(2023-11) Note anticipée d'ACAPS : Haïti - Retours de la République dominicaine (3 novembre 2023)
Resume — L'ACAPS analyse les conséquences humanitaires de la fermeture par la République dominicaine de sa frontière avec Haïti le 15 septembre 2023, déclenchée par le différend autour d'un canal alimenté par la rivière Massacre partagée. Plus de 100 000 Haïtiens étaient rentrés ou avaient été expulsés fin octobre, sur fond de harcèlement et de violences des forces de sécurité dominicaines. La note anticipe une aggravation des besoins en moyens de subsistance, sécurité alimentaire, abris, santé et protection dans un pays où 5,2 millions de personnes étaient déjà dans le besoin.
Constats Cles
- Plus de 100 000 Haïtiens sont rentrés de la République dominicaine entre la fermeture de la frontière le 15 septembre 2023 et le 24 octobre, poussés par le harcèlement des forces de sécurité dominicaines et l'intensification des expulsions (environ 22 000 renvois forcés pour le seul mois d'août).
- Les fermetures de frontière ont privé de revenus des dizaines de milliers de vendeurs haïtiens dépendant des marchés binationaux ; plus de 25 % des importations d'Haïti proviennent de la République dominicaine et 85 % du commerce bilatéral passe par voie terrestre, si bien qu'une fermeture prolongée menace les moyens de subsistance dans tout le pays.
- L'afflux de personnes de retour pèsera sur une crise déjà sévère : 5,2 millions de personnes dans le besoin, 4,35 millions en insécurité alimentaire IPC 3 ou pire jusqu'en février 2024, et près de 200 000 déplacés internes sans compter les nouveaux retours.
- Les structures de santé, dont les cliniques de Malpasse coupées de Port-au-Prince par la violence des gangs, ont limité leurs services après la perte des fournitures médicales dominicaines, tandis que l'augmentation des mouvements transfrontaliers accroît les risques de propagation du choléra, de traite et de violences contre les migrants.
- Le Plan de réponse humanitaire 2023 n'était financé qu'à 26 % au 14 septembre 2023, et l'insécurité aux points de passage comme Malpasse empêchait déjà l'accès humanitaire aux migrants refoulés.
Description Complete
Cette note anticipée, publiée le 3 novembre 2023, examine les impacts actuels et anticipés du différend frontalier entre Haïti et la République dominicaine autour de la construction d'un canal dans la plaine de Maribaroux alimenté par la rivière Massacre partagée. La République dominicaine a fermé ses frontières terrestres, aériennes et maritimes le 15 septembre 2023 et suspendu la délivrance de visas aux Haïtiens ; une réouverture partielle le 11 octobre a permis un commerce limité de biens essentiels, mais Haïti a maintenu fermé le passage de Ouanaminthe. Au 24 octobre, plus de 100 000 Haïtiens étaient rentrés de la République dominicaine, invoquant le harcèlement des forces de sécurité dominicaines, sur fond d'expulsions intensifiées (environ 22 000 renvois forcés pour le seul mois d'août, soit près du double du rythme mensuel habituel). La note repose sur une revue de sources secondaires et signale d'importantes lacunes d'information sur le nombre, les points d'entrée et les lieux d'installation des personnes de retour.
L'analyse anticipe qu'une fermeture prolongée aggravera une urgence déjà complexe : 5,2 millions de personnes dans le besoin, 4,35 millions en insécurité alimentaire de niveau Crise (IPC 3) ou pire jusqu'en février 2024, près de 200 000 déplacés internes et une épidémie de choléra comptant près de 65 000 cas suspects en un an. Secteur par secteur, elle documente la perte des moyens de subsistance des vendeurs des marchés binationaux (plus de 25 % des importations d'Haïti proviennent de la République dominicaine, 85 % du commerce bilatéral passant par voie terrestre), les pénuries de fournitures médicales qui ont contraint les cliniques de Malpasse à limiter leurs services, les risques accrus de traite et de violences contre les personnes de retour, et la pression sur les systèmes d'abris et d'EPAH alors que seulement 55 % de la population a accès à l'eau potable. Parmi les facteurs aggravants figurent le contrôle d'environ 90 % de Port-au-Prince par les gangs, une inflation de 40 % en glissement annuel en juillet 2023, une troisième année consécutive de récession et un Plan de réponse humanitaire 2023 financé à seulement 26 % à la mi-septembre.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis