(2025-01) Dernière chance ? Sortir de l'impasse politique et criminelle en Haïti
Resume — Note d'orientation du GI-TOC évaluant la crise politico-criminelle d'Haïti au début de 2025, après une année où au moins 5 601 meurtres ont été enregistrés, où les gangs ont consolidé le contrôle de 85 pour cent de Port-au-Prince à travers la coalition Viv Ansanm et où plus d'un million de personnes ont été déplacées. S'appuyant sur un travail de terrain et des entretiens, elle soutient que les gangs sont passés de la violence à une gouvernance criminelle fondée sur l'extorsion systématique et que ni la Mission multinationale d'appui à la sécurité, sous-financée, ni la transition politique paralysée ne pourront inverser la tendance sans une stratégie combinant sécurité publique, justice et lutte contre la collusion politico-criminelle.
Constats Cles
- En 2024, au moins 5 601 meurtres ont été enregistrés, soit un taux d'homicide de près de 48 pour 100 000, et les déplacements internes ont triplé pour dépasser un million de personnes.
- La coalition Viv Ansanm a presque éliminé les affrontements entre gangs, leur permettant de contrôler 85 pour cent de Port-au-Prince et de s'étendre en province, avec une hausse annuelle de 70 pour cent du recrutement d'enfants.
- L'extorsion est devenue un vaste système de taxation illégale: les gangs contrôlent ou perturbent la quasi-totalité des infrastructures critiques, des terminaux portuaires aux routes principales et aux passages frontaliers, au point que le commerce ne peut guère fonctionner sans leur consentement.
- La mission MMAS reste gravement sous-dotée, avec 566 agents déployés sur les 2 500 prévus et 97,4 millions de dollars reçus contre un besoin annuel estimé à 600 millions en janvier 2025.
- La transition politique est paralysée par les luttes internes, comme l'illustrent le limogeage du Premier ministre Conille en novembre 2024 et les accusations de corruption visant trois membres du Conseil présidentiel de transition.
Description Complete
Cette note de l'Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti du GI-TOC dresse le bilan d'une année de violence sans précédent et trace des pistes d'action pour 2025. En 2024, au moins 5 601 meurtres ont été enregistrés, soit un taux d'homicide annuel de près de 48 pour 100 000 habitants, les déplacements internes ont triplé pour dépasser un million de personnes, et la coalition Viv Ansanm, coordonnée par Jimmy Chérizier, a presque éliminé les affrontements entre gangs et étendu le contrôle criminel sur 85 pour cent de Port-au-Prince et de larges portions des provinces. La note identifie trois mutations structurelles: la consolidation d'une coalition de gangs qui sert de véhicule à une souveraineté parallèle; la montée de groupes d'autodéfense dont la frontière avec les forces publiques est de plus en plus floue; et l'enracinement d'une gouvernance criminelle où l'extorsion fonctionne comme un vaste système de taxation illégale couvrant les ports, les routes principales, la production agricole et les passages frontaliers, au point que l'économie ne peut guère fonctionner sans le consentement des gangs. Elle documente la paralysie de la transition bicéphale (Conseil présidentiel de transition et gouvernement), y compris le limogeage du Premier ministre Garry Conille en novembre 2024, et le sous-financement de la mission MMAS dirigée par le Kenya, qui comptait 566 agents et 97,4 millions de dollars contre un besoin annuel estimé à 600 millions en janvier 2025. La méthodologie combine observations de terrain et entretiens en Haïti avec une recherche documentaire. Les recommandations pour 2025 comprennent le renforcement de l'analyse de l'économie politique de la violence, un appui urgent et une refonte stratégique de la police et de la MMAS, une médiation pour relancer la transition, une stratégie de justice ciblant les pactes d'impunité et les complices en col blanc, une mise en œuvre cohérente des sanctions et de l'embargo sur les armes, des évaluations de la menace criminelle pour toute opération de maintien de la paix, et des programmes renforcés de désarmement, de démobilisation et de réduction de la violence communautaire.