition des cadres intermédiaires et des producteurs qualifiés
Conséquences
o Perte de compétences pour l’ensemble de la filière
o Difficultés d’implantation des stratégies
Mesures de mitigation
o Mettre en place des formations non diplômantes
o Assurer des formations en gestion des ressources humaines
o Assurer la formation d’un nombre important de ressources
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