(2017-05) Politik fonksye ayisyen : avansman, defi ak pwogram sekirizasyon fonksye ak kadas
Rezime — Nòt CTFD sa a fè bilan sou politik sekirizasyon fonksye ak kadas Ayiti apre pwogram Lafrans te apiye ant 2010 ak 2016 la ak pwogram riral BID la. Li fè sentèz prezantasyon ak deba sou pwochen etap refòm nan.
Dekouve Enpotan
- Pwogram kadas ak sekirizasyon fonksye 2010-2016 la mete yon baz pou refòm nan men li pa rezoud gwo kesyon enstitisyonèl yo.
- Travay teren CIAT ak analiz legal montre blokaj jesyon fonksye ki poko rezoud.
- Sipò donatè nan lavni mande etap pi klè ak pi bon kowòdinasyon enstitisyonèl.
- Prèv iben ak riral dwe gide ajanda refòm nan ansanm.
Deskripsyon Konple
Nòt la rapòte yon jounen CTFD an 2017 Michèle Oriol, sekretè egzekitif CIAT, te entwodui, ak analiz teren ak legal Alain Rochegude ak Véronique Dorner. Li dokimante leson ki soti nan pilòt kadas ak sekirizasyon fonksye yo epi li montre defi enstitisyonèl, legal ak operasyonèl pou yon nouvo sik refòm.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Comité technique
les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
Ces notes valorisent les présentations et débats
des journées de réflexion organisées par le Comité technique
« Foncier & développement » de la Coopération française.
La politique foncière haïtienne :
état d’avancement, enjeux et défis du
programme de sécurisation foncière et cadastre
Cette réunion du CTFD consacrée à la situation foncière
haïtienne, s’inscrit dans la continuité du programme
« Cadastre et sécurisation foncière » qui a été mis en œuvre
de 2010 à 2016 avec l’appui technique et financier de la
France (MEAE et AFD), et du « Programme de sécurité
foncière en milieu rural – Phase I » de la Banque interaméricaine de développement (BID). Cette note fait la
synthèse des présentations et débats de cette journée, qui
a permis de faire un bilan des actions menées dans le cadre
de ce qui pourrait être le prélude à une réforme foncière
haïtienne, et de pointer les défis à venir pour la conduite
d’un nouveau cycle de financement des partenaires techniques et financiers, auquel la France souhaite s’associer
dans les prochains mois.
La journée a été introduite par Michèle Oriol (secrétaire
exécutive du CIAT) qui a présenté l’état d’avancement de
la politique de sécurisation foncière et cadastre en Haïti, et
les enseignements tirés des travaux menés dans ce cadre
depuis 2010. Alain Rochegude et Véronique Dorner (Université Paris 1 – la Sorbonne) ont ensuite partagé leur analyse
des enjeux, défis et points d’achoppement de la gestion
foncière en Haïti à partir de travaux et enquêtes menés
dans le cadre des mêmes programmes, sous l’autorité du
CIAT, sur les textes, et sur le terrain (tant en milieu rural
qu’en milieu urbain).
La deuxième partie de la journée a permis de revenir en
détail sur les étapes de réalisation du Plan foncier de base
dans la commune de Sainte-Suzanne (département du
>>> Réunissant experts, chercheurs et responsables de la Coopération
française, le Comité technique « Foncier et développement » est un
groupe de réflexion informel qui apporte depuis 1996, un appui à la
Coopération française en termes de stratégie et de supervision d’actions.
Nord-Est), conduites par le cabinet Geofit Conseil, et présentées en salle par Jean-Philippe Lestang. Enfin, Pierre
Clergeot (FIEF), Gilles Berteau (DGFIP), Dominique Lorentz
(CSN) et Daniel Giltard ont rendu compte des travaux qu’ils
ont réalisés, dans le cadre des deux projets, pour le compte
et à la demande du CIAT, de mise en cohérence du cadre
législatif et réglementaire haïtien concernant les institutions
impliquées dans le foncier.
> LA CONSTRUCTION DE LA
PROPRIÉTÉ FONCIÈRE EN HAÏTI
Une lutte pour l’indépendance
qui a forgé un récit national autour
de la propriété et de l’égalité
À partir de 1697 et le début de la colonisation
française, le territoire de Saint-Domingue1 se structure progressivement en grandes plantations : les
colons s’installent sur de grands espaces, d’une
centaine d’hectares en moyenne, pour y développer
la culture du café, de la canne à sucre et de l’indigo.
Le système prospère grâce au recours massif aux
esclaves. L’absence totale de liberté2 et la grande
hétérogénéité culturelle de ces esclaves ne leur permettent pas de développer ou de reproduire un
mode spécifique d’appropriation du territoire. Le
droit colonial a donc prévalu dès le XVIIe siècle, et
reposait essentiellement sur le régime des concessions royales. Certains esclaves pouvaient détenir, à
des fins alimentaires, une petite parcelle concédée
1. Nom d’Haïti à partir de la colonisation française.
2. Par exemple, le code noir de 1685 était un ensemble de textes
juridiques qui réglait la vie des esclaves noirs.
2 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
par un colon, mais toujours de manière individuelle,
et sans jamais l’acquérir de plein droit.
À partir de 1789, les idées de la révolution française se diffusent sur l’île, et viennent remettre en
cause cette organisation : les révoltes d’esclaves se
multiplient. Les propriétaires des plantations sont
alors rapidement obligés de quitter l’île et leurs
terres sont réquisitionnées par l’administration
révolutionnaire française. La France finit par abolir
l’esclavage dans la colonie de Saint-Domingue en
1794. La guerre qui suit la tentative de le rétablir,
aboutit à l’indépendance et à la création d’une
nation d’anciens et de nouveaux libres, excluant
toute présence coloniale.
À l’indépendance du pays en 1804, Haïti hérite
donc de cette structure agrofoncière de grandes
plantations, mais n’a pas les moyens de la relancer en l’état : les structures productives ont été
détruites par quinze années de guerre ; le pays se
retrouve isolé politiquement et sans capitaux pour
investir, depuis le retrait de la France. La jeune
République haïtienne, qui s’instaure dans l’Ouest et
le Sud du pays, fait alors le choix de démanteler ces
anciennes plantations coloniales, pour les vendre
et les attribuer aux militaires et aux cultivateurs,
créant ainsi une large classe de petits propriétaires3.
Près de 100 000 hectares sont ainsi redistribués
Plaine rizicole, Saint-Louis du Sud © Sandrine Vaumourin
entre 1811 et 1822, opérant, en quelque sorte,
la première réforme agraire d’Amérique latine, et
ces distributions ont ensuite continué. Les terres de
mornes, plus reculées et enclavées, sont présumées
appartenir au Domaine de l’État, et relèveraient de
ce fait du « Domaine national ».
Les premiers présidents qui se succèderont (Pétion,
Boyer qui réunifiera le pays, etc.) vont progressivement confirmer l’ancrage du pays dans la propriété
privée, notamment en adoptant un Code civil en
1825 directement inspiré du Code civil français4.
Ils actent ainsi les modes de gestion hérités de la
période coloniale où aucune forme de propriété
collective de la terre n’était autorisée5. L’affirmation
de la propriété privée, couplée à la notion d’égalité
dans un contexte de liberté fraîchement acquise,
vont forger la petite propriété paysanne haïtienne,
dès le début du XIXe siècle.
3. Pour être précis, il faudrait ici distinguer le régime mis en
place au Nord, de celui du Sud, pendant les premières années.
En effet, dans la partie nord d’Haïti, le Roi Christophe tentera
pour sa part de rétablir la grande plantation sous son contrôle.
4. Qui définit la propriété privée selon les principes d’usus,
fructus, abusus.
5. Cf. Michèle Oriol, Bruno Jacquet, Anastasia Touati, cf. bibliographie.
3 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
Les grandes caractéristiques des
modes d’appropriation et d’occupation
de la terre
La transmission de la terre en Haïti repose sur le
principe d’un partage strictement égalitaire entre
les héritiers. Ce principe est directement issu du
Code civil. Il amorce rapidement une dynamique
de fragmentation aiguë de la terre qui s’accélère
sous l’effet de la croissance démographique. On
parle ainsi de minifundia pour décrire la structure
foncière haïtienne.
Cette structure foncière se caractérise également par
le maintien de nombreuses parcelles sous le statut de
l’indivision, du fait des règles d’héritage en vigueur.
Cette indivision relève d’une propriété foncière individuelle, personnelle, et légalement établie comme
telle, qui demeure celle du défunt. Sur cette parcelle,
les ayants droit, membres de la succession familiale,
exercent des droits de même nature, mais sa division
n’est pas matérialisée. La parcelle n’est pas formellement partagée6, mais les héritiers « s’approprient
informellement » une partie de celle-ci.
Cette pratique permet à certains héritiers présents
d’utiliser la terre, avec l’accord implicite ou non
des héritiers absents : ces derniers ne s’imaginent
souvent pas faire valoir formellement leurs droits
(qu’ils tiennent cependant à conserver), en empêchant ceux restés sur la terre de la cultiver. Par
ailleurs, pour de nombreuses familles, partager la
terre familiale reviendrait à laisser penser aux voisins
qu’il y aurait des « divisions » dans la famille. Enfin,
le moment du partage est celui où les divisions et
les conflits latents émergent au grand jour. Dès
lors, le risque est grand de voir émerger des conflits
graves et durables si on précipite ce partage.
Le territoire haïtien est aussi composé, outre la propriété privée, d’un domaine privé de l’État, correspondant aux terres qui n’ont pas fait l’objet d’un
transfert de propriété par l’État à la population après
l’indépendance du pays. Aucun droit de propriété
privée n’est censé s’exercer sur ces terres domaniales.
Une de leurs spécificités résulte de l’histoire, laquelle,
est émaillée de distributions et appropriations de parcelles plus ou moins grandes et nombreuses, pour de
la location (fermage). Cependant, ces distributions
sont mal documentées, et n’ont pas toujours fait
l’objet d’opérations d’arpentage, ni d’établissement
de titres reconnaissant lesdits droits fonciers. Il en
résulte une situation globale d’absence de maîtrise
par l’État de la consistance de son domaine.
Dans la pratique, on constate sur le domaine privé
de l’État une transmission souvent informelle des
droits de fermage d’un défunt à l’un ou plusieurs de
ses enfants, sans modification du nom du fermier
sur les registres ; des changements d’affectation des
terres affermées, de parcelles agricoles en parcelles
loties par exemple, sans régularisation des sousfermiers qui ont bâti dans ces nouveaux quartiers ;
et enfin, des transactions foncières réalisées à l’initiative d’occupants sans droits ou de particuliers
détenteurs de droits théoriquement incessibles7.
Enfin, un autre constat en matière de droit sur la
terre en Haïti est celui de la distinction entre la
propriété du bâti et de celle du sol qui le supporte :
en zone urbaine ou sur les terres d’État, on trouve
fréquemment des maisons construites sur un sol
obtenu en location d’un tiers. En pratique, il est
fréquent que le bail (fèmaj ou fèmaj sou pri dacha)
entre le preneur et le détenteur du terrain ne soit
pas formalisé, le contrat restant oral et reposant sur
la confiance. Pour autant, ces situations semblent
peu conflictuelles. Dans le cas des terres privées,
la confiance manifestée par les propriétaires de
maisons dans le fait qu’ils seront, au pire, dédommagés par le propriétaire du terrain si celui-ci souhaitait « reprendre » sa terre est même assez étonnante. La sécurité ressentie semble paradoxalement
forte, alors même que le Code civil haïtien prévoit,
comme le Code civil français, que « la propriété du
dessous emporte celle du dessus ».
Un cadre législatif et institutionnel
inadapté et dysfonctionnel
Le cadre institutionnel haïtien relatif au foncier a
peu changé depuis l’Indépendance, et est très largement inspiré du modèle français : il repose sur
des professions libérales, les notaires et les arpenteurs, qui ont une délégation de service public pour
établir des actes de propriété, dont la légalité est
garantie par des institutions publiques.
Les droits de propriété privée sont formalisés en principe par un arpentage suivi de la rédaction d’un acte
notarié, ces deux actes devant être enregistrés et
transcrits à la Direction générale des Impôts (DGI).
Avant chaque opération, un dossier de demande
d’autorisation d’arpentage doit être adressé au tribunal de première instance de la juridiction dont
dépend la parcelle concernée. En pratique, ces différentes étapes ne sont très souvent pas réalisées,
les acheteurs, surtout en milieu rural (et d’interconnaissance) se contentant d’un « reçu » du notaire
constatant l’échange ou d’un procès-verbal d’arpentage (qui est réputé légalement suffisant pour attester des droits de propriété sur les parcelles rurales).
Les terres domaniales sont également gérées par
la DGI. Le domaine privé de l’État peut être mis en
location, vendu ou donné à des personnes privées,
à l’inverse du domaine public, qui est inaliénable.
6. En suivant toute la procédure qui requiert notamment les
services d’un notaire et d’un arpenteur.
7. Des titulaires de « biens ruraux de famille » ou sur des parcelles
obtenues au titre d’aide aux « rapatriés » (à Port-au-Prince).
4 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
INSTITUTIONS EN CHARGE DU FONCIER EN HAÏTI8
Organisme
Date de
création
Ministère de
rattachement
Fonction
Direction générale
1964
Économie et finances
des Impôts9
Enregistrement et dépôt de tous les titres
de propriété. Administration des terres
d’État : formalisation des baux à ferme
par un travail d’arpentage effectué par
ses propres arpenteurs.
Office national
1984
Travaux publics,
du Cadastre10
transports et
communications
Procéder à l’enregistrement national des
terres, et mettre à jour le cadastre.
Institut national de
1997
la Réforme agraire
Organiser la refonte des structures
foncières et mettre en œuvre une réforme
agraire au bénéfice des exploitants de
la terre.
Agriculture,
ressources naturelles
et développement
durable
Les institutions en charge de la gestion du foncier
en Haïti souffrent globalement d’un manque de personnel, de compétences et de moyens matériels,
pour mener à bien leurs missions. La DGI ne dispose
pas de registre national centralisant les informations
foncières collectées au niveau communal. L’Office
national du Cadastre (Onaca), 35 ans après sa mise
en place, n’a réussi à mener à bien sa mission que
sur des petits fragments du territoire : moins de
5 % de celui-ci est aujourd’hui cadastré, et la mise
à jour de ce cadastre n’est que très partielle. Par
ailleurs, l’Office peine à travailler en lien avec les
autres acteurs de la chaîne foncière. Les arpenteurs
et notaires sont souvent des pluriactifs, leur activité
principale n’étant pas suffisamment rémunératrice,
particulièrement en milieu rural. Ces professions
sont souvent exercées de père en fils. Par ailleurs,
la formation juridique et technique de ces professionnels est aujourd’hui d’autant plus faible qu’il
n’existe plus d’école de formation des arpenteurs et
que de nombreuses communes, n’étant pas assez
intéressantes pour les notaires, doivent se contenter
d’interventions ponctuelles ou de la prise en charge
de l’étude, par du personnel non formé, par exemple
par un ancien clerc qui remplace le notaire décédé.
Enfin, la Constitution de 1987, ayant inscrit dans le
droit une réforme agraire, une politique de redistribution des terres à destination des petits paysans, afin de pacifier certaines situations foncières
tendues, a conduit à la création de l’Institut de
la Réforme agraire (Inara). À travers l’Inara, l’État
haïtien a tenté de mettre en œuvre cette politique
entre 1995 et 1999. Si le texte est de portée générale, son application est restée très locale, puisque
seule la Vallée de l’Artibonite a vu la réforme
aller jusqu’à son terme. Cette politique a permis
néanmoins de redistribuer, dix ans après sa promulgation, 2 829 hectares de terres irriguées de
l’Artibonite, à 2 058 bénéficiaires11. Pour autant,
le manque d’appui aux paysans concernés et les
changements politiques ultérieurs ont largement
contrarié une réelle avancée dans ce cadre.
> LE PROGRAMME DE SÉCURISATION
FONCIÈRE ET CADASTRE
Origine, objectifs et phasage
du programme
C’est pour répondre aux différents défis énoncés
précédemment que le Gouvernement haïtien s’est
lancé au lendemain du séisme de 2010, dans un
8. L’institution judiciaire n’est habituellement pas prise en
compte parmi les institutions en charge du foncier. Pourtant,
comme cela vient d’être évoqué, l’arpentage qui est la première démarche nécessaire pour une mutation ou un partage,
demande la constitution d’un dossier préalable par l’arpenteur
qui adressera sa requête au Tribunal civil de la juridiction où est
située la parcelle et ne pourra instrumenter que s’il en obtient
l’autorisation donnée par le Doyen du Tribunal civil après examen du dossier qui doit être vu également par le Commissaire du
Gouvernement. Par ailleurs, les tribunaux de paix et les tribunaux
civils se répartissent la charge des conflits fonciers, possessoires
pour les premiers, le pétitoire – ayant trait au droit de propriété –
étant dévolu aux seconds.
9. Auparavant appelée Administration générale des Contributions.
10. Il faut noter que le Cadastre de 1984 est juridique ; il a été
très peu mis en œuvre. Les propositions actuelles comme les
pratiques constatées vont à l’encontre de cette perception.
11. Cf. Dufumier M., « Agriculture paysanne, insécurité alimentaire et questions environnementales en Haïti », dans Agriculture
et paysanneries du tiers-monde, France, Éditions Karthala, 2004.
5 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
travail de réforme globale du cadre régissant le
foncier. Ce travail a d’abord été initié avec l’ambition d’inscrire le foncier à l’agenda des politiques
nationales et de reconstruction du pays. Il s’agissait
de faire reconnaître le caractère prioritaire d’une
intervention sur le foncier, et d’une sécurisation
des droits, pour assurer le développement durable
du pays, l’aménagement de son territoire, et la
productivité agricole ; mais aussi de réinstaurer un
climat de confiance avec les populations autour
de ce sujet, et d’appréhender la réforme foncière
comme une réponse aux problèmes vécus, et non
comme une menace.
La réforme du cadre institutionnel
et l’appui y afférent
Une assistance technique a été réalisée par l’association FIEF12, le Conseil supérieur du Notariat
(CSN), et la DGFIP13, sur demande du CIAT, en vue
d’appuyer la révision de cinq avant-projets de loi
régissant :
● la réglementation des professions d’arpenteur
et de notaire ;
● l’Onaca ;
● l’enregistrement des transactions foncières ;
● la Conservation foncière ;
Cette réforme « holistique » a été définie et portée
par le Comité interministériel pour l’aménagement
du territoire (CIAT) avec l’appui de ses partenaires
techniques et financiers dont la France, qui participa activement à la réflexion à travers la mise
en place d’une Mission interministérielle pour la
reconstruction en Haïti (MIRH). Elle s’est organisée en deux grandes composantes : une première
prévoyant d’une part l’actualisation et la mise en
cohérence des principaux textes de lois régissant le
foncier, et d’autre part, la formation et la modernisation des institutions foncières et de leurs instruments. Une seconde qui concerne l’expérimentation d’une méthode pour la réalisation de Plans
fonciers de base (PFB), sur plusieurs zones pilotes.
Ces opérations pilotes doivent permettre de tester
et d’affiner une approche à généraliser sur l’ensemble du territoire.
● la fiscalité foncière.
Ce travail s’est appuyé sur un atelier interdisciplinaire et international (franco-haïtien) qui s’est
tenu en mai 2015 et a permis de mettre en cohérence les différents textes et d’en harmoniser les
principes comme les concepts utilisés. Les avantprojets actualisés ont ensuite été remis aux autorités haïtiennes en décembre 2015. Quatre projets
de loi ont ainsi été soumis au Parlement en 2016 et
pourraient être votés lors de la prochaine session
parlementaire.
Ce travail a été complété par le CIAT (avec l’appui
de différents acteurs) sous la forme de l’actualisation et du géoréférencement des limites de huit
communes, de la réalisation de cycles de formation à destination de certains professionnels du
secteurs (juges, notaires, arpenteurs et agents de
l’administration foncière), ainsi que par la mise
en place d’un Système satellitaire de navigation
globale (GNSS14), qui, combiné à une imagerie
satellite 3D réalisée en 2014, constitue un outil
essentiel pour la réalisation d’un précadastre.
Le Plan foncier de base :
pierre angulaire de la réforme
La réalisation d’un précadastre simplifié, prenant la
forme d’un PFB, est au cœur de la réforme. L’établissement du PFB consiste à identifier, c’est-à-dire
localiser et délimiter, chaque parcelle (à l’exception
des terres en indivision qui n’ont pas été intégrées
dans le PFB compte tenu de leur situation juridique non réglée) et à en recenser le propriétaire.
Il permet de constater une présomption de droit
de propriété sur les terres, sur la base de laquelle,
arpenteurs et notaires ont ensuite la charge de délivrer des titres de propriété.
Des sites ont été identifiés pour tester la méthode
dans différents contextes. Quatre communes ont
ainsi été sélectionnées au Sud – Les Cayes, Camp
Perrin, Maniche, Chantal –, et pour l’instant trois
communes au Nord – Grande Rivière du Nord,
Bahon et Sainte-Suzanne.
L’itinéraire technique retenu pour la réalisation des
PFB est le suivant :
➤
ÉTAPE 1. La communication, comme préalable
pour expliquer aux populations les objectifs et
les étapes du PFB. Cette communication fait
l’objet de multiples étapes, passant de proche en
proche après une première information auprès
d’un certain nombre de « leaders » locaux et de
professionnels, et jusqu’à une information au
porte à porte. C’est une étape essentielle pour
l’acceptabilité locale du projet.
➤
ÉTAPE 2. Le déploiement des équipes sur le
terrain, pour le recensement (des parcelles,
des propriétaires et possesseurs, et des droits
fonciers), la mesure des parcelles et la collecte
des documents (justificatif d’identité et de propriété). Les documents sont scannés sur place,
pour éviter les allers retours entre les bureaux
et le terrain.
12. Fédération France International Expertise Foncière.
13. Direction générale des Finances publiques.
14. Global Navigation Satellite System.
6 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
➤
ÉTAPE 3. L’analyse foncière des résultats par
l’équipe juridique du projet selon la méthode
de la généalogie foncière.
➤
ÉTAPE 4. L’harmonisation des informations collectées et traitées : planches foncières, généalogie foncière, documents justificatifs d’identité
et de propriété pour s’assurer qu’il n’y ait pas
d’incohérence (des enquêtes additionnelles sont
conduites le cas échéant).
➤
ÉTAPE 5. L’établissement des premières « planches » et des premières listes d’attributaires.
➤
ÉTAPE 6. La validation communautaire de
chaque planche, « habitation » par « habitation »15, afin de corroborer l’analyse faite par
l’équipe en charge de l’opération, avec l’ensemble des habitants.
➤
ÉTAPE 7. La production des planches et des listes
définitives.
➤
ÉTAPE 8. La réalisation du bornage et l’établissement des procès-verbaux d’arpentage par les
15. Terme désignant à l’époque coloniale l’ensemble des plantations appartenant à un colon et des bâtiments d’habitation
et de transformation leur correspondant. Le mot abitasyon ou
bitasyon est resté en créole comme un terme de désignation des
lieux-dits, le toponyme associé étant souvent le nom du colon
présent sur la zone avant l’indépendance.
La réalisation du Plan foncier
de base dans la commune
de Sainte-Suzanne
Financé par la BID, le PFB de Sainte-Suzanne a
été lancé en 2010 par le CIAT qui en a confié une
partie de la réalisation au cabinet Geofit, avec
pour objectifs de :
● délimiter et cartographier les limites administratives des communes et sections communales ;
● collecter et numériser les archives foncières
existantes ;
● sensibiliser la population sur la tenure foncière
et les droits de propriété, notamment sur l’obtention de documents d’identité personnels ;
● arpenter et délimiter 54 000 parcelles ;
● collecter des données additionnelles sur la
tenure ;
● préparer l’avis légal pour les 54 000 parcelles ;
● présenter publiquement les résultats et les
faire valider par la communauté ;
● émettre les procès-verbaux d’arpentage ;
● et enfin enregistrer toutes les parcelles dans
une base de données foncières (PFB).
arpenteurs commissionnés de la commune pour
les parcelles éligibles, car les droits y afférents
sont clairement établis.
➤
ÉTAPE 9. La mise à jour des données, pour l’actualisation du PFB.
Après des premiers tests sur différents quartiers de
Port-au-Prince, dès 2010-2011, sur financement
français, la poursuite du projet a été lancée en zone
rurale avec l’appui de la BID, les premières opérations ayant abouti, en mai 2017, au recensement
intégral des parcelles de la commune de CampPerrin et à celui d’une section communale de la
commune de Chantal, ces deux opérations ayant
été conduites directement par les équipes du CIAT
et de l’Onaca. Pour celles-ci, les procès-verbaux
d’arpentage sont progressivement délivrés à tous
les détenteurs de droits fonciers. Les quatre opérations pilotes réalisées à Port-au-Prince, ainsi que
celle actuellement conduite à Sainte-Suzanne (par
le prestataire Geofit), dans le Nord, sont en cours
de finalisation. Deux autres communes doivent
être couvertes sur cette phase (d’ici juillet 2018)
avec l’appui de la BID : Bahon (en régie directe par
le CIAT) et Grand Rivière du Nord (en prestation
de services par Geofit). Une seconde phase est en
préparation, toujours avec l’appui de la BID, pour
élargir les opérations d’établissement d’un PFB à
huit nouvelles communes.
L’expérience de terrain a montré l’importance
des activités de communication, aux différentes
étapes, pour rassurer les intéressés, tout en évitant de créer des attentes trop fortes vis-à-vis de
l’opération et de propager de fausses informations sur celles-ci – en particulier vis-à-vis des
autorités locales.
Elle a montré également l’importance de mettre
en place des relations de confiance avec les
habitants pour faciliter le travail de l’opérateur.
Pour ce faire, le projet a dû procéder au recrutement de 150 personnes issues, pour beaucoup
d’entre elles, du territoire de la commune, avec
des enjeux de formation très forts et des effets
d’aubaine pour les habitants, qui ne sont pas sans
incidence sur leur adhésion au projet.
Par ailleurs, la phase d’analyse juridique des
documents récoltés sur le terrain pour justifier
de la propriété et de son origine, a soulevé de
nombreuses questions. Elle a été assurée par une
équipe du CIAT incluse dans le projet et recrutée par celui-ci, avec pour objectif de vérifier la
recevabilité des justificatifs fournis au regard du
cadre légal en place. L’avis rendu est consultatif,
l’équipe juridique du projet n’ayant ni légitimité
ni autorité à dire le droit. Ce sont les arpenteurs
qui conduisent ensuite la procédure légale.
7 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
Les premières leçons tirées
des expériences pilotes
Cette première phase du programme a été riche
d’enseignements. D’abord, s’il existe, en Haïti,
un fort attachement à la propriété privée et au
titre foncier, la nécessité de recourir à un notaire
pour assurer sa sécurité foncière n’est pas toujours
envisagée. Cette situation est plus spécifique aux
zones rurales, où le procès-verbal d’arpentage16 a
une valeur de titre de propriété alors qu’en milieu
urbain, le recours à l’acte notarié est toujours envisagé à la suite du document d’arpentage17. Dans
cette perspective, le procès-verbal d’arpentage a
été privilégié par les habitants, sur les territoires
pilotes, car il répond avant tout à un besoin de clarification des limites, sans supporter la longueur de
la procédure, ainsi que les coûts induits par la délivrance des autres actes prévues par la loi haïtienne.
Les expériences pilotes ont également révélé l’importance des besoins en formation des différents
acteurs intervenant dans la chaîne foncière, en
particulier les agents de la DGI et les arpenteurs.
Des actions ont été lancées par le CIAT pour y
répondre, avec en particulier un partenariat avec
le Cned18 qui permet à des étudiants haïtiens
de suivre à distance un cursus français de BTS
notariat. Dans la même veine, un accord avec
l’Université de Toulouse permet, depuis quelques
années, à plusieurs élèves haïtiens de suivre une
formation de géomètre-topographe. Des dispositifs de plus grande ampleur doivent encore être
imaginés afin de répondre complètement à ces
besoins en formation.
16. Le Code rural haïtien confère au PVA un statut de titre de
propriété en milieu rural (art. 327). C’est également le cas de
(i) l’acte sous seing privé, rédigé par un particulier (art. 327 du
Code rural) ; (ii) l’acte authentique, translatif de droits de propriété rédigé par un notaire (art. 1 du décret du 27/11/1969) ;
(iii) l’acte judiciaire (jugement et arrêt), adjudication, licitation,
rendu par un tribunal (Code civil) ; (iv) le don national, accordé
par le pouvoir exécutif et faisant l’objet d’un titre et d’un PVA ;
(v) le don d’un bien rural de famille, accordé par le pouvoir exécutif (art. 318 du Code rural) ; (vi) le certificat d’immatriculation
de l’Office national du Cadastre (Onaca) (art. 38 du décret du
29 novembre 1984), cf. Dorner V., « La fabrique des politiques
publiques. Les décideurs haïtiens entre environnement international et conceptions locales de l’appropriation foncière »,
p. 29. Voir bibliographie.
17. Avec la difficulté qu’aux vues de l’extension des villes, la
délimitation rural/urbain doit aujourd’hui être mise à jour.
18. Centre national d’éducation à distance.
Prise de mesures, dans le cadre du Plan foncier de base à Sainte-Suzanne © Geofit
8 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
Enfin, les équipes opérationnelles ont remonté l’importance de consacrer du temps à l’établissement
et au renouvellement de relations de confiance avec
les différentes catégories d’acteurs, pour lever les
inquiétudes, et éviter les blocages lors des relevés et
enquêtes de terrain. La validation communautaire
du PFB est une étape absolument indispensable du
processus, pour s’assurer de l’exactitude des informations collectées, et de l’accord des habitants.
Par ailleurs, si ces phases de terrain sont longues et
fastidieuses, les travaux de bureau le sont encore
davantage : le traitement et l’analyse des données
recueillies lors des activités sur le terrain s’avèrent
en effet être les phases les plus chronophages.
Ces différentes difficultés conduisent à envisager
un déploiement progressif du PFB, car il serait
contreproductif de vouloir lancer les activités sur
l’intégralité du territoire, en l’état actuel des expérimentations. En revanche, certaines activités d’une
même opération pourraient être lancées en parallèle pour gagner du temps.
> DÉFIS ET POINTS D’ACHOPPEMENT
DE LA RÉFORME
Les terres indivises
On estime entre 25 et 50 % la part des terres haïtiennes détenues sous le régime de l’indivision19.
Elles représentent donc une catégorie foncière
majeure qui sera au cœur des défis de la seconde
phase du programme de sécurisation foncière, alors
même que le Code civil l’envisage pour le moment
comme une situation temporaire, et que les PFB
ne les prennent pas encore en compte, si ce n’est
dans la cartographie.
D’un côté, pousser au partage formel des terres
indivises risque de provoquer, dans nombre de cas,
des conflits intrafamiliaux importants, autour de
situations qui se seraient peut-être réglées d’ellesmêmes avec le temps. Mais à l’inverse, le statut
quo, c’est-à-dire le maintien du bien foncier sous
le statut de l’indivision, peut également être source
d’insécurité : l’indivision repose sur un accord, explicite ou non, entre les héritiers présents et absents,
pour un usage négocié de la terre. Ces situations
d’équilibre, où la terre est gérée et exploitée par
ceux qui en ont le plus besoin, peuvent à tout
moment être remises en cause, par exemple lors
du retour d’un héritier absent qui souhaite faire
valoir ses droits. Ces situations peuvent se présenter
par exemple lorsque le bien prend de la valeur. Si
en zone rurale, les conflits sur les indivisions restent
assez faibles, ils sont beaucoup plus fréquents en
19. À Camp Perrin, 35 % des parcelles sont en indivision et
représentent 50 % du territoire communal.
ville, où la pression sur le foncier est plus forte, et
les liens sociaux plus faibles.
La non-application de la prescription acquisitive en
matière d’héritage vient renforcer ce phénomène :
les droits des héritiers absents, sur la terre indivise, ne s’éteignent jamais, même après plusieurs
générations. Ainsi, les petits enfants d’un héritier
d’une parcelle en indivision peuvent toujours venir
revendiquer les droits de leur grand-père, malgré
plusieurs décennies d’absence.
Enfin, cette perception de l’indivision n’exclut pas
des pratiques de morcellement, puisque chaque
héritier peut passer des accords différents, avec des
acteurs extérieurs au groupe des ayants droit, sur le
morceau de terre qui lui revient. Ces arrangements
aboutissent à former des « puzzles fonciers » qui
peuvent rendre difficile le développement économique et social. Ces situations sont encore plus
fréquentes en ville, à l’image du quartier de Baillergeau à Port-au-Prince. Si la détention d’un hectare
de terre en milieu urbain peut représenter un patrimoine foncier très intéressant, ce n’est pas le cas
pour des parcelles agricoles de 0,2 ou 0,3 ha. Arrivées à une certaine taille, les parcelles, surtout en
milieu rural, ne se divisent plus, car elles se situent
déjà en deçà du seuil de viabilité économique.
Les terres domaniales
Quant aux terres domaniales, elles constituent un
autre axe de réflexion majeur, puisque le domaine
de l’État reste encore très mal défini et mal localisé. Il représenterait approximativement 10 % du
territoire national. Sur les terres relevant en particulier du domaine privé de l’État, qui se situent
principalement dans le Nord du pays, de grands
« fermiers » sont installés, sur de grandes surfaces. Ils ne paient plus, pour beaucoup, leur loyer
à l’État, et sous-louent souvent à d’autres exploitants. D’autres parties du domaine national, correspondant par exemple à des aires protégées, sont
également occupées illégalement. Il y a un enjeu
fort à renseigner ce qui se passe sur ces espaces, en
vue d’une meilleure régulation des affectations par
l’État : quelles sont les réserves foncières restantes ?
comment les occupants utilisent-ils ces espaces ?
sont-ils légaux, illégaux ? Etc.
La prise en compte des usages
Le PFB sert à clarifier la propriété du sol, à travers
le recensement des parcelles, leurs délimitations,
et l’identification d’un propriétaire. En revanche,
l’usage qui est fait de ces parcelles, ainsi que les
accords et droits délégués pour la mise en valeur
des parcelles qui en découlent, n’ont pour le
moment pas été pris en charge par le programme
de réforme foncière. Pour les parcelles agricoles
notamment, le faire-valoir indirect a bien été ren-
9 les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
seigné durant les phases d’enquête préalables des
PFB, mais l’information n’a par la suite pas été saisie
dans les bases de données. En l’état, les opérations
ne permettent pas de comprendre comment, par
qui et à travers quels arrangements, les terres sont
exploitées, alors même que quelques questions
supplémentaires à l’occasion des travaux d’enquête
foncière suffiraient probablement à engranger
des éléments d’appréciation des situations et de
réflexion précieux.
L’aménagement du territoire et
la gestion des ressources
Plus généralement, le PFB, tel qu’il a été conçu, ne
permet pas d’appuyer la réflexion sur l’aménagement du territoire. Pourtant, les ressources naturelles, telles que les forêts et les points d’eau, se
sont dégradées à un rythme soutenu. Les espaces
agricoles et les réserves foncières ont été grignotés
sous l’effet d’une urbanisation diffuse et non régulée. La plaine qui jouxte Port-au-Prince illustre tris-
Zone de Canaan, Nord de Port-au-Prince © Véronique Dorner
tement cette dynamique avec des constructions à
usage d’habitation d’un ou deux étages, qui empiètent sur les zones agricoles en provoquant le mitage
de ces espaces. Plus que les conflits, c’est donc
l’usage non durable des terres et des ressources
qu’elles portent, qui constitue la principale menace
pour le développement du pays.
Des modalités de gestion des espaces dits « fragiles », ou présentant un intérêt écologique (forêts,
réserves de biodiversité, etc.), restent alors à définir : comment envisager la régulation de l’usage
et la protection de ces espaces ? Doivent-ils être
soumis à des régimes fonciers spéciaux permettant une gestion collective des ressources ? Dans
un contexte où le rapport à la propriété est avant
tout – voire exclusivement – individuel, la gestion
en commun dans une perspective d’intérêt général
ou de bien public est un véritable défi.
L’enregistrement des mutations
Le PFB permet de produire à un instant « t », une
photographie du territoire et des ayants droit en
présence. Un des principaux défis à l’avenir sera de
faire vivre cet outil, en enregistrant les transactions
foncières et les mutations, sans quoi les planches
cadastrales du PFB et les documents établis et distribués deviendront rapidement obsolètes. Des
mesures ont été initiées pour favoriser le recensement de ces transactions, avec l’installation de la
cellule de mise à jour du cadastre dans les bureaux
du ministère des Finances (Direction générale des
Impôts), et l’adoption d’une circulaire obligeant,
au moins théoriquement, les arpenteurs à obtenir
le sceau du cadastre pour enregistrer une transaction foncière sur les zones du PFB. Ces dispositions devront être complétées par d’autres mesures
pour permettre l’enregistrement de l’intégralité des
transferts fonciers.
L’achèvement opérationnel, juridique
et institutionnel
Enfin, les opérations pilotes ont montré l’important
décalage entre le rythme de réalisation et le planning
prévisionnel, en raison d’un grand nombre d’imprévus sur le terrain, et d’un territoire globalement
difficile à couvrir physiquement, compte tenu des
zones de mornes très escarpées. Plus globalement,
le décalage entre la temporalité du travail de réforme
institutionnelle et celle des opérations de terrain,
peut également être une difficulté : le travail sur les
projets de textes de lois sur les institutions foncières
date de 2015 et n’a toujours pas été concrétisé par
leur promulgation. Les expériences sur le terrain se
déroulent quant à elles selon des méthodes encore
non réellement prises en compte par la loi, et créent
donc des précédents qui ne sont pas formellement
reconnus par le cadre légal en vigueur.
10les NOTES de SYNTHÈSE
Numéro 24 ● Mai 2017
>> La politique foncière haïtienne <<
> EN GUISE DE CONCLUSION
Les programmes fonciers conduits en Haïti depuis
2010 ont permis de documenter avec une grande
richesse les réalités socio-foncières du pays, grâce à
des opérations pilotes menées dans des contextes
variés. Cet effort de formalisation et d’enregistrement des droits de propriété privée et individuelle
va se poursuivre dans le cadre d’une seconde phase
du programme « Cadastre et sécurisation foncière », qui devrait permettre de passer à l’échelle
supérieure et de parachever les cadres règlementaires et institutionnels, en intégrant les questions
encore non traitées.
Pour le passage à l’échelle du PFB sur l’ensemble
du territoire, le traitement de l’indivision, des propriétaires absents et des terres de l’État constituent
des questions primordiales, à régler en priorité, bien
avant les questions strictement opérationnelles,
comme par exemple la mise en place d’une base
de données nationale d’information foncière.
Concernant la réforme institutionnelle, l’enjeu
réside essentiellement dans l’adoption des projets
de lois aujourd’hui disponibles et leur mise à jour
éventuelle au regard des décisions qui seront prises
pour réguler les terres indivises et domaniales. L’architecture institutionnelle et les outils permettant
de faire appliquer ces nouveaux textes restent également à définir (quid de la répartition des compétences entre les différentes administrations et de
leur coordination ? quid des procédures ? quid des
formations ?).
Pour
en
savoir
plus
La France apportera son appui au gouvernement
haïtien pour l’aider à relever ces défis, grâce à la
mise en place, par l’AFD, d’un FEESC20 (qui a déjà
permis de prendre en charge certaines activités),
en attendant de pouvoir instruire un projet de plus
grande envergure, toujours sur financement AFD,
à compter de 2018. À l’image de la Colombie, un
groupe pays Haïti pourrait être mis en place au
niveau du CTFD pour appuyer le CIAT, notamment
pour avancer sur les questions primordiales encore
pendantes, pour mettre en perspective la réforme
en cours d’élaboration avec des processus menés
dans d’autres pays, et pour l’aider à mieux évaluer
et documenter l’impact des travaux expérimentaux
de terrain, notamment au regard des dynamiques
foncières et d’aménagement du territoire. ●
La rédaction de cette note a été assurée par
Véronique Dorner (LAJP), Alain Rochegude
(Université Paris 1), Sandrine Vaumourin et
Aurore Mansion (Gret, secrétariat scientifique du
Comité technique « Foncier & développement »),
sur la base des contributions écrites et orales
des intervenants de la journée, et des débats
qu’elles ont suscités avec la salle.
Référence pour citation : Comité technique
« Foncier & développement », « La politique foncière
haïtienne : état d’avancement, enjeux et défis du
programme de sécurisation foncière et cadastre »,
Note de synthèse no 24, AFD, MEAE, Paris, mai 2017.
20. Fonds d’études et d’expertise en sortie de crise.
• ORIOL M., JACQUET B., TOUATI A.,
« Implementation challenges of
land administration in rural areas of
Haiti : from the elaboration of a precadaster methodology to the land
tenure reform », Land and Poverty
Conference 2017, March 20-24, 2017,
Washington, DC.
• ROCHEGUDE A., DORNER V., « Quelques points de réflexion sur le contexte
foncier haïtien », juillet 2017.
Coordonné par le Gret
au titre du secrétariat
du Comité technique
« Foncier & développement »
• DORNER V., « La fabrique des politiques
publiques. Les décideurs haïtiens
entre environnement international et
conceptions locales de l’appropriation
foncière », Comité technique « Foncier
& développement », 2010.
• FRISNER P., LAFORGE M., « Programme
de sécurité foncière en milieu rural
(PSFMR). Évaluation à mi-parcours.
Rapport final soumis au secrétariat
exécutif du CIAT », 30 juillet 2016.
Financé par le projet
« Appui à l'élaboration
des politiques foncières »
Secrétariat du Comité technique « Foncier & développement » • s/c Gret • secretariatCTF@gret.org • www.foncier-developpement.fr