(2024-11) Quatre questions qui pourraient déterminer l'avenir d'Haïti
Resume — Après le limogeage du PM Garry Conille par le Conseil présidentiel de transition et les tirs contre un avion de ligne américain au-dessus de Port-au-Prince en novembre 2024, Georges Fauriol structure la trajectoire d'Haïti autour de quatre questions : les composantes du gouvernement intérimaire peuvent-elles coopérer, que faire après la mission MSS sous-performante, où va le soutien international sous une nouvelle administration américaine, et la transition démocratique de février 2026 est-elle encore réalisable. Le danger à court terme est l'effondrement de l'État avant l'adoption d'une approche sécuritaire efficace.
Constats Cles
- Le limogeage du PM Conille par le CPT le 10 novembre 2024 après six mois, sur fond d'accusations de corruption contre trois membres du CPT, a approfondi le cynisme envers la classe dirigeante et révélé des pouvoirs de décision flous entre conseil et Premier ministre.
- Le danger à court terme est que ce qui reste de l'État haïtien s'effondre avant que la communauté internationale ne s'accorde sur une approche sécuritaire efficace.
- La MSS est sans doute une occasion manquée : le déploiement kényan reste très en deçà des effectifs promis tandis que les gangs, opérant en toute impunité avec une ambition de type cartel, calibrent la violence à des fins politiques.
- Les options sécuritaires : opération de maintien de la paix onusienne classique (privilégiée mais lente, déploiement sans doute pas achevé avant le printemps 2025, opposition russo-chinoise), coalition dirigée par les États-Unis absorbant la MSS, campagne américaine directe contre les trafics avec contractuels privés, ou option Bukele de construction d'une armée aux sérieux inconvénients.
- La transition de février 2026 est non négociable pour Washington mais quasi impossible dans le calendrier annoncé ; le référendum constitutionnel est le jalon le plus atteignable, la participation présidentielle historique proche ou inférieure à 20 pour cent soulignant le défi électoral.
Description Complete
Cette analyse de novembre 2024 (édition en français) a été rédigée après le limogeage du PM Garry Conille par le Conseil présidentiel de transition (CPT) le 10 novembre au bout de six mois, sur fond d'accusations de corruption visant trois membres du CPT, et après les tirs contre un avion de ligne américain qui ont fermé le principal aéroport. Première question, la cohésion : avec Leslie Voltaire à la présidence et Alix Didier Fils-Aimé comme nouveau PM, il faut clarifier les pouvoirs de décision, activer l'Organe de surveillance de l'action gouvernementale resté en sommeil et formaliser le Conseil de sécurité du gouvernement de transition. Deuxième question, les options sécuritaires au-delà d'une MSS sous-performante : transition vers une opération de maintien de la paix onusienne classique (plus vaste et financée institutionnellement, mais lente à déployer, sans doute pas avant le printemps 2025, et confrontée à l'opposition russo-chinoise) ; fusion de la MSS dans une coalition robuste dirigée par les États-Unis ; une campagne régionale américaine directe contre gangs et réseaux de trafic avec contractuels privés spécialisés ; ou une « option Bukele » bâtissant une armée haïtienne moderne, séduisante pour certains mais potentiellement vouée à l'échec dans le contexte haïtien.
Troisième question, le soutien international entre en zone d'incertitude avec le changement d'administration américaine, tandis que la violence des gangs est de plus en plus calibrée à des fins politiques et que leur évolution suggère une ambition opérationnelle de type cartel. Quatrième question, la transition de février 2026 exige des quasi-miracles en 2025 : sécurité dans les rues, référendum constitutionnel (l'étape la plus atteignable, sur la base du rapport de commission parlementaire et du groupe d'étude constitutionnel de Jerry Tardieu sous le Comité de pilotage de la Conférence nationale), reconstitution du conseil électoral et financement du scrutin, avec un historique de participation proche ou inférieur à 20 pour cent. Conclusion : aucun soutien ne fonctionnera si les dirigeants haïtiens ne mettent pas de côté leurs ambitions personnelles, et des efforts internationaux fragmentés ne produiront pas la transition de 2026.
Notes
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