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Sigles & Abréviations
1. Introduction
2. Présentation Rasanbleman Madan Sara Dayiti
(RAMSA)
3. Méthodologie de réalisation de l’enquête
4. Résultats de l’enquête réalisée
4.1. Caractéristiques démographiques
4.2. Panorama des activités économiques des Madan Sara
4.3. Impact de l’insécurité sur les activités des Madan Sara
4.4. Inclusion financière et Situation d’endettement
4.5. Violences subies par les Madan Sara et/ou leurs proches
5. Conclusion
Annexe
SOMMAIRE
BRH Banque de la République d’Haïti
MAE Monnaie et Analyse Économique
RAMSA Rasanbleman Madan Sara Dayiti
SIGLES
ET ABRÉVIATIONS
1. INTRODUCTION
5
1. INTRODUCTION
L’économie haïtienne est empreinte d’une intensification des pressions inflationnistes
sur l’ensemble des cinq (5) dernières années. Cette progression soutenue des prix
s’est maintenue en 2024 en dépit de l’évolution contenue du taux de change et d’une
meilleure gestion des finances publiques. Selon les analyses réalisées par la Banque
de la République d’Haïti (BRH), cette volatilité des prix d’un mois à un autre traduit
surtout les effets induits des contraintes pesant sur la libre circulation des biens et
des personnes dans l’économie. Cette distorsion observée au niveau de la chaîne de
distribution et d’approvisionnement découle de plusieurs évènements qui ont entraîné
une fragmentation continue du territoire haïtien, lesquels ont impacté les coûts de
commercialisation, d’où un renchérissement du prix des biens d’une région à une autre.
La BRH, dans le souci de mieux cerner les impacts de cette conjoncture adverse sur les
différentes strates de l’économie haïtienne a décidé de réaliser une enquête auprès des
« Madan Sara » afin de déterminer l’impact de l’insécurité sur ce secteur.
Les « Madan Sara », communément appelées ainsi depuis plus de 200 ans, représentent
majoritairement ces marchandes et marchands qui revendent, au niveau des grands
marchés publics du pays, les denrées alimentaires achetées des exploitants agricoles.
Conséquemment, ils jouent un rôle crucial d’intermédiation dans l’économie haïtienne,
en particulier pour le secteur informel, qui représente plus de 30% du PIB. Cependant,
ces intermédiaires ont aussi subi les contrecoups de la dégradation des conditions
sécuritaires qui ont amplifié les défis auxquels ils font habituellement face dans le cadre
de leurs activités. Les impacts de cette crise multidimensionnelle ont été mis en exergue
lors d’une rencontre sollicitée par l’organisation « Rasanbleman Madan Sara Dayiti »
(RAMSA) qui représente la première structure à mettre en avant l’importance de ces
Madan Sara.
Suite à cette rencontre, la Banque centrale a décidé de mener une investigation plus
poussée sur ces acteurs économiques afin de mieux cerner ce secteur et comprendre
comment l’instabilité socio-économique entrave leurs opérations. À travers cette
démarche, il sera possible de déceler les incidences de cet environnement délétère sur
la structure des prix des produits alimentaires, lesquels ont une forte pondération dans
le panier de consommation des ménages haïtiens.
La méthodologie utilisée dans le cadre de cette enquête a consisté, dans un premier
temps, à une collecte d’informations auprès de l’organisation précitée et, dans un
second temps, à la tenue d’un focus group avec les responsables des 20 communes
du département de l’Ouest représenté au niveau de RAMSA. Ainsi, à travers le focus
group, la Banque centrale a rencontré les représentants des différentes communes de
l’Ouest, membres actifs de RAMSA. Les délégués des communes suivantes : Pétion-ville
(Belle Fontaine, Séguin), Croix des Bossales, Carrefour, Tabarre, Croix des Bouquets,
Cabaret, Cité Soleil, Kenscoff, Delmas et Port-au-Prince, ont assisté au focus groupe tenu
le 21 juin 2024. Pour les représentants des communes qui étaient empêchés en raison
6
des contraintes de déplacement par rapport à leur zone d’affectation, plus précisément
les résidents de Cornillon, la Gonâve, Arcahaie, Léogâne et Fermathe, des séances
téléphoniques ont été conduites par l’équipe de la Banque centrale.
Les informations recueillies nous ont permis de produire ce troisième numéro de BRH–info
à la loupe. Ce document vise à mettre en lumière les activités de ces marchands
ambulants du département de l’Ouest, fortement impactés par la dégradation du climat
sécuritaire. Les interrogations portant sur le déroulement de leurs activités ont permis à
la BRH de réaliser une analyse comparative sur ce secteur pour les périodes entourant
les perturbations les plus récentes. Les informations qualitatives obtenues favoriseront la
compréhension des agents économiques sur l’incidence des tensions socio-économiques
sur le niveau général des prix tout en permettant aux autorités monétaires de mieux
cerner l’origine des tensions inflationnistes de manière à prendre les décisions adéquates.
7
2. PRÉSENTATION
RASANBLEMAN MADAN
SARA DAYITI
8
2. PRÉSENTATION RASANBLEMAN MADAN
SARA DAYITI (RAMSA)
L’organisation Rasanbleman Madan Sara Dayiti (RAMSA) est une structure sociale à but
non lucratif, apolitique et non religieuse. Cette institution a été créée le 10 décembre 2018
et a pour mission d’organiser et d’accompagner ses membres pour une modernisation du
commerce. RAMSA regroupe plus de 100 mille membres à travers tous les départements
du pays.
DIVISIONS GÉOGRAPHIQUES DES GRANDS MARCHÉS PUBLICS
ET PRINCIPALES CONTRAINTES
En termes de divisions géographiques des marchés publics, il est à noter celui de :
Croix des Bossales : Le marché de Croix des Bossales représente le plus
important marché du département de l’Ouest. Il constitue un point de rencontre
des produits en provenance des 10 départements du pays. Selon RAMSA, il
regroupe environ 22 000 marchands dont 75 % ont dû quitter le centre-ville en
raison des troubles sécuritaires.
Marché de Carrefour : Ce marché dessert 13 sections communales et fait
face à des coûts élevés de transport et des problèmes d’approvisionnement.
Marché de Cabaret : Le marché de Cabaret comprend 4 sections communales
et confronte des difficultés d’infrastructures routières (route et pont de Casale), des
coûts élevés de transport, des pertes de marchandises avariées, conséquence,
entre autres, du délai d’accès à certains points de vente, avec une faible
opportunité de crédit (taux très élevé).
Marché de Pétion-ville : Le marché de Pétion Ville regroupe 5 sections
communales, soit 16 blocs ou 4 quartiers. Les principales préoccupations
concernent les besoins de modernisation des marchés et d’amélioration du
transport.
Alors que l’insécurité constitue un facteur transversal, les Madan Sara sont aussi
confrontés à la détérioration ou à l’absence même de certaines infrastructures tant au
niveau de l’espace de vente qu’à celui de l’enclavement entravant la circulation des
biens. Ce dernier a un impact considérable sur la disponibilité de certains produits qui,
ne sont pas sujets à des mécanismes de conservation.
9
3. MÉTHODOLOGIE
DE RÉALISATION
DE L’ENQUÊTE
10
3. MÉTHODOLOGIE DE RÉALISATION DE
L’ENQUÊTE
Afin d’évaluer l’impact de l’insécurité sur les Madan Sara et de mieux comprendre les
conséquences de cet environnement hostile sur leurs activités économiques, une enquête
a été menée auprès de celles et ceux évoluant dans le département de l’Ouest.
3.1 MÉTHODOLOGIE
3.1.1. PHASE PRÉPARATOIRE
L’organisation préalable à cette enquête a été faite en collaboration avec le regroupement
RAMSA qui a facilité les liens entre la BRH et les délégués des différentes communes
du département de l’Ouest, alors qu’une équipe d’enquêteurs a été constituée et formée
à la Banque centrale sur les outils de l’enquête, dont la réalisation du focus group.
3.1.2. PROCÉDURES DE COLLECTE ET ÉCHANTILLONNAGE
La collecte de données visait à recueillir, d’une part, des informations générales et
spécifiques sur les activités des Madan Sara et à identifier, d’autre part, les divers impacts
de la dégradation du climat sécuritaire sur leurs activités. Ainsi, ces participants ont été
invités à une rencontre avec la BRH dans le cadre de cette investigation.
Un échantillon de 25 participants (es), représentants (es) des Madan Sara dans
différentes communes de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince, a pris part à l’enquête.
La méthode d’échantillonnage LQAS (méthode d’échantillonnage aléatoire stratifié
par quotas) a été utilisée, permettant un niveau d’erreur acceptable pour les analyses
statistiques et la prise de décision.
Toutefois, l’une des limites de cette enquête réside dans le fait que ce sont uniquement
les Madan Sara membres de RAMSA qui ont été considérés. Il s’agit d’un ‘‘biais de
sélection’’ que l’on a dû accepter vu les difficultés à répertorier les non membres de
cette organisation.
3.1.3. OUTILS DE COLLECTE
La collecte des données a été réalisée à partir d’un questionnaire rédigé en créole qui
contient principalement des questions fermées et semi-fermées. Il est subdivisé en
cinq (5) rubriques : Caractéristiques sociodémographiques, Activités économiques,
Conséquences de l’insécurité, Inclusion financière et Victimisation par les gangs. De
plus, des focus groups ont permis de recueillir des informations qualitatives.
11
SAISIE, TRAITEMENT ET ANALYSE DES DONNÉES :
Les questionnaires ont été digitalisés et la saisie des données a été effectuée via l’outil
en ligne « SurveyMonkey ». Les données recueillies après la saisie ont été traitées et
analysées à partir de MS Excel. Une analyse bi- variée a également été réalisée, ce qui
a permis, via des tableaux croisés, d’obtenir plus de précision sur l’impact de l’insécurité
sur les Madan Sara aux profils homogènes.
EQUIPE TECHNIQUE :
La collecte des informations a été prise en charge par 5 enquêteurs (dont un superviseur),
tous employés de la BRH.
12
4. RÉSULTATS DE
L’ENQUÊTE RÉALISÉE
13
4. RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE RÉALISÉE
Les résultats de cette enquête menée auprès des représentants des Madan Sara du
département de l’Ouest avaient pour but d’évaluer l’impact des troubles socio-politiques
sur leurs activités commerciales.
4.1. CARACTÉRISTIQUES DÉMOGRAPHIQUES
La majorité des représentants des Madan Sara ayant participé à l’enquête, soit 88 %,
est de sexe féminin. Trente-six pour cent (36 %) d’entre eux sont mariés, 32 % sont
célibataires et 12 % vivent en concubinage. Par ailleurs, 80 % des représentants des
Madan Sara ont déclaré avoir des enfants, 60 % de cette catégorie ont entre 1 et 3
enfants. En grande partie âgés entre 45 et 54 ans (40 %), la totalité des répondants a
atteint au moins le niveau scolaire « secondaire ».
Tableau 1 Répartition des représentants des Madan Sara selon leur sexe
Source : BRH/MAE
Sexe
Femme
Homme
Total
Fréquence Pourcentage
22
3
25
88 %
12 %
100 %
Selon les résultats de l’enquête, l’activité principale des Madan Sara consiste en l’achat
et la revente de différentes marchandises notamment les produits alimentaires. En outre,
environ 28 % des répondants ont déclaré s’adonner également à la transformation et à
la préparation de produits, notamment des engrais et de sons de blé. La production de
ces derniers s’est révélée déterminante dans l’agriculture et même dans certains cas
pour l’élevage.
14
Tableau 2 Répartition des représentants des Madan Sara selon leur branche d’activité
Source : BRH/MAE
Branche d’activité
Achat
Revente
Transport
Transformation/Préparation de produits
Autre
Fréquence Pourcentage
20
25
2
7
4
80 %
100 %
8 %
28 %
16 %
Tableau 3 Répartition des représentants des Madan Sara selon leur nombre d’années d’activité
Source : BRH/MAE
Nombre d'années d'activité
Moins de 5 ans
5 - 10 ans
10 - 15 ans
Plus de 15 ans
Grand Total
Fréquence Pourcentage
4
5
8
8
25
16 %
20 %
32 %
32 %
100 %
Les représentants des Madan Sara ayant plus de 10 ans d’expérience constituent
plus de 60 % des répondants, 16 % de l’échantillon retenu possèdent moins de 5 ans
d’expérience alors que 20 % en cumulent 5 à 10 ans.
4.2. PANORAMA DES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES DES
MADAN SARA
Les Madan Sara vivant dans le département de l’Ouest ont effectué leurs plus récents
achats de denrées essentiellement dans les départements de l’Ouest (76 %), de
l’Artibonite (24 %), de la Grande Anse (8 %) et du Centre (8 %), tandis que leurs ventes
ont été réalisées dans le département de l’Ouest, principalement à Pétion ville (16 %),
Kenscoff (16 %), Delmas (16 %), Tabarre (12 %), Carrefour (12 %), Arcahaie (8 %),
Croix des Bouquets (8 %). L’impossibilité d’accéder à certains espaces de commerce
tels le marché de la Croix-des-Bossales en raison du déclin des conditions sécuritaires
a contraint ces marchands à se relocaliser vers d’autres zones de la Capitale. En effet,
parmi les représentants des Madan Sara de l’Ouest, 72 % ont révélé qu’il leur est arrivé
de s’approvisionner ailleurs que dans leur lieu habituel. De même, 52 % d’entre eux ont eu
à écouler leurs marchandises dans des sites différents de leur emplacement traditionnel.
Les Madan Sara se consacrent essentiellement à la vente du riz (60 %), du pois (60 %),
des mangues (24 %), des autres fruits (28 %), des légumes (28 %) et des vivres
alimentaires (28 %). Ces commerçants vendent également d’autres céréales comme
le maïs et le petit mil, des articles et vêtements de prêt-à-porter (habits, tissus et
chaussures) ainsi que des produits cosmétiques et artisanaux.
Le riz (local et importé) est le produit le plus vendu selon 72 % des répondants. Parmi
les autres denrées les plus demandées sur le marché, on retrouve le pois (52 %), les
mangues (20 %), les autres fruits (20 %), les vivres alimentaires (16 %) et les légumes
(12 %).
Tableau 4 Produits généralement vendus par les Madan Sara
Source : BRH/MAE
Produits
Riz
Pois
Mangues
Autres fruits
Légumes
Vivres alimentaires
Autres
Fréquence Pourcentage
15
15
6
7
7
7
18
60 %
60 %
24 %
28 %
28 %
28 %
72 %
16
Tableau 5 Produits les plus ve ndus dans les marchés
Source : BRH/MAE
Produits
Riz
Pois
Mangues
Autres fruits
Légumes
Vivres alimentaires
Autres
Fréquence Pourcentage
18
13
5
5
3
4
11
72 %
52 %
20 %
20 %
12 %
24 %
44 %
Tableau 6 Nombre de vo yages hebdomadaires des représentants des Madan Sara
Source : BRH/MAE
Nombre de voyage
1 voyage
2 - 3 voyages
6 - 7 voyages
Non concerné
Total
Fréquence Pourcentage
10
10
2
3
25
40 %
40 %
8 %
12 %
100 %
Durant la période antérieure aux troubles sociopolitiques, les Madan Sara pouvaient
généralement effectuer entre 3 et 5 déplacements par semaine. Certains d’entre eux
se déplaçaient presque tous les jours. Toutefois, 80 % des Madan Sara ont avoué que
depuis la période de crise, leur nombre de « voyages hebdomadaires » ne dépasse pas 3.
17
À côté de la diminution flagrante du nombre de « voyages », les Madan Sara ont
également été confrontés à la non-disponibilité de certains produits, principalement en
raison de l’insécurité, de la rareté de certaines cultures (baisse de la production) et de
l’augmentation des prix. En effet, l’occupation de certaines régions par les bandes armées
a été à la base de la réduction des espaces cultivables qui, ajoutée aux problèmes
financiers des producteurs agricoles, s’est traduite par une diminution de l’offre nationale
des produits alimentaires.
Selon 36 % des Madan Sara, leurs ventes hebdomadaires ne dépassent pas 50 mille
gourdes. Pour 32 % d’entre eux, elles se situent entre 50 et 150 mille gourdes. Par
ailleurs, 20 % des Madan Sara ont déclaré pouvoir écouler entre 150 et 750 mille gourdes
de marchandises en une semaine et seulement 8 % vendent pour au moins un million
de gourdes.
Tableau 7 Montant (en gourdes) des ventes hebdomadaires des Madan Sara
Source : BRH/MAE
Ventes hebdomadaires
Moins de 50 000
50 000 - 150 000
150 000 - 750 000
Plus de 750 000
Ne sait pas
Grand Total
Fréquence Pourcentage
9
8
5
2
1
25
36 %
32 %
20 %
8 %
4 %
100 %
18
Graphique 1 Impact de l’insécurité sur les lieux de ventes et d’approvisionnement des Madan Sara (n=25)
Source : BRH/MAE
100 %
90 %
80 %
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0 %
Non Oui
S’être établi(e) dans un lieu de vente différent Avoir changé de lieu d’approvisionnement
10
14
7
18
4.3. IMPACT DE L’INSÉCURITÉ SUR LES ACTIVITÉS DES
MADAN SARA
Le climat sécuritaire reste un facteur déterminant du comportement des Madan
Sara, les amenant à s’établir dans un lieu de vente différent ou à changer de lieu
d’approvisionnement. Selon le graphique ci-après, 18 répondants sur 25, soit 72 %, ont
été contraints de s’établir dans un nouveau point de vente. De plus, 14 d’entre eux, soit
58,33 %, ont changé leur lieu d’approvisionnement en raison de l’insécurité.
Les lieux de vente habituellement fréquentés par les Madan Sara et qu’ils ont maintenant
délaissés pour cause d’insécurité sont notamment : Carrefour, Croix des Bossales,
Delmas 89, Fort Jacques, Gérald Bataille, Laboule, Pétion-Ville, Port-au-Prince et Route
de Frères. En ce qui concerne les lieux d’approvisionnement, ceux qui sont indiqués
comme difficiles d’accès à cause de l’insécurité sont : Cornillon, Croix des Bossales,
Croix des Bouquets, L’Estère (Pont Sondé), Malpasse, certains espaces de Pétion-Ville,
Port-au-Prince, République Dominicaine, Saint Marc, SHODECOSA, Sud et Grande
Anse, Tabarre et Thomazeau.
Le graphique ci-après montre que l’insécurité a eu un impact négatif accru sur les
activités commerciales entre janvier 2024 à 20 juin comparé à l’année 2023. Six (6) des
répondants ont rapporté des vols de marchandises et d’argent au cours de la période
sus-citée contre 5 répondants pour ces cas de vols sur l’année 2023. Quinze (15) des
répondants ont rencontré des difficultés pour s’approvisionner en marchandises en 2023
contre 18 sur les 6 premiers mois de l’année calendaire 2024. Les répondants ayant
19
L’insécurité a également eu une incidence significative et variée sur les activités
commerciales, affectant aussi bien les coûts d’approvisionnement, les frais de transport
et par conséquent les prix de vente Suivant le graphique ci-après, 3 des répondants
ont indiqué une augmentation des prix de certains produits dans les marchés qu’ils
fréquentent. En revanche, les 22 autres répondants ont indiqué avoir observé une
augmentation des prix de tous les produits.
Graphique 2
Source : BRH/MAE
25
20
15
10
5
0
Janvier - décembre 2023 Janvier - juin 2024
Vol de
marchandises
Vol
d’argent
Achat de
marchandises
impossible
Baisses
des
ventes
Versement
aux
bandits
Autres
5
6
5
6
15
18
16
21
7
12
3
6
Impact de l’insécurité sur les activités des Madan Sara (n=25)
Tableau 8
Source : BRH/MAE
Réponses
Augmentation du Prix de certains produits
Augmentation du Prix de tous les produits
Fréquence
3
22
Impact de l'insécurité sur les prix de vente des produits (Janvier 2024 à date)
enregistré une baisse des ventes sur l’année 2023 sont au nombre de 16 contre 21
pour la période de janvier 2024 jusqu’à la veille de la date de l’enquête, soit le 21 juin
2024. Quant aux cas récurrents de rançonnage exigé par les bandits, 7 des répondants
se sont retrouvés dans cette situation en 2023 contre 12 d’entre eux en janvier 2024.
Cette aggravation du climat d’insécurité depuis le début de l’année a induit une
détérioration significative de l’environnement commercial. Le graphique ci-dessous
atteste des conséquences de l’insécurité en fonction du nombre de répondants affectés.
20
Tableau 9
Source : BRH/MAE
Pistach
Tabac en poudre
Carotte, betterave,
Riz, sucre, maïs
Tabasco, Sport Shake
Maïs, chadèque
Riz, petit mil
Tissu, foulard
Ananas, figue, melon
Riz TCS et lacrète
Clairin
Engrais
Pistache,pois, maïs, riz local
Articles pour bébé, bijou, produits cosmétiques
Les habits les plus chers
Cochon
Lait en poudre, huile, blé, engrais
Riz (Lacrète, TCS, Shella)
Riz (Shelda, Lacrète, TCS)
Riz local, pois
Riz Shella, riz shelda, pois beurre
Arcahaie
Cabaret
Carrefour
Cité Soleil
Cornillon
Croix des Bossales, Pétion Ville, Kenskoff
Croix des Bouquets
Delmas
Kenskoff
Pétion Ville
Tabarre
Liste des produits difficile à s’approvisionner
De plus, 23 d’entre eux rapportent avoir constaté une baisse de la quantité de produits vendus
alors que 21 ont signalé des difficultés à s’approvisionner en certains produits. Ci-contre la
liste des produits dont la rareté s’est accentuée, laquelle varie selon les lieux d’activités.
Graphique 3 Impact de l’insécurité sur le commerce des Madan Sara (n=25)
Source : BRH/MAE
25
20
15
10
5
0
Augmentation
des prix de certains
produits
Augmentation des
prix de tous les
produits
Avoir des difficultés
à s’approvisionner en
certains produits
Des marchands(es)
ont abandonné leurs
lieux de vente
Baisses de la
quantité de produits
vendus
23
21
3
22
23
21
4.4. Inclusion financière et Situation d’endettement
Un seul des participants à l’enquête rapporte ne pas avoir de compte bancaire ni de
compte Moncash. 88 % ont indiqué posséder un compte Moncash et 68 % un compte
bancaire. Plus de la moitié (60 %) d’entre eux disposent de ces deux comptes.
Tableau 10 Répartition des répondants selon la possession d'un compte bancaire et d'un compte Moncash
Source : BRH/MAE
Avoir un compte en Banque
Non
Oui
Grand Total
Avoir un compte Moncash
Non
4 %
8 %
12 %
1
2
3
Oui
28 %
60 %
88 %
7
15
22
Grand Total
32 %
68 %
100 %
8
17
25
Tableau 11
Source : BRH/MAE
Avoir rencontré des difficultés
pour rembourser ses prêts
Non
Oui
Grand Total
Rencontrer actuellement des difficultés pour rembourser ses prêts
Non
0.00 %
35.71 %
35.71 %
0
5
5
Oui N/A
14.29%
0.00 %
14.29 %
2
0
2
0.00%
50.00%
50.00%
0
7
7
Grand Total
14.29 %
85.71 %
100 %
2
12
14
Répartition des répondants selon qu ’ils ont eu ou rencontrent actuellement des difficultés
pour rembourser leurs prêts
La répartition des répondants selon leur situation d’endettement, présentée à travers
le tableau No 11, montre que parmi les 25 répondants, 14 (56 %) ont rapporté avoir
contracté des dettes, tandis que 11 (44 %) n’en ont pas. La provenance de l’endettement
est principalement la tontine “Sol” (24 %), les prêts usuraires “Ponya” (16 %), les prêts-
microcrédits (24 %), des avances d’un membre de leur famille et des achats à crédit.
Parmi les 14 répondants qui ont affirmé être en situation d’endettement, seulement 2
d’entre eux (14,29 %) n’ont jamais eu de difficultés pour rembourser leurs prêts. Parmi
les 12 autres (85,71 %), 5 d’entre eux n’éprouvent actuellement aucune difficulté à
rembourser leurs dettes contrairement aux 7 restants qui peinent à honorer les crédits
contractés.
22
4.5. Violences subies par les Madan Sara et/ou leurs proches
Les situations de violence que subissent les Madan Sara sont préoccupantes selon les
réponses obtenues des participants à l’enquête. La répartition des répondants selon
qu’ils aient été victimes de violence indique que 32 % d’entre eux ont déjà été agressés
par des hommes armés. Parmi ces derniers, 12 % (3) en ont été victimes au cours des
six derniers mois, tandis que 20 % ont déjà été la cible de brutalité des bandits au cours
des années antérieures à 2024.
Tableau 12 Répartition des répondants suivant qu’ils aient été victimes ou non de violence
Source : BRH/MAE
Non
Oui, sur les 6 derniers mois
Oui, mais pas sur les 6 derniers mois
Grand Total
Avoir été victime (de violence) des bandits
68 %
12 %
20 %
100 %
17
3
5
25
Fréquence Pourcentage
La plupart des questionnés (64 % des répondants,16) ont souligné que d’autres
marchands ont aussi été la proie des bandits sur la période allant de janvier à juin 2024,
alors que 20 % (5) soutiennent que certains commerçants ont aussi subi des actes de
violences au cours des années antérieures.
Tableau 13
Source : BRH/MAE
Non
Oui, sur les 6 derniers mois
Oui, mais pas sur les 6 derniers mois
Grand Total
D'autres marchands ayant été victimes (de violence) des bandits
16 %
64 %
20 %
100 %
4
16
5
25
Fréquence Pourcentage
Répartition des répondants selon qu’ils connaissent ou non d'autres marchands victimes
de violence par des bandits
23
Les participants à l’enquête ont aussi indiqué que leurs proches sont aussi victimes de
violence par des bandits : 2 d’entre eux (8 %) ont avancé que leurs propres enfants
ont été la cible d’attaques des hommes armés, et 10 autres (40 %) ont rapporté le cas
d’autres membres de la famille ayant subi des agressions. Par ailleurs, 14 des répondants
(56 %) ont rapporté avoir des amis victimes de brutalité des bandits et 5 autres (20 %)
connaissent d’autres personnes victimes de violence par des bandits.
24
5. CONCLUSION
25
5. CONCLUSION
La détérioration des conditions de fonctionnement des Madan Sara, notamment celles
et ceux évoluant dans le département de l’Ouest, a des répercussions significatives sur
l’économie haïtienne. Avec l’aggravation du climat d’insécurité, ce groupe, constitué
à 80 % de femmes, est de plus en plus en proie à des agressions physiques, à des
extorsions et à des pertes financières substantielles. Le resserrement des contraintes
sur le transport des marchandises, lequel est conditionné au versement de droits de
passage à plusieurs points du circuit de commercialisation, a entraîné une hausse
importante des coûts de distribution, contribuant ainsi à une accélération des tensions
inflationnistes dans l’économie. Lors du focus groupe organisé par la BRH en juin
dernier, 90 % des participants ont confirmé la hausse des prix de tous les produits sur
les différents marchés, notamment ceux de première nécessité tels que les céréales (riz,
maïs), les haricots, le sucre entre autres. D’un autre côté, plus de 80 % des répondants
ont évoqué des difficultés d’approvisionnement accrues en marchandises, avec des effets
induits non seulement sur la disponibilité des produits dans les marchés, mais aussi
sur la sécurité alimentaire de nombreuses familles haïtiennes. Ce contexte difficile, qui
a contraint divers commerçants, y compris ceux du plus grand marché de la capitale
(Croix des Bossales) à se relocaliser, a négativement impacté leurs revenus et réduit
leur capacité à honorer leurs engagements financiers.
Les Madan Sara représentent un des piliers de l’économie haïtienne, nonobstant
leur statut informel. Ainsi, leur protection et le renforcement de leur résilience doivent
être des priorités nationales. Dans ce contexte de crise multidimensionnelle, ils sont
confrontés à des défis croissants qui menacent non seulement leur subsistance, mais
aussi la stabilité macroéconomique. Il s’avère donc nécessaire d’initier des réflexions
profondes et d’adopter des mesures devant amener à leur pleine intégration dans le
secteur formel, tout en garantissant leur sécurité physique. Un changement de leur statut
permettra un meilleur accès de ces agents économiques au financement et contribuera
à l’élargissement de l’assiette fiscale. À travers cette démarche, les Autorités peuvent
non seulement assurer la pérennité de leurs activités, mais aussi jeter les bases d’une
relance économique durable et inclusive.
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ANNEXE
CONSIDÉRATIONS ÉTHIQUES AUTOUR DE L’ENQUÊTE
Cette étude a été mise en œuvre en prenant en compte les considérations suivantes :
RISQUES
Compte tenu du contexte sécuritaire volatile, les enquêtés pourraient être exposés à des
risques d’insécurité. Pour contourner ces contraintes, l’équipe d’enquête s’est assurée
que l’administration du questionnaire se déroule dans un lieu sûr.
BÉNÉFICES ET AVANTAGES POTENTIELS
Si les répondants ne tirent aucun avantage direct de leur participation à cette enquête,
ses résultats contribueront à orienter les décisions en matière de politique publique et les
interventions de la Banque de la République d’Haïti (BRH) dans le cadre de sa politique
monétaire. Ces initiatives visent à améliorer l’environnement économique et social, ce
qui pourrait bénéficier à l’ensemble de la population, y compris les Madan Sara.
OBTENIR LE CONSENTEMENT
Aucun participant n’a été interrogé sans son consentement éclairé. Avant de commencer
l’enquête, les participants ont reçu une explication claire des objectifs de l’enquête,
de la procédure de collecte de données, de leurs droits et de la manière dont leurs
informations seront traitées.
VIE PRIVÉE ET CONFIDENTIALITÉ
Certaines questions ont porté sur la vie privée des participants. En ce qui concerne
la confidentialité, l’identité des répondants ainsi que leurs réponses sont restées
confidentielles. Les données recueillies ont été stockées en toute sécurité.
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