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Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
Renforcement organisationnel des organisations de la société civile
Renforcement des capacités des collectivités territoriales
Fonds d’Investissement Locaux
Mobilisation fiscale
PROGRAMME D’ APPUI À LA GOUVERNANCE
DÉCENTRALISÉE (PAGODE)
CAHIER DE CAPITALISATION :
RETOURS D’EXPÉRIENCES ET LEÇONS APPRISES
2019–2023
Liste des acronymes Page 04
AVANT-PROPOS Page 07
I. MISE EN CONTEXTE : LE PROGRAMME PAGODE
Page 08
Page 15
A
.Les étapes du processus de renforcement organisatio nnel des OSC et
ROSC partenaires
B.Démarche méthodologique et outils techniques utilisés
C.Contraintes rencontrées et mesures d’adaptation
D. Bonnes pratiques et leçons apprises
E. Conclusions et recommandations
Page 18
Fiche 1 : Formation et accompagnement des OSC et des ROSC Page 27
2
) Renforcement des capaci tés des collectivités territoriales
Page 32
TABLE DES MATIÈRES
Fich
e 2 : Renforcement des capacités ad ministratives municipales
Page 39
A.Cadre général du PAGODE
B.Contexte national et international de 2019 à 2023
C.Défis de la gouvernance locale, objectifs du PAGODE et r éalisations
D.Méthode et accompagnement
E.Présentation d u
consortium
A.Objectifs
B.Méthodologie concertée e
t processus de capitalisati on mené
C.Contenu du cahier de capitalisation
et destinataires
II. CAPITALISATION
1)Renforcement organisationnel des O
SC et ROSC
A.Le contexte et le corpus de formation du PMAC
B.Le programme de formation
C.Thématiques traitées et outils
D.La démarche méthodologique et andragogique
E.Contraintes
r
encontrées et mesures d’adaptation
F.Bonnes pratiques et leçons apprises
3) Les Fonds d’Investissement Locaux (FILs) :
A. Etapes de la mise en œuvre des Fonds d’Investissement Locaux
B. Des outils innovants mobilisés
C. Contraintes rencontrées et mesures d’adaptation
D. Bonnes pratiques et leçons apprises
E. Recommandations
Page 44
Fiche 3A : Le Guichet communal du FIL Page 56
Fiche 3B : Le Guichet OSC du FIL Page 60
4) Mobilisation fiscale Page 65
Fiche 4 :
La communication publique de l’autorité municipale
pour augmenter les recettes fiscales
Page 66
III. RECOMMANDATIONS TRANSVERSALES Page 71
PAGE | 4
LISTE DES ACRONYMES
AD Autorité Départementale
AL Autorité Locale
ALI Agence Locale des Impôts
AO Appel d’Offres
ATLD Agence Technique Locale Départementale
AMAGA Association des Maires de la Grand’Anse
AMASE Association des Maires du Sud-Est
AMSUD Association des Maires du Sud
CASEC Conseil d’Administration de la Section Communale
CDC Conseil de Développement Communal
CDMP Commission Départementale des Marchés Publics
CFPB Contribution Financière des Propriétés Bâties
CNMP Commission Nationale des Marchés Publics
CSMP Commission Spéciale des Marchés Publics
CSCCA Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif
CROSE Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est
CT Collectivité Territoriale
DAO Dossier d’Appel d’Offres
DAT Direction de l’Aménagement du Territoire
DCT Direction des Collectivités Territoriales
DGI Direction Générale des Impôts
DO Diagnostic organisationnel
EMAT Équipe Municipale d’Appui Technique
FENAFEMH Fédération Nationale des Femmes Maires d’Haïti
FENAMH Fédération Nationale des Maires d’Haïti
PAGE | 5
FIL Fonds d’Investissement Local
GRAMIR Groupe de Recherche et d’Appui au Milieu Rural
GRD Gestion des Risques et Désastres
ID Initiative Développement
IRAM Institut de Recherche et d’Application des Méthodes de Développement
ITECA Institut de Technologie et d’Animation
MICT Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
MOC Maîtrise d’Ouvrage Communale
MPCE Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
MTPTC Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications
OCB Organisation Communautaire de Base
ONG Organisation Non Gouvernementale
OSC Organisation de la Société Civile
PAGODE Programme d’Appui à la Gouvernance Décentralisée
PCD Plan Communal de Développement
PMAC Programme de Modernisation des Administrations Communales
PRAFIPUM Programme d’Amélioration des Finances Publiques et Municipales
PSD Plan Stratégique de Développement
PTF Partenaire Technique et Financier
REGLEAU Renforcement de la Gouvernance Locale de l’Eau et de l’Assainissement
ROSC Réseau d’Organisations de la Société Civile
SC Société Civile
UEH Université d’Etat d’Haïti
UPR Université Publique en Région
UPSAC Université Publique du Sud Aux Cayes
CAHIER DE CAPITALISATION AVANT-PROPOS
Depuis 2011 déjà, la Coopération suisse en Haïti a mis un accent fort sur la décentralisation et la
bonne gouvernance, comme thématique transversale à ses programmes. Sa conviction est
que la faiblesse des rapports de proximité entre les autorités locales et leurs concitoyennes et
concitoyens est un obstacle à l’ancrage et la durabilité des interventions en développement. Un pas
important a donc été franchi avec le développement d’un programme de gouvernance (PAGODE)
dans 11 communes de la péninsule sud haïtienne (2019-2023).
La Suisse s’est ainsi engagée à contribuer au développement d’une gouvernance locale dynamique
entre les autorités locales et une société civile organisée par le renforcement des pratiques de
responsabilité citoyenne et de reddition de comptes.
Le Programme d’Appui à la Gouvernance Décentralisée (PAGODE) a pu assurer la traduction
opérationnelle de cette approche dans les communes partenaires. Les acteurs institutionnels à
l’échelle centrale et locale ont été mis au centre, tout comme une multitude de partenaires dans la
société civile.
Après les 53 mois de mise en œuvre du PAGODE, il apparaît essentiel de capitaliser et apprendre
des bonnes pratiques mises en place. L’objectif a été de construire un retour d’expérience autour
de 4 thèmes principaux : le renforcement des Organisations de la Société Civile (OSC) ; celui des
capacités municipales ; la conception et l’opérationnalisation du Fonds d’Investissement Local
(FIL) et son Code de financement ; et la fiscalité locale. Les résultats de cette capitalisation font
l’objet des chapitres suivants.
Avec ce document, la Coopération suisse espère fournir à l’ensemble des actrices et acteurs de la
gouvernance locale, de la décentralisation et du développement local, un solide argumentaire et une
référence riche des leçons apprises. Puissent ces retours d’expériences et leurs recommandations
permettre de développer des programmes pour le renforcement d’une bonne gouvernance au
niveau local en Haïti et ailleurs.
Bureau de la Coopération suisse en Haïti
Inauguration du nouveau bâtiment municipal de la commune de Chardonnières en juin 2023, en présence du
Chef de coopération suisse en Haïti, des autorités locales et départementales, de l’Université Public du Sud
aux Cayes et des représentants de la société civile.
PAGE | 8CAHIER DE CAPITALISATION
Après quatre ans et demi de mise en œuvre, le Programme d’Appui à la Gouvernance Décentralisée
(PAGODE), financé par le Bureau de la Coopération Suisse en Haïti, s’est clôturé en juillet 2023. Ses
modes de réalisation et ses bonnes pratiques font l’objet de ce rapport de capitalisation.
Initié en 2019 en Haïti, le PAGODE a visé à appuyer les acteurs nationaux (ministères, État) et
départementaux (collectivités territoriales, services déconcentrés, société civile…) du Grand Sud
haïtien avec pour objectif d’améliorer la cohérence des actions de gouvernance locale au profit des
populations haïtiennes.
Depuis de nombreuses années, Haïti subit des contrecoups sociaux, économiques, environnementaux
et sécuritaires qui entravent considérablement le fonctionnement normal de ses institutions et la
fourniture de services de base. Les besoins humanitaires dans le pays restent à un niveau inquiétant.
Le mandat de mettre en œuvre le programme a été confié par appel d’offres de l’Ambassade à un
consortium de cinq organisations : trois organisations nationales CROSE GRAMIR et ITECA - opérant
respectivement dans les départements du Sud-Est, de la Grand’Anse et du Sud - et de deux ONG
françaises - IRAM et ID, cette dernière assurant notamment la coordination. Ces 5 organisations et
leurs rôles sont présentés plus bas.
Initialement, le PAGODE était projeté sur un durée de 12 ans, afin de prendre le temps nécessaire à
l’incubation in situ de politiques publiques locales et de projets d’investissement local susceptibles
d’améliorer le cadre de vie local et de l’investissement. Avec un mandat limité d’exécution, raccourci
en milieu de programme à quatre années (2019-2023), le PAGODE a su s’adapter et axer ses actions
auprès des acteurs de la décentralisation en Haïti, dans les secteurs de l’administration centrale
(MICT, MPCE, CSCCA, CNMP), des autorités déconcentrées, des collectivités territoriales et de la
société civile locale organisée.
I.MISE EN CONTEXTE
A. Cadre général du PAGODE
PAGE | 9
B. Contexte national et international de 2019 à 2023
La période de mise en œuvre du PAGODE a été
caractérisée par un contexte haïtien fortement
instable et explosif ainsi qu’un contexte
international préoccupant.
La situation générale du pays, de ses citoyennes
et citoyens, et de l’environnement physique et
sécuritaire, n’a cessé de se dégrader depuis
2018. On peut rappeler notamment les facteurs
suivants :
la pandémie de Covid-19 qui a bouleversé la vie des communautés et des institutions (depuis mars 2020) ; le séisme d’août 2021 en Haïti d’une magnitude de 7,2 touchant particulièrement le Sud du pays, est un des rappels de la vulnérabilité du pays face aux événements de causes naturelles (avec les ouragans et tempêtes tropicales) ;
l’
assassinat du Président de la République Jovenel
Moïse (juillet 2021), qui n’est qu’une illustration tragique de l’instabilité et de l’explosivité politique et de gouvernance du pays ;
MISE EN CONTEXTE : LE PROGRAMME PAGODE
Atelier participatif dans le Sud sur les concepts
de la gouvernance locale (2020)
PAGE | 10CAHIER DE CAPITALISATION
le blocage/coupure de la route de Carrefour (depuis 2018), unique et dernier accès routier de
Port-au-Prince vers le sud du pays, rappelle la dégradation par palier de la situation ;
enfin, le Peyi Lock (« pays bloqué »), phénomène qui s’est manifesté régulièrement depuis 2019 et jusqu’à l’automne 2022, dû à une augmentation brutale du carburant et marquant un nouveau virage vers davantage d’instabilité.
Sur le volet politique, le lundi 9 janvier 2023 a marqué la fin symbolique des mandats des dix
sé
nateurs, soit un tiers des fauteuils du sénat, ce qui met un terme à tout semblant de démocratie
élective en Haïti. En réalité, le pouvoir législatif a cessé de fonctionner depuis janvier 2020, quand
l
’ensemble des députés et deux tiers des élus du sénat ont quitté leurs postes, sans successeurs
po
ur les remplacer. Les élections, visant le renouvellement du personnel politique, n’ont pas eu lieu
depuis 2016.
Le contexte
haïtien n’a pas non plus échappé aux soubresauts du contexte international : économie
p
ost-Covid-19, augmentation des prix des matières premières, guerre en Ukraine, etc. Les
i
ndicateurs économiques et sociaux haïtiens se sont ainsi fortement dégradés.
C. Défis de la gouvernance locale, objectifs du PAGODE et réalisations
La g
ouvernance e st une problématique qui s’intéresse aux conditions rendant possible une
a
ction publique efficace et concertée en minimisant les effets pervers et les conflits non prévus.
Poser le problème de la gouvernance, c’est le plus souvent mettre en avant les conditions qui
renvoient à la coordination de différentes organisations . La « bonne gouvernance », dans le contexte
haïtien actuel, à toutes les échelles, mais particulièrement à l’échelle locale, représente donc
une opportunité de
favoriser l’interaction entre les acteurs étatiques et non étatiques – ce dans
une perspective de favoriser des politiques et des réformes favorisant la cohésion sociale et le
développement économique.
Le PAGODE s’inscrit dans cette
logique en répondant aux
orientations du Plan Stratégique du
Développement d’Haïti (PSDH, 2012)
dans ses piliers de « refondation
institutionnelle » et de « refondation
territoriale » initiés par le Ministère de
la Planification et de la Coopération
Externe (MPCE) pour en faire un pays
émergent d’ici 2030.
Le renforcement des capacités de pilotage du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités
Territoriales (MICT) en charge de l’action publique en matière de décentralisation ;
L’outillage et l’assistance à la maîtrise d’ouvrage communale ;
Le renforcement des Organisations de la Société Civile (OSC) et des réseaux d’OSC, notamment à
travers des méthodes de formation innovantes et ancrées localement, reproductibles par et pour
ces acteurs, ainsi que des plans d’actions ;
La réalisation de Plans Communaux de Développement (PCD) en lien avec les organes de
participation au développement local tels que le Comité de Développement Communal (CDC) ;
L’investissement local notamment à travers l’expérimentation d’un Fonds d’Investissement Local (FIL).
L’outillage et le renforcement des capacités techniques et administratives des mairies ;
L’outillage et le renforcement des capacités financières et fiscales des mairies ;
Le renforcement des fédérations d’élus.es :
La Fédération Nationale des Maires d’Haïti (FENAMH) ;
et la Fédération Nationale des Femmes Maires d’Haïti (FENAFEMH).
Le programme a donc encouragé des dynamiques loc
ales, autour d’un renforcement des
in
itiatives de gouvernance partagées, inscrites dans un cadre adapté au contexte vulnérable de
ces communes, où chaque citoyenne et citoyen doit trouver sa place. Il en est résulté un dispositif
p
luriel de renforcement des acteurs, comprenant notamment :
La partie inférieure de cette ligne du temps reprend les éléments du contexte. Le développement du
programme apparait plus haut à travers ses différentes composantes : notamment le renforcement des
institutions (bleu), des OSC (vert) et le déploiement du FIL (jaune).
MISE EN CONTEXTE : LE PROGRAMME PAGODE
PAGE | 12CAHIER DE CAPITALISATION
Le déploiement de ces dispositifs dans les onze communes partenaires du PAGODE a permis aux
acteurs locaux d’opérationnaliser les compétences qu’ils avaient acquises, en particulier via la mise
en œuvre de projets locaux à caractère économique et environnemental. 69 projets structurants ont
ainsi été réalisés par les acteurs locaux (cf. infra, capitalisation du FIL).
Ces projets ayant été développés par les acteurs locaux dans le cadre de dispositifs participatifs et
transparents, ils présentent l’atout de répondre aux besoins et priorités qu’ils ont identifiées sur leurs
territoires. En outre, les projets ont été pleinement imprégnés par les enjeux de Genre et Inclusion
Sociale (GIS) ainsi que de Gestion des Risques et Désastres (GRD), à travers les outils et formations
préparatoires développés en amont et en continu sur ces thèmes.
Enfin, un dernier outil important est à mentionner ici, qui a été développé dans les derniers
mois du programme : le programme de formation labélisé en gestion municipale qui a vu le jour et
a été expérimenté avec l’Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC). Ce programme novateur
a pour perspective de se généraliser au niveau des Universités en Province (UP) des autres
départements haïtiens et des antennes de l’Université d’État d’Haïti (UEH) à Port-au-Prince.
D.Méthode et accompagnement
Le PAGODE a visé une gouvernance partagée autour d’une mise en œuvre qui appartienne aux acteurs.
La stratégie du programme a été de ne pas « faire à la place » : autrement dit, le programme a toujours eu
pou
r objectif de ne pas se substituer aux acteurs, et s’est évertué, à chaque occasion, à négocier et/ou être
act
eur de l’intermédiation entre les administrations locales et les services de l’État.
Cel
a requiert t oujours un e démarche a dministrative f ormelle pour i ntr
oduire l es dossiers, un t emps
de t
raitement de chaque dossier par l’autorité et enfin le temps de la mise en route.
Pour contribuer au renforcement organisationnel et institutionnel des acteurs, la posture du PAGODE a été de les accompagner à
former leurs
m
embres, produire des outils de
planification, adopter des actes
administratifs, animer le dialogue
social et communautaire, réaliser
des ouvrages et
équipements, investir
dans le secteur agricole et dans l’environnement, etc.
Signature des conventions entre les Mairies et le
programme Pagode (ici entre CROSE, partenaire Pagode
dans le Sud-Est, et la mairie de Côtes-de-Fer. Mars 2020)
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Le programme a ainsi visé à promouvoir une approche innovante de « compagnonnage/
coaching » pour rester collé aux réalités des acteurs/partenaires afin de répondre au mieux
à leurs
besoins et attentes. La proximité et la bonne connaissance du milieu des membres du consortium
CROSE – GRAMIR – ID – IRAM - ITECA a certainement constitué un atout majeur en ce sens, du fait
qu’ils se sont retrouvés naturellement dans la continuité de leur mission et de leur agenda
i
nstitutionnel, chacun dans ses zones d’intervention respectives.
Enfin,
une approche essentielle du programme a été de capitaliser les expériences et d’en tirer les
meilleures pratiques. Les nombreux acteurs et parties prenantes ont été impliqués à cette fin,
permettant de couvrir les multiples dimensions du programme. Dans les chapitres suivants, la
capitalisation est centrée sur l’originalité de la démarche du PAGODE et plus particulièrement sur le
renforcement des capacités des acteurs et leur mise en œuvre concrète à travers les FILs.
E. Présentation du consortium
Le Programme
PAGODE a été mené par un consortium composé des 5 organisations suivantes, cha-
cune forte de ses ancrages territoriaux et de ses expériences techniques, complémentaires les unes
de
s autres. La mission du consortium était de développer les orientations du programme portées par
le
s institutions centrales et décentralisées.
CROSE (Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est) : CROSE est
un mouvement social régional fondé en 1996. Il regroupe un large ensemble
d’organisations (de femmes, paysans, jeunes, etc) et les coordinations des
organisations de base au niveau des sections communales, communes et arrondissements du
Sud-Est. CROSE remplit une double mission : une mission de type syndical comme mouvement
social et une mission professionnelle au service du développement régional. Dans le cadre du
PAGODE, CROSE a été responsable pour accompagner les acteurs locaux du Sud-Est sur les volets
de la société civile et de développement territorial concerté. CROSE a également développé le volet
de renforcement institutionnel des autorités locales en étroite collaboration avec ID.
GRAMIR (Groupe de Recherche et d’Appui au Milieu Rural) : Le GRAMIR a été fondé à Jérémie
en 1987 et œuvre depuis sa création à une voie alternative pour le renforcement du monde
rural en Haïti. Pendant plus de 20 ans il a travaillé avec la paysannerie en développement
agricole et renforcement organisationnel dans deux départements (la Grand’Anse puis
les Nippes), puis a évolué depuis 2010 dans l’assistance technique en accompagnement, appui-
conseil, recherche, planification, suivi et évaluation. Dans le cadre du PAGODE, le GRAMIR a eu la
responsabilité d’accompagner les acteurs locaux de la Grand’Anse sur l’ensemble des activités
menées. En transversal, il a aussi développé la composante de renforcement organisationnel en lien
avec les organisations de la société civile.
ID (Initiative Développement) : ONG française née en Haïti 1994, ID est aujourd’hui active
dans 9 pays. ID a pour mission de renforcer les capacités pour un développement
autonome des co
mmunautés et une approche durable du territoire, en développant le pouvoir
d’agir de
chacune et chacun. En Haïti, ID intervient depuis ses débuts dans de nombreux
MISE EN CONTEXTE : LE PROGRAMME PAGODE
PAGE | 14CAHIER DE CAPITALISATION
IRAM (Institut de Recherches et d’Applications des Méthodes de développement) :
L’association Iram est née
en 1957 et s’est structurée depuis lors en bureau
d
’études associatif. Depuis le début des années 1990 et l’émergence des
processus de décentralisation, l’Iram est impliqué dans la conception d’outils spécifiques au
développement territorial et l’accompagnement des acteurs du territoire, notamment des
collectivités locales dans l’exercice de leurs mandats. Depuis 1980, l’Institut est intervenu dans divers
domaines en Haïti. Au sein du consortium, il a été responsable pour accompagner le développement
des orientations des acteurs centraux de la décentralisation, ainsi que développer et suivre le volet
finances locales et en particulier les mécanismes du Fonds d’Investissement Local (FIL).
ITECA (Institut de Technologie et d’Animation) : L’ITECA a été fondé en 1979 comme un
lieu d’échange, d’analyse et de formation, afin de renforcer l’action des organisations
paysannes. Se dédiant en particulier au développement rural, l’ITECA cherche à jouer
un rôle de catalyseur auprès des groupes de base en encourageant leur créativité,
en favorisant la concertation pour l’action et en travaillant pour le renforcement et la
dynamisation de ces groupes. Dans le cadre du PAGODE, l’ITECA s’est concentré sur une des 4 zones
où il intervient : le département du Sud, pour y accompagner les acteurs locaux sur l’ensemble des
activités menées. En transversal dans le programme, il a aussi développé la composante Genre et
Inclusion, ainsi que Gestion des Risques et Désastres.
domaines, avec toujours le développement local comme un pilier. Pour le PAGODE, ID a souhaité mettre
ce
tte expérience au service des territoires du Grand Sud tout en construisant ensemble avec les 4
par
tenaires. I D a été responsable d e la
coordination du c onsortium, du développement t ransversal d e
l
a composante d e re
nforcement d es institutions l ocales a insi que de so développement e n particulier
dans le Sud-Est en étroit avec CROSE.
PAGE | 15
II.CAPITALISATION : OBJECTIFS ET
MÉTHODOLOGIE DU CAHIER
A. Objectifs
L’objectif général de ce livret est de présenter les bonnes pratiques et les interventions phares du
PAGODE, afin de contribuer à l’amélioration des pratiques et à l’émergence ou la consolidation d’une
gouvernance de proximité. À cette fin, les partenaires du PAGODE ont élaboré et défini une stratégie
de capitalisation dès le printemps 2021, qui s’est conduite de manière concertée auprès et avec les
acteurs locaux. Cette démarche a visé les trois objectifs suivants :
Cadrage : Les partenaires PAGODE ont d’abord échangé en vue de s’accorder sur les enjeux
relatifs à la méthodologie, les attentes de l’exercice, l’organisation des missions de collecte de
terrain, etc ; jusqu’à la définition des thèmes et axes de capitalisation retenus.
Élaboration des outils/questionnaires de collecte. A l’aide d’une analyse documentaire, le récit du PAGODE ainsi que son déroulé global ont d’abord été retracés.
Une première phase de collecte de données a eu lieu auprès de l’équipe Pagode via des
entretiens bilatéraux. Cette étape a ensuite permis d’élaborer différents questionnaires
pour recueillir des données auprès des acteurs de terrain impliqués dans les activités et la
réalisation du programme.
Identifier, faire s’exprimer et formaliser les connaissances et savoir-faire engendrés par les
différentes activités, à partir de la pratique ;
Générer ou s’intégrer dans des dynamiques de partage et de mutualisation des connaissances
et savoir-faire (méthodologie) au profit des partenaires et des acteurs locaux ;
Partager et vulgariser les acquis en produisant des outils réutilisables et disséminables
à l’attention des agent-e-s de la fonction publique voire d’autres animateurs/acteurs du
développement local en Haïti.
B.
Méthodologie concertée et processus de capitalisation mené
Le travail
de capitalisation a été réalisé une fois les activités menées, afin de disposer d’un retour
d
’expérience de la part des acteurs engagés dans le programme. Les partenaires PAGODE,
responsables pour la coordination et l’animation de ce travail, ont pris l’option de mettre en lumière
des réalisations spécifiques dont le partage semble plus pertinent.
Concrètement, cette capitalisation a été réalisée à travers les
trois phases suivantes :
1. Cadrage et préparation
CAPITALISATION : OBJECTIFS ET MÉTHODOLOGIE DU CAHIER
PAGE | 16CAHIER DE CAPITALISATION
2. Enquêtes et collectes des données de terrain
L’objectif était de recueillir la parole, les points de vue et perceptions des différents acteurs (parte-
naires PAGODE, collectivités territoriales, OSC, etc.) sur leurs vécus et acquis durant le programme,
ainsi que les facteurs de
réussite et d’échec selon les stratégies d’intervention. Afin de remplir au
mieux cet objectif, la capitalisation s’est déroulée en deux temps :
Entre mars et avril 2023, un travail de recueil
de données/entretiens auprès des partie-
prenantes (acteurs de la mise en œuvre et/
ou bénéficiaires) a été mené par les équipes
départementales du PAGODE, au plus proche
des acteurs. Des entretiens individuels ont
été menés dans les 11 communes partenaires
avec une cinquantaine d’acteurs : 8 maires, 1
président de conseil communal, 5 directeurs
généraux de mairie, 2 cadres municipaux,
10 membres de Comités de Développement
Communaux (CDC), 16 membres d’OSC,
2 agents de l’Agence Technique Locale
Départementale (ATLD), 1 membre de
Commission Départementale des Marchés
Publics (CDMP), et 1 responsable d’Office
agricole ;
Les 24-25 avril, un atelier de partage
d’expériences (focus group) s’est déroulé
sur deux jours aux Cayes, réunissant une
quarantaine d’acteurs de terrain. L’atelier a été
focalisé sur les acteurs de la mise en œuvre
directe (maires, agents communaux, membres
d’OSC, etc.) et sur les bénéficiaires indirects
(population, leaders, etc.) concernés par les
activités du projet.
3. Exploitation des données et rédaction
La collecte du vécu des acteurs – tout ce qu’ils ont pu
acquérir en connai ssances et bonnes
pratiques a essentiellement reposé sur des enquêtes qualitatives auprès d’e
ux. Ce sont ces
éléments
récoltés aupr
ès des acteurs, chacun en lien a vec ses responsabilités, qui ont fait l’objet
d’une analyse au sein du consortium jusqu’à mener à la rédaction du présent rapport.
PAGE | 17
C. Contenu du cahier de capitalisation et destinataires
Quatre axes sont couverts
dans ce livret, en autant de chapitres :
1. Renforcement des OSC ;
2. Renforcement des capacités des collectivités territoriales (CT) ;
3. Les Fonds d’Investissement Locaux (FILs) : mise en place et mise en œuvre
4. Mobilisation fiscale.
CAPITALISATION : OBJECTIFS ET MÉTHODOLOGIE DU CAHIER
Ces 4 chapitres incluent notamment c
inq fiches de capitalisation : elles mettent l’accent sur des
volets
spécifiques de l’action en présentant le processus mis en œuvre ainsi que les leçons tirées,
les bonnes pratiques et les recommandations. Ces fiches sont aussi disponibles de manière
séparée.
Les destinataires sont en premier lieu les multiples parties prenantes et acteurs engagés dans ce
programme, mais aussi les partenaires institutionnels et techniques et tous acteurs intéressés par la
gouvernance locale, en espérant que chacun puisse y puiser ses éléments d’intérêt.
PAGE | 18CAHIER DE CAPITALISATION
1)RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL
DES OSC ET ROSC
Depuis les années 1990, le monde change rapidement, tout comme le paysage de l’aide internationale au dé-
veloppement. Dans de nombreuses régions du monde, l’intérêt manifesté pour les organisations de la société
civile tout comme pour leur financement est souvent en baisse, car les organismes d’aide modifient leurs
orientations thématiques et géographiques, et l’espace dont dispose la société civile pour agir rétrécit.
En Haïti, la relation entre l’État et les Organisations de
la Société Civile (OSC) est peu structurée. Le dialogue
entre les deux parties est traditionnellement très
limité. L’étroitesse de l’espace laissé aux OSC
entrave l’établissement des relations constructives
entre l’État et la société civile.
La mouvance des organisations de la société civile
en Haïti a toujours été, depuis la deuxième moitié du
XXe siècle, un laboratoire social et démocratique.
Dans tout le pays, les OSC couvrent à peu près
tous les aspects de la vie sociale, économique,
politique et culturelle. Le milieu associatif rend
service à des millions de personnes. Il défend les causes les plus primordiales pour aider le pays
au dépassement de sa crise multidimensionnelle. Toutefois, les OSC, dans leur grande majorité,
connaissent des faiblesses structurelles et institutionnelles importantes et peinent à s’organiser dans
des conditions politiques et socioéconomiques difficiles. Leur renforcement demeure nécessaire pour
qu’elles puissent pleinement jouer leur rôle dans les collectivités territoriales et au niveau national.
Il est donc nécessaire de donner les moyens aux OSC de se poser les bonnes questions sur le devenir
de leur organisation et de leurs interventions, leur fournir les outils pour, le cas échéant, penser et opérer
les changements organisationnels et institutionnels nécessaires afin de pérenniser leur structure et
permettre à celle-ci de répondre de manière autonome à la demande sociale des communautés et des
collectivités.
A.
Les étapes du processus de renforcement organisationnel des OSC
et ROSC partenaires
Le renforcement organisationnel et institutionnel vise à aider les Organisations de la Société Civile (OSC)
et les Réseaux d’Organisations de la Société Civile (ROSC) à : améliorer leur fonctionnement interne ;
mieux gérer leurs ressources ; renforcer leur impact ; mieux répondre aux besoins de leurs membres et de
leurs communautés ; renforcer leur légitimité et leur crédibilité ; et améliorer leur capacité à influencer les
programmes et politiques publiques au niveau local et départemental.
PAGE | 19
Le processus de renforcement organisationnel (RO) des OSC et ROSC partenaires du PAGODE dans les
départements du Sud-Est, du Sud et de la Grand’Anse a été conçu et mis en œuvre en 2 phases : la première
comprenant 3 étapes, et la deuxième comprenant 2 étapes (5 étapes au total).
Phase 1 : Conception, organisation et préparation du processus de renforcement organisationnel (RO)
ÉTAPE 1 :
DOCUMENT DE CADRAGE DU
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL
ÉTAPE 2 :
SÉLECTION ET PARTENARIAT AVEC
LES OSC/ROSC
ÉTAPE 3 :
DIAGNOSTIC ORGANISATIONNEL
DES OSC/ROSC
Objectif
Définir le contour de l'appui au
renforcement organisationnel des
OSC/ROSC
Déterminer et établir un partenariat
avec les OSC/ROSC sélectionnés et
volontaires pour s’impliquer dans un
programme de gouvernance locale
Déterminer les capacités à renforcer
pour que l’OSC/ROSC puisse atteindre
ses objectifs, remplir sa mission
et s’impliquer à une dynamique de
gouvernance locale
Éléments
clés de la
démarche de
travail
Méthodologie pour :
i) la collaboration partenariale ;
ii) le diagnostic organisationnel ;
iii) la formation en renforcement de
capacités ;
iv) l’accompagnement des OSC/
ROSC
Synergie et complémentarité
avec d’autres acteurs notamment
les autorités locales (AL),
Autorités Départementales
(AD), Partenaires Techniques et
Financiers (PTF), Organisations non
gouvernementales (ONG)
Sélection des OSC/ROSC :
i) pré-sélection à partir de l’état des
lieux des OSC/ROSC (2020) ;
ii) critères et modalités de sélection ;
iii) rencontres de travail avec les
OSC/ROSC présélectionnés ;
iv) choix des OSC/ROSC
v) restitution du processus de
sélection
Établissement partenariat :
i) élaboration et validation du
protocole d’accord ;
ii) présentation, débat et
approbation du protocole par les
OSC/ROSC ;
iii) signature du protocole avec les
OSC/ROSC
Recrutement firme ou consultant-
e-s pour la réalisation du diagnostic
organisationnel (DO)
Organisation et planification du DO avec
les OSC/ROSC
Révision et pré-validation du rapport DO
Restitution et validation du DO par OSC/
ROSC
Sélection et accord de partenariat avec
OSC/ROSC
Responsable
Référent-e-s en renforcement
organisationnel, genre et gestion des
risques et désastres ; et les équipes
départementales du consortium
PAGODE
Référent-e-s, équipes
départementales du consortium
PAGODE, AL, AD, OSC/ROSC et
autres acteurs
Référent-e-s, équipes départementales
du PAGODE, Consultant-e-s, OSC/ROSC
et autres acteurs
Période 2 à 3 mois 3 à 4 mois 5 à 6 mois
Résultat
Appropriation de l’orientation
stratégique et de la démarche de
travail en RO par les instances du
consortium CROSE-GRAMIR-ID-
IRAM-ITECA chargées de l’exécution
du PAGODE
Partage de la démarche de travail
avec les parties prenantes,
sélection des OSC/ROSC et entente
de partenariat avec eux sur une
base consensuelle et transparente
Établissement en concertation
avec les OSC/ROSC de leur situation
organisationnelle (forces, faiblesses,
menaces et opportunités) et leurs
besoins en renforcement de capacités
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 20CAHIER DE CAPITALISATION
Phase 2 : Planification, suivi et évaluation du processus de renforcement organisationnel
ÉTAPE 1 :
DOCUMENT DE CADRAGE DU RENFORCEMENT
ORGANISATIONNEL
ÉTAPE 2 :
SÉLECTION ET PARTENARIAT AVEC LES OSC/ROSC
Objectif
Renforcer les capacités des OSC/ROSC en vue
d›améliorer leur structuration, leur fonctionnement
et leur gouvernance interne pour mieux s›intégrer
et participer dans les affaires des collectivités
territoriales et au contrôle des politiques publiques au
niveau local.
Renforcer les OSC/OSC afin de pouvoir développer les
capacités acquises, stimuler leur responsabilisation dans
la réalisation de leurs objectifs et missions, et favoriser
leur intégration dans l’exercice du pouvoir local et la
construction du développement local.
Éléments
clés de la
démarche de
travail
Recrutement firme ou consultant-e-s pour la
réalisation du processus de formation
Préparation et validation du plan de formation et
modules de formation
Organisation et planification des sessions de
formation de formateurs et formatrices avec les
OSC/ROSC
Organisation et planification des répliques de
formation avec les OSC/ROSC dans leur propre
communauté
Réalisation de la formation de formateurs et
formatrices et les répliques des sessions
Suivi et évaluation du processus de formation
Élaboration, validation et discussion du plan
d’accompagnement avec les OSC/ROSC
Recrutement de firmes ou consultant-e-s spécifiques
Accompagnement limité dans le temps (coaching) en :
gestion organisationnelle (GO), gestion administrative
et financière (GAF), genre (Gr), planification suivi et
évaluation (PSE) des activités, budget et plan stratégique
de développement (PSD)
Accompagnement/conseil en : élaboration de projet,
promotion DH, plaidoyer, collaboration avec AL, AD et SC
Suivi, évaluation et capitalisation du renforcement
organisationnel
Responsable
Référent-e-s en renforcement organisationnel,
genre et gestion des risques et désastres ; équipes
départementales du consortium PAGODE ; Consultant-
e-s ; OSC/ROSC et autres acteurs
Référent-e-s en renforcement organisationnel,
genre et gestion des risques et désastres ; équipes
départementales du consortium PAGODE ; Consultant-
e-s ; OSC/ROSC et autres acteurs
Période Plus de 24 mois Près de 18 mois
Résultat
Acquisition de connaissances essentielles (savoirs)
permettant le renforcement des organisations et
leur fonctionnement ainsi que la responsabilisation
des instances. Les membres sont plus actifs et
s’impliquent davantage dans les interventions des
OSC/ROSC.
Acquisition de compétences (savoir-faire et savoir-être)
permettant d’améliorer la gouvernance et la gestion
des OSC/ROSC et également leur implication dans la
gouvernance et le développement des communautés ou
de la collectivité.
PAGE | 21
B. Démarche méthodologique et outils techniques utilisés
1- Démarche méthodologique de l’appui au renforcement organisationnel
La démarche de renforcement organisationnel est axée sur le respect de l’autonomie, la participation
et l
a responsabilisation des OSC/ROSC. En ce sens, la collaboration entre le PAGODE et les OSC/ROSC
par
tenaires repose sur les principes suivants :
Respect de l’identité de chaque type d’OSC/
ROSC, sans aucune forme d’intrusion dans
les affaires internes des organisations ;
Promotion de rapports équilibrés et constructifs entre OSC et ROSC, entre OSC/ ROSC et autorités locales ou des entités déconcentrées de l’État et OSC/ROSC ;
Planification et mise en œuvre des activités de renforcement avec l’acceptation, la participation et l’implication des OSC/ROSC ;
Égalité de genre et inclusion des groupes
marginalisés et vulnérables ;
P
rise en compte des valeurs démocratiques,
des connaissances, des savoir-faire des
OSC/ROSC ;
Partenariat responsable inscrit dans un
e
ngagement social partagé.
La méthode privilégiée est celle de
l’accompagnement qui permet aux
apprenants ou apprenantes de révéler
leur potentiel afin d’optimiser leur
réussite et à l’OSC/ROSC d’acquérir
des savoirs, savoir-faire et savoir-
être, pour construire son autonomie
et devenir un acteur ou une actrice à
part entière pour décider lui-même
en toute indépendance. La méthode
d’accompagnement du PAGODE
se fonde sur les modes formation,
coaching, soutien et conseil.
Accompagnement de l’Association des Femmes Travailleuses
de Cassanette (AFTC), dans le cadre de son projet de production
de haricot noir pour le relèvement de 94 femmes dans la
commune de Beaumont - Grand’Anse. Séance tenue dans le
cadre du Fonds d’Investissement Local (FIL).
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 22CAHIER DE CAPITALISATION
2- Outils techniques utilisés dans le processus de RO des OSC/ROSC
Le renforcement organisationnel et institutionnel vise à aider les Organisations de la Société Civile Dans les
ci
nq étapes du processus de renforcement organisationnel des OSC/ROSC, plusieurs outils techniques
son
t utilisés. Il s’agit de : i) grille de critères de sélection ; ii) diagnostic organisationnel ; iii) enquête de terrain
; iv
)
plan de formation ; v) plan d’accompagnement ; vi) manuel de gestion et de procédures ; vii) plan de
dév
eloppement
stratégique. Les points ci-dessous précisent leurs utilités et usages.
i.La grille de critères de sélection : l’établissement en concertation avec les parties prenantes du
PAGODE de critères objectifs de sélection des OSC/ROSC a permis d’avoir un regard impartial,
équitable, sur les associations retenues comme partenaires et a ainsi évité toute forme de contestation
après ce processus de sélection.
ii.
Le diagnostic organisationnel : Il est utile de faire appel à un prestataire externe pour réaliser le DO,
ceci permet d’avoir : une expertise et des compétences que l’institution chargée du renforcement organisationnel ne détient pas ; un avis objectif et impartial sur les OSC. Cette décision dépend des besoins et objectifs spécifiques de l’institution responsable du processus de renforcement, mais il est important de bien choisir ce prestataire. Le diagnostic participatif des OSC/ROSC a évalué les forces, faiblesses, menaces et opportunités pour chacune et pour l’ensemble des organisations partenaires dans un département. Il a également déterminé les besoins en renforcement de capacités et accompagnement de ces associations.
iii.
L’enquête de terrain : des entrevues individuelles et de groupes, des focus groups réalisés dans
les communes d’intervention au cours des états de lieux (équipes départementales et Référent-e-s thématiques du consortium PAGODE), des diagnostics organisationnels (équipes départementales du PAGODE et/ou Prestataires externes) et de la capitalisation (Coordination nationale, Référent-e-s et équipes départementales) du processus avec les parties prenantes et particulièrement les OSC/ ROSC ont permis de mieux approfondir les problèmes et d’œuvrer à leur dépassement.
iv.
Le plan de formation : ce plan répond aux besoins
en renforcement de capacités identifiés dans le contexte socio-organisationnel, sociopolitique et socioéconomique des OSC. Il reprend l’ensemble des thèmes retenus (technique organisationnelle, gestion administrative et financière, gouvernance interne notamment en genre, planification d’intervention et mobilisation de fonds, promotion et protection des droits humains notamment des droits des femmes, concertation et plaidoyer, gestion des conflits, gestion des risques et désastres) et donne la stratégie de développement de chaque module. Il permet de mesurer le rendement et l’atteinte des objectifs du processus de formation (celui-ci est présenté et développé dans une fiche de capitalisation spécifique). Il est à noter que les formations ont été menées dans un principe de « cascade » : des personnes ont été formées, et ont elles-mêmes répliqué ces formations à l’attention de leurs membres.
Atelier de formation avec les OSC dans la Grand’Anse
PAGE | 23
v. Le plan d’accompagnement : l’accompagnement est déterminant dans l’autonomie de l’OSC/ROSC et
son utilité sociale. Le plan d’accompagnement a pris en compte quatre dimensions du renforcement
des associations : individuelle (compétence), organisationnelle (structuration, gouvernance interne
notamment genre et gestion), inter-organisationnelle (mise en réseau, alliance et partenariat), et
engagement social (capacité de produire des effets et impacts dans la communauté ou la collectivité).
vi. Le manuel de gestion et de procédures : c’est un guide opératoire qui décrit les tâches et les op
érations à réaliser au niveau de chaque instance et définit les règles de gestion et d’administration
au sein des organisations. Il aide à formaliser les procédures de travail et à améliorer les règles de fonctionnement et garantit un système d’information fiable et une structure bien organisée.
vii.
Le plan stratégique de développement (PSD) : les OSC/ROSC d’une certaine envergure et les plus
conséquents se sont rendu compte que l’établissement de projet et de plan d’action annuel ne leur permet pas de dépasser une lacune importante, celle de ne pas penser le développement de l’organisation à moyen et long terme. L’appui à l’élaboration participative de PSD a permis de réfléchir et de développer la stratégie programmatique sur le moyen terme, ce qui a servi de référence pour la planification annuelle de la structure.
Les OSC ont été accom p
agnées dans leurs démarches organisationnelles et
s
tructurantes, t el
qu’ici à Bonbon dans la Grand’Anse (mai 2022)
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 24CAHIER DE CAPITALISATION
C. Contraintes rencontrées et mesures adoptées
Le processus de renforcement organisationnel n’a pas été un long fleuve tranquille. Il y a eu un ensemble
de contraintes liées aux problèmes socio-organisationnels, socio-politiques et socio-économiques
du pays et également des difficultés internes du PAGODE auxquels la structure chargée de la mise en
œuvre et les autres parties prenantes du processus de RO des OSC/ROSC ont dû faire face.
Un dispositif de suivi et d’évaluation régulier a été également mis en place pour mesurer les progrès et
ajuster le plan de renforcement organisationnel en conséquence.
CONTRAINTES ET DIFFICULTÉS MESURES POUR LES SURMONTER
Le recensement des OSC/ROSC et le diagnostic
organisationnel des organisations partenaires sont
des activités chronophages .
Le dispositif de RO étant mis en place en plusieurs étapes définies
au préalable, concomitamment aux interventions qui demandent
beaucoup de temps, les activités non liées des étapes suivantes
ont pu être anticipées et préparées.
Il est difficile de trouver des firmes ou des
consultant-e-s compétents et expérimentés
capables de développer sur la durée un programme
de renforcement organisationnel.
Constitution dès le départ d’une base de données de firmes et
consultant-e-s nécessaires au RO des partenaires, la mettre à
jour régulièrement et bien établir le processus de recrutement des
ressources humaines.
L’exode de certain-e-s formateurs ou formatrices,
cadres formés et de dirigeant-e-s des OSC/ROSC qui
souvent sont les plus actifs et dynamiques.
Prise en compte de ce risque dans les critères de sélection des
membres, cadres et dirigeant-e-s et former ou coacher sur des
thèmes ou des dossiers stratégiques plusieurs personnes de
l’OSC/ROSC.
L’augmentation de manière considérable des coûts de
fonctionnement et de logistique en lien avec l’inflation
et la décote de la monnaie nationale.
Prise en compte de ce risque dans l’élaboration du budget de RO
des OSC/ROSC et prendre des dispositions pour que la formation et
l’accompagnement soient de proximité.
En lien avec les pratiques d’autoritarisme et la
culture du chef, la mise en place de politique et de
réglementation pour renforcer les OSC/ROSC est
souvent ardue.
Rassembler les parties prenantes pour leur permettre de
comprendre les enjeux de la démarche et leurs rôles respectifs
dans son déroulement.
Souvent il y a des problèmes psychosociaux entre les
dirigeant-e-s des organisations et entre ceux-ci et
les autorités locales, ce qui impacte négativement le
processus de RO des OSC/ROSC.
Promotion des principes et valeurs éthiques, démocratiques et de
convivialité portée par le processus de RO des OSC/ROSC et donner
à la formation sur la prévention et la gestion pacifique des conflits
une place prépondérante dans le processus.
PAGE | 25
D. Bonnes pratiques et leçons apprises
Les réflexions critiques de l’équipe mobilisée sur le renforcement organisationnel ainsi que l’enquête
de terrain et l’atelier de capitalisation ont permis de dégager les bonnes pratiques et leçons apprises
suivantes :
1.
L’ensemble des parties prenantes du processus : OSC/ROSC, AL, AD et la structure chargée de son opérationnalisation doivent être bien imprégnées de la démarche de renforcement organisationnel.
2.
Prendre en compte les expériences et l’ancrage territorial (capable d’aider les organisations à mieux répondre aux besoins des communautés locales et à renforcer leur impact et leur efficacité) des OSC/ROSC en plus des critères de structuration et de légalisation est important pour la sélection.
3.
Bien évaluer les besoins en renforcement de capacités et en accompagnement des OSC/ROSC sur la base d’un diagnostic organisationnel.
4.
Impliquer toutes les instances (décisionnelle, technique et de gestion) et l’ensemble des membres de l’OSC/ROSC (tant les membres formateurs que les membres participants à des séances de réplique) dans le processus de renforcement.
5.
Concevoir des interventions de renforcement de capacités durables en veillant à articuler le contenu de la formation avec le niveau de culture générale des membres des OSC/ROSC et poser les bases pour que ces associations développent une certaine autonomie en matière de formation : former des formateurs et formatrices en interne.
6.
Identifier de manière stratégique les participant-e-s aux activités de formation et d’accompagnement.
7.
Tester les outils et méthodes et les ajuster au contexte local et aux besoins des OSC/ROSC partenaires est essentiel.
8.
Planifier et mener des activités de formation et d’accompagnement efficientes et efficaces (afin de permettre aux OSC de renforcer effectivement leurs capacités et de contribuer activement au développement de leur communauté).
9.
Communiquer clairement tout au long du processus tant avec les OSC/ROSC qu’avec les autres acteurs et actrices de la collectivité territoriale.
10.
Le partage des apprentissages du processus de RO et la capitalisation des bonnes pratiques jouent également un rôle clé dans l’amélioration des performances des OSC/ROSC et la prise en main de leur renforcement organisationnel.
Journée des femmes rurales à Chambellan
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 26CAHIER DE CAPITALISATION
E. Conclusions et recommandations
La démarche de travail, les outils et méthodes en renforcement organisationnel développés par
le PAGODE dans les communes des départements du Sud-Est, Sud et Grand’Anse de Haïti, sont
potentiellement réutilisables dans des interventions similaires. Dans le cadre d’une réutilisation et d’un
ajustement de la démarche du PAGODE en renforcement organisationnel des OSC/ROSC dans d’autres
milieux et d’autres contextes, il est nécessaire de prendre en compte les recommandations suivantes :
Tenant compte du temps (24 à 48 mois dépendamment du nombre d’OSC/ROSC à renforcer) et de la flex
ibilité que demande le renforcement organisationnel, il est préférable qu’il se réalise dans le cadre
d’un programme et non d’un projet de court terme.
Le changement organisationnel et institutionnel des OSC/ROSC doit être analysé, planifié, suivi et éva
lué par l’ensemble des parties prenantes (institution chargée du renforcement organisationnel,
OSC/ROSC, AL, AD) du processus.
La démarche doit bien articuler le double aspect formation et accompagnement du processus et pre
ndre en compte les 3 dimensions : institutionnelle, organisationnelle et sociale du renforcement des
OSC. Il s’agit respectivement de permettre aux OSC/ROSC de : i) se doter d’organes de gouvernance effectifs et efficaces ; ii) avoir un bon fonctionnement reposant sur une communication adaptée et régulière, une gestion saine et transparente, une stratégie financière conséquente ; iii) développer des interventions ayant les effets directs attendus et un impact durable dans le milieu.
L’institution chargée de l’opérationnalisation du processus de renforcement doit être le plus proche pos
sible des OSC/ROSC et assurer un suivi en continu des initiatives favorisant leur apprentissage et
la réussite des actions.
PAGE | 27
Fiche expérience 1.- Renforcement organisationnel des OSC et ROSC
LA FORMATION ET ACCOMPAGNEMENT DES
OSC ET ROSC
Retour d’expérience sur le renforcement organisationnel des Organisations de la
Société Civile (OSC) et des Réseaux d’OSC (ROSC) – 2023.
La formation des organisations de la société
civile
(OSC) et de leurs réseaux (ROSC), liée aux
processus de leur renforcement organisa
-
tionnel, est au cœur de cette fiche reprenant les
pratiques et leçons du Programme PAGODE.
Le PAGODE a été mené par le consortium
CROSE-GRAMIR-ID-IRAM-ITECA, sur mandat
de l’Ambassade de Suisse en Haïti, de 2019
à 2023. Ce programme entend renforcer les
compétences des acteurs nationaux et locaux
en matière de gouvernance et de développement
local, et à accroître l’articulation et la cohérence
de leurs interventions dans le domaine. Le
renforcement des OSC et ROSC est visé via un
appui organisationnel spécifique, en particulier
dans 11 municipalités des départements du Sud,
du Sud-Est et de la Grand’Anse, afin qu’elles
participent à l’exercice du pouvoir local et au
développement territorial.
La force des OSC réside dans leur capacité à
mobiliser les communautés pour réaliser des
activités. L’importance des ROSC est marquée
surtout par le rôle de coordination des actions
des OSC, de plaidoyer et de défense des droits
de la paysannerie.
La formation et l’accompagnement sont deux
éléments clés du renforcement des capacités
des OSC et ROSC, qui se mettent en œuvre de
manière
concomitante pour leur permettre
d’acquérir les compétences nécessaires et
améliorer
leur fonctionnement et leur impact
dans
la collectivité.
Objectif : renforcer les acteurs de la
Société Civile
Les organisations sont des vecteurs
in
dispensables de la prise de conscience
e
t l’engagement des citoyens et citoyennes
dans la construction de leur communauté.
Cependant, rares sont les OSC et ROSC qui
jo
uent pleinement leur rôle, dont celui de
co
ncertation et collaboration avec les autorités
l
ocales ou déconcentrées. Ces OSC doivent
p
ourtant être à la hauteur de leur mission. D’où
l
’enjeu du renforcement de leurs capacités.
Ainsi,
le PAGODE a défini les objectifs suivants pour
le p
rocessus de formation des OSC et ROSC :
Objectif général de la formation
Contribuer
au renforcement de capacités des
OSC et ROSC en vue d’améliorer la structuration
et le fonctionnement durable, la gouvernance
démocratique et inclusive de ces organisations. Ce
afin de mieux s’intégrer dans leur territoire, et de
garantir le respect et l’exercice des droits citoyens
à la participation aux affaires des collectivités
territoriales
et au contrôle des politiques publiques
de développement local.
Objectif spécifique de la formation
Renforcer
les capacités des OSC et ROSC
partenaires en technique organisationnelle,
gestion administrative et financière, gouvernance
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 28CAHIER DE CAPITALISATION
i
nterne notamment en genre, planification
d’intervention et mobilisation de fonds,
promotion
et protection des droits humains
par
ticulièrement des droits des femmes,
concertation
et plaidoyer, gestion des conflits,
gestion
des risques et désastres (GRD), afin
qu’ils
puissent assurer leur autonomie et
participer
à la gouvernance locale et au
développement durable des collectivités
te
rritoriales.
L’
ensemble des 5 étapes du processus de
renforcement
sont présentées dans le rapport
global de capitalisation du PAGODE. L
’expérience
a été menée dans 11 communes auprès de 102
OSC et réseaux d’OSC œuvrant en milieu rural
pour la
majorité. Ces organisations ont été
sélectionnées
à partir de l’état des lieux (étape 2)
et
du diagnostic organisationnel (étape 3),
décrits dans le rapport sur l’axe de renforcement
organisationnel.
Dans
la présente fiche, l’accent est surtout
mis sur
la formation (étape 4), bien que dans le
processus de
renforcement organisationnel les
deux éléments soient toujours étroitement liés.
Des démarches méthodologiques et des
o
utils de formation par et pour les acteurs
Le
diagnostic organisationnel des organisations
sélectionnées et
l’implication de toutes les
instances (décisionnelle,
technique et de gestion)
et de l’ensemble des membres (tant les membres
formateurs que
les membres participants à des
séances de
réplique) des OSC/ROSC dans le
processus ont permis de bien évaluer les besoins
en renforcement
de capacités, d’établir le plan
de formation,
le plan d’accompagnement afférent
et de définir les démarches méthodologiques
ainsi que
les outils de formation. L’une
des
spécificités du processus porte sur le p
rincipe
de « cascade » de ces formations, adressées à
des formateurs
et formatrices qui les ont eux ou
elles-mêmes répliqués
Étapes du processus de formation
Planification et organisation du processus de
form
ation en renforcement de capacités ;
Recrutement d’une firme ou des consultants pour l
a réalisation du processus de formation
Préparation (firme de consultation) et validation (équ
ipe Pagode) du plan de formation ;
Préparation (firme de consultation) et validation (équi
pe Pagode) des modules de formation,
dont le guide des formateurs et formatrices et le cahier des participant-e-s ;
Sélection par les OSC/ROSC des membres à form
er comme formateurs et formatrices ;
Organisation et planification des sessions de form
ation de formateurs et formatrices avec
les OSC/ROSC ;
Sélection par les OSC/OSC, sur la base de crit
ères objectifs, des membres à former dans
les répliques ;
Organisation et planification avec les OSC/ ROSC
des répliques de formation en leur sein ;
Réalisation de la formation (firme de cons
ultation) de formateurs et formatrices ;
Réalisation des répliques de formation et coachin
g des formateurs et formatrices par
la firme de consultation dans les premières séances de formation des participant-e-s ;
Suivi et évaluation du processus de formation.
Dans l
es étapes du processus de formation, un
accent particulier doit être mis sur la préparation
du plan de formation. Car il établit l’ensemble
des thématiques retenues (technique
organisationnelle, gestion administrative et
financière, gouvernance interne notamment en
genre, planification d’intervention et mobilisation
de fonds, promotion et protection des droits
humains notamment des droits des femmes,
PAGE | 29
concertation et plaidoyer, gestion des conflits,
gestion des risques et désastres), définit la
méthodologie générale et donne la stratégie de
développement de chaque module. Il indique
les outils didactiques qui seront utilisés. Et il
permet de mesurer le rendement et l’atteinte
des objectifs du processus de formation.
Méthodologie des séances de formation
Démarche axée sur une approche dynamique,
interactive et participative :
Créer un cadre sécurisant, semi-fermé et
accueillant (pour 25 à 30 participants et
participantes) apte à favoriser une expérience
positive d’apprentissage ;
Établir les principes à respecter pour faciliter un meilleur climat d’apprentissage et de facilitation ;
Présenter et développer les modules de formation en créole pour faciliter la compréhension et participation ;
Encourager le travail en équipe via des ateliers en groupe ;
Constituer des groupes par profil et par quota de présence masculine et féminine et de tranche d’âge ;
Créer des conditions idéales de mise en commun et de dialogue, en ce sens il est important de créer un environnement propice au dialogue, d’établir des règles claires, de promouvoir une communication ouverte et honnête, et d’avoir un-e facilitateur-trice compétent. ;
Privilégier l’utilisation des référents culturels afin d’enrichir la participation collective ;
Évaluer les acquis de chaque journée par un recentrage conclusif en plénière ;
Encourager la participation de tou-te-s sans exception.
Le c
hoix du matériel didactique et des outils
nécessaires s’est alterné entre la passation
des pré-tests et post-tests, des présentations PowerPoint (avec modération), de visualisation de documentaires relatifs aux thèmes, des jeux de rôles, d’études de cas, de travaux pratiques, de travaux de groupes avec un compte-rendu critique à chaque fois en lien avec le point abordé lors de la séance du jour.
De la structuration interne à la collabo-
ration externe : un renforcement com-
plet et abouti
L’originalité de la formation est qu’elle a
été conçue et développée sur une base
participative, inclusive et qu’elle a pu prendre
en compte les dimensions organisationnelles,
institutionnelles, sociales et citoyennes du
renforcement des OSC/ROSC. En ce sens, des
membres d’organisations parties prenantes
interviewées dans l’enquête de capitalisation
ont fait ressortir que les principaux résultats
et acquis du processus de renforcement de
capacités des OSC/ROSC sont les suivants :
Tous les OSC/ROSC partenaires ont eu des fo
rmateurs et formatrices, des dirigeant-
e-s et des membres formé-e-s au cours du processus.
La formation a permis de mieux comprendre la n
écessité de renforcer l’organisation et son
fonctionnement, de cotiser régulièrement et de mener à terme la légalisation de l’OSC/ ROSC. Elle a entre autres responsabilisé les instances et stimulé l’intérêt des membres pour l’implication plus forte dans leur OSC.
Le processus de formation a encouragé le
dé
veloppement de leadership collectif, de
relation de confiance au sein de l’organisation,
la protection et le respect des droits humains
particulièrement les droits des femmes, de la
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 30CAHIER DE CAPITALISATION
valorisation et du positionnement des femmes.
En matière de gouvernance interne et de
gest
ion administrative, la formation a mis
l’accent sur l’amélioration de la planification,
le suivi et évaluation des activités, l’utilisation
des outils comptables pour la transparence
et la reddition de comptes, le renforcement
de la participation des membres à travers une
communication plus efficace.
La formation a facilité une meilleure
comp
réhension du rôle des autorités locales
et départementales et du travail des acteurs
de la société civile, et a montré la nécessité de
développer les collaborations et/ou partenariats
entre l’ensemble de ces acteurs.
L’articulation de la formation avec un dispositif continu d’accompagnement des OSC/ ROSC a contribué au renforcement de la compétence des membres, à l’amélioration de la gouvernance et de la gestion des organisations au point de vue technique, administratif et financier. Elle a aussi permis aux OSC/ROSC de se mettre en position de répondre à des appels à proposition de projet et de mettre directement en application les formations reçues.
Ceci a entrainé des changements importants au sein des OSC/ROSC partenaires de PAGODE au niveau de la valorisation et du positionnement des femmes, ainsi que du renforcement de la participation des membres à travers des communications plus efficaces.
D
es mesures pour dépasser les
difficultés
Au c
ours du processus de renforcement
de c
apacités, le PAGODE et les OSC/ROSC
partenaires ont fait face à des contraintes et des
diffi
cultés :
Contraintes et difficultés
Dans un des 3 départements, difficulté de tr
ouver des firmes ou des consultant-e-s
compétents et expérimentés
capables
d’assurer la formation des formateurs et
formatrices.
Problèmes
de blocage ou d’insécurité sur
les routes nationales pour le déplacement
des
consultant-e-s.
La
forte augmentation des coûts de transport
et d’entretien des formateurs et formatrices et
des participant-e-s en lien avec l’inflation et la
d
écote de la gourde.
B
aisse de présence des participant-e-s dans
l
es séances de formation en période de pointe
des
travaux des champs.
D
ifficulté d’appréhender certains modules
de formation, dont la gestion
organisationnelle, la planification et la
gestion
de
projet, l’égalité de genre et le plaidoyer.
L’exode de certain-e-s formateurs ou
fo
rmatrices, cadres formés et de dirigeant-e-
s des
OSC/ROSC qui
souvent sont les plus
actifs et dynamiques.
Difficulté de maintenir la réplique des formations
sur une base régulière.
Co
llectivement, par la concertation, des mesures
s
pécifiques ont été adoptées pour les surmonter :
Mesures pour les surmonter
Recrutement de firmes ou de consultant-e-s
basés dans d’autres régions du pays.
Faciliter le déplacement des consultant-e-s par
les airs en période d’insécurité et de blocages
des axes routiers.
Prise en compte de ce risque dans l’élaboration
du budget de formation des OSC/ROSC et les
dispositions prises pour que la formation soit de
proximité.
Adaptation de la programmation des séances
de formation au calendrier agricole de la région.
Adaptation du contenu de la formation au
niveau de culture générale des participant-e-s.
Revenir sur les aspects les plus complexes de
ces modules dans les rencontres de suivi et
accompagnement.
Prise en compte de ce risque dans les critères
de sélection des membres comme formateurs-
trices, et participant-e-s. Formation de tous
les membres sélectionnés des OSC/ROSC sur
l’ensemble des modules.
Allocations accordées aux OSC et ROSC pour
appuyer la réplique des formations ; mise à
disposition des OSC et ROSC des animateurs
et animatrices pour les accompagner dans la
planification et la réplique des formations.
Le dispositif de suivi-évaluation régulier du
processus a beaucoup aidé dans les ajustements
de la méthodologie et la planification et dans
les réorganisations des séances de formation
en fonction des contraintes et difficultés
rencontrées.
Recommandations pour la mise en œuvre de démarches similaires
Il est important de bien élaborer le plan de formation des OSC et ROSC, car il répond aux besoins en
renforcement de capacités identifiés pour chacune d’elles sur la base d’un diagnostic spécifique.
Pour garantir la durabilité du processus de formation, il est nécessaire que les organisations disposent de
leurs propres formateurs et formatrices, formés préalablement. Il faudra aussi sélectionner de manière
stratégique et en concertation avec les OSC et ROSC les membres, cadres et dirigeant-e-s à former.
L’articulation entre la formation et l’accompagnement des OSC/ROSC est fondamentale. La formation
contribue au développement des capacités en matière de savoir, mais c’est par l’accompagnement que
les connaissances acquises se transformeront en savoir-faire et savoir-être. Ces deux processus doivent
être conçus et développés de manière complémentaire et concomitante.
Un dispositif de suivi et d’évaluation régulier du processus de formation devra être mis en place dès le
début pour tester les outils et méthodes et les adapter au contexte local et aux besoins des OSC/ROSC
partenaires. Cela devra également permettre de mesurer les progrès et ajuster le plan et la méthodologie
générale de la formation en conséquence.
RENFORCEMENT ORGANISATIONNEL DES OSC ET ROSC
PAGE | 32CAHIER DE CAPITALISATION
2)RENFORCEMENT DES CAPACITÉS
DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
A.Le contexte et le corpus de formation du PMAC
Le renforcement des capacités des acteurs de la décentralisation, particulièrement des administrations
communales, représente un
enjeu majeur du PAGODE : l’administration communale étant dans l’animation
d
u dialogue social et communautaire, et porteuse de la planification du développement de la commune.
Aux côtés de l’État, l’administration communale a pour mission de créer les conditions favorables à
l’investissement et à l’amélioration du
cadre de vie. Pour assumer efficacement
de telles missions et exercer leurs
prérogatives administratives, techniques,
fiscales et financières, les administrations
communales doivent impérativement se
doter de compétences et d’outils.
Le levier priorisé par le PAGODE pour
ce renforcement des capacités des
municipalités des communes partenaires,
est la formation des autorités et des
agents/cadres municipaux, en lien avec
les directives du Programme de Modernisation de l’Administration Communale (PMAC) du ministère
de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT). Cette priorisation répond également aux besoins
exprimés par les maires, à travers leurs associations départementales et leur fédération nationale.
B. Le programme de formation
Les actions de formation mises en œuvre dans le cadre de ce programme sont encadrées par les
références constitutionnelles, programmatiques et opérationnelles suivantes :
Les compétences des communes ;
Les institutions normatives de l’État ;
L’opérationnalisation des services municipaux.
Le consortium PAGODE, en collaboration avec les partenaires associés, a proposé un programme de formation thématique ancré dans les champs de compétences des communes, notamment dans les
domaines de :
la planification territoriale intégrant la problématique des risques naturels ;
la planification du développement local;
la planification et de l’exécution budgétaire,
la gestion des commandes publiques ;
la gestion du patrimoine communal.
PAGE | 33
ETAPES POUR LA FORMATION ET LE RENFORCEMENT
DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
Étapes Objectifs Responsabilités Effets
Institutionnalisation
de l’action de formation
S’assurer que l’action reste
dans le cadre normatif de
l’État
Démarche du Pagode auprès du
MICT : Lettre officielle introduisant
l’action
L’administration centrale retrouve
son leadership, est prête à s’y
investir, mobilise ses ressources.
Préparation de la
formation
• Evaluer les besoins
•
Définir un profil d’entrée des apprenants
• Définir les objectifs •
Concevoir les modules
Les administrations concernées : •
Commission Nationale des marchés Publics
•MPCE •CSCCA
Bonne connaissance du public et de ses besoins en amont de la formation ; Contenu de formation adapté aux besoins exprimés.
Administration de la
formation
Établir le calendrier de la formation en concertation avec les acteurs ; Rendre disponibles les documents et outils de la formation ; Ficeler la logistique.
Coordinations départementales et nationale du consortium ; L’administration publique concernée.
Environnement physique de la formation maitrisé Les acteurs impliqués disposent de la documentation avant, durant et après la formation,
Évaluation de la
formation
Ressortir les connaissances acquises ; Mettre les acquis à l’épreuve à travers des actions du programme.
L’administration publique concernée ; Coordinations départementales Pagode.
Le contenu et l’administration de la formation sont évalués ; Le niveau d’apprentissage et les acquis (connaissances et savoir- faire) sont évalués.
Certification
Donner de la valeur ajoutée à l’exercice de formation.
L’administration publique concernée
Des apprenants motivés et prêts à mettre en application les connaissances et savoir-faire acquis
Capitalisation
Relever les leçons apprises ; Recenser les retours d’expérience des acteurs ; Partager pour répliquer.
Coordinations départementales et nationale du consortium
Il s’agit d’un programme de formation en cours d’emploi assuré par des institutions de l’administration
centrale de l’État. Ces institutions agissent toutes dans le cadre de leurs missions d’encadrement des
administrations décentralisées, chacune en fonction de ses responsabilités.
Et il s’agit d’un programme appliqué et pratico-pratique : il expose les apprenant.e.s à la législation, à
la règlementation, aux concepts, aux théories, et aux outils se rapportant aux thématiques listées au
paragraphe suivant.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
PAGE | 34CAHIER DE CAPITALISATION
Dans la suite de ce programme, les connaissances transmises ont été mises en application par les
collectivités territoriales grâce à la démarche du Fonds d’Investissement Local (FIL), avec l’assistance
à la maitrise d’ouvrage communale (technique et financière) menée par le PAGODE. Cette expérience
est décrite dans la suite de ce cahier.
C. Thématiques traitées et outils
Les thématiques ont été identifiées dans les champs de compétences des communes, en relation avec
les métiers municipaux du PMAC et en conformité aux besoins exprimés par les agents et cadres mu-
nicipaux.
Ces thématiques s’inscrivent également dans le cadre d’action du PAGODE au regard de sa
collaboration avec les onze (11) municipalités partenaires, en particulier : les outils de planification
communale (Cartes de risques, Plan d’Aménagement, d’Extension et d’Embellissement des Villes,
Plan Communal de Développement), la gestion et exécution des budgets communaux & contrôle
budgétaire ; la gestion des commandes publiques ; la gestion des équipements collectifs (cimetière,
marchés publics, places et parcs, etc.).
"
Le budget participatif et inclusif, c’est la preuve de la démocratie et du contrôle des citoyens
et citoyennes sur l’action publique! Pour cette raison, il est important que tout le monde dans
la communauté s’implique avec la Mairie!
"
PAGE | 35
ETAPES POUR LA FORMATION ET LE RENFORCEMENT
DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
Thématiques Contenus / Séquences didactiques Situations d’apprentissage Formateurs
Compréhension et
opérationnalisation des
outils de planification
communale :
- Cartes de risques,
- PAEEV (Plans
d’Aménagement,
d’Extension et
d’Embellissement des
Villes),
- PCD (Plan Communal
de Développement)
Orienter et guider les différents acteurs
impliqués dans le développement de la
commune.
Planification de la physionomie du territoire
urbain et maitrise de son développement
spatial ;
Identification des lieux de concentration
des efforts actuels et futurs ;
Conscientisation des acteurs sur les
enjeux de développement de la commune ;
Orientation des actions quotidiennes de la
commune selon une vision de l’avenir ;
Instrument de négociation des appuis
techniques et financier dont les élus
ont besoin.
Thématique et contenu
théorique
Intéressants ;
Acteurs motivés
Cadres de la Direction
d’Aménagement du Territoire
et du Développement Local
(DAT-DP) du MPCE
Exécution et contrôle du
budget des collectivités
territoriales
Types de contrôle effectués par la
CSCCA:
Contrôles a priori et a posteriori des
opérations budgétaires ;
Le Budget, le Compte Administratif,
les Ressources et les Dépenses des
collectivités territoriales, le Patrimoine
des Collectivités Territoriales, les
Acteurs de l’exécution du budget local,
les Opérations d’exécution du budget
local, les attributions du Maire Titulaire et
du Caissier Payeur
Sujet intéressant répondant
aux besoins d’amélioration
de la gestion financière des
communes et des capacités
municipales à mobiliser de
l’investissement public et
privé
Direction des Collectivités
Territoriales/CSCCA
Chambre Financière du
Secteur Politique Directions
Départementales Sud, Sud-
Est, Grand’Anse
Chambre Financière du
Secteur Social et Culturel
Gestion et passation
des marchés publics
Les Marchés publics en Haïti :
Nomenclature, cadre légal et
institutionnel, Planification des Marchés
publics (jour 1)
Le Plan Annuel de Passation des Marchés
Publics, Commande hors marchés (jour
3) Montage d’un dossier d’appel d’offres
pour un Marché de travaux
Les Dossiers d’Appel d’Offres Allégés (jour
4) Demande de cotation pour l’exécution
des contrats de travaux, Demande de prix
Sujet d’actualité ;
Besoins aigus des
administrations communales
pour améliorer leur capacité
de gestion financière.
Trois membres de la
Commission Départementale
des Marchés Publics du
Sud (CDMP/Sud) et trois
Secrétaires Techniques de
la CNMP.
Ces thématiques se sont adressées à une trentaine de maires et plus de 60 agents et cadres municipaux.
Chaque thématique a fait l’objet de 24 heures d’apprentissage théorique et 8 heures d’expérimentation.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
PAGE | 36CAHIER DE CAPITALISATION
D.La démarche méthodologique et andragogique
Dans le cadre de la démarche pédagogique des institutions de l’administration centrale, qui ont
réalisé les formations pour le renforcement des capacités des communes partenaires, deux
éléments sont à prendre en compte :
Le contenu de la formation ;
L’approche andragogique : soit un ensemble de techniques susceptibles d’amener à la
connaissance, d’éduquer et de former des apprentis et des travailleurs adultes.
Le déroulé de ces formations thématiques a obéi à une hiérarchisation et une chronologie
de l’opérationnalisation
des outils d’aide à la décision en matière de gouvernance municipale, en
trois
temps :
1er temps : La maitrise du territoire, les risques naturels, les risques anthropiques (cartes
et plan de mitigation)
La planification spatiale (PAEEV)
La planification du Développement (PCD)
2ème temps : La gestion et le contrôle budgétaire
La
gestion des commandes publique (Gestion
et passation des marchés publics)
3ème temps :
La gestion du patrimoine communal
Cette étape n’a pas pu être totalement bouclée par le programme, mais reste un objectif important pour
garantir l’entretien, la rentabilité du patrimoine communal.
En addition aux connaissances théoriques transmises, ces contenus fournissent aux autorités
politiques, aux cadres et agents communaux, tout le corpus juridique se rapportant à l’exercice de leurs
attributions, chacun et chacune en ce qui le/la concerne dans sa fonction politique ou technique.
Pou
r ce qui a trait à la démarche andragogique, les hauts cadres de l’administration centrale de l’État
déployés dans les départements pour
animer les sessions de formation,
notamment ceux et celles de la
Direction d’Aménagement du Territoire
et du Développement Local (DAT-DL)
du MPCE, de l’Unité de Renforcement
des Capacités de la CNMP et de la
Direction des Collectivités Territoriales
, de la coordination de la Chambre
Financière du Secteur Politique de
la CSCCA ont mis à contribution les
expériences professionnelles des
apprenant.es.
PAGE | 37
Il
s ont donc pris le soin de me ttre en valeur l es attentes
des autori
tés e t de s cadres municipaux, leur
v
ision de l’a dministration communale à partir des
t
ransformations que peuv ent éventuellement
indu
ire les connaissances et savoir-fai re.
Tous
ces pri ncipes dé veloppés, ajoutés à la
ce
rtification, ont cré é l’intérêt et l a valeur de ce
progr
amme d e formation thématique du PAGODE.
E.Contraintes rencontrées et mesuresd’adaptation
administrativement, le programme de formation
suit un processus de consultation, de négociation, d’investigation, d’analyse et de validation.
-U ne co rrespo
ndance o fficielle est ad ressée à chaque institution pour
i
ntroduire le projet formatif ;
- Chaque institution prend le temps nécessaire pour analyser la d
emande
et r
épondre favorablement.
Cela entraine une contrainte temporelle
(au moins deux mois) qui n’est pas sans effet sur le
chronogramme
des activités et sur les budgets.
Pour
y faire face, la mesure adoptée a été la flexibilité aux différentes échelles de décisions. La
communication permanente en direction de tous les acteurs se trouvant dans la chaine représente la
meilleure façon de répondre à ce type de contrainte.
Le programme de formation thématique a dû faire face à diverses
inerties et résistances aux
changements.
Face à cela, le PAGODE a pu faire valoir plusieurs avantages comparatifs, notamment :
Le suivi des lignes directrices du PMAC ;
La pertinence d’encourager un rapprochement entre l’administration centrale de l’Etat
et l’administration territoriale à travers des échanges de formation ;
Les
perspectives de mise en place d’un programme de formation diplômante avec un
cursus commandité et validé par le MICT, une administration expérimentale de la formation
dans le Sud, et une validation de deux labels : contenu et administrateurs/formateurs. Ce
parcours s’est développé en 2022-23.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
Pour être institutionnel et bien ancré
PAGE | 38CAHIER DE CAPITALISATION
TÉMOIGNAGES DES FORMATEUR.TRICE.S
TÉMOIGNAGES DES APPRENANT.ES
Rares sont les projets qui
aborde nt l’administration
publique selon les règles de
l’art et dans le respect de leurs
missions et attributions
respectives
Programme
de formation riche
Belle opportunité de se
déplacer du niveau
central trop éloigné
des réalités des
territoires ;
Formateurs
maitrisant leurs sujets
Échanges dynamiques
et fructueux,
apprentis-sages
mutuels ;
Formateurs expéri-
mentés et ouverts aux
critiques et aux ap-
préhensions des agents
et cadres territoriaux
Socialisation et relations
humaines renforcées
entre les agents relevant
de l’administration
publique haïtienne.
Nécessité de penser
à un programme plus
long avec des crédits
capitalisables et des
certifications.
F. Bonnes pratiques et leçons apprises
Partir de l’intérêt, des besoins et des attentes des acteurs locaux/bénéficiaires des
formations est une garantie pour le bon calibrage et le bon dimensionnement des contenus
des programmes de formation ;
Ne pas monnayer la formation : les frais attribués aux apprenants doivent servir à faciliter la formation et non à la motiver ;
Laisser les acteurs locaux jouer leurs rôles (ne pas faire à leur place) ;
La réussite du mandat d’accompagnement par les structures d’accompagnement ou opérateurs prestataires peut être évaluée notamment à l’aune de la satisfaction des acteurs, de l’ancrage et de la pérennisation de leur contribution.
PAGE | 39
Comment renforcer les capacités des administrations
municipales ? C’est ce que présente cette fiche à
travers le processus et les leçons apprises dans 11
communes partenaires.
Le Programme de Modernisation de l’Administration
Communale (PMAC), mis en œuvre par la Direction
des Collectivités Territoriales (DCT) du Ministère de
l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT), a en
effet été appuyé dans le cadre du Programme PAGODE.
En particulier, il s’est agi de consolider les capacités
locales préexistantes au sein des administrations
municipales des onze communes partenaires, afin
de garantir l’ancrage institutionnel et la pérennité des
actions menées, et ainsi renforcer les communes.
Concrètement, la contribution du PAGODE à
l’exécution de la feuille de route de la DCT a porté sur
l’évaluation du personnel municipal, des formations
thématiques destinées aux noyaux techniques et
administratifs au sein des communes (agents et
élus), ou encore le développement d’une formation
diplômante en gestion municipale.
Le processus de renforcement ayant porté ses fruits,
cette fiche présente un retour d’expérience de cette
action d’assistance à la maîtrise d’ouvrage commu-
nale (MOC). Elle est complémentaire à la fiche de ca-
pitalisation « FIL guichet commune » portant sur la
conception et l’exécution de projets communaux fi-
nancés par le Fonds d’Investissement Local (FIL).
Accompagner la mise en œuvre du PMAC
La conception, la modélisation et la programmation
de la mise en œuvre du PMAC ont été accompagnées
techniquement et financièrement par le Pagode. En
parallèle, les activités du programme étaient déployées
dans les 3 départements avec l’accompagnement des
partenaires terrain du consortium.
La méthodologie du PMAC comprend 5 grandes
étapes de mise en œuvre successives :
1) Profilage du personnel et de l’administration ;
2)
Diagnostic préliminaire de l’administration et des politiques publiques locales ;
3)
Restafing de l’administration : évaluation et recrutement du personnel ;
4) Professionnalisation et évaluation du personnel ; 5) Planification des objectifs de renforcement.
Les partenaires du PAGODE dans le Sud (ITECA) et Grand’Anse (GRAMIR) ont accompagné les référents thématiques de la DCT dans le déploiement de ces différentes étapes auprès des communes. Ce compagnonnage a permis de mobiliser les ressources techniques et financières du programme en appui à la mise en œuvre du PMAC. Il s’est étendu parfois, dans une logique de mutualisation, aux autres communes de ces départements, en laissant toute la place au leadership politique et institutionnel du MICT.
Fiche expérience 2. – Mise en œuvre du PMAC
RENFORCER LES CAPACITES
ADMINISTRATIVES MUNICIPALES
Retour sur l’expérience du PAGODE en Haïti (2019 – 2023)
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
PAGE | 40CAHIER DE CAPITALISATION
Difficultés rencontrées
L’environnement institutionnel de la mise en œuvre de
l’action du PAGODE pour le renforcement des acteurs
de
la décentralisation, en particulier des autorités et
d
es cadres municipaux, est marqué par un ensemble
de contraintes et d’incertitudes, notamment :
Le contexte politique national caractérisé par
une
instabilité et des turbulences qui polluent
la démarche et les effets du renforcement
technico-administratif des communes ;
La démotivation du personnel politique et ad
ministratif des municipalités en proie à une
grave crise financière et des arriérés de salaire importants de plusieurs mois.
Les administrations communales au cœur
de la stratégie du PAGODE
Au terme de son action de renforcement de la maîtrise
d’ouvrage communale, le MICT s’attend à constituer
des collectivités territoriales : Modernisées,
Stratèges,
Partenaires,
Proches de la population par les services offerts.
Partant de cette finalité, le programme a revisité la chaîne de production et de fourniture des services publics pour identifier les maillons à renforcer, à mobiliser et à rentabiliser.
En amont, il s’est agi de :
Identifier les besoins des populations en termes
de services de proximité et d’opportunités
économiques ;
Choisir les outils à développer.
Le PAGODE a fait le choix stratégique de négocier avec les administrations communales le portage de ces actions, malgré leur fragilité.
Un noyau renforcé au sein des équipes
municipales en charge de la maîtrise
d’ouvrage
Après une réadaptation suite à l’arrêt du PMAC, le
PAGODE a mené l’action dans la continuité des étapes
du PMAC. La démarche vise à motiver et fidéliser
au sein de l’administration communale, un noyau
technique et administratif répondant aux principaux
profils du PMAC.
Ce noyau technique et administratif, ci-après
dénommé Équipe Municipale d’Appui Technique
(EMAT), en plus du Directeur général ou secrétaire
général, est composé des membres des commissions
spécialisées des marchés publics (CSMP), instituées
par les autorités municipales en application de la
législation haïtienne sur les procédures de passation
de marchés publics.
Ce renforcement s’effectue dans le cadre
des responsabilités de Maîtrise d’Ouvrage de
l’administration communale dirigée par le conseil
municipal.
L’action de renforcement cible l’administration
communale à travers l’EMAT, selon les orientations
d‘une note de cadrage validée par le MICT.
PAGE | 41
L’administration communale étant l’instrument par
lequel le conseil communal concrétise ses politiques
publiques pour le bien-être de la population, l’EMAT
assure, en son sein et pour son compte, le leadership
des opérations municipales et de la fourniture
des services publics dans les onze champs de
compétences des communes prescrits par la loi.
Notamment en matière de :
Planification du développement Local ;
Finances locales/ Fiscalité locale ;
Investissement/Développement local ;
Gestion de la Voirie et des Réseaux Divers : eau
potable et assainissement ;
Gestion des équipements collectifs : marchés,
abattoirs, cimetière, places publiques.
L’ac
tion de renforcement se base sur une double
motivation : la formation et l’opérationnalisation
des services publics. Le but étant que les acteurs
communaux soient en capacité de poursuivre cet
apprentissage dans le déploiement de leurs actions.
De la formation thématique à la formation
diplômante en cours d’emploi
Les thématiques de l’action de formation
correspondent aux outils de gouvernance à développer
par l’administration communale et sont portées par les
institutions publiques ayant la responsabilité légale
et normative en la matière. Le programme s’assure
ainsi de la conformité du contenu de la formation, d’un
rapprochement fonctionnel entre ces institutions de
l’administration centrale et des communes, et d’un
ancrage institutionnel effectif :
Thématique Institution
Cartographie des
risques.
Planification territoriale
et de développement
Gestion des
commandes publiques
Élaboration et
exécution du budget
communal
Direction Générale de la Protection
Civile
Direction d’Aménagement du
Territoire et de développement local
Commission nationale des marchés
publics
MICT
Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif
Un programme de Formation diplômante au
plus proche des administrations territoriales
En complément des actions susmentionnées, le
programme a visé à fournir un appui technique à
l’Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC) dans le
montage d’un programme de formation pour un cycle
court en gestion municipale, sous la responsabilité du
Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales
(MICT).
Le public cible retenu après identification des besoins
en formation par les acteurs clés – en particulier les
maires à travers l’Association des Maires du Sud et le
MICT - a été :
les agents des collectivités territoriales des vingt-et-un postes-clés (ou métiers) des organigrammes-cibles, auxquels s’ajoutera le métier d’archiviste. L’approche sera celle d’une action de formation professionnelle, distincte d’une action de formation initiale ;
les membres du conseil municipal. L’approche serait celle d’une action de renforcement de capacités en vue d’un meilleur exercice de leurs mandats et de leurs fonctions ;
les candidats potentiels aux emplois communaux. L’approche sera celle d’une préparation aux examens de recrutement du PMAC.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
PAGE | 42CAHIER DE CAPITALISATION
UPR relevant du Ministère de l’Éducation Nationale et
de la Formation Professionnelle.
Leçons apprises
Concernant les autorités, dont l’AMSUD : un leadership
indéniable dans la mobilisation de ses membres et
dans le plaidoyer pour la conception, la mise en œuvre
et la poursuite du programme ;
Concernant les maires : un intérêt accru pour apporter du savoir et du savoir-faire dans leur administration en quête d’efficacité et d’efficience dans l’action et les services municipaux.
Concernant les agents : une régularité et une assiduité inattendue, étant donné la démotivation et le découragement qui traversent toutes les administrations communales du pays en raison des conditions précaires de travail
Concernant l’environnement physique et logistique : un espace attractif et valorisant dédié à la formation. L’Université Publique du Sud dans l’Arrondissement des Cayes UPSAC, membre du réseau des universités publiques en région, relevant du ministère de l’Éducation nationale, offre une maison de proximité pour la formation en cours d’emploi, la formation continue et le perfectionnement des agents et cadres des collectivités territoriales.
Un projet formatif composé de quatre cycles courts sur la gestion municipale, à destination des trois publics cibles précédemment mentionnés :
un cycle de découverte des fonctions électives
municipales ;
un cycle d’approfondissement des fonctions électives
municipales ;
un cycle sur les fondamentaux de la gestion municipale, destiné aux agents communaux en poste, distinct d’une formation initiale, à visée de formation professionnelle ;
un cycle de préparation aux examens de recrutement
d’agents communaux organisés dans le cadre du
PMAC.
De la pertinence et de l’utilité publique
de la formation expérimentale
L’UPSA
C a expérimenté la labélisation du contenu
et
la labélisation des administrateurs (profil d es
enseignants), tel qu’il a été recommandé par les
di
rectives du Programme élaboré par l’UEH et un expert
international en gouvernance locale (Vincent Potier).
Ce
tte formation expérimentale a vocation
à :
être intégrée dans le programme de formation courte
de l’UPSAC, vers une Licence professionnelle ;
être généralisée et étendue aux autres centres de formation sur tout le territoire, notamment aux
Remise de leurs certificats aux Maires, Mairesses et cadres au terme du cycle de formation
en gestion municipale mis en œuvre par l’Université Public du Sud aux Cayes en
collaboration avec l’UEH et la DCT (MICT). Juin 2023.
antennes de l’UEH à Port-au-Prince et au réseau des
PAGE | 43
Recommandations pour la mise en œuvre de démarches similaires
La formation
des élus.es, des agents et des cadres des collectivités territoriales doit toujours répondre
au
x besoins des acteurs au triple point de vue politique, institutionnel et technique. Ces besoins se
t
raduisent au travers les recommandations suivantes :
Obligation de suivre les orientations et directives définies par les politiques publiques en lien avec
l’institution porteuse (dans ce cas précis le MICT) ;
Correspondance avec les compétences des collectivités territoriales, les attributions du personnel politique et technique de l’administration communale ;
Contribution à l’amélioration de la qualité des services municipaux ;
En capacité de s’adapter à des réalités institutionnelles et sociopolitiques très instables ;
Motivation par le biais de stimulants pour les cadres de l’administration communale pour l’animation de ces dynamiques, particulièrement les Équipes Municipales d’Appui Technique (EMAT), surtout en contexte de précarité.
Accompagnement aux acteurs locaux, particulièrement les municipalités, à mettre en place un minimum de cadre institutionnel pour assurer le pilotage des actions.
Mettre à profit, dans le cadre du maillage déconcentration/décentralisation, les services déconcentrés de l’État pour le renforcement de la capacité de MO des collectivités.
RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
PAGE | 44CAHIER DE CAPITALISATION
3)LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
A.Étapes de la mise en œuvre des Fonds d’Investissement Locaux (FILs)
La mise en place du Fonds d’Investissement Local prévu dans le cadre du PAGODE s’est faite dans le
cadre d’étapes successives qui se sont déroulées à partir de fin 2019.
1re étape : Élaboration concertée du Code de financement, sur la base d’un
bilan – capitalisation des outils existants ou mis en œuvre dans des projets
antérieurs (fin 2019-début 2021)
Dès le second semestre 2019, des échanges ont été conduits au sein du consortium autour de la
méthodologie pour la mise en place du FIL.
Cette méthodologie devait reposer sur plusieurs étapes clés successives, permettant de s’assurer
de l’appropriation de la démarche par les différents acteurs (ministères, collectivités, etc.) et de la
pertinence des modalités de mise en œuvre de ce fonds.
Dans un premier temps, il s’est agi d’identifier conjointement les points de vigilance clés en matière de
fonds de financement des investissements communaux, tenant compte des expériences haïtiennes
précédentes et d’expériences menées dans d’autres pays. Il s’agissait alors de faire procéder à un état
des lieux des expériences similaires menées (en Haïti et dans d’autres pays) et capitaliser sur les leçons
à en tirer.
Le nouveau bâtiment de la Mairie de Chardonnières (détruite par le séisme d’août 2021), priorisé
et reconstruit par les acteurs communaux en 2022-23 dans le cadre du dispositif FIL.
PAGE | 45
Dans ce cadre, les points de vigilance suivants avaient été identifiés :
Un certain nombre de communes cibles du PAGODE disposaient déjà d’un PCD élaboré avec l’appui
de la coopération suisse en 2018. Ces communes souhaitaient, légitimement, pouvoir commencer
assez rapidement à envisager la mise en œuvre de leur PCD. Dans ce contexte, il était proposé
de mettre en place le FIL de manière progressive, avec une phase test dans ces communes
disposant déjà d’un PCD ;
Crédibiliser ses modes de fonctionnement : il apparaissait essentiel d’assurer la représentativité
des acteurs dans le fonctionnement du fonds dans le cadre de la gouvernance du fonds, pour garantir la transparence des circuits de décision et des modalités d’attribution des fonds ;
et les rendre efficaces : anticiper les retards dans les notifications des crédits et surtout dans les décaissements des fonds ; manuel de procédures à élaborer, incluant les audits annuels des dépenses réalisées du FIL par un cabinet comptable national pour attester de sa transparence, etc.
D’un point de vue opérationnel, il apparaissait prépondérant de travailler en amont au renforcement de l’appui à la décision concertée d’investissements prioritaires (planification participative,
etc.) et à l’amélioration des capacités des acteurs à gérer la ressource de manière transparente. Cet effort de transparence se devait d’être fait à l’égard des autorités et des populations tout en répondant à une logique de redevabilité (sans cet accompagnement, la « capacité d’absorption » risque de demeurer faible) ;
Accompagner les communes et éviter les dysfonctionnements au niveau de l’utilisation des crédits : le FIL s’inscrit dans une démarche plus globale et ne se limite pas seulement au volet «
financement », les communes attributaires de financements devaient donc être accompagnées dans le cadre de leur maitrise d’ouvrage ;
Élaborer des critères appropriables et réalistes tant pour les conditions d’accès des communes,
que pour le montage des dossiers et bien spécifier le type de projets à appuyer : quel type de projets éligibles (et quels types de projets non éligibles) ? ; quelle échelle éligible : communale, intercommunale, etc. ? qui sont les porteurs de projets : OSC, Collectivités locales ? Articulation des projets soumis et des PDL/PIA ? ;
Travailler à la stratégie / vision du Fonds : quels domaines d’intervention ? Quels investissements éligibles et non-éligibles ? Inscription au PCD = condition sine qua non ? ;
La pérennité des investissements - au-delà de la phase chantier ou mise en œuvre - doit être au centre des préoccupations : les modalités de gestion doivent être anticipées dès le montage du projet ;
Mettre en place un système de suivi-évaluation et un dispositif de capitalisation appropriés
notamment dans une optique d’amélioration continue et de durabilité ;
Travailler en parallèle à la mobilisation des ressources propres des communes : Le FIL doit
également s’articuler avec la dynamique de mobilisation de la fiscalité locale.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 46CAHIER DE CAPITALISATION
Ces premiers éléments de capitalisation ont été partagés au sein du consortium dans le cadre d’un atelier
interne, afin de définir collectivement une démarche permettant d’impliquer les partenaires locaux dans
la définition des modalités de fonctionnement du FIL.
Sur cette base-là, des TDRs pour le recrutement d’un prestataire
d’accompagnement pour l’élaboration du Code de financement
ont été élaborés (la période de la COVID-19 ne permettant pas que
ce travail soit mené en interne par le partenaire IRAM) et une firme
nationale, Comptaxe, a été recrutée pour réaliser une étude sur la
mise en place du FIL et l’élaboration d’un Code de financement.
L’IRAM a assuré le suivi du travail, qui a donné lieu à des échanges
étroits avec les acteurs de terrain, sur les 3 départements d’action du
PAGODE, pour s’assurer de l’ancrage du FIL aux réalités des acteurs
visés. De nombreux ateliers de consultation de ces acteurs ont été
réalisés dans les départements afin de relever les recommandations
des acteurs clés en vue de la rédaction du Code de financement (11
ateliers communaux et 3 ateliers départementaux).
Le Code de financement, définissant les règles et modalités de mise
en œuvre de ces fonds, a finalement été finalisé début 2021 (soit deux
ans avant la fin du projet) et a par ailleurs été discuté à Port-au-Prince
avec les institutions centrales : MICT, MPCE, MEF, FENAMH, FENAFEMH
afin de recueillir également leur appréciation sur le document.
Principaux éléments du Code de financement :
Grands principes : Principes de t ransparence, équité, démocratie, participation des populations,
développement dur
able et redevabilité.
Trois secteurs d’intervention : économique, environnemental et gestion des risques e t désastres (GRD).
Grands critères d’éligibilité des projets : durable / économique, intérêt collectif, inscription aux PCD.
T
ypes de projets éligibles autour de 5 grandes catégories :
1.Amélioration e
t développement des zones de production et de transformation,
2.Renforcement et amélioration de la capacité de production des acteurs communautaires de base,
3. Renforcement et développement des capacités de transformation et de valorisation des
productions a
gro-industrielles,
4.Réhabilitation d
’équipements collectifs municipaux dans le cadre de GRD,
5.Protection de l’environnement, GRD et mitigation des risques de catastrophes.
Porteurs de projet éligibles : Municipalités, OSC, OCB et leurs réseaux
PAGE | 47
2e étape : Formation et appropriation du Code de financement par les membres du
consortium et par les acteurs locaux (communes notamment) – avril 2021
En avril 2021, à l’occasion d’une mission de terrain en Haïti de l’IRAM, un atelier de formation
a été organisé en interne au consortium, afin de familiariser les membres du PAGODE
qui seront en première ligne dans l’exécution des FILs (en particulier les organisations
nationales CROSE, GRAMIR et ITECA) sur les processus, les démarches et les outils
proposés dans le Code de financement et ses annexes. L’atelier a permis de réunir les collaborateurs-
trices des 5 partenaires.
Il a été organisé sous la forme d’un temps de travail très opérationnel, avec des groupes de travail
permettant de travailler les démarches et les outils. Les groupes de travail consistaient en des mises
en situation sur la base d’études de cas réalistes tirés des PCD (permettant de tester les mécanismes,
principes et outils du Code).
Une fois familiarisés, les partenaires ont
ensuite eux-mêmes présenté ces éléments
à leurs partenaires au niveau local, et en
particulier les Mairies et les membres des
Conseils de Développement Communal
(CDC - structure principale mobilisée dans le
cadre des PCD et du processus de sélection
et de suivi des projets), dans le cadre de
formations-sensibilisations sur le Code de
financement.
3e étape : Information aux communes sur les enveloppes (notification du droit de tirage),
sur la répartition entre les deux guichets (mairie et OSC/OCB), puis inscription aux
budgets communaux (mai-juin 2021)
À l’occasion de ces présentations du Code de financement aux communes, leur enveloppe
budgétaire (droit de tirage) leur a par ailleurs été notifiée, afin qu’elles puissent initier
les processus d’identification de projets et procéder aux inscriptions des budgets des
projets communaux dans leurs budgets prévisionnels.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 48CAHIER DE CAPITALISATION
Rappels sur les enveloppes prévues (règles définies dans le cadre du FIL) :
Dotation communale : 120 000 USD par Commune, avec une répartition entre les deux guichets :
Guichet « Mairies » = 60%, et Guichet « OSC/OCB » = 40% de l’enveloppe.
Montant maximum par projet :
Projets sous MOA des Communes : 40 000 USD maximum (ou jusqu’à 60 000 USD pour des projets
intercommunaux)
Projets OSC/OCB : 10 000 USD max
4e étape : Mise en œuvre des deux guichets du FIL,
selon les processus prévus au
Code de financement (septembre 2022-juillet 2023)
À partir de ce moment-là, les deux guichets ont pu être mis en œuvre, en suivant deux
processus distincts, comme prévu au Code de financement. Le tableau ci-dessous
présente les principales étapes prévues dans le cadre de chacun des guichets.
Guichet communal Guichet OSC
Identification des projets prioritaires dans le cadre
d’un échange entre le Conseil Municipal et le CDC
Choix des thématiques prioritaires : rentrant dans les thématiques
du FIL, dans les 5 catégories du Code de financement et dans les
thématiques jugées prioritaires par le CDC de la commune
Études de faisabilité des projets Préparation puis lancement des appels à projets
Formation sur les procédures de passation de
marchés
Évaluation des projets, attribution et notification aux OSC
Élaboration des DAO et lancement des AO
Conventionnement avec les OSC sélectionnées (convention
tripartite PAGODE-OSC-Mairie)
Recrutement des entreprises, signature des contrats
Dans certains cas, accompagnement à la révision des projets
(budgets notamment)
Exécution et suivi des travaux Mise en œuvre des projets
Redevabilité sur les projets mis en œuvre des
Communes envers les citoyens
Séance de redevabilité auprès du CDC et des citoyens sur les
projets exécutés
La dernière étape n’a finalement pas pu être réalisée dans le cadre de la mise en œuvre du PAGODE
compte tenu de contraintes externes et retards sur les étapes précédentes.
PAGE | 49
B. Des outils innovants mobilisés
Le guichet communal/mairie : un outil innovant au service du renforcement de la maitrise
d’ouvrage communal.
En effet, l’outil de financement – FIL - venait en complément d’un renforcement des capacités des
communes partenaires du PAGODE en matière de maitrise d’ouvrage communal, permettant de
donner du corps à celle-ci. Le Code de financement prévoyait donc une innovation importante dans le
cadre de ce FIL : le PAGODE ambitionnait de passer par les comptes des Communes , afin de garantir
l’exercice de cette maitrise d’ouvrage des Communes (projets inscrits aux budgets communaux et
devant répondre aux exigences en termes de passation de marchés publics, de contrôle administratif,
de redevabilité vis-à-vis des populations, etc.).
Finalement, cela n’a pas toujours été possible - certaines communes exprimant le souhait que les fonds
ne transitent pas par leurs comptes au regard des nombreuses défaillances du système bancaire haïtien
- et deux modalités d’exécution différentes ont finalement été mises en œuvre selon les communes et
les départements :
Dans le Sud-Est, sauf exception, le budget du FIL communal est passé par les comptes communaux et les mai
ries étaient donc en situation de maitrise d’ouvrage complète. Cette modalité avait l’avantage
de responsabiliser totalement les Mairies, mais elle rendait aussi plus complexes le suivi des fonds et la redevabilité vis-à-vis du bailleur.
Dans la Grand’Anse et le Sud, le PAGODE s’est positionné en payeur pour le compte de la commune. La Mairie restait maîtresse d’ouvrage, mais sans que les fonds ne transitent par son compte. Les contrats avec les entreprises de travaux étaient alors tripartites. Cette option permettait d’assurer une mise en œuvre en se prémunissant de contraintes et d’inconnues supplémentaires, tout en restant dans une approche de maitrise d’ouvrage communale.
Le guichet OSC avec le système d’appel à projets : un outil mobilisateur, formateur et créateur
d’émulation positive sur les territoires communaux.
A
ux dires des acteurs eux-mêmes, le lancement des appels à
projets, mettant en situation de compétition des OSC, a créé des
dynamiques, des émulations positives au niveau local, tout en
garantissant la transparence du processus et des choix, et évitant
ainsi
de créer des tensions.
Par ailleurs, l’articulation du guichet OSC avec le programme de
renforcement des OSC partenaires du PAGODE a contribué également
à donner à ce FIL une dimension formatrice, en donnant la possibilité
aux OSC formées de mettre en pratique des enseignements reçus.
De plus, les OSC partenaires ont également souligné à plusieurs
reprises que cette articulation formation/FIL a permis de renforcer la
dynamique interne de leur organisation.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 50CAHIER DE CAPITALISATION
C. Contraintes rencontrées et mesures d’adaptation
L’une des premières contraintes de mise en œuvre rencontrées a été le temps nécessaire pour la
concertation aux différentes étapes.
Ce temps-là a été important dès la phase d’élaboration du Code de financement, qui a pris on l’a vu un
peu plus d’une année, puis dans la phase de préinvestissement, consacrée à l’identification des projets,
en passant par les faisabilités, jusqu’à la contractualisation (celle-ci a pris également près d’une année).
Ceci dans un contexte de recherche des synergies avec les programmes externes, et marqué par la
crise sanitaire internationale ainsi que l’instabilité et insécurité au niveau national.
Le temps consacré à l’élaboration du Code de financement était un temps nécessaire, permettant
de s’assurer de l’adaptation de l’outil à son contexte et de sa bonne appropriation par les acteurs aux
différentes échelles d’intervention. Par ailleurs, il permettait de s’assurer d’une approche harmonisée
sur les différents départements, et ainsi capitalisable ensuite dans le cadre de réflexion à l’échelle
nationale sur la mise en place d’un mécanisme plus pérenne de financement de l’investissement local.
De la même façon, le temps lié à l’identification des projets et à leurs préparations était indispensable
pour s’assurer de l’appropriation des projets par les populations et pour tenter de renforcer leur qualité
(à travers les études de faisabilité notamment pour les projets communaux).
Par ailleurs, il convient de rappeler que le PAGODE était initialement prévu sur une période de 12 ans, ce
qui autorisait à prendre ce temps-là. Or, le retour à une approche projet de 4 ans seulement, en cours
de mise en œuvre a nécessité de réviser en partie la stratégie de mise en œuvre du FIL. En particulier, il
était envisagé initialement (et inscrit au Code de financement) que le guichet communal avait vocation
à financer a minima deux projets par Commune (avec une enveloppe globale de 72 000 USD et des
projets de montants maximums de 40 000 USD). Or, les projets communaux n’ont finalement pu être
lancés qu’à peine un an avant la fin du projet, ce qui ne permettait plus de lancer de multiples projets,
nécessitant de mobiliser des entreprises différentes et risquaient d’engendrer un temps de suivi trop
important pour les équipes. Dans ce contexte, le choix a été fait par les partenaires du consortium de
se limiter à un projet par Commune, mais un unique projet finalement plus conséquent financièrement.
De plus, la phase test du FIL, initialement envisagée pour les Communes disposant déjà d’un PCD,
n’a finalement pas non plus été mise en œuvre à cause du temps pris pour l’élaboration du Code de
financement (le temps restant ensuite ne permettant plus d’envisager une phase test avant le passage
à échelle du FIL sur l’ensemble des communes). Cependant, certains partenaires ont mis en place un «
Pré-FIL », outil de financement qui a précédé le FIL, avec des règles moins contraignantes, notamment
en termes de secteurs d’intervention et de procédures à mettre en œuvre (lors de l’identification et de
la mise en œuvre des projets). Cet outil, qui a financé des projets avec des budgets nettement moins
importants que le FIL (de l’ordre de 15 à 25 000 USD maximum), devait permettre de montrer rapidement
des réalisations concrètes (dans un contexte de forte attente de certaines communes), sans attendre
la validation du Code de financement.
Une autre difficulté importante rencontrée en cours de mise en œuvre et qui a impacté la stratégie
PAGE | 51
du FIL a été le séisme d’août 2021 qui a fortement affecté
plusieurs communes dans la Grand’Anse et le Sud. Alors
que le FIL avait été conçu prioritairement comme un
outil de financement du développement économique, le
séisme a amené certaines de ces communes à orienter
le FIL communal vers des projets destinés à remettre les
administrations en situation de fonctionner et de fournir
des services publics aux populations (4 projets sur 12 ont
été consacrés à reconstruire, réparer ou agrandir des
infrastructures municipales à vocation à administrative).
La faiblesse du tissu économique local et des entreprises
en capacité localement de réaliser les infrastructures a
également été une contrainte forte qui a causé notamment
des appels d’offres infructueux. Ces AO infructueux peuvent
s’expliquer également par la période tendue socialement et sur le plan sécuritaire durant laquelle ils ont été
lancés (Peyi lòk). Ces difficultés ont obligé dans certaines communes à faire réaliser les travaux directement
par l’Agence Technique Locale Départementale (ATLD).
L’inflation, également très importante, a contraint à s’adapter par une révision du budget ou un changement
dans le choix du matériel acheté. Cela a impacté aussi bien les projets communaux que ceux portés par les
OSC qui ont parfois dû revoir à la baisse leurs ambitions.
Enfin, le manque de liquidité disponible auprès des banques haïtiennes a également entrainé des
retards dans les décaissements et donc dans l’exécution des projets (ni les entreprises ni les OSC n’étant
en capacité d’avancer des fonds).
D. Bonnes pratiques et leçons apprises
Plusieurs éléments relatifs aux démarches mises en œuvre méritent d’être soulignés.
Lors de la phase de pré-investissement : la démarche participative et concertée consistant notamment
à mobiliser largement les CDC dans le choix des projets à financer est un des points forts de la mise en
œuvre du FIL qui a été largement souligné par les acteurs impliqués. L’un des objectifs du FIL était d’en
faire un outil permettant de nourrir, donner du grain à moudre, à des dynamiques de concertation entre les
communes et les habitants. Cela semble avoir été plutôt un succès, avec un rôle même plus important
que prévu initialement laissé aux CDC dans certaines communes. En effet, dans de nombreuses
communes, et à dires d’acteurs, les communes ont proposé plusieurs options de projets aux CDC (ou aux
comités de pilotage dans les communes où le PDC n’était pas finalisé) et les CDC ont voté pour le projet
qu’ils souhaitaient voir financé en priorité.
Dans le Sud-Est, on observe même un processus inversé, avec des propositions de projets faites par le
CDC à la mairie.
La transparence du processus de sélection des projets OSC-OCB a très souvent été mise en avant
En particulier dans les communes frappées par le séisme d’août
2021 (telles que Les Anglais), la priorité a pu être donnée à la
reconstruction ou réhabilitation de structures administratives.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 52CAHIER DE CAPITALISATION
comme une bonne pratique du projet, et ce à toutes les étapes de mise en œuvre, que ce soit lors de la
diffusion des appels à projets, lors de la communication
sur le guichet et sur ses critères de sélection, lors de
l’application de ces critères dans l’attribution ou dans
la gestion des contestations, etc.
Cependant, bien que transparent, une forme d’inéquité,
entre les OSC partenaires du PAGODE et les autres, a
également été signalée par certains acteurs. En effet,
Les OSC qui étaient partenaires du PAGODE, et qui ont
bénéficié des appuis en renforcement organisationnel,
ont davantage vu leur projet retenu (70% des projets
sélectionnés étaient d’OSC partenaires alors qu’elles
ne représentent que 53% des projets soumis).
Cette « sur-représentation » des OSC partenaires
dans les projets sélectionnés peut-être analysée de
plusieurs manières. D’une part, elle peut s’expliquer
comme étant le fruit du partenariat entre l’OSC et le PAGODE. Les OSC partenaires ayant bénéficié
d’une formation théorique en amont, il est d’une certaine manière cohérent que les dossiers qu’elles
ont ensuite soumis aient été plus complets ou plus pertinents.
On peut aussi considérer que le parcours « formation théorique puis mise en application avec le
financement du projet » est pertinent, que cette sur-représentation a du sens et qu’elle est plutôt un
aspect positif du processus.
Néanmoins, d’autre part, la mise en concurrence pour la sélection des projets a pu être faussée par
cette présélection de structures partenaires, dans la mesure où certaines OSC qui n’ont pas bénéficié
de la formation ont pu s’abstenir de déposer un dossier, estimant leur chance de voir leur projet retenu
trop faible en tant que structure non-partenaires.
La mobilisation des structures publiques dans l’accompagnement à la mise en œuvre du FIL
communal est également une bonne pratique, permettant de s’appuyer sur les acteurs permanents
et légitimes sur le terrain et de renforcer ainsi la durabilité des projets. Plus particulièrement, on peut
souligner :
l’appui important apporté par les CDMP/ CNMP à tra vers la formation sur les procédures de passation
de marchés publics, mais aussi dans la préparation des DAO et dans la validation des processus de passation de marchés. Ce temps d’accompagnement, après les formations, lié à la mise en œuvre de processus de passation de marchés réels est signalé par les acteurs comme particulièrement important (peut-être plus que les formations elles-mêmes). La mise en œuvre des FILs communaux a donc aussi été un outil de renforcement de la maitrise d’ouvrage (learning by doing) . Aux dires
d’acteurs, les Mairies sont maintenant en capacité de passer des marchés seules (alors qu’elles avaient auparavant recours à des appuis extérieurs pour cela).
Attribution des financements aux organisations communautaires
de base dans le cadre du dispositif FIL. Photo en leur présence et
avec la mairesse de la Vallée de Jacmel, septembre 2022.
PAGE | 53
Un rôle important des ATLD est
également signalé dans la faisabilité des
projets et dans le suivi / supervision des
projets (et parfois dans leur exécution),
avec cependant plus de réserves sur la
qualité de cet accompagnement. En effet,
si certains maires indiquent que l’ATLD
représente « les yeux de la commune »
lors du suivi des travaux, des faiblesses
importantes ont également été soulignées
dans les études de faisabilité des projets
réalisées par les ATLD (faiblesses liées à
un manque de RH au sein même de ces
agence
s qui sont parfois obligées elles aussi
de recourir à des experts externes).
Enfin, pour les com
munes ou pour les OSC, l’accompagnem ent au montage et à la mise en œuvre
par
les équipes du PAGODE ou
avec l’implication des services de l’État compétents, et la mise à
disposition
d’out
ils permettant d’élaborer et de gérer des projets, ont été des aspects appréciés par
les acteurs et dont l’utilité peut dépasser le cadre du FIL.
E. Recommandations
Sur la base de cette expérience, et en vue de la mise en place d’outils similaires en Haïti, ou dans des géographies soumises aux mêmes types de contraintes, un certain nombre de recommandations peuvent être formulées.
Recommandations concernant les deux guichets :
D’une part, il est important dans le cadre du chronogramme prévisionnel des projets, de
ne pas négliger le temps nécessaire à la concertation préalable à la mise en œuvre de
ce type d’outils, mais aussi à la concertation nécessaire lors des phases d’identification et
de montage des projets. Pour cette raison, ce type d’instruments de financement ne peut être mis en
œuvre que dans le cadre de projets de durée relativement importante (4 ou 5 ans semblent être un
minimum). Ce temps est essentiel pour garantir la qualité des projets, l’appropriation des démarches
et leur durabilité. Il est important aussi de laisser le temps nécessaire, à l’issue de la mise en œuvre des
projets, pour la phase de redevabilité vis-à-vis des populations, lors de laquelle les autorités et les
OSC financés doivent rendre compte des projets réalisés auprès du plus grand nombre. Il s’agit là
d’une phase importante qui n’a pas pu être mise en œuvre dans les limites temporelles du PAGODE
faute de temps.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 54CAHIER DE CAPITALISATION
Prévoir un dispositif intercommunal dès le lancement de l’identification des projets activable
en cas de projets intercommunaux proposés. En effet, le Code de financement prévoyait la
possibilité de financer des projets concernant plusieurs communes (avec des enveloppes
maximales plus importantes que pour les projets communaux). Or, aucun dispositif de gouvernance et
de décision pour d’éventuels projets intercommunaux n’a été prévu en amont. Cela a pénalisé un projet
OSC intercommunal soumis qui n’a finalement pas été instruit, faute de dispositif adéquat.
Pour le guichet « Mairies » plus spécifiquement,
les recommandations suivantes peuvent être
formulées
Il apparait également essentiel de
renforcer les moyens dédiés aux
études de faisabilité des projets
communaux, en identifiant en amont les
ressources pertinentes, existantes sur le
territoire, ou dans les territoires voisins, et
permettant de mener des études solides en
termes de faisabilité économique, sociale et
environnementale des projets. Compte tenu de
la relative faiblesse des ATLD dans le pays, ces
études peuvent nécessiter de mobiliser des
expertises privées, complémentaires à celles
des ATLD, pour renforcer la solidité des dossiers en amont de la réalisation des projets. Par ailleurs,
les budgets prévisionnels des projets doivent faire l’objet d’une attention particulière des équipes
administratives et financières du projet dès cette phase-là (en lien avec des experts en génie civil
du projet – voir recommandation n°5), afin de s’assurer de leur réalisme, et d’anticiper d’éventuelles
difficultés de mise en œuvre. Ces études de faisabilité doivent ainsi également permettre d’anticiper
au maximum les difficultés liées aux passations de marchés, notamment lorsque le contexte de mise
en œuvre connait autant de difficultés (s’assurer de la disponibilité et de la capacité des entreprises
présentes sur le territoire à mettre en œuvre le marché, et actualiser les budgets estimés lors des
montages et des attributions pour anticiper les futures difficultés de mise en œuvre, etc.)
Les études de faisabilité doivent également permettre d’anticiper les questions de
gestion des ouvrages communaux. En effet, il est important que la question de la définition
de ces modalités de gestion soit partie intégrante des études de faisabilité, dans le cadre
d’une concertation étroite avec les principales parties prenantes (par exemple : pour les projets de
marchés communaux, cela devra passer par des discussions approfondies entre les commerçants
afin de s’assurer de leur adhésion au projet et à sa conception et de définir avec eux les modalités de
gestion, tarifs des stands, etc.).
Le suivi des constructions doit également être renforcé. Les équipes des ATLD et des
communes restent dans le contexte actuel trop faibles pour suivre de manière suffisante la réalisation des travaux. Il apparaitrait essentiel que des équipes-projet souhaitant mettre
PAGE | 55
en œuvre ce type d’outils de financements, permettant la réalisation d’infrastructures de ce type,
prévoient dans leur effectif un ou des experts spécialistes en génie civil / génie rural.
Pour le guichet OSC, les recommandations spécifiques suivantes peuvent être formulées :
Mieux assumer l’articulation avec le volet renforcement des OSC. Le PAGODE avait
développé, dans le cadre du volet Renforcement organisationnel des OSC, et à la suite d’un
diagnostic du territoire, des partenariats avec des OSC et OCB, considérées comme des
partenaires privilégiées du PAGODE. Or, les appels à projets ont été adressés à toutes les OSC du
territoire, sans distinction entre les
OSC partenaires et les autres. Comme
indiqué précédemment cela a pu
donner l’impression d’une forme de
distorsion de concurrence ou d’inéquité
(certaines OSC ayant été d’une
certaine façon mieux préparée par le
programme même à répondre à ces
appels). Pour éviter cet écueil, il pourrait
être plus intéressant d’assumer ce
partenariat privilégié, par exemple
en réservant plus formellement une
partie de l’enveloppe du guichet aux
OSC partenaires, voire en lançant des
appels à projets distincts.
Concernant la diffusion des appels à projets, une méthodologie et des outils harmonisés
pourraient être discutés et mis en place en amont des appels à projets, afin de partager
les idées et expériences des différents acteurs et équipes, et de capitaliser sur les outils
qui semblent avoir mieux fonctionné (information dans les lieux de culte ? radios ?.., etc.) et tenant
compte des spécificités des territoires. En effet, l’information sur ces appels à projets constitue une
étape décisive du processus, qui a pu être en partie négligée dans le cadre du PAGODE (dans certaines
communes, le nombre d’OSC candidates était faible).
Élargir les critères d’éligibilité afin d’augmenter le nombre de candidatures. En particulier,
le critère de ne pas être déjà bénéficiaire d’autres financements par ailleurs peut questionner.
Le fait d’être financé par plusieurs acteurs et projets peut également permettre de mettre en
œuvre des projets plus structurants et avec des impacts plus importants pour le développement du
territoire. Il peut également constituer une sécurité pour l’OSC en cas de défection d’un financement,
permettant une continuité de ses actions et une adaptation facilitée. En résumé, s’il est important
d’être vigilant vis-à-vis de la captation, par un petit groupe d’acteurs, de la majorité de ce type de
financements, il pourrait également être pertinent, selon les spécificités de chaque territoire, de laisser
ouverte la possibilité d’enlever ce critère d’éligibilité. Dans une optique de favoriser davantage des
synergies entre les différents dispositifs existants, afin d’aboutir à des projets de plus grande ampleur
et de renforcer les dynamiques de partenariat entre les différents acteurs d’un territoire.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
Cette fiche présente un retour d’expérience sur
la
mise en place du guichet communal du Fonds
d’Investissement Communal.
Ce Fonds d’Investissement Local (FIL) a été co-
co
nstruit par les
partenaires dans le cadre du
Programme d’Appui à la Gou
vernance Décentralisée
(PAGODE). Il s’agit d’un instrument dédié au
fin
ancemen
t de projets portés par les Communes
(Guichet communal) ou par des Organisations de la
So
ciété Civile (guichet OSC-OCB).
Les
principes et règles de mise en œuvre du FIL
ont
été définis dans un code de financement qui
pr
écise notamment les conditions de l’éligibilité des
porteurs de projet, les modalités de sélection et de
mi
se en œuvre des projets, de suivi et d’évaluation.
L’
enveloppe dédiée au FIL dans le budget du
PAGODE représentait
environ 1,5 million d’USD (soit
un
peu plus de 1,3 million de Francs Suisses).
Le
FIL constitue un élément central du programme.
Au
-delà de sa dimension d’outil de financement,
il est également un instrument essentiel du
renforcement des capacités des acteurs,
notamment de la maitrise d’ouvrage communale
via les projets communaux. Enfin, c’est un
instrument favorisant le renforcement du dialogue
et de la concertation entre les différentes parties
prenantes sur les territoires.
Cette fiche est complémentaire de la fiche sur le
guichet OSC et d’autres fiches de capitalisation
produites par le PAGODE.
Un processus dans le temps,
étape par étape
Dans le cadre d’un projet, le financement de projets
de développement local sous maitrise d’ouvrage
communale nécessite un processus relativement
long, en particulier dans un contexte comme
celui d’Haïti marqué par des périodes de tensions
importantes mettant un frein aux actions menées.
Guichet communal du FIL : la frise présente le déroulement tel que conçu initialement pour le déroulement du processus
Fiche expérience 3A. – Le Fonds d’Investissement Local
LE GUICHET COMMUNAL DU FIL
Retour sur l’expérience du PAGODE en Haïti (2019 – 2023)
CAHIER DE CAPITALISATION
PAGE | 57
En particulier, la phase de pré-investissement, qui
débute au moment de la notification de l’enveloppe
à la Commune et qui s’achève au démarrage des
t
ravaux est une phase à ne pas négliger tant elle
conditionne la bonne mise en œuvre et la durabilité
du projet
financé. Dans le cadre du PAGODE, cette
p
hase a duré
plus d’une année.
La phase d’exécution est logiquement variable
selon le type de travaux concernés, mais peut
é
galement être longue, notamment parce que
l
e tissu d’entreprises locales est faible, avec des
d
ifficultés po ur pr éfinancer les tra vaux et des
problématiques bancaires. Ces dernières pouvant
r
endre plus complexe le versement des tranches
de paiement aux entreprises mobilisées.
Compte tenu de divers aléas du programme, la
phase de post-investissement, tout aussi
importante pour s’assurer de l’appropriation du
projet par les acteurs locaux, n’a pas pu être mise
e
n œuvre dans le cadre du PAGODE.
D
es processus de priorisation pilotés par
l
es mairies, mais impliquant les autres
a
cteurs
Dans le Code de financement, élaboré initialement, il
était prévu que les projets financés dans le cadre du
guichet communal répondent à un certain nombre
de
critères, dont le premier d’entre eux était que le
projet s’inscrive dans le cadre des priorités définies
dans le
Plan communal de développement (PCD).
Il
était ensuite laissé au Conseil Municipal la liberté
d
e choisir le ou les projets prioritaires à financer.
C
e choix fait au niveau de la Mairie devait alors être
présenté pour avis au Conseil de développement
c
ommunal (CDC), instance de concertation pluri-
acteurs mise en place dans les communes. En
effet, l’objectif était aussi que le FIL donne du grain à
m
oudre aux dynamiques de concertation entre les
co
mmunes et les administrés.
Cela a été plutôt un succès et le rôle du CDC a même
été dans certaines communes plus important
q
ue dans le processus envisagé. En effet, d ans
ce
rtaines communes, les Mairies ont proposé
plusieurs options au CDC et les CDC ont voté pour
le projet qu’ils souhaitaient voir financé en priorité.
Dans le Sud-Est, le processus a même été inversé,
avec
d
es propositions de projets faites par le CDC
à la mairie.
Des projets répondant à des enjeux
di
vers, y c om
en r éponse a u alé
Le Code de financement i dentifiait cl airement 3
secteurs d’intervention prioritaires : économique,
e
nvironnemental et de gestion des risques et
désastres. Par ailleurs, les secteurs d’intervention
prioritaires devaient répondre à un intérêt collectif
e
t être inscrits au PCD (pour les Communes
disposant
d’un PCD).
- Finalement, une grande partie des projets
communaux financés ont concerné des
infrastructures administratives (4 projets sur 11) et
étaient donc en dehors des secteurs prioritaires
du FIL. Ces choix ont été expliqués en raison du
séisme de 2021 qui a occasionné des dégâts
importants sur les bâtiments municipaux. Dès
lors, il a été nécessaire, avant toute chose, de
positionner les autorités locales en situation
de fonctionner et de fournir des services aux
citoyens.
Ci-dessus, travaux d’aménagement de ravine
à Tiburon (Sud) et aménagement de la plage
de Raymond-les-Bains (Sud-Est), 2023.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 58CAHIER DE CAPITALISATION
- D’autres projets ont porté sur des aménagements
de ty
pe ravines, réhabilitation de berges, etc., et
répondaient à un enjeu impératif de sécurité pour
les populations.
-
Enfin, les projets de nature économique (marchés,
aménagement de plage…) visaient à favoriser des retombées économiques dans les communes et des ressources supplémentaires pour la Mairie.
Des difficultés en matière de faisabilité
des projets
Les projets financés dans le cadre du FIL communal
nécessitaient de mener des études de faisabilité
en amont. Ces faisabilités pouvaient être de nature
économique (notamment pour les infrastructures
économiques, afin de s’assurer de leur durabilité
et appropriation par les acteurs concernés), de
nature sociale (question foncière par exemple pour
les aménagements de berges, etc.) ou encore de
nature technique (notamment dans un contexte
marqué par des évènements climatiques et
naturels majeurs) afin de s’assurer de la solidité des
infrastructures construites. Certaines difficultés
rencontrées en cours d’exécution des projets
montrent que ces études de faisabilité ont très
souvent été insuffisamment approfondies. Même
les coûts des infrastructures semblent avoir été
mal évalués.
Or, pour mener à bien ces chantiers de construction
ou d’aménagement, et afin de s’appuyer sur les
acteurs locaux, les communes ont sollicité soit
les Agences techniques locales (ATLD), soit les
ingénieurs municipaux ou départementaux.
Cependant, ces services souffrent eux-mêmes de
faiblesses importantes (en matière de ressources
humaines notamment). Il aurait été probablement
nécessaire de renforcer le suivi de ces projets
d’aménagements et de chantiers.
La faiblesse de ces faisabilités impacte également
les modalités de gestion des infrastructures. En
effet, celles-ci ont été peu (voire pas) anticipées
dans le cadre de l’élaboration des projets.
Des modalités d’exécution diverses
Les projets ont été exécutés selon deux modalités
différentes :
-
Dans le Sud-est, sauf exception, le budget du FIL
communal est passé par les comptes communaux
: les mairies étaient donc en situation de maitrise
d’ouvrage complète. Cette modalité a l’avantage
de responsabiliser totalement les Mairies, mais
elle rend plus difficiles le suivi des fonds et la
recevabilité vis-à-vis du bailleur.
-
Dans les autres départements, le PAGODE
s’est positionné en payeur pour le compte de la commune. La Mairie restait maître d’ouvrage, mais les fonds ne transitaient plus par son compte. Les contrats avec les entreprises de travaux étaient alors tripartites. Cette option permet d’assurer une mise en œuvre plus conforme aux exigences des bailleurs de fonds, tout en restant dans une approche de maîtrise d’ouvrage communale.
Une exécution des projets couplée à un
renforcement de la maîtrise d’ouvrage
L’exécution des projets a été accompagnée par un
renforcement de la maitrise d’ouvrage, qui a pris
plusieurs formes et a mobilisé différents acteurs :
-
Un appui important aux procédures de passation
de marchés publics, assuré notamment par
les Commissions Départementales de Marchés
Publics (ou Commission nationale dans les
départements dépourvus de Commission
départementale). Cet appui a pris la forme de
formation sur les procédures, mais aussi d’un
accompagnement dans la préparation des
dossiers d’appel d’offres et dans la validation
des processus. Cet accompagnement, sur des
marchés concrets, a été signalé par les acteurs
comme particulièrement important (peut-être
plus que la formation elle-même).
-
L’appui des ATLD, notamment pendant les études de faisabilité des projets, mais aussi pour leurs suivis et supervisions - avec cependant des limites sur la qualité de cet accompagnement,
PAGE | 59
du fait de certaines faiblesses de ces agences
encore récemment créées -.
- Des formations par le PAGODE sur la planification
et la maîtrise d’ouvrage communale, mais aussi
sur le développement d’un parcours de formation
plus structurant sur la gestion du territoire, avec
l’Université Publique du Sud aux Cayes (UPSAC).
-
La mise à disposition d’outils et de modèles (notamment de Dossier d’Appel d’Offres-DAO, de marchés…).
Des difficultés de mise en œuvre et un
suivi à renforcer
La mise en œuvre du FIL communal a été soumise
à de nombreux défis et a rencontré de nombreuses
difficultés, notamment liées au contexte.
D’une part, des difficultés pour les entreprises de
répondre aux appels d’offres du fait de l’insécurité, et
ce, d’autant plus que les appels d’offres ont été lancés
pendant la période du Peyi Lòk. Plusieurs appels
d’offres ont alors été déclarés infructueux, ce qui a
entrainé des retards importants de mise en œuvre.
Des retards d’exécution des travaux ont par ailleurs
été causés par des problèmes d’avance de fonds
(les entreprises n’ont pas été en mesure d’avancer
les travaux sur fonds propres), liés à l
’in
sécurité (pouvant bloquer les travaux à certaines
périodes), à la rareté du carburant, ou à la grève des
contrôleurs financiers (qui a entrainé des retards
pour la valida
tion de certains marchés).
U
ne augmentation des coûts a été liée à l’inflation
im
portante valant alors dans le pays. Sur certains
cha
ntiers elle peut avoir été liée à des évaluations
budgétaires initiales inadéquates des projets.
Enfin, le suivi technique des projets (génie civil
)
a aussi été contraint par le budget et a connu un
certain sous-dimensionnement, tant au sein du
PAGO
DE que dans les mairies, pour superviser
l
’exécution qu alitative et temporelle des
i
nfrastructures. Des aménagements ont permis
de mobiliser
des i
ngénieurs sur les chantiers plus
complexes.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
• Ne pas négliger le temps nécessaire à la concertation préalable, mais laisser du temps à la fin pour la
phase de recevabilité.
• Renforcer les moyens pour les études de faisabilité.
• Renforcer le suivi par des experts en génie civil (profil à avoir dans l’équipe projet).
Témoignages d’acteurs :
« Les Mairies sont maintenant en capacité de passer des marchés seules. »
« il n’y a pas eu de difficultés lors des processus de passation de marchés publics grâce à l’accompagnement
des
Commissions Départementales des Marchés Publics – CDMP. »
Recommandations pour la mise en œuvre de démarches similaires
Fiche expérience 3B.– Le Fonds d’Investissement
Local
LE GUICHET OSC DU FIL
Retour d’
expérience sur le financement de projets portés par des OSC
La présente fiche présente un retour d’expérience
su
r la mise en place du guichet OSC du Fonds
d
’Investissement Local (FIL).
Le
FIL a été mis en place dans le cadre du Programme
d’
Appui à la Gouvernance Décentralisée
(PAGODE) e
n étroite collaboration avec les
i
nstitutions parties prena ntes (MICT, MPCE et
FE
NAMH notamment). Cet instrument de
fi
nancement est dédié au financemen t de
p
rojets portés par les Communes (Guichet
co
mmunal) ou par des Organisations de la Société
Civile (guichet OSC-OCB).
Les
principes et règles de mise en œuvre du FIL ont
ét
é définis dans un Code de financement qui
précise notamment
les conditions d’éligibilité des
porteurs de projet, les modalités de sélection et de
m
ise en œuvre des projets, de suivi et d’évaluation.
L
’enveloppe d édiée au FIL dans le budget du
PAGO
DE représentait environ 1,5 millions d’USD.
Le FI
L constitue un élément central du projet. Au-
delà de sa dimension d’outil de financement, il es
t également un instrument essentiel du
r
enforcement des ca pacités des acteurs,
n
otamment des OSC p artenaires via le
p
rogramme de renforcement de capacités.
E
nfin, le FIL a été conçu comme un instrument
f
avorisant le renforcement du dialogue et de la
co
ncertation entre les différentes parties
prenantes sur les territoires.
La
p
résente fiche est complémentaire de la fiche
su
r le guichet communal, ainsi que d’autres
f
iches p roduites dans le cadre de la
ca
pitalisation du PA GODE.
Schéma tel que prévu dans le Code et mis à jour sur la base du calendrier réel d’exécution
CAHIER DE CAPITALISATION
PAGE | 61
Un processus dans le temps,
étape par étape
La mise en œuvre d’un fonds de financement de
projets de développement local dans le cadre d’un
projet nécessite un processus relativement long,
en particulier dans un contexte comme celui d’Haïti
marqué par des périodes de tensions importantes
mettant un frein aux actions menées.
En particulier, la phase de pré-investissement, qui
débute au moment de la notification de l’enveloppe
à la Commune et qui s’achève à la signature de
la convention de financement avec l’OSC et le
démarrage des travaux, est une phase à ne pas
négliger tant elle conditionne la bonne mise en
œuvre et la durabilité du projet financé. Dans le
cadre du PAGODE, cette phase a duré plus d’une
année (voir schéma présenté ci-dessus).
La phase d’exécution est logiquement variable
selon le type de travaux concernés, mais peut
également être longue, notamment parce que
le tissu d’entreprises locales est faible, avec des
difficultés pour préfinancer les travaux et des
problématiques bancaires. Ces dernières pouvant
rendre plus complexe le versement des tranches
de paiement aux entreprises mobilisées.
Compte tenu de retards pris sur ces 2 premières
phases, la phase de post-investissement, tout
aussi importante pour s’assurer de l’appropriation
du projet par les acteurs locaux, n’a pas pu être
mise en œuvre dans le cadre du PAGODE.
Un FIL OSC fortement axé sur le
développement économique des
territoires
Les principaux enjeux du guichet OSC étaient de
financer des organisations présentes, actives et
reconnues dans la commune, de contribuer au
renforcement de ces OSC, et de financer des projets
ayant un impact sur le développement économique
du territoire.
Dans le cadre du FIL OSC, 86% des projets financés
ont été de nature économique. Dans la Grand’Anse
et le Sud, plus fortement impactés par le dernier
séisme, certains projets ont davantage concerné la
catégorie « environnement, gestion des ressources
naturelles et mitigation des risques de catastrophes
» du Code. Mais la grande majorité des projets
financés par le guichet OSC étaient à vocation
économique, et ont concerné principalement
l’amélioration des capacités de production et
l’amélioration des capacités de transformation et
de valorisation des productions.
Projet de
transformation
de cacao
d’OJPDF dans
la commune
de Chambellan
(Grand’Anse),
accompagné
dans le cadre
du FIL
« L’économie ne sera plus la même, les paysans
auront accès au cacao, pour le vendre et
pour la consommation. Les gens dans la
transformation trouveront de quoi travailler.
Ce qui a bien fonctionné c’est le soin que
PAGODE a apporté pour que tout soit fait dans
la transparence pendant tout le processus. »
Action des Jeunes Unis pour le Développement
et l’Avancement de Deshormeaux (AJUDAD)
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
PAGE | 62CAHIER DE CAPITALISATION
Un outil mobilisateur, formateur et
créateur d’émulation positive sur les
territoires
Le guichet, avec son système d’appel à projets
mettant en situation de compétition les OSC, a créé
des dynamiques et des émulations positives au
niveau local.
L’accompagnement lors du montage et lors de
la mise en œuvre, ainsi que la mise à disposition
d’outils permettant d’élaborer et de gérer des
projets, ont globalement été très appréciés par les
OSC.
Au-delà de la valeur ajoutée directement liée à la
préparation de ce projet, cela leur a permis de se
renforcer dans le montage et la gestion de projets
et plusieurs acteurs ont souligné le fait que ces
appuis, et plus largement l’ensemble du processus,
ont permis de renforcer la dynamique interne de
leur organisation.
Un parcours « renforcement de capacités
/ financement de projet » qui a du sens
En parallèle de la mise à disposition d’outils et de
l’accompagnement lors du montage du projet
qu’ont reçu l’ensemble des candidats, certaines
OSC partenaires ont également bénéficié d’un
programme spécifique.
En effet, dans le cadre du volet Renforcement
organisationnel des OSC, et à la suite d’un
diagnostic du territoire, le PAGODE a développé des
partenariats avec des OSC qui ont bénéficié d’un
programme de formations.
Ces OSC partenaires ont donc pu suivre un
parcours comprenant d’une part un renforcement
de capacités, à travers une formation théorique ,
et d’autre part, une mise en pratique, à travers le
financement d’un projet. Cette articulation entre
ces 2 volets du PAGODE a été très appréciée par les
OSC concernées.
Un processus loué pour sa transparence,
même si parfois perçu comme inéquitable
La transparence du processus a très souvent
été mise en avant comme une bonne pratique
du PAGODE, et ce à toutes les étapes de mise en
œuvre, que ce soit lors de la diffusion des appels à
projets, lors de la communication sur le guichet et
sur ses critères de sélection, lors de l’application
de ces critères dans l’attribution ou dans la gestion
des contestations.
Cependant, bien que transparent, une forme d’in-
équité entre les OSC partenaires du PAGODE et
les autres, a également été signalée par certains
« Une des réussites du projet a vraiment été
l
e renforcement de la dynamique interne de
l’organisation. Les membres ont même été
d
isposés à c ontribuer é c
p o
compléter le plan de financement afin que le
projet a boutisse. E t no
av au jourd’hui la
possibilité de m ettre le Fly boat à dis
de
la com
p our utiliser la voie maritime
e
n cas de besoin » Association des pêcheurs
Actifs de Sab
( APAS)
PAGE | 63
acteurs. En effet, Les OSC qui étaient partenaires
du PAGODE, et qui ont bénéficié des appuis en
renforcement organisationnel, ont vu leur projet
davantage retenu (70% des projets sélectionnés
étaient des OSC partenaires alors qu’elles ne
représentent que 53% des projets soumis).
Cette « sur-représentation » des OSC partenaires
dans les projets sélectionnés peut-être analysée
de plusieurs manières. D’une part, ces OSC
partenaires ayant bénéficié d’une formation
théorique en amont, il est d’une certaine manière
cohérent que les dossiers qu’elles ont ensuite
soumis aient été plus complets ou plus pertinents.
Et on peut considérer que cette sur-représentation
est plutôt un aspect positif du processus.
Néanmoins, d’autre part, la mise en concurrence
pour la sélection des projets a pu être faussée par
cette présélection de structures partenaires, dans
la mesure où certaines OSC qui n’ont pas bénéficié
de la formation ont pu s’abstenir de déposer un
dossier, estimant leur chance de voir leur projet
retenu trop faible en tant que structures non-
partenaires.
Des modalités de diffusion variées, pour
des résultats contrastés
131 dossiers ont été déposés dans l’ensemble des
11 communes d’intervention du projet, soit une
moyenne de 12 dossiers par commune. Ce volume
ne semble pourtant pas si important au regard du
nombre d’OSC existant sur ces territoires et du
nombre d’OSC partenaires du PAGODE (une dizaine
par commune en moyenne).
Lors de la capitalisation, une panoplie de modalités
de diffusion a été évoquée : affichage dans les locaux
des mairies, invitations à des réunions d’information,
émissions de radio, communication sur les réseaux
sociaux, rencontres communautaires ou encore
communication dans les églises.
Lors des entretiens et des enquêtes, certains
interlocuteurs ont partagé leur perception quant
aux modalités de diffusion qui ont été les plus
efficaces, mais il n’y a pas de donnée disponible
permettant de confirmer les modalités ayant
généré le plus de candidatures.
Des difficultés de mise en œuvre et un
suivi à renforcer
Les principales difficultés rencontrées dans la mise
en œuvre du FIL OSC sont très largement liées au
contexte d’intervention du projet.
Les difficultés rencontrées par le système bancaire
haïtien et le manque de liquidité disponible au niveau
des caisses populaires ont généré d’importants
retards dans les décaissements des fonds.
Post Facebook extrait de la page de la Mairie de Bainet
sur le suivi des projets. Plusieurs communes ont ainsi
développé leur communication et transparence sur les
phases du FIL via les réseaux sociaux.
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
CAHIER DE CAPITALISATION La hausse des prix des matériels, des matières
premières, du bétail et de la main-d’œuvre a
également contraint beaucoup d’OSC à s’adapter, soit
par une révision du budget, soit par un changement
dans le choix du matériel acheté.
L’instabilité et l’insécurité dans le pays (menaces,
vols…) ont également mis en difficultés les opérateurs
dans l’exécution des projets et ont été la cause de
nombreux retards.
Enfin, le suivi technique des projets a aussi été
contraint par le budget et a connu un certain sous-
dimensionnement.
Projet d’élevage caprin par l’organisation JAKDESA dans la commune de Cayes-Jacmel (Sud-Est), appuyé et accompagné par le FIL
« C’est
une très belle expérience, cela nous
a permis de savoir comment répondre à un a ppel
d’offres, comment mobiliser des fonds, les
techniques de rédaction de rapports financiers,
la planification de projet, ça a été une grande
leçon apprise. On a eu tout l’accompagnement
possible
et les outils dont on pouvait avoir
besoin. Et comme point fort c’est la transpa-
rence tout le long du processus,
et comme point
faible, le retard dans les décaissements. »
Konbit Peyizan Grandans (KPGA)
Recommandations pour l
a mise en œuvre de démarches similaires
•Mieux assumer l’articulation avec le volet renforcement des O SC. Avoir d’une
part un parcours de
formation
« fermé » (à destination des OSC partenaires uniquement), et d’autre part, un appel à projets
«
ouvert » a pu être erçu comme inéquitable par certains acteurs. Sans remettre en cause la
pertinence de ce parcours « formation
/ financement », il serait intéressant de veiller à ce que cette
articulation
ne freine pas des candidats potentiels.
Une piste pourrait être d’assumer et d’encadrer
davantage
ce partenariat privilégié, par exemple, en réservant formellement une partie d
e l’enveloppe
du
guichet aux O SC partenaires. U ne autre p ourrait ê tre de communiquer davantage auprès des OSC
non-partenaires, en insistant sur la dimension ouverte du guichet.
•Concernant la diffusion
des appels à projets, un e mét hodologie commune et des outils
harmonisés
pourraient être discutés et mi
s en place par les différentes é quipes départementales, en
a
mont des appels à projets, afin de partager les idées et expériences et de capitaliser sur les outils qui
s
emblent avoir mieux f onctionné et tenant compte des spécificités des territoires. Le temps de projet
et
son ampleur doivent être bien c onsidérés par l’opérateur et le bailleur pour ces étapes importantes.
•Éla
rgir les critères d’éligibilité afin d’augmenter le nombre de candidatures. En particulier, l e critère de n e
pas être déjà bénéficiaire d’autres financements par ailleurs peut questionner. S’il est important d’être vigilant
vis-à-
vis de
a captation par un petit groupe d’acteurs de la majorité de ce t ype de f inancements, i l pourrait
également ê
tre pertinent de laisser ouverte la possibilité d’enlever ce critère d’éligibilité, afin d’aboutir
à des
projets de plus
rande ampleur, de favoriser des synergies entre les différents dispositifs
existants et de renforcer les dynamiques de partenariat entre les différents a
cteurs d’un territoire.
PAGE | 65
4)MOBILISATION FISCALE
Le programme PAGODE a
dév eloppé un axe Mobilisation fiscale dans le département du Sud-Est, en
é
troite co llaboration avec l ’Association des Maires du Sud-Est (AMASE), le MICT et l’ensemble des
a
cteurs locaux. Six communes ont bénéficié d e l ’appui d e c e t a x e : C ô tes-de-Fer, B a inet, L a V allée
de
Jacmel, Jacmel, Cayes-Jacmel et
Marigot. Une synergie a aussi été nouée avec
le programme REGLEAU financé par
l
’Ambassade de Suisse en Haïti.
Un enjeu fort réside dans la capacité de
l
’autorité municipale à mobiliser les citoyens
pour payer l’impôt. Une forte collaboration
et une adhésion doivent se mett
re en
place à travers une stratégie de
communication
adapté
e. C’est cette
partie qui est exposée dans la f
iche
s
uivante, étant donné l’importance
p
articulière de cet enjeu.
Lancement de la phase de recensement
des propriétés bâties.
Séance de formation en cartographie pour
les agents, avec l’appui du programme.
Côtes-de-Fer, Août 2021 (Photos © page
Facebook Mairie Côtes-de-Fer)
LES FONDS D’INVESTISSEMENT LOCAUX (FILS)
Fiche expérience
4. Mobilisation fiscale 2020-2023
LA COMMUNICATION PUBLIQUE
DE L’AUTORITE MUNICIPALE
POUR AUGMENTER LES RECETTES FISCALES
Retour sur l’expérience menée dans le Sud-Est en Haïti
La présente fiche présente un retour d’expérience
sur le volet
« communication publique »
des autorités municipales dans leur
démarche de mobilisation fiscale.
Le choix de capitaliser sur ces activités de
communi
cation a été motivé par leur importance
:
car leur objectif est que la population - et en
particulier les citoyens plus réfractaires au
paiement des taxes, qui doutent parfois de
leur lé
galité et légitimité - soient sensibilisés au
rô
le citoyen de contribuable.
confrontées à un manque de ressources
(notamment en ressources propres) pour mener
à bien leurs activités, dont la capacité d’offrir des
services essentiels aux citoyen.ne.s et être actrices
du développement territorial. Il s’agit donc de mieux
et davantage collecter les taxes et impôts.
Cette démarche de mobilisation fiscale
s’est inscrite dans la logique portée par l’État
haïtien via le programme d’amélioration des
finances publiques municipales (PRAFIPUM) :
le programme du Ministère de l’Intérieur et des
Collectivités Territoriales (MICT) qui fixe le cadre
légal et méthodologique de la mobilisation fiscale
en Haïti.
La démarche s’est exécutée de manière pilote
dans six communes du Sud-Est sous le leadership
du MICT dans un cadre partenarial regroupant
les Mairies, l’Association des Maires du Sud-Est
(AMASE), CROSE, ID et le programme REGLEAU
(également partenaire de la Coopération suisse).
Les principales actions réalisées au fur et à mesure
ont été les suivantes :
-
Montage des bases de données (cartographie,
immobilier, liste de contribuables) avant la collecte
des taxes ;
- Élaboration et application d’un plan de
communication ;
- Formation des agents et responsables des
services fiscaux des communes et des enquêteurs ;
- Recensement (dont enquête) ;
-
Émission et collecte des bordereaux pour le
paiement des cotisations/impôts.
Les différentes étapes de la mobilisation fiscale
apparaissent dans la frise ci-dessous et sont
présentées tout au long de la fiche.
CAHIER DE CAPITALISATION
L’expérience ici présentée s’est développée
dans le
cadre du Programme PA GODE, financé
par
le bureau de Co opération suisse en Haïti de
20
19 à 2023 et opérationnalisé par le consortium
CR
OSE-GRAMIR-ID-IRAM-ITECA. Le programme
visait notamment une planification
participative
p
ar les acteurs de la gouvernance locale afin
qu
’ils réalisent des i nvestissements efficaces
dans leurs territoires.
P
our favoriser l’autonomie des communes et
l
’investissement local, un objectif majeur est
de
contribuer à l’augmentation des recettes
d
es communes. En effet, les communes sont
PAGE | 67
De la définition du processus à la
formulation et la diffusion des messages
Une bonne planification au démarrage représente
une étape importante en vue de l’aboutissement
réussi du processus de mobilisation fiscale. La
décision est prise d’informer, de consulter et de se
concerter avec les acteurs clés afin d’identifier les
ressources disponibles, réaliser le chronogramme
des activités pour les différentes phases de
la mobilisation fiscale et pour communiquer
adéquatement envers la population.
Les acteurs clés tout au long du processus
sont les suivants : conseil communal, service
fiscal, Agence Locale des Impôts (ALI - service
déconcentré de la direction générale des impôts
(DGI) qui perçoit les impôts et taxes pour l’État
et les collectivités territoriales), justice, police,
médias communautaires, association de médias,
leaders religieux (prêtres, pasteurs, hougans),
contribuables/population, chambre de commerce.
Des actes administratifs (arrêté, circulaire, etc.)
ont été adoptés par l’autorité communale, des
rencontres communautaires et émissions de radio
ont eu lieu avant le lancement de la campagne de
mobilisation fiscale.
Le message de sensibilisation, invitant à payer les
taxes et impôts, doit se propager partout (écoles,
marchés, églises…) de façon permanente. Ceci
reste la meilleure stratégie à mettre en œuvre
pour sensibiliser la population à son rôle citoyen
du contribuable, qui en payant les taxes/impôts
con
tribue au développement de sa cité et a droit
a
ux services publics et aux informations sur les
conditions de desserte de ces services et
les dépenses y afférentes.
Communiquer
à chaque phase
La communication s’étend sur toute l’année
et est assurée par l’administration communale
sous le leadership du maire. Des spots sont à
réaliser en adéquation à chaque étape de
l’exercice et en fonction de la réalité et du
leadership municipal.
Phase de la formation et de l’information
T
out d’abord, les futurs agents recenseurs/
e
nquêteurs ont été recrutés. Une formation du
per
sonnel de la mairie, particulièrement des cadres
du
service fiscal et des agents enquêteurs, a été
réa
lisée. La participation du personnel de l’ALI a été
req
uise en vue de s’accorder sur le déroulement du
p
rocessus. Ensuite, chaque mairie a :
- adopté et publié un arrêté communal (qui constitue
une communication administrative) décrivant
l’objectif général de la mobilisation fiscale, le rôle
des agents de la mairie et des besoins pour bien
remplir leurs tâches ;
-
adressé une note administrative d’information et d’invitation aux responsables de l’ALI, avec une emphase sur la mutualisation et la complémentarité de la Mairie et de l’ALI.
Présentation synthétique réalisée en atelier portant sur les activités et acteurs concernés par
chaque
étape : Planification – Formation – Recensement – Pré-liquidation – Recouvrement.
MOBILISATION FISCALE
PAGE | 68CAHIER DE CAPITALISATION
Phase du recensement
Phase cruciale, mais complexe ! Le recensement
est le nerf de la mobilisation fiscale. La préparation
et le déploiement du recensement nécessitent
une communication fluide, notamment auprès de
la population, pour anticiper les incompréhensions
et les mécontentements des contribuables et de
la communauté en général.
Afin de mener le recensement dans les meilleures
conditions (accueil favorable), il est indispensable
de prévenir la population/les contribuables en
amont : communiquer, une étape nécessaire au
lancement du recensement ! Dans ce cadre, il
s’agit de mobiliser les canaux de communication
suivants :
- Rencontres communautaires et audiences
publiques
- Radios c
ommunautaires (émission, spot)
- Affiches (flyers, banderoles)
- Cri
eurs d’information
- R
éseaux sociaux (facebook, instagram)
-
Bouche-à-oreille.
les rencontres communautaires, les spots et
émissions de radios se révèlent les plus efficaces.
Messages diffusés :
« Resèt fiskal la se poumon komin nan. »
« Ann kontribye pou komin nan vanse. »
Pour mener à bien le recensement, les enquêteurs
sont déployés auprès des contribuables, ils
collectent et saisissent les données. Les données
sont ensuite traitées et le Tribunal de paix effectue
un contrôle-qualité.
« L’idéal est d’avoir la cartographie de tout le
territoire et procéder au recensement de toutes
les maisons. En ce sens, je prône aussi un travail
de recensement continu. » Un conseil
pratique d’un agent d’une ALI.
Phase de pré-liquidation / production de
bordereaux
Elle consiste en l’évaluation des biens immobiliers,
soit par le contribuable lui-même via un système
déclaratif, soit par le service fiscal de la Mairie. La
mission des services municipaux doit être bien
organisée pour créer un environnement favorable
à l’accueil des enquêteurs dans la communauté et
par les ménages.
M
essage clé à la population : « Pour que
la commune fournisse les
services de
base, essentiels à votre vie quotidienne et
pour des conditions de vie meilleures,
participez à l’impôt de la commune. »
Post extrait de la page de la Mairie de la Vallée de Jacmel. Il
rappelle l es
principes et les informations qui ont été données
par la Mairie aux contribuables. Ce mode de communication a
été adoptée par plusieurs communes.
Du fait de leur notoriété institutionnelle,
PAGE | 69
En parallèle de la sensibilisation aux habitant.e.s
contribuables via la radio, le service fiscal prépare
et imprime les bordereaux, réalise l’accueil des
contribuables, puis assure la vérification et la
signature des bordereaux, et enfin leur livraison et
leur archivage.
« Un conseil : Intégrer dans le bordereau de l’évaluation de l’immeuble le paiement du matricule fiscal pour le contribuable puisqu’il est inhérent au paiement de la CFPB et de la Patente ». Un conseil pratique de l’ALI.
Les activités réalisées ont mené, dans
l’expérience du PAGODE, à une augmentation
du pourcentage d’émission d’avis de cotisation à
la liquidation.
Phase de r
ecouvrement/liquidation
Cette phase implique une bonne
collaboration/ synergie entre
le service fiscal de
la mairie et l’ALI. Par exemple, il est important
que les calendriers concordent afin que les avis
de cotisation soient disponibles à temps à l’ALI.
Pour mener à bien le recouvrement des impôts,
i
l est nécessaire d’adresser aux contribuables
l
’avis de cotisation (préparé en amont), de mise
e
n demeure, et, si besoin, la lettre de dernier
avertissement par courrier au domicile.
P
armi les c anaux de communication, en plus des
cr
ieurs d’information, des spots dans les
r
adios co mmunautaires, des réunions
co
mmunautaires, e t des affichages dans les
l
ieux publics, il est recommandé de réaliser :
- des rencontres individuelles (en faisant du porte-
à-porte par exemple) ;
- des audiences publiques pour que la mairie
présente son bilan des activités réalisées dans
l’année. Cette présentation permet à la population
de comprendre à quoi et de quelle manière sont
utilisés les fonds auxquels les contribuables
abondent en payant impôts et taxes.
Cet e
ffort de la Mairie, via le renforcement de sa
communication, améliore la confiance entre la
Mairie et les contribuables et consolide les relations
amicales/amiables avec les contribuables.
Message clé aux contribuables : « Participez
à l’audience publique, vous pourrez agir avec vigilance sur la qualité des services publics, la transparence dans la gestion des dépenses publiques et sur la reddition des comptes par la Mairie ».
E
nfin, la liquidation relève de la responsabilité
de l
’ALI qui se charge de la production des avis
de co
tisation en collaboration avec le service fiscal
d
e la mairie.
L
a collaboration citoyenne
« J’
ai vécu à l’étranger pendant 42 ans, et habité une
commune de 500 habitants qui est autonome. Alors,
j
’ai
l’habitude de payer les taxes. Une fois de retour à
L
a
Vallée de Jacmel, je suis allé à la mairie pour savoir
q
uoi payer. » Témoignage d’un contribuable
Ce
type d’engagement citoyen est à
repérer dans la commune afin que la Mairie se
fasse des alliés au sein de la société civile.
S’appuyer sur les contribuables actifs et ayant
une certaine notoriété dans la communauté
pour qu’ils participent à la campagne de
sensibilisation et de motivation de la population,
cela permet de prêcher par l’exemple.
‘’ Mieux vaut être en contravention avec l’armée
qu’avec les services du fisc’’, d it-on ! D onc j e
pai
e chaque année : parfois au début de l’année
fi
scale, ou parfois j’attends vers la fin de la
période (derniers jours de mars). »
Témoignage d’un contribuable
MOBILISATION FISCALE
PAGE | 70CAHIER DE CAPITALISATION
Recommandations pour la mise en œuvre d’outils similaires
• Communiquer/rendre publics les résultats des recettes fiscales (transparence) ;
• Identifier démocratiquement/de manière consensuelle le ou les projets à réaliser à partir des recettes
communales et fournir des services de base à la population ;
• Identifier visiblement les enquêteurs et les agents de la Mairie (badges, maillots) ; • Veiller à la vérification des données collectées et qu’elles soient complètes ; • Développer davantage de collaboration entre superviseurs et enquêteurs dans le recensement ; •
S’assurer que les circulaires et tout acte administratif notifient les références légales et constitutionnelles
à la décision de la municipalité (cela fournit une force républicaine et rend opposable aux tiers) ;
• Disposer de matériels et fournitures de travail de qualité et s’assurer de l’informatisation de l’ALI
(nécessaire pour le bon déroulement de la mobilisation fiscale) ;
• Consolider la synergie existante entre les acteurs clés et assurer une meilleure représentation de la DGI
au niveau de la commune ;
• La mairie doit disposer de personnel compétent, patient capable de travailler avec les personnes, peu
importe leur provenance (rural, urbain) pour leur ramener au paiement de l’impôt, et maintenir la motivation
de ses agents fiscaux ;
• Faire des spots en adéquation à chaque étape de l’exercice, les vulgariser à travers des radios
communautaires, utiliser des Truck Sound (motos et Boom box) pour communiquer à la population tout au long de l’année fiscale.
PAGE | 71
III. RECOMMANDATIONS
TRANSVERSALES
A. L’importance de l’ancrage territorial et de la connaissance
des contextes locaux
Tout d’abord, un programme du type du PAGODE doit pouvoir reposer sur une connaissance fine des
territoires d’intervention afin de pouvoir identifier les acteurs sur lesquels s’appuyer, les relations entre eux,
les rapports de force, les dynamiques en cours, les éventuelles contraintes et spécificités locales, etc. Pour
cela, il est essentiel que la mise en œuvre des actions soit portée par des acteurs implantés localement,
qui sont en mesure d’identifier ces éléments clés. À ce titre, le rôle des organisations haïtiennes membres
du consortium PAGODE, que sont CROSE, GRAMIR et ITECA, a été central dans la mise en œuvre du projet.
Par ailleurs, cet ancrage territorial passe
également par des partenariats solides et
constructifs avec les institutions locales
(Mairies, services déconcentrés de
l’État, CASEC…) et avec les organisations
locales de la société civile, qui permettent
d’assurer un portage par les acteurs locaux
des dynamiques du projet. Ces acteurs se
doivent d’être impliqués à toutes les étapes
de mise en œuvre des actions, depuis la
construction du projet, la mise en place
des procédures, la mise en œuvre et le
suivi-évaluation des activités. Ils doivent
également être étroitement associés au
pilotage
du suivi et aux décisions stratégiques dans le cadre de la mise en œuvre de projets de cette nature
(
le
rôle des comités de pilotage locaux, qui n’ont pas pu se mettre en place pour différentes raisons, serait
do
nc pourtant essentiel).
B. La
nécessité d’un ancrage institutionnel malgré le contexte difficile
P
ar ailleurs, même si le projet a été mis en œuvre dans un contexte politique particulièrement complexe,
m
arqué notamment par une absence totale d’élus à partir de l’année fiscale 2021-2022 sur le territoire
n
ational (au niveau national comme au niveau local), un projet d’accompagnement de la gouvernance se
d
oit de s’appuyer sur des institutions, publiques et privée s. Il est donc important de t ravailler sur des
pa
rtenariats avec des institutions, même si celles-ci ne bénéficient pas de la légitimité liée aux élections.
A
ussi convient-il de bien identifier les acteurs et institutions disposant d’autres formes de légitimité :
l
égitimité technique pour les services de l’État, légitimité sociale pour les maires ou les CASEC, légitimité
é
conomique des organisations de producteurs… et de travailler étroitement avec eux.
RECOMMANDATIONS TRANSVERSALES
PAGE | 72CAHIER DE CAPITALISATION
renforcement de la gouvernance
Enfin, il faut
rappeler que le programme avait été élaboré sur la
b
ase d’une approche prévue initialement sur 12 années,
raccourcie finalement en cours de route à 4 ans et demi,
su
ite à des réorientations stratégiques au niveau global de la
Co
opération suisse.
O
r, un projet d’accompagnement de la gouvernance locale
n
écessite d’accompagner des dynamiques d’évolution des
pr
ocessus de dialogue et de concertation dans le temps
l
ong, en particulier dans des contextes aussi mouvants et
co
mplexes que celui d’Haïti. Un changement des pratiques de
g
ouvernance des territoires ne peut se décréter et être effectif
e
n l’espace de quelques années.
Ces dynamiques restent donc assurément à consolider et à
a
ccompagner.
Cet ancrage institutionnel, au niveau national, en travaillant avec les Ministères ou avec les associations
nat
ionales d’élus, comme au niveau local, avec les mairies et les services déconcentrés, permet de
re
nforcer la durabilité des actions menées, mais aussi, pour ce qui concerne les partenariats institutionnels
au
niveau central, de contribuer à leur diffusion au-delà de la zone d’intervention du projet.
À
ce titre, certains outils dont l’élaboration a été accompagnée par le PAGODE, comme le Code de
f
inancement du FIL par exemple, ont été portés et reconnus par les ministères centraux notamment
(I
ntérieur et Finances), ce qui les renforce et permet d’ envisager une mise en œuvre de ces mécanismes
au
-delà de la phase test accompagnée par le PAGODE.
C.Une capacité d’adaptation et une flexibilité indispensable
Il
faut rappeler qu e le projet a ét mis en œuvre dans un contexte p articulièrement difficile ma rq ué
notammen
t par une crise sanitaire mondiale, une crise socio-politique très importante, l’assassinat du
P
résident de la République, un séisme qui a touché notamment le sud du pays en août 2021, etc.
U
n projet de cette nature, mis en œuvre dans un contexte aussi difficile, se doit de pouvoir faire preuve de
flexibilité. Les p rocédures e t modalités d e g estion d e p rojets d
oivent d onc r ester s uffisamment sou ples
pour
faire face aux contraintes et aux évolutions.
Ai
nsi,
au-delà des contraintes et procédures du bailleur, il est important que les outils élaborés par le projet
l
ui-même, comme le Code de financement par exemple qui définit les processus et modalités de mises en
œu
vre
des FILs, restent des outils évolutifs et adaptables. C’est ce qui a été fait suite au séisme d’août 2021
pa
r
exemple, où le « FIL post-séisme » a permis de sortir des priorités initiales du FIL en accompagnant
no
tamment la reconstruction de bâtiments administratifs particulièrement impactés.
Le
s bailleurs ont un rôle clé à jouer en facilitant et en encourageant cette flexibilité et cette adaptabilité,
co
mme cela a été le cas avec le Bureau de la Coopération suisse en Haïti.
D.Le temps nécessaire au
Ce programme a été réalisé avec le soutien de :
Ernst Mathurin
Félix Saintervil
Jude Saint-Natus
Elifaite Saint-Pierre
Lucile Wallez
Ont contribué à
ce cahier :
Marion Anvroin
Ant
oine Boyet
Id
erle Brenus
Nicolas Derenne
Ja
cques Joseph
Jonathan Lepilliez
Crédits ph
otos : Consortium Pagode
Pho
tos de couverture :
- Nouveau Complexe administratif de Chardonnières (juin 2023), priorisé et construit dans le cadre du FIL.
- Rencontre avec le Conseil des Sages de Port-à-Piment (CONSAP) à l’occasion du lancement de leur projet
FIL de production et distribution de citrus. Novembre 2022.
- Audience publique organisée par la Mairie de la Vallée de Jacmel pour la présentation de ses réalisations et de son bilan fiscal annuel. Janvier 2021. Photo © Mairie de la Vallée de Jacmel.
Programme mené avec la Direction des Collectivités Territoriales
(Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales - MICT)
Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE)
La Fédération N
ationale des Maires d’Haïti (FENAMH)
La Fédération
Nationale des Femmes Maires d’Haïti (FENAFEMH)
Avec l’appui financier du
Bureau de coopération
suisse en Haïti
Mis en œuvre par le
consortium
PAGODE
CROSE - GRAMIR - ID - IRAM - ITECA
PAGODE - Juillet 2023
I
nfos : id@id-ong.org
www.facebook.com/ProgrammePAGODE