(2023-06) Note d'information d'ACAPS - Haïti : Impact humanitaire de la violence des gangs (2 juin 2023)
Resume — Cette note d'information documente l'impact humanitaire de l'escalade de la violence des gangs en Haïti en juin 2023, alors que les gangs contrôlaient environ 80 % de Port-au-Prince et avaient déplacé au moins 160 000 personnes depuis 2021. À partir de sources secondaires, elle quantifie la flambée des homicides (taux triplé entre 2018 et 2022), des enlèvements (en hausse de 2 673 % sur la même période) et des violences sexuelles, et cartographie les effets sur le déplacement, la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation et l'accès humanitaire. Elle conclut que la violence a peu de chances de diminuer à court terme, compte tenu d'une police réduite de 40 % en trois ans et d'alliances instables entre gangs.
Constats Cles
- Le contrôle territorial des gangs s'est étendu rapidement, d'environ 60 % de Port-au-Prince en décembre 2022 à environ 80 % en avril 2023, avec une présence établie aussi à Cap-Haïtien, Gonaïves, Jacmel, Jérémie et Les Cayes.
- La violence a fortement augmenté : le taux d'homicides a triplé entre 2018 (6,87 pour 100 000) et 2022 (18,84 pour 100 000), et les enlèvements ont progressé de 2 673 % sur 2018-2022, avec 637 rapts au seul premier trimestre 2023.
- Les forces de sécurité ne peuvent contenir la violence : la Police nationale d'Haïti a perdu environ 40 % de ses effectifs, passant d'environ 15 000 agents en 2020 à quelque 9 000 en 2023, face à 20 000 à 30 000 membres de gangs estimés bénéficiant d'alliances politiques et policières.
- La violence des gangs a déplacé au moins 160 000 personnes depuis 2021 et perturbé les moyens de subsistance, y compris des fermetures de marchés et la perte d'environ 2 400 hectares de terres agricoles dans l'Artibonite, aggravant une crise alimentaire touchant près de la moitié de la population.
- L'espace humanitaire se rétrécit, avec 37 travailleurs humanitaires tués, blessés, enlevés ou arrêtés entre 2020 et 2022, des attaques contre des hôpitaux comme celui de MSF à Cité Soleil, et des besoins de financement presque doublés depuis 2022 alors que l'accès aux zones les plus touchées reste bloqué.
Description Complete
Cette note d'information de l'ACAPS, publiée le 2 juin 2023 dans le prolongement de son rapport de novembre 2022 sur la détérioration de la situation à Port-au-Prince, étend le champ géographique à l'ensemble du pays et isole l'impact humanitaire de la violence des gangs. Les gangs, au nombre de 200 à 300 dans le pays et organisés autour des fédérations rivales G9 et GPèp, avec des alliances documentées avec des politiciens et des responsables policiers, contrôlaient environ 80 % de Port-au-Prince en avril 2023 (contre 60 % en décembre 2022) et s'étaient étendus à l'Artibonite et à d'autres départements. La note quantifie l'escalade : le taux d'homicides a triplé de 6,87 à 18,84 pour 100 000 habitants entre 2018 et 2022 ; les enlèvements ont augmenté de 2 673 % sur la même période, avec 637 rapts au seul premier trimestre 2023 ; et environ 30 % des Haïtiennes de 15 à 30 ans auraient été victimes de violences sexuelles. Les groupes d'autodéfense (mouvement Bwa Kale) ont tué au moins 75 membres présumés de gangs entre janvier et avril 2023.
L'analyse détaille les conséquences sectorielles : au moins 160 000 personnes déplacées de force depuis 2021, plus de 38 % des déplacés dans 50 abris de fortune pour la plupart sans services de base ; des fermetures de marchés et l'abandon de terres agricoles dans l'Artibonite aggravant une crise alimentaire touchant déjà près de la moitié de la population ; des attaques contre hôpitaux et écoles forçant des fermetures, dont l'hôpital de MSF à Cité Soleil ; et de sévères contraintes d'accès humanitaire, avec 37 travailleurs humanitaires tués, blessés, enlevés ou arrêtés entre 2020 et 2022. La note soutient que la violence a peu de chances de refluer : la Police nationale d'Haïti est passée d'environ 15 000 agents en 2020 à quelque 9 000 en 2023, face à 20 000 à 30 000 membres de gangs estimés, tandis que la fragilité des alliances entre gangs, le 400 Mawozo, la paralysie judiciaire (83 % des plus de 11 000 détenus non jugés), la résurgence du choléra, les sanctions de l'ONU et les crises récurrentes du carburant aggravent l'urgence. Les besoins de financement humanitaire ont presque doublé par rapport à 2022.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis