(2024-11) Haïti : Une protection limitée face à l'escalade de la violence sexuelle
Resume — Ce communiqué détaillé de Human Rights Watch documente l'escalade des violences sexuelles commises par des groupes criminels contre les filles et les femmes en Haïti et l'accès très limité des survivantes à la protection, aux soins de santé et à la justice. Fondé sur des entretiens avec 58 personnes à Port-au-Prince en juillet 2024 et 36 entretiens à distance, il fait état de près de 4 000 filles et femmes ayant signalé des violences sexuelles entre janvier et octobre 2024 et d'une hausse de 1 000 % des cas impliquant des enfants, et appelle à un financement international urgent des services aux survivantes, de la police et de la Mission multinationale d'appui à la sécurité.
Constats Cles
- Près de 4 000 filles et femmes ont signalé des violences sexuelles, y compris des viols collectifs, entre janvier et octobre 2024, commises principalement par des membres de groupes criminels, et l'ONU a enregistré une hausse de 1 000 % des cas impliquant des enfants par rapport à la même période de 2023.
- Après la formation de l'alliance Viv Ansanm fin février 2024 et la baisse des affrontements entre gangs, les groupes criminels ont généralisé la violence sexuelle dans les territoires qu'ils contrôlent, y compris contre les filles et femmes déplacées dans les sites informels.
- Les services aux survivantes se sont effondrés : moins de 30 % des établissements de santé de la capitale sont opérationnels, seuls deux des cinq hôpitaux publics fonctionnent, plus de 40 000 agents de santé ont fui, et seul un quart des victimes de viol signalées accèdent aux soins dans le délai critique de 72 heures.
- Médecins Sans Frontières a suspendu ses activités à Port-au-Prince le 20 novembre 2024 après des attaques de groupes d'autodéfense et des menaces de policiers, privant plus de 1 100 patients par semaine, dont plus de 80 survivantes de violences basées sur le genre.
- La justice est largement hors d'atteinte : les principaux tribunaux de première instance de Port-au-Prince et de Croix-des-Bouquets sont hors service, l'avortement reste totalement criminalisé, et en septembre l'ONU n'avait reçu que 17 % des 16 millions de dollars nécessaires pour élargir les services essentiels aux filles et aux femmes.
Description Complete
Publié le 25 novembre 2024, ce communiqué détaillé de Human Rights Watch documente comment les groupes criminels, qui contrôlent plus de 80 % de Port-au-Prince et de ses environs, ont étendu et généralisé le recours à la violence sexuelle contre les filles et les femmes, y compris des viols collectifs, des enlèvements à domicile et des attaques dans les espaces publics et les sites de déplacés. Il s'appuie sur des entretiens avec 58 personnes à Port-au-Prince en juillet 2024, dont des survivantes, des responsables du gouvernement de transition, des diplomates, des travailleurs humanitaires et des agences de l'ONU, ainsi que 36 entretiens à distance. Selon le sous-secteur Violences basées sur le genre, près de 4 000 filles et femmes ont signalé des violences sexuelles entre janvier et octobre 2024, commises principalement par des membres de groupes criminels, avec une hausse de 1 000 % des cas impliquant des enfants par rapport à 2023 ; la plupart des cas ne sont pas signalés. Le communiqué relie ce basculement à la formation de l'alliance Viv Ansanm fin février 2024 : à mesure que les affrontements entre gangs diminuaient, les groupes ont généralisé la violence sexuelle dans les territoires qu'ils contrôlent. Les survivantes font face à des services effondrés : moins de 30 % des établissements de santé de la capitale sont opérationnels, seuls deux des cinq hôpitaux publics fonctionnent, plus de 40 000 agents de santé ont fui le pays, seul un quart des victimes de viol signalées accèdent aux soins dans le délai critique de 72 heures, et Médecins Sans Frontières a suspendu ses activités le 20 novembre 2024 après des attaques et des menaces, affectant plus de 1 100 patients par semaine. L'avortement reste totalement criminalisé, les tribunaux de Port-au-Prince et de Croix-des-Bouquets sont hors service et l'impunité est la norme. Human Rights Watch appelle les bailleurs à financer la police et la Mission multinationale d'appui à la sécurité, à combler le déficit de l'appel de 16 millions de dollars pour les services aux filles et aux femmes (financé à 17 % seulement en septembre), et exhorte le gouvernement de transition à reconstruire le système de santé, à décriminaliser l'avortement et à établir officiellement des unités judiciaires spécialisées.
Notes
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