(2024) Human Rights and the Rule of Law in Haiti: Key Recent Developments, June through November 2024
Summary — IJDH's periodic human rights and rule of law update covering June to November 2024 documents worsening armed-group violence, Transitional Presidential Council corruption, judicial dysfunction, humanitarian collapse and failures of the Multinational Security Support mission.
Key Findings
- Armed-group violence escalated despite the MSS deployment, with the Pont-Sonde massacre killing at least 50 people and coordinated Viv Ansanm attacks displacing more than 40,000 people in a single week. More than 5,000 people were killed since January 2024 and more than 700,000 were internally displaced. Four members of the Transitional Presidential Council were implicated in corruption scandals while the justice sector remained largely non-functional. About 40 percent of Haitians live in extreme poverty and more than 5.4 million face acute food insecurity, while the Dominican Republic launched a program to return 10,000 Haitians per week.
Full Description
This 82-page update in IJDH's periodic series on human rights and the rule of law in Haiti covers June through November 2024. It reports that insecurity and humanitarian crises deepened despite partial deployment of the Multinational Security Support mission (MSS), citing the Pont-Sonde massacre that killed at least 50 people, coordinated Viv Ansanm attacks that displaced more than 40,000 people in one week, and the forced halt of international air traffic. The report states that more than 5,000 people were killed since January and more than 700,000 were internally displaced. It documents corruption allegations implicating four members of the Transitional Presidential Council, chronic impunity, a largely non-functional justice sector, inhumane detention conditions, rising gender-based violence and child recruitment, and deteriorating economic and social rights, with about 40 percent of Haitians in extreme poverty and more than 5.4 million acutely food insecure. It also reviews migration pressures, including Dominican Republic removals, and criticizes international engagement patterns, including continued US-origin arms flows.
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Droits Humains et État de droit en Haïti:
principaux développements récents
de juin à novembre 2024
Décembre 2024
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 i
À propos de l’auteur
L’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (IJDH, Institute for Justice and Democracy in Haiti),
organisation à but non lucratif basée aux États-Unis, travaille en solidarité avec son organisation sœur basée
en Haïti, le Bureau des Avocats Internationaux (BAI) ; ensemble, elles œuvrent pour un changement
systémique en Haïti en aidant les activistes haïtiens et les groupes de base à faire appliquer leurs droits
humains
I
internationalement reconnus. Le BAI et l’IJDH combinent des stratégies comprenant : (a) des litiges
en Haïti, aux États-Unis et au-delà ; (b) plaidoyer public dans les espaces publics, la presse, les universités et
les médias sociaux ; (c) renforcement des capacités de groupes de base et d’activistes ; (d) formation d’avocats
spécialisés dans les droits humains ; et (e) développement de réseaux de plaidoyer et de collaborations dans
le monde entier. Depuis près de 30 ans, la BAI et l’IJDH assurent la sécurité des activistes, mobilisent des
alliés internationaux dans la lutte pour les droits humains en Haïti et poussent les systèmes judiciaires à servir
les communautés marginalisées.
Remerciements
L'IJDH tient à remercier Nicole Waddick, avocate chez Gibson Dunn, et Logan Nantais, étudiant à la faculté
de droit de l'université de Californie à Irvine, pour leurs contributions considérables et bénévoles à la
préparation de cette mise à jour.
L'IJDH exprime également sa profonde reconnaissance à Gabrielle Apollon, Rachel Bernard, Nixon Boumba,
Barbara Campbell, Rosy Auguste Ducéna, Jessica Hsu, Jake Johnston, Michelle Karshan, Melinda Miles et
Pascale Solages pour leurs contributions et leurs commentaires sur les versions préliminaires, ainsi que pour
leur solidarité et leur collaboration avec le travail de l’IJDH.
L'IJDH exprime également sa profonde gratitude à Respond Crisis Translation, un partenaire fréquent de
l'IJDH dans la promotion de la justice linguistique, pour la réalisation bénévole d’une traduction française de
cette mise à jour.
I
I
Afin d’assurer un texte sans stéréotype de genre et aussi inclusif que possible, l’expression anglaise sans stéréotype de genre
« human rights » a été traduite dans tout le document par l’expression française également sans stéréotype de genre « droits
humains », y compris lorsqu’une organisation utilise des expressions stéréotypées de genre (comme « droits de l’homme ») dans ses
publications et/ou sur son portail internet. Ce principe s’applique également aux citations de textes ou de sites web reproduits dans
ce document (à l’exception, le cas échéant, des noms français officiels d’organisations, pour lesquels ce nom officiel a été repris).
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 ii
Table des matières
À propos de l’auteur ......................................................................................................................... i
Remerciements .................................................................................................................................. i
Tableau des acronymes................................................................................................................... iii
Résumé analytique ........................................................................................................................... 1
I. Introduction .............................................................................................................................. 3
II. Violations des droits à la vie et à la sécurité de la personne ............................................. 4
La violence des groupes armés et les déplacements qu’elle entraîne ........................................ 4
Épidémie d’enlèvements persistante ........................................................................................... 5
Non-protection des civils, notamment défenseurs des droits humains et journalistes, par le
gouvernement.............................................................................................................................. 5
III. Mauvaise conduite du gouvernement, y compris la violence et la corruption
institutionnalisées ............................................................................................................................. 6
IV. Manque d’accès à la justice et impunité chronique ........................................................... 7
Dysfonctionnement du secteur de la justice et impunité chronique ........................................... 8
Conditions de détention inhumaines........................................................................................... 8
V. Absence d’égalité de droits et de protections ..................................................................... 9
VI. Effondrement des droits économiques et sociaux ............................................................ 11
Une économie en déclin ............................................................................................................ 11
Accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène ...................................................................... 12
Accès à la nourriture ................................................................................................................ 12
Accès aux soins de santé ........................................................................................................... 13
Accès à l’éducation ................................................................................................................... 13
VII. Pressions migratoires ...................................................................................................... 14
VIII. Non-respect des droits des Haïtiens par la communauté internationale.................... 15
Notes ................................................................................................................................................ 18
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 iii
Tableau des acronymes
BINUH Bureau intégré des Nations unies en Haïti
BSAP Brigade de Sécurité des Aires Protégées (Haïti)
CARICOM Communauté caribéenne
CBP Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis
CHNV Procédures pour Cubains, Haïtiens, Nicaraguayens et les Vénézuéliens
CICR Comité international de la Croix-Rouge
CPJ Comité pour la protection des journalistes
CPT / TPC Conseil présidentiel de transition d’Haïti (Transitional Presidential Council)
CRS Service de recherché du Congrès (U.S. Congressional Research Service)
CSNU Conseil de sécurité des Nations unies
CVJR Commission Vérité, Justice, Réparation
DHS Département (ministère) de la sécurité intérieure des États-Unis (Department of
Homeland Security)
HCDH Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme
HCR Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
HRW Human Rights Watch (Observatoire des droits humains)
MMAS
II
Mission multinationale d’appui à la sécurité
MSF Médecins sans frontières
OCHA Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies
OIM Organisation internationale pour les migrations
ONU Organisation des Nations unies
ONUDC Office des Nations unies contre la drogue et le crime
OPS Organisation panaméricaine de la santé (Pan American Health Organization)
PAM Programme alimentaire mondial
PHTK Pati Ayisyen Tèt Kale (Parti haïtien Tèt Kale)
PNH Police nationale d'Haïti
TPS Statut de protection temporaire (Temporary Protected Status)
ULCC Unité de lutte contre la corruption d’Haïti
UNICEF United Nations Children’s Fund (Fonds des Nations unies pour l'enfance)
II
La mission multinationale d’appui à la sécurité autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies (en anglais, Multinational
Security Support Mission - acronyme MSS) est désignée de manière non-uniforme dans la presse et les documents francophones
haïtiens et internationaux (parfois comme « mission multinationale de soutien à la sécurité » - acronyme « MMSS », parfois par son
acronyme anglais « MSS »). Pour éviter toute confusion, ce texte utilise, autant que possible, la dénomination française utilisée dans
la résolution 2699 (2023) du CSNU du 2 octobre [sur l’autorisation aux États membres de former et de déployer une mission
multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) en Haïti pour une période initiale d’un an], à savoir « mission multinationale d’appui à
la sécurité » - acronyme « MMAS ».
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 1
Résumé analytique
Depuis la dernière mise à jour de juin de l'IJDH sur les droits humains et l'État de droit en Haïti, l'insécurité
et les crises humanitaires déjà catastrophiques se sont encore aggravées. Le Conseil présidentiel de
transition (CPT) - chargé de mettre en œuvre un accord politique conçu pour ouvrir la voie à des élections
régulières et à un gouvernement fondé sur les droits, de lutter contre l'insécurité d'une manière qui mette
l'accent sur la souveraineté haïtienne, et de garantir la justice et un cadre de responsabilité - a eu du mal à
remplir ses obligations. Au contraire, il y a des indications que le CPT répète les schémas de corruption et
d'accaparement de l'État qui ont défini les 14 années précédentes des régimes affiliés au Pati Ayisyen Tèt
Kale, soutenu par les États-Unis.
Au cours de la période couverte par le présent rapport, les violations du droit à la vie et à la sécurité de la
personne que le gouvernement n'a pas pu ou voulu contrôler se sont encore multipliées, malgré le
déploiement partiel de la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS). Les plus notables sont le
massacre de Pont-Sondé qui a fait au moins 50 morts et qui n'a reçu aucune réponse de la police ou de la
MMAS, et ce malgré un avertissement préalable ; plusieurs attaques coordonnées à grande échelle par la
coalition de groupes armés Viv Ansanm, qui ont déplacé plus de 40 000 personnes en l'espace d'une
semaine ; et l'arrêt forcé du trafic aérien international. Les groupes armés continuent de s'étendre à des
zones auparavant considérées comme sûres et utilisent des tactiques brutales pour contrôler la population.
Plus de 5 000 personnes ont été tuées depuis janvier, et plus de 700 000 sont déplacées à l'intérieur du pays ;
les enlèvements restent très répandus et les journalistes et défenseurs des droits humains sont de plus en
plus menacés sans aucune protection du gouvernement. La police haïtienne reste faible et largement
inefficace. L'insécurité aiguë non résolue exacerbe les autres défis décrits dans cette mise à jour.
La corruption généralisée du gouvernement, l'impunité chronique et l'utilisation des groupes armés comme
instruments de violence politique ont directement précipité la crise haïtienne et la prolifération des groupes
armés. Des membres du CPT - dont quatre sont impliqués dans des scandales de corruption - et d'autres
représentants du gouvernement perpétuent ces schémas. En l'absence de l'État, les violences commises par
des acteurs non étatiques, ainsi que par la police et d'autres acteurs gouvernementaux recourant à une force
illégale et aveugle, se sont multipliées. L'impunité systémique pour ces actes et d'autres préjudices -
notamment en raison de la corruption endémique et de la politisation du système judiciaire - alimente le
cycle de la violence et contribue à délégitimer encore davantage le gouvernement de transition, déjà en
difficulté. Le secteur judiciaire haïtien reste pratiquement inopérant en raison du démantèlement
systématique par des gouvernements corrompus, de la négligence chronique et de l'insécurité aiguë qui
affecte le fonctionnement des tribunaux. Les taux élevés de détention provisoire et les conditions carcérales
inhumaines constituent des violations graves et distinctes des droits humains.
L'insécurité et la crise humanitaire interdépendante continuent d'avoir un impact disproportionné sur les
personnes déjà en marge de la société. Au cours de la période couverte par le présent rapport, la violence
sexiste à l'encontre des femmes et des filles a augmenté de manière significative, en particulier dans les
sites de déplacement. Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets de la crise, ce que les groupes
armés exploitent pour augmenter considérablement le recrutement d'enfants. Les femmes, les enfants et les
autres personnes vulnérables n'ont pas suffisamment accès aux ressources et aux protections, ce qui reflète
une discrimination structurelle de longue date. La marginalisation persistante des femmes dans le processus
de transition - qui viole le droit des femmes haïtiennes à l'égalité et à la pleine participation à leur
gouvernement - risque de perpétuer les inégalités et les préjudices sexospécifiques, ainsi que d'affaiblir la
transition.
Le paysage social et économique d'Haïti, déjà catastrophique, s'est encore détérioré. Environ 40 % des
Haïtiens vivent dans l'extrême pauvreté et plus de 5,4 millions sont en situation d'insécurité alimentaire
aiguë, Haïti ayant été désignée comme une zone de famine « de plus haute préoccupation ». La fermeture
généralisée des écoles et des hôpitaux continue d'affecter des centaines de milliers de personnes.
Ces défis combinés continuent de pousser les Haïtiens à fuir. Pourtant, alors même que les États étrangers
évacuent leurs propres citoyens, ils continuent de mettre en œuvre des mesures racistes, inhumaines et, dans
de nombreux cas, illégales pour restreindre l'asile et forcer les Haïtiens à retourner dans des conditions
horribles. La République dominicaine, déjà responsable de 95 % des renvois vers Haïti, a mis en place un
nouveau programme visant à renvoyer 10 000 Haïtiens par semaine, ce qui a donné lieu à des abus
supplémentaires.
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 2
Les préjudices décrits ci-dessus ont créé un besoin désespéré d'aide extérieure, mais l'engagement étranger
poursuit trop souvent des schémas qui perturbent la stabilité à long terme d'Haïti et qui sont précisément à
l'origine de la crise actuelle. Les États-Unis et leurs partenaires internationaux continuent de soutenir des
acteurs haïtiens répressifs, favorisant ainsi la corruption et les dysfonctionnements du gouvernement, et ont
imposé la MMAS en dépit de profondes inquiétudes quant à sa capacité à apporter des améliorations
significatives. Comme l'avait prédit la société civile haïtienne, la MMAS a été incapable d’améliorer la
sécurité de manière significative et ne dispose toujours pas des éléments fondamentaux pour assurer la
protection des civils et la responsabilisation correspondante. En même temps, la non-interruption par les
États-Unis du flux illicite d'armes vers Haïti continue d'alimenter l'horrible violence.
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 3
I. Introduction
Si la période couverte par le précédent rapport
III
a suscité un moment d'espoir lorsque les acteurs politiques
haïtiens se sont réunis pour former un gouvernement de transition,
1
les six derniers mois les ont anéantis,
en démontrant les effets pernicieux de l'influence étrangère qui permet à des acteurs corrompus de
s’emparer de l'État. Le gouvernement de transition haïtien est devenu de plus en plus dysfonctionnel et
inefficace. La combinaison de pratiques d'exclusion et de graves scandales de corruption non traités a
encore érodé sa crédibilité. La situation des droits humains, notamment en ce qui concerne l'insécurité et
les besoins humanitaires, s'est considérablement détériorée malgré le déploiement partiel de la mission
multinationale d’appui à la sécurité (MMAS). Selon de nombreux témoignages, les conditions de vie à
Port-au-Prince et dans ses environs sont les pires jamais observées du vivant de la population et
s'apparentent à un véritable « enfer ».
2
En mettant à l'écart les préférences de la société civile et en installant, sans garanties de responsabilisation
3
,
des acteurs affiliés au Pati Ayisyen Tèt Kale (PHTK) au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT),
l'ingérence de la communauté internationale dans le processus de transition a, comme on pouvait s'y
attendre, engendré un système de corruption non combattue, de luttes de pouvoir et de gouvernement
inefficace. Trois membres du CPT
4
sont impliqués dans un grave scandale de corruption,
5
et un autre est
accusé de détournement de fonds.
6
Malgré l’immense tollé populaire en Haïti, aucun d'eux n'a démissionné
ni n'a fait l'objet de sanctions.
7
En revanche, les réactions publiques et les réponses des partenaires
internationaux
8
ont été timides, voire inexistantes. Ces scandales ont anéanti la confiance du public envers
une institution déjà compromise.
9
Le 11 novembre, le CPT a remplacé le Premier ministre Garry Conille par Alix Didier Fils-Aimé à la suite
d'une escalade de conflits au sein du gouvernement.
10
M. Conille a dénoncé son remplacement comme
inconstitutionnel
11
et les réactions internationales ont été peu enthousiastes.
12
Au moment de la rédaction
de ce rapport, il est trop tôt pour évaluer la performance de M. Fils-Aimé ; jusqu'à présent, elle s'est traduite
par le remplacement de plusieurs ministres et de postes subalternes.
13
Entre-temps, les groupes armés ont
cherché à utiliser cette éviction, ainsi que les défis plus importants posés au CPT, comme justification
politique de leurs actes de violence. Le jour de l'inauguration, la coalition de groupes armés Viv Ansanm a
lancé une série d'attaques visant les quartiers pauvres traditionnellement opposés au PHTK ainsi que le
trafic aérien international, accompagnées d'une rhétorique anti-CPT.
14
Le CPT a également éprouvé des difficultés à s'acquitter de son mandat proprement dit, notamment les
obligations spécifiques prévues par l'accord politique du 3 avril 2024 pour une transition pacifique et
ordonnée (Accord de transition).
15
Jusqu'au 4 décembre, le Conseil électoral provisoire (CEP) était
incomplet ; il reste embourbé dans la controverse sur les défis procéduraux et le manque de transparence,
et il est presque certain qu'il ne sera pas en mesure d'organiser comme prévu des élections intégrales d'ici
la fin de l'année 2025.
16
La Commission Vérité, Justice et Réparations (CVJR), prévue par l'accord de
transition, a été nommée, mais n'a pas fait état publiquement d'activités significatives. La société civile
haïtienne a critiqué l'absence de consultation des organisations féministes et de défense des droits humains
lors de la formation de la CVJR et l'inclusion de trois commissaires affiliés au PHTK.
17
Ni l'entité de
contrôle (Organe de contrôle de l'action gouvernementale) ni le Conseil national de sécurité, tous deux
requis par l'Accord de transition, n'ont été formés. Le CPT n'a pas non plus respecté les exigences
constitutionnelles en matière d'équité, notamment en veillant à ce que les femmes occupent au moins 30 %
de tous les postes gouvernementaux.
18
Le bilan médiocre du gouvernement de transition à ce jour est d'autant plus décevant que la situation
sécuritaire et humanitaire s'est détériorée de façon dramatique sous son mandat. Le déploiement de la
MMAS - qui ne dispose toujours pas de suffisamment de ressources, de personnel ou de garanties en matière
de droits humains - n'a guère apporté de bénéfices tangibles.
19
Les groupes armés ont continué à consolider
et à renforcer leurs opérations
20
pour infliger une violence impitoyable,
21
pour étendre leur contrôle
territorial à des zones non touchées auparavant,
22
pour s'emparer de ou pour détériorer totalement des
infrastructures essentielles
23
et pour peser sur la dynamique politique.
24
La police reste incapable d'affronter
les groupes armés de manière adéquate en raison de la combinaison persistante de son taux d'attrition, de
l'insuffisance de ses ressources et de sa collusion avec les groupes armés.
25
Plusieurs attaques de grande
envergure
26
- dont le massacre d'au moins 50 personnes dans la commune de Pont-Sondé, qui, malgré un
III
Les précédentes mises à jour de l'Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (IJDH) sont disponibles sur le site de l'IJDH
à l'adresse suivante : IJDH, News and Resources Publications : Human Rights Updates, https://www.ijdh.org/news-and-
resources/publications/.
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 4
avertissement préalable, n'a bénéficié d'aucune protection de la police ou de la MMAS, et l'arrêt du trafic
aérien international après des tirs sur plusieurs avions
27
- sont quelques-unes des manifestations les plus
visibles de la détérioration aiguë de la situation. Elles soulignent la douleur physique, les angoisses et les
privations qui constituent la réalité quotidienne d'un nombre croissant d'Haïtiens directement touchés.
28
Ces
maux sont aggravés par la recrudescence fulgurante de la faim
29
et des déplacements de population,
30
alors
même que les services médicaux et autres ne cessent de détériorer.
31
Cette violence dévore l'avenir d'Haïti,
32
incarnée par son impact sur les enfants haïtiens, qui subissent de manière plus aiguë ces privations et qui
sont systématiquement forcés de rejoindre les groupes armés.
33
En l'absence de protections de la part de
l'État, des civils, parfois conjointement avec des officiers de police,
34
ont utilisé des moyens de plus en plus
vicieux pour attaquer eux-mêmes des membres présumés de groupes armés.
35
Néanmoins, la réponse
humanitaire internationale continue de manquer cruellement de fonds,
36
et les renvois racistes et illégaux
d'Haïtiens vers la zone de crise se poursuivent.
37
II. Violations des droits à la vie et à la sécurité de la personne
La période couverte par le présent rapport a été caractérisée par une nouvelle augmentation significative de
l'ampleur de la violence et du contrôle territorial exercé par les groupes armés.
38
Ces groupes armés, dont
certains opèrent conjointement sous la bannière de Viv Ansanm,
39
ont lancé de multiples attaques
coordonnées de grande envergure contre la population et les infrastructures.
40
Depuis le mois de mai, les
tueries généralisées - notamment à la suite de tirs aveugles
41
- se sont multipliées dramatiquement
42
et les
déplacements de population ont pratiquement doublé.
43
Les groupes armés utilisent la situation économique
et humanitaire désespérée qui en résulte (voir section VI) comme outil de pression sur les jeunes Haïtiens
pour qu'ils rejoignent leurs rangs.
44
La police haïtienne reste incapable de protéger efficacement la
population contre les groupes armés, même avec le déploiement partiel de la MMAS.
45
En l'absence de
protections étatiques efficaces, un nombre croissant d'acteurs non étatiques prennent les armes et participent
aux combats, ce qui contribue à créer un environnement de plus en plus chaotique, fracturé et violent.
46
La violence des groupes armés et les déplacements qu’elle entraîne
• La violence des groupes armés, qui atteignait déjà des niveaux catastrophiques, a continué à
s'intensifier.
47
Le département de l'Ouest, qui comprend Port-au-Prince, et le département voisin de
l'Artibonite restent les épicentres de la violence,
48
bien que d'autres régions soient également de plus en
plus affectées.
49
Plus de 85 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince continue d'être sous le contrôle
de groupes armés.
50
Les groupes armés ciblent aussi plus souvent des zones auparavant considérées
comme sûres
51
et intensifient leurs efforts pour fermer des routes, des voies navigables et des aéroports
stratégiques
52
dans le but d'augmenter leurs revenus et d'établir des bases stratégiques.
53
Le principal
port maritime de la capitale a été contraint de fermer pendant près d'un mois en septembre en raison
d'attaques de groupes armés,
54
et l'aéroport international de Port-au-Prince reste fermé depuis le 12
novembre après que des groupes armés ont tiré sur plusieurs avions.
55
• Selon les estimations les plus récentes des Nations unies, plus de 5 000 personnes ont été tuées en Haïti
entre janvier et novembre à cause de la violence des groupes armés,
56
ce qui constitue une hausse par
rapport au nombre élevé de morts de l'année précédente.
57
Les attaques à grande échelle se sont
multipliées, entraînant des morts et des déplacements massifs.
58
Le 3 octobre, le groupe armé Gran Grif
a perpétré à Pont-Sondé
59
l'un des pires massacres que Haïti ait connu depuis des décennies, tuant au
moins 50 personnes et en déplaçant au moins 2 000.
60
À partir du 11 novembre, la coalition Viv Ansanm
a lancé des attaques coordonnées contre plusieurs quartiers de Port-au-Prince,
61
déplaçant en 10 jours
plus de 40 000 personnes et en tuant au moins 150.
62
• Les groupes armés continuent d'utiliser la brutalité et des restrictions à la liberté de mouvement comme
principales tactiques pour atteindre leurs objectifs.
63
Les sévices incluent la torture,
64
des mutilations,
65
des fusillades aveugles ainsi que des exécutions ciblées,
66
brûler des personnes, parfois vivantes,
67
l'utilisation de civils comme boucliers humains,
68
et la destruction et le pillage de biens.
69
Les groupes
armés continuent également à utiliser la violence sexuelle comme une arme.
70
Souvent, ils diffusent en
ligne des vidéos de leurs exactions afin d'en amplifier l’impact comme instruments de terreur et de
contrôle.
71
Les civils qui s'opposent aux activités criminelles
72
ou qui sont soupçonnés de collaborer
avec la police
73
ou les groupes d'autodéfense
74
sont fréquemment la cible de violences. En continuant à
consolider leur contrôle sur les principales voies de transport
75
et à perturber le trafic aérien et maritime,
76
les groupes armés ont encore réduit davantage la capacité des Haïtiens à se déplacer librement.
77
La
capitale est pratiquement coupée du reste du pays ;
78
des groupes armés ciblent les voyageurs pour les
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 5
extorquer et les violenter
79
et tuent les civils qui tentent de contourner les points de contrôle ou de quitter
les communes sans leur permission.
80
Plus généralement, les groupes armés dictent de nombreux aspects
de la vie dans les quartiers qu'ils contrôlent.
81
Ils se présentent parfois comme « protecteurs » de la
population,
82
mais dans la pratique, ils utilisent généralement leur contrôle pour extorquer de l'argent
tout en réduisant considérablement l'accès à des biens et services essentiels, tels que la nourriture, l'eau,
les soins de santé et l'éducation.
83
• En ce moment, Haïti connaît le taux le plus élevé au monde de déplacements internes causés à la violence
liée au crime.
84
L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 702 973 personnes
déplacées à l'intérieur du pays (PDI) en septembre,
85
mais ce nombre est sans doute encore plus élevé
après les attaques de novembre de groupes armés, qui ont provoqué le déplacement de 40 965 personnes
en tout juste semaine.
86
Environ 75 % des personnes déplacées de la région métropolitaine de Port-au-
Prince ont fui vers d'autres départements,
87
en particulier vers le sud,
88
où la grande majorité d'entre elles
vivent dans des familles d'accueil.
89
La pression sur les ressources locales qui en résulte a exacerbé les
tensions avec les communautés d'accueil,
90
qui craignent parfois que les personnes déplacées n'amènent
avec elles des groupes armés.
91
90 % des déplacés qui restent dans la région métropolitaine de Port-au-
Prince vivent dans environ 93 sites de déplacement improvisés et aléatoires,
92
notamment des écoles,
des espaces en plein air, des églises et des bâtiments gouvernementaux.
93
Les conditions de vie déjà
désastreuses de ces sites se sont encore détériorées.
94
De nombreux sites de déplacement de la capitale
sont situés dans des zones contrôlées par des groupes armés
95
et près de la moitié d’entre eux risquent
d'être expulsés par les autorités,
96
ce qui entrave les efforts d'aide et rend les PDI extrêmement exposées
à la violence
97
et à de nouveaux déplacements.
98
La surpopulation
99
et l’absence d'accès à une
alimentation adéquate, à l'eau potable, à l'assainissement et aux services de santé
100
exposent les PDI à
un risque accru de maladie.
101
Les conditions de vie désastreuses et le manque de sécurité dans les sites
de déplacement exacerbent également le risque de violence et d'exploitation sexuelles.
102
Le peu d'aide
ou de protection des personnes déplacées de la part de l'État reste inadéquat.
103
Dans la plupart des sites,
il n'existe pas de mécanismes de gestion fonctionnels,
104
et lorsque de tels mécanismes existent, ils
excluent les femmes,
105
bien que celles-ci et les enfants constituent la majorité des personnes
déplacées.
106
Les efforts des organisations humanitaires pour fournir une assistance aux PDI continuent
d'être entravés par l'insécurité et le manque de fonds.
107
Plus de 75 % des personnes déplacées interrogées
dans le cadre d'un rapport d'ONU Femmes ont déclaré n'avoir reçu aucune aide.
108
Épidémie d’enlèvements persistante
• Les groupes armés continuent d'utiliser les enlèvements comme une source essentielle de revenus et de
contrôle territorial.
109
Selon les rapports de l'ONU, les groupes armés ont enlevé 1 605 personnes entre
janvier et août,
110
principalement dans les départements de l'Artibonite et de l'Ouest.
111
En toute
probabilité, ce chiffre ne représente qu'une fraction du nombre total d'enlèvements.
112
Les « enlèvements
de masse »
IV
sont fréquents.
113
Les groupes armés ciblent tout particulièrement les personnes obligées
de voyager par les routes principales et les voies navigables,
114
ainsi que celles supposées avoir accès à
des richesses.
115
• Les enlèvements vont souvent de pair avec des violences supplémentaires, notamment viols, tortures et
meurtres, qui sont parfois filmés et diffusés sur les médias sociaux, comme moyen d'extorquer des
rançons plus élevées ou de punir les familles de ceux qui ne sont pas en mesure de les payer.
116
Les
personnes qui résistent aux enlèvements sont souvent abattues.
117
Non-protection des civils, notamment défenseurs des droits humains et journalistes, par le
gouvernement
• Malgré le déploiement de la MMAS
118
et un afflux d'aide étrangère visant à améliorer les capacités de
la police,
119
la Police Nationale d'Haïti (PNH) ne dispose toujours pas de suffisamment de personnel,
120
d'équipements,
121
d'armes
122
et de capacités logistiques et techniques
123
pour faire face efficacement les
groupes armés.
124
Les effectifs de la police continuent de baisser,
125
notamment en raison de l'incapacité
persistante du gouvernement à garantir des salaires adéquats payés à temps, ainsi que des mauvaises
conditions de travail.
126
Au 31 octobre, le nombre officiel d'officiers de police dans le pays s'élevait à 11
IV
Le Groupe d'experts de l'ONU entend par « enlèvements de masse » « les cas où 10 personnes ou plus sont enlevées en même
temps ». Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU ), Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti présenté en application de la
résolution 2700 (2023) , note 106, Doc. ONU S/2024/704 (30 septembre 2024),
https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/243/74/pdf/n2424374.pdf (ci-après Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti).
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 6
866,
127
soit plus de 1 000 de moins que le chiffre publié par les Nations unies en juin.
128
Les policiers
qui restent sont exposés à des risques extrêmes
129
et sont systématiquement pris pour cible par des
groupes armés qui déploient des tactiques de type militaire pour consolider la protection de leur territoire
contre les incursions de la police.
130
Chaque mois, environ trois policiers sont tués.
131
Les groupes armés
ont attaqué systématiquement les infrastructures de la police
132
afin de faciliter leur expansion territoriale
et d'empêcher la PNH de reprendre du terrain.
133
Au moins 74 des 412 installations de la police ne sont
plus opérationnelles à la suite de ces attaques,
134
et certaines seraient même utilisées comme quartiers
généraux par des groupes armés.
135
En raison de ces difficultés, la police ne réagit souvent pas aux
attaques
136
ou s'enfuit face à la puissance de feu et au nombre supérieurs des groupes armés.
137
Un
exemple emblématique en est l'absence d'intervention en temps utile de la PNH lors du massacre de
Pont-Sondé, alors qu'elle avait été avertie à l'avance et qu'elle avait reçu des demandes d'assistance, et
son refus subséquent d'assumer ses responsabilités.
138
Dans de nombreuses zones contrôlées par des
groupes armés, il n'y a plus de présence policière du tout.
139
Même lorsque la police affronte des groupes
armés, elle n'est pas en mesure de produire suffisamment de force, de se déployer dans plusieurs endroits
ou de tenir le territoire.
140
• Les initiatives civiles d'autoprotection par la force continuent de se développer
141
en l'absence
d'institutions étatiques fonctionnelles.
142
Entre janvier et septembre, des civils armés ont tué au moins
436 personnes soupçonnées d'appartenir à des groupes armés,
143
y compris des enfants.
144
Ce nombre
est probablement encore plus élevé depuis que des civils ont réagi contre des groupes armés qui
attaquaient Pétion-Ville en novembre.
145
Outre le fait que toutes ces exécutions sont extrajudiciaires,
certaines semblent viser des personnes qui ne sont pas associées à des groupes armés.
146
La police,
147
et,
dans certains cas, des groupes armés rivaux,
148
opèrent de plus en plus souvent aux côtés de civils armés.
Certains groupes d'autoprotection se livrent également à des activités criminelles non liées à la
protection,
149
ce qui renforce la crainte que les mouvements d'autoprotection contribuent à l'aggravation
de l'insécurité, la prolifération des armes illégales et l'érosion de la confiance de la communauté.
150
Plusieurs municipalités ont également créé leurs propres forces de police, qui opèrent en marge de la loi
et suscitent les mêmes inquiétudes.
151
• Les journalistes et les défenseurs des droits humains continuent de faire l'objet de menaces constantes.
152
Outre la violence généralisée, des attaques ciblées de groupes armés contre leurs bureaux et leur
personnel ont contraint de nombreuses organisations de défense des droits humains et organes
d'information à suspendre ou à réduire leurs activités.
153
Des chefs de groupes armés ont publiquement
menacé et attaqué des journalistes qui informaient sur leurs activités criminelles.
154
Des attaques contre
et des dommages accidentels à des infrastructures de télécommunications ont coupé l'accès à l'internet,
réduisant la capacité de communication en général, y compris en ce qui concerne la coordination des
réponses aux situations d'urgence.
155
L'incapacité du gouvernement à assurer une protection adéquate
contre ces menaces et ces attaques, à mener des enquêtes et à engager des poursuites persiste, ce qui a
conduit le Comité pour la protection des journalistes à classer Haïti comme le pire pays au monde en ce
qui concerne l'impunité pour meurtres de journalistes.
156
La violence ciblée et l'impunité, ainsi que
l'insécurité généralisée,
157
continuent de menacer la liberté de la presse et de réduire l’ensemble de
l'espace civique.
158
III. Mauvaise conduite du gouvernement, y compris la violence et la
corruption institutionnalisées
La corruption omniprésente au sein du gouvernement et un passé d'utilisation de groupes armés comme
outils de violence politique ont directement précipité la crise haïtienne et la prolifération des groupes
armés.
159
Ce modèle est perpétué par le gouvernement de transition. Plusieurs membres du CPT ont des
liens avérés avec des groupes criminels ou sont impliqués dans de graves allégations de corruption.
160
L'absence d'enquêtes significatives ou de sanctions ne fait que délégitimer et handicaper davantage cette
institution déjà compromise.
161
La corruption, des allégations crédibles de collusion avec les groupes armés
et l'impunité qui en résulte sont visibles à tous les niveaux du gouvernement, y compris au sein de la PNH.
162
Cet environnement permissif, combiné aux faiblesses des capacités décrites ci-dessus, érode encore
davantage le contrôle de l'État et contribue à renforcer la pratique croissante de la police et d'autres acteurs
gouvernementaux d'opérer bien en dehors de la loi en utilisant la force de manière illégale, aveugle et
extrajudiciaire.
163
• La collusion du gouvernement avec les groupes armés continue à faire obstacle au rétablissement de la
sécurité et de la bonne gouvernance.
164
Quatre des sept membres votants du CPT proviennent
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 7
d'organisations qui ont des liens avérés avec des groupes criminels, ce qui sape la crédibilité du
gouvernement de transition à rétablir la sécurité et à gouverner efficacement.
165
Selon le dernier rapport
du Groupe d'experts des Nations unies, les élites politiques et économiques continuent de financer des
activités criminelles
166
et d’utiliser des groupes armés pour consolider leur contrôle,
167
et elles sont
également impliquées dans des schémas de trafic d'armes
168
et de drogue.
169
Des preuves
supplémentaires sont apportées par une série de sanctions étrangères à l'encontre d'élites politiques dont
la complicité dans des activités criminelles a été établie.
170
La collusion entre des officiers de police et
des groupes armés reste très répandue,
171
malgré un changement de la direction de la police en juin, qui
était censé améliorer la situation.
172
De nombreux chefs de groupes armés sont d'anciens officiers de
police ou des agents de sécurité privés, ce qui met en évidence les liens étroits entre les forces de sécurité
haïtiennes et les groupes armés qu'elles sont censées combattre.
173
Il existe également des preuves
irréfutables que des officiers de police fournissent des armes à des groupes armés.
174
• La police a tué au moins 1 463 personnes entre janvier et septembre, ce qui suscite des inquiétudes sur
l'usage excessif de force par la police dans ses efforts pour faire face aux groupes armés.
175
Un grand
nombre de ces homicides ont eu lieu au cours d'opérations antigang ;
176
le groupe d'experts des Nations
unies rapporte que de janvier à mars, 590 civils non affiliés à des groupes armés ont été tués au cours de
pareilles opérations.
177
D'autres homicides sont le résultat d'exécutions extrajudiciaires par des
procureurs
178
et par la police.
179
Ainsi, le 11 novembre, des policiers et des membres d'un groupe civil
d'« autoprotection » ont brutalement arrêté une ambulance de Médecins sans frontières (MSF) qui
transportait trois personnes blessées par balle. Ils ont aspergé de gaz lacrymogène et menacé le personnel
de MSF, et ils ont exécuté au moins deux des patients.
180
Cet incident est révélateur de l'émergence d'une
dynamique où des policiers opèrent en dehors de la loi, souvent aux côtés d'acteurs privés, et de
l'effondrement du contrôle et de la sécurité de l'État qui en résulte.
181
Parallèlement à ce type d'abus, la
PNH a persisté à répondre par une répression violente
182
aux manifestations des Haïtiens contre les
échecs du gouvernement.
183
Les efforts des autorités haïtiennes pour enquêter et poursuivre ces
violations sont limités et controversés,
184
et l'impunité reste la norme.
185
Sur les 108 enquêtes ouvertes
entre le 17 avril et le 7 octobre par l'Inspection générale de la PNH sur des incidents de violation des
droits humains par des policiers, seules 15 ont abouti à des mesures administratives et deux seulement
ont été transmises pour des poursuites judiciaires.
186
En même temps qu'il ne protège pas les journalistes
contre la violence,
187
le gouvernement limite lui-même la liberté d'expression. Par exemple, en
novembre, le gouvernement a suspendu un talk-show politique après que le chef d'un groupe armé,
Jimmy Chérizier, ait appelé l'émission.
188
• La corruption généralisée à tous les niveaux du gouvernement persiste et sape le fonctionnement de
l'État et la confiance dans les institutions.
189
Quatre membres du CPT sont impliqués dans de graves
allégations de corruption, exacerbant les inquiétudes quant à la crédibilité du gouvernement de transition
à reconstruire les institutions démocratiques d'Haïti et à organiser des élections libres et équitables.
190
Trois
191
sont accusés d'abus de pouvoir, de subornation et de corruption,
192
comme corroboré dans un
rapport de l'Unité de lutte contre la corruption d'Haïti (ULCC).
193
Le quatrième
194
est accusé de
détournement de fonds destinés aux services de renseignement.
195
Malgré des appels à la démission,
196
ces quatre membres du CPT ont tous conservé leur siège au Conseil.
197
La corruption s’étend bien au-
delà du CPT, d'anciens sénateurs,
198
des membres de la PNH,
199
et un certain nombre de bureaux
gouvernementaux
200
et diplomatiques
201
étant impliqués dans une série de scandales. Les efforts des
autorités haïtiennes pour enquêter et réagir aux allégations de corruption
202
n’aboutissent que rarement
à des condamnations.
203
L'absence de transparence dans ces affaires reflète les schémas d'impunité et de
corruption qui ont précipité la crise actuelle en Haïti, comme en témoignent le détournement de plus de
2 milliards de dollars US entre 2008 et 2016 du fonds de développement PetroCaribe par de hauts
fonctionnaires, et le recours ultérieur à des groupes armés pour étouffer les demandes populaires de
responsabilisation des coupables.
204
IV. Manque d’accès à la justice et impunité chronique
Le secteur judiciaire haïtien n'est toujours pas en mesure de dispenser la justice pour la vaste majorité des
Haïtiens.
205
Sa faiblesse est le résultat de négligence chronique, sous-financement et démantèlement
délibéré par des gouvernements corrompus successifs.
206
L'insécurité aiguë ajoute des obstacles
supplémentaires.
207
Il en résulte une culture de l'impunité, protégée par une corruption et une politisation
bien ancrées,
208
qui alimente le cycle de la violence en Haïti.
209
Les conditions misérables dans les prisons
haïtiennes se sont encore détériorées et sont exacerbées par la persistance de taux élevés de détention
provisoire et de graves problèmes dans l'administration pénitentiaire.
210
Les violations flagrantes des
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 8
procédures régulières dans les prisons soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la capacité de la PNH ou
de quelconque mission étrangère en Haïti à détenir, conformément au droit en vigueur et à leurs propres
procédures opérationnelles, des individus dans le cadre d'opérations contre les groupes armés.
211
Dysfonctionnement du secteur de la justice et impunité chronique
• En raison de l'insécurité généralisée, le fonctionnement des tribunaux reste très limité.
212
Au moins 13
tribunaux dans les départements de l'Ouest et de l'Artibonite sont complètement fermés ou ont été obligés
de se déplacer en raison d'attaques de groupes armés ou de la proximité de ces derniers.
213
Même lorsque
les tribunaux sont en mesure de fonctionner, le personnel judiciaire est parfois incapable de s'y rendre
en raison de l'insécurité, ce qui les rend de fait non opérationnels.
214
Des menaces, violences et
intimidations contre les acteurs judiciaires, perpétrées dans une impunité quasi-totale, continuent de
saper le fonctionnement et l'indépendance de la justice.
215
• Le manque chronique de ressources continue également à entraver le fonctionnement des tribunaux et
la capacité du système judiciaire à assurer des procès équitables.
216
Seulement 1 % environ du budget
de l'État est consacré au secteur de la justice.
217
Les tribunaux manquent d'équipements essentiels et les
installations sont délabrées.
218
Les grèves chroniques et prolongées du personnel des tribunaux pour
protester contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail
219
entravent encore plus le
fonctionnement du système judiciaire.
220
• La corruption endémique et la politisation du système judiciaire compromettent l'accès à la justice.
221
Par exemple, il existe des accusations crédibles contre le ministre de la Justice du gouvernement Conille,
Carlos Hercule,
222
qui aurait abusé de son pouvoir pour influencer l'issue de certaines affaires et aurait
négligé d'enquêter correctement sur des allégations selon lesquelles un procureur aurait commis une
exécution extrajudiciaire pendant son mandat.
223
Souvent, des criminels présumés qui ont du pouvoir,
des affiliations avec des groupes armés ou des liens avec le gouvernement sont souvent pas arrêtés
224
ou
sont relâchés sans jamais avoir été jugés.
225
• Les défis décrits ci-dessus perpétuent l'impunité.
226
Pratiquement aucun progrès n'a été réalisé dans un
certain nombre de cas très notoires, notamment les assassinats de l'ancien président Jovenel Moïse,
227
de l'ancien bâtonnier de Port-au-Prince Monferrier Dorval,
228
de l'activiste politique Antoinette Duclair,
des journalistes Diego Charles
229
et Gary Tesse,
230
et de l'activiste LGBTQI+ Charlot Jeudy.
231
L'enquête
sur le scandale de corruption PetroCaribe reste également bloquée.
232
Il n'y a eu que peu ou pas d'efforts
pour enquêter et poursuivre les violences massives commises par les groupes armés à l'encontre de la
population, y compris de nombreux massacres très visibles
233
et d'innombrables cas de violences
sexuelles.
234
En juillet, après près de six ans d'impunité pour le massacre de La Saline, le juge Jean
Wilner Morin a formellement inculpé plus de 30 personnes - parmi lesquelles l'ancien officier de la PNH
Jimmy Chérizier et deux hauts fonctionnaires du gouvernement Moïse, Fednel Monchery et Joseph
Pierre Richard Duplan
235
- pour leur implication présumée dans le massacre.
236
Mais aucune action n'a
été entreprise et tous les trois sont toujours en liberté, tandis que Chérizier (y compris dans son rôle de
dirigeant et de porte-parole de Viv Ansanm
237
) continue de terroriser la population en toute impunité.
238
Bien que le gouvernement de transition ait formellement créé une Commission Vérité, Justice et
Réparations chargée d'enquêter sur ces abus et d'autres violations graves, il n'est pas clair quelles
mesures ont été prises par cette Commission en vue d'atteindre cet objectif.
239
Conditions de détention inhumaines
• Les prisons haïtiennes, où les conditions de détention violaient les normes en matière de droits humains
bien avant la crise actuelle,
240
restent désastreusement surpeuplées,
241
un défi permanent exacerbé par
les fermetures de prisons dues aux attaques des groupes armés.
242
Les Nations unies ont calculé que les
prisons sont à 307 % de leur capacité, avec seulement 0,33 mètres carrés d'espace de cellule par
personne.
243
Les autorités continuent également d'incarcérer des personnes dans des cellules improvisées
au sein des commissariats de police, dans des conditions tout aussi inhumaines de surpopulation.
244
Le
taux de détention provisoire est d'au moins 84 %.
245
• Les prisonniers continuent à ne pas recevoir d'aliments adéquats, d'eau propre, d'installations sanitaires
et de soins de santé.
246
Les besoins de base sont assurés presque exclusivement par la société civile et
des organisations humanitaires,
247
dont les activités sont de plus en plus entravées par l'insécurité.
248
Des
détenus ont déclaré ne recevoir qu'un seul repas par jour,
249
ou même passer plusieurs jours sans
manger.
250
Les conséquences sanitaires sont désastreuses,
251
des images de détenus « squelettiques »
circulant sur les médias sociaux.
252
Au moins 185 personnes incarcérées sont mortes en 2023
253
et au
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 9
moins 111 autres entre janvier et août 2024, principalement de maladies infectieuses et liées à la
malnutrition.
254
• Les fermetures de prisons et la surpopulation ont fait que des mineurs et des femmes sont incarcérés
dans les mêmes locaux que les hommes.
255
Cette situation expose les femmes et les enfants à un risque
accru de violence, en particulier de violence sexuelle.
256
L'accès des enfants à l'éducation et à un soutien
spécialisé pendant leur incarcération a été quasiment supprimé.
257
L'absence de soutien à la réintégration
des adolescents augmente le risque de récidive et perpétue le cycle de la violence, d'autant plus que les
groupes armés ciblent les enfants vulnérables pour les recruter.
258
• La combinaison de ces pressions, des mauvaises conditions de travail du personnel pénitentiaire et de
l'insécurité généralisée crée un risque accru de préjudices supplémentaires et a contribué au non-respect
des garanties prévues par la loi. Par exemple, lorsque à la prison civile de Saint-Marc, les gardiens se
sont mis en grève en août pour réclamer de meilleures conditions de travail, la direction de
l'administration pénitentiaire n'a pas fourni de nourriture aux personnes incarcérées, ce qui les a poussées
à tenter de s'évader de la prison.
259
Les archives de la prison et les dortoirs des gardiens furent détruits,
et en répondant à l'incident, la police tua 15 détenus non armés, qui furent enterrés dans une fosse
commune.
260
En juillet, des agents des services pénitentiaires qui transféraient des détenus d'un
établissement à l'autre pour des raisons de sécurité ont gravement violé leurs droits en les transportant
nus dans une bétaillère non couverte.
261
Ces incidents sont révélateurs de l'incapacité du système à traiter
les personnes incarcérées comme des détenteurs de droits.
V. Absence d’égalité de droits et de protections
L'aggravation de la sécurité et des crises humanitaires continue d'avoir des répercussions spécifiques et
cumulées sur les personnes qui sont déjà marginalisées d'autres façons. Cette année, les violences basées
sur le genre (VBG),
V
qui touchent principalement les femmes et les filles,
262
ont encore augmenté de façon
vertigineuse, avec des preuves de plus en plus nombreuses de l'escalade des préjudices dans les situations
de déplacement.
263
Une évolution particulièrement notable est l'explosion du recrutement d'enfants dans les
groupes armés, stimulée par la plus grande vulnérabilité des enfants face aux les déplacements croissants,
à la faim et à d'autres privations.
264
Malgré les efforts continus d'organisations haïtiennes, elles-mêmes
vulnérables à la violence, pour fournir de l’aide, les personnes marginalisées continuent d'éprouver de plus
en plus de difficultés à accéder à des ressources et à des protections.
265
Cette dynamique est sous-tendue
par des inégalités structurelles
266
qui continuent d'être négligées à cause de gouvernements successifs
corrompus et exclusifs.
267
La marginalisation persistante du leadership et des priorités des femmes par le
gouvernement de transition d'Haïti
268
- et ce malgré les obligations légales contraires
269
et le plaidoyer
concerté des organisations féministes et de défense des droits humains
270
- indique que le schéma est en
train de se répéter.
271
Ce refus de permettre une participation équitable des femmes au processus de
transition compromet encore davantage son efficacité et sa stabilité.
272
• Il n'y a que peu de données systématiques pour la période sous examen, mais tout indique que l'ampleur
et la portée de la violence basée sur le genre à l'encontre des femmes et des filles ont continué à grimper
jusqu'à de nouveaux niveaux d'horreur.
273
Entre avril et juin, les pourvoyeurs de services de plusieurs
quartiers de Port-au-Prince ont commencé à signaler une moyenne de 40 cas de viols par jour,
274
ce qui
représente 1 200 cas par mois rien que dans ces endroits. Il s'agit d'une escalade par rapport à
l'augmentation de 40 % en mai (par rapport à mars et avril) du nombre de cas de violences basées sur le
genre,
275
après une multiplication par six en mars (par rapport à janvier et février).
276
Certains éléments
indiquent que la tendance à la hausse ininterrompue s'est quelque peu atténuée entre juillet et octobre,
277
mais la flambée générale de la violence
278
fait qu'il est plus probable qu'il s'agisse plutôt d'une diminution
du nombre de dénonciations. Les Nations unies ont également constaté une augmentation de 1 000 %
du nombre de cas de violence sexuelle à l'encontre des enfants, en particulier des filles, en 2024 par
rapport à l'année dernière.
279
Il est presque certain que le nombre ahurissant de cas déclarés ne représente
qu'une fraction de l'incidence réelle de VBG, car la peur de représailles, de nouvelles agressions et
V
Selon l’ONU, la VBG est « tout acte préjudiciable commis à l’encontre d’un individu sur la base de son genre ». La VBG
comprend, sans s’y limiter, « les violences. . . de nature sexuelle, physique, mentale et économique, . . . infligées dans la sphère
publique ou privée » ainsi que « la menace de recours à la violence, la coercition et la manipulation ». Violence sexuelle et sexiste,
Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), https://www.unhcr.org/fr/nos-activites/sauvegarder-les-droits-
humains/protection/violence-sexuelle-et-sexiste.
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 10
d'exclusion sociale, couplée à un accès limité et à des services insuffisants pour les victimes, ainsi qu'à
un manque de confiance dans le système judiciaire, conduisent à un sous-rapportage chronique.
280
• Les groupes armés continuent d'utiliser la violence basée sur le genre comme arme pour contrôler un
territoire, punir les personnes vivant sous le contrôle de groupes armés rivaux, et pour extorquer de
l'argent.
281
Des viols perpétrés par de multiples auteurs sont fréquents et les victimes comprennent des
enfants de moins de cinq ans ainsi que des femmes âgées.
282
Plusieurs femmes et jeunes filles enlevées
déclarent avoir été violées pendant leur captivité.
283
Les agressions ont lieu dans les espaces publics,
dans les transports et à domicile.
284
Aucun endroit n'est sûr, bien qu'il soit prouvé que les femmes et les
filles déplacées sont particulièrement vulnérables.
285
Les lieux de déplacement deviennent en fait de
véritables pôles de VBG,
286
notamment parce qu'ils ne disposent pas d'une sécurité adéquate
287
et parce
que les femmes sont à la fois extorquées sexuellement pour avoir accès au peu d'aide humanitaire et
empêchées par des violences sexuelles de demander de l'aide.
288
Si la grande majorité des violences
basées sur le genre sont perpétrées par des groupes armés,
289
il y a des preuves que, au moins sur les
sites de déplacement, un pourcentage significatif d'agresseurs sont d'autres acteurs.
290
Cette combinaison
de vulnérabilités liées au genre, de protections insuffisantes, d'exploitation et d'abus est directement liée
aux inégalités structurelles entre les sexes, comme en témoigne également l'exclusion des femmes de la
gestion des sites de déplacement.
291
Les groupes armés continuent également de forcer des femmes et
des filles, y compris celles qu'ils recrutent en tant que membres, à des relations sexuelles abusives.
292
Parfois, des femmes et des jeunes filles sont forcées par leur propre famille d'accepter de tels
arrangements.
293
Les conséquences indirectes de la VBG omniprésente comprennent la réduction de la
mobilité et de l'activité des femmes et des filles,
294
ce qui les empêche d'accéder à des services
indispensables
295
ou de participer à des activités économiques.
296
La perte d'indépendance qui en résulte
accroît encore la vulnérabilité aux abus, à l'exploitation et au sexe comme moyen de survie.
297
• Les victimes des violences basées sur le genre continuent d'être confrontées à des obstacles systémiques
pour accéder à des services essentiels et à des recours judiciaires.
298
En juillet, le FNUAP avait signalé
qu'environ 841 000 personnes avaient besoin d'aide à cause de VBG, telle que des abris temporaires, des
kits de santé reproductive et autres services de santé.
299
Or, en octobre, les services de santé sexuelle et
reproductive et de lutte contre la VBG du FNUAP n'avaient reçu que 19 % du financement requis.
300
Les fermetures massives d'établissements de santé et d'organisations de soutien dues à l'insécurité ont
encore limité davantage l'accès aux soins médicaux et psychologiques, et pour la plupart des victimes,
ces services restent pratiquement inexistants.
301
À cause de la fenêtre de 72 heures pour la prophylaxie
des infections sexuellement transmissibles (IST) et pour la contraception d'urgence, ces soins sont
souvent impossibles,
302
et les experts s'inquiètent de l'augmentation des cas de VIH/ SIDA qui en résulte,
aggravée par la réduction, due à l'insécurité, des programmes de sensibilisation, de dépistage et d'accès
aux médicaments pour les IST.
303
Les refuges et autres services pour les victimes de VBG restent peu
nombreux, alors que le soutien du gouvernement est pratiquement inexistant et que les organisations
locales de la société civile ont du mal à fournir de l'aide en dépit des graves risques personnels qu'elles
encourent.
304
Les agressions sexuelles continuent d'être banalisées dans le système judiciaire haïtien,
avec de rares poursuites et des peines excessivement clémentes dans les quelques cas observés ;
l'impunité pour les VBG reste la norme.
305
• L'effondrement du système de santé
306
continue d'avoir des conséquences particulièrement graves et
potentiellement mortelles pour les femmes, notamment les femmes enceintes ou allaitantes.
307
Haïti ne
dispose actuellement d'aucun centre de maternité public
308
et le taux de mortalité maternelle y reste le
plus élevé des Amériques.
309
Les déplacements de population massifs ont encore exacerbé ces
problèmes, et les femmes enceintes déplacées sont souvent contraintes d'accoucher dans des conditions
dangereuses et sans assistance médicale.
310
L'avortement reste illégal en toutes circonstances, y compris
en cas de viol, et l'accès à la contraception et au planning familial est rare, en particulier pour les femmes
vivant dans des communautés isolées.
311
• Le conflit ravage les enfants d'Haïti. Ils sont de plus en plus forcés d'y participer en tant que combattants
: selon les rapports, leur recrutement par des groupes armés
312
a augmenté de 70 % depuis l'année
dernière,
313
et aujourd'hui 30 à 50 % des membres de ces groupes sont âgés de moins de 18 ans.
314
Les
enfants sont tués, violés, mutilés et maltraités.
315
Plus de 350 000 enfants ont été déplacés,
316
ce qui les
rend plus vulnérable à d'autres dangers ;
317
un nombre croissant d'enfants sont séparés de tout adulte
responsable.
318
L'éducation reste dramatiquement réduite,
319
et dans les sites de déplacement, plus de 90
% des enfants ne vont plus à l'école.
320
L'impact en est particulièrement important pour les filles, les
enfants handicapés et les autres populations vulnérables déjà historiquement marginalisées dans le
domaine de l'éducation.
321
La moitié des enfants haïtiens souffrent actuellement d’une insécurité
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 11
alimentaire aiguë,
322
le Programme alimentaire mondial (PAM) estimant que près d'un quart souffre déjà
d'un retard de croissance en raison d'un régime alimentaire inadéquat.
323
La faim et les déplacements
aggravent encore la plus grande vulnérabilité des enfants aux maladies.
324
Ces torts entrecroisés
accroissent la vulnérabilité des enfants au recrutement par les groupes armés.
325
En conséquence d'un tel
recrutement, les enfants sont non seulement exposés à la violence, à des activités criminelles forcées et
à des traumatismes profonds
326
- y compris un risque particulièrement élevé de VBG pour les filles
327
-
mais aussi à la stigmatisation, au rejet et à des représailles violentes de la part de leur communauté.
328
Ainsi, un enfant de dix ans aurait été tué et brûlé par des groupes d'autoprotection après avoir été accusé
d'appartenir à un groupe armé.
329
Le système de justice pour mineurs d'Haïti est fondamentalement
incapable d'offrir aux enfants une procédure judiciaire équitable et humaine ou un accès à la justice.
330
Compte tenu des taux élevés de recrutement d'enfants, cette limitation doit être prise en compte
judicieusement dans la planification d'opérations contre les groupes armés et dans tout effort de
désarmement et de justice transitionnelle.
331
• D'autres groupes marginalisés continuent de faire l'objet de graves discriminations, d'exclusions et de
violences. Haïti reste un pays extrêmement dangereux pour les personnes LGBTQI+, qui font état
d'agressions violentes, de viols, de harcèlement verbal généralisé et d'expulsions forcées en raison de
leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
332
Il n'existe aucune loi formelle protégeant les
personnes LGBTQI+ de la discrimination,
333
et l'accès aux soins de santé - en particulier pour les
personnes vivant avec le VIH - est très limité.
334
Les personnes handicapées continuent également à
souffrir de l'exclusion et sont particulièrement vulnérables à la violence et à l'insécurité.
335
Par exemple,
en août 2024, une école pour enfants malentendants et malvoyants a été envahie et pillée par des groupes
armés alors que les enfants se trouvaient encore à l'intérieur.
336
Les petits cultivateurs haïtiens, les
« peyizan », continuent d'être confrontés à d'importantes perturbations et attaques,
337
avec des
conséquences toujours plus graves sur les chaînes d'approvisionnement et des pénuries alimentaires en
raison de la diminution des récoltes.
338
VI. Effondrement des droits économiques et sociaux
Le paysage social et économique d'Haïti est devenu encore plus catastrophique depuis la dernière mise à
jour de l'IJDH. Des millions d'Haïtiens risquent de mourir de faim.
339
Les fermetures généralisées
d'établissements médicaux accablent le secteur de la santé, déjà en plein effondrement.
340
L'augmentation
de la pauvreté
341
et les impacts climatiques
342
aggravent ces défis. La fragilité sociale et économique d'Haïti
est le résultat du sous-développement prolongé et du dysfonctionnement institutionnel,
343
qui sont enracinés
dans l'ingérence et l'extraction étrangères persistantes,
344
ainsi que dans la corruption et la mauvaise gestion
des autorités haïtiennes.
345
Pour trouver des solutions durables aux crises entrecroisées d'Haïti, il est
impératif de s'attaquer à ces facteurs structurels. Cela inclut des réparations pour les préjudices étrangers
du passé, en particulier une restitution pour la dette extorquée par la France en 1825 en échange de
l'indépendance d'Haïti, qui est une cause importante du sous-développement d'Haïti.
346
Une économie en déclin
• Pour la sixième année consécutive, l'économie haïtienne continue en déclin,
347
avec près de 40 % des
Haïtiens vivant dans l'extrême pauvreté.
348
À 25,3 % en octobre 2024,
349
l'inflation reste élevée et fait
grimper le prix de nombreux produits de base.
350
Au cours de l’année dernière, le prix du panier
alimentaire a augmenté d'au moins 5 % au niveau national,
351
ce qui fait que la nourriture représente
aujourd'hui jusqu'à 70 % du total des dépenses ménagères.
352
La situation économique est
particulièrement pénible pour les personnes déplacées.
353
• Les groupes armés continuent de dérober de l'argent et des biens aux Haïtiens à travers des systèmes
d'extorsion et de protection de plus en plus professionnalisés
354
et un réseau de postes de contrôle, où les
victimes sont obligées de payer d'énormes sommes d'argent pour passer.
355
Outre l'imposition de « taxes
» de protection aux entreprises,
356
les groupes armés obligent parfois les habitants à payer pour accéder
à leurs maisons
357
ou récupérer les corps de leurs proches.
358
Les pillages et les enlèvements incessants
ne font qu'aggraver une pauvreté déjà écrasante.
359
L'insécurité continue d'entraver les flux
commerciaux
360
et d'affecter l'activité commerciale,
361
ce qui se traduit par un accès réduit aux
marchandises et une augmentation des prix.
362
Le coût du carburant, en particulier, a grimpé en flèche
après que des groupes armés ont forcé la fermeture du terminal pétrolier de Varreux pendant une semaine
en novembre, entraînant une pénurie aiguë.
363
La violence a également forcé la fermeture des principaux
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 12
centres économiques informels,
364
déstabilisé le secteur bancaire,
365
et poussé les entreprises étrangères
à se retirer,
366
ce qui a eu un impact sur les conditions de vie.
367
Accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène
• L'accès à l'eau potable et aux services d'hygiène et d'assainissement de base reste limité, en particulier
dans les zones rurales.
368
La situation est particulièrement alarmante dans le département du Nord-
Ouest,
369
où les habitants sont forcés à payer jusqu'à 125 gourdes (environ 0,95 USD) pour un simple
seau d'eau - un prix inabordable pour beaucoup, étant donné que 66 % des Haïtiens vivent avec moins
de 3,65 USD par jour
370
- ou à creuser des puits improvisés et à risquer de boire de l'eau impropre à la
consommation.
371
Les déplacements réduisent encore davantage l'accès à l'eau.
372
Le manque d'accès à
l'eau potable, à l'hygiène et aux services sanitaires continue d'aggraver la propagation du choléra et
d'autres maladies transmises par l'eau,
373
et constitue un facteur supplémentaire de malnutrition.
374
Les
pénuries d'eau ont également un impact sur la production agricole, contribuant à la crise alimentaire en
Haïti.
375
• Les problèmes de longue date d'Haïti en matière d'accès à l'eau, qui trouvent leur origine dans la
négligence persistante du gouvernement à construire et à entretenir les infrastructures d'eau et
d'assainissement,
376
sont exacerbés par la crise aiguë dd l'insécurité
377
et les défis liés au climat.
378
Les
Nations unies n'ont toujours pas tenu leur promesse faite en 2016 d'améliorer les infrastructures d'eau,
d'assainissement et d'hygiène en Haïti dans le cadre de leur plan d'élimination du choléra introduit par
cette organisation,
379
ce qui exacerbe les défis structurels.
380
Accès à la nourriture
• Comparée même aux conditions désespérées rapportées dans les mises à jour précédentes, la crise de la
faim en Haïti a atteint des niveaux sans précédent,
381
le PAM désignant Haïti comme un point chaud de
la famine « de plus haute préoccupation ».
382
Plus de 5,4 millions d'Haïtiens, soit la moitié de la
population du pays, sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë,
383
ce qui représente l'une des
proportions les plus élevées au monde.
384
Sur ces 5,4 millions, environ deux millions se trouvent en
situation d'insécurité alimentaire d'urgence
VI
.
385
De plus, 6 000 personnes, qui vivent toutes dans des
camps de déplacés de fortune dans la capitale, risquent de mourir de faim.
386
Il est à prévoir qu'au cours
de l'année 2025 la crise de la faim deviendra encore plus grave.
387
Selon les projections du Bureau de la
coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), 276 736 enfants de moins de cinq
ans souffriront de malnutrition aiguë d'ici à la fin de 2024.
388
Les zones les plus touchées sont les
départements de l'Ouest et de l'Artibonite,
389
mais des municipalités de tout le pays se trouvent en
situation de grave marasme nutritionnel.
390
Environ 65 % des ménages haïtiens ne parviennent pas à
satisfaire leurs besoins nutritionnels
391
et beaucoup sont contraints de réduire le nombre et le volume de
leurs repas.
392
• L'insécurité et la flambée des prix des denrées alimentaires sont les principaux facteurs de la crise
alimentaire catastrophique en Haïti.
393
L'insécurité omniprésente, ainsi que le contrôle croissant des
groupes armés sur le territoire et les moyens de transport,
394
continuent de limiter la distribution des
denrées alimentaires
395
et d'aggraver les pénuries d'approvisionnement.
396
Même lorsqu'il est possible
d'acheter de la nourriture, les gens ont souvent trop peur de sortir de chez eux pour aller l’acheter.
397
Les
menaces et la violence contre les agriculteurs ruraux dans le département de l'Artibonite (la région
agricole la plus importante d'Haïti) contribuent également aux pénuries alimentaires et à l'augmentation
des prix.
398
Des groupes armés continuent d'enlever, de voler et de violer des femmes - qui sont un
élément essentiel du réseau de distribution alimentaire en Haïti - sur le chemin du marché.
399
La crise
alimentaire aiguë, combinée à l'absence persistante d'opportunités économiques,
400
est un des principaux
facteurs qui poussent au recrutement par des groupes armés,
401
et les enfants sont particulièrement
exposés à ce risque.
402
• Les facteurs à plus long terme de l'insécurité alimentaire persistante en Haïti incluent les échecs et le
délaissement de la politique agricole,
403
l'ingérence étrangère dans la souveraineté alimentaire d'Haïti,
404
VI
La phase d’urgence de la crise alimentaire concerne les ménages qui vivent avec une malnutrition aiguë très élevée et une
surmortalité ou qui ne peuvent satisfaire leurs besoins alimentaires qu’en recourant à des stratégies de subsistance d’urgence et à
la liquidation de leurs actifs. Systèmes d’alerte précoce contre la famine (Famine Early Warning Systems -FEWS), Qu’est-ce que
l’IPC ?, https://fews.net/about/integrated-phase-classification.
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 13
l'insuffisance de l'aide humanitaire
405
et les défis environnementaux, qui ont tous un impact sur la
production alimentaire.
406
Accès aux soins de santé
• La violence ciblée des groupes armés contre les hôpitaux et le personnel de santé s'est poursuivie,
407
obligeant la plupart des hôpitaux à réduire leurs activités ou à fermer complètement.
408
Moins d'un quart
des établissements de santé de la région métropolitaine de Port-au-Prince fonctionnent normalement,
409
et près de la moitié ne sont pas du tout opérationnels.
410
L'hôpital universitaire d'État, le plus grand
hôpital public d'Haïti, est fermé depuis le mois de mars en raison d'attaques et de pillages répétés.
411
Depuis le mois de septembre, dans le département de l'Artibonite, à peine 5 % des services de santé
fonctionnent normalement.
412
La situation dans le reste du pays est tout aussi désastreuse, et l'expert des
Nations unies sur les droits humains en Haïti signale que, dans l'ensemble du pays, 28 % seulement des
services de santé fonctionnent normalement.
413
À présent, le secteur de la santé est lui aussi touché par
les violences commises par la police et les groupes d'autoprotection civils. MSF a suspendu toutes ses
activités dans la région métropolitaine de Port-au-Prince après cinq incidents de menaces et de violences
de la part de la police et des civils en l'espace d'une semaine à peine.
414
Ces fermetures, combinées à
l'afflux de patients blessés par la violence,
415
ont laissé débordés les hôpitaux qui fonctionnent encore.
416
• Même là où les hôpitaux sont en fonctionnement, la violence et les barrages routiers continuent
d'entraver l'accès physique des patients et du personnel de santé.
417
Les pénuries persistantes et la hausse
du coût de l'oxygène,
418
du sang,
419
des médicaments,
420
du carburant,
421
du matériel et d'autres
fournitures essentielles
422
- y compris à cause de pillages
423
et d’extorsions
424
- continuent d'empêcher
les patients d'obtenir l'aide dont ils ont besoin.
425
Même dans les hôpitaux publics, censés fournir des
soins à bas prix ou gratuits, les patients ont été obligés d'acheter tout le matériel médical nécessaire pour
recevoir des soins.
426
La situation est particulièrement désastreuse dans les zones rurales,
427
où la
multiplication des déplacements vers les communautés rurales aggrave la pression sur les ressources
locales dans le domaine de la santé.
428
Il a été rapporté que dans le département du Nord-Est, des
cliniques privées exploitent le désespoir des Haïtiens en facturant des frais de consultation exorbitants,
pour ensuite renvoyer les patients vers les hôpitaux publics parce que, eux non plus, ne disposent pas de
l'équipement nécessaire pour prodiguer des soins.
429
Ces défis - ainsi que le manque chronique de
ressources du secteur de la santé
430
- continuent de pousser les professionnels de la santé à émigrer
431
ou
à quitter le système de santé national,
432
contribuant ainsi à la pénurie de personnel, en particulier parmi
les spécialistes,
433
ce qui entrave encore davantage l'accès aux soins de santé.
434
• La crise de l'insécurité continue de causer de profonds dégâts psychologiques chez les Haïtiens.
435
L'OIM rapporte que le risque de suicide est particulièrement élevé chez les personnes déplacées à
l'intérieur du pays, qui éprouvent des sentiments importants de peur, d'anxiété et de colère en raison de
leur situation.
436
Les enfants sont particulièrement affectés par la confrontation permanente à des
violences horribles et, dans certains cas, par le fait d'être contraints de commettre eux-mêmes des actes
extrêmement violents.
437
La violence sexuelle omniprésente à l'encontre des femmes et des filles
continue d'avoir de graves conséquences psychologiques.
438
Les obstacles à l'accès aux soins de santé
décrits ci-dessus entravent également l'accès aux soins psychologiques
439
et sont exacerbés par l'absence
chronique de priorité accordée à la santé mentale par le gouvernement.
440
Aussi, les prestataires de soins
et les travailleurs de première ligne eux-mêmes continuent d'être affectés psychologiquement, ce qui
affecte leur capacité à aider les autres.
441
• Le choléra - introduit imprudemment en Haïti par les forces de maintien de la paix de l'ONU en 2010
avant de réapparaître en octobre 2022
442
- reste une menace quotidienne, avec 86 997 cas suspects, 4
858 cas confirmés et 1 304 décès enregistrés au 31 août.
443
Les taux de mortalité liés aux maladies
transmises par l'eau, dont le choléra, sont les plus élevés d'Amérique latine et des Caraïbes.
444
La
propagation de l'infection est le résultat des vieux problèmes liés aux infrastructures d'eau,
d'assainissement et d'hygiène d'Haïti,
445
et elle est exacerbée par l'augmentation dramatique des
déplacements,
446
la détérioration causée par l'insécurité des conditions sanitaires et de
l'approvisionnement en eau,
447
et l'arrivée de la saison des pluies.
448
Les taux élevés de malnutrition et
la détérioration du système de santé contribuent également à la hausse des taux de mortalité.
449
Accès à l’éducation
• Les attaques ciblées des groupes armés contre les écoles, la violence contre les éducateurs et
l'augmentation rapide des déplacements de population continuent de restreindre l'accès à l'éducation.
450
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 14
À la fin du mois de novembre, le ministère haïtien de l'Éducation nationale et de la formation
professionnelle a rapporté que près de 3 000 écoles des départements de l'Ouest et de l'Artibonite étaient
fermées,
451
une augmentation dramatique depuis le début de l'année.
452
Le nombre d'écoles utilisées
comme sites de déplacement improvisés a augmenté,
453
même si certaines ont pu continuer à fonctionner
en tant qu'écoles pendant la journée, tout en servant d'abris pour les personnes déplacées pendant la
nuit.
454
Le gouvernement n'a pas déployé d'efforts adéquats pour faciliter l'ouverture des écoles.
455
Au
total, ces difficultés ont affecté 1,5 million d'enfants et d'enseignants.
456
• Même lorsque les écoles restent ouvertes, leur fréquentation n'est pas sans risques.
457
Pour de nombreux
enfants, le trajet physique jusqu'à l'école les expose à la violence ou au recrutement par des groupes
armés.
458
Les extorsions par les groupes armés,
459
les déplacements accrus d'enfants et d'enseignants,
460
et les fermetures d'écoles mettent à rude épreuve le système éducatif déjà fragile, en particulier dans les
zones rurales.
461
La surpopulation qui en résulte affecte encore davantage la capacité des enseignants à
prodiguer un enseignement de qualité.
462
Les perturbations constantes, combinées à l'impact
psychologique de l'exposition quotidienne aux traumatismes, rendent l'apprentissage difficile
463
et
contribuent à la baisse des taux de réussite scolaire.
464
• En outre, l'accès à l'éducation est perturbé par le manque chronique de ressources et le
dysfonctionnement général du système scolaire, exacerbés par les problèmes d'insécurité.
465
Depuis
toujours, les enfants pauvres ont dû faire face à des difficultés disproportionnées pour accéder à
l'éducation en raison du manque d'établissements publics,
466
mais la hausse de l'inflation et les
déplacements de population ont augmenté le nombre de familles incapables de payer pour envoyer leurs
enfants à l'école.
467
Les efforts du gouvernement pour assurer des fournitures scolaires et un soutien
financier aux enfants et à leurs parents ont été insuffisants.
468
De mauvaises conditions de travail et la
négligence du gouvernement à payer les enseignants à temps - parfois pendant des années - continuent
d'inciter les éducateurs à émigrer, ce qui entraîne une pénurie d'enseignants qui exacerbe encore les
problèmes décrits ci-dessus.
469
VII. Pressions migratoires
La détérioration des conditions pousse les Haïtiens à recourir à des mesures de plus en plus désespérées
pour fuir,
470
alors même qu'ils se heurtent à des politiques visant à restreindre l'asile et à empêcher de toute
autre manière l'immigration, fondées sur un racisme anti-Noirs.
471
Les États étrangers ont augmenté les
refoulements d'Haïtiens cherchant refuge à leurs frontières,
472
malgré la détérioration continue de
l'insécurité et des crises humanitaires. En particulier, le programme ciblé de la République dominicaine
visant à expulser 10 000 Haïtiens par semaine, a donné lieu à une myriade de violations des droits
humains.
473
La politique d'immigration des États-Unis continue d'avoir pour effet d'exclure de la sécurité
les Haïtiens les plus vulnérables tout en autorisant l'entrée d'Haïtiens hautement qualifiés, dont beaucoup
sont des travailleurs de première ligne essentiels à la lutte d'Haïti pour la sécurité et la stabilité, perpétuant
ainsi la « fuite des cerveaux ».
474
• Le nombre d'Haïtiens cherchant à fuir l'insécurité croissante et les crises humanitaires en Haïti continue
d'augmenter.
475
Les politiques d'immigration restrictives des États obligent les Haïtiens qui fuient vers
la sécurité à emprunter des itinéraires dangereux et souvent mortels par terre
476
et par mer.
477
Notamment, les traversées en bateau sont en augmentation.
478
Ces itinéraires irréguliers exposent les
migrants à l'exploitation, y compris par des autorités haïtiennes.
479
• Les États étrangers continuent d'expulser des Haïtiens,
480
malgré les critiques incessantes
d’organisations de défense des droits humains,
481
des législateurs américains,
482
et des Nations unies,
483
qui dénoncent ces renvois comme étant hypocrites, inhumains et, dans de nombreux cas, illégaux.
L'UNICEF a indiqué que près de 160 000 personnes ont été renvoyées de force en Haïti par différents
pays entre janvier et octobre.
484
Le 2 octobre, la République dominicaine - déjà responsable de plus de
95 % de tous les renvois
485
- a promis de commencer à renvoyer jusqu'à 10 000 migrants haïtiens par
semaine.
486
Au cours du seul mois d'octobre, les autorités dominicaines ont rapatrié près de 61 000
personnes,
487
y compris des femmes enceintes et des enfants.
488
Les expulsions massives de la
République dominicaine sont fondées sur des préjugés anti-haïtiens et anti-Noirs,
489
et les autorités
dominicaines continuent de cibler des Haïtiens pour les expulser uniquement sur la base de la couleur
de leur peau et sans tenir compte de leur statut d'immigration.
490
Les Haïtiens destinés à être expulsés
sont transportés dans des camions fourgons surchargés ;
491
ils sont détenus, parfois pendant des jours,
sans nourriture, sans eau, sans hygiène adéquate ou sans accès à des soins médicaux ;
492
et ils sont
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 15
victimes d'extorsion et de violences physiques, y compris de viols.
493
Les conditions inhumaines de
l'expulsion ont abouti à des décès en détention.
494
Dans un cas concret, des gardes-frontières auraient
tenté de rapatrier le corps d'une femme décédée faute d'accès à des soins médicaux, en prétendant qu'elle
était vivante mais simplement « en mauvais état ».
495
Il a été rapporté que des agents des autorités
dominicaines ont volé les documents de voyage de certains Haïtiens, aggravant ainsi leur vulnérabilité
après leur renvoi.
496
Malgré la reconnaissance répétée par le gouvernement américain de l’ampleur de
l'insécurité et des crises humanitaires en Haïti,
497
l'évacuation de citoyens américains en raison du
danger,
498
et la fermeture continue du principal aéroport international d'Haïti,
499
le gouvernement
américain continue également à expulser des Haïtiens
500
en violation de leurs droits.
501
• Les voies légales d'immigration aux États-Unis restent précaires
502
et inaccessibles pour beaucoup. Le
programme de libération conditionnelle humanitaire du gouvernement américain pour les Cubains, les
Haïtiens, les Nicaraguayens et les Vénézuéliens (CHNV ) a permis à 211 010 Haïtiens d'entrer aux États-
Unis entre janvier 2023 (date de sa mise en application) et octobre 2024.
503
Toutefois, le 4 octobre, le
gouvernement américain a déclaré qu'il ne prolongerait pas la période de libération conditionnelle de
deux ans du CHNV, ce qui expose au risque de refoulement les personnes qui ne remplissent pas les
conditions requises pour bénéficier d'une autre forme de protection à l'expiration de leur période de
libération conditionnelle.
504
De plus, ils vont devoir payer pour retourner en Haïti, ce qui aggravera les
difficultés économiques et la vulnérabilité de tous ceux qui y reviendront. À cause de défauts
fondamentaux dans la conception et la mise en œuvre du programme CHNV, les Haïtiens les plus
vulnérables continuent d'être exclus de la protection,
505
ce qui donne à beaucoup l'impression que la
migration irrégulière est leur seule option pour se mettre en sécurité.
506
Le manque d'accès à la protection
est aggravé par les restrictions illégales à l'asile mises en place par l'administration Biden.
507
Une autre
bouée de sauvetage qui risque d'être annulée est le statut de protection temporaire (Temporary Protected
Status - TPS), qui offre une protection aux Haïtiens qui se trouvent déjà aux États-Unis.
508
Le président
élu Donald Trump a promis de mettre fin au TPS, menaçant ainsi de déportation les plus de 200 000
Haïtiens qui bénéficient actuellement de ce programme.
509
• Les migrants haïtiens qui sont renvoyés en Haïti (les « rapatriés ») sont extrêmement vulnérables aux
crises entrecroisées du pays.
510
Souvent, ils arrivent seuls, avec peu de ressources, et avec un besoin
urgent d'aide humanitaire.
511
En raison des violences des groupes armés, beaucoup d'entre eux n'ont plus
de maison où retourner.
512
Les enfants rapatriés - dont beaucoup ne sont pas accompagnés - sont
particulièrement vulnérables au recrutement par les groupes armés.
513
Le gouvernement américain
continue de renvoyer les Haïtiens à Cap-Haïtien (ville située à l'extrême nord du pays), sans égard à leur
ville d'origine,
514
ce qui oblige beaucoup de personnes à parcourir de longues distances par des routes
dangereuses contrôlées par des groupes armés pour retrouver leur famille, en plus d'accroître la pression
sur les maigres ressources de la ville.
515
Les Haïtiens rapatriés de la République dominicaine rencontrent
des difficultés similaires pour traverser les territoires contrôlés par les groupes armés près de la
frontière.
516
Ceux qui ont été expulsés en raison d'une condamnation criminelle continuent d'être détenus
arbitrairement à leur arrivée, bien que cela constitue une violation flagrante de la loi haïtienne, et font
l'objet de discriminations en raison de leur statut.
517
L'assistance aux rapatriés reste largement
insuffisante,
518
notamment parce que le panier de fonds internationaux pour les migrants est
chroniquement sous-financé.
519
VIII. Non-respect des droits des Haïtiens par la communauté internationale
La communauté internationale continue de jouer un rôle ambigu dans la situation actuelle d'Haïti. La crise
toujours plus profonde - elle-même attribuable à des ingérences et à des extractions étrangères
persistantes
520
- a créé un besoin désespéré d'aide.
521
Simultanément, des acteurs internationaux continuent
d'opérer d'une manière qui nuit à la stabilité à long terme, à la démocratie et aux droits humains en Haïti.
Ils ont continué à soutenir leurs partenaires familiers, en dépit de leurs performances, au détriment des
efforts du peuple haïtien pour récupérer ses institutions, compromettant ainsi la crédibilité du gouvernement
de transition.
522
La MMAS a été imposée à Haïti en dépit de profondes inquiétudes quant à sa capacité à
apporter des améliorations significatives ;
523
et, tout comme on le redoutait, elle n'a pas réussi à produire
des résultats, notamment en raison de contraintes prévisibles en matière de ressources.
524
Au lieu d'évaluer
la stratégie sous-jacente, les États-Unis ont fait pression pour transformer la MMAS en une opération de
maintien de la paix des Nations unies, ce qui entraînerait une série spécifique de problèmes de financement
et de reddition de comptes.
525
Les politiques d'aide humanitaire continuent d'être au mieux inadéquates et
au pire préjudiciables.
526
Elles sont encore affaiblies par l'incapacité persistante de la communauté
internationale à endiguer le flux d'armes étrangères - principalement américaines - vers Haïti.
527
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 16
• Les partenaires internationaux d'Haïti ont continué leur politique de soutien aux acteurs répressifs
haïtiens d'une manière qui favorise la corruption et le dysfonctionnement du gouvernement, alors même
qu'ils soulignent la nécessité de remédier à ces mêmes problèmes. Au cours de la période couverte par
le rapport précédent, la Communauté caribéenne (CARICOM), a supervisé, avec le soutien des États-
Unis, la création du CPT, en plaidant pour l'inclusion de certains des groupes affiliés au PHTK soutenus
depuis des années par les États-Unis, alors même que ces mêmes groupes démantelaient la démocratie
haïtienne.
528
Les représentants désignés de deux de ces groupes sont actuellement mêlés à un scandale
de corruption qui a sérieusement miné la crédibilité et la fonctionnalité de la transition.
529
Les mêmes
acteurs internationaux qui ont plaidé pour l'inclusion de ces membres dans le CPT sont restés largement
silencieux sur le scandale et n'ont pris aucune initiative pour mettre en place un cadre permettant de faire
face à ces graves problèmes, malgré les appels des Haïtiens en ce sens.
530
• Plus d'un an après que le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU ) a autorisé la MMAS en Haïti,
531
seulement 432 membres de son personnel ont été déployés.
532
Leur présence n'a pas eu d'impact
significatif sur la crise de l'insécurité.
533
En dépit des affirmations des responsables de la MMAS selon
lesquelles la mission a eu du succès dans la lutte contre les groupes armés,
534
la violence s'est aggravée
au cours des derniers mois.
535
Les raisons principales de ces échecs sont le manque persistant de
financement,
536
d'équipement
537
et de personnel,
538
ainsi qu'un mandat mal défini et un manque persistant
de transparence en ce qui concerne la stratégie prévue et les protocoles d'engagement.
539
Des tensions
entre le personnel de la MMAS et la PNH - notamment en raison de problèmes logistiques et de
communication,
540
de plaintes selon lesquelles le personnel de la MMAS est réticent à affronter
directement les groupes armés,
541
du fait que la plupart du personnel de la MMAS ne parle ni le français
ni le créole haïtien,
542
et d'énormes disparités salariales entre les deux
543
- compliquent encore la
situation. Les responsables de la MMAS ont fait quelques progrès dans l'établissement d'un mécanisme
de rapportage et de responsabilisation et ont adopté plusieurs mesures visant à garantir que le
déploiement soit conforme aux normes en matière de droits humains.
544
Néanmoins, les éléments
fondamentaux permettant de garantir une véritable responsabilisation et des recours adéquats pour les
victimes ne sont toujours pas en place.
545
La mission n'a pas de compétence spécialisée en matière de
violences basées sur le genre ni de conseiller en matière de genre, même si ce rôle est envisagé comme
un élément clé du mécanisme interne de conformité de la MMAS, et jusqu'à la fin du mois d'octobre,
aucun officier féminin n'a encore été déployé.
546
Le BINUH
547
et le Haut-Commissariat des Nations
unies aux droits de l'homme (HCDH)
548
sont censés soutenir le respect des droits humains par la MMAS,
mais la portée exacte de leur rôle n'est pas claire, ce qui ajoute à la confusion autour de la reddition de
comptes. Suite à de fortes pressions exercées par des avocats haïtiens et leurs alliés, les responsables de
la MMAS ont entrepris quelques consultations avec la société civile haïtienne, mais il n'est pas clair
dans quelle mesure ces consultations façonnent les pratiques de la MMAS en matière de reddition de
comptes. Le bilan troublant de la police kenyane en matière de droits humains rend ce manquement
d'autant plus inquiétant.
549
• S'écartant radicalement de leur position initiale selon laquelle une mission de maintien de la paix
traditionnelle n'était pas adaptée au contexte haïtien,
550
les États-Unis ont fait pression pour que la
MMAS devienne une mission de maintien de la paix des Nations unies à part entière, notamment aussi
pour garantir un financement plus durable.
551
La proposition des États-Unis au CSNU, qui a renouvelé
le mandat de la MSS pour une année supplémentaire en septembre,
552
s'est heurtée à la nette opposition
de la Russie et de la Chine.
553
La transformation de la MMAS en une mission de maintien de la paix des
Nations unies ne résoudrait pas nécessairement ses problèmes financiers : les missions de maintien de
la paix de l'ONU souffrent d'un manque chronique de ressources,
554
en particulier parce que les États-
Unis, le plus grand contributeur financier aux activités de maintien de la paix des Nations unies, doivent
plus de 1,1 milliard de dollars d'arriérés de paiement.
555
Les missions de maintien de la paix de l'ONU
n'offrent pas non plus de protection adéquate aux civils, comme en témoignent les préjudices causés par
les missions précédentes en Haïti et l'absence persistante de réparation pour les victimes.
556
• Le trafic d'armes à grande échelle en provenance de l'extérieur d'Haïti - pays qui ne produit pas d'armes
ou de munitions et qui, depuis deux ans, est soumis à un embargo total sur les armes
557
- continue de
permettre l'expansion territoriale et la violence de masse contre la population des groupes armés.
558
La
plupart des armes proviennent des États-Unis, comme le reconnaît le gouvernement américain dans ses
propres rapports.
559
Les armes sont introduites en contrebande, principalement par voie maritime
560
ou
par la frontière terrestre très perméable avec la République dominicaine.
561
Les efforts déployés par les
États-Unis pour freiner le trafic d'armes vers Haïti restent limités et inadéquats. Un certain nombre
d'initiatives proposées ne sont toujours pas mises en œuvre ;
562
les contrôles américains sur les
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Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 74
des droits humains, en particulier l'exploitation et les abus sexuels » ; elle reconnaît que la MMAS « en tant qu'opération
essentiellement policière et de maintien de l'ordre est régie par le droit international en matière des droits humains (DIDH), si
applicable, et par la législation nationale d'Haïti et des États participants » ; elle s'engage à « établir un système d'identification et
de procédures de recours pour les survivants et les victimes » ; et elle s'engage à déployer un conseiller en matière de genre et un
comité consultatif civil de contrôle. Le concept des opérations (juin 2024), disponible à l'adresse
https://drive.google.com/file/d/1YvuKy8-nm07InNCS5DsiO5_V8eC-afvU/view, s'engage, entre autres, à mettre en œuvre un
« mécanisme de conformité robuste avec des mesures et des mécanismes concrets, systématiques et de renforcement mutuel pour
prévenir, atténuer et traiter les violations du droit international en matière de droits humains, conçu comme un cadre de réduction
des risques afin de prévenir des dommages à la population civile dans la conduite d'opérations de la MMAS » (Sec. 5.6. 2) ; il
prévoit que « des officiers de sexe féminin doivent être représentées tout au long de la chaîne de commandement, à des postes de
direction subalternes et supérieurs » (2.4.5), et s'engage à « établir une norme de conduite commune pour les pays contributeurs,
un mécanisme de plainte accessible et sécurisé pour recevoir les rapports d'EAS (exploitation et d'abus sexuels) de manière
confidentielle et sûre et pour aider les victimes, ainsi qu'un mécanisme d'enquête sur les allégations de comportements sexuels
abusifs conforme aux normes internationales en matière de droits humains, avec une approche centrée sur les victimes » (5.9.3).
La politique de déontologie et de discipline (juin 2024), disponible à l'adresse
https://drive.google.com/file/d/19sxa5KvmY_goM3e-GamzS5_P_BcXwhgY/view?usp=sharing, s'engage, entre autres, à
appliquer une « politique de tolérance zéro » à l'égard d'EAS et à mettre en place un ” mécanisme de plainte et de dénonciation
sécurisé et accessible » largement médiatisé : elle établit une définition étendue de la notion de faute grave qui englobe tous les
cas d'EAS. La Directive sur la détention, les fouilles et l'usage de la force pour les membres de la MMAS (juin 2024), disponible
à l'adresse https://drive.google.com/file/d/1JCXk2zf-hwLaaeYBzEa_0OByvApyH8X5/view, exige, entre autres, que tout le
personnel de la MMAS « exerce toujours ses activités d'une manière qui respecte les droits humains individuels et . . . adhère aux
normes et règles internationales en matière de justice pénale et aux autres normes juridiques internationales applicables, y
compris les normes internationales en matière de police » ; que ses activités soient « régies par » les politiques de maintien de la
paix de l'ONU et qu'elles soient soumises aux principes relatifs à l'usage de la force, y compris « la précaution, la légalité, la
nécessité, la proportionnalité, la non-discrimination et la responsabilisation » ; elle établit que les violations de ces standards,
normes et principes constituent un acte de faute grave aux fins de la politique de conduite et de discipline de la MMAS ; et
s'engage à veiller à ce que toute détention soit exécutée conformément au droit international en matière de droits humains. Les
Règles de procédure opérationnelles relatives aux mécanismes de plainte et de rapportage de la MMAS (octobre 2024),
disponibles à l'adresse https://drive.google.com/file/d/1vLMXCIaO2jR5lISBXfbZ8IijR_6mX6br/view?usp=sharing, établissent
les procédures régissant les mécanismes de rapportage et de conformité en cas de violations et d'abus graves. Le 18 octobre, la
MMAS a organisé une consultation d'une journée avec la société civile, au cours de laquelle elle a sollicité des contributions sur
le mécanisme envisagé et a sollicité la participation de la société civile en tant que points focaux pour le rapportage des
survivants. Au moment de la rédaction de cette mise à jour, le mécanisme de conformité envisagé n'avait pas encore été mis en
place et le comité consultatif civil de contrôle promis n'avait pas encore été constitué.
545
Bien que les cinq documents de principes directeurs de la MMAS contiennent quelques formulations fortes, il existe de
sérieuses doutes quant à l'adhésion et à la mise en œuvre, notamment en raison de l'absence d'un mécanisme de rapportage et de
procédures opérationnelles plus de cinq mois après le déploiement de la MMAS. De plus, l'immunité du personnel de la MMAS
reste la règle par défaut (la seule sanction significative prévue est le rapatriement de tout auteur d'infraction) et les documents
n'envisagent pas sérieusement des indemnisations pour les victimes potentielles, deux questions qui ont effectivement compromis
une véritable responsabilisation pour les préjudices causés par les interventions étrangères passées en Haïti. Voir, en général, par
exemple, Sienna Merope-Synge, Voix émergentes : à la recherche d'une protection des enfants de la part des gardiens de la paix
de l'ONU - perspective d'Haïti, Opinio Juris (16 août 2019), http://opiniojuris.org/2019/08/16/emerging-voices-seeking-child-
support-from-un-peacekeepers-a-view-from-haiti/ ; IJDH, Opre Roma Kosovo & Harvard Law School's International Human
Rights Clinic, Financement des réparations dues aux victimes de violations graves des droits humains : leçons tirées de
l'approche des Nations Unies (mars 2023), https://www.ijdh.org/wp-content/uploads/2023/03/IHRC-IJDH-ORK-Financing-
Reparations-Owed-to-Victims-of-Serious-Violations.pdf ; HCDH, Financement de la réparation pour les victimes de violations
graves des droits humains et du droit humanitaire, ¶ 60, Doc. ONU A/78/181 (14 juillet 2023),
https://www.ohchr.org/fr/documents/thematic-reports/a78181-report-special-rapporteur-promotion-truth-justice-reparation-and.
En outre, l'absence d'un organe indépendant chargé d'enquêter sur les allégations et de formuler des recommandations
disciplinaires soulève de sérieuses inquiétudes quant à d'éventuels conflits d'intérêts, en particulier en l'absence d'un organe de
contrôle civil opérationnel. En outre, malgré les exigences de la politique de conformité, de surveillance et de responsabilité, il
n'y avait toujours pas, au 8 novembre, de conseiller spécialisé en matière de genre et, jusqu'à récemment, il n'y avait pas de
personnel féminin au sein de la mission (une seule femme a été déployée dans le cadre du contingent de six personnes des
Bahamas), et nous n'avons pas connaissance de l'existence d'unités spécialisées ou d'expertise pour faire face aux omniprésentes
VBG. Voir également AJWS, Des organisations de la société civile appellent l'administration Biden à aborder les inquiétudes en
matière de droits humains concernant la force internationale en Haïti (21 août 2024), https://ajws.org/press-releases/civil-
society-organizations-call-on-biden-administration-to-address-human-rights-concerns-about-the-international-force-in-haiti/
(« La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a autorisé la MMAS contient un langage clair et spécifique
appelant à des mécanismes de reddition de comptes pour cette mission. Cependant, l'Accord sur le statut des forces entre le
Kenya et Haïti n'inclut pas ces garanties - en fait, bien qu'il reproduise en grande partie l'accord standard de l'ONU pour une force
de maintien de la paix, il offre moins de contrôle. Il ne comporte pas de clause standard prévoyant une ‘commission de
réclamations permanente’, un organe indépendant qui examinerait toute réclamation selon laquelle les membres de la mission ont
causé des blessures, des maladies ou des décès ») ; Poincy, Repenser la réponse internationale à la crise sécuritaire en Haïti (23
juillet 2024) (« Le SOFA (Accord sur le statut des forces) signé par les autorités haïtiennes et kenyanes décrit les privilèges et
immunités du personnel de la MMAS, mais n'inclut pas de cadre clair et indépendant pour le traitement des plaintes d'abus. Cette
omission renforce la culture de longue date d'impunité associée aux précédentes missions de maintien de la paix en Haïti, telles
que la MINUSTAH. Contrairement à la MINUSTAH, la MMAS n'est pas une mission de l'ONU et n'est donc pas soumise aux
procédures internes de l'ONU en matière de traitement des plaintes. Par conséquent, les citoyens haïtiens ne disposent pas d'un
mécanisme légitime pour signaler d'éventuels abus commis par les forces de la MMAS ») ; Amnesty International, Il faut veiller
à protéger les enfants, tandis que la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) se déploie en Haïti (2 juillet 2024)
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 75
(critiquant « l’absence d’informations transparentes sur la question de savoir si et comment [la MMAS] va mettre en œuvre les
garanties en matière de droits humains”) ; Mohor, Jérôme & Kiage, Haïti en détail : Dix questions clés alors que la police
kenyane se déploie pour rétablir l'ordre (26 juin 2024) (les garanties limitées de l'accord signé entre le Kenya et Haïti risquent de
ne pas s'appliquer au personnel de la MMAS d'autres pays, qui ne sont pas obligés de signer cet accord, et « [l]es défenseurs des
droits humains ont prévenu que ni les garanties nécessaires pour prévenir et traiter les abus potentiels, ni la structure pour aider et
dédommager les victimes, ne semblent exister ») ; Amnesty International, Déclaration orale point 10 : dialogue interactif avec le
haut-commissariat sur le rapport intermédiaire sur Haïti, avec la participation de l’expert des droits humains en Haïti (8 octobre
2024) (exprimant « de sérieux doutes quant au mandat et à la structure de la Mission multinationale de soutien à la sécurité
(MMAS), récemment déployée avec l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en l’absence de
véritables mécanismes de protection des droits humains ») ; Piercin & Norestyl, L’impunité policière en Haïti inquiète en
attendant la force internationale (10 juin 2024).
546
Winn FM, Des soldats bahaméens déployés en Haïti (21 octobre 2024), https://www.winnmediaskn.com/bahamas-soldiers-
deployed-to-haiti/.
547
Le BINUH fait partie d'un effort visant à renforcer la coordination entre la MMAS et l'ONU, et en septembre, il a signé une
directive générale sur l’application de la politique de diligence voulue en matière de droits humains en cas d’appui de l’ONU à
des forces de sécurité non onusiennes, indiquant ainsi qu'un certain niveau de soutien à la MMAS est à prévoir. BINUH, Rapport
du Secrétaire général (15 octobre 2024), ¶¶ 25, 55.
Le mandat du BINUH a été renouvelé une nouvelle fois jusqu'au 15 juillet 2025, alors même que l'insécurité généralisée et les
problèmes de logistique et de personnel qui en découlent continuent d'avoir un impact sur sa capacité à remplir son mandat.
CSNU, Résolution 2743 (2024), Doc. ONU S/RES/2743 (2024) (12 juillet 2024),
https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/206/34/pdf/n2420634.pdf ; BINUH, Rapport du Secrétaire général (15 octobre
2024), ¶¶ 66-69.
548
CDH, Rapport intérimaire du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme (26 septembre 2024), ¶ 44 ;
BINUH, Rapport du Secrétaire général (15 octobre 2024), ¶ 55 (« Des formations ont été conçues à l’intention du personnel de
la Mission sur les politiques relatives au contrôle et à l’application du principe de responsabilité, ainsi que sur les Principes de
base sur le recours à la force. Une coopération stratégique a également été mise en place avec la direction de la Mission pour
mettre sur pied un mécanisme permettant de recevoir et de traiter les plaintes relatives à d’éventuelles violations des droits
humains émanant de particuliers haïtiens et d’organisations de la société civile »).
549
Dánica Coto & Evens Sanon, Un contingent de policiers étrangers soutenu par l'ONU arrive en Haïti alors que la force
dirigée par le Kenya se prépare à affronter les gangs, AP News (25 juin 2024), https://apnews.com/article/haiti-kenya-police-
gangs-0e2c869427a5f7ff564355c5b10d6d5b (« Des groupes de défense des droits et autres ont mis en question l'utilisation de la
police kenyane, soulignant les allégations d'abus, y compris d'exécutions extrajudiciaires, formulées depuis des années à
l'encontre de policiers. Ce mardi [25 juin], la police a de nouveau été accusée d'avoir ouvert le feu dans la capitale kenyane,
Nairobi, où des milliers de manifestants ont assiégé le parlement ») ; Mohor, Jérôme & Kiage, Haïti en détail : Dix questions clés
alors que la police kenyane se déploie pour rétablir l'ordre (26 juin 2024) (« ‘Les policiers kenyans sont connus pour abuser des
droits des personnes et s'en tirer impunément’, a déclaré Evans Ogada, l'un des avocats impliqués dans la tentative de bloquer le
déploiement kenyan. ‘Nous ne prévoyons pas que cela se passe différemment [en Haïti]’ »). Il semblerait également que
l'entreprise de sécurité privée Studebaker Defense Group participe directement à des opérations policières, ce qui « soulève des
questions quant aux règles d'engagement et à la responsabilité en cas d'abus ». Jake Johnston, Le gouvernement haïtien engage
une société de sécurité américaine, mais des questions persistent, Center for Economy and Policy Research (30 octobre 2024),
https://cepr.net/haitian-government-hires-us-security-contractor-but-questions-remain/.
550
Le 1er août 2023, l'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a reconnu que la force
envisagée, dirigée par le Kenya, était « inhabituelle », mais elle a ajouté que « ce qui se passe en Haïti est inhabituel. Il ne s'agit
pas d'une force de maintien de la paix traditionnelle. Il ne s'agit pas d'une situation de sécurité traditionnelle ». Dans son rapport
écrit au Conseil de sécurité deux semaines plus tard, le Secrétaire général de l'ONU a fait écho à ses remarques en soulignant que
« le contexte actuel en Haïti n'est pas propice au maintien de la paix ». Mission des États-Unis auprès de l'ONU, Remarques de
l'Ambassadrice Thomas-Greenfield lors d'une conférence de presse sur le programme de travail prévu pour le mois d'août et la
présidence américaine du Conseil de sécurité de l'ONU (1
er
août 2024), https://usun.usmission.gov/remarks-by-ambassador-
thomas-greenfield-at-a-press-conference-on-the-august-planned-program-of-work-and-the-u-s-presidency-of-the-un-security-
council/ ; CSNU, Lettre datée du 14 août 2023, adressée à la Présidente du Conseil de sécurité par le Secrétaire général, UN
Doc. S/2023/596 (15 août 2024), https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n23/240/82/pdf/n2324082.pdf.
551
Une mission de maintien de la paix des Nations unies bénéficierait en théorie d'un financement garanti, car les missions de
maintien de la paix des Nations unies sont financées par les contributions obligatoires des États membres, contrairement à la
MMAS qui, dans sa forme autorisée, s'appuie sur des contributions volontaires. @USAmbOAS, X (13 novembre 2024),
https://x.com/USAmbOAS/status/1856787927042494699 (les États-Unis ont rejoint l'Organisation des États américains en tant
que co-sponsors d'une résolution du 13 novembre soutenant une opération de maintien de la paix de l'ONU) ; Charles, Où est
l'argent pour Haïti ? Le secrétaire général des Nations unies fait pression pour obtenir de l'aide à l'approche d'un sommet
crucial (18 septembre 2024) ; Haitian Times, Un briefing du Conseil de sécurité de l'ONU met en évidence l'escalade de la crise
en Haïti et les appels à un soutien international accru (23 octobre 2024) ; Widlore Mérancourt, Détails sur les rencontres entre
Blinken et les autorités en Haïti, Ayibo Post (7 septembre 2024), https://ayibopost.com/details-sur-les-rencontres-entre-blinken-
et-les-autorites-en-haiti/ ; Jacqueline Charles & Michael Wilner, Exclusif : Les Etats-Unis cherchent à transformer la mission
kenyane en Haïti en opération de maintien de la paix de l'ONU, Miami Herald (4 septembre 2024),
https://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article291905150.html.
552
CSNU, Résolution 2751 (2024), Doc. ONU S/RES/2751 (2024) (30 septembre 2024),
https://digitallibrary.un.org/record/4062838/files/S_RES_2751_%282024%29-FR.pdf?ln=fr. Voir également Jacqueline Charles
& Michael Wilner, Le Conseil de sécurité de l'ONU prolonge à l'unanimité la mission de sécurité menée par le Kenya en Haïti
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 76
pour une année, Miami Herald (30 septembre 2024), https://www.miamiherald.com/news/nation-
world/world/americas/haiti/article293246554.html (Le renouvellement « n'aborde pas l'un des problèmes fondamentaux de cet
exercice difficile : son financement »).
553
La Russie et la Chine se sont toujours opposées à la transformation de la MMAS en mission de maintien de la paix en arguant
que « les conditions sur le terrain en Haïti ne sont pas appropriées pour des forces de maintien de la paix de l'ONU » et compte
tenu des résultats peu satisfaisants des précédentes missions de maintien de la paix de l'ONU. Edith M. Lederer, La Russie et la
Chine s'opposent à la transformation de la force dirigée par le Kenya en Haïti en une mission de maintien de la paix des Nations
unies, AP News (20 novembre 2024), https://apnews.com/article/un-haiti-gangs-kenya-force-peacekeeping-violence-
d9ebed4a6a809d080511009b39b1b1ac ; Charles & Wilner, Le Conseil de sécurité de l'ONU prolonge à l'unanimité la mission de
sécurité menée par le Kenya en Haïti pour une année (30 septembre 2024).
554
ONU, Message à la quatrième commission : il faut des mandats clairs et de ressources plus adéquates pour que les
opérations de maintien de la paix soient couronnées de succès dans un monde de plus en plus instable (31 octobre 2024),
https://press.un.org/en/2023/gaspd792.doc.htm ; Institut international de la paix, Financer les opérations de maintien de la paix
des Nations unie pour éviter une nouvelle crise (avril 2019), https://www.ipinst.org/wp-
content/uploads/2019/04/1904_Financing-UN-Peacekeeping.pdf.
555
Service de recherche du Congrès, Questions relatives aux Nations Unies : financement américain des opérations de maintien
de la paix de l'ONU (9 avril 2024), https://sgp.fas.org/crs/row/IF10597.pdf.
556
Blaise, La mission de sécurité dirigée par le Kenya en Haïti est prolongée alors que les États-Unis abandonnent leur projet de
la transformer en mission de l'ONU (1
er
octobre 2024) ; Beatrice Lindstrom, Une nouvelle force sanctionnée par les Nations
Unies se dirige vers Haïti. Acceptera-t-elle de rendre des comptes ?, Harvard Law School International Human Rights Clinic (23
octobre 2023), https://humanrightsclinic.law.harvard.edu/a-new-un-sanctioned-force-is-heading-to-haiti-will-it-embrace-
accountability/.
557
CSNU, Résolution 2700 (2023), Doc. ONU S/RES/2700 (2023) (19 octobre 2023),
https://digitallibrary.un.org/record/4024715/files/S_RES_2700_%282023%29-FR.pdf?ln=en ; CSNU, Résolution 2653 (2022),
Doc. ONU S/RES/2653 (2023) (21 octobre 2022), https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n22/646/07/pdf/n2264607.pdf.
558
HCDH, Haïti : William O'Neill, expert des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti déplore un portrait
sombre de la situation (20 septembre 2024) ; Prosper et al, La violence des gangs est un symptôme de la crise politique en Haïti
(14 août 2024) ; CDH, Rapport intérimaire du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme (26 septembre 2024),
¶ 47 (les groupes armés exploitent « des espaces aériens mal surveillés, des côtes non surveillées et des frontières poreuses . . .
pour se procurer des armes de gros calibre, des drones, des bateaux et une réserve apparemment inépuisable de balles »). Pour
plus d'informations, voir, en général, CSNU, Rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (16 octobre
2024) ; GAO, Armes à feu dans les Caraïbes : Les agences disposent de mesures de lutte contre le trafic, mais l'État pourrait
mieux évaluer les activités (octobre 2024).
559
GAO, Armes à feu dans les Caraïbes : Les agences disposent de mesures de lutte contre le trafic, mais l'État pourrait mieux
évaluer les activités (octobre 2024), p. 13. Voir également Jacqueline Charles & Jay Weaver, Rapport : La majorité des armes
trafiquées dans les Caraïbes proviennent des États-Unis et sont expédiées depuis la Floride, Miami Herald (17novembre 2024),
https://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/haiti/article295566749.html ; Wilner & Charles, D'éminents
démocrates réclament au président Biden des ressources pour lutter contre le trafic d'armes depuis la Floride vers Haïti (26
septembre 2024) (« Les ports maritimes de Floride ont servi d'énorme pipeline pour les armes à feu et les munitions illégales qui
entrent en Haïti et finissent entre les mains des gangs armés qui contrôlent aujourd'hui plus de 85 % de la capitale ») ; Rapport
final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶ 54 (« Le Groupe d’experts a enquêté sur de nombreux cas de trafic en
provenance des États-Unis d’Amérique, de la République dominicaine et de l’Amérique du Sud, les États-Unis demeurant la
principale source d’armes et de munitions illicites en Haïti »).
560
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶¶ 55-60 (notant également que si la contrebande aérienne
en provenance des États-Unis est rare, « [l]a présence d’un grand nombre de pistes d’atterrissage informelles ou clandestines en
Haïti offre énormément de possibilités aux trafiquants », et « étant donné que les agences de sécurité haïtiennes disposent de
moyens de surveillance aérienne et de capacités limités, les autorités ne sont pas en mesure de suivre la situation comme il se
doit »).
561
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶¶ 65-66 (97,8 % des armes introduites en Haïti via la
République dominicaine proviennent des États-Unis, la plupart circulant déjà illégalement en République dominicaine) ; GI-
TOC, Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti : Numéro 2 (novembre 2024), p. 7 ; Francisque, Des tirs quotidiens
frappent Ouanaminthe alors que des balles perdues touchent les habitants à l'intérieur de leurs maisons (11 novembre 2024).
562
Quixote Center, Résumé de la législation sur le trafic d'armes (juin 2024), https://quixote.org/summary-of-weapons-
trafficking-legislation (la loi sur le contrôle régional des ventes d'armes dans les Amériques, la loi sur les dommages causés par le
trafic d'armes dans les Caraïbes, la loi sur l'arrêt de l'armement des cartels et la loi sur la transparence de la collusion criminelle
en Haïti) ; CSNU, Rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (16 octobre 2024), ¶ 17.
563
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶ 62 (« [B]ien que les moyens consacrés aux fouilles des
conteneurs et des cargos de fret voyageant depuis le sud de la Floride vers Haïti aient été renforcés, très peu de saisies ont été
effectuées entre juin 2023 et juillet 2024. . . . La grande majorité des 200 conteneurs qui partent chaque semaine du sud de la
Floride vers Haïti ne sont pas inspectés ») ; Lettre de membres du Congrès aux ministres Antony Blinken, Alejandro Mayorkas,
Gina Raimondo et au procureur général Merrick Garland (26 septembre 2024), p. 3.
564
GAO, Armes à feu dans les Caraïbes : Les agences disposent de mesures de lutte contre le trafic, mais l'État pourrait mieux
évaluer les activités (octobre 2024), p. 18 (citant les barrières linguistiques et logistiques) ; Lettre de membres du Congrès aux
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 77
ministres Antony Blinken, Alejandro Mayorkas, Gina Raimondo et au procureur général Merrick Garland (26 septembre 2024),
pp. 4-5 (en conséquence, seule une fraction des armes récupérées en Haïti ont été tracées).
565
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶ 63 (« Depuis janvier, [le Groupe d'experts] a adressé 49
demandes de traçage aux autorités américaines pour obtenir des détails sur les armes à feu saisies soit sur des membres de gangs,
soit aux points d'entrée en Haïti, afin de mieux comprendre les chaînes de traçabilité et de mettre au jour les réseaux de
trafiquants impliqués. Au moment de l’établissement du présent rapport, aucune réponse ne lui était encore parvenue. En juillet,
en vertu de la loi sur la liberté de l’information, le Groupe d’experts a également adressé au Bureau of Alcohol, Tobacco,
Firearms and Explosives (administration des États-Unis chargée du contrôle des alcools, du tabac, des armes à feu et des
explosifs) une demande d’information sur les traces d’armes à feu récupérées en Haïti. La demande n’a pas été accordée »).
566
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), 17, ¶ 63 (les autorités haïtiennes ont effectué cinq saisies
d'armes et de munitions au cours de l'année écoulée) ; CSNU, Rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime
(16 octobre 2024), ¶¶ 16, 18-20.
567
Rapport final du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶ 64 ; GAO, Armes à feu dans les Caraïbes : Les agences
disposent de mesures de lutte contre le trafic, mais l'État pourrait mieux évaluer les activités (octobre 2024), p. 18.
568
Voir note Error! Bookmark not defined..
569
Depuis la dernière mise à jour de l'IJDH, le gouvernement américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'ancien président
Michel Martelly, de l’ancien député Prophane Victor et du leader de Gran Grif, Elan Luckson. Département du Trésor des États-
Unis, Le Trésor sanctionne l'ancien président haïtien pour trafic de drogue (20 août 2024),
https://home.treasury.gov/news/press-releases/jy2542 (Martelly a été sanctionné pour avoir « abusé de son influence pour
faciliter le trafic de drogues dangereuses, y compris la cocaïne, à destination des États-Unis », et pour avoir « participé au
blanchiment de revenus illicites de la drogue, travaillé avec des trafiquants de drogue haïtiens et parrainé de nombreux gangs
basés en Haïti ») ; Département du Trésor des États-Unis, Le Trésor sanctionne un ancien politicien haïtien et un chef de gang
pour leurs relations avec de graves violations des droits humains (25 septembre 2024), https://home.treasury.gov/news/press-
releases/jy2612 (Luckson a été sanctionné pour avoir commis de graves violations des droits humains en tant que chef actuel du
groupe armé Gran Grif ; Victor a été sanctionné pour avoir fourni de l’aide matérielle à Gran Grif et à d'autres groupes armés).
Le gouvernement canadien a annoncé des sanctions à l'encontre de Luckson et de deux autres membres de groupes armés.
Gouvernement du Canada, Le Canada impose des sanctions contre des chefs de gangs haïtiens (21 juin 2024),
https://www.canada.ca/fr/affaires-mondiales/nouvelles/2024/06/le-canada-impose-des-sanctions-contre-des-chefs-de-gangs-
haitiens.html. Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé son régime de sanctions pour une année supplémentaire et a
ajouté Victor et Luckson à la liste des personnes désignées. CSNU, Résolution 2752 (2024), Doc. ONU S/RES/2752 (2024) (18
octobre 2024), https://digitallibrary.un.org/record/4064280/files/S_RES_2752_%282024%29-FR.pdf?ln=fr ;
https://press.un.org/fr/2024/sc15837.doc.htm?_gl=1*15pptp4*_ga*MTA2MzEyNjAwLjE3Mzk3OTYwNjE.*_ga_TK9BQL5X7
Z*MTczOTgyOTYxNy4zLjEuMTczOTgyOTg1My4wLjAuMA . Voir également IJDH, Sanctions internationales contre des
personnes haïtiennes (décembre 2020 - présent) (dernière visite le 4 décembre 2024) (suivi des sanctions étrangères contre des
individus haïtiens pour, entre autres abus, corruption, trafic d'armes, protection et facilitation des activités illégales de groupes
criminels armés, et violations flagrantes et systémiques des droits humains). Au moins 25 des personnes sanctionnées sont
affiliées au parti haïtien PHTK. IJDH, Personnes haïtiennes sanctionnées associées au Pati Ayisyen Tèt Kale (PHTK),
https://docs.google.com/document/d/1j_q95vvgiIAiW4nZ28-
fTjwvjSi3iYc0gRhdaSAWmgo/edit?tab=t.0#heading=h.kclf4qy0io03 (dernière visite le 9 décembre 2024) (suivi des sanctions
étrangères contre les hauts fonctionnaires et les associés affiliés au parti haïtien PHTK).
570
Malgré les nombreuses sanctions prises à leur encontre, les chefs des groupes armés Elan Luckson, Johnson "Izo" André,
Renel "Ti Lapli" Destina, Jimmy "Barbecue" Chérizier et Vitelhomme Innocent continuent de tuer et de mutiler en toute
impunité. Luckson et son groupe armé Gran Grif sont responsables du massacre brutal de Pont-Sondé en octobre. Rapport final
du Groupe d'experts sur Haïti (30 septembre 2024), ¶¶ 27-28 ; GI-TOC, Est-ce que le massacre de l'Artibonite marquera un
tournant en Haïti ? (9 octobre 2024) . Voir également notes Error! Bookmark not defined.-85.
571
Jacqueline Charles, Les États-Unis sont « profondément déçus » que le Conseil de sécurité de l'ONU n'ait pas sanctionné un
important politicien haïtien, Miami Herald (12 juillet 2024), https://www.miamiherald.com/news/nation-
world/world/americas/haiti/article290002404.html (L'ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-
Greenfield, a critiqué l'ONU pour n'avoir sanctionné que les chefs de groupes armés, qui ne sont pas concernés par les sanctions
parce qu'ils « ne gardent généralement pas leur argent dans des banques et n'ont pas de visas pour voyager dans d'autres pays »),
Voir également GI-TOC, Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti : Numéro 1 (juillet 2024), p. 2 (critiquant l'UE
pour n'avoir « procédé à aucune désignation dans le cadre du régime de sanctions qu’elle a créé en juillet 2023 », et notant « une
forte réticence du Conseil de sécurité à sanctionner certains individus soutenant les gangs, sans doute en raison du risque que des
désignations parmi les élites aient une incidence négative sur la formation du gouvernement et la construction de la paix. Cette
approche s’accompagne toutefois du risque réel de permettre au lien entre l’élite et les gangs de prospérer sans entraves »). Voir
également Roberson Alphonse, Les USA, la France et la Russie appellent le Conseil de sécurité à appliquer des sanctions contre
des acteurs haïtiens, Le Nouvelliste (3 juillet 2024), https://www.lenouvelliste.com/article/248945/usa-france-and-russia-urge-
security-council-to-impose-sanctions-on-haitian-actors (« L’ambassadeur de la Russie au Conseil de sécurité a avancé qu’il y a
un refus à utiliser les sanctions pour résoudre le problème des armes illégales en Haïti »).
572
Jacqueline Charles, Jay Weaver & Michael Wilner, Les États-Unis sanctionnent l'ancien président d'Haïti, Michel Martelly,
pour son rôle dans le trafic de drogue, Miami Herald (21 août 2024), https://www.miamiherald.com/news/nation-
world/world/americas/haiti/article291211995.html (la réticence des États-Unis à sanctionner M. Martelly « a rendu d'autres pays
réticents à suivre cet exemple et a alimenté les doutes en Haïti quant au sérieux du [changement] de politique »).
Droits Humains et État de droit en Haïti : principaux développements récents, de juin à novembre 2024 78
573
Rafael Bernal, L'administration Biden braque les projecteurs sur la transition chancelante en Haïti, The Hill (5 septembre
2024), https://thehill.com/latino/4864939-biden-blinken-haiti-gangs/ (parce que « Martelly est toujours considéré comme jouant
un rôle dirigeant important au sein du PHTK et des groupes apparentés, y compris des partis représentés directement au sein du
conseil de transition », le directeur exécutif de l'IJDH, Brian Concannon, pense que le gouvernement américain n'essayait pas de
punir Martelly, mais de « le pousser à faire quelque chose qu'ils voulaient qu'il fasse ») ; Tim Padgett, Les États-Unis
sanctionnent enfin l'ancien président Michel Martelly, mais les Haïtiens veulent plus, WLRN (20 août 2024),
https://www.wlrn.org/americas/2024-08-20/michel-martelly-haiti-sanctions-drugs.
574
OCHA, Aperçu humanitaire mondial 2024, mise à jour à mi-année (31 mai 2024), p. 10.
575
OCHA Financial Tracking Service, Haïti 2024, https://fts.unocha.org/countries/96/summary/2024 (dernière visite le 9
décembre 2024).
576
Education Cannot Wait, Éducation sans délai, l'UNICEF, PAM et leurs partenaires stratégiques annoncent une subvention
d'urgence de 2,5 millions de dollars É.-U. lors d'une mission de haut niveau en Haïti ; portant le financement total du fonds à
plus de 15,8 millions de dollars (26 juillet 2024), https://www.educationcannotwait.org/fr/news-stories/press-releases/education-
cannot-wait-unicef-and-strategic-partners-announce-us25 (en juillet, « selon l’OCHA, les 30 millions É.-U. nécessaires pour la
réponse éducative dans le cadre du Plan de réponse humanitaire du pays ne sont financés qu'à hauteur de 27 % ») ; ONU Info,
Haïti : L'éducation menacée par la violence des gangs (11 septembre 2024), https://news.un.org/en/story/2024/09/1154186
(L'UNICEF lance un appel pour un soutien financier plus important, car en septembre, l'organisation n'avait reçu que 5,4 millions
de dollars sur les 90 millions de dollars dont elle a besoin pour mener à bien ses activités en Haïti) ; UNFPA, Rapport de
situation #6 : Haïti, p. 4 (19 août 2024), https://www.unfpa.org/sites/default/files/resource-
pdf/UNFPA%20Haiti%20Sitrep%20%236_REV.pdf (« Pour 2024, l'UNFPA a lancé un appel de 28 millions de dollars US
destinés à renforcer et à élargir en Haïti l'accès aux services et fournitures vitaux en matière de santé sexuelle et reproductive et
de lutte contre la violence basée sur le genre pour les femmes et les filles qui en ont besoin. En juin 2024, l'UNFPA Haïti a été en
mesure de mobiliser et de réunir 19 % du financement requis, soit un total de 5,4 millions de dollars. Cependant, 22,6 millions de
dollars US (81 %) de fonds supplémentaires sont encore nécessaires pour répondre aux besoins humanitaires urgents en Haïti »).
Les programmes d'aide alimentaire sont aussi durement affectés. Sanon & Coto, En Haïti, la faim atteint des niveaux de famine
alors que les gangs étranglent la vie dans la capitale et au-delà (1
er
octobre 2024) (« [Stéphane] Dujarric, porte-parole de l'ONU,
a déclaré que les agences alimentaires humanitaires et les organisations à but non lucratif en Haïti ont besoin de 230 millions de
dollars supplémentaires jusqu'à la fin de l'année ») ; PAM, La faim en Haïti atteint un niveau historique ; un Haïtien sur deux
souffre désormais de faim aiguë (30 septembre 2024) (" Les agences alimentaires humanitaires et les ONG en Haïti manquent de
230 millions de dollars pour mettre en œuvre leurs programmes jusqu'à la fin de l'année - tandis que les familles déplacées par la
recrudescence de la violence de cette année sont en première ligne contre la faim croissante ») ; IPC, Haïti : Aperçu de
l’insécurité alimentaire aiguë de l’IPC (août 2024-juin 2025) ([uniquement dans la version anglaise] « La situation ne devrait pas
s'améliorer au cours de la période prévue (mars à juin 2025) car, selon les prévisions, l'aide alimentaire humanitaire ne devrait
pas répondre aux besoins de la population ») ; OCHA, Urgence Haïti - Rapport de situation n° 29 (du 8 au 20 juillet 2024) (21
juillet 2024), https://reliefweb.int/report/haiti/urgence-haiti-rapport-de-situation-ndeg-29-du-8-au-20-juillet-2024 (« L’assistance
alimentaire d’urgence reste insuffisante, couvrant moins de quatre pour cent de la population totale de janvier à mars 2024 »).
577
Frances Robles & David C. Adams, En Haïti, un baromètre alarmant : même le personnel des Nations unies s'enfuit, NY
Times (25 novembre 2024), https://www.nytimes.com/2024/11/25/world/americas/haiti-gang-violence-un-evacuations.html (la
recrudescence de la violence en novembre a amené un certain nombre de bureaux humanitaires des Nations unies à commencer à
évacuer leur personnel) ; Jacqueline Charles, Le président français Macron dénonce le limogeage du premier ministre haïtien et
qualifie la décision de «complètement con », Miami Herald (20 novembre 2024),
https://www.nytimes.com/2024/11/25/world/americas/haiti-gang-violence-un-evacuations.html (Les vols humanitaires des
Nations unies ont été suspendus pendant 24 heures en novembre après que des groupes armés ont attaqué un hélicoptère du
Programme alimentaire mondial et un certain nombre d'avions commerciaux atterrissant à Port-au-Prince) ; @IOMHaiti, X (15
novembre 2024), https://x.com/IOMHaiti/status/1857425315980554344 ; Le Nouvelliste, Quand l’ONU évoque les difficultés de
ses opérations humanitaires en Haïti (13 novembre 2024) ; Robles, Au moins 70 morts dans une attaque de gangs en Haïti (4
octobre 2024) ; PAM, La faim en Haïti atteint un niveau historique ; un Haïtien sur deux souffre désormais de faim aiguë (30
septembre 2024) ; Lederer, Un haut fonctionnaire de l'ONU déclare que les gangs haïtiens intensifient la violence et multiplient
les attaques en dehors de la capitale (22 octobre 2024) ; ONU Info, Haïti : le tissu social s'effrite alors que les déplacements se
poursuivent (27 juillet 2024) .
578
Wilentz, Les calomnies de JD Vance sont loin d'être la pire chose que les États-Unis ont faite aux Haïtiens (11 septembre
2024) (« De nombreux Haïtiens - et la plupart des analystes économiques étrangers - estiment qu'une grande partie de cette aide a
servi à renforcer et à enrichir des gouvernements corrompus et leurs amis du monde des affaires, plutôt qu'à fournir des
programmes sociaux et à favoriser le développement de la population ») ; Jacqueline Charles, Des Américains d'origine haïtienne
intentent une action en justice contre la Croix-Rouge, qu'ils accusent d'avoir mal géré l'aide apportée à Haïti après le
tremblement de terre, Miami Herald (25 novembre 2024), https://www.miamiherald.com/news/nation-
world/world/americas/haiti/article296096674.html (un nouveau procès contre la Croix-Rouge accuse l'organisation d'aide et les
entités liées d'avoir « exploité 'la pauvreté et les calamités' d'un Haïti appauvri pour collecter des centaines de millions de dollars
au nom de l'aide humanitaire uniquement pour mal gérer et détourner les fonds afin de s'enrichir eux-mêmes »). Voir, en général,
Jake Johnston, Aid State : Elite Panic, Disaster Capitalism, and the Battle to Control Haiti (2024),
https://us.macmillan.com/books/9781250284679/aidstate/. Voir également Lauren Evans, Est-ce que le secteur humanitaire
continue d'ignorer les victimes d'abus sexuels ?, Devex (21 novembre 2024), https://www.devex.com/news/is-the-aid-sector-still-
failing-victims-of-sexual-abuse-108795 (sur les abus sexuels commis par des travailleurs humanitaires, en particulier en Haïti).