(2024-11) Rapport thématique de l'ACAPS - Haïti : Impact humanitaire de l'augmentation des expulsions en provenance de la République dominicaine (26 novembre 2024)
Resume — Ce rapport thématique d'ACAPS examine les conséquences humanitaires de la politique dominicaine d'octobre 2024 visant à expulser jusqu'à 10 000 migrants haïtiens par semaine, avec près de 40 000 expulsions documentées par l'OIM au 18 novembre. Combinant une revue de données secondaires et des entretiens avec plus d'une douzaine d'acteurs humanitaires, il retrace les besoins tout au long du processus d'expulsion, aux quatre points de passage officiels de la frontière et après le départ des expulsés de la frontière, constatant que l'assistance en abris, santé, alimentation, protection, documentation et transport est largement indisponible.
Constats Cles
- L'OIM a documenté près de 40 000 expulsions depuis la République dominicaine au 18 novembre 2024, dont environ 27 000 pour le seul mois d'octobre, le niveau mensuel le plus élevé depuis la reprise des expulsions massives fin 2022.
- Les expulsions se concentrent à quatre points de passage officiels, avec environ 50 pour cent à Belladères, 30 pour cent à Ouanaminthe, 12 pour cent à Anse-à-Pitres et 8 pour cent à Malpasse, où la capacité d'accueil ne totalise qu'environ 340 places d'hébergement d'urgence, dont aucune à Malpasse.
- Les expulsés signalent violences, extorsion et confiscation de leurs biens et documents d'identité pendant l'arrestation et la détention en République dominicaine, avec des installations surpeuplées et un refus d'accès à la nourriture, à l'eau et aux soins, y compris pour les femmes enceintes et les enfants non accompagnés.
- Si le rythme annoncé de 10 000 expulsions hebdomadaires se maintenait, environ 130 000 expulsés, soit plus de 1 pour cent de la population d'Haïti, auraient besoin d'une assistance humanitaire urgente d'ici fin 2024, en plus d'une crise touchant déjà 6 millions de personnes.
- La plupart des expulsés poursuivent leur route vers les départements frontaliers et l'Artibonite où il n'existe aucun suivi systématique de leurs besoins, tandis que certains tentent un retour immédiat en République dominicaine via des passeurs, s'exposant à de nouveaux risques de protection.
Description Complete
Après l'annonce par le gouvernement dominicain, le 2 octobre 2024, de l'expulsion de jusqu'à 10 000 migrants haïtiens par semaine, l'OIM a documenté près de 40 000 expulsions au 18 novembre, dont environ 27 000 pour le seul mois d'octobre, le total mensuel le plus élevé depuis l'intensification des expulsions fin 2022 (208 000 retours forcés enregistrés en 2023 contre 17 000 en 2022). Les arrivées se sont concentrées aux quatre points de passage terrestres officiels : environ 50 pour cent à Belladères (Centre), 30 pour cent à Ouanaminthe (Nord-Est), 12 pour cent à Anse-à-Pitres (Sud-Est) et 8 pour cent à Malpasse (Ouest). Le rapport replace cette politique dans le contexte d'une population haïtienne estimée entre 500 000 et 1 000 000 de personnes en République dominicaine, de l'apatridie touchant jusqu'à 245 000 personnes à la suite de la réforme constitutionnelle de 2010 et de l'arrêt de 2013, de la militarisation de la frontière et de la construction d'un mur, et de la suspension de la délivrance de visas aux Haïtiens depuis octobre 2023. Sur le plan méthodologique, il combine une revue de données secondaires et des entretiens avec des informateurs clés, en s'appuyant sur la MSNA 2024 de REACH et le suivi des flux de l'OIM portant sur environ 7 400 personnes retournées.
L'analyse suit le parcours de l'expulsion. Pendant l'arrestation et la détention en République dominicaine, les migrants signalent des violences, de l'extorsion, la confiscation de documents et des installations surpeuplées sans nourriture, eau ni soins adéquats, y compris pour les femmes enceintes et les enfants non accompagnés. À la frontière haïtienne, l'hébergement d'urgence (environ 200 places à Ouanaminthe, 80 à Belladères, 60 à Anse-à-Pitres, aucune à Malpasse) est très insuffisant, et les services de santé, de protection et d'orientation sont minimes. Après avoir quitté la frontière, la plupart des expulsés se dirigent vers les départements frontaliers et l'Artibonite, où les communautés d'accueil font déjà face à des besoins aigus, tandis que d'autres tentent un retour immédiat en République dominicaine via des passeurs. ACAPS note que si le rythme hebdomadaire se maintenait, environ 130 000 expulsés, soit plus de 1 pour cent de la population d'Haïti, auraient besoin d'une assistance urgente d'ici fin 2024, mettant les services sous pression dans un contexte d'escalade de la violence des gangs, et qu'il n'existe aucun suivi systématique des besoins des expulsés après leur dispersion.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis