(2024-03) Note d'information de l'ACAPS - Haïti : Mise à jour sur les risques de protection à Port-au-Prince (7 mars 2024)
Resume — Cette note d'information d'ACAPS actualise la situation de protection dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince alors que les attaques coordonnées des gangs lancées le 29 février 2024 ont visé l'aéroport, les prisons et les commissariats, libérant quelque 4 000 détenus et déplaçant au moins 15 000 personnes. Fondée sur une revue de données secondaires, elle documente 2023 comme une année record de violence, avec environ 4 800 homicides et 2 500 enlèvements signalés, et détaille les risques de protection, dont le confinement, les violences sexuelles, le recrutement d'enfants et une hausse de 140 pour cent des besoins d'assistance liés aux VBG.
Constats Cles
- La violence des gangs a fait de 2023 une année record, avec environ 4 800 personnes tuées (plus du double de 2022) et plus de 8 400 tuées, blessées ou enlevées, près de 85 pour cent des homicides et blessures survenant dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.
- L'offensive coordonnée des gangs à partir du 29 février 2024 a libéré près de 4 000 détenus de deux prisons, fermé l'aéroport et déplacé au moins 15 000 personnes, dont beaucoup déjà déplacées et sans accès à l'assistance.
- On estime à 1,6 million le nombre de personnes ayant besoin d'assistance en protection en 2024, et les besoins d'assistance liés aux VBG ont augmenté de près de 140 pour cent pour atteindre environ 1,2 million de personnes, 70 pour cent des quelque 2 700 cas de violences sexuelles signalés en 2023 concernant des enfants.
- Les restrictions de mouvement équivalent à un confinement pour de nombreux habitants, 52 pour cent des ménages enquêtés de la ZMPAP étant touchés par les blocus et points de contrôle des gangs, qui coupent l'accès aux services, aux moyens de subsistance et aux voies de fuite.
- Les enlèvements ont augmenté de 83 pour cent en 2023 pour atteindre environ 2 500 cas signalés, le chiffre réel pouvant être jusqu'à 50 fois supérieur, tandis que le déploiement envisagé de la MMAS dirigée par le Kenya et le mouvement d'autodéfense Bwa Kale comportent tous deux des risques de nouveaux cycles de violence.
Description Complete
ACAPS actualise son analyse de protection pour la zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPAP) au moment de l'offensive des gangs de fin février-début mars 2024 contre l'administration du Premier ministre Ariel Henry. Les gangs ont tué environ 4 800 personnes en 2023, plus du double du bilan de 2022, près de 85 pour cent des homicides et blessures signalés survenant dans la ZMPAP ; plus de 8 400 personnes ont été tuées, blessées ou enlevées sur l'année. Janvier 2024 a été le mois le plus violent en deux ans, avec plus de 800 victimes civiles, et à partir du 29 février des attaques coordonnées contre l'aéroport, le Pénitencier national et une prison de Croix-des-Bouquets ont libéré près de 4 000 détenus et déplacé au moins 15 000 personnes, dont beaucoup étaient déjà des PDI. On estime à 1,6 million le nombre de personnes ayant besoin d'assistance en protection en 2024, principalement dans la ZMPAP. La note repose sur une revue de données secondaires, s'appuyant largement sur la MSNA 2023 de REACH, et reconnaît la sous-déclaration systématique des violences sexuelles et des enlèvements.
L'analyse de protection couvre les restrictions de mouvement et le confinement (52 pour cent des ménages enquêtés de la ZMPAP touchés par les blocus des gangs), les meurtres et blessures par attaques directes et balles perdues (plus de 160 enfants tués ou blessés par armes à feu en 2023), les enlèvements (environ 2 500 signalés en 2023, en hausse de 83 pour cent, le chiffre réel pouvant être jusqu'à 50 fois supérieur) et les violences basées sur le genre, les cas de viol signalés ayant augmenté de 50 pour cent entre janvier et octobre 2023 et les personnes ayant besoin d'assistance liée aux VBG ayant augmenté de près de 140 pour cent, d'environ 500 000 à 1,2 million ; 70 pour cent des quelque 2 700 cas de violences sexuelles signalés concernaient des enfants. La section prospective évalue le déploiement envisagé de la Mission multinationale d'appui à la sécurité dirigée par le Kenya, susceptible d'améliorer la sécurité à court terme mais risquant une résistance violente et un déplacement de l'activité des gangs vers d'autres départements, et avertit que le mouvement d'autodéfense Bwa Kale et la libération de chefs de gangs pourraient alimenter un nouveau cycle de violence.
Notes
ACAPS thematic/anticipatory analysis