(2023-03) Les Haïtiens ont-ils enfin trouvé la formule pour avancer ?
Resume — Keith Mines soutient que l'accord du 21 décembre (« Consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes »), signé discrètement par des acteurs des affaires, de la société civile et de la politique avec le PM Ariel Henry, offre l'architecture de transition la plus inclusive d'Haïti à ce jour. Son Haut Conseil de la Transition (HCT) et son organe de contrôle (OCAG) canalisent les voix haïtiennes vers la gouvernance et la préparation des élections, et méritent un appui diplomatique et financier international actif.
Constats Cles
- Haïti n'est pas un État failli mais un État au niveau le plus bas de fonctionnalité, conservant un gouvernement, des forces de sécurité, une diplomatie, des ports et aéroports fonctionnels et une société civile dynamique, atouts que l'émigration épuise rapidement.
- L'accord du 21 décembre 2022 crée l'architecture de transition la plus inclusive à ce jour, visant un gouvernement transitionnel efficace, transparent et représentatif et des élections d'ici fin 2023.
- Le HCT de trois membres (Mirlande Manigat, Laurent St. Cyr, Calixte Fleuridor), installé le 7 février, mènera des consultations en commençant par la sécurité, participera à la sélection du CEP et pilotera les révisions constitutionnelles, l'OCAG exerçant un contrôle de type législatif.
- L'influence de l'accord sur le PM Henry dépend de l'appui des alliés clés d'Haïti et de la qualité des consultations ; un secrétariat et des modèles comme le dialogue du Quartet tunisien et les dialogues régionaux colombiens pourraient les faire fonctionner.
- Modifier et développer cette architecture, éventuellement en ajoutant des membres au HCT, vaut bien mieux que tout recommencer en perdant une année.
Description Complete
Dans cette analyse de mars 2023 (édition en français), Keith Mines récuse l'étiquette d'« État failli » : ayant servi en Somalie après l'effondrement de 1992, il juge Haïti un État au niveau le plus bas de fonctionnalité, avec un gouvernement sous-performant et non élu, mais disposant encore de forces de sécurité, d'une représentation diplomatique, de ports et aéroports fonctionnels et d'une société civile dynamique, atouts que les États faillis n'ont pas, quoique l'émigration les épuise rapidement. L'accord du 21 décembre 2022, élaboré par une coalition d'acteurs des affaires, de la société civile et de la politique et endossé par le PM Ariel Henry, vise à créer une architecture de transition transparente et représentative menant à des élections d'ici fin 2023.
Ses piliers : un Haut Conseil de la Transition (HCT) de trois personnalités, l'ancienne première dame Mirlande Manigat (secteur politique), le président de la Chambre de commerce Laurent St. Cyr (affaires) et le président de la Fédération protestante Calixte Fleuridor (société civile), installés le 7 février pour mener des consultations en commençant par la sécurité, participer à la sélection du Conseil électoral provisoire (CEP) et piloter les révisions constitutionnelles ; et un OCAG exerçant un contrôle de type législatif sur les budgets et la gestion. Mines reconnaît les critiques, certains y voient un luxe de dialogue ou un soutien à un Premier ministre impopulaire, mais soutient que le dispositif canalise le dialogue directement vers la gouvernance et qu'amender cette architecture vaut mieux que tout recommencer en perdant une année. Le succès exige un appui international : un secrétariat pour le HCT/OCAG, de l'expertise pour les consultations complexes (dialogue du Quartet tunisien de 2011, dialogues régionaux colombiens, outils numériques face aux contraintes sécuritaires) et l'insistance diplomatique des alliés clés d'Haïti sur la mise en œuvre.
Notes
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