(2023-08) « Vivre un cauchemar » : Haïti a besoin d'une réponse urgente fondée sur les droits humains face à l'escalade de la crise
Resume — Ce rapport de Human Rights Watch documente les meurtres, viols collectifs et enlèvements commis par des groupes criminels dans quatre communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince entre janvier et avril 2023, sur la base de 127 entretiens dont 58 victimes et témoins. Il recense 67 meurtres et 23 cas de viol documentés directement, replace la violence dans le contexte de l'impasse politique, de la complicité policière, des flux d'armes et d'une justice dysfonctionnelle, et appelle à une réponse internationale fondée sur les droits et à un gouvernement de transition légitime.
Constats Cles
- Human Rights Watch a documenté directement 67 meurtres, dont 11 enfants et 12 femmes, et 23 cas de viol, dont 19 par plusieurs agresseurs, dans quatre communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince entre janvier et avril 2023.
- Le BINUH estimait que les groupes criminels avaient tué plus de 2 000 personnes entre janvier et juin 2023, en hausse de près de 125 % par rapport à la même période de 2022, avec 1 014 enlèvements également signalés au premier semestre.
- Le blocus du quartier de Brooklyn (Cité Soleil) par le G9 a piégé les habitants derrière le point de passage de Carrefour la Mort, où une organisation communautaire a recensé environ 100 meurtres et 100 cas de violences sexuelles en sept semaines en mars-avril 2023.
- Le mouvement de justice populaire Bwa Kale aurait tué plus de 200 personnes soupçonnées d'appartenir à des groupes criminels à juin 2023, souvent en collusion avec des policiers, et aucune poursuite pour les meurtres, enlèvements et violences sexuelles de l'année n'a été identifiée.
- Près de la moitié des 11,5 millions d'Haïtiens étaient en insécurité alimentaire aiguë, environ 5,2 millions avaient besoin d'aide humanitaire, près de 195 000 étaient déplacés internes et plus de 73 000 personnes ont été renvoyées de force en Haïti au premier semestre 2023.
Description Complete
Publié en août 2023, ce rapport de Human Rights Watch documente les exactions de groupes criminels dans quatre communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince (Cabaret, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets et Port-au-Prince) entre janvier et avril 2023. Il repose sur 127 entretiens menés avant, pendant et après une visite de terrain fin avril-début mai 2023, dont 58 victimes et témoins, des représentants de la société civile, de l'ONU et des agences humanitaires, des responsables haïtiens dont le Premier ministre d'alors Ariel Henry, ainsi que sur la vérification de 15 vidéos et 5 photographies et la géolocalisation par imagerie satellite. Human Rights Watch a documenté directement 67 meurtres, dont 11 enfants et 12 femmes, et 23 cas de viol, dont 19 commis par plusieurs agresseurs, concentrés dans des épisodes comme le blocus du quartier de Brooklyn (Cité Soleil) par le G9, où les habitants franchissant le point de passage de Carrefour la Mort étaient abattus ou violés collectivement ; une organisation communautaire y a recensé environ 100 meurtres et 100 cas de violences sexuelles en sept semaines en mars-avril 2023. Le BINUH estimait à plus de 2 000 les personnes tuées dans le pays de janvier à juin 2023, en hausse de près de 125 % sur un an, et à plus de 200 les morts attribuées au mouvement de justice populaire Bwa Kale à juin 2023. Le rapport relie l'insécurité à l'impasse politique, à des décennies d'influence criminelle en politique, à la complicité policière, à l'augmentation des flux d'armes et de munitions et à une justice et des prisons débordées, tout en documentant des conditions humanitaires catastrophiques, près de la moitié de la population étant en insécurité alimentaire aiguë. Il passe en revue le bilan des interventions internationales passées et demande que toute force internationale soit dotée de protocoles de droits humains, de financements et de mécanismes de contrôle, parallèlement à l'appui à un gouvernement de transition respectueux des droits.