(2024-07) Tracer la voie d'Haïti vers la justice : leçons de Colombie et du Guatemala
Resume — Des analystes de l'USIP soutiennent que la force seule ne brisera pas l'emprise des gangs sur Port-au-Prince et qu'Haïti a besoin de mécanismes de justice transitionnelle et restaurative mobilisant toute la société dans une stratégie globale contre les gangs. La Juridiction spéciale pour la paix (JEP) de Colombie et la commission anti-impunité CICIG du Guatemala offrent des modèles adaptables pour rendre justice aux victimes, réinsérer des membres de gangs et renforcer les institutions judiciaires haïtiennes.
Constats Cles
- La force seule, même avec la mission MSS dirigée par le Kenya, n'apportera pas la paix ; Haïti a besoin de mécanismes de justice transitionnelle et restaurative mobilisant toute la société.
- La JEP colombienne offre un modèle : macro-affaires priorisant les schémas de violence, primauté de la vérité, peines allant de huit ans de liberté restreinte pour les coopérants à 20 ans de prison pour les récalcitrants.
- Environ 30 à 50 pour cent des membres de gangs haïtiens sont des enfants, ce qui renforce l'argument des sanctions restauratives pour les membres de base.
- La CICIG guatémaltèque montre qu'une commission hybride peut démanteler des réseaux criminels de haut niveau, jusqu'à faire tomber président et vice-président en 2015 ; une version haïtienne pourrait traiter PetroCaribe, La Saline et l'assassinat de Moïse.
- La CICIG et ses homologues hondurien et salvadorien ont toutes été fermées (2019-2021) après avoir menacé les élites : tout mécanisme haïtien exige un large soutien politique et des capacités nationales durables.
Description Complete
Cette analyse de juillet 2024 par Nicolás Devia-Valbuena et Gabriel Rojas-Andrade soutient que le gouvernement intérimaire haïtien ne peut vaincre les gangs par la seule force, même avec la mission MSS dirigée par le Kenya, et qu'il faut des mécanismes créatifs mobilisant toute la société pour détourner les membres de gangs de la violence. De la Colombie, les auteurs tirent la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) issue de l'accord de 2016 avec les FARC : stratégie de « macro-affaires » priorisant les schémas de violence, primauté de la vérité et de la dignité des victimes sur la seule rétribution, et peines graduées (huit ans de liberté restreinte avec projets restauratifs pour ceux qui coopèrent, jusqu'à 20 ans de prison pour les autres). Adaptées à Haïti, les macro-affaires pourraient couvrir la violence sexuelle comme arme de guerre, l'instrumentalisation des gangs par les élites, les exactions du mouvement Bwa Kale et les blocus de biens ; les sanctions restauratives importent d'autant plus qu'environ 30 à 50 pour cent des membres de gangs haïtiens sont des enfants.
Du Guatemala, la commission hybride CICIG (opérationnelle en 2007) montre comment une expertise internationale adossée aux institutions nationales peut démanteler des réseaux criminels, dont une fraude douanière qui a fait tomber le président et le vice-président en 2015. Une commission similaire en Haïti pourrait traiter l'affaire PetroCaribe, le massacre de La Saline (2018) et l'assassinat du président Moïse (2021). Leçon de prudence : la CICIG et ses homologues hondurien et salvadorien ont été fermées lorsqu'elles ont menacé des intérêts puissants ; il faut donc préserver un large soutien politique tout en renforçant les capacités nationales. Les Haïtiens devront concevoir leur propre formule par un dialogue inclusif.
Notes
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