(2023-08) Rapport thématique de l'ACAPS : Haïti - Analyse approfondie de la crise de la sécurité alimentaire (2 août 2023)
Resume — Ce rapport thématique cartographie la sévérité et les moteurs de la crise de sécurité alimentaire en Haïti, où la population en insécurité alimentaire de niveau Crise (IPC 3) ou pire est passée de 4,1 millions en mars-juin 2020 à 4,9 millions en mars-juin 2023. À partir des quatre piliers de la sécurité alimentaire (stabilité, disponibilité, accessibilité, utilisation des nutriments), il retrace la convergence de la violence des gangs, de l'instabilité politique, des aléas naturels, de l'inflation et de la dépréciation monétaire dans l'aggravation de la faim. La section prospective identifie l'expansion territoriale des gangs, le risque de sécheresse lié à El Niño et la poursuite de la dépréciation de la gourde comme indicateurs à surveiller sur les six mois suivants.
Constats Cles
- La population en insécurité alimentaire de niveau Crise (IPC 3) ou pire est passée de 4,1 millions en mars-juin 2020 à 4,9 millions en mars-juin 2023, dont 1,8 million au niveau Urgence (IPC 4).
- La violence des gangs mine directement tous les piliers de la sécurité alimentaire : en avril 2023, les gangs contrôlaient environ 80 % de Port-au-Prince, fermaient des marchés, bloquaient le transport de carburant et de nourriture et ont provoqué l'abandon d'environ 2 400 hectares de terres arables dans l'Artibonite, principale région rizicole d'Haïti.
- La chute du pouvoir d'achat aggrave la crise, avec une inflation d'environ 34 % fin 2022, une dépréciation de la gourde de 65 HTG pour un dollar en 2018 à 139 HTG en juillet 2023, et 56 % des ménages enquêtés déclarant une baisse de revenus.
- Les stratégies d'adaptation négatives sont généralisées : 49 % des ménages enquêtés recouraient à des mécanismes d'urgence réduisant la qualité ou la quantité des repas, et 69 % des ménages agricoles consommaient leurs semences ou des récoltes immatures.
- L'insécurité alimentaire déborde sur les autres besoins, avec une hausse de 30 % de la malnutrition aiguë sévère des enfants par rapport à 2022, l'augmentation du travail des enfants et de l'abandon scolaire, l'exploitation des femmes et des filles liée à la faim, et une émigration croissante dont plus de 23 000 Haïtiens ayant traversé le Darién début 2023.
Description Complete
Publié le 2 août 2023, ce rapport thématique de l'ACAPS propose une analyse structurée et approfondie de la crise de sécurité alimentaire en Haïti, fondée sur une revue de données secondaires provenant d'organisations humanitaires, de réseaux, de groupes de réflexion et de médias internationaux. Le nombre de personnes devant recevoir une assistance alimentaire a atteint environ 4,9 millions en mars-juin 2023 (3 millions en IPC 3 et 1,8 million en IPC 4), contre 4,1 millions en 2020. Le rapport organise l'analyse autour des quatre piliers de la sécurité alimentaire. Sur la stabilité, il documente le contrôle territorial des gangs (environ 80 % de Port-au-Prince en avril 2023), les manifestations violentes, le pillage d'entrepôts humanitaires et les aléas naturels récurrents. Sur la disponibilité, il couvre les pénuries de carburant, les blocages, la sécheresse depuis septembre 2022 qui a frappé l'Artibonite (jusqu'à 80 % du riz haïtien) et les inondations de juin 2023. Sur l'accessibilité, il relie l'inflation d'environ 34 % fin 2022, la dépréciation de la gourde de 65 HTG pour un dollar en 2018 à 139 HTG en juillet 2023 et le déplacement d'au moins 160 000 personnes à la chute du pouvoir d'achat ; dans l'Artibonite, quelque 2 400 hectares de terres arables ont été abandonnés par rapport à 2022. Sur l'utilisation des nutriments, 49 % des ménages enquêtés recouraient à des mécanismes d'adaptation d'urgence et 69 % des ménages agricoles consommaient leurs semences.
Le rapport retrace ensuite les répercussions sur la nutrition (hausse de 30 % de la malnutrition aiguë sévère des enfants par rapport à 2022 ; 22 % des enfants en malnutrition chronique), la protection (recrutement d'enfants par les gangs, exploitation sexuelle liée à la faim), l'éducation (abandons scolaires et fermetures d'écoles mettant fin aux repas scolaires), la santé (interaction choléra-malnutrition) et la migration (plus de 23 000 Haïtiens parmi environ 100 000 traversées du Darién début 2023). Les perspectives anticipent une augmentation du nombre de personnes en insécurité alimentaire compte tenu de la capacité de réponse limitée de l'État, de l'expansion probable des gangs, du risque de sécheresse lié à El Niño malgré des prévisions de précipitations normales, et de la poursuite de la dépréciation monétaire.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis