(2001-09) Bilten Afè Jiridik, septembre 2001
Rezime — BRH legal-affairs bulletin for 2001-09, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
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- BRH legal-affairs bulletin for 2001-09, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
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BRH legal-affairs bulletin for 2001-09, covering banking-law and central-bank legal issues for legal and financial-sector readers.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
BANQUE DE LA RÉPUBLIQUE D’HAÏTI
Éditorial
’objectif premier de cette publication est de partager avec le public en général, les praticiens en
droit (avocats, notaires…) et les professionnnels du secteur financier en particulier, des points de
vue sur les questions juridiques qui affectent ou qui peuvent affecter la Banque Centrale. La
plupart des articles qui y seront traités résulteront d’adaptations d’études ou de consultations internes sur
des questions que la Direction des Affaires Juridiques, soit a eu à traiter dans le cadre de ses activités
régulières, soit devra traiter, selon toute vraisemblance, au vu des développements probables dans le
domaine concerné. Nous espérons que cet éventail de sujets sera assez diversifié pour que la plupart des
professionnels du droit ou de la banque y trouvent un intérêt.
La variété des sujets découle de la nature et de la multiplicité mêmes des fonctions de la Banque de la
République d’Haiti, qui amènent à des considérations sur divers aspects du droit. Par exemple, en tant
que banquier de l’Etat et des entités publiques, la BRH se doit de s’assurer que ses intérêts sont bien
protégés dans toutes les opérations où elle est impliquée. Institut d’émission, elle se préoccupe de la
légalité de ses émissions et retraits de billets ainsi que de la contrefaçon de ceux-ci. En tant que régulateur
du système, pour se former une opinion sur les risques associés aux activités des régulés et sur les
manières de les mitiger, sinon les éliminer, il lui faut considérer la gouvernance et le management des
sociétés de banque, les titres de créances, la qualité et les difficultés de réalisation des sûretés, etc.
Cette initiative se veut également un signal de plus que nous nous ouvrons à la critique et accueillons
favorablement les opportunités de débats. Il n’y a pas de meilleure manière de faire avancer la vérité que
de la rechercher de façon candide et désintéressée. C’est à dessein que les deux articles de fond de ce
premier numéro traitent chacun d’un sujet controversé: le statut juridique de la BRH et le plafond
d’émission. En général, le débat peut s’avérer particulièrement intéressant entre les économistes, les
managers et les juristes. Nous le souhaitons car le juriste à la Banque Centrale est souvent un incompris,
sinon un mal aimé. Soupçonné par les collègues juristes d’avoir une inclination trop marquée pour les
solutions hybrides, à la limite de la légalité, parfois teintées d’autoritarisme du régulateur, il n’empêche
qu’il soit souvent accusé par les managers et économistes d’être légalistes, de s’enfermer dans des
considérations strictement juridiques et de rester insensibles à leurs préoccupations légitimes.
Ces deux reproches peuvent se comprendre. D’un côté, le droit régulatoire est lui-même hybride entre la
forme d’organisation de l’économie de marché et le dirigisme avec ses dictats spécifiques. Plus spécifique
que les principes du marché auxquels il supplée et plus général que le dirigisme, il peut donc être vu,
dans une économie de marché, comme une addition à l’ordre public classique, dans le sens d’une limite
supplémentaire de l’autonomie de la volonté. D’un autre côté, les interlocuteurs non juristes sont frustrés
de voir leurs solutions tout-à-fait honnêtes et sensées se heurter au « rigorisme » juridique.
Notre ambition est d’apaiser les inquiétudes de nos collègues juristes tout en insistant sur la nécessité de
s’ouvrir à la créativité sans systématiquement rejeter l’originalité hors de la légalité. Aux professionnels
Volume 1
Numéro 1
Septembre 2001
Sommaire
1
Éditorial
3
Statut juridique de la
BRH
7
Plafond d’émission
10
Présentation du
GAFIC
14
Source du pouvoir
réglementaire de la
BRH
15
Passage à l’Euro
17
Point de départ des
intérêts moratoires
Dépôt Légal : 01-09-297
Bibliotèque Nationale d’Haïti
Pour toutes informations,
s’adresser à :
Banque de la République d’Haïti
Direction des Affaires Juridiques
Port-au-Prince, Haïti
Boîte Postale: BP 1570
Les opinions émises dans ce bulletin n’engagent que leurs auteurs qui sont en outre responsables de
l’exactitude des références citées. En aucun cas, ces opinions ne doivent être perçues comme la position
de la BRH sur une question donnée.
1
non juristes, disons que malheureusement, il
arrive que l’efficacité et l’efficience, mais pire,
que l’équité ne soient pas légales. C’est que la
loi n’est et ne sera que le reflet d’arbitrages entre
les différentes valeurs d’une société, notamment
entre l’efficience et l’équité, à un moment donné.
Pourquoi, le débat est vertueux dans la mesure
où il suscite une mise en question permanente.
Le meilleur des mondes où cohabitent juristes,
économistes et managers est peut-être celui de
Keynes à la conférence de Bretton Woods :
«Pour ma part, je devrais rendre un hommage
particulier à nos avocats. D’autant plus que je
dois confesser que, généralement, je n’aime pas
les avocats. Je suis connu pour me plaindre que,
à en juger par les résultats sur ce territoire dirigé
par les avocats [les Etats-Unis], le Mayflower,
quand il partit de Plymouth, ne dut avoir que
des avocats à son bord. Lors de ma première
visite à Monsieur Morgenthau à Washington, il
y a environ trois ans, accompagné uniquement
de mon secrétaire, les jeunes gens du
Département du Trésor me demandèrent
curieusement où est mon avocat. Quand je leur
expliquai que je n’en avais aucun, « Qui donc pense pour
vous ? » fut la réplique. Ce n’est pas mon idée d’un avocat.
Je veux qu’il me dise comment faire ce que je pense être
sensé, et par-dessus tout, qu’il conçoive les moyens qui me
permettent de continuer à le faire légalement dans des
circonstances imprévues quelques années plus tard. Trop
souvent, les avocats s’attachent à rendre le bon sens illégal.
Trop souvent, les avocats transforment la poésie en prose,
et la prose en jargon. On ne peut pas en dire autant de nos
avocats à Bretton-Woods. Au contraire, ils ont transformé
notre jargon en prose et notre prose en poésie. »1
Ce qui est certain, c’est qu’une communication fluide doit
exister entre juristes, managers et économistes, surtout que
la plupart des aspects légaux intéressant une banque centrale
touchent à des questions qui sont par définition économiques.
Cela ne devrait cependant pas requérir du juriste qu’il renonce
à sa propre perspective professionnelle. Ainsi, la poésie dont
parle Keynes est recommandable pour autant qu’elle signifie
l’interprétation, de bonne foi et au mieux de nos
connaissances et capacités, du cadre légal dans lequel évolue
la banque centrale dans le but d’assurer la légalité des actes
et opérations de celle-ci. Et si l’on reste impuissant quand le
bon sens est illégal, soyons au moins troublé.
1
Traduction non officielle du texte original en anglais tiré de : Addresse de Lord Keynes,
chairman de la Delegation du Royaume Uni, à la clôture de la session plénière de la
Conférence Monétaire et Financière des Nations Unies, Bretton Woods, New Hampshire,
1-22 juillet 1944, Document 542, page 1241, Presses du Gouvernement des EtatsUnis.
2
À la mémoire de Me Hubert Cameau
Jean Webster PARAISON
Hubert Cameau est né le 21
novembre 1927. Il a fait ses
études classiques au Lycée
Alexandre Pétion. Il s’exprimait
bien en Espagnol et parlait un
peu l’Anglais quand il a été
admis comme comptable à la
Banque Nationale de la
République d’Haïti (BNRH) le
8 avril 1953.
Deux éminentes personnalités ont adressé à Albert Liautaud,
Chef du Personnel de la BNRH, des lettres de
recommandations en faveur d’Hubert Cameau au moment
de son entrée à la BNRH: Edner Saint Victor et Christian
Dessables. Les deux pensaient qu’il se signalait par son
application au travail, son esprit de discipline et son sérieux.
Licencié en droit le 26 juillet 1956, Me Hubert Cameau a été
désigné le 21 octobre 1959, pour combler la vacance créée
au Service du Contentieux par le départ d’un employé pour
l’étranger. Le 12 mars 1962, il est transféré définitivement
au Service du Contentieux de la BNRH. Il a été promu : le
1er mai 1971, Assistant-Chef de Service; le 16 octobre 1975,
Chef de Sevice.
La loi du 17 août 1979 a remplacé la BNRH par deux
nouvelles institutions autonomes: la Banque de la République
d’Haïti et la Banque Nationale de Crédit. Le 16 octobre
1979, Hubert Cameau, affecté à la BRH, a été promu Fondé
de Pouvoir et le 1er novembre 1981, Assistant-Directeur.
Deux ans plus tard, soit le 27 janvier 1983, il devint Directeur
des Affaires Juridiques. Il y resta cinq ans, car le 23 juin
1988, par arrêté présidentiel, il a été nommé Membre du
Conseil d’Administration de la BRH, ce, jusqu’à sa retraite,
après avoir bouclé 35 ans de carrière.
Hubert Cameau a laissé à la BRH le souvenir d’un rude et
impeccable travailleur se penchant quotidiennement sur les
dossiers qu’il abattait avec une passion pour le travail
incomparable. Car, il visait toujours la perfection dans
l’exécution des tâches qui lui étaient confiées. Il était d’un
calme imperturbable et recevait d’une humeur égale le riche
tout comme le pauvre, l’intellectuel aussi bien que
l’analphabète. Prévisible, clairvoyant, d’un esprit serein, ses
calculs se sont toujours révélés exacts. Comme il le disait
lui-même très souvent, “Il ne faut rien prendre au tragique”.
Homme intègre et sociable, Hubert Cameau était recherché
pour ses connaissances dans les domaines de l’histoire, des
faits saillants de l’actualité tant du point de vue local
qu’international. Ses analyses et commentaires des
événements, agrémentés de toutes les connaissances qu’il
pouvait rassembler, étaient des plus enrichissants et ont fait
école aussi bien dans sa vie professionnelle que familiale. Il
était convaincu que tout devait se faire selon les lois divines,
internationales et nationales. Professeur de sagesse, de nos
jours encore, à la BRH, il compte de nombreux élèves. Tous
ceux qui l’abordaient recueillaient les fruits de ses leçons,
car il prenait énormément plaisir à transmettre ses
connaissances à ses collaborateurs.
Hubert Cameau s’est accroché à sa famille avec des chaînes
d’amour, de tendresse et d’affection incommensurables.
Raymonde était l’épouse de son coeur. Il la chérissait, la gâtait
et la dorlotait chaque jour davantage. Il semblait que ses
oreilles entendaient sans interruption ces paroles de
L’Ecclésiaste tirées dans Eccl.9:9 : “Jouis de la vie avec la
femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité,
que Dieu t’a donnés sous le soleil, ...car c’est ta part dans
ta vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.”
Père attentionné, ses enfants étaient les yeux à travers lesquels
il regardait le monde. Il ne vivait, ne travaillait, ne respirait
que pour eux. Ils représentaient sa joie de vivre.
Hubert Cameau s’est éteint le 15 septembre 2001 après avoir
combattu le bon combat. Ne perdons pas son sillage.
3
Du Statut Juridique de la BRH
Alix Sandra THOMAS
Contexte
l’occasion d’un litige l’opposant à l’un de ses
employés, la Banque de la République d’Haïti
(BRH) fut traduite par-devant les tribunaux de droit
commun. Tant en première instance qu’en appel, la BRH a
soulevé une exception d’incompétence ratione materiae,
découlant de son statut qui la rend justiciable par-devant la
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif.
Cette exception fut rejetée par les deux niveaux de juridiction.
Suite à un pourvoi en Cassation, la Haute Cour a renvoyé
l’affaire pour être jugée au fond à la cour d’Appel des
Gonaïves, sans explicitement se prononcer sur l’exception
ratione materiae.
En dépit de l’opinion des Tribunaux et Cours de l’ordre
judiciaire, il est nécessaire et opportun d’établir clairement
le statut de la BRH.
La controverse est la suivante: la BRH est-elle une entreprise
publique, comme l’ont jugé le Tribunal Civil et la Cour
d’Appel de Port-au-Prince, ou alors un organisme public à
caractère administratif, selon avis de divers experts, tant en
droit privé qu’en droit public, et selon la conviction de la
Direction des Affaires Juridiques de la BRH?
L’article 1er de la loi du 17 août 1979 créant la Banque de la
République d’Haïti et couramment appelée loi organique de
la BRH présente ainsi l’institution: “...un organisme public
autonome jouissant de la personnalité juridique et de
l’autonomie financière...”. Il est évident que ce laconisme
n’est pas de nature à répondre aux interrogations liées au
statut de la BRH.
Pour déterminer la nature de l’institution qu’est la BRH, il
est nécessaire, d’une part, de rechercher son origine et, d’autre
part, d’étudier l’ensemble de ses missions. A partir de cet
examen, il sera possible d’affirmer, d’une entreprise publique
ou d’un organisme autonome à caractère administratif, ce
qu’est la BRH.
Bref historique
En 1934, l’Etat haïtien fit l’acquisition de la Banque Nationale
de la République d’Haïti (BNRH), qui demeura malgré tout
une société de droit privé. En 1979, dans le souci “d’adapter
les structures bancaires aux exigences nouvelles du
4
développement économique et social de la nation”1 , l’Etat
haïtien remplaça la BNRH par deux institutions autonomes:
la Banque de la République d’Haïti (BRH) faisant fonction
de Banque Centrale, et la Banque Nationale de Crédit (BNC)
en tant que banque commerciale.
S’il est aisé, en raison même de son objet, de classer la banque
commerciale de l’Etat ainsi créée, la BNC, parmi les
entreprises publiques, cette catégorisation n’est pas
automatique dans le cas de la BRH.
Certains veulent voir en la BRH une entreprise publique, en
raison du fait que son action se circonscrit dans le domaine
financier et monétaire. De plus, la dénomination de “banque”
de la BRH ne contribue pas à réduire la confusion.
Définitions des Termes et Notions
Il convient, de prime abord, d’apporter quelques précisions
permettant d’évacuer l’hypothèse qui ferait de la BRH une
entreprise publique. En effet, une entreprise publique suppose
la réunion de trois critères:
a) un critère juridique: la personnalité juridique, avec les
conséquences qu’elle implique (patrimoine, droits et
obligations...)
b) un critère administratif: le contrôle exercé par l’Etat ou
une collectivité territoriale sous la forme de la tutelle, et
c) un critère économique: l’objet commercial ou industriel,
d’ordre économique, la recherche de la réalisation de
bénéfices.
C’est le critère économique qui permet d’établir la différence.
La BRH devrait donc satisfaire à ce critère pour être qualifiée
d’entreprise publique. Or, le profit n’est pas l’objectif
fondamental ou premier de la BRH, et cette dernière
n’entreprend pas d’activités commerciales.
De plus, la définition de la banque donnée à l’article 2 de la
loi du 14 novembre 1980 réglementant le fonctionnement
des banques et les activités bancaires sur le territoire de la
République d’Haïti ne peut s’appliquer à la BRH, celle-ci
n’étant pas un “établissement dont la profession habituelle
est le commerce de l’argent, et qui à cet effet, reçoit du public,
sous forme de dépôt, des fonds qu’il emploie pour son propre
compte en opérations de crédit, d’escompte ou en opérations
financières”.
1
Premier “Considérant...” dans la liste des visa de la loi du 17 août 1979 sur la réforme
bancaire remplaçant la BNRH par deux institutions autonomes: la BRH et la BNC.
Contrairement à ce que laisse entendre sa dénomination, la
BRH n’est pas une banque, dans le sens commercial strict
du terme, bien qu’intervenant dans le domaine financier, et
encore moins une entreprise publique, au sens de la loi.
l’Etat, et concourent donc à la réalisation d’une mission
d’intérêt général.
A ce sujet, il conviendrait de souligner l’utilisation abusive
du caractère financier pour définir une entreprise publique.
En effet, ce qui est financier se rapporte à l’argent dont
dispose un groupe ou une société, à ses ressources
pécuniaires, mais n’implique pas ce qui est économique ou
même commercial. Car l’économique, rappelons-le, concerne
la production, la circulation, la répartition et la consommation
des richesses ou l’étude de ces phénomènes; et le commercial,
ce qui est relatif aux activités d’achat, de vente et revente
d’un produit ou d’une valeur. C’est une erreur commune
que de penser qu’une institution à caractère financier répond
automatiquement aux critères, à la définition d’une entreprise
publique. En effet, l’existence d’un organisme sans but
lucratif oeuvrant dans le secteur financier est tout à fait
envisageable. Cet organisme ne serait pas pour autant une
entité commerciale.
La régulation monétaire se comprend à partir d’un ensemble
de tâches ayant toutes la monnaie pour domaine
d’intervention, le but étant de préserver la stabilité de la
monnaie et du change.
Considérant la structure mise en place par le législateur en
1979 et l’ensemble des missions dont est investie la BRH,
tant en vertu de la loi du 17 août 1979 que de celle du 14
novembre 1980 réglementant le fonctionnement des banques
en Haïti et tant d’autres textes, il ne fait aucun doute que la
BRH fait partie des organismes publics à caractère
administratif, et est principalement une autorité
administrative.
Les Missions de la BRH
L’ensemble des attributions de la BRH, énumérées à l’article
2 de la loi du 17 août 1979, peuvent se regrouper sous 4
rubriques représentant les fonctions principales de la BRH,
à savoir:
a) être le régulateur monétaire;
b) assurer la réglementation et la supervision bancaires;
c) garantir l’intégrité, l’efficience et l’efficacité du système
de paiements; et
d) assumer le rôle de banquier de l’Etat.
Il est unanimement admis qu’en cas d’incertitude quant à la
nature d’un organisme, celle-ci peut être déterminée à la
lumière d’un faisceau d’indices, parmi lesquels on retrouve
les attributions et missions principales dudit organisme. Les
fonctions assumées par la BRH sont essentiellement
administratives et participent des missions économiques de
La régulation monétaire
Ainsi, la politique monétaire nationale est déterminée par la
BRH, conjointement avec le Ministère de l’Economie et des
Finances (article 224 de la Constitution de 1987), mais c’est
à la BRH qu’il revient d’en assurer l’exécution. En tant que
régulateur monétaire, la BRH doit oeuvrer dans le sens de la
stabilité interne et externe de la monnaie. A ce titre, la
politique de change relève du ressort de la BRH, et
s’apparente à la mission d’un organe administratif.
Mais surtout, le privilège exclusif de l’émission, avec force
libératoire, des billets de banque est détenu par la BRH, par
délégation de l’Etat qui a bien voulu placer en cette institution
cette parcelle de la souveraineté nationale (article 226 de la
Constitution de 1987). Ce qui en fait une fonction on ne peut
plus administrative et très éloignée des fonctions de
commerce, avec le profit comme finalité.
La supervision bancaire
La BRH est appelée à veiller à l’application des dispositions
légales et réglementaires relatives aux institutions financières
(article 19 de la loi du 17 août 1979). C’est encore à la BRH
qu’il revient de donner un avis favorable au dossier des
banques afin que celles-ci puissent obtenir leur autorisation
de fonctionner en Haïti (articles 12, 14, 16 et 17 du décret du
14 novembre 1980 réglementant le fonctionnement des
banques et les activités bancaires sur le territoire de la
République d’Haïti), de les contrôler et les inspecter au besoin
(articles 51 et suivants du décret suscité), de prononcer des
sanctions contre une banque en violation des règlements
bancaires et de décider de toutes mesures de dessaisissement
d’une banque (articles 71 et suivants du décret susdit). Le
contrôle effectif du système bancaire est donc confié à la
BRH, ce qui en fait un organisme à caractère administratif,
tel que l’entend la loi du 6 septembre 1982 définissant
l’AdministrationPubliqueNationale2 .
2
Voir notamment l’article 43 alinéa c de la loi du 6 septembre 1982.
5
La BRH est investie d’un pouvoir réglementaire l’habilitant,
en vertu de la loi du 17 août 1979 (en ses articles 29 à 32) et
du décret du 14 novembre 1980 (en son article 43), à
déterminer, entre autres, les ratios de liquidités d’une banque,
le niveau d’engagements financiers et à fixer les réserves
obligatoires.
Le pouvoir réglementaire n’est pas exclusif à la BRH. Tout
organisme autonome à caractère administratif appelé à
contrôler et superviser un secteur d’activités donné, tel par
exemple le CONATEL, détient une compétence
réglementaire limitée à sa sphère d’intervention.
Le système de paiements et le rôle de prêteur
en dernier ressort
La BRH édicte les règles liées au système de paiements et
détermine les instruments de paiement et effets pouvant être
utilisés. Elle remplit le rôle de chambre de compensation
pour les banques et en règle le fonctionnement.
Elle assume également le rôle de prêteur en dernier ressort
pour éviter la faillite d’une banque en situation d’illiquidité
et non d’insolvabilité (article 26 de la loi du 17 août 1979).
Toutefois, il est à remarquer que, dans la pratique, il est très
difficile de discerner à chaud entre une illiquidité3 et une
insolvabilité4 .
La fonction de banquier de l’Etat
La BRH a l’exclusivité en ce qui a trait à la tenue des comptes
du Trésor Public. Ceci découle de l’article 2 alinéa 10 de la
loi du 17 août 1979 qui dispose: “La BRH a pour objet
d’exercer toutes les activités de banquier de l’Etat, d’agent
financier et fiscal pour toutes ses opérations de caisse et de
crédit”.
Cette fonction est explicitée par l’article 77 de la loi du 11
septembre 1985 sur le budget et la comptabilité publique.
Ainsi, la BRH tient le compte général et les comptes spéciaux
du Trésor, contradictoirement avec la Direction du Trésor.
Elle reçoit les versements de recettes effectuées par
l’Administration Générale des Douanes et la Direction
Générale des Impôts. Elle paye les chèques émis par la
3
Illiquidité: Se dit de l’indisponibilité des fonds en espèces, mais non pas de l’absence
de ressources.
4
Insolvabilité: S’entend de l’incapacité de paiement ou de l’état de cessation de
paiement.
6
Direction du trésor en règlement des dépenses publiques et
effectue sur instruction de cette dernière les virements de
compte à compte.
La BRH tient également les comptes courants ouverts, sur
demande du Ministre chargé des Finances, au nom des
administrations publiques, et règle les chèques tirés sur ces
comptes dans la limite des fonds effectivement disponibles.
Les découverts sur comptes courants sont strictement
interdits. Seuls sont autorisés les dépôts expressément prévus
par les lois et les règlements.
Néanmoins, la loi organique de la BRH l’habilite à octroyer
des crédits à l’Etat, aux institutions et collectivités publiques
dans la mesure où ces crédits ne dépassent pas 20% des
recettes de l’Etat constatées au cours du précédent exercice
budgétaire (article 45 de la loi du 17 août 1979). Par ailleurs,
la BRH peut faire fructifier le patrimoine de l’Etat dont elle
assure la gestion en effectuant des placements avantageux
ou sans risque auprès d’institutions locales ou étrangères.
Ces quatre fonctions de la BRH ci-dessus présentées sont de
nature administrative. Même la fonction de banquier de l’Etat
revêt un caractère administratif, puisqu’elle constitue un
moyen vers une meilleure régulation monétaire. En effet, le
crédit à l’Etat participe de la création monétaire réalisée par
la BRH. En assumant le rôle de banquier des banques, la
BRH n’agit encore qu’à titre de régulateur monétaire, par le
biais des réserves obligatoires et des bons BRH, contrôlant
ainsi la circulation de la monnaie.
La BRH n’exerce ses activités bancaires ou financières
qu’accessoirement, en tant que moyens obligés pour atteindre
les objectifs découlant de ses principales missions. Le
principe est que les activités principales d’une institution
déterminent sa nature. Ainsi, lors même que la BRH
entreprendrait, à titre accessoire, des activités pouvant être
teintées de commerciales, il ressort, du fait de la nature
administrative de ses principales missions et activités, que la
BRH est une institution principalement administrative. La
BRH est donc, à juste titre, un organisme public autonome à
caractère administratif.
Mais il ne suffit pas de dire que la BRH est un organisme
public à caractère administratif. Encore faut-il faire ressortir
les conséquences d’un tel statut. Au moins, deux aspects
liés au statut de la BRH méritent d’être soulevés.
Les Conséquences du Statut de la BRH
Le statut de la BRH entraîne un certain nombre de
conséquences dont deux sont particulièrement importantes
au vu de l’organisation interne de la BRH. Il s’agit de
l’identification du Tribunal compétent et du statut du
personnel de la BRH.
Tribunal compétent dont relève la BRH
D’une manière générale, son statut rend la BRH justiciable
par-devant la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA) dont l’organisation et le
fonctionnement sont régis par le décret du 4 novembre 1983.
La compétence de la CSCCA devrait être retenue pour toutes
les sphères d’activités de la BRH, sauf lorsqu’il en est stipulé
autrement.
Ainsi, dans le cadre contractuel, s’il s’agit d’un contrat de
droit privé, les règles de compétence en procédure civile
s’appliquent et les tribunaux ordinaires ou la CSCCA peuvent
connaître de tout litige qui pourrait en résulter. Cependant,
si le contrat est sans conteste public, seule la CSCCA peut se
prononcer à l’occasion de tout contentieux auquel ce contrat
donnerait lieu.
En ce qui a trait au pouvoir réglementaire de la BRH, il faut
signaler qu’aucun recours n’est institué en faveur des
banques, par la loi du 14 novembre 1980 ou par la loi
organique de la BRH, contre les décisions et instructions de
celle-ci agissant en sa qualité d’organisme de contrôle du
système bancaire. Cette absence de disposition dans ces deux
lois n’implique pas pour autant qu’au cas où la BRH
outrepasserait ses pouvoirs, les institutions qu’elle est appelée
à réguler seraient dépourvues de tout moyen légal en vue de
rétablir, rectifier la situation. En effet, selon l’article 5, alinéa
d, du décret du 4 novembre 1983, la CSCCA est compétente
pour connaître des recours en annulation exercés par les
administrés contre les décisions des autorités administratives
pour excès ou détournement de pouvoir. Toutefois, ce
recours, s’il existe dans les textes, n’est pas exploité, ce qui
affaiblit son effectivité.
effet, dépendamment du statut du personnel de la BRH, la
CSCCA sera appelée ou non à intervenir.
Le statut des employés de la BRH
L’article 48 de la loi du 6 septembre 1982 dispose que les
agents des organismes autonomes à caractère administratif,
culturel ou scientifique sont assujettis aux dispositions de la
loi sur la Fonction Publique. Le personnel de la BRH, à
l’exception des agents contractuels, fait donc partie de la
fonction publique et, par conséquent, est soumis à la loi du
19 septembre 1982 établissant le statut général de la fonction
publique haïtienne. Il est à signaler que cette loi interdit le
cumul des fonctions, à l’exception de celles d’enseignement.
Ainsi, un agent ne peut être titulaire d’un poste dans des
institutions différentes. Toutefois, la suppléance et l’intérim
sont admis au sein d’une même institution, ainsi que le
détachement auprès d’une autre administration.
L’appartenance des agents de la BRH à la fonction publique
entraîne la compétence de la CSCCA pour tous les litiges les
opposant à la BRH, ce, conformément à l’article 5, alinéa f,
du décret du 4 novembre 1983 et l’article 200-1 de la
Constitution de 1987. Toutefois, en ce qui concerne les agents
contractuels de droit privé de la BRH, seuls les tribunaux
civils peuvent connaître des litiges les mettant en cause avec
la BRH.
Compte tenu de tout ce qui précède, la BRH est bel et bien
un organisme à caractère administratif. Ses missions et sa
finalité ne concordent pas avec celles d’une entreprise
publique. Ce statut contribue à garantir l’effectivité de la
mission de la BRH et lui permet de bénéficier de certains
avantages, eu égard à la structure de l’Administration
Publique Nationale. D’un autre côté, ce même statut l’oblige
au respect de règles et de principes auxquels ne sont pas
soumis l’ensemble des services publics, notamment les
organismes publics autonomes à caractère industriel et
commercial et les entreprises mixtes.
Il faut espérer que la Cour de Cassation pourra bientôt lever
toute confusion et mettre fin à la controverse quant au statut
d’organe administratif de la BRH et à ses implications.
Il est un autre aspect de la vie de la BRH qui intéresse la
CSCCA: celui qui concerne les employés de la BRH. En
7
Le Plafond d’émission de billets
Une réforme nécessaire
Charles CASTEL
ujourd’hui, la Banque de la République d’Haïti
(BRH) n’émet pas de billets au-delà d’un montant
préalablement fixé par une loi, ou tout autre acte
juridique ayant force de loi. Cette limite à l’émission de
billets est communément appelée “plafond d’émission”. Il
convient de s’interroger sur les origines de cette exigence,
sa pertinence économique et les manières de la réformer le
cas échéant.
Considérons d’abord les origines. Le plafond d’émission de
billets n’est pas présent dans la convention de 19191 . La
Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH), en tant
que société de banque privée, n’était pas contrainte par une
limite figée à l’émission de billets. Celle-ci devait plutôt
respecter une règle monétaire automatique constituée de deux
ratios de liquidité et d’un ratio de solvabilité. Ces trois ratios
devaient être à tout moment respectés et devaient assurer
tant la solvabilité de la BNRH que la convertibilité des billets
au taux de cinq gourdes pour un dollar.
Les Ratios de liquidité. Selon l’article 9 de la convention,
la BNRH devait maintenir une encaisse-réserve en monnaie
légale des Etats-Unis d’Amérique égale au tiers de la valeur
des billets en circulation. C’est le principe dit du “tiers
liquide”. De plus, le solde devrait être couvert par des effets
de commerce portant deux bonnes (i.e. solvables) signatures2
et d’une échéance de 120 jours au maximum3 .
Le Ratio de Solvabilité. L’article 11 imposait à la BNRH
de maintenir un capital égal au moins au tiers de la valeur
des billets en circulation. Il importe de noter qu’en fait, le
problème ne résidait pas dans l’émission, mais bien dans la
non-émission de billets, à un niveau adéquat pour satisfaire
les besoins de l’économie. En effet, si la BNRH ne pouvait
1
La Convention de 1919 est un contrat intervenu entre l’Etat haïtien et la société de
banque privée, Banque Nationale de la République d’Haïti (BNRH). Ce contrat donna
le monopole d’émission de billets de banque à la BNRH, laquelle s’engageait à assurer
la convertibilité de ces billets au taux de cinq gourdes pour un dollar. La BNRH allait
poursuivre ses activités sous l’égide de cette convention, même après son acquisition
par l’Etat haïtien en 1935, jusqu’à sa dissolution en 1979 et son remplacement par deux
entités l’une commerciale la Banque Nationale de Crédit (BNC) et l’une jouant le rôle
de banque centrale, la Banque de la République d’Haïti (BRH).
2
Nos recherches n’ont pas été fructueuses quant à la définition de critères de solvabilité
ou de qualité des créances.
3
Dans ce sens, la convention établissait une forme faible de currency board (caisse
d’émission) qui est un régime monétaire basé sur un engagement de change pris par
l’institut d’émission (qui est alors une forme simplifiée de banque centrale) et garantissant
la conversion de la monnaie nationale contre une devise à taux fixe. Il ne peut y avoir
de création monétaire que dans la mesure où cette création est garantie par des réserves.
Dans le cadre de la convention de 1919, l’on peut parler de forme faible parce que le
tiers seulement des engagements devait être couvert par des devises. A titre d’exemples,
cette règle de change est en vigueur en Argentine, à Hong Kong et dans quelques autres
Républiques de l’Europe de l’Est.
8
procéder à l’augmentation de capital l’habilitant à satisfaire
les besoins en billets, elle s’engageait “à ne pas s’opposer
et à ne pas mettre d’entrave aux mesures raisonnables qu’il
plairait au Gouvernement de prendre en vue de se procurer
la quantité de monnaie requise.” (article 11, dernier alinéa)
Cela serait ainsi une sanction de l’incapacité de la BNRH à
augmenter son capital pour pourvoir adéquatement
l’économie en billets. Par l’émission de papiers-monnaies
par l’Etat haïtien, la BNRH perdrait son monopole d’émission
et ses revenus de seigneuriage.
Les mécanismes de la Convention de 1919 fonctionnèrent
comme prévu jusqu’en 1935. Lorsque la République d’Haïti
voulut acquérir la BNRH en 1935, pour faciliter la
transaction, le capital social de la société fut réduit de 2
millions à un million de dollars, un dividende de liquidation
en espèces d’environ un million de dollars ayant été versé
aux actionnaires cédants4 .
Du fait de cette réduction, le ratio de solvabilité ne put être
respecté parce que la circulation de billets de 20 millions de
gourdes en 1935 dépassait de 5 millions de gourdes l’émission
qu’autorisait un capital d’un million de dollars ou cinq
millions de gourdes. Voulant probablement aménager un
garde-fou pour pallier les insuffisances en fonds propres, les
autorités optèrent pour la formule du plafond d’émission.
Ce palliatif fut en fait l’introduction d’un élément
discrétionnaire dans un régime parfaitement automatique à
l’origine.
Les imperfections résultant de la discrétion des pouvoirs
publics se manifesta par l’imposition de conditions plus
contraignantes que les ratios de liquidité prévus dans la
convention de 1919, savoir un tiers en réserve encaisse et
deux tiers en effets de commerce. Certes, le premier acte sur
le plafond d’émission, le décret-loi du 4 septembre 1935,
maintint ces critères. Néanmoins, les autorisations d’émission
subséquentes, notamment en 1942, 1943 et 1946 exigèrent
une couverture de 100% en dollar, à telle enseigne que, après
l’augmentation de 5 millions de gourdes, par la loi du 8
novembre 1946, les billets en circulation s’élevaient à 40
millions de gourdes, avec une couverture de 66,66%.
4
Voir article II de la loi du 27 mars 1935 sanctionnant le contrat du 12 mai 1934 entre
la République d’Haïti, The Bank of Haiti, Inc. et la Banque Nationale de la République
d’Haïti. Aux termes de l’article II de ce contrat: “…la Banque [la BNRH] réduira son
capital social à $1.000.000,00 en valeur nominale, déclarera et paiera aux actionnaires
actuellement inscrits sur les registres de la Banque ou à ceux qu’ils auront désignés
un dividende de liquidation, en espèces, d’un montant égal à la différence entre la
valeur nominale du capital social de la Banque tel qu’il aura été réduit et celle du
total du capital social, du surplus et des profits non répartis résultant de la vérification
des comptes mentionnés à l’article VII.” La réduction eût pu être supérieure ou
inférieure à un million de dollars selon que les fonds propres furent supérieurs ou
inférieurs au capital nominal de 2 millions de dollars.
Même si le plafond d’émission est imparfait, son adéquation
et utilité en tant que mécanisme de contrôle monétaire
pouvaient être justifiées à une époque où la masse monétaire
consistait essentiellement en billets, et où la monnaie était
créée essentiellement à travers l’émission de ceux-ci. Dans
le contexte actuel où les billets ne représentent qu’environ
16,5 % de la masse monétaire, il est clair que la monnaie est
principalement créée par des jeux d’écriture et qu’en
conséquence, le plafond d’émission monétaire est devenu
inutile et indésirable.
Inutile parce qu’il ne sert absolument pas l’objectif de
contrôle de la masse monétaire, étant un contingentement de
l’émission des billets et non de la monnaie. De nos jours, les
billets entrent faiblement dans la composition de la masse
monétaire. Et la demande de billets est non autonome en ce
sens qu’elle est induite par une création préalable de monnaie
scripturale. Au fond, les demandeurs de billets ne font que
réclamer la transformation en billets d’un montant au crédit
d’un compte bancaire, soit en qualité de détenteur du compte
soit en tant que bénéficiaire du chèque tiré sur la banque du
tireur. Ce mécanisme est vrai notamment quand l’Etat émet
des chèques présentés à l’encaissement à la BRH par des
bénéficiaires réclamant des billets5 . Dans une perspective
de dématérialisation complète, la monnaie serait créée, avec
ou sans effets pervers en termes d’inflation et de dépréciation
de la gourde 6 , sans pour autant induire une demande de
billets.
En plus d’être inutile, le plafond d’émission est indésirable
au moins pour deux raisons. D’une part, le Parlement peut
être un frein à l’émission de billets nécessitée par des
décisions en amont. En effet, la BRH peut ne pas pouvoir
émettre de billets du fait d’un refus parlementaire motivé
par des préoccupations non économiques , voire même d’un
vide parlementaire7 comme on l’a vécu deux fois au cours
des six dernières années et sur des périodes relativement
longues. Or, l’émission de billets est incontournable dès lors
5
Le crédit à l’économie (public et privé) est avec les avoirs extérieurs les déterminants
de la masse monétaire.
6
Selon l’équation de la théorie quantitative de la monnaie, MV=PY, (et ln M + ln V =
ln P + ln Y) où M représente la masse monétaire, V la vitesse de la circulation de la
monnaie, P le niveau général des prix et Y le produit national, si la masse monétaire,
avec pour hypothèse que la vitesse de circulation est constante, croît plus vite que le
produit national, il en résultera une hausse du niveau général des prix égale à la différence
entre les deux taux de croissance.
que la monnaie a été créée. Par conséquent, elle ne devrait
pas être sujette à l’autorisation d’une instance quelconque,
étant une voie obligée, purement opérationnelle,
surdéterminée soit par des décisions de politique monétaire
en amont, soit par l’inflation, ou de façon ponctuelle, une
crise, qui induirait les agents économiques à garder par-devers
eux de plus grandes sommes en billets pour des motifs de
transaction et de précaution. Dans un tel contexte,
l’incapacité de la BRH à émettre des billets selon les besoins
de l’économie vient seulement gripper le système des
paiements8 , sans aucun effet bénéfique quant aux objectifs
de stabilisation de la monnaie et du change. D’autre part,
chaque élévation du plafond alimente les anticipations
négatives contre la stabilité de la monnaie et du change, étant
perçue à tort comme l’annonce d’une politique monétaire
très expansionniste, sinon débridée.
En fait, il n’en est rien. Comme on l’a vu plus haut, la monnaie
ayant déjà été créée, le relèvement du plafond d’émission de
billets n’est qu’une simple formalité opérationnelle, et ne
relève nullement de la politique monétaire. Dans ce sens, le
législateur de 1979 a été clairvoyant en limitant, à l’article
45 de la loi organique de la BRH, le financement du déficit
budgétaire par celle-ci, pour une année fiscale donnée, à 20%
des recettes de l’Etat au cours de l’exercice budgétaire
précédent9 . Ce qu’il importe de réaliser, c’est la mise en
place de mécanismes institutionnels qui permettent le strict
respect de ces limites. Cela requiert nécessairement la
sensibilisation des acteurs politiques, tant au Parlement qu’à
l’Exécutif, aux effets pervers du financement monétaire du
déficit public. Cela nous renvoie à la question fondamentale
de l’opportunité de l’indépendance d’un organe tel que la
banque centrale. C’est là que se situe le débat véritable, et
non au niveau du relèvement du plafond d’émission qui, dans
le contexte actuel, ne peut être que la caution d’un fait
accompli, savoir l’augmentation de la masse monétaire par
8
L’épisode qui mérite d’être évoquée est celle de la période de l’embargo où, avant
l’augmentation du plafond à l’initiative du Gouvernement de Marc Bazin, la «gourdebillet» s’échangeait contre la «gourde-chèque» à une prime atteignant jusqu’à 4%, i.e.
typiquement, l’émetteur d’un chèque devait donner 104 gourdes pour obtenir 100 gourdes
de billets.
9
Article 45: ”Le total des avances consenties, au cours d’une même année fiscale,
aux Institutions et collectivités publiques en vertu des articles 41 et 42 ci-dessus, des
titres émis par l’Etat, les Institutions et collectivités publiques, acquises ou reçues en
garantie en vertu des articles 41, 43 et 44 ci-dessus, ainsi que des effets publics
escomptés ou pris en pension en vertu de l’article 24 ne peut à aucun moment dépasser
20% des recettes de l’Etat constatées au cours du précédent exercice budgétaire.”
7
Il faut noter la réticence des récents gouvernements à gouverner par décrets en absence
de chambres haute et basse.
9
des jeux d’écriture.
Il importe de noter que la BNRH a été dissoute en 1979 avec
la création de la BNC et de la BRH. La nouvelle donne établie
par la loi organique de la BRH autorise en fait la rupture
avec la pratique du plafond d’émission, au lieu de glisser
dans la routine et faire perdurer une réalité juridique fétiche10 .
Peut-être que ce glissement s’explique par la facilité relative,
à l’époque, avec laquelle les lois étaient votées et les décrets
ayant force de loi pris en vertu des pleins pouvoirs accordés
au Président de la République par la Chambre des Députés,
8 mois sur 12 dans l’année.
La Constitution de 1987 en son article 226, qui ne fait que
reprendre les dispositions presque identiques des
constitutions de 1946 (art. 124), de 1957 (art. 141), de 1964
(art. 146), de 1971 (art. 149), et de 1983 (art. 174 et 175),
consacre le principe qu’aucune émission de monnaie ne peut
avoir lieu qu’en vertu d’une loi. L’on peut soutenir
valablement que la loi organique de la BRH est une loi
d’habilitation en la matière, et investit la BRH du pouvoir
d’émettre des billets autant que de besoin. Ainsi, l’on aurait
besoin d’une loi pour l’émission de billets uniquement dans
le cas où la loi organique de la BRH, ou au moins ses
dispositions en la matière, seraient elles-mêmes rapportées.
L’article 2 de cette loi comporte deux alinéas qui semblent
très clairs et explicites sur la question :
“La BRH …a pour objet de: …
…adapter les moyens de paiement et la politique de crédit
aux besoins les plus légitimes de l’économie
haïtienne…[alinéa 3];
… [et] émettre des billets de banque, frapper des pièces
métalliques, et créer de la monnaie scripturale” [alinéa 9].
Et l’article 46 (2e alinéa) de la loi organique de la BRH n’est
pas moins clair en stipulant que le département de la monnaie
et des affaires internationales:
“est chargé principalement de s’occuper de l’émission et de
la mise en circulation des billets de banque ou des pièces de
monnaie et de s’assurer que le volume des moyens de
paiement suffit au développement normal de l’activité
commerciale et internationale.”
Aucune autorisation supplémentaire n’est prévue. Cette
formule rappelle d’ailleurs celle de l’article 11, 2e alinéa de
la Convention de 1919:
“Chaque fois que les besoins du commerce exigeront une
10
Qu’il suffise de dire que l’autorisation n’est actuellement associée à aucune imposition
de ratio de couverture ou de solvabilité. Ce qui en confirme le caractère de formalité et
le fétichisme.
10
circulation supplémentaire de billets de banque en gourdes,
la Banque [BNRH] mettra en circulation des billets jusqu’au
montant requis…”
Ainsi, il peut être raisonnablement soutenu que la BRH ne
peut s’acquitter de sa mission explicite de s’assurer que le
volume des moyens de paiement suffit au développement de
l’activité, et d’adapter ces moyens au besoin de l’économie
si elle n’a pas la latitude de procéder à l’émission de billets.
Au moins donc, le pouvoir d’émettre des billets selon les
besoins de l’économie, est un pouvoir implicite, étant une
condition nécessaire à la poursuite adéquate ou efficace d’une
mission essentielle et explicite. L’absence ou la non
reconnaissance de ce pouvoir est forcément source
d’incommodité. C’est exactement le type de malaise que
génère le régime du plafond d’émission: la BRH ne peut tout
simplement pas s’assurer que le volume des billets est adéquat
et suffisant. Malgré que la loi lui impute clairement et sans
équivoque aucune cette responsabilité, elle ne peut pas
l’assumer du fait de la survivance d’une pratique législative
pour le moins anachronique.
Quoiqu’il en soit, ce cas représente un bel exemple de routine
législative sans objet et de croyance populaire sans fondement
qui ont la vie dure; et invite à la mise en question systématique
de nos organes et mécanismes juridiques, en prenant le temps
d’analyser leur finalité et utilité, en vue d’un fonctionnement
intelligent et efficient de nos institutions.
Pour mettre fin à cette pratique, deux options sont ouvertes:
de façon tacite ou, de façon expresse, par une loi. Vu les
pouvoirs dont sa loi organique investit la BRH, et considérant
les réalités monétaires actuelles, la BRH, en accord avec
l’Exécutif, pourrait rompre, sans formalisme, avec la pratique
et émettre des billets au gré de la demande de billets.
Néanmoins, cette option serait vraisemblablement perçue
comme une interprétation opportuniste et intéressée, et tout
argument de la BRH en support de la rupture serait suspecté
d’être un plaidoyer pro domo. La deuxième possibilité est
une loi. Cependant, il ne s’agirait pas d’une loi nouvelle,
mais d’une loi d’interprétation de la loi organique de la BRH.
De façon réaliste, la formule tacite ne prendrait pas moins
d’effort de persuasion et de légitimation que le processus
législatif. Celui-ci présente l’avantage d’offrir en plus
l’opportunité d’un débat qui contribuerait, on ose l’espérer,
à une meilleure compréhension des mécanismes monétaires.
L’Adhésion de la République d’Haïti au Groupe d’Action
Financière International de la Caraïbe (GAFIC)
Dona Lisa DANIES
Qu’est ce que le GAFIC?
éunissant vingt-cinq (25) états membres de la région,
le GAFIC a pour objectif de mettre en oeuvre des
contre-mesures communes visant à combattre le
blanchiment de capitaux. Le GAFIC est le résultat de
réunions tenues à Aruba en mai 1990 et à la Jamaïque en
novembre 1992. Les représentants des pays de l’hémisphère
et, en particulier, ceux de la Caraïbe et de l’Amérique
Centrale, se sont réunis pour développer une approche
commune au phénomène de blanchiment des produits
criminels. A cet effet dix-neuf (19) recommandations ont
été formulées spécifiquement en rapport avec la région. Ces
recommandations complètent les quarante (40)
recommandations 1 du Groupe d’Action Financière
International (GAFI) établies par le Groupe des Sept au
Sommet de Paris en 1989. La Déclaration Ministérielle de
Kingston, issue de la réunion de 1992 et endossée par les
représentants des pays membres, affirme la volonté de leur
Gouvernement de mettre en œuvre l’ensemble des
recommandations du GAFI et du GAFIC et la Convention
de Vienne de 19882 .
(OAS) / la Commission Interaméricaine de Lutte contre
l’Abus de Drogues (CICAD), le Marché Commun de la
Caraïbe (CARICOM), le Caribbean Customs Laws
Enforcement Council (CCLEC), le Centre Interministériel
de Formation Anti-Drogue (CIFAD), la Association of
Caribbean Chiefs of Police (ACCP), le Commonwealth
Secretariat et le International Nations Drug Control Program
(UNDCP). Ces derniers offrent leur support et leur
collaboration au secrétariat du GAFIC pour fournir aux pays
demandeurs l’assistance technique et la formation sollicitées.
Implications pour les Pays Membres
Sources de fonds
L’adhésion au GAFIC implique, pour ses membres, qu’ils
acceptent d’être évaluée en se soumettant aux activités
suivantes :
Les activités du GAFIC sont supportées par la cotisation de
ses membres et par des contributions faites par les nations
qui endossent ses efforts.
I.
Contrôle par auto-evaluation du niveau de mise en
œuvre des recommandations;
II. Evaluation dans le cadre du programme continu
d’évaluation mutuelle des membres;
III. Coordination et participation aux programmes de
formation et d’assistance technique;
IV. Participation aux réunions bisannuelles des
représentants techniques;
V. Participation aux réunions annuelles ministérielles.
Assistance Technique et Formation
Le GAFIC travaille de près avec les pays3 ayant un intérêt
pour la région ainsi que certaines organisations
internationales et des organismes internationaux oeuvrant
dans la lutte contre le blanchiment d’argent. A titre d’exemple
nous pouvons citer : l’Organisation des États Américains
Siège et Principaux Organes du GAFIC
Le siège du GAFIC est à Trinidad.
Ses principaux organes sont:
Ι. Le Conseil des Ministres (Le Conseil) ;
ΙΙ. La Plénière des Officiers Senior (La Plénière) ;
ΙΙΙ. Le Secrétariat.
Raisons de la demande par Haïti
Haïti a, par lettre en date du 8 septembre 2000 au GAFIC,
sollicité le statut de membre à cette organisation.
1
En ce qui a trait au système financier, la lutte contre le blanchiment de capitaux
s’articule autour des recommandations suivantes:
•
les règles d’identification des clients et de conservation des documents
•
la diligence accrue des institutions financières
•
les autres mesures pour éviter le blanchiment de capitaux
•
les mesures pour faire face au problème des pays dépourvus totalement ou
partiellement de dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux
•
la mise en oeuvre, le rôle des autorités de réglementation et d’autres autorités
administratives
Les recommandations du GAFI, dans leur intégralité, sont disponibles sur le site du
GAFI. Il en est de même pour celles du GAFIC.
2
La Convention des Nations Unies sur le Trafic Illicite des Stupéfiants et des Substances
Psychotropes, dite Convention de Vienne de 1988, a été ratifiée par Haïti le 4 septembre
1990. Réf. Moniteur No. 79-A du 10 septembre 1990.
3
Ce sont les Pays du G-7 ayant un intérêt politique et/ou économique pour ou dans les
pays de la région.
11
Trois raisons fondamentales ont motivé cette demande:
1. L’existence d’une menace sérieuse sur la sécurité, la
souveraineté et le tissu social d’Haïti causée par l’abus et
le trafic illicite des drogues, le blanchiment d’argent ainsi
que les activités criminelles transnationales;
2. La menace d’isolement à laquelle Haïti pourrait faire face
du fait, jusqu’à récemment 4 , du vide législatif et
réglementaire contre le blanchiment d’argent;
3. L’opportunité pour une plus grande coopération régionale
en matière de drogue et de blanchiment d’argent offerte
par les différents organismes internationaux et caraïbéens
oeuvrant dans le domaine, notamment en termes
d’assistance technique et de formation.
Présentation par M. Fritz Jean, Gouverneur de
la Banque Centrale de la République d’Haïti
GAFIC XIIIième Session plénière, Trinidad et Tobago, 27
mars 2001
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs de l’Assemblée,
Permettez-moi tout d’abord de saisir cette opportunité pour
remercier le Secrétariat du GAFIC et la Mission qui s’est
rendue en Haïti pour leur assistance dans le processus
d’adhésion d’Haïti, en tant que membre, à cette institution
régionale.
Comme vient de le dire le Ministre de l’Economie et des
Finances, je vais maintenant présenter le segment relatif à
l’environnement financier haïtien. Mon exposé couvrira les
réalisations passées au niveau de la réglementation bancaire
ainsi que l’ascension rapide du système aux normes et
courants internationaux de lutte contre le blanchiment
d’argent quant aux politiques, procédures et à la loi.
4
Le Parlement Haïtien a, le 21 février 2001, unanimement adopté la loi sur le blanchiment
des avoirs provenant du trafic illicite de la drogue et d’autres infractions graves. Cette
loi doit être promulguée avant de pouvoir rentrer en vigueur.
12
Le 27 mars 2001, le GAFIC a invité Haïti à sa XIIIième
session plénière, à Trinidad, afin de présenter sa structure de
lutte contre le blanchiment d’argent.
Haïti a reçu l’appui unanime des membres présents en vue
de son admission en tant que membre. L’admission définitive
se fera au cours de la réunion des Ministres du GAFIC en
octobre 2001 en République Dominicaine.
Le texte qui suit est une reproduction de la présentation faite
par le Gouverneur au GAFIC lors de la XIIIième session
plénière, à Trinidad.
Depuis mai 2000, la presse internationale a été
particulièrement sévère vis à vis du système bancaire haïtien
l’accusant de tolérance en matière de blanchiment d’argent.
Cette situation, doublée de l’absence de lois et de règlements
anti-blanchiment, a constitué une menace grave pour le
système bancaire. Depuis lors, une série de mesures ont été
prises pour y faire face. Ces dernières ont permis à Haïti de
s’aligner sur la stratégie internationale de mise en place
d’un réseau global de lutte contre les drogues illicites et le
blanchiment de capitaux. L’annexe 2 du document que notre
délégation a fait circuler au sein de l’Assemblée, donne une
indication des nombreuses réalisations de la Banque
Centrale, suite à cette crise, en vue de contrer le risque de
réputation auquel faisait face le système bancaire.
Plus précisément, en ce qui concerne le système financier,
la Banque de la République d’Haïti (La Banque Centrale)
a, de juillet 2000 à date, organisé plusieurs sessions de
travail avec ses partenaires bilatéraux et multilatéraux, les
principaux correspondants étrangers des banques locales
et leurs dirigeants. L’objectif visé était d’évaluer l’ampleur
du problème de blanchiment et de prendre les mesures
coercitives appropriées.
Ces rencontres se sont soldées par une assistance technique
soutenue de la part du Fonds Monétaire International (FMI)
et de Citigroup. Des séances de formation et de
sensibilisation ont été élaborées et tenues à l’intention du
personnel de la Banque Centrale et du système financier
par des sociétés spécialisées en matière de lutte contre le
blanchiment. Pour mieux asseoir ces démarches, la Banque
Centrale a, le 1er Août 2000, émis une circulaire relative à
la déclaration de provenance de fonds (La Circulaire No
95). Cette circulaire fait obligation aux banques de recueillir
de leurs clients une déclaration de provenance de fonds pour
toutes transactions en espèce d’un montant supérieur ou égal
à 200.000,00 gourdes ou son équivalent en devises
étrangères.
La Banque Centrale de la République d’Haïti a, sans relâche,
fait face à ses responsabilités en matière de supervision
bancaire en se livrant à des inspections sur place et sur
pièces, conformément aux principes de base du Comité de
Bâle pour une supervision bancaire efficace. En effet, depuis
1996, avec l’aide du FMI, elle a mis en place les principales
normes prudentielles. La Banque Centrale voulait s’assurer
que des politiques et procédures adéquates existaient afin
d’éviter le blanchiment de capitaux à travers le système
bancaire. Toujours depuis 1996, la Banque Centrale a requis
des banques qu’elles respectent les recommandations du
Comité de Bâle en matière de blanchiment. Elle s’est assurée,
à travers ses visites d’inspection générale, que les banques
avaient une politique et des procédures écrites contre le
blanchiment de capitaux quand bien même la législation
haïtienne ne prévoyait pas encore de lignes directrices à ce
sujet.
De plus, la Banque Centrale a dédié un chapitre particulier
au blanchiment d’argent et à la levée du secret bancaire
dans le projet de refonte de la loi sur les institutions
financières, actuellement en cours.
Le vote, le 15 février 2001, de la loi sur le “Blanchiment des
Avoirs provenant du Trafic illicite de la Drogue et d’autres
Infractions Graves” vient donc consacrer les efforts de la
Banque Centrale auprès du système qu’elle réglemente.
Cette loi lui permettra de poursuivre le processus de
modernisation et de mise à niveau de sa réglementation en
matière de blanchiment.
Le système financier haïtien regroupe les institutions
financières bancaires et non - bancaires. Au 31 décembre
2000, en termes d’actifs le système bancaire représentait
27.3 milliards de gourdes, ce qui est l’équivalent d’environ
1.2 milliard de dollars américains.
Les institutions financières non - bancaires, qui représentent
approximativement 10% du système financier, en termes
d’actif, comprennent:
•
•
•
•
•
3 sociétés financières de développement;
348 caisses d’épargne et de crédit;
38 compagnies et agents d’assurance;
7 maisons de transfert; et
11 agents de change.
Tandis que les maisons de transfert et les agents de change
sont réglementés par la Banque Centrale, les autres
institutions sont sous tutelle des Ministères de la Planification
et de la Coopération Externe, de l’Economie et des Finances
ou du Commerce.
Le système bancaire haïtien compte 13 banques réparties
en 9 banques commerciales privées, 2 banques commerciales
d’Etat, 2 banques d’épargne et de logement (BEL) et 2
succursales de banques commerciales étrangères
(Scotiabank et Citibank). Ces banques ont déjà ouvert près
de 123 succursales et agences sur le territoire national dont
plus de 80 sont concentrées à Port-au-Prince, la capitale.
Durant l’année 2000, le système bancaire en moyenne a
effectué des transferts à l’étranger pour près de 1.2 milliards
de dollars. La plupart des transferts étaient destinés à ou
ont transité par les Etats-Unis d’Amérique. Pratiquement
tous les transferts étrangers vers Haïti émanaient des EU
ou du Canada.
Le fondement de l’implication de la Banque Centrale dans
la lutte contre le blanchiment d’argent est double. D’une
part, elle se doit de prêter main forte aux autres organes de
l’Etat. D’autre part, garante de l’intégrité du système
financier, elle doit prendre toutes les mesures pour le protéger
contre le risque de réputation et d’isolement associé au
blanchiment. La Banque Centrale est déterminée à faire
appliquer les normes internationales édictées par les
organismes spécialisés tels que le Comité de Bâle, le GAFI
et le GAFIC.
La recommandation 15 du Comité de Bâle pour une
Supervision Bancaire Efficace qui définit le rôle du
régulateur quant à la lutte contre le blanchiment d’argent
est la base de l’approche de la Banque Centrale dans la
supervision des institutions qu’elle contrôle.
Cette recommandation prévoit que les banques disposent
de politiques, pratiques et procédures appropriées,
notamment de critères stricts de connaissance de la clientèle,
assurant un haut degré d’éthique et de professionnalisme
dans le secteur financier et empêchant que la banque ne
soit utilisée, intentionnellement ou non, par les éléments
criminels.
13
En fait, le système bancaire haïtien améliore continuellement
son dispositif de contrôle interne. Les banques ne tiennent
pas de comptes anonymes. Elles s’assurent de l’identité des
clients haïtiens ou étrangers, personnes physiques, morales
ou mandataires, par des pièces officielles qui sont archivées
pendant 5 ans. Ces démarches sont obligatoires quel que
soit le montant ou la monnaie dans laquelle la transaction
est effectuée. Ces institutions s’astreignent au respect
scrupuleux des mesures législatives et réglementaires en
vigueur afin d’éviter que des criminels ou leurs complices
n’acquièrent une participation à leurs fonds propres.
Les inspections menées à la fin de l’année 2000 et au début
de cette année ont permis de constater le niveau de
conformité des banques. En effet, la Banque Centrale a noté
que la plupart d’entre elles s’activaient à mettre en place
des politiques et procédures relatives à une meilleure
connaissance de leur clientèle, à l’archivage adéquat des
documents, à la formation et à la sensibilisation de leur
personnel. Les institutions financières devront néanmoins
continuer à se familiariser avec les manifestations du
blanchiment d’argent dans l’économie et avec les dispositifs
internationaux relatifs à cette lutte.
La loi contre le blanchiment d’argent, adoptée par le
Parlement le 15 février 2001 fait du blanchiment une
infraction; prévoit un devoir de vigilance accrue des banques
et la levée du secret bancaire par une déclaration de
soupçons à l’Unité Centrale de Renseignements Financiers
(UCREF).
14
En attendant le fonctionnement effectif de l’UCREF, la
Banque Centrale intensifiera ses visites d’inspection auprès
des banques afin de s’assurer de l’établissement et du respect
scrupuleux des politiques et procédures de lutte contre le
blanchiment d’argent.
La Banque Centrale entend poursuivre ses efforts en vue de
se conformer pleinement aux normes internationales en
matière de lutte contre le blanchiment de capitaux en:
•
•
•
Emettant des Circulaires additionnelles et des
lignes directrices;
Sollicitant l’assistance technique nécessaire
pour la mise en place rapide et effective des
recommandations du GAFI et du GAFIC; et
Formant régulièrement son personnel et celui
du système bancaire.
La Banque Centrale est confiante qu’avec l’aide de ses
homologues et partenaires internationaux, le système
bancaire qu’elle supervise continuera à améliorer ses
mécanismes de contrôle afin de mieux s’armer pour faire
face et décourager les pratiques de blanchiment de capitaux
qui évoluent sans cesse.
Merci Monsieur le Président.
Le saviez-vous?
Les sources légales du pouvoir de la BRH
en matière de règlementation prudentielle
Danielle THYBULLE
n général, la loi organique des organes de régulation
habilite ceux-ci à édicter des normes de portée
générale (ayant force obligatoire) qui s’appliquent,
de façon contraignante à l’ensemble des régulés. L’avantage
d’une telle technique est de rendre la réglementation plus
souple et plus facilement adaptable aux nouvelles contraintes
et exigences du marché financier national et international.
C’est dans cet esprit que la loi du 17 août 1979 créant la
Banque de la République d’Haïti (BRH) attribue à celle-ci
le pouvoir de réglementer l’activité bancaire (articles 29 à
32 de la loi de 1979).
Le décret du 14 novembre 1980 réglementant le
fonctionnement des banques et les activités bancaires,
confirme et précise ce pouvoir réglementaire en ce qui a trait
aux normes de prudence que les banques sont tenues de
respecter. L’article 43 de ce décret prévoit les domaines dans
lesquels la Banque Centrale est habilitée à émettre des
directives:
•
•
1
Sur les fonds propres: Afin de “s’assurer que le
montant des ressources propres des banques est en
rapport avec le volume des fonds qui leur sont confiés
ou des risques qu’elles assument...” ( article 43 alinéa
2), la BRH a émis la circulaire No. 88 en date du 10
décembre 1998. Cette circulaire impose aux banques de
maintenir:
1. un actif total sur fond propres de vingt deux
fois (22:1)1, et
2. un ratio de fonds propres sur actif à risque de
dix (10) %.
Les deux (2) ratios doivent être respectés à tout moment.
Sur la concentration de crédit: La circulaire No. 833 mise en vigueur le 31 décembre 1998 a été émise
(article 43 paragraphe 4 du décret de 1980). Cette
circulaire est une adaptation des recommandations du
Comité de Bâle sur la suffisance de fonds propres. En
application de cette circulaire, les banques doivent
respecter un rapport minimum entre l’ensemble des
risques de crédit qu’elles encourent du fait de leurs
opérations avec un risque non apparenté (à
l’établissement) et le montant de leurs propres fonds.
Par ailleurs, certaines opérations doivent être autorisées
par la BRH. C’est le cas lorsqu’une banque désire
dépasser la limite de 25 pour cent (25%) fixée pour
l’ensemble des risques de crédit à l’égard de l’un des
secteurs d’activité de la dite circulaire.
Il s’agit d’un multiple.
•
Sur le risque de change:
La circulaire du 31
juillet 1997 No 81-2 (article 43 paragraphe 5 du décret
de 1980), a prévu des dispositions afin d’éviter le
déséquilibre non couvert que les banques pourraient
entretenir entre leurs avoirs et leurs dettes libellés en
devises.
La BRH a pu, en outre, adapter et appliquer les
recommandations du Comité de Bâle en matière de
réglementation prudentielle ainsi que la plupart des vingt cinq
(25) principes pour une supervision bancaire efficace émis
par ce Comité. Aujourd’hui, ces principes n’ont aucune force
légale. Cependant, ils font partie des critères d’évaluation
des systèmes de supervision bancaire par le Fond Monétaire
International (FMI) et des conditions d’octroi de prêts
sectoriels par la Banque Mondiale. Selon le rapport annuel
de la BRH publié en 1998, seuls trois (3) des vingt cinq (25)
principes ne sont pas jusqu’à présent appliqués.2
Conformément à l’article 57 du décret du 14 novembre 1980,
les banques ont pour obligation de respecter les dispositions
de la circulaire No 93 en matière de transmission d’états
financiers mensuels à la BRH. Le mécanisme prévu dans
cette circulaire permet à la Banque Centrale de contrôler
l’activité financière des banques commerciales de la place et
de réduire ainsi au maximum les risques d’insolvabilité et
d’indisponibilité des fonds de ces institutions.
Par ailleurs, l’article 43 autorise la BRH à “ astreindre les
établissements bancaires au respect des règles de gestion
visant à assurer la sécurité des dépôts qui leur sont
confiés...”. Cette disposition donne en fait à la BRH le pouvoir
implicite d’édicter des normes et règles de gestion sans
lesquelles elle ne pourrait poursuivre efficacement les
missions explicites qui lui sont confiées. Sur cette base, la
BRH a émis la circulaire No 61-1 du 25 mars 1998 sur la
vérification des états financiers annuels des banques, la
certification de certaines informations statutaires transmises
à la BRH et les relations entre la BRH et les vérificateurs
indépendants des banques, et celle du 9 avril 1998 (No 92)
sur la surveillance consolidée des opérations de banques.
Depuis sa création en tant qu’organisme autonome (loi du
17 août 1979) la BRH ne cesse d’exercer ses pouvoirs légaux
de réglementation à l’égard des banques de la place qui
accroissent considérablement. En outre, l’internationalisation
des principes de gestion bancaire oblige à une certaine rigueur
du système bancaire haïtien, d’où la multiplicité des normes
de prudence. Il convient de noter enfin, qu’une collaboration
des banques commerciales est primordiale à l’action de la
Banque Centrale.
2
Voir ouvrage de Max Etienne “La supervision de banques et des institutions financières
en Haïti”, pages 143-146.
15
Note législative
Adaptation à l’euro des montants exprimés en francs
Michèle DELERME
a question de la dollarisation, fort débattue ces
dernières années, a été surtout mise en exergue par
plusieurs pays de l’Amérique Centrale et du Sud. A
noter que la dollarisation d’une économie survient suite à
une perte généralisée de confiance en la monnaie nationale
et/ou quand l’Etat adopte un système monétaire et cambiaire
qui convertit le dollar en monnaie nationale dans la pratique.
Les montants qui ne figurent pas dans l’ordonnance seront
convertis en euros au 1er janvier 2002 par application:
S’il est discutable que ce processus soit mis en place en Haïti
dans le futur, il est fort intéressant pourtant de tourner
l’attention vers l’Europe qui va expérimenter une monnaie
unique : l’Euro.
L’arrondissement à la baisse a été effectué pour les sanctions
pécuniaires et les amendes, selon le principe de nonaggravation des sanctions.
En écartant les avantages et les désavantages relatifs à
l’adoption de l’Euro, l’aspect juridique du passage d’une
monnaie à une autre ouvre des perspectives considérables.
En France, par exemple, le législateur a pris diverses mesures
pour garantir un passage à l’euro avec un système juridique
non défaillant et en essayant, par tous les voies et moyens,
de s’assurer que les codes, lois et règlements contenant des
montants libellés en francs soit convertis en euros.
En effet, le Gouvernement français a été habilité à prendre
par ordonnance1 des dispositions relatives au passage en
euros de certains montants exprimés en francs dans les textes
législatifs et réglementaires (loi No 2000-517 du 15 juin
2000).
Ainsi, par ordonnance No 2000-916 du 19 septembre 2000,
le législateur a disposé que des montants exprimés en francs
dans certains textes législatifs seront automatiquement
remplacés, au 1er janvier 2002, par un montant en euros
arrondi à des valeurs significatives et mémorisables, sans
décimales. Ainsi à peu près 700 montants monétaires figurant
dans des codes et lois sont convertis en euros. Les codes
suivants, entre autres, ont été touchés par cette mesure: le
code du domaine de l’Etat, le code des juridictions
financières, le code pénal, le code de la sécurité sociale, le
code du travail, le code des douanes, etc.
Un projet de loi portant ratification de cette ordonnance a
été déposé par devant l’assemblée nationale le 17 janvier
2001.
1
L’ordonnance est un acte fait par le Gouvernement avec l’autorisation du Parlement
dans les matières qui sont du domaine de la loi. Le pouvoir de faire des ordonnances est
limité dans sa durée et dans son objet. Avant sa ratification par le Parlement, l’ordonnance
a valeur de règlement; après sa ratification, elle prend valeur de loi.
16
•
•
du taux officiel (1 euro = 6,55957 francs)
des règles d’arrondissement communautaires prévues par
règlement du Conseil national de l’euro (règlement No
1103/97 du 17 juin 1997).
Dans le cas des sociétés, leur capital social sera
automatiquement converti en euro de plein droit sans
formalité spécifique. Il ne sera pas nécessaire d’avoir l’aval
de l’assemblée générale. A ce titre, un texte est actuellement
à l’étude au Ministère de la Justice qui viendrait définir les
modalités d’application de cette conversion vis-à-vis du
registre du commerce.
Par ailleurs, un travail d’harmonisation a également débuté
pour les montants figurant dans les textes réglementaires.
Deux décrets parus en février 2001 convertissent en euros
plus de 160 seuils et montants réglementaires. Les codes visés
par ces dispositions sont: le Code de la construction et de
l’habitation, le Code de la consommation, le Code du
domaine de l’Etat et le Code général des collectivités
territoriales.
En outre, les nouveaux projets de textes législatifs et
réglementaires devront libeller directement en euros leurs
montants monétaires. Au cas où le projet est déjà en
discussion au Parlement et comporterait des montants en
francs, leur conversion en euros devra se faire lors des travaux
parlementaires. De même, si dans le cadre d’une réforme,
un montant déjà fixé en euro par l’ordonnance du 19
septembre 2000 est modifié, le texte doit prévoir la
suppression de l’ancien montant prévu par le texte précédent.
Toutefois, il est interdit de faire figurer simultanément un
montant en francs et un montant en euros dans les textes à
valeur normative, même si l’un des deux est présenté entre
parenthèses.
Certaines dérogations ont été adoptées à titre exceptionnel.
Deux cas sont présentés:
• pour les montants faisant l’objet de modifications ou de
revalorisations périodiques, la conversion en euros peut
être retardée jusqu’à la modification ou revalorisation
la plus proche de l’échéance du 1er janvier 2002;
•
si une valeur ronde doit être impérativement maintenue
en 2001, le texte peut fixer un montant en francs
applicable jusqu’au 31 décembre 2001 et un montant
en euros applicable à compter du 1er janvier 2002.
Tableau récapitulatif des étapes relatives au basculement à l’euro.
A partir du 1er juillet 2001
Décembre 2001
15 décembre 2001
Fin décembre 2001
31 décembre 2001 à minuit
1er janvier 2002
A partir du 18 février 2002
Jusqu’au 30 juin 2002
Après le 30 juin 2002
Délivrance systématique des chéquiers en euros par les banques et les
établissements financiers - Basculement à l’euro des comptes
bancaires.
Réception par les commerçants des fonds de caisse en euros.
Opération “les premiers euros” avec la vente, par les banques et
bureaux de poste, de sachets contenant 40 pièces en euros pour un
montant total de 100 francs.
Adaptation des distributeurs de billets à l’euro pour permettre le
retrait des euros.
Introduction officielle des pièces et des billets en euros.
Mise en circulation des pièces et billets en euros - obligation
d’effectuer les paiements par chèques, virements et cartes bancaires
en euros.
Les paiements en francs ne sont plus acceptés.
Echange gratuit des pièces et billets en francs auprès des banques, de
la Poste et de la Banque de France.
Echange gratuit au Trésor public ou à la Banque de France: des pièces
en francs pendant 3 ans; des billets en francs pendant 10 ans
17
Note jurisprudentielle
Point de départ des intérêts moratoires en cas de condamnation
à des dommages-intérêts.
Jude Fabre BRETOUS
n matière de droit financier, les intérêts moratoires1
sur une dette peuvent être définis comme une
indemnité destinée à réparer les préjudices résultant
du seul retard mis par le débiteur à exécuter son obligation
de paiement. Ce, en faisant abstraction de tous autres
dommages causés au créancier, et qui pourraient découler
du fait du non paiement de ladite dette en temps utile.
La Cour de Cassation Haitienne, en application de ce principe
de séparation entre les deux sortes d’indemnité possibles,
estime que: “La condamnation aux intérêts moratoires
n’empêche pas l’admission par le juge, d’intérêts
compensatoires pour des préjudices autres que ceux qui
proviennent du simple retard dans l’exécution de
l’obligation.”- Cass. Haitienne, 30 mars 1943, Bull. 1942-43.
A défaut d’un taux conventionnel préétabli entre les parties,
cette indemnité dite moratoire ou de retard, est calculée à
partir d’un taux fixé par la loi. L’article 943 du code civil
haïtien (qui correspond à l’art. 1153 du code civil français)
prescrit qu’en matière de dettes contractuelles ou quasicontractuelles2 , les intérêts moratoires commencent à courir
du jour de la demande en justice: “ Dans les obligations qui
se bornent au paiement d’une certaine somme, les
dommages-intérêts résultant du retard dans l’exécution, ne
consistent jamais que dans la condamnation aux intérêts
fixés par la loi; sauf les règles particulières au commerce et
au cautionnement.- C.civ., 930, 942, 1615, 1675, 1774, 1794.
Ces dommages-intérêts sont dus sans que le créancier soit
tenu de justifier d’aucune perte.
Ils ne sont dus que du jour de la demande, excepté dans les
cas où la loi les fait courir de plein droit. C.civ., 367, 384,
483, 498, 501, 994, 1225, 1258, 1333, 1364, 1405, 1437,
1615, 1672, 1765.”
L’interprétation a contrario3 de cette disposition de loi avait
porté les juges tant en France qu’en Haiti à non seulement
faire un départ entre les deux sortes d’indemnité pouvant
être allouées, mais surtout à considérer généralement que
les intèrêts légaux4 sur les dommages-intérêts alloués en toute
autre matière, excepté les dettes contractuelles ou quasicontractuelles, devaient commencer à courir à partir de la
décision judiciaire définitive et exécutoire.
Ce principe jurisprudentiel d’allouer les intérêts légaux sur
les indemnités compensatoires seulement à partir d’une
décision de justice exécutoire n’avait pas manqué de susciter
les commentaires et critiques de la doctrine, laquelle estimait
que, pareillement à une dette, ledit point de départ devait
également être considéré à partir de l’action en justice puisque
le dommage sujet à réparation n’a pas débuté à partir de la
détermination de son montant par la justice, mais bien avant.
Cette interprétation de la loi par les juges porte à de graves
conséquences sur le plan pratique. Car, lorsque l’on sait qu’un
procès peut facilement durer cinq, dix, voire quinze années
et plus, on peut comprendre, qu’en période de forte inflation
- ce qui est notre cas actuellement - la compensation pour la
victime d’un préjudice sérieux, à l’issue d’une procédure
longue et onéreuse, peut se réduire à une peau de chagrin.
Cet état du droit et de la jurisprudence a comme autre effet
pervers de créer un déséquilibre entre les parties en faveur
du débiteur, au cas où la négociation serait envisagée, et de
toute façon encourage les plaideurs de mauvaise foi à faire
trainer le procès indéfiniment en usant de toutes sortes
d’artifices dilatoires.
3
Formule latine consacrée signifiant “par déduction du contraire”. L’interprétation a
contrario d’un texte de loi est le raisonnement qui consiste à admettre qu’un cas contraire
(opposé) à celui que prévoit ledit texte est exclu par ce texte et soumis à une règle
contraire. Ce qui est la traduction et l’application des adages juridiques bien connus
“Expressio unius est exclusio alterius” et “Qui dicit de uno de altero negat.”
4
1
L’intérêt moratoire se dit des dommages-intérêts destinés à réparer le préjudice résultant
du retard dans l’exécution d’une obligation (par opposition aux dommages-intérêts
compensatoires). Vocabulaire juridique, Gérard Cornu. Presses Universitaires de France.
2
Le quasi-contrat est l’obligation qui se forme pour le débiteur, par le seul bon vouloir
du créancier. L’exemple le plus classique de quasi-contrat qui soit est la gestion d’affaires.
En effet, supposons que vous et vos proches soyez indisponible (maladie,
emprisonnement, exil ou autres causes d’absence) et que vos biens et votre maison
risquent d’être volés, dilapidés, ou se détériorer par faute de soins ou de gardien ou
qu’il n’y ait personne pour s’en occuper en votre nom. Un voisin ou toute autre personne
peut décider de tout prendre à sa charge, sans même que vous ne soyez au courant. Il se
forme donc entre vous et votre bienfaiteur providentiel un quasi-contrat. Ainsi, la loi lui
donne le droit de se faire rembourser pour toutes les dépenses, soins, peines ou démarches
qu’il aura accomplis dans le but de sauvegarder vos biens et intérêts en grand péril.
18
L’intérêt légal est celui dont le taux est fixé par la loi à défaut de convention. Le taux
de l’intérêt légal a été fixé à 10%, par la loi du 10 avril 1970. Ce point de droit est plus
ou moins contesté par Me Ertha Pascal Trouillot. Cependant, nous ne partageons pas
l’opinion juridique de Me Ertha Pascal Trouillot sur la question. En effet, dans son
Code de lois usuelles tome 2, elle estime que le législateur n’a pu, et n’a jamais entendu
modifier le taux légal fixé préalablement à 6 % l’an par la loi du 28 septembre 1885.
En cas d’équivoque sur le sens véritable d’un texte, et pour bien l’interpréter, il faut
s’évertuer à déterminer sa ratio legis, c’est-à-dire sa raison d’être, le sens et la portée
que le législateur a voulu donner audit texte de loi. Or ce sens, cette portée, se retrouve
bien souvent dans le préambule de ladite loi. Effectivement, en lisant attentivement, le
préambule de la loi de 1970 il est dit au premier considérant que: “Considérant qu’il y
a lieu de réajuster le taux de l’intérêt légal afin de tenir compte de l’évolution des
relations économiques internationales et de l’économie nationale;” A notre avis donc,
il n’existe aucun doute qu’il y a bien eu, de la part du législateur, volonté d’abrogation
implicite de la loi de 1885 par celle de 1970 en ce qui concerne l’intérêt légal.
Cependant, en France, la législation a évolué. En effet, depuis
1985, un nouvel article 1153-1 a été édicté par le législateur
qui dispose désormais que:
“En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte
intérêts au taux légal même en l’absence de demande ou de
disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire
de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du
jugement à moins que le juge n’en décide autrement.
des intérêts légaux sur les indemnités de réparation allouées.
Cette nouvelle donne a pour conséquence de faire s’estomper
un peu plus la différence juridique traditionnelle (superficielle
il est vrai) établie entre les intérêts dits moratoires (alloués
traditionnellement pour le seul non paiement d’une somme
d’argent due par le débiteur dans les délais prévus) et ceux
considérés à titre compensatoire (alloués en réparation de
tous autres dommages ou préjudices généralement
quelconques causés à une personne).
En cas de confirmation pure et simple par le juge d’appel
d’une décision allouant une indemnité en réparation d’un
dommage, celle-ci porte de plein droit intérêt au taux légal
à compter du jugement de première instance. Dans les autres
cas, l’indemnité allouée en appel porte intérêt à compter de
la décision d’appel. Le juge d’appel peut toujours déroger
aux dispositions du présent alinéa.-”
Il est à souhaiter que les juristes haitiens débattent en
profondeur de la question. Peut être qu’ils pourront inciter
le législateur haitien à s’y pencher sérieusement. Le cas
échéant, celui-ci, à l’instar de son homologue français,
apporterait à cet important point de droit financier, la réponse
législative adéquate, susceptible de mieux garantir et protéger
les droits des justiciables.
En application de ce nouvel article 1153-1, la Cour de
Cassation Française, a rendu un important arrêt en date du
28 avril 1998, précisément sur le point de départ des intérêts
légaux sur les dommages-intérêts. Cette décision de la plus
haute juridiction judiciaire française mérite d’être signalée.
En effet, au cours d’un procès entamé en l’année 1990, la
Cour d’appel de Lyon, en 1995, avait non seulement
condamné la partie défenderesse à des indemnités
compensatoires, mais de plus, accordé à la victime,
demanderesse en justice, des intérêts au taux légal, portant
sur ces indemnités à compter de la date d’assignation. Lors
d’un recours en Cassation contre ladite décision, par la partie
condamnée, la Cour de Cassation maintint l’arrêt de la Cour
d’Appel, jugeant que:
Cour de Cassation Française, 1ere CIV.,
28 avril 1998
“......Mais attendu que les intérêts alloués à la victime en
application de l’art. 1153-1 c.civ.[code civil] pour une
période antérieure à la date de la décision qui fixe
l’indemnité ont nécessairement un caractère moratoire, que
c’est donc à bon droit que la Cour d’Appel a qualifié ainsi
les intérêts légaux des indemnités alloués par elle, dont elle
a discrétionnairement fixé le point de départ à la date de
l’assignation; que le moyen n’est donc pas fondé en sa
première branche et est, par suite, inopérant en sa seconde
branche... Par ces motifs rejette... ”
Ce nouvel article 1153-1 du code civil français, édicté en
France par la loi du 5 juillet 1985, et son interprétation
jurisprudentielle, s’ils ne souscrivent pas totalement aux
thèses et revendications de la doctrine, octroient cependant
au juge plus de latitude pour déterminer le point de départ
La Cour: sur le moyen unique, pris en ses deux branches:Attendu que, selon les énonciations de l’arrêt attaqué (CA
Lyon, 3e ch., 8 décembre 1995), qu’en juin 1986, la société
Argent Or Change (AOC), a fait installer dans ses locaux
un système d’alarme par la société Pacte Sécurité; qu’à la
suite d’un cambriolage ayant révélé l’inefficacité du système
d’alarme, la société AOC et son assureur, le GAN, ont
demandé la condamnation de la société Pacte Sécurité et de
son assureur, le Groupe Drouot, aux droits duquel vient la
compagnie AXA Assurances, à réparer le dommage subi;
que l’arrêt a condamné ceux-ci, in solidum, à payer en
deniers ou quittances au GAN la somme de 250 000, F, et à
la Sté AOC les sommes de 201 853,50 F et de 43 136,50 F,
outre intérêts au taux légal à compter du 10 avril 1990, date
de l’assignation;
Attendu que la compagnie AXA fait grief à l’arrêt de s’être
ainsi prononcé, alors que, d’une part, en qualifiant de
“moratoires” les intérêts dus à compter de la date de
l’assignation et portant sur les indemnités mises à la charge
du responsable et de son assureur, la cour d’appel aurait
violé l’art 1153-1 c.civ.; et alors que, d’autre part , en mettant
à la charge de l’assureur, outre des indemnités dont le
montant global est égal au plafond de garantie de la police
(495 000 F, après déduction de la franchise), les intérêts
portant sur ces indemnités à compter de la date de
l’assignation, la cour d’appel aurait violé l’art. L113-5 c.
assur.;
19
Mais attendu que les intérêts alloués à la victime en
application de l’art. 1153-1 c.civ. pour une période
antérieure à la date de la décision qui fixe l’indemnité ont
nécessairement un caractère moratoire, que c’est donc à bon
droit que la cour d’appel a qualifié ainsi les intérêts légaux
des indemnités alloués par elle, dont elle a
discrétionnairement fixé le point de départ à la date de
l’assignation; que le moyen n’est donc pas fondé en sa
première branche et est, par suite, inopérant en sa seconde
branche;
Par ces motifs, rejette [ .........]
20
SOLUTION
Les intérêts alloués à la victime en application de l’art.11531 (code civil français) pour une période antérieure à la date
de la décision qui fixe l’indemnité ont nécessairement un
caractère moratoire.
C’est donc à bon droit qu’une cour d’appel a qualifié ainsi
les intérêts légaux des indemnités alloués par elle, dont elle
a discrétionnairement fixé le point de départ à la date de
l’assignation.