(2025-02) « Je ne suis qu'une enfant, pourquoi cela m'est-il arrivé ? » Haïti : l'offensive des gangs contre l'enfance
Resume — Amnesty International documente l'impact de la violence des gangs sur les enfants dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, sur la base d'entretiens avec 112 personnes dont 51 enfants âgés de 10 à 17 ans. Le rapport recense le recrutement et l'utilisation d'enfants par les gangs, les viols et autres violences sexuelles contre les filles, les homicides et blessures d'enfants, ainsi que les effets disproportionnés sur les enfants en situation de handicap, et constate que les mécanismes étatiques de protection, de réinsertion et de justice sont largement hors service.
Constats Cles
- Amnesty a documenté 14 enfants (11 garçons, 3 filles) recrutés et utilisés par des gangs pour l'espionnage, les livraisons et des corvées, la faim et la peur étant les principaux moteurs.
- 18 filles ont été documentées comme victimes de viol ou d'autres violences sexuelles par des membres de gangs, dont 10 viols en réunion et 9 enlèvements ; plusieurs sont tombées enceintes et, l'avortement étant illégal, certaines ont recouru à des méthodes non sécurisées.
- 10 enfants ont été blessés et 2 tués dans les cas documentés de tirs aveugles et délibérés, impliquant notamment les gangs Brooklyn, Simon Pelé, Belekou, Boston et Grand Ravine.
- Le centre de détention pour mineurs CERMICOL accueille quatre fois sa capacité, mélangeant près de 300 adultes avec une centaine de garçons ; aucun des 93 garçons détenus n'était condamné et le tribunal pour enfants de Port-au-Prince ne fonctionne plus depuis 2019.
- Les enfants en situation de handicap font face à des risques accrus : sur six ayant besoin de dispositifs d'assistance, seuls deux en étaient équipés, et les sites de déplacés manquent d'installations sanitaires accessibles.
Description Complete
Fondé sur des recherches menées entre mai et octobre 2024, y compris un travail de terrain à Port-au-Prince du 16 au 27 septembre 2024, ce rapport d'Amnesty International documente les atteintes aux droits des enfants dans huit communes du département de l'Ouest (Port-au-Prince, Cité Soleil, Tabarre, Croix-des-Bouquets, Delmas, Carrefour, Kenscoff et Gressier). Les chercheuses ont interrogé 112 personnes, dont 51 enfants (31 filles et 20 garçons) âgés de 10 à 17 ans, des parents, des représentants du gouvernement, des travailleurs humanitaires et du personnel de l'ONU, et vérifié des dizaines de vidéos, photos et images satellite. Le rapport couvre trois des violations graves suivies par l'ONU concernant les enfants et les conflits armés : le recrutement et l'utilisation d'enfants (14 cas documentés, motivés principalement par la faim et la peur, impliquant des gangs comme Grand Ravine, Ti Bwa, 5 Segon et Kraze Baryè), les viols et autres violences sexuelles (18 filles documentées, dont 10 victimes de viols en réunion et 9 enlevées, avec des risques accrus dans les sites de déplacés), et les homicides et blessures (10 enfants blessés et 2 tués dans les cas documentés). Il examine aussi l'impact disproportionné sur les enfants en situation de handicap (11 cas), dont plusieurs ont perdu leurs dispositifs d'assistance en fuyant les attaques. Le rapport décrit un système de protection défaillant : le centre de détention CERMICOL fonctionne à quatre fois sa capacité, mélangeant près de 300 adultes avec une centaine de garçons, aucun des 93 garçons détenus n'était condamné, et le tribunal pour enfants de Port-au-Prince ne fonctionne plus depuis 2019. Amnesty appelle à un plan complet de protection de l'enfance, à un programme de démobilisation et de réintégration des enfants, à des pôles judiciaires spécialisés et au contrôle du flux d'armes.