(2025-04) Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti, Numéro 3 (avril 2025)
Resume — Troisième bulletin de risque de l'Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti du GI-TOC, couvrant la période de décembre 2024 à mars 2025. Il analyse l'impasse opérationnelle de la Mission multinationale d'appui à la sécurité dirigée par le Kenya et de la Police nationale d'Haïti, les difficultés de légitimité du Conseil présidentiel de transition avant les élections prévues pour novembre 2025, le premier anniversaire de la coalition de gangs Viv Ansanm et la quête de reconnaissance politique de cette coalition, qui contrôle environ 85 pour cent de Port-au-Prince.
Constats Cles
- Entre décembre 2024 et février 2025, 1 732 personnes ont été tuées, 411 blessées et 431 enlevées, et plus d'un million de personnes, dont 700 000 enfants, demeuraient déplacées à l'intérieur du pays.
- La MMAS ne dispose que d'environ 1 000 effectifs sur les 2 500 prévus et souffre, avec la Police nationale d'Haïti, d'une coordination défaillante, d'un déploiement lent et d'un renseignement inadéquat, comme l'ont montré les attaques meurtrières de janvier 2025 contre Kenscoff.
- Seuls huit des dix départements d'Haïti pourraient organiser les élections prévues pour novembre 2025, ce qui exclurait jusqu'à 60 pour cent des électeurs éligibles en raison du contrôle des gangs sur l'Ouest et l'Artibonite.
- Un an après sa création, la coalition Viv Ansanm contrôle environ 85 pour cent de Port-au-Prince et son chef a annoncé sa transformation en parti politique, divisant le Conseil présidentiel de transition sur l'opportunité de la reconnaître.
- Les gangs ont évolué vers une gouvernance criminelle fondée sur l'extorsion systématique, qui s'étend de Port-au-Prince vers les zones rurales de l'Artibonite et du Plateau central.
Description Complete
Le troisième numéro du bulletin de risque du GI-TOC sur Haïti documente une situation sécuritaire qui s'est encore détériorée entre décembre 2024 et février 2025, période au cours de laquelle 1 732 personnes ont été tuées, 411 blessées et 431 enlevées, portant le total des enlèvements pour 2024 à 1 494, tandis que plus d'un million de personnes, dont 700 000 enfants, demeuraient déplacées à l'intérieur du pays. Le bulletin examine quatre thèmes. Premièrement, la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS), avec environ 1 000 effectifs déployés sur les 2 500 prévus, et la Police nationale d'Haïti restent prises entre ressources limitées, coordination défaillante et échecs du renseignement, comme l'illustrent les attaques de janvier contre Kenscoff, qui ont fait au moins 40 morts malgré des alertes préalables; la remise de diplômes à 739 nouveaux policiers ne compense pas les faiblesses systémiques. Deuxièmement, le Conseil présidentiel de transition peine à asseoir sa légitimité politique: seuls huit des dix départements pourraient organiser les élections prévues pour novembre 2025, ce qui exclurait jusqu'à 60 pour cent des électeurs éligibles en raison du contrôle des gangs sur l'Ouest et l'Artibonite. Troisièmement, un an après sa création, la coalition Viv Ansanm a consolidé une gouvernance criminelle, réduisant la violence aveugle dans certains fiefs pour enraciner des économies d'extorsion tout en s'étendant agressivement vers Kenscoff et Pétion-Ville, encerclant de fait la capitale.