(2023-01) Note d'information sur la fragilité d'Haïti 2023
Resume — Une évaluation de la fragilité d'Haïti fondée sur le cadre CIFP de l'Université Carleton et une analyse Autorité-Légitimité-Capacité (ALC) portant sur six indicateurs structurels. Elle identifie la gouvernance et la sécurité comme les principaux moteurs de la fragilité, soutenant qu'Haïti est prise dans un piège de légitimité plutôt que dans un problème de sécurité soluble par une intervention, et présente des scénarios pour janvier-juillet 2023 ainsi que trois options de politique adressées au Programme pour la stabilisation et les opérations de paix du Canada.
Constats Cles
- La fragilité d'Haïti tient d'abord à un piège de légitimité de la gouvernance et à l'effondrement sécuritaire, non à des facteurs économiques ou humanitaires ; des réponses purement sécuritaires comme une intervention militaire manqueraient les causes profondes.
- Les gangs contrôlent plus de 60 pour cent de Port-au-Prince, le G9 n'est qu'un des quelque 95 éléments de gangs, et 81,9 pour cent des détenus sont en détention préventive.
- Les 20 pour cent les plus riches détiennent plus de 64 pour cent de la richesse totale contre moins d'un pour cent pour les 20 pour cent les plus pauvres ; les transferts de fonds atteignaient 23 pour cent du PIB en 2021.
- La participation électorale est tombée à 18 pour cent à la présidentielle de 2016 et le score d'Haïti à l'indice de perception de la corruption stagne autour de 18/100.
- La note recommande au Canada de soutenir le conseil de transition de l'Accord de Montana, de financer une institution indépendante d'analyse et de transparence, et de mener une coalition multilatérale contre la captation par les élites et la fuite des richesses.
Description Complete
Préparée à la Norman Paterson School of International Affairs de l'Université Carleton pour le Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOP) d'Affaires mondiales Canada, cette note combine le cadre d'indicateurs structurels CIFP (sécurité et criminalité, gouvernance, développement économique, développement humain, démographie et population, environnement) avec une analyse Autorité-Légitimité-Capacité. La gouvernance et la sécurité sont classées comme moteurs primaires de la fragilité, à haut risque et en dégradation : Haïti n'avait aucun dirigeant élu, un exécutif gouvernant par décret à la légitimité contestée, des gangs contrôlant plus de 60 pour cent de Port-au-Prince, environ un policier pour 1 000 habitants et 81,9 pour cent de détenus en détention préventive. Le développement économique, le développement humain et l'environnement sont traités comme des moteurs secondaires, symptomatiques, les 20 pour cent les plus riches détenant plus de 64 pour cent de la richesse et les transferts de fonds atteignant 23 pour cent du PIB en 2021. L'analyse de scénarios (janvier-juillet 2023) prévoit la poursuite du contrôle territorial des gangs, des élections favorables aux élites avec une participation historiquement faible et une résistance probable à toute intervention militaire. Trois options de politique sont proposées au Canada : soutenir le gouvernement de transition issu de la société civile de l'Accord de Montana, créer une institution indépendante haïtiano-canadienne d'analyse et de transparence, et bâtir une coalition multilatérale ciblant la captation par les élites et la fuite des richesses.