Priyorizasyon filyè agrikòl pou sistèm finansman ak asirans agrikòl (SYFAAH)
Rezime — Etid la ki te detèmine ki filyè agrikòl ak alimantè SYFAAH ta finanse, ke Jules Stuart Pierre te prepare pou IICA, ak dat 23 out 2011.
Deskripsyon Konple
Jules Stuart Pierre, Ph.D., CFA, te prepare l pou IICA, ak dat 23 out 2011. Etid sa a nan tèt sekans SYFAAH la: li deside nan ki filyè agrikòl ak alimantè pwojè finansman ak asirans lan ta prete, epi dyagnostik filyè yo sou diri, banann ak mango soti nan konklizyon li. Li pase pa yon faz dokimantè, entretyen ak moun resous, epi analiz ak sentèz, apre sa li idantifye epi karakterize filyè yo anvan li aplike kritè priyorizasyon.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
PRIORISATION DES FILIERES AGRICOLES
SYSTEME DE FINANCEMENT ET D’ASSURANCE AGRICOLE
PREPARÉE POUR LA
IICA
Par
Jules Stuart Pierre, Ph.D., CFA
23 août 2011
PRIORISATION DES FILIERES AGRICOLES
SYSTEME DE FINANCEMENT ET D’ASSURANCE AGRICOLE
MISE EN CONTEXTE
.1
.2
Contexte général
Contexte spécifique
DÉMARCHE METHODOLOGIE
.1
.2
.3
Phase documentaire
Entretien auprès des personnes ressources
Analyse et synthèse des informations recueillies
IDENTIFICATION ET CARACTERISATION DES FILIERES AGRICOLES ET
ALIMENTAIRES ETUDIEES
.1
.2
Approche conceptuelle
Indentification et caractérisation des filières agricoles retenues pour l’étude
PRIORISATION DES FILIERES AGRICOLES ET ALIMENTAIRES
4.1
4.2
4.3
Critères retenus
Analyse comparée des critères et hiérarchisation des filières agricoles
Retenues
Les filières prioritaires pour le projet SYFAAH
5 CONCLUSION
6 ANNEXE
6.1 Principaux Experts Rencontrés
6.2 Principaux Documents Consultés
6.3 Tableau de Croisement des Critères
1
1.
MISE EN CONTEXTE
Le secteur agricole constitue une caractéristique essentielle du monde rural et joue un rôle
particulier au niveau du développement économique en Haïti. L'agriculture est le principal
moteur de l'économie rurale. Elle contribue de façon importante au revenu national, aux
exportations, à l’emploi ou à l’investissement. Elle constitue aussi la base des sources de
revenus de la majorité des agriculteurs et stimule également la croissance non agricole. De
plus, l’agriculture joue un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et agit aussi au niveau de
la préservation des ressources naturelles (sols, eaux, forêts).
Les petites exploitations agricoles en Haïti (exploitations familiales comprises entre 0.5- 1.5
ha) produisent l’essentiel1 des denrées alimentaires. Cependant, d’une manière générale,
elles regroupent des agriculteurs très démunis dont leur niveau de sécurité alimentaire est
souvent plus précaire que le reste de la population. Par conséquent, il est évident que la lutte
contre la pauvreté reviendra à s’attaquer aux problèmes de survie des petits exploitants
agricoles et de leurs familles.
Des mesures de soutien à l’agriculture (financement et assurance agricoles) sont donc
nécessaires et devraient se fonder sur la croissance agricole. Cette croissance pourrait
entrainer un impact plus marqué sur l'atténuation de la pauvreté que celle des autres secteurs
de l’économie. Ses effets pourraient alors garantir une certaine sécurité alimentaire ou
générer de revenus rémunérateurs, c’est-à-dire l’amélioration des conditions de vie et de
travail des ruraux.
1.1 Contexte général
Haïti reste l'un des pays les plus pauvres de l’Amérique Latine et de la Caraïbe. Sa
topographie, associant des pentes raides supérieures à 40%, le plus souvent sans couverture
végétale, et le régime agressif des pluies, rend le pays particulièrement vulnérable. Les
intempéries accélèrent l'érosion des sols en réduisant la fertilité et augmente les risques de
catastrophes naturelles en dégradant les infrastructures dont notamment les pistes rurales en
mauvais état. Dans ces conditions, le secteur agricole peine à se maintenir malgré sa forte
contribution à l'économie nationale (25% du PIB et près de 60% des emplois) et la
production ne parvient pas à suivre le rythme de la croissance démographique, créant une
forte dépendance de l'extérieur pour la couverture des besoins alimentaires (près de 55 pour
cent des besoins alimentaires sont couverts par les importations).
Le pays connaît depuis plusieurs années une situation particulièrement difficile caractérisée
par de faibles performances économiques avec un PIB stagnant, un taux de chômage
relativement élevé, des revenus familiaux faibles et irréguliers et une insécurité alimentaire
chronique touchant près de 30% de la population.
En 2008, suite à la forte flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants et le
passage de 4 cyclones en l'espace de quelques jours a causé plus d'un milliard USD de
1
Diagnostic du secteur agricole / Etudes MARNDR/BID/Banque Mondiale (2005)
2
dégâts sur les infrastructures mais également sur la production agricole (60 000 ha de
cultures vivrières rendus inutilisables), le nombre de personnes en insécurité alimentaire
était estimé alors à 3,3 millions de personnes.
En 2009, suite à des conditions plus favorables comme l'absence d'évènements climatiques
néfastes et les bonnes récoltes résultant d'une politique de grands travaux de réhabilitation
des infrastructures rurales et d'un appui soutenu à la production agricole, le nombre de
personnes en insécurité alimentaire a baissé jusqu'à 2,4 millions en juin, puis à 1,8 millions
en décembre, restant néanmoins plus élevé que les 1,6 millions enregistrés à la fin 2007.
En 2010, le séisme du 12 janvier 2010 a engendré un déficit2 de 120% du PIB et a eu
également pour conséquence un exode de population de la zone urbaine de Port-au-Prince
(600 000 environ) vers le milieu rural entraînant une grande pression alimentaire sur de
nombreuses familles d’accueil déjà démunies malgré une surabondance de pluies
occasionnant une très bonne production agricole et une plus grande disponibilité
alimentaire.
En 2011, tout laisse augurer une situation alimentaire critique et difficile caractérisée entre
autres par une sécheresse sévère, un faible investissement du MARNDR dans le secteur
agricole (à cause du blocage politique). Même si quelques potentialités d’exportation (café,
cacao, mangue, pois congo, produits de pêche, cabris, pintade, tamarin …) existent, le
secteur agricole peine à se développer, fait face à un manque d’appui financier et la quasi
absence d’un système de financement et d’assurance constituent des freins à la relance de la
production agricole.
1.2 Contexte spécifique
Suite à une entente entre les gouvernements du Canada et d’Haïti et un accord de
financement de la part de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI), le
consortium DID3-FADQDI4-IICA5 a fait appel à l’expertise d’un consultant national pour
réaliser cette étude.
Ce consortium a misé, entre autres priorités, sur le financement agricole et l’établissement
d’un système de financement et d’assurance en soutien aux filières agricoles "prioritaires"
pour relancer le secteur agricole. A ce titre, le financement agricole et l’assurance agricole
sont identifiés comme étant des leviers essentiels dont les effets viseront :
la sécurité alimentaire,
la réduction de la pauvreté,
la création d’emplois,
l’équité dans le développement hommes-femmes,
la durabilité du développement du secteur,
2
Plan National d’Investissement Agricole
Développement International Desjardins
4
Financière Agricole du Québec/ Développement International
5
Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture
3
3
les capacités de croissance du secteur pour l’avenir,
les effets sur l’environnement.
La présente étude a pour but d’analyser, de caractériser et de hiérarchiser les principales
filières agricoles aptes à satisfaire cette demande.
Cette étude valorisera en partie toutes les études déjà réalisées sur les filières agricoles en
Haïti et s’appuiera également sur des enquêtes auprès des personnes ressources, et sur des
documents de cadrage pour le secteur agricole élaborés par le Ministère de l’Agriculture des
Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR).
4
2.
DEMARCHE METHODOLOGIE
La méthodologie adoptée dans le cadre de cette étude s’appuie en partie sur la valorisation
des informations existantes en rapport avec l’objet de l’étude. Trois phases complémentaires
ont été définies dans la mise en œuvre de cette démarche. Elles consistent notamment à la
recherche documentaire, des entrevues auprès des personnes ressources et l’analyse et la
synthèse des informations recueillies.
Sur la base de plusieurs études réalisées au cours des récentes années, les informations
relatives à la caractérisation d’une manière générale de certaines filières ont été validées.
Ces données ont été vérifiées lors des entrevues auprès des personnes ressources du
MARNDR et des institutions de développement (ONG et bailleurs de fonds) du secteur
agricole.
L’approche utilisée lors de l’analyse et de la synthèse des données recueillies pour aboutir
aux résultats attendus pour cette étude a consisté à croiser différents niveaux d’informations
en fonction des différents critères définis pour l’étude. Un système de notation permettant
de mesurer l’importance des filières a été établi afin de combiner simultanément plusieurs
critères pour raisonner objectivement sur le choix et l’importance des filières agricoles et
alimentaires à prioriser. Ce tableau de croisement des critères a été largement diffusé auprès
des professionnels du secteur agricole impliqués dans l’exécution des programmes de
développement dans le pays.
La liste des ouvrages consultés et des personnes ressources rencontrées ainsi que le tableau
de croisement des critères sont présentés en annexe. (Annexe 2).
2.1 Phase documentaire
Deux fonds documentaires ont été consultés : celui des institutions de développement
œuvrant dans le secteur agricole qui renferme de nombreuses études sur les filières agricoles
et rurales, et celui du MARNDR regroupant les documents de cadrage pour le secteur
agricole. Les quatre documents6 de politique précisant les orientations stratégiques de ce
Ministère pour le secteur agricole ont été passés en revue. Les informations qui en résultent
ont donné certaines indications sur les filières d’importance priorisées par le MARNDR.
Quant aux informations issues des études financées par des institutions de développement
œuvrant dans le secteur agricole, elles sont de nature plus variées mettant en relief un
nombre pléthorique de filières agricoles et alimentaires d’importance pour le pays.
Néanmoins, elles précisent les contraintes inhérentes au développement de ces filières ainsi
que les opportunités de leur développement.
6
PNIA : Plan National pour l’Investissement Agricole
PDA
: Politique de Développement Agricole
PDVA : Plan Directeur de Vulgarisation Agricole
PNSAN : Plan National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
5
Toutes ces informations ont été testées, analysées, raisonnées objectivement en fonction des
critères relatifs à l’étude.
2.2 Entretien auprès des personnes ressources
Nous avons contacté plus d’une dizaine de personnes ressources auprès du MARNDR et des
institutions de développement. Ces contacts nous ont permis de compléter et de valider les
informations recueillies lors de la documentation concernant la caractérisation des filières.
Nous avons eu des entretiens semi-ouverts sur des thématiques bien spécifiques qui sont
entre autres :
1) l’apport de la filière à l’augmentation de la production agricole et à l’amélioration
des revenus des producteurs, critère lié à la sécurité alimentaire ;
2) la contribution de la filière à la création de valeur ajoutée, critère relatif à la création
de la richesse et à la réduction de la pauvreté
3) l’apport de la filière au développement d’autres secteurs de l’économie (agro
industrie), critère garantissant la croissance du secteur agricole pour l’avenir et la
durabilité du développement de ce secteur ;
4) la promotion de la chaîne de valeur de la filière, critère permettant une meilleure
intégration des femmes pour l’équité dans le développement hommes-femmes et
pour la création d’emplois ;
5) les effets de la filière sur l’environnement ;
6) les actions et projets en appui au financement des filières agricoles et alimentaires.
2.3 Analyse et Synthèse des informations recueillies
Les informations collectées lors des deux étapes précédentes ont été analysées et
synthétisées. Elles ont conduit d’une part à une caractérisation des filières d’importance
pour le secteur agricole, d’autre part contribué à déterminer les filières agricoles et
alimentaires à être soutenues par le projet SYFAAH.
6
3.
IDENTIFICATION ET CARACTERISATION DES FILIERES AGRICOLES
ET ALIMENTAIRES ETUDIEES
Notre étude porte sur le rôle que peuvent jouer le financement et l’assurance agricoles sur
les filières agricoles et alimentaires pour la relance de la production agricole et le
développement économique à travers le projet SYFAAH. Il est déterminant de bien
comprendre ce que l’on entend par ce concept de "filières agricoles" et de mettre en
évidence les éléments nécessaires pour les caractériser et ensuite les hiérarchiser à partir des
sept critères définis pour l’étude.
3.1 Approche conceptuelle
La filière peut donc être définie comme une succession d’opérations permettant de produire
un bien, mais il faut aussi considérer l’ensemble des techniques et technologies nécessaires,
les relations de complémentarité, le cheminement entre ces étapes, les résultats
économiques, l’ensemble des acteurs ainsi que leurs stratégies et les relations (de
complémentarité, de dépendance, de hiérarchie…) existant entre eux.
"Une filière agricole est centrée sur un produit agricole de base et sur tout ou partie de ses
transformations successives. Elle peut être considérée comme un mode de découpage du
système productif privilégiant certaines relations d’interdépendance et permettant de repérer
des relations de linéarité, de complémentarité et de cheminement entre les différents stades
de transformation. Au niveau agricole, on peut distinguer différentes étapes techniques pour
la filière d’un produit : la production, la transformation, la commercialisation, la
consommation. Ces étapes sont situées à l’amont ou à l’aval de la filière.
Une filière agricole peut être considérée comme "prioritaire" dans la mesure où elle remplit
un certain nombre de critères « techniques, économiques et sociaux » et qu’elle a des
chances de se maintenir et de se développer sur une période relative longue. Dans notre
étude, les filières correspondant simultanément à quatre des sept critères assignés à l’étude
ont été retenues comme "filières prioritaires".
3.2 Indentification et caractérisation des filières agricoles retenues
Pour bien identifier et caractériser le type de filières agricole, d’élevage ou alimentaire
d’importance pour le projet SYFAAH, nous avons mis en exergue les éléments d’analyse
suivants :
o
o
o
o
o
l’importance relative de la production,
l’apport à la sécurité alimentaire,
le potentiel d’exportation,
la valeur ajoutée de la filière (forte, moyenne, faible),
la demande sur le marché.
7
Partant de ces éléments, nous avons identifié 11 filières agricoles et alimentaires pouvant
être soutenues par le projet SYFAAH. Les données relatives à leur identification et à leur
caractérisation sont donc présentées dans les rubriques ci-dessous.
La filière café
C’est une filière d’importance majeure pour la protection de l’environnement. Sa capacité
de produire en association avec des cultures vivrières dans certains écosystèmes fragiles
« versants à haute altitude » garantit une production durable. Sa production7 annuelle pour
l’année 2010, en régression depuis quelques années, avoisinait les 54 000 tonnes métriques
dont les deux tiers sont consommés sur le marché national. La valeur ajoutée générée à
partir de cette filière est peu élevée à cause du vieillissement des parcelles de production. Sa
contribution à la sécurité alimentaire est très peu significative.
La filière riz
Cette filière joue un rôle prépondérant en matière de sécurité alimentaire. Sa production8
annuelle pour l’année 2010 était autour de 140 000 tonnes métriques, mais la demande
annuelle, très élevée, s’évalue à 400 000 tonnes métriques. Le potentiel d’exportation reste
très faible sauf pour certains "marchés niches9". Le mode de culture intensive développé en
milieu irrigué rend très négligeable l’apport de cette filière sur l’environnement. La valeur
ajoutée générée au niveau de cette filière est généralement élevée.
La filière patate douce
C’est l’une des principales filières vivrières assurant la sécurité alimentaire des ménages en
garantissant l’apport en calories bons marchés aux ruraux pauvres. Sa production10 annuelle
pour l’année 2010 avoisinait les 415 000 tonnes métriques. La demande nationale est
également très élevée puisque la quasi-totalité de la production est écoulée sur les marchés
locaux. Son potentiel d’exportation est très faible sauf si l’on améliore la chaîne de valeur
en développant la transformation pour générer une plus grande valeur ajoutée. Celle-ci est
généralement faible pour cette filière.
La filière mangue
Principale filière de fruit en Haïti, cette filière hisse le pays parmi les principaux
producteurs mondiaux. La production11 annuelle pour l’année 2010 oscillait autour de 500
000 tonnes métriques. Le potentiel d’exportation12 autour de 10 000 tonnes métriques pour
7
SSA/MARNDR
SSA/MARNDR
9
Marchés niches: marchés pouvant être desservis par un label de produit spécifique
10
SSA/MARNDR
11
SSA/MARNDR
12
Filières agricoles et dynamiques transfrontalières de LAREHDO
8
8
certaines variétés prisées (Francisque, Jean Marie, Cachiman, fil blanc…) est très élevé,
mais la demande nationale, extensible avec l’augmentation de la population, pour la large
gamme des autres variétés reste très forte. La diversité des écosystèmes du pays, autorisant
cette filière, contribue au développement d’une agriculture durable. La valeur ajoutée
généralement élevée pour cette filière pourrait s’échelonner sur plusieurs années. Cette
filière peut contribuer à la croissance du secteur agricole.
La filière maraîchère
Il s’agit d’une filière très importante pour la sécurité alimentaire dont la demande nationale
en milieu urbain s’accroit avec l’augmentation de la population. La production13 des
principaux produits (chou, laitue, épinard, tomate, oignon, carotte, ail, échalotte,
betterave…) s’élevait à 140 000 tonnes métriques pour l’année 2010. Le potentiel
d’exportation de cette filière est très faible puisque l’essentiel de la production est
consommée sur le marché intérieur. La valeur ajoutée générée par hectare pour cette filière
est généralement très élevée pour chaque produit constituant la filière.
La filière banane
Utilisée pour la valorisation des terres marginales dans les ravines, cette filière joue un rôle
prépondérant pour l’exploitation de certains écosystèmes complexes. L’essentiel de la
production14, plus de 400000 tonnes métriques pour l’année 2010, garantissait une bonne
partie de l’offre alimentaire pour ce produit. Le potentiel d’exportation pour cette filière est
très faible en raison de la forte demande nationale sur les marchés intérieurs. Cependant la
création de richesse par unité de surface (Valeur ajoutée/ha) est très élevée malgré divers
problèmes phytosanitaires. Cette filière contribue grandement à la sécurité alimentaire de
par l’importance de la production répandue sur les marchés intérieurs.
La filière volailles
Importante source de protéine pour les ménages, la filière volailles (œuf et viande) assure
l’offre alimentaire en protéine animale à faible coût sur les marchés intérieurs. La
production de volailles et d’œufs n’est pas bien connue mais reste largement insuffisante
pour satisfaire la demande nationale. Cette demande n’est pas non plus bien définie pour les
volailles, mais s’élève à plus de 30 millions d’œufs par mois extensible avec l’augmentation
de la population. Le potentiel d’exportation est quasiment nul pour les deux produits de
cette filière puisque la demande nationale est fortement compensée par l’importation
massive des œufs et des morceaux de viande. La valeur ajoutée générée de l’exploitation
des deux produits (œufs et viande) est généralement peu élevée.
13
14
SSA/MARNDR
SSA/MARNDR
9
La filière haricot
Développé dans certains écosystèmes favorables (plaines irrigués plateaux et montagnes
humides…) dans le pays, le haricot est très répandu dans l’alimentation des ménages ruraux
et urbains. La demande nationale en extension avec l’accroissement de la population est
faiblement satisfaite et est compensée par l’importation. Le potentiel d’exportation est très
faible puisque l’essentiel de la production15, plus de 92 000 tonnes métriques pour l’année
2010, n’assurait qu’une partie de l’offre alimentaire sur les marchés intérieurs. Les effets de
l’exploitation de cette filière sur certains écosystèmes fragiles (versants à haute altitude)
dégradent fortement l’environnement malgré la forte richesse créée (valeur ajoutée) à l’unité
de surface.
La filière canne à sucre
Utilisée pour la valorisation des terres dans les ravines et cultivée généralement dans les
plaines, cette filière joue un rôle fondamental dans la transformation de plusieurs produits
dérivés ("rapadou", "sirop de canne", "clairin" et "rhum") à de très forte valeur ajoutée. La
production annuelle, très élevée plus de 1.5 million de tonnes métriques est fortement
utilisée pour des usages industriels et semi industriels. Le potentiel d’exportation pour
certains produits dérivés (rhum) est très important, mais la demande nationale pour la large
gamme des autres produits dérivés ("rapadou", "clairin" et "sirop de canne") est également
très élevée. La valorisation des terres marginales dans les ravines contribue à la
réhabilitation de certains écosystèmes dégradés.
La filière pêche
Avec une production16 autour de 8000 tonnes métriques d’espèces halieutiques, La filière
pêche assure une bonne partie de l’offre en protéines animales sur les marchés intérieurs. La
demande nationale en milieu urbain excède la production et est très largement couverte par
les importations. Le potentiel d’exportation pour certains produits (langoustes, crevettes,
lambi..) sur des "marchés niches" est très élevé. La richesse créée par l’exploitation des
produits de cette filière est généralement très élevée. Cette filière contribue à assurer la
sécurité alimentaire en garantissant l’offre en protéine animale en milieu urbain.
La filière igname
Développée dans certains écosystèmes favorables (plateau et montagne humides), c’est
l’une des filières vivrières assurant l’offre alimentaire en tubercules sur les marchés
intérieurs. La production17 annuelle pour l’année 2010 avoisinait les 345 000 tonnes
métriques. La demande nationale est très élevée puisque la quasi-totalité de la production est
15
SSA/MARNDR
M. NORVILUS & AL : Étude des filières agricoles haïtiennes
17
SSA/MARNDR
16
10
écoulée sur les marchés intérieurs. Le potentiel d’exportation est très faible malgré de forte
valeur ajoutée créée autour de l’exploitation de cette filière.
Les onze filières agricoles et alimentaires retenues peuvent être divisées en plusieurs sousgroupes de filières agricoles dépendamment de la nature des produits. Ce sont entre autres
les filières de céréales (riz), légumineuses (haricot), tubercules (patate douce et igname),
ressources animales (produits de pêche et volailles), fruits (mangue), canne à sucre et
banane plantain. Mais si l’on se réfère à la destination des produits, on notera seulement
deux sous-groupes. Celui destiné aux marchés de l’exportation (mangue et café) et celui
pour les marchés intérieurs, constitué des neuf autres produits.
Les effets du groupe à l’exportation pourraient améliorer la balance commerciale du pays,
tandis que ceux pour les marchés intérieurs pourraient contribuer à une plus grande
disponibilité alimentaire. Les données relatives à la caractérisation de ces différentes filières
agricoles et alimentaires sont synthétisées dans le tableau suivant.
11
Tableau 1 : Eléments caractéristiques des filières agricoles et alimentaires
Filières agricoles
et alimentaires
Production18
(TM)
Riz
141075
Haricot
92070
Banane plantains
400950
Patate douce
414517
Igname
344520
Canne à sucre
1526250
Mangue
498960
Maraîchère
140 000
Café
53696
Pêche
8000
Volailles
Source : enquête de l’auteur
Apport à la sécurité
alimentaire
Potentiel
d’exportation19
très élevé22
Très élevé
très élevé
très élevé
élevé
faible
élevé
élevé
Très faible
élevé
Très élevé
Faible
Très faible
Faible
Faible
Faible
Faible
très élevé
Très faible
très élevé
Elevé
Très faible
La valeur ajoutée
générée au sein de la
filière20
Forte
Forte
Très forte
Faible
Très forte
Très forte
Elevée
Très forte
Faible
Forte
Moyenne
Demande annuelle
sur le marché21
(TM)
400000
120000
400950
414000
344520
1526250
480000
140000
36000
21000
-
18
SSA-MARNDR/ Production des principales cultures en tonnes métriques pour l’année 2010
Le potentiel d’exportation se réfère à la compétitivité du produit par rapport aux marchés de niches (USA, Europe et République dominicaine)
20
La valeur ajoutée se réfère à la marge générée par la filière
21
La demande sur le marché se réfère au niveau de la consommation du produit.
22
Très élevé : production et consommation élevée dépassant les 350 000 tonnes métriques par année
19
12
4)
PRIORISATION DES FILIERES AGRICOLES ET ALIMENTAIRES
.1 Critères retenus
Les données relatives à la caractérisation des filières agricoles et alimentaires ont montré
que toutes les filières n’ont pas les mêmes portées (techniques, économiques, sociales et
environnementales). La priorisation des filières est fondée sur les critères suivants :
la sécurité alimentaire,
la réduction de la pauvreté,
la création d’emplois,
l’équité dans le développement hommes-femmes,
la durabilité du développement du secteur,
les capacités de croissance du secteur pour l’avenir,
les effets sur l’environnement.
Les filières correspondant simultanément à plusieurs critères ont été retenues. Le tableau de
croisement des critères, outil élaboré pour comparer les filières, a largement contribué à
hiérarchiser les différentes filières agricoles d’importance pour le secteur agricole.
.2 Analyse comparée des critères et hiérarchisation des filières agricoles
La comparaison des différentes filières et leur hiérarchisation reposent sur les critères
précités dont leur combinaison permet de raisonner sur l’intérêt des filières sélectionnées
pour le projet SYFAAH. Les filières prioritaires sont celles qui correspondent au moins à
quatre des sept critères énoncés plus haut. Le choix a été également fondé sur des priorités23
définies par le MARNDR dans le PNIA. Ainsi, notre analyse est portée sur les éléments cidessous.
Sécurité alimentaire
La garantie de la sécurité alimentaire est un des enjeux majeurs de la réduction de la
pauvreté. La production locale des denrées de base (riz, tubercules, haricot…) fournit la
plus grande partie des calories aux ruraux de faibles revenus. Le développement des filières
agricoles vivrières et céréalières assure une certaine sécurité alimentaire. Par ordre
d’importance, les filières vivrières dont la production24 est la plus élevée sont les mieux
notées. L’ordonnancement des filières pour ce critère s’établit de 1 à 10 : 1 pour le plus
important et 10 pour le moins important. Les filières patate douce, igname, banane, riz,
maraîchère et haricot jouent un rôle très significatif sur la sécurité alimentaire. Ce rôle
apparaît moins évident pour le café, la mangue et la canne à sucre. Le tableau suivant
illustre les filières les plus importantes en matière de sécurité alimentaire, recommandées
pour le projet SYFAAH.
23
24
P. filières prioritaires définies par le MARNDR dans le PNIA
Voir les données du tableau de la page 8
13
Tableau 2 : Importance de la filière sur la sécurité alimentaire
Filières agricoles
Rang
Patate douce
Igname
Banane
Riz
Haricot
Volailles
maraîchère
Produits de pêches
Mangues
Canne à sucre
Café
1
2
1
3
4
5
5
6
6
8
10
Source : enquête de l’auteur
Les données relatives à ce tableau ont montré cinq filières d’importance majeure pour la
sécurité alimentaire. Les « filières vivrières » patate douce, banane et igname dont leur
production évaluée entre 340 000 à 415 000 tonnes métriques pour l’année 2010 peuvent
grandement contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire, elles sont de rangs 1 et 2.
Les filières riz et haricot influent de manière positive sur l’offre alimentaire, mais leur
production annuelle reste insuffisante, moins de 150 000 tonnes métriques pour l’année
2010. Elles sont de rangs 3 et 4. Celles, se situant entre 5 et 7 influencent la sécurité
alimentaire de manière moins significative. Tandis que les filières dont leur rang va au-delà
de 7 en ont très peu d’effets.
Effets sur l’environnement
Ce critère met en évidence les filières agricoles pouvant limiter la dégradation du milieu ou
tout accroissement du risque sur l’environnement. Certaines filières contribuent davantage
que d’autres à l’amélioration d’un environnement durable, soit par la mise en valeur des
terres marginales (ravines…), soit par la restauration des terres inexploitées ou des
écosystèmes fragiles « versants à haute altitude ». Par ordre de priorité, les filières café, et
mangues correspondent mieux à la réhabilitation de l’environnement. Tandis que les filières
canne à sucre et banane ont un effet induit plus favorable sur des terres marginales. Quand
aux filières vivrières et céréalières, leurs actions peuvent être néfastes pour certains versants
fragiles. Le tableau suivant, allant de 1 (effets avantageux) à 10 (effets défavorables),
illustre les filières qui ont une incidence favorable ou défavorable sur l’environnement.
14
Tableau 3 : Effets favorables sur l’environnement
Filières agricoles
café
mangue
banane
Canne à sucre
Volailles
Igname
maraîchère
Produits de pêches
Riz
haricot (mornes)
Patate douce (mornes)
Source : enquête de l’auteur
Rang
1
1
3
3
6
5
5
6
5
8
7
Il ressort de ce tableau que les filières café, mangue, canne à sucre, et banane peuvent avoir
un impact très favorable dans la mise en valeur des terres marginales et la restauration des
sols. Elles sont de rangs 1 à 3 et sont considérées comme des filières prioritaires. Les effets
des autres filières agricoles semblent être moins évidents. En revanche, les filières patate
douce et haricot, exploitées dans certain milieu (versants dégradés) fragilisent
l’environnement.
Les capacités de croissance du secteur pour l’avenir et la durabilité de son
développement
Ce critère permet de mettre en évidence (analyse qualitative) la valeur ajoutée créée dans la
filière permettant de promouvoir le développement de la filière sur une longue période par
des gains de productivité pour son développement futur afin de s’assurer de la croissance du
secteur agricole. Les filières qui génèrent de très forte valeur ajoutée dont une partie de la
production est exportée sur des marchés extérieurs sont classées les plus prioritaires. Par
ordre d’importance, les filières mangue, canne à sucre, maraîchères, pêche, sont jugées les
plus prioritaires. Le tableau, ci-dessous, illustre le classement des filières en tenant compte
des deux critères énoncés plus haut.
15
Tableau 4 : Capacités de croissance du secteur pour l’avenir et
la durabilité de son développement
Filières agricoles
mangue
Canne à sucre
maraîchère
Pêche
riz
Patate douce
Café
volailles
banane
haricot
Igname
Source : enquête de l’auteur
Rang
1
1
3
4
4
6
7
6
6
8
9
Les filières mangue, canne à sucre, maraichère, riz et pêche génèrent non seulement une
forte valeur ajoutée, mais peuvent aussi se développer sur une période relativement longue.
Les 6 autres filières ont un rôle moins significatif.
la réduction de la pauvreté et la création d’emplois
L’un des effets de la croissance du secteur agricole est la réduction de la pauvreté. Les
filières agricoles destinées à l’exportation et dont la chaîne de valeur créant une forte valeur
ajoutée pourrait stimuler l’emploi et entrainer un impact plus marqué sur l'atténuation de la
pauvreté. Par ordre d’importance les filières mangue, canne à sucre sont les plus
prioritaires. Les données relativement au classement des filières sont indiquées dans les
lignes suivantes.
Tableau 5 : Réduction de la pauvreté et création d’emplois
Filières agricoles
Rang
mangue
Canne à sucre
volailles
maraîchère
riz
Patate douce
banane
pêche
igname
Café
haricot
Source : enquête de l’auteur
1
1
3
4
4
6
8
7
8
9
10
16
L’équité dans le développement hommes-femmes
Ce critère peut être appréhendé soit en analysant les rapports sociaux développés entre les
hommes et les femmes en amont de la filière, soit à partir du degré d’implication ou
d’intégration des femmes « promotion de l’aspect genre » dans la valorisation de la filière.
Notre analyse se porte sur les deux dimensions. D’une manière générale, toutes les filières
impliquent une forte participation des femmes pour la commercialisation des produits finis,
mais certaines d’entre elles engagent très peu de femmes en amont de la filière. C’est le cas
notamment de la filière pêche, canne à sucre, café et igname. Les filières qui intègrent aussi
bien les femmes dans la production, la transformation que dans la commercialisation sont
celles assurant un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes. C’est le cas des
filières maraîchères, mangue, volailles et riz. La note respective attribuée aux différentes
filières agricoles est très concentrée puisque toutes les filières agricoles valorisent les
femmes à un degré différent. Le tableau suivant illustre l’ordre des filières pour ce critère.
Table 6 : L’équité dans le développement hommes-femmes
Filières agricoles
Mangue
Canne à sucre
Volailles
Maraîchère
Riz
Patate douce
Banane
Pêche
Igname
Café
Haricot
Source : enquête de l’auteur
Rang
3
5
3
2
5
5
5
6
6
6
4
17
Tableau 7 : Ordre des filières prioritaires
Filières
agricoles et
alimentaires
Riz
Haricot
Banane
plantains
Patate douce
Igname
Canne à sucre
Mangue
Maraîchère
Café
Pêche
Volailles
Sécurité
Impact sur
Alimentaire l’environnement
Réduction de
la pauvreté
Création
d’emplois
3
4
1
5
8
3
4
10
8
4
10
8
1
2
8
6
5
10
6
5
7
5
3
1
5
1
6
6
6
8
1
1
4
9
7
3
6
8
1
1
4
9
7
3
Capacité de
Durabilité du Equité25 dans le
croissance
développement développement
du secteur
du secteur
hommespour l’avenir
femmes
4
4
5
8
8
4
6
6
5
6
9
1
1
3
7
4
6
6
9
1
1
3
7
4
6
5
6
5
3
2
6
6
3
Ordre26
4.14
7.42
5.28
5.28
6.71
2.85
2
3.71
7
5.71
4.57
Source : enquête de l’auteur
25
Les formes de rapport et de liens sociaux créés entre les hommes et les femmes au niveau de la filière.
26
L’ordre à prioriser les filières constitue en la moyenne arithmétique pondérée pour les 7 critères : (1) correspondant aux filières les plus prioritaires pour le
projet SYFAAH et (10) la moins prioritaire. Les cinq filières agricoles prioritaires sont hachurées en vert et celles optionnelles sont en jaune.
18
Les filières agricoles et alimentaires qui ont un score compris entre 1 à 5 pour les sept
critères définis dans les termes de référence de l’étude combinés simultanément sont des
filières prioritaires. Il s’agit des filières mangues, canne à sucre, maraîchère, riz et
volailles. Elles pourront pleinement être soutenues par le projet SYFAAH. Celles dont le
classement avoisine la note de 5, le cas notamment des filières vivrières banane et patate
douce dont leur score est identique, sont considérées comme des filières optionnelles27.
Elles pourraient être sélectionnées à l’avenir avec l’extension du projet. Quant aux autres
filières, elles sont les moins importantes en se référant aux critères définis pour l’étude.
.3 Analyse des filières prioritaires pour le projet SYFAAH
Les données combinées pour les sept critères relatifs au tableau 7 permettent de cibler cinq
filières prioritaires (mangue, canne à sucre, maraîchère, riz et volailles) pour le projet
SYFAAH et deux filières optionnelles (banane et patate douce) qui pourront être
sélectionnées, à l’avenir, dans le cadre d’une extension de ce projet. En tenant compte de
leur classement respectif, l’analyse détaillée, ci-dessous, montre l’intérêt du choix de ces
filières prioritaires.
Filières prioritaires
1) La filière mangue
A l’instar d’autres filières agricoles, la mangue est l’une des cultures une fois établie, peut
rester en terre sur plusieurs dizaines d’années. Cela lui confère des performances
économiques durables et rentables sur une vingtaine d’années. Il existe une large gamme de
variétés de mangues en Haïti, plus d’une centaine inventoriée, réparties dans tous les
écosystèmes du pays (plaine, plateau, montagne…) dont une vingtaine28 de variétés est
largement commercialisée sur les marchés intérieurs et extérieurs notamment les USA, le
Canada et la République Dominicaine.
Sur le plan économique, cette filière est aujourd’hui l’une des principales filières agricoles
contribuant à plus de 5% de la valeur ajoutée29 agricole. En termes de contributions relatives
à la balance commerciale, elle est aujourd’hui l’une des deux principales filières
d’exportation, à côté de la filière cacao, générant plus de 6 millions de dollars US par an. La
valeur ajoutée à l’hectare pour les variétés Francisque et Jean-Marie exportées
respectivement aux USA et en République dominicaine est estimée à 1100 US/ha/an pour le
premier et entre 800 à $1000/ha/an pour le second (BID, 2005). L’importance économique
de cette filière et sa capacité à soutenir la croissance du secteur agricole sur le long terme
sont avérées.
27
Filières optionnelles : Filières dont leur score avoisine celui des filières prioritaires.
Variétés de mangues les plus commercialisées : Blanc, Baptiste, Corne, Carotte, Doudouce, Fil (Blanc et
Rouge), Francisque, Jean-Marie, Muscat, Cachiman, Rosalie…
29
Rapport de synthèse études – identification de créneaux potentiels dans les filières rurales – Tome 2 Les
filières rurales (BID)
28
19
Sur le plan environnemental, elle présente des externalités positives sur l’environnement par
son apport à la restauration et à la valorisation de certains écosystèmes fragiles30 grâce aux
structures d’aménagement et de protection installées sur ces versants.
Le niveau d’organisation autour de la filière mangue à travers l’Association Nationale des
Exportateurs de mangues (ANEM) constitue un capital social pour les pouvoirs publics et
pour le développement de cette filière. Le niveau d’implication d’un grand nombre de
femmes dans les usines d’exportation « ouvriers non spécialisés pour le triage et le
traitement de la mangue » ainsi que dans le commerce de la large gamme de variétés non
exportées offre une alternative de choix pour l’intégration des femmes. Cette filière fournit
aujourd’hui un nombre significatif d’emplois (plus de 35 000) regroupés dans le transport
de la mangue, de la transformation en mangues séchées à petite échelle et dans les usines
d’exportation.
La filière mangue est à ce titre considérée comme la première filière d’importance majeure
à soutenir par le projet SYFAAH.
2) La filière canne à sucre
La canne à sucre, une fois installée, reste en place généralement plus d’une dizaine d’années
et présente à la fois un double avantage économique et environnemental. Sur le plan
environnemental, la filière canne offre un dernier recours pour conserver les sols déjà
initialement minces de certains écosystèmes de montagne dégradés et éviter une dégradation
totale. Cette filière est moins risquée que les filières de céréales ou de banane et résiste
mieux à la sécheresse que les céréales (riz) et aux vents que la banane. Dans le passé, il
existait une gamme de variétés de canne à sucre. La variété dominante actuellement est la
"Farine France" ou "Topokondòl", plus résistante à la maladie du charbon de la canne qui a
fait son apparition il y a une trentaine d’années et a occasionné des pertes importantes.
Sur le plan économique, les performances économiques sont élevées sur tous les segments
de la filière ("sirop"," clairin", "rapadou", "rhum"). La canne est transformée d’abord en
"clairin" « rhum artisanal » dans environ une soixantaine d’unités artisanales (moulins,"
siropteries" et "guildives" pour la fabrication d'alcool) dans le pays. Elle sert aussi à
fabriquer du « sirop clair » pour la consommation directe et la confiserie (bonbon sirop,
tablettes...).
La composante "clairin" consommerait plus de 68 % de la canne à sucre produite, le sucre
(Darbonne) 6%, le sirop constitue essentiellement un produit de consommation
intermédiaire pour la production du "clairin". Le rapadou, produit principalement dans le
Plateau Central consommerait 17% de la production nationale de canne; la filière
industrielle (Rhum) 3% de même que la filière sirop de consommation (3%). La
consommation finale de la canne (canne de bouche) pourrait représenter 3% de la
production, citée par M. NORVILUS et Al (2010).
30
Versants dégradés
20
La transformation offre des revenus élevés par rapport aux autres opportunités de culture.
La mise en culture initiale de la filière canne exige des investissements31 importants qu’on
peut chiffrer entre US$ 800 et 1000 par hectare sur la première année. Cependant la
transformation en "clairin" permet de dégager un produit brut annuel de l’ordre de US$
1150/ha et une marge nette de US$ 500-600/Cx, soit 385-460 USD/ha dans les sols de
plaine (A. BELLANDE, 2010). Les marges sont ainsi au moins deux fois plus élevées que
ce qu’on peut obtenir pour des cultures de céréales en culture pluviale et supérieures à celles
généralement obtenues actuellement pour du riz en culture irriguée.
C’est une filière qui peut soutenir la croissance du secteur agricole par la création de
richesse découlant de ses multiples produits dérivés; garantir la sécurité alimentaire tout en
contribuant au renouvellement des sols dégradés. Cette filière fournit également un nombre
significatif d’emplois salariés dans le transport de la canne, sa transformation « ouvriers
spécialisés et non spécialisés, artisans dans la fabrication et réparation de moulins et
guildives » et le commerce de ses produits. La filière canne à sucre est donc la deuxième
filière majeure à soutenir par le projet SYFAAH.
3) La filière maraîchère
La filière maraîchère constitue une gamme de produits très variés32 à de très forte valeur
ajoutée par hectare. La marge nette générée pour certains légumes (pomme de terre, oignon,
piment…) pourrait s’élever entre 1000 et 3000 dollars US/ha/an. Le marché urbain, porteur
et en croissance continue absorbant les 140000 tonnes métriques produites dans les
différents écosystèmes (plaine irriguée, plateaux et montagnes humides) favorables au
développement des légumes, a une valeur33 annuelle estimée à plus de 80 millions US. C’est
un marché où la très forte demande pourra atteindre les 200000 tonnes métriques en
compensant les 60 000 tonnes métriques de légumes importés dont le montant total s’élève
à 10 millions US par an. Son apport à la croissance du secteur agricole est confirmé.
Néanmoins, l’impact sur l’environnement est peu significatif puisque le développement de
cette filière est favorisé par des écosystèmes favorables, mais elle constitue une alternative
intéressante à la riziculture dans les plaines irriguées offrant une marge nette plus élevée
que le riz estimée à 750 US/ha par cycle de culture et pour des rendements de 4 tonnes
métriques par hectare de riz paddy (A. BELLANDE, 2010).
L’organisation du marché autour de cette filière est bien structurée et s’appuie sur certains
marchés niches « les supers marchés ». Les prix de certains produits (tomate, épinard…)
garantissent l’offre alimentaire en produits de bons marchés.
31
Etude de la filière Canne à Sucre dans les Nippes par A. BELLANDE (2010)
oignon, tomate, chou, poireau, carotte, ail, pomme de terre, cresson, piment, amaranthe, aubergine,
calalou, échalotte, mirliton, laitue, betterave
33
Filières agricoles et Dynamique transfontalière
32
21
Cette filière intègre également un nombre significatif de femmes dans la commercialisation
de tous les produits. Son importance économique, son apport à l’alimentation des ménages,
sa capacité à soutenir et à développer le secteur agricole sur le long terme font d’elle l’une
des filières de choix pour le projet SYFAAH.
4) La filière riz
Avec une consommation annuelle autour de 450000 tonnes métriques dont les 2/3 sont
assurés par l’importation entraînant un déséquilibre de la balance commerciale, la filière riz
est l’une des filières stratégiques pour la sécurité alimentaire assurant en grande partie les
calories pour les ménages ruraux et urbains. Sa demande constamment croissante et le
"poids des acteurs "34 dans l’organisation de cette filière lui attribuent un rôle central dans le
pays.
Sur le plan économique, malgré ses faibles performances économiques comparées aux
légumes dans les plaines irriguées, et sa valeur ajoutée estimée entre 700 et 750 US/ha par
cycle de culture, elle est la principale source de revenus de plus de 130 000 ménages, 80
000 producteurs, 30 000 ouvriers agricoles, 8000 marchands et 400 propriétaires de moulins
répartis uniquement dans le Bas35 Artibonite. Ce qui fait de cette filière un outil stratégique,
retenu par les autorités du secteur, pour soutenir la croissance agricole. Cette tendance se
confirme avec d’importants investissements consentis au développement de cette filière à
travers des programmes de coopération technique (Mission taïwanaise), programmes
d’appui à la filière (Programme intensification Agricole) ou des politiques de subvention
des fertilisants (Programme de Subvention des fertilisants).
Il existe plus d’une dizaine de variétés locales de riz destinées aux marchés intérieurs, mais
le potentiel d’exportation sur des marchés niches de certaines variétés « "Shela", "Shelda,
"Madan Gougous" » dont le goût très apprécié par les consommateurs reste faible pour
compenser le déséquilibre commercial résultant de l’importation de plus de 300000 tonnes
métriques de riz par an à des prix très concurrentiels.
Sur le plan environnemental, l’impact de cette filière sur le milieu est négligeable puisque le
riz est souvent développé sous forme de culture intensive avec de très faibles externalités
positives sur l’environnement, mais l’existence d’acteurs structurés en réseaux de
producteurs confirme la bonne organisation de la filière.
Cette filière est d’une importance considérable pour le secteur agricole et constitue l’une des
filières prioritaires pour le projet SYFAAH.
34
Le "poids des acteurs" se réfère aux types d’acteurs i-e les utilisateurs des systèmes d’irrigation pour la
promotion de la filière.
35
Bas Artibonite regroupe les communes de Marchand Dessalines, Petite Rivière de l’Artibonite, Verrettes,
La Cahapelle, Saint-Marc, Lestère, Desdunes et Grande Saline.
22
5) La filière volailles
Elle regroupe les produits de marchés (viande et œufs) constituant la principale source de
l’offre en protéine animale la moins chère pour les ménages. La production annuelle serait
mal connue, mais les espèces les plus répandues sont les poules, la pintade, le canard et la
dinde réparties dans tout le pays.
Sur le plan économique, les performances économiques de cette filière est moyenne pour les
deux produits développés en système extensif. Le marché très porteur caractérisé par une
très forte demande nationale pour les œufs et la viande de volailles est compensé par les
importations à des prix très compétitifs. Avec une importation mensuelle de 30 millions
d’œufs par mois provoquant un déséquilibre de la balance commerciale, la filière volaille
constitue un outil stratégique pour les autorités étatiques du secteur agricole pour soutenir la
croissance du secteur agricole.
Le potentiel d’exportation pour les œufs est nul puisque le modèle d’élevage extensif
largement développé n’est pas compétitif au modèle intensif soutenu en République
Dominicaine, mais les 60000 têtes de volailles (poules et pintades) exportées en République
voisine ont une valeur annuelle de 200 000 $ US. Cette demande est constamment
croissante dans les zones frontalières du pays (LAREDO, 2005).
Sur le plan environnemental, l’impact de cette filière sur le milieu est appréciable par la
production concentrée de fumure organique utilisable en agriculture. Par ailleurs,
l’existence d’acteurs structurés en réseaux de producteurs (AHPEL36) atteste la bonne
organisation de la filière.
Cette filière intègre également un nombre significatif de femmes dans la commercialisation
des différents produits. Elle est un outil stratégique pour les autorités étatiques du secteur
pour réduire le déséquilibre commercial découlant de l’importation des œufs et des viandes
de volailles dans le pays. Son importance également à l’alimentation des ménages assurant
en grande partie les sources de protéines animales pour les ménages fait d’elles une filière
prioritaire pour le projet SYFAAH.
Les filières optionnelles
Les filières optionnelles sont celles dont le score identique pour les sept critères combinés
simultanément se rapproche de celui des cinq filières priorisées. Dans le cas de cette étude,
il s’agit des filières vivrières « patate douce et banane » dont l’offre en produits vivriers sur
les marchés intérieurs avoisine les 500000 tonnes métriques. Les données relatives à
l’intérêt porté sur ces deux filières dans le cadre d’une extension du projet SYFAAH sont
décrites succinctement.
36
Association Haïtienne pour la Promotion de l’Élevage
23
A. La filière patate douce
Culture stratégique pour la sécurité alimentaire répandue dans tout le pays
pouvant assurer en grande partie les calories pour les ménages ruraux.
Forte demande nationale extensible avec l’accroissement de la population.
Potentiel de transformation très élevé.
Performance économique élevée pour les gammes de produits dérivés (pain de
patate, gâteau de patate…)
Forte implication des femmes dans la transformation.
B. La filière banane
Culture stratégique pour la sécurité alimentaire très consommée dans tout le
pays.
Forte demande nationale extensible avec l’accroissement de la population.
Valeur ajoutée générée à l’hectare très élevée favorisant la croissance du secteur
agricole.
Externalités positives sur l’environnement par la valorisation des terres
marginales dans les ravines.
Forte implication des femmes dans la transformation.
24
5) CONCLUSION
Cette étude a permis, à partir de l’approche filière, de mettre en exergue les cinq filières
agricoles prioritaires pouvant être soutenues par le projet SYFAAH ainsi que les deux
filières optionnelles à sélectionner dans le cadre d’une extension de ce projet. La démarche
adoptée pour réaliser cette étude a permis dans un premier temps, d’identifier et de
caractériser onze filières agricoles et alimentaires d’importance significative pour le secteur
agricole en tenant compte d’un certain nombre de paramètres techniques, économiques et
environnementaux que nous avons analysés, pour ensuite les hiérarchiser en fonction d’une
combinaison de sept critères définis dans les termes de référence de l’étude.
Les cinq filières agricoles caractérisées, priorisées et retenues en relation avec l’ensemble
des critères sont classées par ordre croissant de la manière suivante : mangue, canne à sucre,
maraîchère, riz et volailles. Deux autres filières agricoles constituées exclusivement de
produits vivriers « patate douce et banane » dont leur score est identique pourront être
définies comme des filières optionnelles et ciblées dans le cadre d’une extension de ce
projet. Ces filières prioritaires regroupent des produits destinés pour les marchés intérieurs
et extérieurs combinant à la fois des objectifs de croissance du secteur agricole pouvant
entraîner une atténuation de la pauvreté par la création d’emplois et ceux de la sécurité
alimentaire par l’amélioration de l’offre alimentaire. Ces différentes dimensions liées à
l’étude ont été analysées.
Toutefois, le fait de sélectionner ces cinq filières agricoles prioritaires pour le projet
SYFAAH ne suffisent pas à garantir une croissance agricole soutenue en dehors d’un cadre
macro économique favorable au développement du secteur agricole. Des politiques
tarifaires accompagnées des mesures d’incitations conformes au développement de ces
filières agricoles devraient compléter toutes les mesures d’appui au secteur.
Les mesures de soutien financier et d’assurance aux filières potentielles ne sont autres que
des leviers à la production, mais ne sont pas les seules conditions garantissant la croissance
du secteur agricole. Elles doivent également s’appuyer sur des systèmes d’organisation et de
regroupement social, capables d’implémenter dans toute leur dimension les éléments de
politique définis par le MARNDR pour le développement du secteur.
25
6) ANNEXE
6.1 Principaux Experts Rencontrés
1) Agr. George Yvon NERESTANT
Responsable Secrétariat Technique de la Direction Générale (STDG/MARNDR)
2) Dr. George Bruno BOLIVAR
Directeur de l’Unité d’Etude et de Programmation (UEP)/ MARNDR
3) Agr. Rideler PHILIUS
Responsable du Service des Statistiques Agricoles (SSA/ MARNDR)
4) Agr. Phito BLEMUR
Directeur de la Direction de Programmation et de Projets de l’UEP/MARNDR
5) Agr. Jean Lesky DOMINIQUE
Coordonateur du projet Développement Économique des Filières Rurales
(DEFI/MARNDR-BID)
6) Agr. Garry AUGUSTIN
Responsable de la composante Recherche et Développement au sein de DEFI/MARNDR
7) Agr. Jacques THOMAS
Coordonateur-Adjoint du Projet d’Intensification Agricole (PIA) au sein du MARNDR
8) Agr. Gary MATHIEU
Coordonateur du Conseil National pour la Sécurité Alimentaire (CNSA)
9) Agr. Allain MONCOEUR
Consultant en Développement Rural à l’Ambassade de France en Haïti
10) Agr. Huguenel ALEZI
Consultant en Suivi et Evaluation à l’Agence Canadienne de Coopération et de
Développement International (ACDI)
11) Agr. James WOLLEY
Economic Growth Officer, USAID
12) Agr. Allen HENRY
Consultant, Bureau de l’Ordonnateur National/Fonds Européen pour le Développement
26
6.2 Liste des Documents Consultés
1. LAREHDO, (2008)
: Filières agricoles et Dynamique transfrontalière
2. Charlotte Fontan, (2006)
: L’outil filière agricole pour le développement rural
3. MARNDR/BID/BM (2005)
: Diagnostic du secteur agricole
4. M. NORVILUS & AL (2008)
: Étude des filières agricoles haïtiennes
5. MARNDR (2010)
: Plan National d’Investissement Agricole
6. BID (2006)
: Rapport de synthèse études - identification de
créneaux potentiels dans les filières rurales (Tome 1)
7. BID (2006)
: Rapport de synthèse études - identification de
créneaux potentiels dans les filières rurales -Tome 2 :
Les filières rurales
8. G. Paul (2011)
: Situation générale des filières agricoles de la région
du Nord
9. G. Paul (2011)
: Les filières agricoles de la région du Nord –
Diagnostic et potentiel de développement (Rapport
partie 2)
10. A BELLANDE (2010)
: Étude de la filière canne à sucre dans les Nippes.
27
6.3Tableau de Croisement des Critères
Sécurité
Alimentaire
Réduction
de la
Pauvreté
Création
d'Emploi
Equité dans le
développement
hommesfemmes
Durabilité du
développement
du secteur
Capacité de
croissance
du secteur
Effets sur
l'Environnement
Filière 1
Filière 2
Filière 3
Filière 4
Filière 5
Filière 6
Filière 7
Filière 8
Filière 9
Filière 10
Filière 11
(1) Ordonnancement des filières pour chaque critère, allant de 1 (plus important) a 10 (moins important).
28